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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 11:14

Vers la fin de règne.

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Côté politique

Même combat Mélenchon-Chassaigne

http://www.franceinfo.fr/fil-info/article/recours-au-49-3-si-ne-reunit-pas-les-58-signatures-pour-une-motion-de-gauche-nous-signerons-celle-de-788843

Frondeurs. Des paroles oui….mais des actes aussi. On attend !

http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/05/10/loi-travail-le-recours-au-49-3-un-deni-de-democratie-pour-les-frondeurs_4917007_823448.html

Dans l’Aude, la députée Marie-Hélène Fabre (2ième circonscription), après un défaut d’allumage à réussir à partir en 2ième position derrière Perez (1ier circonscription), espérons qu’elle franchira toutes les étapes. Reste Dupré (3ième circonscription) qui pour l’instant paisse en paix et n’a pas l’air de vouloir quitter l’enclosure.

Faudra penser à leur faire parvenir le picotin à la maison, le changement d’adresse risque fort d’être pour bientôt.

http://www.lindependant.fr/2016/05/10/loi-travail-la-deputee-ps-de-l-aude-votera-contre,2196838.php

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Côté syndicats

Alors que de nombreuses organisations appellent à manifester, manifestement la CFDT préfère s’abstenir (Combien il est loin le temps où elle tenait le pavé de la contestation !), adepte de la méthode Ogino, cette centrale syndicale ne sait pas encore à son âge comment prendre la température.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/05/10/loi-travail-apres-le-passage-en-force-du-gouvernement-les-syndicats-appellent-a-de-nouvelles-journees-de-manifestations_4917033_3224.html#xtor=RSS-3208?utm_medium=twitter&utm_source=twitterfeed

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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 10:07

C’est, ‘sortant de sa réserve’, le cœur serré, la mine triste et les joues blêmes (voir photo du lien), que le député hollando-solférinien fait part de sa décision de ne pas voter la loi travail dite également loi El Khomri, ceci à un an de l’explosion programmée de l’EPR (son Eminence le Président de la République) et du monde qui va autour.

Il en aura fallu bien du courage à ce petit cheval blanc pour en arriver là, car ‘il n’est pas frondeur’, loin s’en faut, celui qui peut revendiquer hautement avoir voté 97% des textes qui lui furent soumis. Et qu’on ne vienne pas le suspecter (il y a toujours des malveillants), à l’heure de la tempête, de quitter le navire sur lequel il a tant godillé.

On ne sait ce que feront sieur Dupré et dame Fabre avec qui il jouait en triplette les jours d’escale. Rendez-vous au lendemain du vote pour faire lecture de la liste des noms de ceux qui se seront prononcés pour ou contre la loi incriminée, en espérant que le baron de la 1ier circonscription de l’Aude, dans une dernière hésitation, ne s’abstienne pas selon la méthode bien connue du coït interrompu qui fait que l’électeur-quidam ne sait s’il est baisé ou pas.

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http://www.lindependant.fr/2016/05/07/carcassonne-le-depute-jean-claude-perez-ne-votera-pas-la-loi-travail,2195403.php

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:27

Dénoncées par Xavier Mathieu et Mickael Wamen (voir articles précédents), les violences policières sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus dures, pour ne pas dire davantage.

C’est bien à un gouvernement aux abois que nous avons affaire. Un gouvernement qui se raidit. Un gouvernement qui pète les plombs. Un gouvernement assuré que les prochaines élections lui seront fatales comme elles le seront au parti dont il se réclame. Un gouvernement qui sait que ses jours sont comptés et qui s’interroge peut-être même, allez savoir, sur sa capacité à aller jusqu’au bout.

Rien de pire que cela.

Il n’y a rien à attendre des Thiers et Clémenceau qui le composent et qui pointent leur nez, si ce n’est le grabuge et le lit fait au FN, si ce n’est une loi anticasseurs comme au temps nauséabond d’Alain Peyrefitte.

J-L Mélenchon a bien raison d’avertir que toute violence se retourne invariablement contre le peuple. Aussi faudra-t-il, autant que faire se peut, garder la tête froide et ne pas répondre aux provocations, ce qui ne signifie pas la fin des mouvements de toutes sortes, des grèves, voire l’impossibilité d’une grève générale.

Il faut cependant tenir jusqu’aux élections prochaines où la révolution, si le peuple-citoyen y consent, se fera par les urnes. Il faut tenir, politiquement, syndicalement, socialement, ‘générationnellement’, unis et pas dispersés. Des jonctions doivent se faire, par delà les humeurs, les virgules qui ergotent.

Exergue

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30 Avril 2016

Communiqué au nom du PG

Depuis plusieurs jours, le gouvernement met la pression sur les organisateurs des manifestations contre sa loi travail au sujet des violences dont elles ont été le théâtre.

Le PG refuse les violences, d’où qu’elles viennent. Elles nourrissent le système en lui permettant de jouer de la division et de reléguer au second plan la légitimité et le succès des mobilisations. Personne ne peut se satisfaire que des manifestations se terminent par des blessés graves.

Mais aujourd’hui, c’est au gouvernement, et plus précisément à son Ministre de l’Intérieur, que nous demandons des comptes.

De nombreuses vidéos de journalistes et des témoignages montrent que, aussi bien lors des manifestations que pendant les rassemblements Nuit debout, les forces de police utilisent des moyens extrêmement violents et disproportionnés, la plupart du temps à l’encontre de manifestants non violents : matraquage en règle de foules pacifistes, tirage de cheveux, tirs tendus (pourtant interdits) de grenades, voire de flash ball, ce qui a certainement occasionné la perte de l’oeil d’un manifestant à Rennes. Plusieurs fois les cortèges « officiels » ont été chargés, coupés en deux et gazés de façon massive. Le système du « nassage » devient une règle ce qui complique les dispersions pacifiques. Tout parait fait pour créer la panique du plus grand nombre.

Cela parait tellement systématique que nous refusons de croire à des « bavures ». Les forces de police, déjà exténuées par l’état d’urgence imposé par le gouvernement, obéissent forcément à des ordres politiques pour procéder ainsi.

Aujourd’hui, cette escalade de la violence nous inquiète. Doit-on rappeler au Ministre de l‘Intérieur la mort de Rémi Fraisse et, en d’autres temps, de Malik Oussékine ?

En conséquence, le PG demande fermement au Ministre de l’Intérieur et au gouvernement de ne plus utiliser les forces de police dans le but évident d’intimider et casser le mouvement contre une loi déjà illégitime. L’usage de l’ordre public doit redevenir proportionnel aux types de manifestations en cours, et effectué en concertation étroite avec les organisateurs.

Avant les manifestations du 1er mai, nous demandons notamment que cessent immédiatement l’utilisation de flash ball et de tous tirs tendus dans les manifestations, ainsi que les interventions de policiers en civil (type BAC) qui ne sont absolument pas formés pour les opérations d’ordre public.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 07:27

Tout est bon pour Macron. Tout fait ventre.

En voiture ! Ah !non. Pardon. « En marche !’.

Macron. Manipulation…….

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http://www.canalplus.fr/c-emissions/le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1379811

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 11:52

28/04

Xavier Mathieu

  • Le PS a dépassé tout ce qui était possible et imaginable de faire
  • Que l’Etat prenne 100 inspecteurs des finances et qu’ils fassent le tour de tous ceux qui fraudent, ….la sécu elle est sauvée
  • Tous les blessés, c’est Cazeneuve le responsable, c’est Hollande le responsable, Macron, Valls le responsable et personne d’autre
  • Aux journalistes : « faites votre travail….. »

Mickael Wamen

  • Aujourd’hui on vient condamner les lanceurs d’alerte et quand on voit que ceux qui relèvent la tête on est condamné à de la prison
  • Attendons de la rue et de nous-mêmes
  • Hollande est un des plus grands menteurs de cette planète
  • Moi, je ne la crains pas l’explosion sociale
  • Pourquoi mon gamin il aurait beaucoup moins de droits que moi ?
  • Il faut arrêter de nous prendre pour des cons
  • La modernité ce n’est pas le recul des acquis sociaux
  • Il y a du pognon pour tous
  • Je demande simplement à pouvoir me lever le matin, bosser et faire bouffer mes gamins et vivre dignement, c’est tout ce que je demande

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La vidéo : http://www.canalplus.fr/c-emissions/le-grand-journal/pid5411-le-grand-journal.html?vid=1386418

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 11:00

Aux insoumis, lanceurs d'alerte et autres...

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« Je ne plierai pas, je ne m’en irai pas en silence. Je ne me soumettrai pas. Je ne me retournerai pas. Je ne me conformerai pas. Je ne me coucherai pas. Je ne me tairai pas. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; ce n’est pas subir la loi du mensonge triomphant » (Jean Jaurès).

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 09:31

Source : http://reporterre.net/Je-ne-crois-pas-que-le-changement-de-societe-se-fera-sans-violence

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Xavier Mathieu, ouvrier engagé dans une dure lutte naguère à l’usine Continental, est très présent à Nuit debout. Il analyse le mouvement, la situation globale, et la question de la violence.

Xavier Mathieu était le délégué syndical de la CGT de l’usine Continental AG de Clairoix (Oise), où un dur conflit social s’est poursuivi en 2009 et 2010. Il est aujourd’hui comédien.

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29 avril 2016

Reporterre — On t’a croisé plusieurs fois à Nuit debout. Quel regard portes-tu sur ce mouvement ?

Xavier Mathieu — Je viens regarder, écouter, voir comment cela se passe. Par moment, je trouve cela sympa, par moment, il y a beaucoup de bla-bla. Mais c’est la construction d’un mouvement, il faut du temps pour s’organiser. L’ensemble est surprenant, même les discussions des gamins. On a toujours tendance à penser que les jeunes se moquent de ce qui se passe, mais j’ai été surpris par certaines discussions. C’est bien d’être surpris dans ce sens là ! J’aime aussi le côté divers des gens qui y sont, même si ce n’est pas ouvert à tout le monde. Par exemple, quand Finkielkraut s’est fait virer, c’était normal. Il n’avait rien à y foutre ! C’est comme si Strauss-Kahn allait à un congrès de Ni putes ni soumises, il ne serait pas le bienvenu. Finkielkraut est un islamophobe notoire. Il n’a rien à foutre à Nuit debout.

Pour s’organiser, il faut de l’intellect et un peu de violence de temps en temps ! Les gens se joignent aux intermittents qui peuvent éventuellement se joindre aux taxis. On a vu, il y a trois jours, des taxis venir place de la République. Cette coordination des luttes est importante, parce que le but du pouvoir, le but du capitalisme, est justement de diviser les gens, de leur faire croire que leur ennemi est l’étranger, que le profiteur c’est le mec qui est au RSA. Aujourd’hui, la tendance est de chercher un bouc émissaire : un coup, c’est les migrants, un coup les roms, un coup les musulmans, les salauds de RSA, les intermittents, etc. Ce qui est bien dans ce mouvement, c’est qu’il met dans la tête des gens que notre ennemi commun, c’est le capitalisme, la finance.


Nuit debout cherche-t-elle nettement à lutter contre le capitalisme et le système financier ?

Le mot d’ordre que j’entends beaucoup depuis que j’y viens, c’est « non à la loi El Khomri et au monde qu’il y a autour ».


Pour tout le monde ? Il y a beaucoup de curieux. Les gens ne sont-ils pas attirés par l’idée qu’« on discute, on parle, on fait démocratie », en oubliant la radicalité de cette critique ?

Il faut les deux. Il y a des gens qui viennent pour discuter, d’autres qui viennent pour des actions. Justement, Nuit debout ne chasse pas ceux qui acceptent un peu plus la radicalité. C’est vachement important. Par exemple, nous, dans le conflit Continental, cela a été très fort. Les médias n’ont pas pu diviser les gens dans notre conflit quand il y a eu le saccage de la sous-préfecture, ils sont allés parmi les mille personnes qui étaient là afin d’essayer d’en trouver une ou deux pour critiquer cette action. Ils n’ont pas réussi à en trouver une seule. Nuit debout, ce n’est pas seulement des gens qui discutent au milieu d’une AG, c’est aussi des actions.

« Pour que Nuit debout passe un cap, il faut changer d’endroit » À Nuit debout, on entend souvent des positions « antipartis », « anti-institutions » : qu’en penses-tu ?

Ce n’est pas grave cela. Tout ce qui est drapeau ou sigle, tout ce qui divise les gens, je m’en fiche.


La convergence se fait difficilement entre les syndicats et Nuit debout. Pourquoi ?

En 1936 et en 1968, ce ne sont pas les syndicats qui ont lancé les mouvements. En 36, ils ont fini par suivre parce qu’ils voyaient que cela prenait de l’ampleur. Mais la CGT n’a pas de programme de société. Si demain il y a deux millions de personnes dans la rue, ils vont faire quoi ? Après, il y a la bureaucratie syndicale. Les directions syndicales renâclent. Ils n’étaient pas venus non plus défendre les Goodyear, les Conti. Ce sont des structures qui aiment qu’on leur donne le pouvoir ! En gros, elles disent : « On vient, mais c’est nous qui commandons. » Mais j’ai entendu dire qu’au congrès de la CGT, qui vient de se tenir à Marseille, il y a eu une forte pression des militants pour que la CGT appelle à la grève reconductible. Il y a très longtemps qu’on n’a pas vu cela.


Si la loi El Khomri était retirée ou substantiellement remise en cause, ne serait-ce pas la fin de la mobilisation et de Nuit debout ?

Je ne suis pas sûr. Mais pour que Nuit debout passe un cap, il faudrait changer d’endroit ! Il faudrait faire Nuit debout devant les dépôts d’essence, devant des endroits stratégiques, et bloquer l’économie ! Cela serait autre chose qu’une place publique. Pour l’instant, tu as beaucoup de gens qui viennent critiquer la société, ses dérives. Mais y a-t-il un projet de société ? Tant que les gens en face n’auront pas peur de tout perdre, ils ne lâcheront rien du tout.


Votre lutte à Continental a été une des plus marquantes, ces dernières années. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de luttes ?

Tu regardes les AG à Nuit debout, il y a 95 % de blancs. Almamy Kanouté a fait une super déclaration, il a tout dit : tant que les Nuits debout ne feront pas le lien avec les banlieues, il n’y a aucune chance que ceux du pouvoir et de la finance aient peur.


Pourquoi les banlieues ne viennent-elles pas ?

Nos jeunes n’ont pas eu d’instruction politique. Quand j’étais gamin, c’était la gauche, la vraie gauche, on parlait de cela tout le temps, mon père parlait de cela tout le temps. Il y avait une culture politique dans les foyers. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas été habitués à des discours politiques. Ils n’ont pas été éduqués là-dedans. L’éducation politique est hyper importante. Elle n’est pas là du tout dans les banlieues, et c’est pareil pour les ouvriers.


Pas de culture politique, il faut bosser, la télé… Rien ne peut plus bouger, alors ?

Je n’en sais rien. Un jour, un mec m’a raconté une histoire. Ils étaient trois ou quatre cents dans une boîte. Le patron leur avait demandé de baisser leur salaire, leurs primes, de travailler plus, de réduire les pauses. Les mecs avaient tout accepté sans rien dire. Accepté, accepté, accepté… Un jour, en fin d’année, le patron a annoncé qu’il n’y avait pas eu d’accident de travail pendant un an et, pour les remercier, il leur a offert un porte-clés ! Il y eu sept semaines de grève ! Les mecs se sont mis en colère. Une étincelle, des fois, tu ne comprends pas. Les mecs, ils en ont pris plein la gueule pendant des années, ils ne vont pas bouger. Et là, ils bougent pour une connerie !

Les Panama Papers auraient dû être un élément déclencheur. Les gens auraient dû sortir dans la rue, se révolter et dire : « Cela fait des années que vous nous dites que le problème, c’est que les gens touchent trop de RSA, trop de salaires ! » La vérité, elle est là : tu as vingt milliards de trous cumulés dans toutes les caisses sociales, et dans les paradis fiscaux, il y 80 milliards !

« On s’est fait gazer alors qu’il n’y avait aucune bousculade, rien »

Nuit debout n’est donc pas le Grand Soir ?

Ah non ! C’est une éjaculation, le Grand Soir, un orgasme. On n’en est plus là. Si ça n’a pas explosé il y a trente ans, à l’époque où il y avait 30 % de communistes… Nous, on était bercé là-dedans, mais aujourd’hui, les jeunes n’y sont plus du tout.

On a perdu des batailles, il faut l’accepter et sortir du truc. C’est ce qui me fait chier dans les mouvements d’extrême-gauche : ils sont encore là-dedans. Il faut arriver à se mettre autour d’une table et lâcher certaines choses.


La question de la violence traverse le mouvement Nuit debout, quel regard portes-tu sur cette question ?

Le 9 avril, j’étais avec les jeunes à la manifestation où il y a eu plein d’arrestations. Il y avait bien des provocateurs, mais ils étaient en bleu, avec des matraques, des lacrymogènes… Je me suis pris des coups de matraques et des charges dans le dos, alors qu’on ne faisait strictement rien.

À Continental, quand on faisait une manif, on était mille dans le cortège et on n’a jamais croisé un CRS. Là, pour les manifs étudiantes, il y a des cordons entiers de CRS pour les encadrer. Comment veux-tu que les jeunes n’aient pas envie de leur balancer des cailloux à la gueule ? C’est de la provocation pure.

Comme à Odéon, il y a deux jours : en arrivant de la manif des intermittents, du côté du ministère du Travail, on était 600 ou 700, à pied, avec une banderole. Les CRS avaient des bombes et des lacrymo. Ils nous ont matraqués à bout portant, on n’avait rien d’autre qu’une banderole dans les mains. On s’est fait gazer alors qu’il n’y a eu aucune bousculade. Rien.

Sincèrement, la violence, depuis le début, elle est du côté des CRS. Nous, ce n’est qu’une réplique. Et pour moi, l’État fait une connerie. Parce que, petit à petit, les mecs viennent en effet avec des masques, avec des lunettes de protection, avec des cailloux dans les poches, avec des matraques… Normal, ils ne vont pas continuer à aller dans les manifs et se faire matraquer la gueule sans arrêt, sans réagir.

Et puis, aussi, j’ai vu des mecs broyer des vitrines et passer derrière, dans des ruelles, et remettre le brassard de police pour rentrer ensuite dans le cortège. Je l’ai vu.


À Paris ?

Oui.

Récemment ?

Non. Dans d’autres manifestations, avant. Mais ça existe encore aujourd’hui. Comment expliquer que, lorsque l’État organise une énorme manifestation après Charlie, avec plus d’un million de personnes, il n’y a pas une seule vitrine de cassée — pas une ?! Et comme par hasard, quand ce sont des manifs contestataires, il y a des casseurs qui brisent des vitrines…

Il y a une instrumentalisation, selon toi ?

À Odéon, c’est ce que je me suis dit : en face, c’est ce qu’ils veulent. Parce que, de toute façon, ils ont les médias avec eux. Et puis, on ne peut pas dire que les gens soient les plus courageux du monde quand ils entendent que ça pète.

Tu vois, le gamin qui s’est fait matraquer la gueule par le CRS [1], je le dis haut et fort, c’est une tentative de meurtre. On voit bien qu’il le relève, ce gamin de 15 ans, avant de lui mettre un crochet, avec une manchette de protection, dans la mâchoire, du bas jusqu’en haut… Tu peux lui péter les cervicales. C’est une tentative de meurtre.

Et pourtant, les médias n’en ont pas fait autant qu’avec le cadre d’Air France et sa chemise arrachée, avec des images qui ont fait le tour du monde pendant plus d’une semaine !

« Je reste optimiste, parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle »

Certains revendiquent toutefois l’usage de la violence comme un mode d’actions parmi d’autres au sein de Nuit debout.

La violence, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais elle n’est pas de notre côté. Ce qui est rendu n’est rien à côté de ce qu’on prend. Cette loi El Khomri, si elle passe demain, ce sera une catastrophe. Cette loi dit que ton patron peut venir te demander d’accepter une baisse de salaire, sinon, il te licencie. Il a le droit de te licencier pour une raison économique, et derrière, les indemnités sont plafonnées… Vous savez ce que cela cache ? Uniquement la baisse des salaires.

Ils ont même été jusqu’à virer les visites médicales annuelles, dans la loi El Khomri. Avant, il y avait au moins un médecin qui pouvait surveiller les gens. Il y a quand même plein d’exemples de cancers ou de maladies qui ont été découverts dans les entreprises. Les visites médicales servaient à ça, à l’usine.

Alors, pour ce qui est de la violence, il n’y en a pas encore assez. Je ne crois pas que le changement de société se fera sans violence. Parce que les autres en face, ils ont ce qu’il faut.

Cette loi El Khomri vient d’un mec qui s’est fait élire en disant que son ennemi était la finance. Et la première personne qu’il a placé au ministère de la Finance, c’est Cahuzac, qui avait un compte caché en Suisse… Et celui qui arrive derrière vient de la banque Rothschild ! Si ça ne veut pas dire qu’il se fout royalement de notre gueule…


Y a-t-il un sentiment de révolte, aujourd’hui, en France ?

On en est loin. Beaucoup de Français s’imaginent encore qu’ils ne sont pas concernés. Je serais tenté de dire qu’on est dans la servitude volontaire. Il y a un gros boulot à faire d’initiation : les gens regardent BFM TV, La Nouvelle Star, Cyril Hanouna…

Je suis à la fois pessimiste et optimiste, parce que je crois en l’homme. L’être humain est capable de solidarité. Je reste optimiste parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle. Ça va bouger, mais pas forcément quand on s’y attendra.

Propos recueillis par Barnabé Binctin et Hervé Kempf

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 16:26

Source : http://www.jlm2017.fr/la_societe_generale_doit_retirer_sa_plainte_et_rendre_des_comptes.

Publié par Bastien Lachaud le 22/04/2016 13:30

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Tribune publiée dans Marianne

Les révélations dites « Panama Papers » ont établi que la Société Générale fait partie des cinq banques au monde qui ont le plus ouvert de sociétés offshore dans des paradis fiscaux.


Cette pratique permet à des clients d’y déposer anonymement leur fortune afin d’échapper à la fiscalité de leur pays ou de dissimuler de l’argent sale issu de différents trafics. C’est ainsi près de 30 % du PIB mondial qui est hors de tout contrôle.

Pourtant, depuis la crise financière de 2008, les banques avaient affirmé avoir recentré leurs activités sur le financement de l’économie réelle et la fin de toutes activités opaques et risquées. Ainsi, le 17 avril 2012, M. Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale, avait déclaré devant une Commission d’enquête du Sénat que « La Société Générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise (c’est à dire une liste de paradis fiscaux fixée par l’OCDE), mais aussi dans ceux que désignait la liste des États non coopératifs, c'est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama. » Il est évident qu’il n’a pas dit la vérité.

Le 7 avril dernier, au micro de France Info, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que les dirigeants de cette banque étaient des « menteurs » et qu’ils devaient être « châtiés ». Quelques minutes auparavant, au même micro, Jérôme Kerviel et son avocat Me David Koubbi avaient déclaré sensiblement les mêmes choses.

Jugeant ces propos « calomnieux » et relevant de la « diffamation », la Société Générale a immédiatement porté plainte contre Jean-Luc Mélenchon, Jérôme Kerviel et Me David Koubbi.


Aussi, au-delà de nos différentes opinions politiques et sensibilités, nous tenons à affirmer notre pleine solidarité avec ces trois personnalités qui ont dit avec leurs mots ce que nous sommes très nombreux à penser. Nous n’acceptons pas que ceux qui réclament la vérité soient poursuivis par ceux qui participent à l’évasion fiscale et l’organisent à l’échelle internationale.


Nous exigeons que des mesures efficaces soient prises pour qu’aucune banque Nous exigeons que des mesures efficaces soient prises pour qu’aucune banque française ne participe française ne participe plus à l’évasion fiscale et nous exigeons de la Société Générale qu’elle abandonne immédiatement sa plainte.


Signataires :

Christophe Aguiton (altermondialiste), Richard Amalvy (militant associatif), Paul Ariès (Politologue, journaliste)Isabelle Attard (députée), Clémentine Autain (c. régionale), Grégory Bacquet (comédien), Julien Bayou (c. régional EELV), Charles Berling (comédien), Eric Berr (économiste), Olivier Besancenot (NPA), Martine Billard (ex députée), Laurent Binet (écrivain), Eric Bocquet (sénateur PCF), Yannick Bosc (historien), Marie-George Buffet (députée PCF), Gilles Candar (historien), Leïla Chaibi (militante associative), Pascal Cherki (député PS), Eric Coquerel (coordinateur PG, c. régional), Sergio Coronado (député EELV), Alexis Corbière (prof d’histoire), Thomas Coutrot (économiste), Gérald Dahan (humoriste), Bertrand Daillie (magistrat), Françoise Davisse (réalisatrice), Caroline De Haas (militante féministe), Karima Delli (députée européenne EELV), Jean-Numa Ducange (historien), Annie Ernaux (écrivain), Nilda Fernandez (artiste), Michaël Foessel (philosophe), Bruno Gaccio (humoriste), Raquel Garrido (avocate), Florence Gauthier (historienne), Yann Galut (député PS), Jacques Généreux (économiste), Charlotte Girard (juriste), Sara Giraudeau (comédienne), Patrice Gourrier (prêtre), Jérôme Guedj (c. départemental PS), Pierre Henry (responsable d’ONG), Liêm Hoang-Ngoc (économiste, c. régional), Eva Joly (députée européenne EELV), M’hamed Kaki (militant associatif), Mathieu Kassovitz (comédien, réalisateur), Francis Lalanne (artiste), Jean-Félix Lalanne (musicien), Dany Lang (économiste), Sarah Legrain (SN PG), Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice PS), Noël Mamère (député), Roger Martelli (historien), Xavier Mathieu (comédien, ex Conti), Emmanuel Maurel (député européen PS), Pierre Marcelle (journaliste), Daniel Mermet (journaliste), Daniel Mesguich (comédien), Eric Métayer (comédien), Gérard Mordillat (romancier), Corinne Morel-Darleux (c. régionale), Eric Naulleau (journaliste), Younous Omarjee (député européen), Francis Parny (PCF), Willy Pelletier (sociologue), Henri Peña-Ruiz (philosophe), Edwy Plenel (journaliste), Dominique Plihon (économiste), Emmanuel Poilane (Fondation D. Mitterrand), Didier Porte (humoriste), Philippe Poutou (NPA), Christine Poupin (NPA), Denis Robert (journaliste), François Ruffin (journaliste), Danielle Simonnet (coordinatrice PG, c. de Paris), Benjamin Stora (historien), Henri Sterdyniak (économiste), Jacques Testart (biologiste), Samuel Thomas (militant associatif), Catherine Tricot (architecte), Emmanuel Vire (Secrétaire national SNJ CGT)

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 17:03

Source : http://www.fakirpresse.info/renaud-lambert-si-nous-n-avons-pas-renonce-nous-n-avons-pas-encore-gagne

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La place de la République est remplie, et des Nuit debout ont essaimé en Province, et même à l’étranger. Très bien, la première étape est remplie.
Mais doit-on s’en contenter ?


Le 20 avril, à la Bourse du Travail, on invitait avec les commissions Convergence des luttes et Grève générale, à réfléchir sur l’après. On publie en intégralité l’intervention de Renaud Lambert, journaliste au Monde diplomatique.

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Chers amis,

Ils s’imaginaient que troquerions l’espoir de changer le monde contre la possibilité de changer de portable,

Ils s’imaginaient que nous nous satisferions de voir, tous les cinq ans, le pire succéder à l’identique,

Ils s’imaginaient nous avoir imposé tant d’échecs, de reculs et de défaites, que nous baisserions les bras…

Ils se sont trompés. Ils se sont trompés et ils s’inquiètent. Car, nos adversaires le savent bien : ils ne gagnent pas quand nous perdons, mais quand nous renonçons. Et, comme le montre Nuit debout, nous ne renonçons pas !

La mobilisation contre la loi El Khomri, dans les rues et sur les places, nous a offert à tous un bol d’air frais. Enfin !, quelque chose de neuf, à gauche, une source d’espoir.

Mais si l’espoir renaît, c’est également qu’émergent à nouveau des ambitions sur lesquelles nous avions laissé s’accumuler la poussière.

Des ambitions qui, hier déjà, avaient armé les combats d’autres mouvements sociaux, les confrontant à des questions semblables à celles qui se présentent à nous aujourd’hui : Comment orchestrer la convergence concrète de luttes éparses ? Comment rendre compatibles l’idéal de l’horizontalité et la quête d’efficacité propre aux combats politiques ? Comment engager une réflexion sur la façon dont on lutte en s’assurant de ne pas perdre de vue ce pour quoi on lutte ? Comment faire en sorte qu’une fois l’exaltation retombée, une fois les rues balayées, le mouvement n’ait pas disparu, emportant avec lui l’espoir auquel il avait donné naissance ?

Si l’histoire a été érigée en musée de l’ordre par les puissants, elle peut également constituer une science du changement. Tourner notre regard vers le passé, pas forcément très lointain, peut nous aider à mieux naviguer entre les innombrables écueils qui se présentent à nous.

A commencer par celui de l’inutilité. Car, ne nous faisons pas trop d’illusions : si nous n’avons pas renoncé, nous n’avons pas gagné. En tout cas, pas encore. Et il n’est pas certain que nos rassemblements suffisent à plonger nos adversaires dans une insomnie durable.


Nous ne sommes pas les premiers à nous réunir sur des places, pour y parler d’un monde différent.

En mai 2011, dans les grandes villes espagnoles, un mouvement similaire apparaissait : le 15-M bientôt rebaptisé « Mouvement des Indignés » par des médias qui préfèrent l’indignation à la colère.

Qu’y a-t-on observé ?

Un phénomène similaire à celui dont nous sommes les témoins – et parfois les acteurs – place de la République à Paris, place du Capitole à Toulouse, et dans bien d’autres villes en France.

Des gens se rassemblent, prennent la parole, écoutent… Mieux, ils entendent. Soudain, les Espagnols n’ont plus besoin des grands médias pour s’informer, entre eux, de ce qui les préoccupe vraiment. La question de la corruption des dirigeants politiques, par exemple, jusque-là absente des radars médiatiques, émerge sur les places comme une préoccupation fondamentale, un moteur de la mobilisation. De la même façon, l’ampleur de la crise immobilière – tue par les Laurent Joffrin ibères – prend corps à travers les témoignages qui s’échangent jusqu’au bout de la nuit.

Sur les places, on réinvente la politique pour réinventer le monde.
La politique était l’apanage des crânes d’œufs en costumes ? Chacun peut désormais s’exprimer. La politique imposait ses hiérarchies et le cadre du « raisonnable » à la société ? La voici qui fomente l’égalité, qui conspire à la liberté. Les places font table rase des tracasseries associées à des formes jugées anciennes de la politique politicienne : la bureaucratie, les drapeaux, les hiérarchies, la verticalité. Emerge l’espoir de faire naître un monde meilleur par le simple fait d’adopter un mode de fonctionnement meilleur…

Rapidement, toutefois, le mouvement se trouve traversé par deux forces diamétralement opposées, dont l’exercice simultané entrave son progrès. Un mouvement centrifuge, d’abord, d’agglomération gloutonne de toutes les revendications de la société ; un mouvement centripète, ensuite, d’introspection tout aussi infini, conduisant à sans cesse interroger les moindres mouvements de cette âme collective.

Dans les assemblées du 15-M, chacun s’exprime en son nom propre. Pour deux raisons principales, qui se rejoignent : la peur de la « récupération politique », d’abord ; et le rejet de la démocratie bourgeoise, que chacun avait pris l’habitude d’appeler « démocratie représentative ». Pourtant, le principal problème qu’elle posait aux yeux des Espagnols était sans doute moins le fait qu’elle n’était pas « directe » ou qu’elle ne reposait pas sur une Assemblée générale permanente, que le fait qu’elle était « bourgeoise » : c’est-à-dire au service de quelques-uns. Bref, qu’elle n’était pas « réelle », pour reprendre le slogan des places espagnoles : « Démocratie réelle, maintenant ! »

Il n’en reste pas moins que, dans les AG, toute parole collective est rapidement perçue comme une menace : une abdication face à la tentation verticaliste, un retour dangereux aux travers du système que l’on cherchait à détruire. Sans possibilité de porte-parolat, d’expression « au nom » de structures pré-existantes, le mouvement se prive peu à peu des apports, du travail politique, de l’accumulation préalable de ses prédécesseurs.

Dans les AG espagnoles comme dans les nôtres aujourd’hui, l’unité de base de la participation se résume donc à l’individu. Dans ces conditions, les mots d’ordre se succèdent aussi rapidement que les intervenants. Un phénomène par ailleurs renforcé par le mécanisme naturel qui veut qu’on a davantage le sentiment de « participer » lorsqu’on présente sa propre priorité, distincte des autres, que lorsque l’on explique partager celle de la personne qui vient de s’exprimer avant soi.

Comme sur la place de la République, se succèdent très vite les appels à mettre un terme aux expulsions de réfugiés et à protéger les vers de terre, à lutter contre l’exploitation capitaliste et à soutenir les petits entrepreneurs, à défendre les revendications féministes et à instaurer le tirage au sort des élus, etc. Un phénomène d’accumulation qui, cumulé au refus d’organiser les priorités ou de les échelonner dans le temps, se double d’une autre difficulté : bien que juxtaposée, bon nombre des revendications se révèlent malheureusement incompatibles entre elles. En d’autres termes, l’AG ressemble bientôt à un manche à air : elle accompagne le sens du vent contestataire soufflé par le dernier intervenant. Or, en politique comme ailleurs, les manches à air ne constituent pas toujours les meilleures boussoles…

Voici pour le côté centrifuge. Côté centripète, maintenant : le temps passé à réfléchir au fonctionnement des AG ne diminue pas, au contraire. Les heures passées à discuter de l’opportunité d’ajouter, ou non, tel ou tel point à l’ordre du jour ; les discussions sans fin pour savoir s’il faut voter… sur la nécessité de voter ; les échanges infinis sur le rôle et les fonctions des commissions, lesquelles se comptent bientôt en douzaines, accaparent un temps précieux.
Or, le temps est aussi inégalement partagé dans la société espagnole qu’en France. La pratique de l’assemblée n’est donc pas ouverte à tous de la même façon. On est plus efficace lors d’une réunion de plusieurs heures qui s’achève à minuit quand on a eu la possibilité de faire une sieste que quand on a passé la journée derrière une chaîne de montage. De sorte que bientôt, les assemblées espagnoles se voient désertées par les salariés épuisés, par les personnes ayant des obligations familiales, bref, par toute l’Espagne « qui se lève tôt ». A mesure que s’éclipsent les classes populaires, la concentration des AG en hyper-militants extrêmement disponibles atteint des niveaux problématiques.

Après quelques mois, le mouvement des places s’est tari et l’Espagne a peu changé. Pour un membre du mouvement que j’ai rencontré là-bas, le 15-M a péché par excès d’idéalisme : « Par souci de ne pas perdre notre âme en nous organisant davantage, nous avons refusé de mener bataille. C’était une posture très éthique, c’est sûr. C’était pratique, ça permettait d’avoir le sentiment d’avoir raison, tout en restant au chaud, entre nous. »

Pendant qu’on discutait sur la Place de la Puerta del Sol, la gauche de droite, le Parti socialiste local au pouvoir, bientôt remplacée par la droite de droite du Parti populaire, ont expulsé plus de deux millions d’immigrés, laissé le chômage exploser et des dizaines de milliers d’Espagnols perdre leurs logements.
Ce constat a conduit certains, quelques années plus tard, à tenter d’adosser l’idéalisme du 15-M à une dose de pragmatisme, dont il avait manqué. En Espagne, la démarche a consisté à organiser des organisations de lutte contre les expulsions, de défense de la santé, de l’éducation : ce fut le mouvement des « Mareas ». Elle a aussi visé à tenter de prendre le pouvoir politique : pari réussi dans le cas de villes comme Madrid, Barcelone ou Salamanque ; moins dans celui de Podemos qui visait le pouvoir central.

Disons-le tout de suite : la démarche de Podemos n’est pas la nôtre. Mais faudrait-il pour autant se résoudre à voir notre mouvement déchiré sous la double contrainte de l’introspection stérile et de la démultiplication infinie de ses priorités ?

Je ne le crois pas : pas plus que les élections ne constituent le seul rendez-vous de l’action politique, la forme parti n’offre la seule possibilité de doter ce mouvement des outils lui permettant de passer à l’étape suivante de son développement.
Certains s’inquiéteront peut-être de voir ré-émerger des termes tels que « priorités » lorsque nous évoquons nos objectifs ou de « discipline » lorsque nous parlons de notre organisation. On leur rétorquera que nos objectifs s’organisent d’ores et déjà autour d’une priorité très claire – faire échouer la loi El Khomri – et que cela ne nous inquiète pas.

Et pour ce qui est de la discipline, tous ceux qui ont participé à une AG de Nuit debout ont été frappés par la discipline de ses participants, qui écoutent, lèvent la main, font la queue… Pourquoi s’alarmer que ce que nous considérons comme une qualité aujourd’hui se mue en tare demain ?


Chers amis, ensemble, nous avons identifié un adversaire : le pouvoir de l’argent. Ne le sous-estimons pas.

Lorsqu’il se trouvera réellement menacé – et nous entendons bien le taquiner –, il réagira. Nul ne peut exclure qu’il entende alors mieux que nous la consigne de Jules Guesde aux révolutionnaires : obtenir gain de cause « par tous les moyens, y compris légaux ».

Lorsque l’heure arrivera, mieux vaudra pour nous avoir su nous organiser.

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 03:29

Source : http://www.fakirpresse.info/emmanuel-todd-nuit-debout-contre-le-grand-vide

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Entretien avec Emmanuel Todd sur le mouvement Nuit Debout - 20/04/2016

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Fakir : C’est un petit truc, Nuit debout…

Emmanuel Todd : Il ne faut pas dire ça. D’abord, c’est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide. Les journalistes, qui certes appartiennent à des grands groupes, liés à l’argent, qui certes ne remettront jamais en cause ni l’euro ni l’Europe ni le libre-échange, mais qui sont des gens diplômés, pas toujours bêtes, ils sentent ce grand vide. Ils savent qu’ils donnent la parole à des hommes politiques méprisables, inexistants, tellement creux. Eh bien, ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. Et il ne s’agit pas seulement de remplir des pages, de vendre du papier…

Fakir : Ça remplit l’âme ? C’est l’indice d’une crise métaphysique ?

E.T. : Presque ! Et puis, pour aussi petit que ce soit, c’est peut-être un signe avant-coureur. Regardez Occupy Wall Street. Quelques mois après, je regardais les sondages qui paraissaient aux Etats-Unis, les jeunes devenaient favorables à l’Etat, à du protectionnisme. Et aujourd’hui, certes Bernie Sanders a perdu contre Hilary Clinton, mais il s’est revendiqué du « socialisme » aux Etats-Unis, et ses thèmes font maintenant partie de la campagne.

« Il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste ! »

Fakir : Donc ça pourrait mener à un basculement ?

E.T. : C’est sans doute une étape dans la maturation des esprits. Déjà, si ça pouvait conduire à un engagement simple, chez les jeunes : « Plus jamais nous ne voterons PS ! » Je me porte beaucoup mieux, c’est une libération spirituelle, depuis que j’ai fait ce serment pour moi-même. Je rêverais de la mise à mort du PS. C’est peut-être ce que va nous apporter Hollande, il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste. Et il existe désormais un boulevard à gauche.

Fakir : Mais ce sont des bobos qui se réunissent ?

E.T. : C’est facile de dire ça. Les jeunes diplômés du supérieur, c’est désormais 40 % d’une tranche d’âge. Ce n’est plus une minorité privilégiée, c’est la masse. Il y a donc un énorme potentiel d’extension du bobo. Et surtout, il faut comprendre, faire comprendre, que les stages à répétition, les boulots pourris dans les bureaux, les sous-paies pour des surqualifications, c’est la même chose que la fermeture des usines, que la succession d’intérim pour les jeunes de milieu populaires. La baisse du niveau de vie, c’est pour toute une génération.

« Un territoire libéré, à la fois des vieux et des banques, ça ne me déplait pas ! »

Fakir : Donc la réunion des deux jeunesses est en vue ?

E.T. : Avec un marxisme simpliste, on dirait que oui, ça doit bien se passer, les intérêts objectifs sont les mêmes. Mais le système scolaire, notamment, opère une stratification, il sépare tellement les destins, trie, évalue, que la jonction ne va pas de soi. Et on voit que la jeunesse populaire se tourne massivement vers le Front national…

Fakir : A cause, donc, d’habitudes culturelles différentes ? La techno contre Manu Chao ?

E.T. : Je ne sais pas ça, moi. Il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas jeune !
C’est d’ailleurs une chose très positive : voilà quelque chose qui appartient aux jeunes. Enfin ! La société française est sous la coupe des vieux et des banques. Non seulement pour les richesses, mais pour le pouvoir surtout : le suffrage universel devient un mode d’oppression des jeunes par les vieux, qui décident d’un avenir qu’ils n’auront pas à habiter. Je milite pour la mise à mort de ma génération. Donc, l’idée d’un territoire libéré, à la fois des vieux et des banques, ça ne me déplait pas. C’est pour cette raison que l’éviction de Finkielkraut m’est apparu comme une bonne nouvelle. Jusqu’ici, je trouvais les jeunes trop gentils, au vu de la domination qu’ils subissaient.

Fakir : Mais dans ce mouvement, il y a comme un refus de l’organisation…

E.T. : C’est le drame de cette jeunesse : c’est nous, en pire. Les soixante-huitards ont découvert les joies de l’individualisme, mais ils avaient derrière eux, dans leur famille, une solide formation dans des collectifs : le Parti communiste, l’Eglise, les syndicats. Là, ces générations sont nées individualistes, ce sont des soixante-huitards au carré, quasiment ontologiques. Il n’y a même pas le souvenir de ces collectifs forts. Et la volonté de ne pas s’organiser est presque élevée au rang de religion.
Mais c’est terrible parce que s’ils savaient, s’ils savaient à quel point les mecs en face d’eux, les patrons, l’Etat, le Parti socialiste, les banques sont organisés. Ce sont des machines. Et moi qui suis plutôt modéré, keynésien, pour un capitalisme apprivoisé, je me souviens de la leçon de Lénine : « Pas de révolution sans organisation » !

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