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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 09:20

Il faut toujours distinguer la fonction de celui qui l’occupe. Nous distinguerons le Président de la République de l’individu Macron. Autant nous aurons du respect pour la première autant nous en manquerons pour le second. Ce serait une erreur que de ne pas nous tenir dans cette compréhension.

Macron, l’individu Macron, le récidiviste, pense pouvoir nous insulter toujours, pour expliquer dans les jours qui suivent qu’il n’a pas voulu dire ça. Nouveau défi fait à notre entendement qui va de pair chez lui avec une absence de couilles (en langage soutenu : il est incapable d’assumer). Placé où il est, il devrait avoir quelque retenue, être exemplaire, mais non ! Ce n’est pas le cas.

J. Sapir termine son article ainsi : « Qu’il ne s’étonne pas, alors, de susciter la haine et la rage. Qu’il ne s’étonne pas si, par malheur, sa tête devait finir au bout d’une pique… ». Sapir a raison, au détail prêt, une tête au bout d’une pique n’a pas le loisir de s’étonner. Quant au ‘par malheur’, il est relatif, lié à nos mœurs actuelles, il faudrait le mesurer aux morts, bien réels, eux liés à la politique conduite mais, cela, ça passe inaperçu, ça ne rentre pas en comptabilité, c’est même dans l’ordre naturel des choses, une sorte de dommages collatéraux. Alors ! permettez, le sort de Macron…

Pour ceux qui n’auraient pas entendu les propos de Macron, sous l’intitulé suppléments des liens sont à disposition.

Exergue

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Source : https://russeurope.hypotheses.org/6264

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Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République, vient une nouvelle fois de déraper en public et d’insulter les Français. Du moins, ceux qui ne pensent pas comme lui. Il a, dans les jardins de l’EFA à Athènes, ce vendredi, réaffirmé la nécessité de la réforme mais avec des mots d’une violence inouïe : « Je serai d’une détermination absolue, je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes »[1]. Que le Président dise qu’il ne cèdera rien, c’est son droit. C’est une manière de gouverner, et l’on sait désormais ce que valent ses promesses de « dialogue social ». Néanmoins, c’est son droit. Aux opposants d’en tirer toutes les conséquences. Mais, qu’il le fasse en décrivant ceux qui ne sont pas de son avis de « fainéants, (…) cyniques, (…) extrêmes», ne me semble pas avoir de précédant. La violence verbale dont il a ainsi fait preuve appelle, et justifie par avance, d’autres violences. Au point que l’on se demande s’il a conscience de ce qu’il a dit.

 

Quand Emmanuel Macron persévère…

Ce n’est pas, hélas, la première fois qu’Emmanuel Macron se rend ici coupable de tels dérapages. Il avait commis un autre impair de la même veine depuis les jardins de l’ambassade de France à Bucarest[2], ajoutant à l’insulte le fait de la proférer sur un sol étranger. Pourtant, c’était le même Emmanuel Macron qui avait déclaré qu’il ne ferait aucun commentaire sur la politique française depuis l’étranger. On l’a déjà dit, il est parfaitement faux d’affirmer, que ce soit à Athènes ou à Bucarest, que les français se refusent aux réformes. Que ces dernières soient globales ou qu’elles concernent la sphère du travail, les français ont été soumis, et ont accepté, depuis ces vingt dernières années un nombre incalculable de réformes. Ce que les français refusent, c’est une réforme particulière, celle qui concerne le droit du travail. Or, cette réforme est justement hautement discutable comme on l’a montré sur ce carnet [3]. On peut la considérer comme néanmoins nécessaire ; mais il importe, alors, de respecter ceux qui ne pensent pas comme vous.

Et ceci d’autant plus quand on a été élu sur un quiproquo, avec un faible nombre de voix. Emmanuel Macron est un président par défaut. Tout le monde le sait à l‘évidence, sauf lui-même semble-t-il…

Or, ne voilà-t-il pas qu’Emmanuel Macron récidive. Il le fait au lendemain de son discours qui se voulait programmatique sur l’Europe et qui ne fut qu’étalage de platitudes. Il le fait dans des mots qui, cette fois, sont directement insultants et ce à un degré des plus extrêmes. Quand on considère l’effondrement qu’il subit dans les sondages depuis maintenant deux mois[4], c’est folie. Mais, « Bien que ce ne soit folie, il y a là de la méthode»[5].

 

Quand l’insulte devient méthode

Les insultes, car il n’y a pas d’autres termes pour désigner les mots qu’il a employés pour désigner ses opposants ne sont pas nouvelles. Elles tendent à constituer une méthode pour Emmanuel Macron. Il en avait déjà usé, on l’a dit, que ce soit implicitement ou explicitement, lors de son discours à Bucarest. Il en avait usé, aussi, lors de la rentrée des classes, dans son voyage à Forbach. Emmanuel Macron y avait lancé, agacé, à un journaliste qui lui posait une question : «Les journalistes ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays. (…) Vous ne me parlez que des problèmes de communication et de problèmes de journalistes, vous ne me parlez pas de la France. [6]» Pourtant, le Président de la République était en train de se faire filmer en train de déjeuner à la cantine avec des écoliers. Il était là, de manière évidente, et nul ne lui en fait reproche, pour tourner des images et montrer son visage. En un mot : il était là pour « communiquer ». Il n’y a rien de plus normal à cela ; mais il n’y a rien de plus normal, non plus, à ce qu’un journaliste lui pose alors une question sur sa communication. Ce qui apparaît bien comme anormal est la réponse du Président. Clément Viktorovitch, sur le site électronique du Point[7], remarque alors que plutôt de chercher à réfuter la position de ses contradicteurs, Emmanuel Macron s’emploie à disquali6er la légitimité de ceux qu’il présente comme des adversaires. Et c’est bien de cela dont il a donné un nouvel exemple, et il faut bien dire un exemple hideux, lors de sa déclaration de vendredi 8 septembre à Athènes.

 

Réflexe d’enfant gâté ou réflexe de classe ?

Habitude pour le moins, et sans doute méthode. Mais de quelle méthode s’agit-il ? On pourrait lire ces débordements de la part du Président comme le témoignage de son exaspération devant une réalité qui lui résiste, qui lui échappe. Pour tout dire, ces mots terribles ne seraient que l’expression d’un homme qui a « pété les plombs ». La jeunesse du Président va dans ce sens, de même que la vie protégée qu’il a menée jusqu’à son élection. Être une « premier de la classe », quelqu’un que des puissants repèrent et protègent, travailler avec un autre Président – François Hollande – puis devenir Ministre, enfin trahir son protecteur mais non sans s’en être trouvé de nouveaux et enfin arriver aux sommets du pouvoir, tout cela ne prépare pas spécialement à l’adversité. Chris Bickerton, dans son éditorial du 7 septembre dans le New York Times, dresse un portrait au vitriol d’Emmanuel Macron[8]. Constatant son effondrement dans les sondages, il s’interroge si ce Président ne souffre pas d’une arrogance d’enfant gâté. Il y a, certes, de la condescendance très américaine dans cet éditorial, mais aussi beaucoup de vérité.

Pourtant il serait hasardeux d’attribuer cette « méthode » et ce comportement d’Emmanuel Macron, méthodes et comportement qui, n’en doutons pas, le rendront bien vite odieux aux Français, à une simple arrogance, à des traits personnels, même s’ils existent. Il y a derrière le sentiment de supériorité couplé avec celui d’avoir raison, d’incarner le « camp du bien » que l’on trouve largement répandu dans cette élite néo-libérale. Pace qu’elle se croit détentrice d’un savoir supérieur, parce qu’elle est persuadé que ce savoir se combine avec une bienveillance dont elle serait la seule à disposer, elle ne peut qu’éprouver du mépris pour ses adversaires.

En tout état de cause, cette méthode est inacceptable pour un Président. Elle est de nature à détruire complètement sa légitimité. Et, en ce cas, la légalité de son élection pèsera bien peu face à la légitime – elle – colère des Français.

Marie-Antoinette n’a probablement jamais dit « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Mais, cette phrase lui a collé à la peau et l’a condamnée aux yeux de l’opinion avant même qu’elle soit jugée. Emmanuel Macron a, quant à lui, bien prononcé les phrases qui lui seront à jamais reprochées. Qu’il ne s’étonne pas, alors, de susciter la haine et la rage. Qu’il ne s’étonne pas si, par malheur, sa tête devait finir au bout d’une pique…

Notes

[1] http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/09/08/a-athenes-macron-assure-qu-il-ne-cedera-rien-sur-les-reformes_5182994_823448.html

[2] Sapir J., « Les trois fautes d’Emmanuel Macron », note publiée le 27 août 2017 sur le carnet RussEurope, https://russeurope.hypotheses.org/6241

[3] Sapir J., « Les ordonnances désordonnées », note publiée sur le carnet RussEurope le 1er septembre 2017, https://russeurope.hypotheses.org/6253

[4] http://www.lejdd.fr/politique/exclusif-la-popularite-de-macron-seffondre-encore-14-points-3419795

[5] William Shakespeare, Hamlet (1601), Acte II, scène 2, Polonius

[6] Rapporté par Clément Viktorovitch dans le Le Point.fr, 06/09/2017 à 15:50 http://www.lepoint.fr/chroniques/viktorovitch-l-inquietant-discours-d-emmanuel-macron-06-09-2017-2154981_2.php

[7] http://www.lepoint.fr/chroniques/viktorovitch-l-inquietant-discours-d-emmanuel-macron-06-09-2017-2154981_2.php

[8] https://www.nytimes.com/2017/09/07/opinion/emmanuel-macron-popularity.html?_r=0

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Suppléments :

http://lelab.europe1.fr/manifestations-contre-la-loi-travail-emmanuel-macron-ne-veut-rien-ceder-aux-faineants-3430988

http://www.lefigaro.fr/politique/2017/09/08/01002-20170908ARTFIG00154-reformes-macron-ne-veut-rien-ceder-aux-faineants-aux-cyniques-et-aux-extremes.php

http://www.bfmtv.com/politique/reformes-macron-ne-veut-rien-ceder-ni-aux-faineants-ni-aux-cyniques-ni-aux-extremes-1252033.html

http://www.ledauphine.com/france-monde/2017/09/08/macron-s-en-prend-aux-faineants-aux-cyniques-aux-extremes

 

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 06:25

« Politique de dépolitisation et de démobilisation »

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Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/HALIMI/57679

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Auréolé d’une élection remportée avec trois millions de suffrages de moins que sa concurrente, le président Donald Trump a choisi l’Arabie saoudite pour y dénoncer l’absence de démocratie… en Iran. Puis, à Miami, devant des rescapés d’une équipée militaire ratée montée en avril 1961 par la Central Intelligence Agency (CIA) contre le gouvernement de Fidel Castro, il a prétexté la « liberté du peuple cubain » pour durcir les sanctions américaines contre la population de l’île.

En matière de célébration équivoque de la démocratie, le cycle électoral français qui vient de s’achever n’est pas aussi burlesque que ces deux exemples. Toutefois il s’en rapproche. Au départ, des primaires très suivies ont désigné les candidats des deux principaux partis. Mais l’un et l’autre furent éliminés dès le premier tour par M. Emmanuel Macron, qui sut aligner mots creux, jolies images et appui compact des médias. Les électeurs lui ayant donné pour rivale du second tour une candidate d’extrême droite détestée par deux tiers des Français, son triomphe final était assuré. Ne restait plus qu’à adjoindre au nouveau président, afin de « lui permettre de gouverner », une majorité de députés largement inconnus mais issus des classes supérieures (zéro ouvrier, quarante-six chefs d’entreprise) et qui lui devront tout. Miracle des modes de scrutin, la politique néolibérale que M. Macron incarne n’avait obtenu l’aval que de 44,02 % des suffrages exprimés lors du premier tour de l’élection présidentielle (1). À l’Assemblée, elle pourra compter sur près de 90 % des députés (2).

Jamais dans l’histoire du suffrage universel en France une élection législative n’a si peu mobilisé (plus de 57 % d’abstention, contre 16 % en 1978…). Ce score piteux, à l’américaine, conclut une campagne nationale quasiment absente, rythmée par des « affaires » souvent secondaires. Des Watergate de petit calibre que les médias relayent à satiété, comme pour se dédouaner d’avoir servi de marchepied au nouveau président. Quand les questions politiques posées se résument à un inventaire comparé des transgressions personnelles des élus (3), doit-on s’étonner que les députés comptent autant de nouveaux venus, à la rigueur disposés à dépoussiérer les apparences les moins reluisantes du système, mais peu enclins à contester les choix économiques stratégiques, qu’ils abandonnent à l’exécutif et à la Commission européenne ?

La bousculade suivie d’un léger malaise dont fut victime une candidate a monopolisé les ondes pendant trois jours, concurrencée par le rebondissement d’une affaire criminelle vieille de plus de trente ans. Politique européenne, crise de la dette grecque, état d’urgence, engagement militaire français en Afrique et au Proche-Orient : de cela en revanche il ne fut presque jamais question. Ce que Pierre Bourdieu appelait une « politique de dépolitisation et de démobilisation » vient ainsi de remporter une belle victoire, mais la bataille ne fait que commencer…

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 (1) Total obtenu par M. Macron et par M. François Fillon. Tous les autres candidats avaient dénoncé ce cap économique.

(2) Dès lors que certains des élus socialistes prévoient, eux aussi, de se montrer « constructifs ».

(3) Lire Razmig Keucheyan et Pierre Rimbert, « Le carnaval de l’investigation », Le Monde diplomatique, mai 2013.

 

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 17:39
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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 15:34
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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 18:56

Source : http://www.regards.fr/qui-veut-la-peau-de-roger-martelli/article/legislatives-second-tour-et-apres#comments

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Le cycle électoral décisif de 2017 est achevé. La politique n’en sort pas grandie. La gauche est malade, mais sa partie gauche est en principe dans une situation plus favorable. Raison de plus pour ne pas gâcher une opportunité et une redoutable exigence.

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Constituer le peuple

Éparpillement du champ politique, abstention exceptionnelle, recul des partis traditionnels… Tous les indices convergent pour mettre en relief ce qui est une véritable crise politique, articulée à une crise de régime. Redéfinitions à la marge et replâtrage constitutionnel ne serviraient dès lors à rien. Relancer la gauche dans son état ancien n’a pas davantage de sens. Les temps qui sont les nôtres appellent à une rupture, sans précédent et à toutes les échelles. Elle demande de la refondation ou de la métamorphose, davantage que de l’aménagement.

Le "mouvement ouvrier" s’est affaissé – la crise du syndicalisme en est une manifestation majeure – sans que le "mouvement social" prenne franchement la relève. La radicalité n’a pas échappé à la tension entre un pragmatisme par défaut – au prétexte que l’utopie est en panne - et la nostalgie de "jours heureux" dont on ne sait pas toujours très bien s’ils sont ceux de l’espoir révolutionnaire ou de la bonne vieille social-démocratie d’antan. Le "réalisme" prôné par le socialisme s’est enlisé dans les sables, mais "l’alternative" n’a pas fait la démonstration complète de sa force et de sa crédibilité.

Au fil des ans, le PCF s’est enfermé dans le souvenir de ses temps glorieux et le PS est devenu le parti de la "gestion loyale" d’un capitalisme mondialisé. Par-là, les deux partis ont cessé d’être des lieux de promotion des attentes populaires, notamment ouvrières et urbaines, et des foyers de socialisation permettant aux couches subalternes de disputer la place aux groupes dotées des ressources matérielles et symboliques qui découlent de leur statut. La violence de la crise politique, le désengagement citoyen de plus en plus affirmé et la poussée du Front national ont été les manifestations les plus fortes de ce processus régressif. La politique a horreur du vide : quand les forces les plus critiques ne sont pas suffisamment à la hauteur, la place est libre pour les centrismes improbables ou pour les alternatives violentes, celles des petites et des grandes "communautés".

On ne change pas le désordre de la société, sans le socle humain qui le rend possible. Or la gauche traditionnelle est en panne. Le communisme et le socialisme l’ont structurée pendant tout le XXe siècle (voir article précédent) ; ils ne sont plus en état de le faire. Le clivage même de la droite et de la gauche est en question, dès l’instant où leurs gestions du pouvoir finissent par se confondre. La conclusion s’impose à beaucoup qu’il faut désormais s’appuyer sur un autre paradigme : l’objectif ne serait plus d’unir la gauche, mais de rassembler le peuple ; il faudrait le faire, non pas contre la droite, mais contre les "élites", qu’elles soient de gauche comme de droite.

Il y a beaucoup de vrai dans cette affirmation. Le peuple est aux abonnés absents dans l’arène politique institutionnelle. Il a pour lui son nombre (employés et ouvriers regroupent les deux tiers des actifs) et contre lui sa dispersion. On ne repère plus de groupe central, moderne et en expansion. Et, si les réserves de combativité sont intactes, le cœur du mouvement populaire d’hier – le mouvement ouvrier – est désormais bien incertain. Le syndicalisme hésite sur ses formes et ses projets, le monde associatif est éclaté et ce qui fut le grand unificateur du monde populaire urbain – le grand rêve de la "Sociale" - a encore du mal à trouver ses formes contemporaines, face aux projets bien réels des forces dominantes.

Les catégories populaires ont donc besoin de faire mouvement, comme les ouvriers d’hier surent se constituer en mouvement ouvrier. Elles doivent lutter et s’organiser, pour que le mécontentement et la colère se transforment en action collective et non en ressentiment. En s’y attachant, elles se feront "multitude". Or cela ne suffit pas, car la société n’est pas une simple juxtaposition de pratiques et de structures particulières : elle est une façon de les mettre en ordre. Elle a ses cohérences, ses logiques dominantes. Dans le capitalisme mondialisé, on en connaît les principales : l’accumulation de biens matériels, de marchandises et de profit sert de moteur ; la concurrence est la base de tout dynamisme ; la gouvernance est le mode régulateur par excellence ; l’inégalité, la polarité et les rapports de domination sont les axes de distribution des individus, des groupes et des territoires. En principe, c’est au politique d’agir sur ces cohérences et, pour cela, de rassembler les majorités qui peuvent en décider. Si elle veut aller à la racine des dynamiques sociales pour les transformer, la multitude des combats populaires se doit de devenir un "peuple" politique.

Or ce qui fait des catégories populaires un peuple n’est pas la seule conscience d’un adversaire ou d’un ennemi. Désigner les responsables des difficultés peut être un levier initial de mobilisation ; ce n’est pas un gage de succès dans la longue durée. Plus que tout, il importe d’élucider les causes de ce qui ne va pas. Le "peuple" combat ceux qui exploitent et ceux qui dominent (les "élites"). Il ne devient toutefois une figure centrale que s’il impose une manière cohérente et réaliste d’abolir les mécanismes qui produisent la coupure du "peuple" et des "élites", la distinction des exploiteurs et des exploités, des dominants et des dominés. C’est le projet de l’émancipation populaire et non la détestation de l’élite qui soude les catégories populaires en un peuple politique.

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La gauche n’est pas toujours ce que l’on dit

On pourrait certes se dire que, la gauche étant malade, l’occasion est enfin venue de s’en débarrasser. Elle a servi de masque à tous les mauvais coups ? Faisons autre chose. C’est oublier que le clivage fondateur de la gauche et de la droite a un double avantage. Il oblige à poser, à tout moment, la question des majorités nécessaires pour agir sur la cohérence sociale. Il met au centre de la controverse publique le choix des valeurs qui fondent l’architecture de la vie collective. Historiquement, la droite accepte l’inégalité, réserve le pouvoir aux "compétences" et valorise la concurrence ; la gauche, elle, s’appuie sur l’égalité, prône l’élargissement de la citoyenneté et valorise la solidarité. Il n’est pas anodin de constater que, chaque fois que le clivage majeur s’est estompé, la dynamique populaire n’a jamais été renforcée, bien au contraire. Au fond, c’est pour avoir délaissé ce clivage au profit d’autres – celui de l’Est et de l’Ouest notamment – que la IVe république s’est essoufflée…

Il est vrai que le singulier que l’on utilise souvent ne peut dissimuler qu’il existe bien des façons d’être de droite ou de gauche. À gauche, voilà bien longtemps que la différence la plus structurante oppose ceux qui pensent que l’on peut produire de l’égalité en aménageant le système et ceux qui sont convaincus qu’il faut s’en débarrasser pour pousser le plus loin possible l’égalité. D’un côté s’est trouvé le pôle de l’adaptation et de l’autre le pôle de la rupture, et il n’a jamais été secondaire de savoir qui, des deux pôles, était capable de donner le ton. Le problème des dernières décennies n’a pas tenu à ce que l’on s’est gargarisé des mots de la gauche. Il a résulté de ce que la force dominante à gauche a été celle de l’adaptation à la mondialisation financière et que l’on a prétendu qu’il fallait unir toute la gauche autour de cette gauche-là. À ce jeu, on l’a vu, c’est la gauche elle-même qui a fini par perdre son âme. Ce n’est pas une raison pour prononcer aujourd’hui son horizon funèbre. Mieux vaut s’attacher à la relancer, donc à la refonder…

Les périodes où le mouvement ouvrier a été le plus dynamique ne sont pas celles où il a tourné le dos à la gauche politique. À la charnière des XIXe et XXe siècles, Jaurès avait raison quand il expliquait, tout à la fois, que le socialisme ne pouvait se déployer sans indépendance complète à l’égard des partis "bourgeois", mais qu’il ne pouvait non plus marquer la société de son empreinte sans se raccorder à la grande expérience historique de la gauche. D’un côté, il voyait l’engluement dans l’ordre bourgeois, de l’autre l’isolement et l’incapacité à abolir l’ordre-désordre des sociétés de classes…

Oublier que la gauche est toujours potentiellement clivée fait courir le risque de se noyer dans les consensus paralysants. Mais ignorer la force de rassemblement majoritaire que recèle une gauche bien comprise pousse à l’isolement et à l’inefficacité. Le "front social" est nécessaire mais non suffisant. Quant au "front populaire", il ne dit plus par lui-même, comme il pouvait le faire hier, ce projet de société, cette logique systémique, pour tout dire cette "République sociale" par laquelle on cesserait enfin d’assigner les individus à des classes inégales et à des communautés hermétiquement closes.

Ainsi, la relance de la vitalité démocratique est bien du côté de ce "peuple", dont l’absence dans l’arène politique est criante et dont la sidération est le premier ferment de désagrégation du tissu démocratique. Le rassembler constitue l’horizon stratégique : il est aisé de s’accorder sur ce point. Or ce rassemblement ne se décrète pas. Il est le fruit d’un mouvement patient venu d’en bas, où s’articulent des luttes partielles, de grands combats unificateurs, des moments forts de convergence illustrés par la puissance de la rue. Il suppose des formes adaptées pour conduire cette authentique lutte des classes de notre temps : des structures anciennes doivent se transformer, de nouvelles peuvent apparaître, toutes doivent converger. Leur tout sera le socle d’une reconstruction politique ; le mouvement ne fera pas pour autant et en lui-même force politique.

Faire force politique

Pendant longtemps, en France, les catégories populaires se sont appuyées sur l’existence de deux grands partis, le PS et le PC, dont l’un incarnait l’adaptation et l’autre la rupture. Tous deux ont constitué l’ossature de la gauche du XXe siècle. Peu de pays en Europe ont offert cette caractéristique, mais l’histoire révolutionnaire française l’a voulu ainsi. Les plus grands moments propulsifs de l’histoire populaire et ouvrière ont été ponctués par la convergence des deux partis ; ils ont été toutefois rendus possibles parce que dominait l’esprit de rupture.

Ce temps n’est manifestement plus de saison. Le PS né du congrès d’Épinay de 1971 est à bout de souffle. Le PC n’a plus depuis longtemps le ressort qui lui donnait son dynamisme et lui assura, pendant quelques décennies, la capacité de représentation majeure du monde ouvrier. La rupture préparée par François Hollande et parachevée par Emmanuel Macron devrait voir l’installation d’un parti démocrate à l’américaine ou à l’italienne. Faut-il en déduire que, en dehors de la droite classique, l’espace pour une gauche plurielle n’existe plus et que seul demeure le face-à-face de ce parti démocrate et d’une force populaire, celle qui s’est cristallisée en 2017 sur le vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon ? Le tête-à-tête de la gauche et de la droite laisserait-il la place au dualisme du "système" et de "l’antisystème" ? Le camp du système contre le parti du peuple ?

À la limite du raisonnement peut surgir la conviction que, du côté de la critique du "système", la tension ancienne de l’adaptation et de la rupture n’est plus de saison. L’hypothèse, séduisante et remarquablement simple, n’en est pas moins discutable. Tout d’abord, nul ne sait encore ce qu’il adviendra de la tradition du socialisme à la française. Se dissoudra-t-il dans le "macronisme" ? Se verra-t-il éparpillé entre radicalité et engluement centriste ? Se relancera-t-il selon un modèle proche de la leçon Corbyn au Royaume-Uni ? L’hypothèse d’un socialisme constitué en parti est-elle obsolète ? Impossible de le dire dans l’immédiat.

N’oublions pas non plus d’autres expériences européennes, où le conflit de l’adaptation et de la rupture n’a pas fonctionné sur un registre plus ou moins partisan. En Italie, l’histoire tragique du premier XXe siècle a fait que le Parti communiste italien (PCI) d’après-guerre a recouvert la double tradition du communisme et de la social-démocratie. Il était à lui seul la quasi-totalité de la gauche, en la plaçant sous dominante communiste après 1943. Or, au début des années 1990, le PCI disparaît pour devenir, quelque temps plus tard, un pivot du social-libéralisme européen. En théorie, la logique de l’adaptation était ultra-minoritaire en Italie ; en occultant sa force, on a en fait rendu possible son triomphe. Le résultat est douloureux : la gauche radicale italienne a été laminée et, avec elle, la gauche tout entière s’est trouvée exsangue. S’imaginer que la crise dissout les bases d’une gauche gestionnaire portée à l’accommodement est aléatoire. Penser qu’il n’y désormais de place à gauche que pour une seule formation, expression par excellence du "peuple" rassemblé, pourrait bien être une redoutable illusion.

Une autre hypothèse pourrait donc se formuler. La crise systémique que nous vivons n’invalide pas la possibilité que se maintienne, dans l’espace "gauche" des attitudes politiques, un courant plus porté vers l’aménagement du système que vers son dépassement progressif. La forme que peut prendre ce courant est incertaine, dans un champ politique instable dans sa totalité. Mais si cette possibilité est solide, mieux vaut considérer que, à l’issue d’un cycle électoral bouleversant, l’objectif du courant critique ne devrait pas être de recouvrir le champ entier de ce que fut la gauche française.

La rupture sociale ne se fera pas sans majorité pour la décider ; mais les majorités ne seront pas portées à la rupture, si le ton n’est pas donné par une force politique qui en exprime l’exigence, qui en montre la possibilité et qui en suggère les conditions. C’est cette force qu’il faut maintenant installer, suffisamment cohérente pour être reconnue et crédible, suffisamment souple pour rassembler tous les individus, tous les courants, toutes les pratiques qui refusent les normes dominantes de la mondialisation financière et qui aspirent à construire une alternative globale, inscrite dans la durée, à l’ordre-désordre de l’état des choses existant.

Nouera-t-elle des relations d’alliance-concurrence avec d’autres composantes moins "radicales" ? L’avenir seul permettra de répondre à cette question. Dans l’immédiat, on peut s’en tenir à une double conviction. La première est que cette force populaire nouvelle devra se montrer indépendante de toute autre construction. La seconde est que, dans tous les cas de figure, elle aspirera à donner le ton au sein des forces qui, chacune à leur manière, continueront d’agir pour l’égalité et la liberté, dans la continuité des valeurs de la gauche.

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Gauche d’alternative : dans un entre-deux

Après « le grand cauchemar des années 1980 » – heureuse formule de l’historien François Cusset – quand le PCF déclinait sans qu’aucune alternative ne s’impose, la dernière décennie a vu une gauche de gauche reprendre des couleurs. La dynamique "antilibérale" a relancé le processus au début du nouveau siècle. L’expérience du Front de gauche l’a installée un peu plus dans l’ordre institutionnel. Mais cette expérience n’a pas pu aller jusqu’au bout : le Front de gauche n’a jamais été rien d’autre que le tête-à-tête du PC et de la formation politique créée par Jean-Luc Mélenchon en 2008, le Parti de gauche. Ce Front n’a été ni une force cohérente accueillant des individus, ni même un véritable cartel partisan. Après l’élection présidentielle de 2012, il a très vite buté sur la succession des échéances électorales et sur les désaccords qu’elles ont nourris entre le PCF et le PG. Le Front de gauche s’est ainsi progressivement délité, sans que rien ne freine son déclin.

Incontestablement, dans une période de confusion extrême à gauche, la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle a ouvert une nouvelle donne. La dynamique de sa campagne s’est imposée peu à peu et la structure qu’il a constituée pour le soutenir, la France insoumise, s’est installée dans le paysage politique. Elle s’est inscrite dans les territoires, notamment les plus urbanisés. En oscillant entre les 19,6% de la présidentielle et les 13,7% de la législative, les forces regroupées dans la campagne Mélenchon ont approché la gauche de gauche des hautes eaux électorales qui furent celles du communisme français.

On ne reviendra pas en arrière : les réalités créées par le cycle électoral 2016-2017 doivent être prises en considération, dans toutes leurs dimensions. La France insoumise a pour elle l’originalité d’une mobilisation militante qui conjugue, dans le temps court de l’action, l’engagement individuel et les réseaux sociaux modernes. En cela, à l’image de Podemos en Espagne, elle essaie de concilier la cohérence politique d’un collectif militant et la rupture avec la vieille "forme-parti", hiérarchique et centralisée. Mais il n’est pas sûr qu’elle ait trouvé la réponse à la question la plus délicate : dans une structure réticulaire, où l’engagement de l’individu n’est plus considéré comme inamovible et permanent, où se situe le pouvoir réel de mise en cohérence et d’orientation ?

Par ailleurs, les 11% législatifs de la France insoumise et les 17 sièges acquis de haute lutte lui donnent le statut de première formation de la gauche française. Mais le résultat obtenu ne la place pas au niveau qui permet à une force d’être potentiellement hégémonique dans un territoire et, au-delà, dans l’espace national. Bien sûr, la toute nouvelle formation peut penser qu’elle finira bien par obtenir à elle seule ce niveau. Ne vaut-il pas mieux, pourtant, se convaincre que cette capacité viendra tout à la fois des capacités propres de FI et de son aptitude à faire force commune avec d’autres courants, éventuellement structurés, qui font partie du même espace politique ? La tentation existe certes, qui pousse à dire, à ceux qui cherchent une efficacité commune : "venez nous rejoindre". La France insoumise, au fond, pourrait très bien, comme le PCF de la grande époque, expliquer qu’il n’y a pas aucune place, en dehors d’elle, pour une pratique qui soit à la fois réaliste et révolutionnaire.

Or, dans un moment de crise et de recomposition, quand il s’agit de regrouper largement et d’inventer ensemble, une logique qui apparaîtrait peu ou prou comme un appel au ralliement ne serait pas la plus adéquate. La tâche est immense : il ne suffit plus d’additionner des forces, mais de les agréger. Il n’est pas besoin de créer un énième parti politique, mais d’inventer la forme politique qui assumera les fonctions naguère réservées aux partis, tout en dépassant les défauts de leur forme antérieure. Or cette refondation politique est redoutablement complexe. Il existe des tentatives en ce sens, de-ci de-là, comme s’y essaie brillamment Podemos en Espagne. Mais, pour l’instant, rien de stabilisé ne s’est imposé. Se rallier à une forme existante, parler déjà de discipline alors que la cohérence n’est pas instituée, cela revient à mettre la charrue avant les bœufs. Dans l’immédiat, l’urgence est dans la mise en commun et rien ne doit empêcher que ce commun soit le plus large possible.

Il faut rêver d’une force qui ne serait pas un simple cartel de structures installées, visant d’abord à pérenniser leur existence. Mais encore faut-il que, selon le modèle ancien, on ne confonde pas la cohérence et la discipline, la rigueur d’une organisation sans cacophonie et le monolithisme d’une parole unique et formatée, où l’on s’attache à discerner, dans telle ou telle proposition, ce qui s’écarte de la doxa commune. Il faut inventer ce qui n’existe pas encore : une manière d’être ensemble qui concilie la cohérence d’une force (la non lisibilité du Front de gauche, entre 2014 et 2017 lui fut fatale), la conception d’une organisation fondée sur l’adhésion individuelle (ce que ne voulut pas le Front de gauche) et la possibilité d’intégrer des courants, voire des organisations particulières. Rien ne serait pire que de devoir choisir entre une organisation "dévoreuse", fonctionnant de fait comme un quasi-parti, et un cartel partisan voué aux tiraillements permanents, aux litiges internes et à l’enlisement.

Tous ces débats sont complexes, comme le sont ceux de "la gauche", du "populisme de gauche" ou du rapport à la mondialisation. Ils doivent être menés dans la plus grande rigueur, sans consensus mou, sans craindre les aspérités. Mais nous ne sommes pas en 1920. En ces temps-là, l’Internationale communiste naissante considéra que l’essentiel était d’imposer une rupture impitoyable avec les éléments réputés "faibles" ou "suspects". On s’attacha alors à édicter toutes les "conditions" qui étaient censées permettre de séparer le bon grain de l’ivraie. Le communisme naissant du XXe siècle y gagna de la cohérence et de la combativité. Il les paya d’un esprit de clôture qu’il ne put jamais complètement surmonter et qui entraîna sa nécrose.

Près de cent ans plus tard, la gauche est à nouveau dans un moment où la refondation est la condition de sa survie. Mais si cette refondation exige la plus grande clarté, elle interdit tout esprit de fermeture. Pour qui veut donner au mouvement populaire la force politique critique dont il a besoin, le respect de ce double constat doit être une ardente obligation. Nul, quel qu’il soit, ancien ou nouveau, expansif ou plus modeste, ne peut penser qu’il en est exonéré.

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 18:38

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Extraits  de l’article ci-dessous :

‘Malgré leur crise, beaucoup de secteurs de la gauche y compris radicale choisissent l’immobilisme. La France Insoumise, elle, a gagné de haute lutte la responsabilité de construire la nouvelle force de rupture dont les luttes populaires ont plus besoin que jamais. Un défi à relever, un « processus constituant » à lancer’.

‘Compte tenu des succès rencontrés, et aussi du refus acté d’autres forces de gauche décisives de s’engager dans la construction d’une nouvelle force de rupture, c’est de la FI que dépend désormais de doter le pays d’une force à la mesure des besoins des combats sociaux, démocratiques, européens, écologiques’.

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Source : https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/260617/perseverer-dans-son-etre-ou-oser-le-changement

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« Persévérer dans son être » ou oser le changement

J’ai suivi atterré les polémiques fusant de toutes les parties de la gauche contre Mélenchon et la France Insoumise (FI). Pertinentes parfois, mais le plus souvent insidieuses ou brutales. Pas que la question soit taboue. De nombreuses questions parfois de fond méritaient débat, et c’est toujours le cas. Mais la violence et la démesure des attaques généralisées au fur et à mesure que l’ampleur du succès s’annonçait étaient d’une autre nature. Que je n’avais jamais rencontré à ce point dans ma pourtant longue vie militante[i]

Pourquoi ceci ? J’ai fini par trouver une réponse chez Spinoza. La nouveauté de la situation et ce qu’elle impliquait étaient simplement trop grands. Or « L'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose. ». On s’est habitué en 45 ans, depuis le Congrès d’Epinay, à une géographie familière de la gauche. Le PS glissait à droite mais restait hégémonique. Sa gauche pestait, mais cautionnait. Le PCF multipliait les critiques, mais lui restait lié de l’extérieur, s’affaiblissant de ce fait sans pouvoir décrocher vraiment. L’extrême-gauche dénonçait trahison sur trahison, comptant sur les luttes pour venir à bout du mastodonte, mais sans jamais y parvenir. Et, ici et là, les consciences morales décrivaient avec justesse la chute sans fin de cette gauche perdue. Toute une chaîne qui s’alimentait d’elle-même et dont chaque maillon, solidaire de l’ensemble, « persévérait dans son être » tout en proclamant que bientôt c’en serait fini. Et voilà que Mélenchon approche les 20%, que le PS est à terre comme EELV, le PC à 2.7%, l’extrême gauche marginalisée, les consciences morales désarçonnées.

La chaîne est détruite, dont les maillons se tenaient les uns les autres ; le changement est là. Ne ressemblant en rien à ce qui fût mûrement pensé [ii]. Plus moyen de persévérer dans son être, d’où les déraisons de la raison qui s’en suivirent [iii].

Des questions décisives à discuter il n’en manque certes pas. Regardons la question dite « du respect de la diversité », que FI est accusée de piétiner. Certes celle-ci est constitutive de la gauche en effet, pas de doute sur ce point. Mais elle est entièrement respectée quand, dans des termes quasi identiques, Besancenot et ses amis appellent à la résistance unie [iv], Clémentine Autain à un « Front social et politique » et Mélenchon à un « Front Populaire » pour s’opposer à Macron. Toute autre chose est la discussion quant à la construction d’une nouvelle force politique commune. Le NPA exclut en pratique de faire en France le même chemin que Podemos. Guillaume Balas a proclamé la nécessité de rompre avec « une gauche radicale dure », donc avec ceux et celles qui ont soutenu la campagne de Mélenchon. Le PCF vient de renoncer à son dépassement une fois de plus. Si le PC et les hamonistes ne veulent décidément pas en être, qu’y peut-on ? Une fois de plus le PCF va tenter d’engager sa propre refondation pour « redevenir le parti des classes populaires ». Il y a quelques années alors que je m’étonnais de l’hostilité que manifestait le PCF aux efforts de dépassement engagés par Guy Hermier avec son « pôle de radicalité », ce dernier m’a expliqué une chose fondamentale, la « théorie de la parenthèse ». Pour l’appareil du Parti m’a-t-il dit, une parenthèse néfaste s’est ouverte (quand, ça restait en discussion), mais elle se refermera un jour, et le Parti redeviendra aussi puissant que le Parti de Thorez. On y est encore. Bien sûr qu’il faut respecter le choix de Hamon et Balas de reconstituer une social-démocratie classique si c’est possible. Comme celui que le PC vient de confirmer. Mais on a le droit de dire en même temps dans ce cas que c’est une impasse que personne n’est obligé d’emprunter. On discute là de positionnements politiques, pas des individus le plus souvent parfaitement dignes de respect de part leur engagements de tous les jours dans des combats difficiles. Mais oui, c’est une impasse, d’autant plus mortifère que la gauche est dans l’état que nous connaissons. Nous le savons d’expérience avec le bilan du Front de Gauche. Impossible de progresser sous la forme d’un cartel fermé, qui plus est quand des composantes principales n’imaginent pas une seconde d’aller plus loin dans le dépassement.

Enfin il y a la question de « la diversité », mais dans le cadre d’une force commune. Problème majeur s’il en est, touchant à celle d’un fonctionnement démocratique. Mal résolue pour l’heure dans des expériences semblables comme Podemos. Nécessaire pour le respect des histoires diverses qu’inévitablement cette force regroupera, qui ne sont pas que des survivances du passé, mais aussi des appuis pour des visions plurielles d’avenir en débat. Mais l’essentiel n’est pas là, il est de parvenir à donner réellement le pouvoir de décider en toutes choses aux personnes qui s’engageront dans l’aventure. Mélenchon, dans des remarques pour l’instant peu systématisées, craint un retour des vieilles procédures (celles du PS par exemple) qui n’ont brillé ni par leur efficacité, ni par leur démocratie. Il a raison de vouloir protéger d’abord la force d’initiative « en réseaux » qu’a démontrée la campagne. Mais il dit aussi que le problème en tant que tel est quasiment surmonté de par l’existence d’un programme, l’Avenir en Commun, référence commune. Mais non ! Tout d’abord un programme n’est pas chose figée, il s’approfondit et s’adapte. Comment y procéder est une vraie question d’organisation. De plus il est sujet à interprétation pour ses conséquences. Quand il a fallu définir une position pour le second tour de la Présidentielle, le programme n’a pas suffi. Il a fallu, comme c’est à son honneur, une consultation des adhérent-e-s de la FI, par la seule procédure possible, le vote. Et la vie se chargera de poser encore et encore des choix stratégiques imprévus : c’est l’ordre des choses. La démocratie, consiste à les remettre dans les mains du tout venant des adhérent-e-s. Ou alors, comme obligatoirement décisions il y a, c’est qu’elles leur échappent.

Le défi est là. Pas les solutions clé en mains puisque aucune de celles du passé ne sont récupérables telles quelles. La FI peut et doit relever ce défi. Il faut inventer en marchant. Compte tenu des succès rencontrés, et aussi du refus acté d’autres forces de gauche décisives de s’engager dans la construction d’une nouvelle force de rupture, c’est de la FI que dépend désormais de doter le pays d’une force à la mesure des besoins des combats sociaux, démocratiques, européens, écologiques. Avec un « processus constituant » pour fonder un nouveau mouvement, aux mains des membres qui ont fait les campagnes électorales et souhaitent poursuivre, et en même temps ouvert à ceux qui décideraient de s’y joindre. Et ils ne manqueront pas. Spinoza toujours nous dit « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. ». Autant qu’il est en elle. Or il s’avère que nombre de groupes ou de militant-e-s ont « en eux » cette volonté ancienne de forger une force nouvelle. A toutes celles-là et ceux-là, en particulier les anticapitalistes, je dis : persévérez tout autant dans cet être là, misez sur le changement, c’est le moment. Sans aucune certitude de réussir, mais qui peut promettre ça ? Comme disait mon ami Daniel Bensaïd, après Gramsci, on ne peut prévoir que la lutte. Non son issue.

 

[i] Avec en miroir une violence tout autant disproportionnée de certains partisans de Mélenchon. Toute cette phase d’une grande brutalité devrait passionner les chercheurs à venir, sur une question brièvement abordée dans un texte Bulles cognitives et problèmes démocratiques – Produire de la diversité ne produit pas automatiquement du commun, https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39945

[ii] Et pourtant, si la forme précise était imprévisible, on pouvait savoir à quoi s’attendre. Je disais ici-même en 2013 « Si donc ceci, malheureusement, se confirme et s’accentue, alors oui, ce sera « la fois de trop ». Et toutes celles et ceux qui auront gardé un millimètre de liens et de complaisance avec ce système seront rejetés avec la même force, même si c’est parfois injuste. », https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/030313/des-elections-italiennes-la-fois-de-trop-en-france

[iii] Voilà un prétendu « national populiste » qui triomphe dans les cités populaires sans que quiconque s’interroge sur la contradiction… Mystère de la dialectique.

[iv] https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/160617/construire-une-opposition-militante-macron-maintenant

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 20:24

Aujourd’hui, sur la table du conseil des ministres : les ordonnances concernant la loi travail.

Pour y voir clair et bien comprendre ce qui va se passer, cette excellente émission (1) sur le Code du travail (à quoi sert-il ? ….), le contenu de la loi travail (XXL), les ordonnances,….

Emission très pédagogique. A ne pas louper et à faire circuler.

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(1) https://www.youtube.com/watch?v=lDtGvE4Jte8

 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 16:45

‘Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement, un absent, cet absent est la figure du Roi’ E. Macron. D’ajouter : On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléoniens et gaullistes, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace’.

Rien de plus dangereux que de tenir concentrés les pouvoirs entre les mains d’un seul. Telle était la situation à l’époque monarchique. Raison pour laquelle Montesquieu proposait de diviser le pouvoir en 3 distincts - exécutif, législatif, judicaire - afin que de leur équilibre et de leur séparation l’un ne prenne le pas sur l’autre, que n’advienne de leur réunion un consul, un empereur, un président de la République qui se comporterait en césar.

La constitution de la 5ème République, système présidentiel  - plus fort qu’il ne l’est aux USA où le Président est contraint par le Congrès - née sur fond de crise, a rompu cet équilibre. Le pouvoir législatif cède la main à l’exécutif qui dispose pour faire la loi du pouvoir règlementaire, les projets d’origine gouvernementale sont prioritaires sur les propositions de loi, le Président ne peut être renversé par le Parlement où simplement révoqué par le peuple à l’initiative de ce dernier, le calendrier électoral renversé renforce l’exécutif, l’usage abusif du 49.3 est une violence répétée faite au Parlement, les ministres (parfois sans légitimité liée au suffrage) sont agréés par le seul Président , … , tout tend à concentrer dans les mains du président l’ensemble des pouvoirs. Cerise sur le gâteau, comme on vient de le voir lors du dernier moment électoral, les candidats à la députation sont choisis par le christique Macron afin de s’assurer de leur docilité.

En 2008, pour asseoir davantage l’exécutif, N. Sarkozy décide d’une réforme constitutionnelle qui autorise - du jamais vu depuis 1875 - le président de la République à réunir les représentants en Congrès pour leur tenir déclaration politique. C’est ainsi que va procéder  le président Macron, après N. Sarkozy en 2009 et F. Hollande en 2015. Une fois l’an, il viendra donner le cap à sa majorité parlementaire – on se doute bien que les autres députés s’en foutront - pour lui tenir la bride courte. Du même coup, il court-circuite son premier ministre et fait, sans qu’il y paraisse, passant par-dessus les parlementaires, à l’intention des citoyens ce qui s’apparente à un discours du trône ; ainsi tisse-t-il le lien qui unit plus directement et plus fortement le Roi au peuple. Je suis Roi d’essence populaire – bien joué !

La personnalisation et la concentration du pouvoir est désormais à marche forcée. Premier ministre et ministres sont flanqués de sbires du président pour les surveiller et tout faire remonter en dernier lieu à la présidence.

Pour couronner, si j’ose dire, le président Macron, a décidé de donner le statut de 1ère dame. Une bizarrerie en république. Le prince-président avait son Eugénie, le président de la République, pas encore prince mais ça viendra, aura sa Brigitte.

Il n’a pas fini de nous étonner.

Exergue

*

« Je n'ai jamais été partisan du gouvernement d'assemblée, c'est-à-dire d'un gouvernement exercé par cinq ou six cents personnes. L'exécutif, l'équipe qui agit, ne peut comporter qu'un nombre limité de personnes entre lesquelles règne une certaine homogénéité, une solidarité ; elles discutent entre elles mais elles doivent être assez proches les unes des autres pour pouvoir prendre des décisions rapidement et les respecter. C'est indispensable surtout dans un pays comme la France, où le gouvernement résulte forcément d'une coalition de volontés. C'est ainsi, seulement, qu'une équipe (c’est le vrai mot) chargée de la conduite quotidienne des affaires peut affirmer sa volonté, son autorité, disposer de la durée, de la stabilité. Ce qui manquait sous la IIIème et plus encore sous la IVème.

  Mais, à côté de cela, il faut une instance, l'Assemblée, fidèlement représentative des tendances qui règnent dans le pays, qui les confronte publiquement et qui se prononce sur les options principales. L'exécution reste le domaine du Gouvernement et ce dernier agit au nom des forces politiques majoritaires dans l'Assemblée. Ainsi donc, deux pouvoirs : l'exécutif (homogène) et le représentatif ou législatif (inévitablement composite), dont chacun a son indépendance et sa mission.

  Sous la IVème République, il n'y avait, en réalité, qu'un pouvoir : l'Assemblée ; le Gouvernement n'existait plus, il était dominé, écrasé, phagocyté * par le Parlement. Sous la Vème, il n'y a de nouveau qu'un pouvoir : l'exécutif, le Gouvernement ou plutôt le Président ; l'Assemblée ne joue aucun rôle, sinon de pure figuration. On est passé d'un extrême à l'autre.

  Je ne pense pas qu'il soit sain et démocratique d'investir, comme aujourd'hui, de moyens aussi larges et aussi incontrôlés un seul homme et pour sept ans [...] Un homme élu par trente millions d'électeurs est forcément très puissant ; or, volontairement, on n'a prévu aucun contrepoids, aucun partage, aucune institution de contrôle ».

* absorbé ou mangé.

Mendès-France, Choisir, pp. 85-86, Stock, 1974.

(Il s’agit d’un ouvrage dans lequel Mendès France répond
aux questions d’un journaliste de La Vie catholique, Jean Bothorel).

 

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 16:25

Je n’ai jamais été et reste contre la société civile à laquelle on offre et qui accepte des postes politiques alors qu’elle n’a pas couru l’épreuve du suffrage. Elle n’a aucune légitimité. C’est, dans la 5ème république, quelque peu bonapartiste, une vieille habitude. Napoléon III avait Morny pour encadrer et tenir les membres du gouvernement. Macron place ses commensaux qui vont aider à la digestion de sa politique ; ici, ministres sous surveillance comme en fait état l’article ci-dessous, là godillots choisies au casting sous tutelle du maréchal Ferrand. Démocratie verrouillée.

Je n’ai jamais été et reste contre la société civile. Le despotisme, qui se pense éclairé d’experts, s’achève toujours en désastre, en témoigne l’expérience de Platon qui prétendait vouloir instaurer un gouvernement juste en conseillant Denys de Syracuse. Pas plus qu’il n’y a de philosophe-roi il ne peut y avoir de gouvernement de technocrates qui soumet le pouvoir populaire à la prétendue autorité du savoir de quelques uns qui n’est pas d’ailleurs sans être en contradiction avec le savoir d’autres technocrates. Si nul ne dispose de la vérité pourquoi donc l’imposer au grand nombre, sinon pour satisfaire - ayant conquis le pouvoir à cet effet - des intérêts particuliers ?

Macron, ouvrant à la société civile - comme si l’homme politique avant d’être politique par le suffrage n’était pas issu de la société civile - prétend changer la pratique politique. Se faisant il installe des individus en état de servitude volontaire, soit issus de partis qu’ils viennent à la soupe, soit opportunistes qui profitent de l’occasion pour entrer dans un domaine dont ils n'avaient jamais envisagé la conquête faute de courage.

Tout ça pourquoi ? Pour coller à un monde qui change à grande vitesse dont Badiou dit que pour pouvoir en juger il faudrait qu’il y ait ‘un repère fixe, un invariant relatif d’où prendre la mesure’, changement proclamé que ‘d’incessantes réformes doivent plier les sujets à y consentir’.

S’il y a nécessité du changement, pas celui pensé par Macron dans l’intérêt du libéralisme, mais changement climatique, écologique, social,… les réformes n’ont pas pour objet de plier les sujets à y consentir. Réfléchies par le peuple qui sait sont intérêt, peuple éclairé nécessairement d’experts, elles ne peuvent être, en démocratie, que propositions du peuple sous forme de programme clairement établi.

Alors je ne sais ce qu’il convient de mettre en avant. Le mal élu ou le Mal élu ? Certainement les deux.

Exergue

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Source : https://www.marianne.net/politique/comment-macron-place-des-espions-chez-ses-ministres-de-la-societe-civile

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Comment Macron a placé ses ministres sous surveillance

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Emmanuel Macron a placé plusieurs ministres issus de la société civile sous surveillance de ses proches. En imposant ainsi ses fidèles dans les ministères du gouvernement Philippe, il confirme sa conception "jupitérienne" du pouvoir.

Une main de fer dans un gant de velours griffé "société civile". Comme promis, Emmanuel Macron a nommé ce mercredi 21 juin une majorité de ministres étrangers au sérail politique. Dans le gouvernement Philippe II, les noms de nombreux membres évoquent les meilleures promotions de la Légion d'honneur : Nicolas Hulot, Nicole Belloubet, Florence Parly, François Nyssen, Agnès Buzyn, Muriel Pénicaud, Frédérique Vidal... Un tel concentré de professionnalisme incite à la confiance et "en même temps", interroge : comment assurer la cohérence de la politique qu'ils mèneront avec le programme présidentiel du fondateur d'En Marche ? Le chef de l'Etat a trouvé une solution qui confirme à la fois ses talents de stratège et sa conception toute "jupitérienne" du pouvoir. Tout en mettant en avant ces experts, il a d'abord fixé le nombre de leur collaborateurs à dix maximum. De quoi limiter leur capacité à s'affranchir de la quarantaine de collaborateurs que le Président s'est en revanche octroyés.

Surtout, Emmanuel Macron a discrètement adjoint à tous les principaux ministres de la société civile des collaborateurs très proches de lui. Selon nos informations, plusieurs membres du gouvernement se sont en effet vu imposer un certain nombre de noms au moment de leur nomination. Parmi eux, beaucoup de fidèles macronistes. Comme un marionnettiste qui tirerait les ficelles dans l'ombre, le chef de l'Etat pourra compter sur ces amis bien placés pour souffler la bonne parole à leurs ministres.

Ces technos font même parfois office de véritables "ministres bis", dont l'influence devrait quasiment équivaloir à celle de leur supérieur hiérarchique. Prenez Françoise Nyssen, la ministre de la Culture. Editrice à succès chez Actes Sud, son parcours force le respect. Mais elle n'avait jamais touché à la politique avant d'être nommée au gouvernement. Ni vu, ni connu, Emmanuel Macron lui a demandé de prendre Marc Schwartz en tant que directeur de cabinet. Ce conseiller à la Cour des comptes n'est autre que le coordinateur et principal cerveau du programme culturel du Président. Nul doute qu'il s'avisera que les vues de l'Elysée ne soient pas bafouées...

Même schéma pour Muriel Pénicaud, la nouvelle ministre du Travail. Son conseiller spécial s'appelle Marc Ferracci. Ce professeur d'économie a été le témoin de mariage d'Emmanuel Macron mais aussi... une des principales chevilles ouvrières de son programme Travail. A tel point qu'on a évoqué son nom pour devenir ministre... Lui aussi devrait autant conseiller sa ministre que contrôler sa fidélité à la doxa macroniste.

Jean-Michel Blanquer, le nouveau ministre de l'Education nationale, connu pour son imagination débordante, a pu puiser dans ses propres réseaux pour constituer une partie de son cabinet. Pour autant, sa conseillère spéciale, Fanny Anor, travaillait auparavant pour En Marche où elle s'est activée à mettre au point le programme Education du candidat. Agnès Buzyn et Nicolas Hulot sont un peu mieux lotis mais tout de même sous surveillance… La ministre de la Santé s'est vu demander d'embaucher en tant que cheffe de cabinet Sophie Ferracci. Cette avocate occupait auparavant le même poste auprès... d'Emmanuel Macron. Quant à Nicolas Hulot, sa cheffe de cabinet n'est autre qu'Anne Rubinstein. Elle aussi a occupé le même poste pour l'actuel chef de l'Etat quand il était ministre.

Lieutenants au gouvernement

Emmanuel Macron a également appliqué cette stratégie dans ses nominations au gouvernement. Si Bruno Le Maire a pu choisir des conseillers affiliés à la droite pour son ministère de l'Economie, il vient de se faire adjoindre un secrétaire d'Etat en la personne de Benjamin Griveaux. Porte-parole d'En Marche depuis octobre 2016, celui-ci est tout dévoué au Président. Idem pour Julien Denormandie : nouveau secrétaire d'Etat à la Cohésion des Territoires, cet ingénieur de 36 ans est un des trois principaux lieutenants du chef de l'Etat depuis trois ans. Il secondera (et surveillera ?) désormais Jacques Mézard (PRG), son nouveau ministre de tutelle.

Même le Premier ministre, Edouard Philippe, est concerné. Au cabinet de Matignon, onze collaborateurs officient également pour le Président. Officiellement, il s'agit d'"éviter tous les murs qui nuiraient à la bonne communication opérationnelle", explique un conseiller gouvernemental à l'AFP. En off, un ministre s'inquiète d'une "prise de contrôle" des ministères et de Matignon par l'Elysée.

En élaborant cette stratégie, Emmanuel Macron s'est peut-être souvenu de sa propre expérience. Pendant son passage au ministère de l'Economie, le désormais chef de l'Etat s'est assuré la fidélité de nombreux membres de son cabinet. Une douzaine d'entre eux l'ont suivi à En Marche quand il a démissionné du gouvernement, en août 2016. Neuf mois plus tard, il était président de la République.

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 10:27

Dans ‘La grande régression’, livre paru en 2011, J. Généreux faisait part de divers désastres - économique, écologique, destruction lente de la société -. Il pointait le délitement de la démocratie qui nous donne aujourd’hui un président de la République élu très petitement néanmoins engagé sans vergogne dans la ‘démocrature’, signalait le désordre moral régnant illustré, pour les plus connues, par les affaires Cahuzac et Fillon, que ne règlera pas la loi étriquée dite de moralisation de la vie politique, avertissait sur le danger que court le champ social attaqué aujourd’hui dans la destruction du Code du travail et la mise en œuvre de politiques sécuritaires liberticides.

C’est bien à une grande régression que nous assistons, cependant vendue grâce à la rhétorique et la communication comme du progressisme.  

C’est pour faire part de cette grande régression que représente la destruction du Code du travail, qui va se faire à l’aide d’ordonnances, que le SAF propose un décryptage en 14 petites vidéos accessibles grâce au lien proposé ci-dessous et dont voici les contenus.   

  1. Introduction
  2. Vers la fin du CDI ?
  3. Contrat de travail. Des droits à la carte ?
  4. Le licenciement pour motif économique
  5. Le délai de recours pour licenciement pour motif économique
  6. Le plafonnement des dommages et intérêts, les barèmes
  7. L’assurance chômage en coupe réglée
  8. La réduction des accords de branche
  9. L’accord d’entreprise primera sur la loi et le code du travail
  10. Casser la loi
  11. La fusion des instances représentatives du personnel
  12. Diluer la négociation collective
  13. Le fonctionnement des instances représentatives du personnel
  14. Le recours au référendum

 

 *

 

Vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=kIK5hwFsoQY&list=PL3rtD4wZLOlI0eO17MN9UjoSQwm47Q_Kc

 

 

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