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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 05:22

Source : http://www.bastamag.net/Loi-travail-les-plus-gros-bobards-du-gouvernement

par Nolwenn Weiler, Thomas Clerget 31 mars 2016

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Alors qu’une nouvelle journée de grèves et de manifestations marque ce 31 mars, un « petit guide contre les bobards de la loi Travail », vient d’être publié par l’association altermondialiste Attac. Disponible gratuitement sur le net, ou en version papier, ce document montre comment le projet de loi du gouvernement détruit les droits des salariés au nom de la « compétitivité » et de la lutte contre le chômage, et renforce les protections dévolues aux employeurs. Basta ! s’en est inspiré pour décrypter quelques-unes de ces ficelles un peu trop grossières.

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Bobard n°1 : Pour sauver l’emploi, il faut faciliter les licenciements !

Ce n’est pas la première fois que l’on nous assure que c’est en facilitant les licenciements que l’on retournera au plein emploi ! Si les employeurs peuvent plus facilement licencier, ils auront moins de réticence à embaucher, nous dit-on. Rendus possibles par la mal-nommée « Loi de sécurisation de l’emploi » de juin 2013, les accords de maintien dans l’emploi le prétendaient déjà. Ils autorisent, en cas de difficultés économiques conjoncturelles, une baisse de salaire ou une hausse du temps de travail en contrepartie d’un engagement de l’employeur à ne procéder à aucun licenciement économique sur la durée de l’accord. Si un salarié refuse le deal, il est licencié pour motif économique. Il a cependant accès à certains droits, comme un congé de reclassement ou un contrat de sécurisation professionnelle. Il peut aussi contester le motif économique devant un juge.

Avec les « accords de préservation ou de développement de l’emploi », la loi de la ministre du Travail Myriam El-Khomri va encore plus loin. Pour conclure un accord, il suffira de justifier du besoin d’être plus compétitif. Une entreprise pourra être réorganisée – par exemple un redécoupage de ses services – au nom du « développement de l’emploi », et augmenter le temps de travail, voire baisser les salaires. Si un salarié refuse, les choses se compliquent : le motif du licenciement n’est plus économique, mais personnel, et sa cause considérée comme « réelle et sérieuse ». Résultat : pas de contestation possible, et un retour à la case Pôle emploi sans accompagnement spécifique.

Lire aussi : Loi travail : « Dire que c’est en facilitant les licenciements qu’on crée des emplois est ahurissant »

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Bobard n°2 : Les patrons sont de petits êtres fragiles. Il faut les rassurer !

Les patrons ont le pouvoir – considérable – d’embaucher et de licencier. Mais les choses se jouent en amont : sans carnet de commande bien rempli, pas d’emplois créés ! Or, l’actuelle atonie économique résulte bien plus de la crise que de la soi-disant lourdeur des protections sociales, du « trou de la sécu », ou des allocations chômage présentées – à tort – comme déficitaires. C’est pourquoi les collectivités publiques ont un rôle majeur pour créer des emplois. Elles peuvent investir dans un modèle de développement tourné vers la satisfaction de besoins collectifs réels : éducation, santé, transition écologique, nouveaux systèmes énergétiques et de transports, éducation, formation... Elles peuvent partager le temps de travail et les revenus. Elles doivent, pour commencer, mettre fin aux politiques d’austérité.

Ce que l’on sait moins, c’est que le Code du travail, mis en place pour protéger les salariés, sécurise aussi les employeurs sur le plan juridique. C’est un texte précis, qui donne des repères et simplifie les décisions à prendre. Le Code ne fixe pas seulement la durée légale du travail : il détaille aussi les conditions dans lesquelles des heures supplémentaires peuvent être effectuées, les procédures d’embauche et de licenciement. Bref, il évite de futurs litiges, et sécurise la relation d’emploi. En réalité, amputer le Code du travail viendrait compliquer les décisions des entreprises et augmenter leur insécurité : « Bon, voyons, j’embauche un apprenti de 14 ans ou pas ? Je paie une femme la moitié du tarif d’un homme ou pas ? Je fais travailler 35 heures ou 60 heures par semaine ? »

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Bobard n°3 : Simplifier la médecine du travail, c’est bon pour la santé !

« Mieux cibler les moyens sur les salariés exposés à des risques particuliers » : c’est ainsi que le gouvernement vend son article sur la restriction drastique de l’intervention des médecins du travail. Un examen médical avant l’embauche, et renouvelé périodiquement, sera réservé aux salariés affectés à des « postes à risques ». Problème : ces derniers seront définis par l’employeur lui-même ! Or, dans les métiers à prédominance féminine, les risques et la pénibilité sont fréquemment sous-évalués : une caissière de supermarché, qui porte chaque jour plusieurs tonnes, sera-t-elle considérée comme exerçant un métier à risques ? Les salariés exerçant dans les secteurs les plus précaires et les plus dangereux – hôtellerie, restauration, nettoyage, construction... – de même que les femmes, les jeunes, les immigrés, tous les salariés usés par le travail, seront en première ligne.

Pour les salariés qui n’occupent pas de « poste à risque », la visite médicale à l’embauche passe tout simplement à la trappe, de même que la visite périodique ! A la place, une simple « visite d’information et de prévention », effectuée après l’embauche par un membre du service de santé au travail, et pas nécessairement par un médecin. C’est ensuite seulement que le suivi individuel sera assuré par le médecin du travail et son équipe, qui verront chaque salarié tous les cinq ans. Exit la mission de prévention des médecins du travail, qui auront bien du mal à détecter les risques psycho-sociaux et les burn-out, à comprendre le quotidien d’une entreprise et, si besoin, à tirer la sonnette d’alarme (lire Surmenés, surveillés, surchargés : le quotidien de 8 millions de salariés). Les salariés sont-ils en si bonne santé, que l’on veuille à ce point alléger le rôle de la médecine du travail ?

Lire aussi : Pourquoi la réforme du code du travail met en péril la sécurité et la santé des salariés

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Bobard n°4 : Avec la loi sur le travail, la jeunesse sera sauvée !

Parmi les « avancées » supposées répondre aux inquiétudes d’une jeunesse « en situation de grande vulnérabilité sur le marché du travail », la loi propose la « garantie jeunes ». Elle est destinée aux 16-25 ans pas ou peu diplômés, qui ne sont ni en cycle d’études ni en formation, et dont les ressources ne dépassent pas le plafond du RSA. Le dispositif propose un « accompagnement intensif » de préparation au monde de l’entreprise, des stages et périodes d’apprentissage, ainsi qu’une aide financière de 461 euros par mois. Promise pour 2017, la mesure était même annoncée pour le... 1er janvier 2016 ! Mais le gouvernement fait mieux : alors que près d’un million de jeunes sont potentiellement concernés, seulement 100 000 bénéficiaires sont annoncés pour 2016, le double en 2017. Vous avez dit enfumage ?

La « sécurisation des licenciements » sera également très pénalisante pour la jeunesse. La loi crée une sorte de CDI jetable, qui pourra être interrompu plus facilement, par exemple en cas de simple période de ralentissement économique. Cela permettra – peut-être – de réduire la proportion de CDD signés, mais certainement pas la précarité. Les propriétaires de logement continueront-ils à louer, et les banquiers à prêter, à des jeunes titulaires d’un CDI qui ne signifiera plus grand chose ? En réduisant la protection de ces contrats – qui couvrent encore 85 % des salariés – la loi sur le travail promet en réalité d’étendre l’insécurité de l’emploi à l’ensemble des salariés. Peut-on croire une seule seconde que la jeunesse, déjà bien à la peine pour trouver sa place dans la société, en sortira gagnante ?

Lire aussi : Le travail des enfants est de moins en moins encadré en France malgré des risques d’accidents plus élevés

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Bobard n°5 : Grâce au référendum en entreprise, le monde du travail va devenir un modèle de démocratie !

Avec la loi sur le travail, un ou des syndicats minoritaires, représentant entre 30 % et 50 % des voix aux élections professionnelles, pourront demander qu’un accord sur la durée du travail puis, bientôt, sur tous les thèmes, soit adopté par référendum d’entreprise. Si les salariés acceptent, l’accord s’appliquera, même si des syndicats représentant plus de 50 % des salariés y sont opposés ! En réalité, par le biais du chantage à l’emploi – très fréquent dans la période actuelle – cette mesure vise à imposer des « assouplissements » de droits. En substance : « Acceptez des baisses de salaires, des jours de RTT en moins, une hausse du temps de travail, le travail du dimanche... Sinon, il faudra licencier ! »

En contournant la représentation fondée sur les élections professionnelles, cette mesure ne manquera pas d’opposer les salariés aux organisations syndicales, tout en attaquant la légitimité de ces dernières, déjà mal en point. Elle ouvre aussi la porte à une prochaine étape, qui pourrait être la libre utilisation du référendum par les employeurs, sur tous les sujets. Exit alors les syndicats... et la démocratie sociale ! En effet sans les syndicats, qui permettent d’établir un rapport de force collectif, restera-t-il encore quelque chose à négocier dans les entreprises ?

Lire aussi : « Le syndicalisme est un des rares espaces où les ouvriers peuvent encore lutter contre leur domination »

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Bobard n°6 : Le compte personnel d’activité est une avancée sociale majeure !

Pour le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, « c’est la réforme sociale majeure du quinquennat ». Avec le compte personnel d’activité (CPA), il s’agit d’attacher les droits sociaux aux personnes, et non plus seulement à l’emploi directement occupé. Par exemple, les droits à la formation pourront continuer à être cumulés par un salarié, même s’il quitte son emploi pour changer d’entreprise ou de région. Le CPA concernera tous les travailleurs, y compris les fonctionnaires et les indépendants à partir de 16 ans, et jusqu’au départ en retraite. L’idée pourrait séduire, car elle s’adapte à des carrières professionnelles de plus en plus discontinues.

Mais les ambitions initiales ont fondu : le CPA devait initialement regrouper le compte personnel de formation, le compte pénibilité, les droits rechargeables des chômeurs et le compte épargne-temps. Finalement, il ne regroupe plus que le compte pénibilité, et le compte personnel de formation qui, lui aussi, existait déjà avant la loi. Rien, par contre, sur le compte épargne-temps, ni sur le maintien du revenu entre deux emplois... « Le CPA ne crée ni droits nouveaux, ni ressources nouvelles. Il est un réceptacle de droits et de ressources existants », estiment certains spécialistes.

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Bobard n° 7 : la modernité, c’est travailler plus pour gagner moins !

Plusieurs dispositifs de la loi permettent de faire travailler davantage les salariés, tout en les payant moins. Première astuce : négocier par accord d’entreprise une diminution de la majoration des heures supplémentaires. Aujourd’hui, une heure supplémentaire est payée au minimum 25% de plus qu’une heure normale. Demain, cette majoration ne pourra être que de 10 %. Deuxième astuce : étendre la modulation du temps de travail sur trois ans au maximum, au lieu d’un an aujourd’hui. Cela signifie que votre temps de travail sera calculé sur trois années, avec, par exemple, des semaines à 40h et des semaines de 30h pour une moyenne à 35h. Troisième astuce : pour les cadres, étendre la possibilité du forfait-jour dans les petites entreprises, qui ne fixe plus de limite à la durée du travail !

Une véritable réduction collective de la durée du travail apparaît au contraire comme la seule alternative permettant de résister à cette volonté d’intensifier le travail et d’amplifier la flexibilité. Il s’agirait du seul moyen d’exiger des embauches et d’en contrôler l’effectivité, tout en réconciliant chômeurs, travailleurs en sous-emploi et salariés pressurisés. C’est enfin, à condition d’empêcher la hausse des cadences, une manière de préserver la santé des salariés et de leur donner du temps pour vivre mieux.

Lire aussi : Réduire le temps de travail : personne n’a encore fait mieux pour combattre le chômage

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Bobard n° 8 : Marché du travail, fiscalité, dépenses publiques... Comme ses voisins, la France doit se réformer !

Au nom de la « compétitivité », d’importantes réformes ont été imposées depuis les années 1980 : suppression de l’autorisation administrative de licenciement en 1987, privatisation des entreprises publiques, réductions des remboursements de soins, baisse de l’impôt sur les sociétés de 50 % à 33,3 %, recul de l’âge de départ à la retraite à 65 ans... Aucune de ces mesures n’a fait reculer le chômage, qui dépasse aujourd’hui les 10%. Ni d’empêcher les délocalisations : 69% des emplois des sociétés du CAC 40 se situent désormais à l’étranger.

Un rapport du FMI de mars 2015 admet que ces réformes ont surtout creusé les inégalités. Quant à l’OCDE, elle a montré dans un rapport de 2013 que la protection de l’emploi ne créait pas de chômage. Elle a jugé, en mai 2015, que les inégalités étaient défavorables à la croissance et à l’emploi. On sait aussi que les réformes du droit du travail – facilitation des licenciements, baisse des salaires et recours au travail précaire de longue durée – effectuées ailleurs en Europe n’ont pas vraiment enrayé la hausse du chômage et de la précarité. Elles ont par contre largement contenté employeurs et actionnaires.

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Lire aussi : Les réformes du droit du travail généralisent la précarité partout en Europe.

Nolwenn Weiler et Thomas Clerget, avec l’aide du guide réalisé par Attac

À lire sur le même sujet :

Ces huit « bobards » du gouvernement sont détaillés par l’association Attac dans un petit guide :

  • Pour télécharger le guide d’Attac, c’est ici.
  • Pour commander des versions papier, c’est ici.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 15:40

Ainsi le coquin Macron prend ses quartiers chez les copains du patronat.

Une erreur ? Plutôt une confirmation à l’usage des benêts parmi les socialistes – militants et électeurs, et il y en a, qui pensent encore être en présence d’un gouvernement socialo.

Sarko débauchait auprès du PS, Hollande embauche à droite. Il est vrai que lorsqu’au Hollande fait la nique à Sarko sur le terrain social, économique, politique de celui-ci, il n’y a plus à s’étonner de rien.

Exergue

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Source : http://www.marianne.net/nouveau-site-macron-heberge-galaxie-patronale-geste-ami-100241867.html

Le nouveau site de Maron hébergé par la galaxie patronale? Un geste 'd'ami'

Vendredi 08 Avril 2016 à 10:21

Médiapart a révélé que l'association "En Marche" d'Emmanuel Macron est domiciliée à l'adresse personnelle du directeur de l'Institut Montaigne, un think tank d'obédience libérale. L'intéressé, Laurent Bigorgne, justifie ce vendredi 8 avril dans "Libération" cette situation par son "amitié" avec le ministre de l'Economie.

Le club tout frais d'Emmanuel Macron n'est peut-être "ni à droite, ni à gauche", mais il penche un peu… Médiapart a ainsi révélé jeudi que la nouvelle association du ministre de l'Economie, "En Marche", lancée la veille au soir, est domiciliée à l'adresse personnelle du directeur de l'Institut Montaigne, un think tank (réservoir à idées) prêchant le libéralisme à tout-va. En fait, c'est l'épouse de celui-ci qui a fait les démarches administratives.

Un patronage a priori révélateur… Mais dans Libération ce vendredi 8 avril, l'intéressé - Laurent Bigorgne - assure qu'il ne faut rien y voir d'autre qu'une saine camaraderie. "Il se trouve qu'Emmanuel Macron est un ami de très longue date", assume-t-il. "Nous nous sommes rencontrés, il y a dix-sept ans à Science Po (...) c'était bien avant que je ne rejoigne l'Institut Montaigne. J'ai accepté de donner un coup de main à Emmanuel pour loger son association à titre purement privé. Sous-entendre que l'Institut Montaigne ait pu être mobilisé ou fournir un soutien logistique à cette occasion, c'est honteux".

Les traces effacées sur le site d'"En Marche"

Pas de problème, alors ? Dans ce cas pourquoi, dès que Médiapart a révélé cette promiscuité, le site Internet du mouvement d'Emmanuel Macron a-t-il procédé à une petite modification visant à effacer le nom de la directrice de publication, Véronique Bolhuis - l'épouse de Laurent Bigorgne - ainsi que l'adresse précise de domiciliation de l'association ?

Une amitié secrète, donc. Tout comme la naissance de l'association qui, pour éviter d'éveiller les curiosités, a d'abord été enregistrée sous le nom d'ARVP, rapporte Libé. C'est donc sous cette appellation que "En Marche" a démarché des "donateurs privés". Combien ? Là encore, mystère. Et on n'en saura pas plus sur le nombre d'adhérents, pardon de "Marcheurs" : Julie de La Sablière, fondatrice de l'agence Little Wing chargée de la communication du mouvement, assure simplement qu'il ne cesse de grimper. Of course…

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Complements:

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 07:07

Source : http://www.bastamag.net/Ce-qui-se-passe-dans-le-monde-du-travail-est-une-des-causes-importantes-de-la

par Nolwenn Weiler 1er avril 2016

Interview de Fabien Gâche délégué syndical central de la CGT à Renault.

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Les entreprises françaises ne seraient pas assez compétitives. La réforme du code du travail, en supprimant de nombreuses protections des salariés, leur permettra de le devenir, assure le gouvernement. Les grands groupes ont pourtant déjà commencé de mettre en concurrence leurs usines et salariés. Fabien Gâche, délégué syndical central (CGT) de Renault, explique la stratégie de la direction, qui joue la compétition entre CDI et intérimaires, entre sites de production en France, en Espagne ou en Turquie. Objectif : baisser les salaires et augmenter le temps de travail. « Les salariés ont le sentiment qu’ils se retrouvent entourés d’ennemis plutôt que de collègues. »

Basta ! : L’un des arguments avancés pour justifier la réforme radicale du code du travail est la nécessaire compétitivité des entreprises françaises, qui serait insuffisante. La mise en concurrence des sites, à l’intérieur même des grands groupes internationalisés, existe pourtant déjà...

Fabien Gâche [1] : La mise en concurrence a explosé au sein des grands groupes, notamment dans la filière automobile, mais le processus a débuté il y a déjà longtemps. On est peu à peu passé de grands espaces de production à une multiplicité de petits espaces que l’on a mis en concurrence les uns avec les autres. Prenons l’exemple de Renault. Jusqu’au milieu des années 1970, à l’usine du Mans, on fabriquait tout ce que l’on appelle les « parties roulantes », c’est à dire ce qui se situe sous la voiture, au niveau du train. Cette usine alimentait toutes les autres usines. Si on se mettait en grève, on bloquait tout le monde. Pour minimiser ce pouvoir de blocage, la direction a décidé d’ouvrir une usine qui avait la même activité que celle du Mans, mais en Espagne. Une usine située à Villeurbanne (près de Lyon) s’est aussi mise à copier l’activité du Mans.

Et puis, à la fin des années 80, un changement important s’est produit. Chaque entité est devenue cliente, ou fournisseur d’une autre entité. Une usine de montage comme celle de Sandouville (Seine-Maritime), est devenue cliente du Mans, qui est son fournisseur. De la sorte, on donne l’impression que ce n’est plus la direction générale qui décide de l’affectation de volumes de production, mais seulement la capacité des salariés à atteindre les objectifs qu’elle leur a préalablement fixés. La décision de la stratégie d’entreprise est ainsi déportée vers les usines en culpabilisant les salariés et la ligne hiérarchique. Sandouville, par exemple, peut être alimentée par d’autres fournisseurs que le Mans, au prétexte que la qualité n’est pas bonne, que la quantité n’est pas suffisante, ou parce que Le Mans n’alimente pas en temps et en heure l’usine de montage... il y a toujours moyen de trouver une bonne raison de changer de fournisseur, en rendant responsables les salariés de l’usine du Mans.

À chaque renouvellement de modèle, les fournisseurs – les salariés – sont appelés à des moins-disant sociaux – emplois, rémunérations... – pour espérer obtenir l’affectation de production. Aujourd’hui, la règle chez Renault, c’est que pour chaque pièce, il y a trois fournisseurs. Et on fait jouer la concurrence entre ces différents fournisseurs. L’unité du groupe s’est disloquée. D’abord au sein de Renault. Puis avec la sous-traitance. Aujourd’hui, 20 % des véhicules sont conçus et fabriqués par du personnel Renault, intérimaires compris. Le reste est sous-traité.

Le groupe Renault emploie 46 355 salariés en France sur 117 000 dans le monde, soit 40 % des effectifs en France. Quels sont les effets de ces réorganisations et de cette mise en concurrence entre « collègues » d’une même entreprise de différents pays ?

Le quotidien de travail a radicalement changé. On n’arrive plus à l’usine pour une journée de travail mais pour remplir des objectifs, qui se chiffrent par exemple en nombre de véhicules produits par salarié. Et qui exigent finalement de produire toujours plus, en étant moins nombreux, et pour moins cher. Chacun s’entend dire : en quoi contribuez-vous à l’atteinte des objectifs assignés collectivement ? En évitant de tomber malade, par exemple... Si on n’atteint pas les objectifs, la direction prévient que le véhicule que l’on fabrique pourrait être assemblé ailleurs, là où les salariés sont « meilleurs », en Turquie par exemple.

Des cycles de négociations sont engagés simultanément dans plusieurs sites différents. L’accord de compétitivité de mars 2013, engagé en France, fait peser la menace d’aller fabriquer des voitures en Espagne, ou en Turquie, en échange de la « modération » salariale, de l’augmentation du temps de travail et de la destruction de 8260 emplois. En Espagne, c’est la délocalisation vers la Roumanie ou le Maroc qui est brandie comme une menace. À Flins (Yvelines), on leur a dit « il faut accepter ce qu’on vous propose, sinon, la Clio 4 pourrait être totalement fabriquée en Turquie ». La direction dit désormais aux employés turcs qu’une partie de la production de la Clio 4 va partir en Slovénie...

Le projet de loi de Myriam El-Khomri va-t-il encourager cette concurrence ?

Bien sûr. Un accord de compétitivité dure trois ans. En septembre, la direction nous proposera un nouvel accord, qui aura la même logique que celui de 2013, avec un moins disant social accentué. Le « cycle » a d’ailleurs déjà commencé : la direction de Renault Espagne entame une négociation sur un accord dit« d’hyper compétitivité ». L’affectation de la fabrication d’une future voiture à Valladolid est conditionnée à l’acceptation par les syndicats de l’accord proposé. Qu’envisage cet accord ? Le gel des primes d’ancienneté, l’embauche de salariés en dessous de la grille des salaires, le travail du dimanche si besoin.

Si l’accord ne passe pas, les salariés sont avertis que la voiture sera fabriquée ailleurs. Pour le moment en France, le code du travail limite la mise en concurrence exacerbée à l’intérieur du groupe. Mais si la loi El-Khomri est adoptée, elle permettra que l’on travaille en France comme en Espagne ou en Turquie : par exemple le dimanche, et donc sept jours sur sept, ce qui est pour le moment strictement interdit en France. En décapitant le code du travail, le gouvernement souhaite se rapprocher de ce qui se pratique ailleurs, permettant au patronat, et à la direction de Renault en particulier, d’exacerber la mise en concurrence entre les salariés à travers le monde et d’appauvrir encore davantage les populations.

Comment cette mise en concurrence s’organise-t-elle ensuite, au sein de chaque entreprise, entre CDI, CDD et intérimaires ?

Au sein de Renault, il y a aujourd’hui autant d’intérimaires que de CDI. Sur une chaîne de montage comme Flins, les intérimaires sont même plus nombreux (2000 contre 1600 CDI). Au sein d’une même usine, il y a donc d’importants écarts statutaires. Avec différentes sociétés et contrats de travail, à la semaine, au mois, au trimestre… Cela permet de faire jouer la concurrence au sein des équipes, sachant que chaque salarié a l’espoir de garder son contrat le plus longtemps possible, que la direction gardera toujours les plus productifs et les plus « calmes ».

Les intérimaires ont toujours les postes les plus pénibles. La direction brandit régulièrement la menace de ces postes pénibles aux CDI ! Les Renault se disent que les conditions de travail des intérimaires sont certes pénibles mais qu’à tout prendre, « il vaut mieux que ce soit l’autre plutôt que moi ». L’utilisation des intérimaires est en plus présentée par la direction comme un moyen de sauver les CDI. Ils prétendent qu’ainsi, si le marché baisse, le recours à l’intérim permet de diminuer le nombre de salariés sans licencier !

La concurrence est donc permanente...

Oui. Cette stratégie génère un sentiment d’opposition quotidien, les salariés ont le sentiment qu’ils se retrouvent entourés d’ennemis plutôt que de collègues. Ce qui change radicalement le quotidien, puisque le travail, par définition, c’est la coopération. En plus, la direction embrouille tout le monde en parlant continuellement de « collaborateurs », en même temps qu’elle crée l’opposition permanente. Les effets psychologiques sont désastreux. Les salariés sont en grande souffrance, de par l’impossibilité de faire un travail de qualité.

Avec le turn-over, les désorganisations successives, le manque de personnel, la réduction des temps de conception et de fabrication... les problèmes et les mal-façons explosent. Il devient intenable pour eux d’accomplir le travail de qualité exigé, alors même qu’ils dépensent beaucoup d’énergie et d’intelligence pour y arriver. Si en plus, à la fin, on leur dit qu’ailleurs ils font mieux pour moins cher... Imaginez les dégâts sur la représentation que l’on a de l’autre. On ferme toute perspective de rencontre et de collaboration. Si on pousse la logique au bout, la direction crée le sentiment que pour survivre, il faut éliminer l’autre. C’est une logique suicidaire pour l’entreprise mais aussi pour la société toute entière. On casse complètement le tissu social et toute possibilité de solidarité. Ce qui se passe dans le monde du travail est une des causes importantes de la montée du FN.

Dans ce contexte, quel rôle les syndicats peuvent-ils jouer ?

Avec ces divisions permanentes, c’est le pouvoir patronal absolu. Les syndicats ont donc un rôle fondamental à jouer. Bien sur, la multiplicité des statuts des salariés complique énormément notre travail – et c’est précisément fait dans ce but. Cela nous oblige à ré-inventer le syndicalisme. En travaillant à la fois au niveau macro-économique sur les stratégies d’entreprise, et aussi de manière microscopique : au niveau des gestes quotidiens, du travail réel, de ce que font les gens. Quand on prend le temps d’écouter les salariés parler de leur travail, décrire leurs activités quotidiennes, expliquer les stratégies qu’ils développent pour exercer leur métier le mieux possible, on mesure l’étendue de ce qu’ils accomplissent ! Cela redonne de la dignité, de la force dans leur légitimité à pouvoir s’exprimer et à agir.

Lorsque l’élu syndical écoute les salariés parler ainsi de leur travail, lorsqu’il les interroge pour mieux comprendre, les salariés n’apparaissent pas comme des victimes passives de l’organisation du travail. Ce sont au contraire des acteurs de la production, qui par leurs compétences et leurs tentatives, apportent une plus-value essentielle et rarement reconnue. L’intelligence et la résistance que les salariés déploient face à l’organisation, face à la standardisation, suggèrent une autre description que celle du salarié écrasé et soumis. Cela ouvre beaucoup de perspectives [2] !

Ces nouvelles perspectives pourraient-elles renouveler ce que l’on appelle le « dialogue social » ?

En construisant leurs interventions, avec les salariés eux-mêmes, à partir du réel de leur travail, les élus se retrouvent en position de force face à leur direction. Évidemment pour elle, ce qui compte c’est la finance... On ne cesse de nous dire que les accords de compétitivité marchent très bien, en ne considérant que le niveau de marge opérationnelle et le résultat net. Mais si nous abordons les questions de l’intérieur en faisant émerger le réel du travail, on démontre que cela ne fonctionne pas si bien, sans que la direction puisse le contester. Chez Renault par exemple, les retouches sur les véhicules se multiplient à cause de mal-façons. Cela occasionne d’importants surcoûts et dégrade l’image de la marque. Nous n’en sommes pas encore au stade où cette démarche est vraiment prise en compte, où la direction va accepter de changer ses méthodes. Mais si nous continuons, nous aurons des résultats encore plus probants. À commencer par une amélioration de la santé des salariés.

Cela nous oblige à nous ré-approprier la question du travail et la finalité de ce que l’on fabrique. Comment pourrait-on redessiner notre mode de production ? Quelle est la finalité de l’entreprise : produire toujours plus de bagnoles toujours plus chères, pour générer toujours plus de pognon qui ne bénéficie jamais à ceux qui produisent, avec de plus en plus de gens qui ne peuvent acheter ces véhicules, dont l’usage massif pose question dans un contexte de problèmes environnementaux croissants ? Le syndicalisme doit vraiment développer cette activité syndicale au plus près du travail. C’est ainsi que nous ferons émerger de nouvelles perspectives avec le plus grand nombre de salariés.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

Notes

[1] Fabien Gâche est délégué syndical central de la CGT à Renault.

[2] Ces conclusions à propos du haut potentiel de résistance et de transformation des salariés ont été tirées au terme de deux ans de travail. Une « recherche action » a été menée à l’initiative de la CGT entre 2008 et 2010 par des experts du travail et des salariés de Renault. Pour en savoir plus, consulter les pages dédiées de la CGT Renault ici et ici.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 08:11

Montez votre collectif !

Le PS nous pisse dessus, pissons lui dessus!

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https://www.youtube.com/watch?v=kTFKyYVOVFE

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 06:43

Étrangement dans cette affaire on n’entend pas les partis de droite, du PS au FN.

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La Société Générale, une batterie de casseroles :

http://www.capital.fr/bourse/actualites/la-batterie-de-casseroles-de-la-societe-generale-1116268

Kerviel dénonce l’impunité de la Société Générale : http://www.france24.com/fr/20160407-panama-papers-kerviel-denonce-impunite-societe-generale-banque-evasion-fiscale-senat

Un sénateur communiste veut porter plainte contre la Société Générale : http://www.itele.fr/justice/video/un-senateur-veut-porter-plainte-contre-le-patron-de-la-societe-generale-160474

Attac manifeste contre la Société Générale : http://www.humanite.fr/panama-papers-attac-bloque-une-agence-societe-generale-604083

Mélenchon demande la mise sous tutelle de la Société Générale : http://www.dailymotion.com/video/x42n7y3_melenchon-demande-la-mise-sous-tutelle-ou-la-requisition-de-la-societe-generale_news

La Société Générale porte plainte –la meilleure des défenses est la contre-attaque : http://www.boursorama.com/actualites/societe-generale-poursuit-melenchon-et-kerviel-pour-diffamation-311254e762de757261db9ee3bcf049a1

Réponse de Mélenchon au dépôt de plainte de la Société Générale : http://www.jlm2017.fr/reponse_de_jean_luc_melenchon_apres_annonce_plainte_societe_generale

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 18:04

Carcassonne, le 5 avril 2016

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Après le 31 mars, la lutte continue !

Le 9 avril 2016, en grève et dans la rue

La puissante journée de grève et manifestations rassemblant plus d’un million de personnes dans 260 villes, dont 4000 manifestants dans l’Aude, a démontré la détermination sans faille des étudiant-es, lycéen-nes, salarié-es, privé-es d’emploi et retraité-es à obtenir Ie retrait du projet de loi travail et à conquérir de

nouveaux droits sociaux. Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL et du collectif « Touche pas à mon avenir » réaffirment que dans un contexte de hausse du chômage, d’explosion de la précarité et de la pauvreté, ce texte va organiser une régression généralisée des droits, créer un dumping social entre les entreprises d’un même territoire et d’une même branche et aggraver les inégalités entre les salarié-es.

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, ce projet de loi travail ne créerait en aucun cas les emplois pérennes nécessaires à la relance et à l’investissement.

Le gouvernement doit entendre les milliers d’étudiant-es, de lycéen-nes, de salarié-es, de privé-es d’emploi et de retraité-es mobilisés massivement aujourd’hui dans la rue et dans les entreprises avec de nombreux appels à la grève. II doit entendre tous les citoyen-nes qui s’expriment, 70% de la population estime en effet, qu’il faut retirer le texte, qu’il n’est pas amendable, sa philosophie globale restant inchangée.

Les organisations syndicales signataires et le collectif « Touche pas à mon avenir » affirment une nouvelle fois que les pouvoirs publics doivent garantir le droit à manifester, à se réunir, à s’organiser, tout en assurant la sécurité des manifestant-es.

Elles confirment leur disponibilité pour rencontrer le gouvernement et les parlementaires audois et faire des propositions de droits nouveaux en termes d’emploi, de salaires et pensions, de temps de travail, de protection sociale, de garanties collectives, de conditions de travail, de formation et de droits et libertés syndicales. Des propositions porteuses de progrès social et correspondant à la réalité du travail d’aujourd’hui et de demain.

Le 9 avril, Appel des organisations audoises CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL et du collectif « Touche pas à mon avenir » appellent à la réussite d’une nouvelle grande journée d’action de grèves et de manifestations.

Si le gouvernement ne répond pas, les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL et le collectif « Touche pas à mon avenir » resteront déterminées à poursuivre et amplifier la mobilisation pour obtenir Ie retrait du projet de loi travail et à conquérir de nouveaux droits sociaux y compris par les manifestations et la grève interprofessionnelle. Elles décident de se revoir le 6 avril.

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Dans l’Aude, le 9 avril, deux manifestations unitaires interpro / jeunes

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Carcassonne : 10h30, devant le Portail des Jacobins

Narbonne : 10h30, Place de la Mairie

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Ni amendable, ni négociable, la seule issue : LE RETRAIT

Amplifions l’action

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:57

Le Monde : Chefs d’état, sportifs, milliardaires,….

http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/03/chefs-d-etat-sportifs-milliardaires-premieres-revelations-des-panama-papers-sur-le-systeme-offshore-mondial_4894816_4890278.html

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Télérama

http://www.telerama.fr/medias/panama-papers-cash-investigation-1-platini-0,140503.php

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Le Monde : Evasion fiscale,…

http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2013/04/04/les-investissements-aux-caimans-du-tresorier-de-campagne-de-francois-hollande_3153282_4862750.html

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Alterecoplus : Panama au service de l’opacité financière

http://www.alterecoplus.fr/finance/panama-papers-un-pays-au-service-de-lopacite-financiere-201604032146-00003281.html

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Altarecoplus : le gouvernement bloque un outil anti-paradis fiscaux

http://www.alterecoplus.fr/economie/le-gouvernement-bloque-en-pleine-nuit-un-outil-antiparadis-fiscaux-201512161612-00002776.html

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Mélenchon : http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/en-direct-panama-papers-revelations-sur-un-gigantesque-scandale-d-evasion-fiscale_1779123.html

Extraits :

Jean-Luc Mélenchon a estimé que "la liste des États mentionnés est tout à fait politiquement correcte". Il a jugé qu'il était "curieux" qu'il n'y figure "pas un seul nord américain puissant".

"On voit bien qu'il n'y a pas de voyous dans certains pays. Est-ce crédible? La presse libre est-elle si indépendante ? Après Snowden et Assange, c'est la troisième fois que nous avons le plaisir d'avoir des listes expurgées par les journaux", a commenté Mélenchon.

Il a déclaré, au passage, que "la fraude fiscale mine le monde et met les États en péril, si les impôts et cotisations sociales étaient payés par tous, il n'y aurait plus aucun déficit des budgets des États ni des comptes sociaux".

Ce qui est curieux c'est de voir qu'il n'y a pas un seul nord américain puissant dans la liste donnée par les journaux.

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 19:46

Comme l’araignée tisse sa toile pour y prendre ses proies, les partis dits de gouvernement, PS et LR en tête, tissent la leur pour étouffer l’expression démocratique, au final tuer la démocratie.

Ces dernières décennies sont calamiteuses. Dans tous les domaines, que ce soit au niveau social, économique, politique, toutes les magouilles, toutes les turpitudes, toutes les saloperies sont bonnes pour assurer la main mise de l’oligarchie libérale sur notre avenir, sur l’avenir du peuple progressivement, lentement rendu à l’état d’esclave.

Extrait de la pétition :

« Depuis novembre, sans aucun débat public ni consensus politique, le Parti socialiste, avec la complicité dissimulée des Républicains, cherche à imposer une réforme en profondeur de l’élection présidentielle. En réalité, médias audiovisuels, sondeurs et « grands partis » se sont entendus pour réduire à 12 jours le temps du débat présidentiel. ……

Le pire, c’est que pendant ces douze jours, la répartition du temps de parole des candidats serait fondée sur les précédents résultats aux élections, ….. »

Exergue

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Pétition : https://www.change.org/p/les-parlementaires-dire-non-au-verrouillage-de-la-d%C3%A9mocratie

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Paroles et traduction de la chanson «L'estaca» de Lluis Llach

L'estaca (Le Pieu (1))

L'avi Siset em parlava
Grand-père Siset me parlait ainsi
De bon mati al portal
De bon matin sous le porche
Mentre el sol esperavem
Tandis qu'en attendant le soleil
I els carros veiem passar
Nous regardions passer les charettes

Siset, que no veus l'estaca
Siset, ne vois-tu pas le pieu
On estem tots lligats ?
Où nous sommes tous attachés ?
Si no podem desfer-nos-en
Si nous ne pouvons nous en défaire
Mai no podrem caminar !
Jamais nous ne pourrons nous échapper !

[Refrany]
[Refrain]
Si estirem tots, ella caurà
Si nous tirons tous, il tombera
I molt de temps no pot durar
Cela ne peut durer plus longtemps
Segur que tomba, tomba, tomba
C'est sûr il tombera, tombera, tombera
Ben corcada deu ser ja.
Bien vermoulu il doît être déjà.
Si tu l'estires fort per acqui
Si tu le tires fort par ici
I jo l'estiro fort per alla
Et que je le tire fort par là
Segur que tomba, tomba, tomba,
C'est sûr, il tombera, tombera, tombera,
I ens podrem alliberar.
Et nous pourrons nous libérer.

Pero Siset fa molt temps ja
Mais Siset, ça fait déjà bien longtemps
Les mans se'm van escorxant !
Mes mains à vif sont écorchées !
I quan la força se me'n va
Et alors que les forces me quittent
Ella és més ample i més gran.
Il est plus large et plus haut.

Ben cert sé que està podrida,
Bien sûr, je sais qu'il est pourri,
Pero és que, Siset, costa tant !
Mais, aussi, Siset, il est si lourd !
Que a cops la força m'oblida
Que parfois les forcent me manquent
Tornem a dir el teu cant :
Reprenons donc ton chant :

[Refrany]
[Refrain]

L'avi Siset ja no diu res
Grand-père Siset ne dit plus rien
Mal vent que se'l va emportar
Un mauvais vent l'a emporté
Ell qui sap cap a quin indret
Lui seul sait vers quel lieu
I jo a sota el portal
Et moi, je reste sous le porche

I quan passem els nous vailets
Et quand passent d'autres gens
Estiro el col per cantar
Je lève la tête pour chanter
El darrer cant d'en Siset,
Le dernier chant de Siset,
Lo darrer que em va ensenyar
Le dernier qu'il m'a appris :


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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 06:29

3 articles importants publiés dans Les Crises :

  • Le néolibéralisme est un fascisme de Manuela Cadelli
  • Austérité, néo-libéralisme et hiérarchie: des magistrats en souffrance de Manuela Cadelli
  • Le néolibéralisme, un fascisme ? Oui, certainement ! de Pierre Verhas

Un peu long, mais cela mérite qu’on s’y arrête.

Source : http://www.les-crises.fr/le-neoliberalisme-est-un-fascisme-par-manuela-cadelli/

Exergue

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Le néolibéralisme est un fascisme, par Manuela Cadelli

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.

Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.

Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.

De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).

Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.

Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?

Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).

Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.

Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

Source : Le Soir, Manuela Cadelli, 03-03-2016

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Manuela Cadelli : Austérité, néo-libéralisme et hiérarchie: des magistrats en souffrance

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Le syndicat de magistrats français USM a rendu public récemment un Livre blanc qui fait le dramatique bilan de la souffrance des magistrats au sein des palais de justice et lance l’alerte à ce niveau. Je vois dans la catastrophe que dénoncent les magistrats français le résultat de trois facteurs également à l’oeuvre en Belgique:

1. Les déviances d’un néo-libéralisme triomphant appliqué au secteur de la justice – qui est chez nous un des trois pouvoirs constitués et qui dénature la fonction de juger.

Antoine Garapon indique à cet égard: «Le tournant de ces dernières années a consisté à faire de la performance, objectivement mesurée, la seule politique en matière de justice », (Recherche Droit et Justice, mai 2011, p. 2) et «La question n’est pas de savoir si la justice a bien jugé mais si elle a effectivement évacué les flux d’affaires qui lui étaient soumis (…). L’acte de justice devient un produit dans cette immense entreprise de services à laquelle est désormais assimilé l’Etat (…)».

Ces objectifs deviennent la priorité, voire l’obsession de toute l’institution. Au-delà d’un discours technocratique, l’on se situe bien dans le cadre d’une redéfinition de l’institution dont le terme même devient synonyme de lourdeur et de sclérose: «Toute garantie a vite fait de paraître comme une externalité négative, tout scepticisme de la part des professionnels comme du corporatisme, toute préoccupation déontologique comme un obstacle à la concurrence» (A. Garapon, La raison du moindre Etat, Paris, Odile Jacob, 2010, p. 73 et 74).

La justice est désormais régie par des normes économiques qui forment en réalité un contre-droit.

Ce livre blanc vient après que 700 magistrats hollandais aient signé en décembre 2012, une pétition qui dénonce les dérives du management appliqué sans nuance depuis 2002 au pouvoir judiciaire et la dénaturation complète de leur office (la loi LOLF française qui instaure le néo-management dans les structures judiciaires françaises est de 2001; la pétition des magistrats hollandais peut être consultée sur http://juridischdagblad.nl/content/view/12123/80/).

Il doit évidemment être mis en lien avec l’alerte que le pouvoir judiciaire belge a solennellement lancée le 20 mars 2015 pour dénoncer le désastre sur son office des effets conjugués du néolibéralisme et de l’austérité.

2. L’austérité aveugle qui frappe les secteurs publics sans considération pour les intérêts collectifs qu’ils poursuivent, vient aggraver les effets du néo-libéralisme.

Et les lois de gestion ou de «management» qui sont appliquées en France, aux Pays-Bas (depuis plus de 10 ans) et désormais en Belgique (si la Cour constitutionnelle n’annule pas la loi du 18 février 2014) aggravent encore cette situation en permettant à l’Exécutif de conditionner l’octroi de budgets objectivement insuffisants, et encore drastiquement réduits à l’avenir, à des objectifs et résultats exclusivement chiffrés, qu’il définira sans aucun contrôle du parlement. Il est clair que faute des moyens nécessaires, les «résultats» de la justice seront toujours considérés comme insuffisants. La pression sur les entités judiciaires est donc automatique et énorme.

3. Les structures judiciaires continuent de fonctionner sous l’empire archaïque d’un système purement hiérarchique. Il est temps d’y inscrire la possibilité d’un fonctionnement concerté et d’y inclure des contre-pouvoirs. Il est impérieux que l’esprit d’équipe s’y substitue à l’esprit de corps et que soient mis en place les outils d’une intelligence collective, seule à même de relever les défis de l’époque.

Actuellement, faute de tout recours à l’encontre des mesures et décisions prises à leur endroit, les magistrats sont livrés au pouvoir objectivement absolu de leur chef. Tant la vie quotidienne que la gestion des projets de multiples organisations judiciaires relèvent ainsi du bon vouloir de leurs responsables et les magistrats dépendent de leur chef de corps en tout point de leur vie professionnelle: attribution de leurs tâches, des locaux et du matériel, octroi et répartition des congés, évaluation lors des postulations, remplacement des collègues, gestion de leur dossier professionnel et maîtrise du lancement d’une procédure disciplinaire (désormais en outre, affectation dans divers endroits du ressort ou de l’arrondissement).

Aucune procédure de concertation n’est prévue légalement qui permettrait à la base de s’exprimer par des propositions, interpellations ou critiques. Aucun réel contre-pouvoir n’est institué et souvent l’assemblée générale est un lieu de pur entérinement. Il n’est pas rare de relever des exemples de carence de gestion, d’intimidation, de mesures absurdes, de représailles ou de complaisances injustifiées. Aussi, le découragement ou le sentiment d’injustice marquent-t-ils ici et là les propos de certains magistrats lambda.

Pourtant, l’importance politique et la hauteur des missions du judiciaire – pouvoir constitué qui participe et contribue à l’équilibre des institutions – justifient que tous ceux qui les accomplissent soient associés au processus organisationnel des juridictions. A tout le moins justifie-t-elle qu’ils y soient représentés, et qu’ils puissent actionner des mécanismes de contrôle et de contre-pouvoir durant le mandat des responsables accrédités.

L’évaluation de la qualité et de la légitimité des décisions de justice doit ainsi avoir égard à l’organisation même de l’institution et des structures qui la composent et, en réalité, à leur mode de gouvernance. L’idée se réfère au pari qui doit être fait de la maturité, de l’intelligence et de la créativité des membres d’une institution, a fortiori s’il s’agit de magistrats!

4. Dans un contexte de pression néolibérale et d’austérité, la hiérarchie judiciaire se trouve en réalité renforcée.

Je prétends que les effets sur la motivation et la qualité du travail des juges en sont désastreux, mais aussi que le fonctionnement démocratique et le respect de l’Etat de droit en est compromis (car les juges doivent être tout à fait sereins et respectés au sein de leur structure pour contrarier librement les autres pouvoirs et faire respecter les principes démocratiques). C’est là la leçon que nous enseigne le cri de détresse lancé par les magistrats français.

Manuela Cadelli est Juge au tribunal de première instance de Namur et Présidente de l’Association syndicale des magistrats.

Source : Legal World, Manuela Cadelli, 16-04-2015

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Le néolibéralisme, un fascisme ? Oui, certainement ! Pierre VERHAS

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Dans Le Soir du jeudi 3 mars 2016, Madame Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats en Belgique, a fait paraître une tribune intitulée « le néolibéralisme est un fascisme ! ». Madame Cadelli est en effet connue pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. L’année dernière, par exemple, elle a dénoncé avec vigueur la politisation du Conseil supérieur de la Justice, alors qu’il a été créé pour éviter cette fameuse politisation. Aujourd’hui, elle s’attaque au néolibéralisme bien présent dans le gouvernement de Charles Michel.

Ses propos, on s’y attendait, ont provoqué une levée de boucliers chez les tenants du libéralisme pur et dur en Belgique francophone. Henri Miller, Louis Michel, Corentin de Salle y sont allés de leurs dénonciations indignées ! Oser les traiter de fascistes, eux, les libéraux purs et durs, tenants d’une pensée inaliénable issue des Lumières ! Horresco referens ! Louis Michel est allé jusqu’à dire : « Je ne voudrais pas être jugé par cette magistrate ! » Tiens ! Ce serait instructif de voir cela, s’il échait…

Outre le titre « provocateur », qu’écrit donc Madame Cadelli ? Elle commence par distinguer clairement libéralisme, doctrine « déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales. » et le néolibéralisme qui est « cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme. »

Elle définit ensuite le fascisme comme étant « l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste. » Le néolibéralisme est donc un fascisme « car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun. »

Manuela Cadelli passe ensuite en revue les différentes mesures néolibérales imposées par la finance.

Tout d’abord, l’austérité est désormais « une valeur supérieure qui remplace le politique. » Elle s’inscrit même dans les Constitutions des Etats et « ridiculise » les services publics. L’austérité a des graves conséquences sur la base philosophique de notre vie sociale, car elle génère en outre un « nihilisme » qui « a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. » Même la pensée économique en est ébranlée. Autrefois, le travail était un élément de la demande, aujourd’hui il n’est plus qu’une « simple variable d’ajustement. »

La novlangue orwellienne

La magistrate dénonce ensuite l’évolution orwellienne de notre société. Elle énumère une série de mots dont la définition académique est transformée « … comme dans le roman de George Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.

L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale. »

Un autre aspect est le « culte de l’évaluation ». On applique le darwinisme social qui invite à tout le temps faire des performances et estime que « faiblir c’est faillir ». C’est aussi un totalitarisme de la pensée : « tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative » (le célèbre TINA). Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité. »

L’efficacité est la maîtresse absolue. L’évaluation permanente détruit la confiance et les relations sociales. « La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable. »

Comme magistrate, Madame Cadelli se penche sur la Justice en Belgique qui, d’après elle, est la dernière de tous les Etats de l’Atlantique à l’Oural !

Le néolibéralisme engendre des normes qui concurrencent les lois votées au Parlement. « La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles. »

D’autre part, les restrictions budgétaires, la Justice n’est plus ce contre pouvoir prévu par la Constitution. « En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique. »

Et elle constate : « Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches. »

Ensuite, l’auteure dénonce une classe dominante bien décrite par Thomas Piketty dans son livre Le capital au XXIe siècle. Cette classe ne se soucie ni d’éthique, ni de l’intérêt général. Elle s’impose par sa brutalité.

Enfin, Manuela Cadelli dénonce « l’idéal sécuritaire » issu du terrorisme : « Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité. »

Après ces terribles constats, il reste cependant un espoir comme cela s’est passé à plusieurs reprises tout au long de l’histoire : reprenant Machiavel, la juge écrit « plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (…). Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités. »

Le salut est donc dans l’engagement. Mais, sans doute est-ce quelque peu optimiste étant donné que l’engagement ne peut se concevoir uniquement de manière individuelle sans qu’il y ait une organisation pour les coordonner.

La riposte

Bien entendu, ce langage n’a pas du tout été apprécié par les libéraux au pouvoir en Belgique et même en France. Epinglons la réplique de Corentin de Salle parue dans Le Soir du 4 mars. Il est directeur scientifique du Centre Gol, le bureau d’études du MR (Mouvement Réformateur, le parti libéral francophone belge avec à sa tête Charles Michel, l’actuel Premier ministre, allié aux nationalistes flamands de la NV-A). Corentin de Salle, universitaire né en 1972, appuyé à ses débuts par Hervé Hasquin, a fondé l’institut Hayek, il est directeur de l’institut Atlantis qui prône les idées néoconservatrices – tout un programme ! Il est un grand admirateur de Friedrich von Hayek, l’économiste ultralibéral de la période de la guerre auteur de la « Route de la servitude » – en quelque sorte le manifeste de l’ultralibéralisme – où il dénonçait avec force le socialisme et le keynésianisme tout en prônant une société où l’Etat serait réduit à sa plus simple expression au plus grand profit des entreprises privées. De Salle a été chroniqueur au quotidien catholique La Libre Belgique qui s’est séparée de lui suite à une tribune aux relents xénophobes.

Dans sa réplique à la tribune de Madame Cadelli, de Salle commence par s’indigner de ses propos qu’il considère comme insultants. Pensez : assimiler la pensée dominante au fascisme ! Quel sacrilège !

Ensuite, le sophisme : le néolibéralisme n’existe pas. Dès lors, s’il n’existe pas, il ne peut être fasciste. « Certes, Manuela Cadelli prend grand soin de distinguer le « libéralisme » du « néolibéralisme ». C’est là une stratégie oratoire classique. Comme personne ne peut contester l’apport considérable de la tradition libérale à notre société, les détracteurs du libéralisme ont inventé ce concept factice de « néolibéralisme ». En réalité, le néolibéralisme n’existe pas. » M. de Salle devrait pourtant savoir que les politologues distinguent bien le libéralisme politique issu des lumières, considéré comme à gauche jusqu’à la deuxième guerre mondiale, du libéralisme économique qui est devenu le néolibéralisme.

La réalité du néolibéralisme

Ensuite, c’est du délire : « Il est vrai qu’au siècle passé, peu avant la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs penseurs libéraux ou socio-démocrates (Jacques Rueff, Maurice Allais, John Maynard Keynes, etc.), principalement de gauche, se sont revendiqués comme étant « néolibéraux ». Mais, pris au sens qu’on lui donne la plupart du temps, le terme « néolibéralisme » est une mystification intellectuelle : c’est une théorie inventée de toutes pièces par des intellectuels antilibéraux et qui est présentée comme un catalogue de dogmes et d’articles de foi de la communauté libérale dans le but de discréditer le libéralisme. »… Jacques Rueff, John Maynard Keynes et Maurice Allais de gauche ! Non, libéraux reconnaissant le rôle régulateur de l’Etat. Mais c’est déjà trop pour le directeur scientifique du Centre Jean Gol !

Alors, rafraichissons la mémoire de ce cher Corentin. Il affirme qu’il n’y a aucun auteur qui se réclame du néolibéralisme. Encore un sophisme. C’est vrai et faux à la fois. L’expression « néolibéralisme » apparaît dans les années 1930. En réalité, il s’agissait d’une mode. Tout était « néo » : il y avait le « néo marxisme », le « néo socialisme », le « néo saintsimonisme », etc. Il s’agissait, à l’époque, on était en pleine crise économico-financière et le fascisme commençait à s’imposer, de refonder les anciennes doctrines du XIXe siècle et de les adapter aux critères de l’époque.

Contrairement à ce qu’il se passe aujourd’hui, le libéralisme, à l’époque, était remis en question suite à la crise de 1929. Il fallait dépasser les vieux modèles de l’individualisme économique et opter pour une économie plus collective. Keynes n’était pas loin ! Il se développe également un « planisme néolibéral » en réponse au planisme socialiste du Belge Henri de Man. Aussi, on peut dire que Corentin de Salle avait raison en écrivant que John Maynard Keynes était néolibéral (mais ne s’en revendiquait pas). Oui, mais dans le sens du « néolibéralisme » de l’époque qui tentait de répondre à la critique radicale faite au libéralisme suite à la crise.

Aussi, le cher Corentin trompe son monde. Le néolibéralisme des années 1930 n’a rien à voir avec le néolibéralisme contemporain qui comprend la nouvelle économie, ou économie de l’offre qui sévit actuellement comme pensée dominante.

Aussi, cette pensée dominante, selon le directeur de l’institut Atlantis, ne peut s’appeler « néolibérale ». Aussi conclut-il, péremptoire : « En réalité, le néolibéralisme n’existe pas. » Il est bien le seul à le dire !

Les sophismes de Corentin

Il y a une autre tromperie de notre grand universitaire libéral. Il accuse ! « …les intellectuels antilibéraux en sont venus à considérer de bonne foi que les amalgames, simplismes, mensonges et calomnies de leurs prédécesseurs sur le libéralisme constituaient réellement le corpus du libéralisme. Beaucoup pensent sincèrement que cette idéologie repoussoir a réellement été construite par des penseurs libéraux au cours du dernier siècle. Ces derniers sont qualifiés de « néolibéraux ». Qu’est-ce que cela signifie ? Rien. »

Nouvelle malhonnêteté intellectuelle : tous les politologues distinguent la pensée libérale politique de la pensée économique qui est celle du néolibéralisme, à savoir cette pensée dont les principaux fondateurs sont Friedrich von Hayek, Ludwig Von Mises et Milton Friedman. Et on a appelé cela « néolibéralisme » pour le distinguer du libéralisme politique. Mais de Salle persiste. Il écrit plus loin : « il [l’ultralibéralisme] véhicule l’idée que, certes, dans le domaine des idées politiques, le libéralisme a apporté une contribution qui n’est pas dénuée de valeur (les libertés fondamentales, la première génération des droits de l’homme, plusieurs principes démocratiques, etc.) mais que, sous peine de se contredire et de s’annihiler, il doit être absolument tempéré, canalisé, contrebalancé, régulé, etc. par des considérations sociales, humanistes, etc. »

Un exemple tragique : le néolibéralisme n’a rien à voir avec le libéralisme politique qui est un des piliers de la démocratie. En effet, en 1973 au Chili, les néolibéraux américains de l’école de Chicago dirigée par Milton Friedman ont participé au renversement du président élu Salvador Allende et à l’installation de la sanglante dictature du général Pinochet. Et il existe d’autres exemples aussi tragiques dans différentes parties du monde. Mais, pour de Salle, les adversaires du néolibéralisme confondent libéralisme et néolibéralisme.

En réalité, c’est Corentin de Salle qui considère que libéralisme et néolibéralisme sont une seule et même pensée. Tout cela pour fustiger Madame Cadelli : « Manuela Cadelli s’attaque en réalité, quoi qu’elle en pense, au « libéralisme ». Le libéralisme est-il un fascisme ? Je n’ai guère coutume de citer cet individu de noire mémoire mais je pense que Benito Mussolini, le premier grand théoricien du fascisme, a dit une chose significative : « Le fascisme est absolument opposé aux doctrines du libéralisme, à la fois dans la sphère politique et dans la sphère économique ». » Donc, en considérant que le néolibéralisme est un fascisme, Manuela Cadelli attaque en réalité le libéralisme !

Alors, si on suit bien le raisonnement du directeur scientifique du Centre Jean Gol, les libéraux sont complices du coup d’Etat de Pinochet. Cela n’a évidemment aucun sens. Le plus inquiétant est que le MR qui se « droitise » de plus en plus, ait confié son « think tank » à ce personnage.

Et Corentin de Salle insiste et c’est l’aveu : « Une économie est libérale, nous dit Milton Friedman, quand l’Etat prélève environ 30 % des richesses produite. Au-delà, elle devient socio-démocrate. Nous sommes aujourd’hui à 60 % de prélèvements ! Depuis plusieurs années, les divers gouvernements en Belgique votent des budgets en déficit. Les gouvernements s’endettent. En 2014, à l’issue du gouvernement Di Rupo, l’endettement représentait plus de 106 % du PIB. En Allemagne et aux Pays-Bas, ce taux oscille autour de 70 % seulement. Mais le réel n’entame en rien les convictions idéologiques des antilibéraux qui mobilisent constamment toute une rhétorique religieuse (l’« orthodoxie budgétaire », le « respect inconditionnel des sacro saints principes néolibéraux », le « dogmatisme de la rigueur ») visant à ridiculiser ceux qui appellent simplement non pas à diminuer l’endettement, non pas à diminuer l’accroissement de l’endettement mais tout simplement à freiner la vitesse de l’accroissement de l’endettement. Les Français sont généralement les plus imaginatifs pour fustiger ces principes « intangibles » d’équilibre budgétaire. Tellement « intangibles » que la France n’a pas voté un budget en équilibre depuis… 1975. »

Donc, Friedman est un économiste libéral et l’Etat ne devrait relever que 30 % des richesses produites. Autrement dit, plus de sécurité sociale, plus de services publics ; seules l’armée et la police – et encore – resteront sous le giron de l’Etat. Quant à la démonstration archiconnue sur la dette, on peut opposer le sous-investissement public qui pose le problème de l’avenir d’activités essentielles comme l’enseignement, la culture, la recherche scientifique et surtout la structure de la dette publique qui génère le surendettement public et qui est au seul avantage des banques ! Et le contradicteur de Madame Cadelli termine en démontrant l’efficacité de la politique actuelle du gouvernement belge.

Notons que, curieusement, il ne parle pas de l’état lamentable dans lequel se trouve la Justice dénoncé par Manuela Cadelli. Enfin ! Cela fait partie de la réduction des dépenses… Pour Corentin de Salle, « Le libéralisme n’est pas un fascisme. Le libéralisme est un humanisme. » Personne ne dit le contraire, mais le néolibéralisme, lui, est un fascisme. Oui, certainement !

Source : Le Grand Soir, Pierre Verhas, 08-03-2016

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 06:41
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