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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 09:18

J’ai lu pas mal de livres consacrés à la défense de la presse, dont quelques-uns, excellents, d’Edwy Plenel co-fondateur avec Laurent Mauduit de Médiapart, journaliste dont je ne vais pas manquer de lire le dernier ouvrage, Mauduit qui appelle les candidats à la présidentielle à faire de la presse un axe de campagne électorale.

Avec ces deux-là on ne peut être que d’accord pour faire de la presse, ce 4ème pouvoir, un pouvoir indépendant des puissances financières, économiques, et, pour cela, il serait aisé, sans chercher midi à quatorze heures, de revenir aux propositions issues du PNR (Programme National de la Résistance).

Ceci étant dit, une presse dégagée des puissances financières et économiques, n’est pas nécessairement une ‘bonne’ presse si ceux qui la dirigent, ses journalistes, n’ont pas la volonté de s’inscrire dans l’objectivité dont ils se réclament.

Je ne suis pas contre une presse partisane qui annonce la couleur. J’ai quelque mal avec une presse qui affiche son désir d’investigation et qui ne retient, quand ça l’arrange, que ce qui lui convient. Ainsi en est-il de l’affaire syrienne et de quelques autres.

Lorsqu’on entend dénoncer la presse aux ordres, la presse chien de garde, encore faut-il, poussant le raisonnement jusqu’au bout de la logique, ne pas se laisser enfermer dans d’autres servilités que sont les petits conforts que l’on se fait et qui sont malhonnêtetés intellectuelles.

Exergue

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Lettre ouverte : https://blogs.mediapart.fr/swank/blog/191216/lettre-ouverte-aux-journalistes-de-mediapart-et-quelques-autres?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 18:09

 

Qu’on se le dise.

Exergue

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Source : http://www.bastamag.net/Bollore-contre-Bastamag-le-proces-en-appel-aura-lieu-le-1er-decembre

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Après avoir été débouté en première instance de sa plainte en diffamation contre notre site d’information, le groupe de Vincent Bolloré a fait appel. L’audience se déroulera le 1er décembre à Paris. L’article visé traitait de l’accaparement des terres en Afrique et en Asie et de l’implication de plusieurs entreprises françaises dans ce processus.

Le 1er décembre se tiendra le procès en appel opposant le groupe Bolloré au site d’information Bastamag. Nous sommes depuis quatre ans la cible d’une plainte en diffamation de la part du groupe Bolloré suite à la publication d’un article pointant le rôle de grandes entreprises françaises dans le phénomène d’accaparement des terres en Afrique et en Asie (à lire ici).

Le groupe Bolloré a été débouté de sa plainte en première instance le 14 avril 2016. La 17ème chambre du Tribunal de grande instance de Paris avait alors relaxé notre directeur de publication (Julien Lusson) et les trois autres journalistes incriminés pour l’article (Nadia Djabali, Agnès Rousseaux et Ivan du Roy). Le Tribunal avait alors reconnu le « caractère d’intérêt général » du sujet traité, « le sérieux de l’enquête » et « la prudence dans l’expression » ainsi que « l’impératif du débat démocratique » sur la question de l’accaparement des terres.

L’article mentionnait, entre autres, les activités du groupe Bolloré, via une holding luxembourgeoise, la Socfin, dans lequel le groupe possède de fortes participations. La Socfin possède une trentaine de filiales, dont plusieurs gèrent des plantations d’hévéas et d’huile de palme en Afrique et en Asie. Ses pratiques font l’objet de nombreuses critiques de la part des populations locales et d’organisations internationales.

D’autres sites étaient également poursuivis dans le cadre de cette plaine : le site Rue 89 et son directeur de publication, Pierre Haski, pour avoir cité l’article, la journaliste Dominique Martin Ferrari, qui a cité l’article dans son site « scoop it » (Options Futurs), et trois autres personnes ayant partagé l’article sur leurs blogs (Thierry Lamireau, Laurent Ménard et Guillaume Decugis). Tous ont été aussi relaxés le 14 avril.

 Le procès en appel se déroulera le jeudi 1er décembre, à 13h30, à la Cour d’appel de Paris, au Palais de Justice.

Bastamag n’est pas le seul média à être ciblé par une plainte en diffamation du groupe Bolloré ou de la holding luxembourgeoise Socfin :

 En Juillet, le groupe Bolloré a assigné France 2 devant le Tribunal de Commerce de Paris après la rediffusion d’un « Complément d’enquête » consacré à Vincent Bolloré, son PDG.

 En Juin dernier, le groupe Bolloré a également perdu son procès contre le site Agence Ecofin qu’il attaquait en diffamation pour un article paru dans la rubrique « anti-corruption ».

 Depuis avril, le journaliste de Mediapart Dan Israel est également visé par une plainte en diffamation déposée par la Socfin et sa filiale camerounaise Socapalm suite à un article évoquant l’occupation de plantations par des villageois et paysans camerounais. L’association grenobloise React, qui soutient les communautés locales subissant les conséquences de l’accaparement de terres, est également visée par une plainte similaire. L’association React avait servi d’intermédiaire en 2014 pour ouvrir des négociations entre le groupe Bolloré et les associations de riverains de plantations.

Bastamag fait d’ailleurs l’objet d’une seconde plainte en diffamation de la part du groupe Bolloré pour un article ayant évoqué ces rencontres entre le groupe et les communautés locales.

 

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:35

Le livre d’Aude Lancelin est un pavé dans le cloaque du journalisme. Pourquoi cet effet aujourd’hui ? pourquoi pas hier ? Le style, certainement. Et cette manière qui est de donner corps en proposant de la chair alors qu’il n’était jusqu’ici qu’analyses purement intellectuelles.

Alors, si la conscience est là qu’il y a un enjeu démocratique d’un journalisme ‘propre’, pourquoi ne pas en faire un enjeu politique à l’occasion des élections présidentielles de 2017 comme le proposait Mauduit (voir le blog). Et pourquoi ne pas demander d’inscrire dans la Constitution nouvelle, celle de la 6ième république, cette liberté dont ne peut se passer la démocratie.

Selon R. Godin, il existerait en France une presse libre. Certainement ! Le problème est de savoir le poids qu’elle fait, d’une part. D’autre part, c’est de faire en sorte qu’il ne soit pas de loi qui autorise une presse non libre (problèmes : de concentration de la presse, de propriétaires,…. Ce qui conduit à remettre à l’ordre du jour les lois sur la presse issues du programme de la Résistance). Enfin, ne nous racontons pas d’histoire, la presse hors de nos frontières ne vaut pas mieux que la nôtre ; ce qui n’est pas une consolation.

Exergue

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Source : http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-liberte-de-la-presse-en-peril-610445.html

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 Article de Romaric Godin

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Aude Lancelin décrit la lente descente aux enfers de la presse "de gauche". (Crédits : DR) Chronique des Livres et des Idées. L'ouvrage d'Aude Lancelin, Le Monde Libre, décrit la descente aux enfers de la presse française désormais confrontée aux défis rencontrés deux siècles plus tôt.

« Point de gouvernement représentatif sans liberté de la presse ». Lorsque, en 1816, dans son pamphlet De La Monarchie Selon La Charte, Chateaubriand traçait ses lignes, il ne se doutait sans doute pas que, deux siècles plus tard, cette leçon serait toujours d'actualité. Car en 2016, la France redécouvre que l'indépendance de la presse, condition absolue d'une authentique liberté de la presse, n'est pas un acquis irréversible. Avec la domination de quelques industriels dans le paysage médiatique, la mise sous surveillance de la presse est redevenue un sujet d'actualité. L'actuelle lutte de la rédaction d'Itélé en est une illustration frappante.

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L'histoire d'une vengeance ?

C'est à la narration d'un autre épisode de cette reprise en main de la presse que nous invite Aude Lancelin, ancienne « numéro deux » de l'Obs, chassée de son poste sans ménagement au printemps dernier sous prétexte de « réorganisation ». Dans Le Monde Libre*, récit concis au style enlevé, elle fait de cet acte « inédit dans l'histoire du journal » l'illustration d'une évolution de la presse qui progressivement la désarme et la rend inutile. Ce n'est donc pas que la narration d'une révolution de palais dans un périodique parisien, ce n'est pas davantage l'histoire d'une simple vengeance - même si l'auteure ne se prive pas de quelques portraits au vitriol. Car en évinçant Aude Lancelin, on ne s'est pas contenté d'une simple mesure de gestion de personnel, on a fait taire une voix qui ne sera pas remplacée. Pourquoi ? Parce que le fonctionnement actuel de la presse ne le permet pas. Parce que la cause de cette éviction est le travail même de la journaliste. C'est donc un appauvrissement du pluralisme et un affaiblissement du débat public dans notre pays et, partant, de notre démocratie. C'est pourquoi l'enjeu de l'ouvrage est plus vaste.

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L'effacement du débat

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Pour Aude Lancelin, c'est le fruit d'une évolution de la gauche intellectuelle, celle qui pendant longtemps fut le moteur du débat d'idée en France. Or, dans les années 1980, cette gauche, incarnée par le journal où officiait l'auteure, s'est rallié - et toujours davantage depuis - à l'agenda économique fondé sur la remise en cause de l'Etat-providence et le capitalisme financier, ce que l'auteure appelle « le meilleur des systèmes ». Ce système a de multiples avantages, et d'abord celui de la simplicité. La presse de gauche s'y rallie à coup de recrutements ciblés. Dès lors, le champ des possibles en politique et dans le domaine de la pensée se réduit profondément. « La gauche raisonnable et la droite tocquevilienne ont tout pour s'entendre », résume l'auteure qui ajoute que pour les tenants de cette « fusion », dans un monde où « la démocratie a triomphé, le rôle des intellectuels est désormais d'en gérer loyalement les bénéficies et pas de jouer un quelconque rôle de contre-pouvoir ». Progressivement, l'envie du débat disparaît et la presse de « gauche », qui devait apporter le « carburant » du débat, a cessé d'être utile. Le problème n'est donc pas celui seul de la gauche, mais bien de l'appauvrissement général du débat.

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Le raidissement

La situation s'est encore raidie avec la crise de 2008 et ses conséquences, qui, dans les faits, ont signé l'échec de cette pensée économique, a conduit à un raidissement des positions. A mesure que l'opposition et la contestation grandissaient, elles ne sont plus devenues tolérables. Le récent pamphlet « scientiste » de Pierre Cahuc et André Zylberberg est un exemple de cette nouvelle tendance à l'ostracisme. Toutes les idées qui viennent bousculer la douceur des certitudes établies dérangent alors au point de devoir être tues. Une interview d'un auteur non-consensuel comme Emmanuel Todd devient un crime. Toute insistance sur les conséquences des politiques prônées par ce nouveau consensus conduit au réflexe d'une « diabolisation » caricaturale, comme lorsque l'on voit ce journaliste murmurer « cent millions de morts ! » au passage des confrères jugés « déviants ». Le rejet se fait désormais au fer rouge de l'infamie et le pilori moderne s'appelle « populisme » ou « gauche radicale » (terme revenant étrangement à la mode après n'avoir longtemps désigné qu'un parti de notables amateurs de gastronomie du sud-ouest).

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Le rachat

En suivant ce mouvement, la « presse de gauche » s'est coupée de son lectorat comme la social-démocratie de ses électeurs. Tout se passe comme si, ainsi que le disait Berthold Brecht, on essayait de « changer le peuple ». Cette volonté est évidemment vaine et, pour survivre, mais aussi dans une suite logique de sa conversion idéologique, cette presse finit par se vendre à de riches mécènes dont ils deviennent les « danseuses ». Aude Lancelin raconte en détail les effets de l'irruption de ce monde du « management » dans celui de la presse, avec son cortège de factotums inquiets et cyniques, de réunions stériles, de coachings chronophages et d'études coûteuses. Mais ce « nouveau monde » ne fait qu'accélérer le mouvement précédent. Les médias sont devenus les outils des intérêts de ses actionnaires-mécènes qui attendent donc d'eux une docilité parfaite. Les méthodes utilisées rappellent à l'auteure ceux des anciens régimes « socialistes » décrits par Alexandre Zinoviev. Et comme ces nouveaux maîtres sont souvent, comme tous les grands capitalistes français, en connivence avec l'État, la puissance publique contribue elle-même au mouvement. Aussi est-ce bien dans les bureaux de l'Élysée que l'éviction d'Aude Lancelin a-t-elle été décidée, en parfait accord avec sa hiérarchie. Le gouvernement socialiste n'aura donc pas renié les pratiques inaugurées sous le quinquennat précédent.

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Mise en garde

On comprend alors que l'enjeu central de ce livre n'est pas le destin d'Aude Lancelin, pas davantage que les convictions de cette dernière. C'est bien plutôt celui de la capacité de la presse à jouer son rôle d'organisatrice du débat démocratique, rôle fondé nécessairement sur des confrontations d'idées. Peut-on attendre de la presse un éclairage des choix à prendre par le citoyen lorsqu'elle est uniquement dirigée autoritairement par ceux qui désirent imposer un seul modèle de société, fût-il joliment désigné comme « moderne » ? Certes, le propos est sans doute trop généralisant et il existe encore en France des rédactions et des journalistes indépendantes. Mais c'est une mise en garde. L'espace du débat se réduit comme peau de chagrin et réseaux sociaux et blogs ne sauraient entièrement combler le manque.

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Le retour du 19e siècle

En lisant dans ce livre, la description des « patrons de presse », on pense irrémédiablement à la figure balzacienne de Finot, scribouillard commercial enrichi qui rachète et fait tomber des journaux au gré de ses besoins et de ses intérêts en y plaçant des directeurs dociles et médiocres. Finot est de retour et, comme dans Illusions Perdues, les journalistes sont ses pantins qu'il fait jouer à sa convenance. « Les termes du marché n'avait pas beaucoup changé depuis le 19e siècle : la sécurité aliénée du journalisme ou la liberté souvent payée par un arrêt de mort social », écrit Aude Lancelin, qui en proche de Philippe Murray, l'auteur du 19e siècle A Travers Les Ages, sait combien l'esprit de ce siècle peut revenir.

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Deux siècles pour rien ?

Rien de nouveau, donc ? Si l'on veut. Sauf qu'entretemps, la presse française a tenté, aux lendemains de la Libération, de s'affranchir de cette aliénation et de créer de nouveaux fondements à la liberté de la presse par l'indépendance des rédactions. Sauf qu'il existe, dans plusieurs pays européens, une presse plus vivante, plus libre. Sauf que se résoudre à accepter ce « monde libre » décrit par Aude Lancelin, c'est se résoudre à accepter une démocratie d'opérette qui se perdrait elle-même, comme la monarchie de 1816 s'est perdue. Le combat de ce livre n'est pas un combat « politique », ce n'est pas celui de la « gauche radicale » contre la « gauche sociale-libérale », c'est celui de la croyance dans le débat démocratique face à la « pensée magique » néolibérale pour reprendre le terme employé par le FMI lui-même, de la pluralité contre les arguments d'autorité d'une « science » bien peu sûre d'elle-même, en un mot de la liberté contre la servitude volontaire.

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Intérêt national

Ce livre est de ce point de vue exemplaire d'une évolution qui devrait inquiéter bien au-delà des cercles de « gauche », notamment parmi les authentiques Libéraux, ceux qui rejettent la connivence des oligopoles avec l'État, qui croient au talent et qui sont authentiquement défenseurs des libertés publiques. En 1834, Chateaubriand, le légitimiste, rendit visite « deux à trois fois par semaine » dans sa prison à Armand Carrel, journaliste républicain, « ennemi des rois », condamné pour délits de presse par la justice orléaniste. Dans une lettre, ce dernier écrivait au vicomte breton : « ce que vous avez voulu depuis trente ans, monsieur, ce que je voulais (...) c'est d'assurer aux intérêts qui se partagent notre belle France une loi de combat plus humaine, plus civilisée, plus fraternelle, plus concluante que la guerre civile et il n'y a que la discussion qui puisse détrôner la guerre civile ». Deux siècles plus tard, nous voici donc contraints, à la lecture du livre d'Aude Lancelin, de reprendre les interrogations où ces deux âmes sublimes les avaient laissées.

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 *Aude Lancelin, Le Monde Libre, Editions Les Liens qui Libèrent, 233 pages, 19 €.

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 09:54

 aux éditions : Les liens qui libèrent

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Pas seulement un livre sur la presse, une analyse comme il en est périodiquement une, mais un témoignage comme on dit de l’intérieur.

Davantage que cela, c’est la mise en correspondance du déclin de la démocratie et du déclin de la fonction de la presse, l’un thermomètre de l’autre sans trop savoir d’ailleurs qui précède au point qu’on se demande si ces deux déclins ne font pas seulement que s’accompagner.

C’est encore une description des mœurs politiques de l’époque où copinage et coquinage voisinent, et on s’aperçoit (si on le l’a pas fait avant) que ceux qui ont touché à la gloire un instant sombrent dans la mégalomanie sénile, où ceux qui pourraient nous ouvrir à d’autres idées et à d’autres chemins sont écartés de la tribune.

C’est aussi l’histoire de la dérive du parti dit socialiste.  

C’est enfin une belle écriture, ce qui ne gâte rien à l’affaire. Un livre remarquable qu’il convient de ne pas louper.

Exergue

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 17:28
  • « Je trouve que les journalistes qui travaillent en France ne s’en rendent pas compte, n’ont parfois pas cette lucidité de mesurer à quel point la presse est malade »… « Je ne critique pas les journalistes, je critique l’écosystème dans lequel on les a mis ».

Un peu facile ! Si les journalistes dont le métier commande d’être clairvoyant ne le sont pas, à qui le demandera-t-on ? Chien de garde ils veulent être, chien de garde ils sont.

  • « Il y a un bouillonnement d’idées pour revenir à l’esprit de la résistance et à l’idée d’une presse libre. … tous ces acteurs auraient intérêt à rassembler ces propositions pour bousculer le jeu de la présidentielle, imposer la mise à l’agenda de la question d’une refondation de la presse. Il faut faire de l’indépendance de la presse l’un des enjeux du débat citoyen des mois qui viennent ».

Chiche ! J’attends que tous les citoyens-journalistes, qui tempêtent contre une presse aux ordres, « imposent » dans le débat « la question d’une refondation de la presse, bousculent le jeu de la présidentielle ». Ils ont les moyens ! Leur canard ! Pour l’instant rien ne vient.

Enfin, à une époque où on constitutionnalise tout, pourquoi ne constitutionnaliserait-on pas pour garantir la liberté de la presse ?

Exergue

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Avec Main basse sur l’information, Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, lance un cri d’alarme : l’écosystème d’une presse française de plus en plus dépendante se dégrade. Et sa crise est aussi celle de notre démocratie.

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Source : http://www.regards.fr/web/article/laurent-mauduit-les-journalistes-francais-ne-mesurent-pas-a-quel-point-la

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Regards. Le phénomène de concentration que vous décrivez a débuté il y a environ deux décennies. Pourquoi publier ce livre maintenant ?

Laurent Mauduit. La récente vague d’acquisitions de médias par des oligarques marque la fin d’une histoire. Celle-ci débute à la libération avec le programme du CNR, qui instaure une presse indépendante des puissances financières. L’ensemble du paysage de la presse est à cette époque modelé par ce principe. Sous des modalités juridiques multiples, la presse cherche à garantir son indépendance : sociétés des journalistes propriétaires de leur publication, coopératives ouvrières… Le Parisien libéré, coopérative ouvrière, est fondé par des membres du courant démocrate-chrétien, ce qui montre que même la droite est alors attachée à l’indépendance de la presse, considérée un bien commun.

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Comment ce modèle a-t-il été remis en cause ?

Au fil des années, la presse perd peu à peu son indépendance. Et ce que l’on vit depuis 2010, c’est une accélération vers la fin de cette histoire : avec l’opération autour du Monde puis de L’Obs du trio Pigasse-Bergé-Niel ("trio BNP"), ou encore Patrick Drahi qui crée une espèce de mastodonte médiatique comprenant Libération, L’Express puis d’ici 2019 l’empire d’Alain Weill [le groupe NextRadio Impact, dont RMC Info et BFM TV sont des filiales, ndlr]. Cette constitution d’immenses empires est une nouveauté. Les derniers journaux indépendants cessent de l’être. On vit dramatiquement la fin de cette histoire, et on en revient à la presse du temps du Comité des forges, celle de l’entre-deux guerres.

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Cette tendance s’est, selon vous, « creusée de façon spectaculaire depuis 2012 ».

À partir de 2012 est apparue une forme de brutalité qui n’était pas connue auparavant. On aurait pu espérer que le gouvernement Hollande fasse appliquer les lois anti-concentration, qui interdisent à un actionnaire de détenir à la fois une chaîne de télévision et un journal de diffusion nationale. Or, Drahi va bientôt détenir Libération, L’Express, BFM TV et RMC... Non seulement le gouvernement n’a pas appliqué la loi, mais de plus, les censures manifestes ont donné lieu à des pantalonnades invraisemblables. Bolloré, lors de sa convocation devant le CSA, leur a simplement dit de ne pas s’inquiéter, puis est reparti sans problèmes... La puissance publique se moque totalement, ici, que l’actionnaire piétine les principes élémentaires de la démocratie. Hollande a déçu et suscité de la colère autant dans le secteur de la presse que dans les autres domaines.

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Malgré le grand "shopping" mondial des oligarques dans le secteur de la presse, mis en lumière par un récent rapport de RSF, le cas français reste singulier ?

Si l’on parle des grandes démocraties, en excluant les régimes autoritaires, je trouve que la France est un modèle à part, pour une raison très forte : dans les pays anglo-saxons et en Allemagne, les patrons de presse ont, pour la plupart, la presse pour métier. Mais surtout, je trouve que ce qui nous distingue des autres démocraties, c’est le système politique. Quand ici nous subissons le présidentialisme, aux États-Unis les valeurs fondatrices de la démocratie se trouvent dans le premier amendement de la Constitution, qui affirme les libertés d’opinion, d’expression et de la presse. Donc, même si peuvent exister là-bas des problèmes de consanguinité et de corruption, il y a toujours des sursauts déontologiques.

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Il y a donc une crise des médias spécifiquement française ?

Dans l’histoire récente des grandes démocraties, je ne vois qu’un équivalent à la situation française actuelle : l’Italie de Berlusconi. Nous vivons dans ce qui est sans doute la plus malade des grandes démocraties dans le monde, et l’une des manifestations de cette situation est la presse la plus atypique au monde. Je trouve que les journalistes qui travaillent en France ne s’en rendent pas compte, n’ont parfois pas cette lucidité de mesurer à quel point la presse est malade. Comme le dit mon confrère Edwy Plenel, nous avons en France une culture démocratique de très basse intensité.

Quelles sont les conséquences concrètes de cette concentration ?

Il y a d’abord un aspect de plus en plus visible : la censure. Quand j’étais jeune, j’ai connu des censures, mais elles étaient cachées, masquées. Là, elles sont violentes et désinhibées. Les censures de Bolloré à Canal+ et le licenciement d’Aude Lancelin à L’Obs le montrent. Il a pu, par le passé, y avoir des gens mis dans un placard. Mais licencier de manière assumée pour motifs politiques, c’est du jamais vu depuis l’entre-deux guerres. Il y a aussi allégeance de certains hiérarques de la presse à leurs actionnaires, et surtout la promotion, par ces actionnaires, de fidèles à la tête des organes de presse.

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Il y a également des effets plus indirects…

Oui, des effets encore plus pernicieux et violents : cet écosystème génère de l’autocensure, et donc une normalisation éditoriale. Prenez le cas du journal Les Echos : même si ses journalistes sont compétents, il est très difficile pour eux de pratiquer un métier d’information économique alors que leur principal actionnaire, Bernard Arnault, est la deuxième fortune de France. Notre premier travail, c’est l’enquête. Je pense d’ailleurs que le terme de journaliste d’investigation devrait être un pléonasme. Tous les journalistes sont censés être des journalistes d’investigation. C’est ça, notre métier. Du temps où j’étais au service entreprises du Monde, nous passions notre temps à enquêter. Avec des résultats comme la révélation du trucage de la comptabilité de Vivendi, qui a fait chuter Jean-Marie Messier. Aujourd’hui, même s’il y a surement d’autres services qui ont mieux résisté, si vous ouvrez les pages du service économique du Monde, c’est pire que les Echos. Il n’y a plus d’enquêtes. Je ne critique pas les journalistes, je critique l’écosystème dans lequel on les a mis.

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Rejoignez-vous les propos d’Aude Lancelin qui affirmait, lors du dernier live de Mediapart, que les rédactions ont perdu tout poids dans leur rapport de forces face aux actionnaires ? Le tableau est-il si noir ?

Il est vrai que la situation n’est pas la même pour tous les titres. D’abord parce qu’il y a des rédactions plus rebelles que d’autres, ensuite car certains journaux sont héritiers d’une histoire spécifique. La violence de la censure ne prend pas la même forme au Monde, fondé sur le modèle d’un entreprise propriété de ses journalistes, qu’à Canal+. La normalisation économique du Monde, réalisée par le trio BNP, n’a pas supprimé le droit moral des journalistes, qui fait que le directeur du journal doit recueillir 60% des votes de la rédaction pour être nommé. Et c’est d’ailleurs pour cela que l’affaire Aude Lancelin est très importante. L’Obs étant désormais intégré au groupe Le Monde, ce licenciement politique constitue une première qui concerne aussi le journal Le Monde.

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Ces évolutions critiques sont-elles générales ?

Il y a des poches de résistance, des gens qui font très bien leur travail. L’épisode récent du conflit entre Michel Field et Élise Lucet montre bien que, quand on garde la tête haute, on peut gagner des bagarres. Quelque part, Élise Lucet a ici défendu l’esprit du service public : délivrer une information honnête à ses téléspectateurs. Donc, oui, il ne faut surtout pas de jugement à l’emporte-pièce. Il faut rentrer dans les nuances des histoires des entreprises, parce qu’elles n’en sont pas toutes au même point de normalisation.

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Peut-on espérer un sursaut ? Au-delà de cet ouvrage, vous semblez avoir mené des actions concrètes en vue de l’émergence de nouveaux médias indépendants.

Le cœur du débat pour moi, c’est la propriété. Il faut que la presse nouvelle soit protégée des influences politiques et financières. À Mediapart, nous croyons beaucoup aux idées de sociétés citoyennes de presse. Il existe un cadre législatif pour cela, mais très faible. Dans les expériences récentes vécues par de nombreux jeunes confrères, c’est le manque de moyens qui a fait que les projets intelligents, souvent, n’ont pas abouti. Pour cette raison, je pense qu’il faut aider, appuyer les initiatives. Nous défendons deux idées. D’abord, les seules aides acceptables sont les aides indirectes, c’est-à-dire des aides à l’écosystème général. Ensuite, nous sommes en faveur de mesures qui entraîneraient l’apparition d’une presse nouvelle : aides à la création d’entreprises de presse ; nouveaux financements à inventer, comme des prêts de la Banque publique d’investissement ; trouver un statut juridique enfin dynamique...

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Ces aspirations commencent-elles à émerger ?

Il y a un bouillonnement d’idées pour revenir à l’esprit de la résistance et à l’idée d’une presse libre. La seule chose qui manque, c’est la volonté politique. Je trouve que tous ces acteurs auraient intérêt à rassembler ces propositions pour bousculer le jeu de la présidentielle, imposer la mise à l’agenda de la question d’une refondation de la presse. Il faut faire de l’indépendance de la presse l’un des enjeux du débat citoyen des mois qui viennent.

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« On ne vit pas une crise de la demande, avec des citoyens qui se désintéresseraient des questions citoyennes et d’actualité, mais une crise de l’offre. »

Pour cela, ne faudrait-il pas que l’ensemble de ces acteurs se réunisse afin d’élaborer, puis porter, un projet global et cohérent pour les médias ?

Il existe un projet plus global, défendu à l’unanimité par les membres de la commission sur le numérique de l’Assemblée nationale, qui était présidée par Christian Paul, et dont Edwy Plenel était membre. Il n’a pas été pris en compte par l’exécutif, mais peut servir de base. Internet représente une grande révolution technologique, extrêmement importante pour la presse puisqu’elle fait muter le métier de journaliste – avec le multimédia mais aussi l’éruption des citoyens dans la vie d’un journal, au travers de l’interactivité et du participatif. Un gouvernement progressiste aurait pu, comme cela a été fait au début de la IIIe République avec la révolution technique liée à l’électricité, voter une nouvelle grande loi démocratique pour renouveler le droit de la presse, et surtout assurer le droit de savoir des citoyens.

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Dans votre ouvrage, vous faites de l’indépendance de la presse un enjeu essentiel pour la démocratie…

La refondation de la presse est selon moi intimement liée à celle de la démocratie. Dans toutes les périodes de bouillonnement démocratique, la question de la liberté de la presse a été posée. Tout cela pour une raison simple : il n’y a pas de démocratie sans citoyens éclairés. Or la fonction de la presse est d’éclairer les citoyens, de les informer. Il n’y a pas d’exercice serein du droit de vote sans une presse libre et indépendante.

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Cette fonction de "sentinelle" de la démocratie que vous défendez découle de la philosophie des Lumières. Son effectivité est soumise, selon Camille Desmoulins, à l’existence d’un "peuple-lecteur". La presse française d’aujourd’hui peut-elle jouer un tel rôle ?

Ma conviction, c’est que l’on ne vit pas une crise de la demande, avec des citoyens qui se désintéresseraient des questions citoyennes et d’actualité, de la vie de la cité. Je pense que l’on vit une crise de l’offre. Il existe des facteurs multiples à la crise de la presse (crise économique, mutations technologiques, crise publicitaire), mais il y a aussi et surtout une crise de dépendance. Le discrédit qui pèse sur la presse et les journalistes est malheureusement souvent justifié. Et ce qui me rend optimiste, c’est que dès que les journalistes font bien leur métier, c’est-à-dire un travail de valeur ajoutée – et non pas un travail googleisé, d’information répétitive, circulaire – les citoyens sont au rendez-vous. La leçon de la petite expérience qu’est Mediapart, c’est que nous avons trouvé notre équilibre économique parce que nous avons essayé de faire correctement notre métier. Je pense que c’est une bonne nouvelle pour tout le monde.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 06:22

S’il est des chiens dangereux pour la démocratie ce sont les chiens … de garde. Il faut les imaginer œuvrant sous d’autres régimes politiques ou à d’autres époques pour bien mesurer leur dangerosité. Ils ne font point métier de journaliste mais de celui de procureur et ont le mordant de pitbulls qui ne desserrent les mâchoires que la victime exsangue.

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Philippe Martinez en a fait les frais, comme on peut en juger sur cette vidéo édifiante qui devrait alerter chaque citoyen :

http://www.dailymotion.com/video/x4hckuo_le-grand-rendez-vous-avec-philippe-martinez_news

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Moins agressif, mais non moins chien de garde, dans l’émission C'est-à-dire, l’étonnement significatif du journaliste partisan s’adressant à Dupont-Aignan : « Est-ce que vous vous réjouissez de ces Podemos…. ? ».

http://www.france5.fr/emissions/c-a-dire/diffusions/20-06-2016_494893

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 23:44

« …. dans les démocraties libérales, l’autonomie relative est devenue un marqueur de l’activité intellectuelle. Le pluralisme, qui permet de temps en temps, et dans une certaine mesure, aux masses de remplacer les élites gouvernantes, a rendu celles-ci largement dépendantes d’un espace public ouvert aux débats. Dans cet espace, qui comprend notamment la presse, les revues, la littérature, les établissements d’enseignement supérieur, les médias audiovisuels et les réseaux sociaux sur Internet, s’élabore une part conséquente des opinions publiques ; ce qui oblige le personnel politique à disposer d’une intelligentsia docile, … »

Dans : La fin de l’intellectuel français ? de Sholmo Sand - Historien

Exergue

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Source : http://russeurope.hypotheses.org/4994

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par Jacques Sapir · 1 juin 2016

Plusieurs affaires viennent de secouer les médias. Si elles sont différentes dans leur détail elles posent toutes la question du droit à l’information et, au-delà du « respect », tant celui qui est dû aux journalistes, une profession qui subit de par le monde des agressions multiples et souvent meurtrières, que celui qui est dû par ces mêmes journalistes à leurs lecteurs, ou leurs auditeurs, ou leurs spectateurs. Car, pour pouvoir exiger – et souvent à juste titre – d’être respectés, les journalistes doivent être respectables. Que certains d’entre eux ne le soient plus est une évidence. C’est elle qui nourrit la prolifération de la « presse » sur internet, domaine ou le meilleur côtoie souvent le pire. Et, si cette prolifération assure un certain pluralisme, elle conduit aussi parfois à une cacophonie où le lecteur à bien du mal à se faire une idée de la fiabilité des sources. C’est ce qui alimente tant les « théories du complot » que la dénonciation, parfois pas si innocente que cela, du « complotisme ». Et de fait, il faut reconnaître que même les paranoïaques peuvent avoir des ennemis…

Trois affaires

Reprenons donc sur trois affaires qui ont défrayées la chronique récemment. La première est le licenciement par l’Obs (ex-Nouvel Observateur) d’Aude Ancelin, une journaliste connue qui cumulait, pour certains des actionnaires de ce journal, le tort d‘avoir écrit des articles empreint de sympathie pour le mouvement « Nuit Debout » et d‘être la compagne de l’un de ses animateurs, Fréderic Lordon[1]. Le scandale ici vient des motifs invoqués pour ce licenciement. On a prétendu qu’elle aurait écrit des articles « anti-démocratiques » et cela sans apporter le moindre commencement de preuve dans une accusation d’une telle gravité[2]. Il s’agit clairement d’une pratique du journalisme de la part des actionnaires de cet hebdomadaire (dont M. Bergé) qui relève du plus pur gangstérisme.

La deuxième affaire concerne l’émission de France-2 Des Paroles et Des Actes où était invité Jean-Luc Mélenchon jeudi 26 mai[3]. On sait que dans cette émission François Lenglet, membre de la rédaction du JT de France-2 prononça des propos calomniateurs sur le président dans le seul but de mettre l’invité en difficulté. Cette affaire s’est retournée contre le sieur Lenglet, l’obligeant, ainsi que France-2, à publier une rétractation honteuse[4]. Mais ce ne fut pas le seul scandale dans cette émission. Deux personnes avaient été choisies pour interpeler Jean-Luc Mélenchon, un boulanger à la mode, fournisseur de l’Elysée et certes pas représentatif des artisans avec ses 17 employés, et une jeune femme, Mme Cécile Imart-Bruno que l’on présentait comme un cadre ayant fait le choix d’un « retour à la terre » et qui s’est avérée être un ancien responsable financier de Bolloré au Chili, membre de la FNSEA (en dépit de ses dénégations, elle a été nommé par décret[5] au Conseil national de la transition écologique, au titre de la FNSEA[6]) et copinant avec des dirigeants socialistes, dont le Ministre de l’agriculture M. Le Foll. Si le choix de ces personnes relève de l’arbitraire de toute émission de télévision, le fait pour France-2 de ne pas les avoir présentés pour ce qu’ils étaient constitue un autre mensonge, et de fait confirme le fait que l’on avait voulu monter un traquenard à Jean-Luc Mélenchon. Ceci, venant en plus de l’affaire Lenglet déjà évoquée, condamne l’organisateur de cette émission, David Pujadas, et lui retire toute légitimité à se poser en journaliste impartial. Au-delà, cette multiplication d‘incidents graves interpelle la direction de France-2 sur son éthique.

La troisième affaire est bien entendu la grève du syndicat du livre CGT lors de la journée d’action du mardi 24 mai, grève qui a frappé les journaux ayant refusé de passer la tribune de Martinez, le « patron » de la CGT. Ceci a provoqué un bel élan d’unanimisme de la part des éditorialistes pour dénoncer ce qu’ils appellent des « pressions inacceptables » et une atteinte à la liberté d‘opinion de la part de la CGT.

Démocratie et pluralisme

Il faut considérer en réalité ces trois affaires comme liées. Car, si l’on veut pouvoir prétendre que l’action de la CGT a bien été une atteinte à la liberté d‘opinion il faut démontrer que cette liberté existait bien au préalable. Or, c’est le contraire que montrent les deux autres affaires. Et l’on en revient au problème évoqué en introduction : si les journalistes veulent être respectés, ils doivent être respectables. Le fait de chercher à imposer une opinion unique à la presse est une attitude inacceptable. Mais, tel n’était pas la demande de la CGT qui souhaitait simplement qu’une règle de pluralisme d’opinions soit respectée.

Et c’est bien le non-respect de cette simple règle dans les principaux journaux qui aujourd’hui pose problème. Ce qui menace aujourd’hui la démocratie dans notre pays n’est donc pas tant l’action de la CGT, quoi que l’on puisse penser de cette dernière mais le comportement hostile au pluralisme de la majorité des responsables de la presse, qu’elle soit écrite ou audio-visuelle. Non qu’un journaliste n’ait pas à avoir ses propres opinions, ni qu’un journal n’ait pas à avoir de ligne éditoriale. L’existence de positions politiques sur différents sujets est parfaitement légitime. Elle est même nécessaire. Mais, ces positions ne devraient pas interférer avec l’impératif du pluralisme. Les journalistes devraient avoir à cœur de toujours distinguer clairement ce qui relève de leurs opinions, qu’elles soient personnelles ou collectives de la présentation de l’ensemble des opinions sur un sujet donné. Ce comportement s’impose d‘autant plus que les différents sondages montrent qu’une majorité de l’opinion est hostile en tout ou partie à la loi El Khomri.

Le non-respect de cette règle de comportement pose aujourd’hui un problème majeur dans la société française. Ce non-respect ne date pas du mouvement actuel contre la loi El Khomri. On avait pu déjà noter ce phénomène lors du débat qui avait accompagné le référendum de 2005 où près de 90% des éditorialistes, mais aussi des papiers et opinions publiés allaient dans le sens du « oui », alors qu’en définitive ce fut le « non » qui l’emporta[7]. Du 1er janvier au 31 mars 2005, le rapport entre les temps de parole donnait, pour l’ensemble des émissions (soit les journaux télévisés, les émissions politiques et les émissions de divertissement), 71 % aux partisans du « oui » contre 29 % aux partisans du « non ». Pour les seuls journaux télévisés, le « oui » bénéficiait de 73 % du temps contre 27 % pour le « non »[8].

Et l’on retrouve cette configuration de manière récurrente dès que l’on aborde les questions européennes. Le pluralisme affiché par les différents organes de presse disparait alors et laisse la place à un quasi-unanimisme. Or, ceci ne correspond nullement à la palette des opinions dans la société française. Il convient donc de s’interroger sur ce journalisme « hors sol » ou quelques dizaines d‘éditorialistes et de journalistes considèrent non seulement qu’ils ont raison contre l’ensemble de la société (ce qui pourrait se concevoir) mais que leur position leur donne le droit de supprimer ou de discréditer – comme on l’a vu avec Jean-Luc Mélenchon dans DPDA – tout ce qui ne correspond pas à leur opinion.

Ces journalistes semblent donc se considérer comme les dépositaires d‘une « rente » dont ils usent et abusent à leur guise, ce que l’on avait déjà constaté en 2005[9]. Que ce type de comportement engendre alors une légitime colère chez ceux dont les opinions sont privées de ce droit à l’expression est alors pleinement compréhensible.

Les rentiers d’un système

On dira que, compte tenu de la structure de la propriété des organes de presse, tout ceci est logique. En effet, 6 hommes détiennent une large part des médias français.

Tableau-1

Arnault, Bernard

Bolloré, Vincent

Bouygues, Martin

Dassault

Serge

Drahi

Patrick

Lagardère

Arnaud

Journaux

Le Parisien

Les Echos

Le Figaro

Libération

L’Express

Le Point

Médias audio-visuels

Canal+

I-Télé

Direct 8

TF1

LCI

Eurosport

BFM-TV

RMC

Mais, si cette concentration de la propriété a son importance, elle est loin de tout expliquer. Si au sein des journalistes la compréhension que la défense de leurs opinions doit nécessairement s’accompagner d’une défense réelle du pluralisme et du respect de l’opinion d’autrui était mieux ancrée, gageons que les grands magnats de la presse seraient bien forcés de s’en accommoder. La concentration de la propriété ne peut aujourd’hui prendre l’importance politique qui est la sienne que parce qu’au sein de la « communauté » des journalistes et des éditorialistes s’est développée l’idée que la fonction confère à qui l’occupe un droit absolu de tenter de diriger les consciences.

Il faut donc bien comprendre la relation dialectique qu’il y a entre les bases matérielles de la production journalistique (les structures de propriété) et l’idéologie particulière développée par une partie des journalistes. Il faut aussi en mesurer les conséquences. Ce comportement de « rentier » qui est le leur, et qui trouve donc sa source tant dans cette structure de propriété que dans la représentation particulière du « rôle » du journaliste s’apparentant au curé d’antan (le « directeur de conscience ») induit désormais une méfiance généralisée à l’égard des sources traditionnelles d’information. Cette méfiance a provoqué le développement de sources alternatives, certaines de bonne qualité, d‘autres de qualité plus que médiocre. On peut toujours fulminer des anathèmes contre les sources de mauvaise qualité. La vérité est que le discrédit qui touche les sources traditionnelles est aujourd’hui tel que le développement de sources alternatives est inévitable et qu’il faut même souhaiter que de nouvelles sources puissent se développer avec le niveau de professionnalisme suffisant afin de faire concurrence aux sources traditionnelles qui ont failli.

Une trahison des clercs

Ce n’est pas la première fois que l’on constate ce phénomène en France. Avant la seconde guerre mondiale Julien Benda avait écrit un livre remarquable sur ce qu’il appelait la « trahisons des clercs »[10]. Il écrivait, dans la seconde préface à l’édition de 1947 de cet ouvrage : « Tout esprit libre reconnaîtra que l’idéal politique inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme ou la Déclaration américaine de 1776 présente éminemment un idéal de clerc. Il est d’ailleurs indéniable que la démocratie, précisément par son octroi de la liberté individuelle, implique un élément de désordre. Quand dans un Etat, dit Montesquieu, vous ne percevez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas. »

Cet « élément de désordre » est la liberté elle-même. Il peut déranger des habitudes et des routines, et en cela provoquer des réactions négatives. Mais sans cet élément de désordre, que ce dernier prenne la forme de grèves ou de blocages divers, c’est à la liberté elle-même qu’il nous faudrait renoncer. Voilà donc ce qu’il convient de rappeler à cette communauté des journalistes si prompt à s’enflammer pour sa propre défense et si oublieuse des principes au nom desquels elle prétend agir.

Julien Benda déplorait l’abandon par les intellectuels eux-mêmes de leur fonction critique. Il en déduisait l’entrée dans un âge d’organisation intellectuelle des haines politiques. Or c’est bien ce que nous avons vu à l’œuvre a travers ces trois affaires. Benda attribuait au « culte du succès » la trahison des intellectuels de son temps. Ce culte du succès n’est pas moindre aujourd’hui. Il ajoutait alors : « Nous ne demandons pas au chrétien de ne point violer la loi chrétienne, nous lui demandons, s’il la viole, de savoir qu’il la viole« . C’est la même chose qu’il convient de demander aux journalistes. Non pas qu’ils ne fassent plus de politique mais qu’ils respectent ceux qui ne pensent pas comme eux. Faute de quoi nous pourrons considérer qu’ils ne sont que les chiens de garde du système.

[1] https://blogs.mediapart.fr/patrick-abate-talange/blog/310516/aude-lancelin-victime-dune-presse-en-mal-dindependance

[2] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/05/20/97002-20160520FILWWW00413-l-obs-l-intersyndicale-contre-un-licenciement-d-aude-lancelin.php

[3] http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/des-paroles-et-des-actes/des-paroles-et-des-actes-du-jeudi-26-mai-2016_1458257.html

[4] http://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/des-paroles-et-des-actes/des-paroles-et-des-actes-mise-au-point-de-francois-lenglet_1475667.html

[5] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029368747

[6] http://www.jlm2017.fr/les_mensonges_de_la_fnsea_ja_bras_arme_de_l_agro_industrie

[7] Sapir J., La fin de l’euro-libéralisme, Le Seuil, Paris, 2006.

[8]. Chiffres présentés lors de l’émission du 10 avril 2005 et installés sur le site ACRIMED le 11 avril, à l’adresse : http://www.acrimed.org/article1980.html .

[9] Lordon F., « La procession des fulminants », texte installé sur le site ACRIMED, http://www.acrimed.org/article2057.html

[10] Benda J., La Trahison des clercs, Paris, Grasset, 1927.

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 14:41

‘Les médias fabriquent le consentement’. ‘La réalité est brouillée par un voile de distorsions, de mensonges, d’altérations, de demi-vérités. Nous attendons des médias qu’ils brouillent ce signal en critiquant, en s’opposant, en interférant. Nous avons besoin des médias pour poursuivre le pouvoir, pas pour le suivre. Nous avons besoin des médias pour qu’il soit un quatrième pouvoir et non au service du pouvoir’, dit Amy Goodman.

Au lieu de cela, les médias, aux USA comme en France (émission dernière DPDA) et partout ailleurs, s’inscrivent dans la campagne électorale de manière partisane, comme on disait jadis ‘en valet du capitalisme’.

On ira écouter Amy Goodman (vidéo du lien)

Exergue

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Lien : http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/amy-goodman-les-medias-pourrissent-les-elections

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 05:50

La gauche revenue au pouvoir ne pourra pas faire l’impasse de revisiter la presse dans son financement, sa concentration, son indépendance à l’égard de tous les pouvoirs …. Ne le ferait-elle pas qu’elle court à la mort certaine et rapide.

Et puisqu’on veut souvent constitutionnaliser, constitutionnalisons à propos de la presse.

Il ne s’agit pas d’avoir une presse aux ordres, d’une presse qui devance les souhaits du gouvernement, d’un parti,… mais une presse plurielle qui fait son boulot d’investigation, d’information, finalement d’éducation.

Qu’il existe une presse d’opinion n’est pas un mal, mais que tout soit clair, que le journaliste annonce la couleur, dise pour qui il roule. Il en va différemment lorsqu’on est sur une chaine publique : il y faut de l’information équilibrée, à charge et à décharge.

L’émission dernière DPDA a été exemplaire d’une presse pourrie. Les manipulations en série lors de sa dernière émission ont été abondantes et c’est l‘objet du lien (1) qui ne manque pas d’éloquence et de preuves par l’image. Pour sa part Maurice Lemoine – ex rédacteur du Monde Diplomatique – fait un papier sur François Lenglet titré : « François Lenglet, ou la corruption du débat » à lire avec le lien (2). Un 3ième lien renvoie au blog d’Alexis Corbière dans lequel il est aussi question d’une lettre de protestation de l‘ambassade de Bolivie après les accusations de F Lenglet contre Evo Morales. Un dernier article sera diffusé prochainement car il fait état de la crise agricole et montrera la rouerie de la présidente des jeunes agriculteurs du Tarn.

Exergue

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  1. http://melenchon.fr/2016/05/28/manipulations-mediatiques-serie-contre-melenchon-a-paroles-actes/
  2. http://www.medelu.org/Francois-Lenglet-ou-la-corruption
  3. Lien permanent
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 10:27

Ainsi les journalistes, quelques journalistes, s’interrogent sur la liberté de la presse, bien longtemps après d’autres, bien longtemps après ‘Les chiens de garde’. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Natacha Polony, présidente du Comité Orwell, part à son tour à la bataille, s’attache avec brio dans la vidéo ci-dessous, à dénoncer la police de la pensée et les journalistes en laisse, toutes choses qu’avait faites J-L Mélenchon pour ramasser une volée de bois vert. De là à imaginer que la critique n’a de consistance que venue de l’intérieur….

Pour souscrire entièrement aux propos de Natacha Polony, observons toutefois qu’il y manque l’essentiel.

Au sortir de la guerre, les résistants avaient fait état des conditions dans lesquelles une presse peut être libre, à savoir lorsqu’il n’y a pas concentration de celle-ci (un journal-un propriétaire), qui plus est dans les mains de groupes financiers ou industriels. De ceci, qui est pourtant le nœud de l’affaire, il n’est pas question. (Pour plus d’éclaircissements à ce sujet, on lira les articles consacrés à la presse dans le blog Exergue à la rubrique ‘Presse’).

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https://www.youtube.com/watch?v=db26_acAeF4&feature=youtu.be

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