Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 09:31

Source : http://reporterre.net/Je-ne-crois-pas-que-le-changement-de-societe-se-fera-sans-violence

***

***

Xavier Mathieu, ouvrier engagé dans une dure lutte naguère à l’usine Continental, est très présent à Nuit debout. Il analyse le mouvement, la situation globale, et la question de la violence.

Xavier Mathieu était le délégué syndical de la CGT de l’usine Continental AG de Clairoix (Oise), où un dur conflit social s’est poursuivi en 2009 et 2010. Il est aujourd’hui comédien.

***

***

29 avril 2016

Reporterre — On t’a croisé plusieurs fois à Nuit debout. Quel regard portes-tu sur ce mouvement ?

Xavier Mathieu — Je viens regarder, écouter, voir comment cela se passe. Par moment, je trouve cela sympa, par moment, il y a beaucoup de bla-bla. Mais c’est la construction d’un mouvement, il faut du temps pour s’organiser. L’ensemble est surprenant, même les discussions des gamins. On a toujours tendance à penser que les jeunes se moquent de ce qui se passe, mais j’ai été surpris par certaines discussions. C’est bien d’être surpris dans ce sens là ! J’aime aussi le côté divers des gens qui y sont, même si ce n’est pas ouvert à tout le monde. Par exemple, quand Finkielkraut s’est fait virer, c’était normal. Il n’avait rien à y foutre ! C’est comme si Strauss-Kahn allait à un congrès de Ni putes ni soumises, il ne serait pas le bienvenu. Finkielkraut est un islamophobe notoire. Il n’a rien à foutre à Nuit debout.

Pour s’organiser, il faut de l’intellect et un peu de violence de temps en temps ! Les gens se joignent aux intermittents qui peuvent éventuellement se joindre aux taxis. On a vu, il y a trois jours, des taxis venir place de la République. Cette coordination des luttes est importante, parce que le but du pouvoir, le but du capitalisme, est justement de diviser les gens, de leur faire croire que leur ennemi est l’étranger, que le profiteur c’est le mec qui est au RSA. Aujourd’hui, la tendance est de chercher un bouc émissaire : un coup, c’est les migrants, un coup les roms, un coup les musulmans, les salauds de RSA, les intermittents, etc. Ce qui est bien dans ce mouvement, c’est qu’il met dans la tête des gens que notre ennemi commun, c’est le capitalisme, la finance.


Nuit debout cherche-t-elle nettement à lutter contre le capitalisme et le système financier ?

Le mot d’ordre que j’entends beaucoup depuis que j’y viens, c’est « non à la loi El Khomri et au monde qu’il y a autour ».


Pour tout le monde ? Il y a beaucoup de curieux. Les gens ne sont-ils pas attirés par l’idée qu’« on discute, on parle, on fait démocratie », en oubliant la radicalité de cette critique ?

Il faut les deux. Il y a des gens qui viennent pour discuter, d’autres qui viennent pour des actions. Justement, Nuit debout ne chasse pas ceux qui acceptent un peu plus la radicalité. C’est vachement important. Par exemple, nous, dans le conflit Continental, cela a été très fort. Les médias n’ont pas pu diviser les gens dans notre conflit quand il y a eu le saccage de la sous-préfecture, ils sont allés parmi les mille personnes qui étaient là afin d’essayer d’en trouver une ou deux pour critiquer cette action. Ils n’ont pas réussi à en trouver une seule. Nuit debout, ce n’est pas seulement des gens qui discutent au milieu d’une AG, c’est aussi des actions.

« Pour que Nuit debout passe un cap, il faut changer d’endroit » À Nuit debout, on entend souvent des positions « antipartis », « anti-institutions » : qu’en penses-tu ?

Ce n’est pas grave cela. Tout ce qui est drapeau ou sigle, tout ce qui divise les gens, je m’en fiche.


La convergence se fait difficilement entre les syndicats et Nuit debout. Pourquoi ?

En 1936 et en 1968, ce ne sont pas les syndicats qui ont lancé les mouvements. En 36, ils ont fini par suivre parce qu’ils voyaient que cela prenait de l’ampleur. Mais la CGT n’a pas de programme de société. Si demain il y a deux millions de personnes dans la rue, ils vont faire quoi ? Après, il y a la bureaucratie syndicale. Les directions syndicales renâclent. Ils n’étaient pas venus non plus défendre les Goodyear, les Conti. Ce sont des structures qui aiment qu’on leur donne le pouvoir ! En gros, elles disent : « On vient, mais c’est nous qui commandons. » Mais j’ai entendu dire qu’au congrès de la CGT, qui vient de se tenir à Marseille, il y a eu une forte pression des militants pour que la CGT appelle à la grève reconductible. Il y a très longtemps qu’on n’a pas vu cela.


Si la loi El Khomri était retirée ou substantiellement remise en cause, ne serait-ce pas la fin de la mobilisation et de Nuit debout ?

Je ne suis pas sûr. Mais pour que Nuit debout passe un cap, il faudrait changer d’endroit ! Il faudrait faire Nuit debout devant les dépôts d’essence, devant des endroits stratégiques, et bloquer l’économie ! Cela serait autre chose qu’une place publique. Pour l’instant, tu as beaucoup de gens qui viennent critiquer la société, ses dérives. Mais y a-t-il un projet de société ? Tant que les gens en face n’auront pas peur de tout perdre, ils ne lâcheront rien du tout.


Votre lutte à Continental a été une des plus marquantes, ces dernières années. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de luttes ?

Tu regardes les AG à Nuit debout, il y a 95 % de blancs. Almamy Kanouté a fait une super déclaration, il a tout dit : tant que les Nuits debout ne feront pas le lien avec les banlieues, il n’y a aucune chance que ceux du pouvoir et de la finance aient peur.


Pourquoi les banlieues ne viennent-elles pas ?

Nos jeunes n’ont pas eu d’instruction politique. Quand j’étais gamin, c’était la gauche, la vraie gauche, on parlait de cela tout le temps, mon père parlait de cela tout le temps. Il y avait une culture politique dans les foyers. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas été habitués à des discours politiques. Ils n’ont pas été éduqués là-dedans. L’éducation politique est hyper importante. Elle n’est pas là du tout dans les banlieues, et c’est pareil pour les ouvriers.


Pas de culture politique, il faut bosser, la télé… Rien ne peut plus bouger, alors ?

Je n’en sais rien. Un jour, un mec m’a raconté une histoire. Ils étaient trois ou quatre cents dans une boîte. Le patron leur avait demandé de baisser leur salaire, leurs primes, de travailler plus, de réduire les pauses. Les mecs avaient tout accepté sans rien dire. Accepté, accepté, accepté… Un jour, en fin d’année, le patron a annoncé qu’il n’y avait pas eu d’accident de travail pendant un an et, pour les remercier, il leur a offert un porte-clés ! Il y eu sept semaines de grève ! Les mecs se sont mis en colère. Une étincelle, des fois, tu ne comprends pas. Les mecs, ils en ont pris plein la gueule pendant des années, ils ne vont pas bouger. Et là, ils bougent pour une connerie !

Les Panama Papers auraient dû être un élément déclencheur. Les gens auraient dû sortir dans la rue, se révolter et dire : « Cela fait des années que vous nous dites que le problème, c’est que les gens touchent trop de RSA, trop de salaires ! » La vérité, elle est là : tu as vingt milliards de trous cumulés dans toutes les caisses sociales, et dans les paradis fiscaux, il y 80 milliards !

« On s’est fait gazer alors qu’il n’y avait aucune bousculade, rien »

Nuit debout n’est donc pas le Grand Soir ?

Ah non ! C’est une éjaculation, le Grand Soir, un orgasme. On n’en est plus là. Si ça n’a pas explosé il y a trente ans, à l’époque où il y avait 30 % de communistes… Nous, on était bercé là-dedans, mais aujourd’hui, les jeunes n’y sont plus du tout.

On a perdu des batailles, il faut l’accepter et sortir du truc. C’est ce qui me fait chier dans les mouvements d’extrême-gauche : ils sont encore là-dedans. Il faut arriver à se mettre autour d’une table et lâcher certaines choses.


La question de la violence traverse le mouvement Nuit debout, quel regard portes-tu sur cette question ?

Le 9 avril, j’étais avec les jeunes à la manifestation où il y a eu plein d’arrestations. Il y avait bien des provocateurs, mais ils étaient en bleu, avec des matraques, des lacrymogènes… Je me suis pris des coups de matraques et des charges dans le dos, alors qu’on ne faisait strictement rien.

À Continental, quand on faisait une manif, on était mille dans le cortège et on n’a jamais croisé un CRS. Là, pour les manifs étudiantes, il y a des cordons entiers de CRS pour les encadrer. Comment veux-tu que les jeunes n’aient pas envie de leur balancer des cailloux à la gueule ? C’est de la provocation pure.

Comme à Odéon, il y a deux jours : en arrivant de la manif des intermittents, du côté du ministère du Travail, on était 600 ou 700, à pied, avec une banderole. Les CRS avaient des bombes et des lacrymo. Ils nous ont matraqués à bout portant, on n’avait rien d’autre qu’une banderole dans les mains. On s’est fait gazer alors qu’il n’y a eu aucune bousculade. Rien.

Sincèrement, la violence, depuis le début, elle est du côté des CRS. Nous, ce n’est qu’une réplique. Et pour moi, l’État fait une connerie. Parce que, petit à petit, les mecs viennent en effet avec des masques, avec des lunettes de protection, avec des cailloux dans les poches, avec des matraques… Normal, ils ne vont pas continuer à aller dans les manifs et se faire matraquer la gueule sans arrêt, sans réagir.

Et puis, aussi, j’ai vu des mecs broyer des vitrines et passer derrière, dans des ruelles, et remettre le brassard de police pour rentrer ensuite dans le cortège. Je l’ai vu.


À Paris ?

Oui.

Récemment ?

Non. Dans d’autres manifestations, avant. Mais ça existe encore aujourd’hui. Comment expliquer que, lorsque l’État organise une énorme manifestation après Charlie, avec plus d’un million de personnes, il n’y a pas une seule vitrine de cassée — pas une ?! Et comme par hasard, quand ce sont des manifs contestataires, il y a des casseurs qui brisent des vitrines…

Il y a une instrumentalisation, selon toi ?

À Odéon, c’est ce que je me suis dit : en face, c’est ce qu’ils veulent. Parce que, de toute façon, ils ont les médias avec eux. Et puis, on ne peut pas dire que les gens soient les plus courageux du monde quand ils entendent que ça pète.

Tu vois, le gamin qui s’est fait matraquer la gueule par le CRS [1], je le dis haut et fort, c’est une tentative de meurtre. On voit bien qu’il le relève, ce gamin de 15 ans, avant de lui mettre un crochet, avec une manchette de protection, dans la mâchoire, du bas jusqu’en haut… Tu peux lui péter les cervicales. C’est une tentative de meurtre.

Et pourtant, les médias n’en ont pas fait autant qu’avec le cadre d’Air France et sa chemise arrachée, avec des images qui ont fait le tour du monde pendant plus d’une semaine !

« Je reste optimiste, parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle »

Certains revendiquent toutefois l’usage de la violence comme un mode d’actions parmi d’autres au sein de Nuit debout.

La violence, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais elle n’est pas de notre côté. Ce qui est rendu n’est rien à côté de ce qu’on prend. Cette loi El Khomri, si elle passe demain, ce sera une catastrophe. Cette loi dit que ton patron peut venir te demander d’accepter une baisse de salaire, sinon, il te licencie. Il a le droit de te licencier pour une raison économique, et derrière, les indemnités sont plafonnées… Vous savez ce que cela cache ? Uniquement la baisse des salaires.

Ils ont même été jusqu’à virer les visites médicales annuelles, dans la loi El Khomri. Avant, il y avait au moins un médecin qui pouvait surveiller les gens. Il y a quand même plein d’exemples de cancers ou de maladies qui ont été découverts dans les entreprises. Les visites médicales servaient à ça, à l’usine.

Alors, pour ce qui est de la violence, il n’y en a pas encore assez. Je ne crois pas que le changement de société se fera sans violence. Parce que les autres en face, ils ont ce qu’il faut.

Cette loi El Khomri vient d’un mec qui s’est fait élire en disant que son ennemi était la finance. Et la première personne qu’il a placé au ministère de la Finance, c’est Cahuzac, qui avait un compte caché en Suisse… Et celui qui arrive derrière vient de la banque Rothschild ! Si ça ne veut pas dire qu’il se fout royalement de notre gueule…


Y a-t-il un sentiment de révolte, aujourd’hui, en France ?

On en est loin. Beaucoup de Français s’imaginent encore qu’ils ne sont pas concernés. Je serais tenté de dire qu’on est dans la servitude volontaire. Il y a un gros boulot à faire d’initiation : les gens regardent BFM TV, La Nouvelle Star, Cyril Hanouna…

Je suis à la fois pessimiste et optimiste, parce que je crois en l’homme. L’être humain est capable de solidarité. Je reste optimiste parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle. Ça va bouger, mais pas forcément quand on s’y attendra.

Propos recueillis par Barnabé Binctin et Hervé Kempf

Repost 0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 16:26

Source : http://www.jlm2017.fr/la_societe_generale_doit_retirer_sa_plainte_et_rendre_des_comptes.

Publié par Bastien Lachaud le 22/04/2016 13:30

***

***

***

Tribune publiée dans Marianne

Les révélations dites « Panama Papers » ont établi que la Société Générale fait partie des cinq banques au monde qui ont le plus ouvert de sociétés offshore dans des paradis fiscaux.


Cette pratique permet à des clients d’y déposer anonymement leur fortune afin d’échapper à la fiscalité de leur pays ou de dissimuler de l’argent sale issu de différents trafics. C’est ainsi près de 30 % du PIB mondial qui est hors de tout contrôle.

Pourtant, depuis la crise financière de 2008, les banques avaient affirmé avoir recentré leurs activités sur le financement de l’économie réelle et la fin de toutes activités opaques et risquées. Ainsi, le 17 avril 2012, M. Frédéric Oudéa, directeur général de la Société Générale, avait déclaré devant une Commission d’enquête du Sénat que « La Société Générale a fermé ses implantations dans les pays qui figuraient sur cette liste grise (c’est à dire une liste de paradis fiscaux fixée par l’OCDE), mais aussi dans ceux que désignait la liste des États non coopératifs, c'est-à-dire en pratique, pour nous, à Panama. » Il est évident qu’il n’a pas dit la vérité.

Le 7 avril dernier, au micro de France Info, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que les dirigeants de cette banque étaient des « menteurs » et qu’ils devaient être « châtiés ». Quelques minutes auparavant, au même micro, Jérôme Kerviel et son avocat Me David Koubbi avaient déclaré sensiblement les mêmes choses.

Jugeant ces propos « calomnieux » et relevant de la « diffamation », la Société Générale a immédiatement porté plainte contre Jean-Luc Mélenchon, Jérôme Kerviel et Me David Koubbi.


Aussi, au-delà de nos différentes opinions politiques et sensibilités, nous tenons à affirmer notre pleine solidarité avec ces trois personnalités qui ont dit avec leurs mots ce que nous sommes très nombreux à penser. Nous n’acceptons pas que ceux qui réclament la vérité soient poursuivis par ceux qui participent à l’évasion fiscale et l’organisent à l’échelle internationale.


Nous exigeons que des mesures efficaces soient prises pour qu’aucune banque Nous exigeons que des mesures efficaces soient prises pour qu’aucune banque française ne participe française ne participe plus à l’évasion fiscale et nous exigeons de la Société Générale qu’elle abandonne immédiatement sa plainte.


Signataires :

Christophe Aguiton (altermondialiste), Richard Amalvy (militant associatif), Paul Ariès (Politologue, journaliste)Isabelle Attard (députée), Clémentine Autain (c. régionale), Grégory Bacquet (comédien), Julien Bayou (c. régional EELV), Charles Berling (comédien), Eric Berr (économiste), Olivier Besancenot (NPA), Martine Billard (ex députée), Laurent Binet (écrivain), Eric Bocquet (sénateur PCF), Yannick Bosc (historien), Marie-George Buffet (députée PCF), Gilles Candar (historien), Leïla Chaibi (militante associative), Pascal Cherki (député PS), Eric Coquerel (coordinateur PG, c. régional), Sergio Coronado (député EELV), Alexis Corbière (prof d’histoire), Thomas Coutrot (économiste), Gérald Dahan (humoriste), Bertrand Daillie (magistrat), Françoise Davisse (réalisatrice), Caroline De Haas (militante féministe), Karima Delli (députée européenne EELV), Jean-Numa Ducange (historien), Annie Ernaux (écrivain), Nilda Fernandez (artiste), Michaël Foessel (philosophe), Bruno Gaccio (humoriste), Raquel Garrido (avocate), Florence Gauthier (historienne), Yann Galut (député PS), Jacques Généreux (économiste), Charlotte Girard (juriste), Sara Giraudeau (comédienne), Patrice Gourrier (prêtre), Jérôme Guedj (c. départemental PS), Pierre Henry (responsable d’ONG), Liêm Hoang-Ngoc (économiste, c. régional), Eva Joly (députée européenne EELV), M’hamed Kaki (militant associatif), Mathieu Kassovitz (comédien, réalisateur), Francis Lalanne (artiste), Jean-Félix Lalanne (musicien), Dany Lang (économiste), Sarah Legrain (SN PG), Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice PS), Noël Mamère (député), Roger Martelli (historien), Xavier Mathieu (comédien, ex Conti), Emmanuel Maurel (député européen PS), Pierre Marcelle (journaliste), Daniel Mermet (journaliste), Daniel Mesguich (comédien), Eric Métayer (comédien), Gérard Mordillat (romancier), Corinne Morel-Darleux (c. régionale), Eric Naulleau (journaliste), Younous Omarjee (député européen), Francis Parny (PCF), Willy Pelletier (sociologue), Henri Peña-Ruiz (philosophe), Edwy Plenel (journaliste), Dominique Plihon (économiste), Emmanuel Poilane (Fondation D. Mitterrand), Didier Porte (humoriste), Philippe Poutou (NPA), Christine Poupin (NPA), Denis Robert (journaliste), François Ruffin (journaliste), Danielle Simonnet (coordinatrice PG, c. de Paris), Benjamin Stora (historien), Henri Sterdyniak (économiste), Jacques Testart (biologiste), Samuel Thomas (militant associatif), Catherine Tricot (architecte), Emmanuel Vire (Secrétaire national SNJ CGT)

Repost 0
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 17:03

Source : http://www.fakirpresse.info/renaud-lambert-si-nous-n-avons-pas-renonce-nous-n-avons-pas-encore-gagne

***

***

La place de la République est remplie, et des Nuit debout ont essaimé en Province, et même à l’étranger. Très bien, la première étape est remplie.
Mais doit-on s’en contenter ?


Le 20 avril, à la Bourse du Travail, on invitait avec les commissions Convergence des luttes et Grève générale, à réfléchir sur l’après. On publie en intégralité l’intervention de Renaud Lambert, journaliste au Monde diplomatique.

***

***

Chers amis,

Ils s’imaginaient que troquerions l’espoir de changer le monde contre la possibilité de changer de portable,

Ils s’imaginaient que nous nous satisferions de voir, tous les cinq ans, le pire succéder à l’identique,

Ils s’imaginaient nous avoir imposé tant d’échecs, de reculs et de défaites, que nous baisserions les bras…

Ils se sont trompés. Ils se sont trompés et ils s’inquiètent. Car, nos adversaires le savent bien : ils ne gagnent pas quand nous perdons, mais quand nous renonçons. Et, comme le montre Nuit debout, nous ne renonçons pas !

La mobilisation contre la loi El Khomri, dans les rues et sur les places, nous a offert à tous un bol d’air frais. Enfin !, quelque chose de neuf, à gauche, une source d’espoir.

Mais si l’espoir renaît, c’est également qu’émergent à nouveau des ambitions sur lesquelles nous avions laissé s’accumuler la poussière.

Des ambitions qui, hier déjà, avaient armé les combats d’autres mouvements sociaux, les confrontant à des questions semblables à celles qui se présentent à nous aujourd’hui : Comment orchestrer la convergence concrète de luttes éparses ? Comment rendre compatibles l’idéal de l’horizontalité et la quête d’efficacité propre aux combats politiques ? Comment engager une réflexion sur la façon dont on lutte en s’assurant de ne pas perdre de vue ce pour quoi on lutte ? Comment faire en sorte qu’une fois l’exaltation retombée, une fois les rues balayées, le mouvement n’ait pas disparu, emportant avec lui l’espoir auquel il avait donné naissance ?

Si l’histoire a été érigée en musée de l’ordre par les puissants, elle peut également constituer une science du changement. Tourner notre regard vers le passé, pas forcément très lointain, peut nous aider à mieux naviguer entre les innombrables écueils qui se présentent à nous.

A commencer par celui de l’inutilité. Car, ne nous faisons pas trop d’illusions : si nous n’avons pas renoncé, nous n’avons pas gagné. En tout cas, pas encore. Et il n’est pas certain que nos rassemblements suffisent à plonger nos adversaires dans une insomnie durable.


Nous ne sommes pas les premiers à nous réunir sur des places, pour y parler d’un monde différent.

En mai 2011, dans les grandes villes espagnoles, un mouvement similaire apparaissait : le 15-M bientôt rebaptisé « Mouvement des Indignés » par des médias qui préfèrent l’indignation à la colère.

Qu’y a-t-on observé ?

Un phénomène similaire à celui dont nous sommes les témoins – et parfois les acteurs – place de la République à Paris, place du Capitole à Toulouse, et dans bien d’autres villes en France.

Des gens se rassemblent, prennent la parole, écoutent… Mieux, ils entendent. Soudain, les Espagnols n’ont plus besoin des grands médias pour s’informer, entre eux, de ce qui les préoccupe vraiment. La question de la corruption des dirigeants politiques, par exemple, jusque-là absente des radars médiatiques, émerge sur les places comme une préoccupation fondamentale, un moteur de la mobilisation. De la même façon, l’ampleur de la crise immobilière – tue par les Laurent Joffrin ibères – prend corps à travers les témoignages qui s’échangent jusqu’au bout de la nuit.

Sur les places, on réinvente la politique pour réinventer le monde.
La politique était l’apanage des crânes d’œufs en costumes ? Chacun peut désormais s’exprimer. La politique imposait ses hiérarchies et le cadre du « raisonnable » à la société ? La voici qui fomente l’égalité, qui conspire à la liberté. Les places font table rase des tracasseries associées à des formes jugées anciennes de la politique politicienne : la bureaucratie, les drapeaux, les hiérarchies, la verticalité. Emerge l’espoir de faire naître un monde meilleur par le simple fait d’adopter un mode de fonctionnement meilleur…

Rapidement, toutefois, le mouvement se trouve traversé par deux forces diamétralement opposées, dont l’exercice simultané entrave son progrès. Un mouvement centrifuge, d’abord, d’agglomération gloutonne de toutes les revendications de la société ; un mouvement centripète, ensuite, d’introspection tout aussi infini, conduisant à sans cesse interroger les moindres mouvements de cette âme collective.

Dans les assemblées du 15-M, chacun s’exprime en son nom propre. Pour deux raisons principales, qui se rejoignent : la peur de la « récupération politique », d’abord ; et le rejet de la démocratie bourgeoise, que chacun avait pris l’habitude d’appeler « démocratie représentative ». Pourtant, le principal problème qu’elle posait aux yeux des Espagnols était sans doute moins le fait qu’elle n’était pas « directe » ou qu’elle ne reposait pas sur une Assemblée générale permanente, que le fait qu’elle était « bourgeoise » : c’est-à-dire au service de quelques-uns. Bref, qu’elle n’était pas « réelle », pour reprendre le slogan des places espagnoles : « Démocratie réelle, maintenant ! »

Il n’en reste pas moins que, dans les AG, toute parole collective est rapidement perçue comme une menace : une abdication face à la tentation verticaliste, un retour dangereux aux travers du système que l’on cherchait à détruire. Sans possibilité de porte-parolat, d’expression « au nom » de structures pré-existantes, le mouvement se prive peu à peu des apports, du travail politique, de l’accumulation préalable de ses prédécesseurs.

Dans les AG espagnoles comme dans les nôtres aujourd’hui, l’unité de base de la participation se résume donc à l’individu. Dans ces conditions, les mots d’ordre se succèdent aussi rapidement que les intervenants. Un phénomène par ailleurs renforcé par le mécanisme naturel qui veut qu’on a davantage le sentiment de « participer » lorsqu’on présente sa propre priorité, distincte des autres, que lorsque l’on explique partager celle de la personne qui vient de s’exprimer avant soi.

Comme sur la place de la République, se succèdent très vite les appels à mettre un terme aux expulsions de réfugiés et à protéger les vers de terre, à lutter contre l’exploitation capitaliste et à soutenir les petits entrepreneurs, à défendre les revendications féministes et à instaurer le tirage au sort des élus, etc. Un phénomène d’accumulation qui, cumulé au refus d’organiser les priorités ou de les échelonner dans le temps, se double d’une autre difficulté : bien que juxtaposée, bon nombre des revendications se révèlent malheureusement incompatibles entre elles. En d’autres termes, l’AG ressemble bientôt à un manche à air : elle accompagne le sens du vent contestataire soufflé par le dernier intervenant. Or, en politique comme ailleurs, les manches à air ne constituent pas toujours les meilleures boussoles…

Voici pour le côté centrifuge. Côté centripète, maintenant : le temps passé à réfléchir au fonctionnement des AG ne diminue pas, au contraire. Les heures passées à discuter de l’opportunité d’ajouter, ou non, tel ou tel point à l’ordre du jour ; les discussions sans fin pour savoir s’il faut voter… sur la nécessité de voter ; les échanges infinis sur le rôle et les fonctions des commissions, lesquelles se comptent bientôt en douzaines, accaparent un temps précieux.
Or, le temps est aussi inégalement partagé dans la société espagnole qu’en France. La pratique de l’assemblée n’est donc pas ouverte à tous de la même façon. On est plus efficace lors d’une réunion de plusieurs heures qui s’achève à minuit quand on a eu la possibilité de faire une sieste que quand on a passé la journée derrière une chaîne de montage. De sorte que bientôt, les assemblées espagnoles se voient désertées par les salariés épuisés, par les personnes ayant des obligations familiales, bref, par toute l’Espagne « qui se lève tôt ». A mesure que s’éclipsent les classes populaires, la concentration des AG en hyper-militants extrêmement disponibles atteint des niveaux problématiques.

Après quelques mois, le mouvement des places s’est tari et l’Espagne a peu changé. Pour un membre du mouvement que j’ai rencontré là-bas, le 15-M a péché par excès d’idéalisme : « Par souci de ne pas perdre notre âme en nous organisant davantage, nous avons refusé de mener bataille. C’était une posture très éthique, c’est sûr. C’était pratique, ça permettait d’avoir le sentiment d’avoir raison, tout en restant au chaud, entre nous. »

Pendant qu’on discutait sur la Place de la Puerta del Sol, la gauche de droite, le Parti socialiste local au pouvoir, bientôt remplacée par la droite de droite du Parti populaire, ont expulsé plus de deux millions d’immigrés, laissé le chômage exploser et des dizaines de milliers d’Espagnols perdre leurs logements.
Ce constat a conduit certains, quelques années plus tard, à tenter d’adosser l’idéalisme du 15-M à une dose de pragmatisme, dont il avait manqué. En Espagne, la démarche a consisté à organiser des organisations de lutte contre les expulsions, de défense de la santé, de l’éducation : ce fut le mouvement des « Mareas ». Elle a aussi visé à tenter de prendre le pouvoir politique : pari réussi dans le cas de villes comme Madrid, Barcelone ou Salamanque ; moins dans celui de Podemos qui visait le pouvoir central.

Disons-le tout de suite : la démarche de Podemos n’est pas la nôtre. Mais faudrait-il pour autant se résoudre à voir notre mouvement déchiré sous la double contrainte de l’introspection stérile et de la démultiplication infinie de ses priorités ?

Je ne le crois pas : pas plus que les élections ne constituent le seul rendez-vous de l’action politique, la forme parti n’offre la seule possibilité de doter ce mouvement des outils lui permettant de passer à l’étape suivante de son développement.
Certains s’inquiéteront peut-être de voir ré-émerger des termes tels que « priorités » lorsque nous évoquons nos objectifs ou de « discipline » lorsque nous parlons de notre organisation. On leur rétorquera que nos objectifs s’organisent d’ores et déjà autour d’une priorité très claire – faire échouer la loi El Khomri – et que cela ne nous inquiète pas.

Et pour ce qui est de la discipline, tous ceux qui ont participé à une AG de Nuit debout ont été frappés par la discipline de ses participants, qui écoutent, lèvent la main, font la queue… Pourquoi s’alarmer que ce que nous considérons comme une qualité aujourd’hui se mue en tare demain ?


Chers amis, ensemble, nous avons identifié un adversaire : le pouvoir de l’argent. Ne le sous-estimons pas.

Lorsqu’il se trouvera réellement menacé – et nous entendons bien le taquiner –, il réagira. Nul ne peut exclure qu’il entende alors mieux que nous la consigne de Jules Guesde aux révolutionnaires : obtenir gain de cause « par tous les moyens, y compris légaux ».

Lorsque l’heure arrivera, mieux vaudra pour nous avoir su nous organiser.

Repost 0
22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 03:29

Source : http://www.fakirpresse.info/emmanuel-todd-nuit-debout-contre-le-grand-vide

***

***

Entretien avec Emmanuel Todd sur le mouvement Nuit Debout - 20/04/2016

***

Fakir : C’est un petit truc, Nuit debout…

Emmanuel Todd : Il ne faut pas dire ça. D’abord, c’est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide. Les journalistes, qui certes appartiennent à des grands groupes, liés à l’argent, qui certes ne remettront jamais en cause ni l’euro ni l’Europe ni le libre-échange, mais qui sont des gens diplômés, pas toujours bêtes, ils sentent ce grand vide. Ils savent qu’ils donnent la parole à des hommes politiques méprisables, inexistants, tellement creux. Eh bien, ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. Et il ne s’agit pas seulement de remplir des pages, de vendre du papier…

Fakir : Ça remplit l’âme ? C’est l’indice d’une crise métaphysique ?

E.T. : Presque ! Et puis, pour aussi petit que ce soit, c’est peut-être un signe avant-coureur. Regardez Occupy Wall Street. Quelques mois après, je regardais les sondages qui paraissaient aux Etats-Unis, les jeunes devenaient favorables à l’Etat, à du protectionnisme. Et aujourd’hui, certes Bernie Sanders a perdu contre Hilary Clinton, mais il s’est revendiqué du « socialisme » aux Etats-Unis, et ses thèmes font maintenant partie de la campagne.

« Il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste ! »

Fakir : Donc ça pourrait mener à un basculement ?

E.T. : C’est sans doute une étape dans la maturation des esprits. Déjà, si ça pouvait conduire à un engagement simple, chez les jeunes : « Plus jamais nous ne voterons PS ! » Je me porte beaucoup mieux, c’est une libération spirituelle, depuis que j’ai fait ce serment pour moi-même. Je rêverais de la mise à mort du PS. C’est peut-être ce que va nous apporter Hollande, il y a là une ouverture pour se débarrasser du parti socialiste. Et il existe désormais un boulevard à gauche.

Fakir : Mais ce sont des bobos qui se réunissent ?

E.T. : C’est facile de dire ça. Les jeunes diplômés du supérieur, c’est désormais 40 % d’une tranche d’âge. Ce n’est plus une minorité privilégiée, c’est la masse. Il y a donc un énorme potentiel d’extension du bobo. Et surtout, il faut comprendre, faire comprendre, que les stages à répétition, les boulots pourris dans les bureaux, les sous-paies pour des surqualifications, c’est la même chose que la fermeture des usines, que la succession d’intérim pour les jeunes de milieu populaires. La baisse du niveau de vie, c’est pour toute une génération.

« Un territoire libéré, à la fois des vieux et des banques, ça ne me déplait pas ! »

Fakir : Donc la réunion des deux jeunesses est en vue ?

E.T. : Avec un marxisme simpliste, on dirait que oui, ça doit bien se passer, les intérêts objectifs sont les mêmes. Mais le système scolaire, notamment, opère une stratification, il sépare tellement les destins, trie, évalue, que la jonction ne va pas de soi. Et on voit que la jeunesse populaire se tourne massivement vers le Front national…

Fakir : A cause, donc, d’habitudes culturelles différentes ? La techno contre Manu Chao ?

E.T. : Je ne sais pas ça, moi. Il ne vous aura pas échappé que je ne suis pas jeune !
C’est d’ailleurs une chose très positive : voilà quelque chose qui appartient aux jeunes. Enfin ! La société française est sous la coupe des vieux et des banques. Non seulement pour les richesses, mais pour le pouvoir surtout : le suffrage universel devient un mode d’oppression des jeunes par les vieux, qui décident d’un avenir qu’ils n’auront pas à habiter. Je milite pour la mise à mort de ma génération. Donc, l’idée d’un territoire libéré, à la fois des vieux et des banques, ça ne me déplait pas. C’est pour cette raison que l’éviction de Finkielkraut m’est apparu comme une bonne nouvelle. Jusqu’ici, je trouvais les jeunes trop gentils, au vu de la domination qu’ils subissaient.

Fakir : Mais dans ce mouvement, il y a comme un refus de l’organisation…

E.T. : C’est le drame de cette jeunesse : c’est nous, en pire. Les soixante-huitards ont découvert les joies de l’individualisme, mais ils avaient derrière eux, dans leur famille, une solide formation dans des collectifs : le Parti communiste, l’Eglise, les syndicats. Là, ces générations sont nées individualistes, ce sont des soixante-huitards au carré, quasiment ontologiques. Il n’y a même pas le souvenir de ces collectifs forts. Et la volonté de ne pas s’organiser est presque élevée au rang de religion.
Mais c’est terrible parce que s’ils savaient, s’ils savaient à quel point les mecs en face d’eux, les patrons, l’Etat, le Parti socialiste, les banques sont organisés. Ce sont des machines. Et moi qui suis plutôt modéré, keynésien, pour un capitalisme apprivoisé, je me souviens de la leçon de Lénine : « Pas de révolution sans organisation » !

Repost 0
21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 06:36

À partir de 19h, Square André Chénier

*

*

Tenir une parole libérée, échanger, débattre, faire vivre la démocratie, penser le monde à venir.

Repost 0
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 13:30

12 Avr

Je viens de recevoir ceci qui m’intéresse tellement que je romps pour un moment ma position allongée ou mes rares incursions dehors supportée par une béquille. Ce discours par certains aspects fait songer à mai 68 aux jeunes gauchistes allant évangéliser le prolétariat, mais pourtant il est totalement différent et, celui qui parle sait ses limites et celles du mouvement. je n’en veux pour preuve de sa maturité, de connaitre la place de chacun, cette adresse aux syndicats... (‘note Danielle Bleitrach)

Samedi 40 mars

Il remercie d’abord tous ceux qui rendent possible ce rassemblement à République (le travail invisible).

C’est le premier miracle …

Je voudrais revenir sur la question qu’on posait le 2 » février juste à côté d’ici, à la Bourse du travail, la question c’était : « leur faire peur, mais comment ? »

La réponse qu’on avait eu ce soir là c’était « On ne rentre pas chez nous ! »

Le moins qu’on puisse dire c’est que ça a formidablement réussi malgré une météo qui a chaque fois est contre nous …

La première étape ça a marché.

Mais est-ce qu’on leur fait vraiment peur ?

Est-ce qu’on fait vraiment peur à ce gouvernement et à l’oligarchie qui est derrière lui ?

On ne va pas se mentir, de mon point de vue non ! Donc on leur fait pas encore peur.

Et je vais vous dire moi mon ambition, j’étais à Ham dans la Somme lundi dernier dans une boite qui s’appelle Pentair, qui fabrique des robinets industriels, 22 % de taux de rentabilité et qui est en train de fermer … 133 emplois sont en jeu.

Qu’a dit le député de droite ? … « ce sont des salopards de financiers ».

Et pourtant les salariés sont résignés !

Moi mon ambition, mon but c’est qu’on envoie une onde de choc dans le pays qui se propage

jusqu’aux zones rurales, jusqu’aux quartiers populaires.

Pas forcément des « NuitDebout » partout mais que ça réveille l’esprit, que ça secoue la résignation.

On a rempli cette place, moi je propose une deuxième étape maintenant, et cette deuxième étape c’est en sortir !

Maintenant comment en sortir ?

Pour qu’un moteur explose il faut la rencontre de deux ingrédients différents.

On a une place qui est saturée d’énergie, maintenant il faut qu’elle rencontre autre chose.

… Ce premier autre chose à rencontrer c’est l’évidence, ce sont les syndicats.

Il ne faut pas que Nuitdebout et les syndicats se tournent le dos ; il ne faut pas qu’ils se regardent en chien de faïence avec méfiance.

Je le dis aux syndicats : « ne snobez pas ce qui se produit ici ! », mais réciproquement il faut qu’ils soient les bienvenus ici ! Et je dirai de la base au sommet.

Il y a des désaccords ; très bien et qu’on en parle !

Mais s’il y a rencontre de ces deux là alors là oui on va commencer à leur faire peur !

Ensuite il y a un calendrier dont on a discuté, enfin par sondage comme ça : on se propose de faire un gros temps fort dans le week-end du 30 avril et du 1er mai, et qu’en gros à partir de là démarre une deuxième étape avec des ambassadeurs de la Nuitdebout dans les quartiers, dans les campagnes et ainsi de suite [bravo !].

… Pour que l’onde de choc se propage ce qu’il faut maintenant c’est une victoire, le slogan là cité … c’est le slogan de Notre dame des Landes : « NON à l’aéroport et à son monde !».

Il faut que ça soit pareil pour notre ZAD … « NON à la loi El Khomri et à son monde ! »

Qu’est-ce que ce monde, qu’est-ce que le monde de la loi El Khomri ?

C’est un monde où les salariés et les jeunes doivent se flexibiliser et s’assouplir, c’est-à-dire courber l’échine.

C’est un monde où les dividendes des actionnaires eux ne s’assouplissent jamais !

C’est un monde où d’accords de l’OMC en traités européens l’oligarchie a instauré la libre circulation des capitaux et des marchandises de paris jusqu’au Panama.

C’est un monde où le marché a mis sous tutelle la souveraineté populaire.

A Notre Dame des Landes ils s’accrochent à leur bocage … eh bien je pense que nous aussi on doit s’accrocher à ça, c’est la loi El Khomri d’abord !

… Il faut qu’on songe aussi aux alliances à construire ;

Alors après oui, c’est un piège car si jamais on gagne sur la lo El Khomri, après ce sera fini.

De mon point de vue c’est l’inverse qui va se produire. L’appétit vient en mangeant … C’est comme un jeu de quille : si on renverse la première quille les autres suivront.

Voilà l’enjeu ! [bravos bruyamment manifestés].

… je terminerais sur le slogan de Fakir : « sans vous on ne peut rien, avec vous on peut beaucoup c’est pour ça qu’à la fin c’est nous qu’on va gagner ! »

[Applaudissements]

***

***

Source : https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/04/12/intervention-de-francois-ruffin-place-de-la-republique-devant-un-auditoire-nombreux/


Repost 0
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 12:45

Vous pouvez le visualiser directement sur cette adresse : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=8641.

09h15
Un potager contre Panama

**

**

L'onde de choc des Panama papers, il est encore trop tôt pour en prédire les limites. Mais il est peu probable qu'elle parvienne jusqu'à son débouché plutôt naturel : une insurrection mondiale des citoyens, obligeant l'oligarchie multiforme à mettre fin par tous les moyens au scandale de l'évasion fiscale. Je dis bien : des citoyens. De la base. Des sans-grades. Car le nombre de dirigeants politiques impliqués, d'Islande en Grande Bretagne, montre bien de quel côté ils pencheront mécaniquement, la palme (pour l'instant) revenant tout de même à Cameron, qui, selon le Financial Times (1), est intervenu auprès de l'UE pour que des mesures de transparence en préparation excluent les fonds analogues à celui de son père.

Combien représente l'évasion fiscale dans le monde ? Personne ne peut le chiffrer. (2)Des milliers de milliards de dollars. Les Panama papers n'en donnent pas une idée plus précise, mais ils livrent une savoureuse galerie de portraits des évadés. Des chefs d'Etat et de gouvernement, en passant par Almodovar ou Vargas Llosa, une galerie de portraits qui pourrait bien cristalliser une prise de conscience terrifiante, que formule ainsi Anticor (3) : "la crise a un nom : l'évasion fiscale. L'oligarchie financière a réussi à faire passer pour une "crise" ce qui n'est qu'un détournement accéléré de richesses dans de moins en moins de mains".

Cependant, l'ampleur même de cette prise de conscience, ses implications, pourraient être démobilisatrices. Devant la grande machinerie de l'évasion, devant ses complicités multiformes, ses raffinements technologico-juridiques, ses milliers de petites mains, le citoyen se sent irrémédiablement impuissant. Mettre à bas le système ? Il se reconstruira en une nuit. Que reste-t-il, alors, sinon en inventer un autre ? En hésitant. En tâtonnant. En tremblant. On peut rire, devant les interminables assemblées générales procédurières de Nuit Debout, devant leur allergie à tout ce qui pourrait ressembler à une tête qui dépasse, ou devant les quelques centimètres carrés de potager (4) conquis sur le décor minéral. On peut rire, comme la polyphonie de défenseurs du système va commencer à s'y autoriser, la sidération passée. Riez donc. Mais cette recherche tâtonnante d'une démocratie des égaux, ce potager de la République, n'ont d'autre but que de chercher un chemin.. Ce potager n'est pas seulement un potager, c'est l'affirmation désespérée et tranquille qu'autre chose devrait, pourrait être possible, qu'il suffit de décider de creuser pour retrouver encore et toujours, sous les pavés, la terre. Qu'il n'est pas de dalle, si parfaite soit-elle, si lisse, si célébrée, si bien défendue, qui ne se démonte. Qu'il n'est pas de réappropriation qui ne se tente. Que rien n'est définitivement hors d'atteinte. Ce potager, c'est le premier aperçu fugace d'un autre monde. La seule réponse à portée de main aux Panama papers.

*

(1) http://abonnes.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/08/david-cameron-affaibli-par-les-revelations-des-panama-papers_4898366_4890278.html?xtmc=cameron&xtcr=10

(2) http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/04/04/29006-20160404ARTFIG00270-les-chiffres-affolants-de-l-evasion-fiscale-dans-le-monde.php

(3) https://twitter.com/anticor_org/status/718564639286640640

(4) http://www.arretsurimages.net/articles/2016-04-10/Comment-durer-etse-muscler-La-nuit-debout-reflechit-id8640

Daniel Schneidermann

Repost 0
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 05:22

Source : http://www.bastamag.net/Loi-travail-les-plus-gros-bobards-du-gouvernement

par Nolwenn Weiler, Thomas Clerget 31 mars 2016

***

***

Alors qu’une nouvelle journée de grèves et de manifestations marque ce 31 mars, un « petit guide contre les bobards de la loi Travail », vient d’être publié par l’association altermondialiste Attac. Disponible gratuitement sur le net, ou en version papier, ce document montre comment le projet de loi du gouvernement détruit les droits des salariés au nom de la « compétitivité » et de la lutte contre le chômage, et renforce les protections dévolues aux employeurs. Basta ! s’en est inspiré pour décrypter quelques-unes de ces ficelles un peu trop grossières.

*

Bobard n°1 : Pour sauver l’emploi, il faut faciliter les licenciements !

Ce n’est pas la première fois que l’on nous assure que c’est en facilitant les licenciements que l’on retournera au plein emploi ! Si les employeurs peuvent plus facilement licencier, ils auront moins de réticence à embaucher, nous dit-on. Rendus possibles par la mal-nommée « Loi de sécurisation de l’emploi » de juin 2013, les accords de maintien dans l’emploi le prétendaient déjà. Ils autorisent, en cas de difficultés économiques conjoncturelles, une baisse de salaire ou une hausse du temps de travail en contrepartie d’un engagement de l’employeur à ne procéder à aucun licenciement économique sur la durée de l’accord. Si un salarié refuse le deal, il est licencié pour motif économique. Il a cependant accès à certains droits, comme un congé de reclassement ou un contrat de sécurisation professionnelle. Il peut aussi contester le motif économique devant un juge.

Avec les « accords de préservation ou de développement de l’emploi », la loi de la ministre du Travail Myriam El-Khomri va encore plus loin. Pour conclure un accord, il suffira de justifier du besoin d’être plus compétitif. Une entreprise pourra être réorganisée – par exemple un redécoupage de ses services – au nom du « développement de l’emploi », et augmenter le temps de travail, voire baisser les salaires. Si un salarié refuse, les choses se compliquent : le motif du licenciement n’est plus économique, mais personnel, et sa cause considérée comme « réelle et sérieuse ». Résultat : pas de contestation possible, et un retour à la case Pôle emploi sans accompagnement spécifique.

Lire aussi : Loi travail : « Dire que c’est en facilitant les licenciements qu’on crée des emplois est ahurissant »

*

Bobard n°2 : Les patrons sont de petits êtres fragiles. Il faut les rassurer !

Les patrons ont le pouvoir – considérable – d’embaucher et de licencier. Mais les choses se jouent en amont : sans carnet de commande bien rempli, pas d’emplois créés ! Or, l’actuelle atonie économique résulte bien plus de la crise que de la soi-disant lourdeur des protections sociales, du « trou de la sécu », ou des allocations chômage présentées – à tort – comme déficitaires. C’est pourquoi les collectivités publiques ont un rôle majeur pour créer des emplois. Elles peuvent investir dans un modèle de développement tourné vers la satisfaction de besoins collectifs réels : éducation, santé, transition écologique, nouveaux systèmes énergétiques et de transports, éducation, formation... Elles peuvent partager le temps de travail et les revenus. Elles doivent, pour commencer, mettre fin aux politiques d’austérité.

Ce que l’on sait moins, c’est que le Code du travail, mis en place pour protéger les salariés, sécurise aussi les employeurs sur le plan juridique. C’est un texte précis, qui donne des repères et simplifie les décisions à prendre. Le Code ne fixe pas seulement la durée légale du travail : il détaille aussi les conditions dans lesquelles des heures supplémentaires peuvent être effectuées, les procédures d’embauche et de licenciement. Bref, il évite de futurs litiges, et sécurise la relation d’emploi. En réalité, amputer le Code du travail viendrait compliquer les décisions des entreprises et augmenter leur insécurité : « Bon, voyons, j’embauche un apprenti de 14 ans ou pas ? Je paie une femme la moitié du tarif d’un homme ou pas ? Je fais travailler 35 heures ou 60 heures par semaine ? »

*

Bobard n°3 : Simplifier la médecine du travail, c’est bon pour la santé !

« Mieux cibler les moyens sur les salariés exposés à des risques particuliers » : c’est ainsi que le gouvernement vend son article sur la restriction drastique de l’intervention des médecins du travail. Un examen médical avant l’embauche, et renouvelé périodiquement, sera réservé aux salariés affectés à des « postes à risques ». Problème : ces derniers seront définis par l’employeur lui-même ! Or, dans les métiers à prédominance féminine, les risques et la pénibilité sont fréquemment sous-évalués : une caissière de supermarché, qui porte chaque jour plusieurs tonnes, sera-t-elle considérée comme exerçant un métier à risques ? Les salariés exerçant dans les secteurs les plus précaires et les plus dangereux – hôtellerie, restauration, nettoyage, construction... – de même que les femmes, les jeunes, les immigrés, tous les salariés usés par le travail, seront en première ligne.

Pour les salariés qui n’occupent pas de « poste à risque », la visite médicale à l’embauche passe tout simplement à la trappe, de même que la visite périodique ! A la place, une simple « visite d’information et de prévention », effectuée après l’embauche par un membre du service de santé au travail, et pas nécessairement par un médecin. C’est ensuite seulement que le suivi individuel sera assuré par le médecin du travail et son équipe, qui verront chaque salarié tous les cinq ans. Exit la mission de prévention des médecins du travail, qui auront bien du mal à détecter les risques psycho-sociaux et les burn-out, à comprendre le quotidien d’une entreprise et, si besoin, à tirer la sonnette d’alarme (lire Surmenés, surveillés, surchargés : le quotidien de 8 millions de salariés). Les salariés sont-ils en si bonne santé, que l’on veuille à ce point alléger le rôle de la médecine du travail ?

Lire aussi : Pourquoi la réforme du code du travail met en péril la sécurité et la santé des salariés

*

Bobard n°4 : Avec la loi sur le travail, la jeunesse sera sauvée !

Parmi les « avancées » supposées répondre aux inquiétudes d’une jeunesse « en situation de grande vulnérabilité sur le marché du travail », la loi propose la « garantie jeunes ». Elle est destinée aux 16-25 ans pas ou peu diplômés, qui ne sont ni en cycle d’études ni en formation, et dont les ressources ne dépassent pas le plafond du RSA. Le dispositif propose un « accompagnement intensif » de préparation au monde de l’entreprise, des stages et périodes d’apprentissage, ainsi qu’une aide financière de 461 euros par mois. Promise pour 2017, la mesure était même annoncée pour le... 1er janvier 2016 ! Mais le gouvernement fait mieux : alors que près d’un million de jeunes sont potentiellement concernés, seulement 100 000 bénéficiaires sont annoncés pour 2016, le double en 2017. Vous avez dit enfumage ?

La « sécurisation des licenciements » sera également très pénalisante pour la jeunesse. La loi crée une sorte de CDI jetable, qui pourra être interrompu plus facilement, par exemple en cas de simple période de ralentissement économique. Cela permettra – peut-être – de réduire la proportion de CDD signés, mais certainement pas la précarité. Les propriétaires de logement continueront-ils à louer, et les banquiers à prêter, à des jeunes titulaires d’un CDI qui ne signifiera plus grand chose ? En réduisant la protection de ces contrats – qui couvrent encore 85 % des salariés – la loi sur le travail promet en réalité d’étendre l’insécurité de l’emploi à l’ensemble des salariés. Peut-on croire une seule seconde que la jeunesse, déjà bien à la peine pour trouver sa place dans la société, en sortira gagnante ?

Lire aussi : Le travail des enfants est de moins en moins encadré en France malgré des risques d’accidents plus élevés

*

Bobard n°5 : Grâce au référendum en entreprise, le monde du travail va devenir un modèle de démocratie !

Avec la loi sur le travail, un ou des syndicats minoritaires, représentant entre 30 % et 50 % des voix aux élections professionnelles, pourront demander qu’un accord sur la durée du travail puis, bientôt, sur tous les thèmes, soit adopté par référendum d’entreprise. Si les salariés acceptent, l’accord s’appliquera, même si des syndicats représentant plus de 50 % des salariés y sont opposés ! En réalité, par le biais du chantage à l’emploi – très fréquent dans la période actuelle – cette mesure vise à imposer des « assouplissements » de droits. En substance : « Acceptez des baisses de salaires, des jours de RTT en moins, une hausse du temps de travail, le travail du dimanche... Sinon, il faudra licencier ! »

En contournant la représentation fondée sur les élections professionnelles, cette mesure ne manquera pas d’opposer les salariés aux organisations syndicales, tout en attaquant la légitimité de ces dernières, déjà mal en point. Elle ouvre aussi la porte à une prochaine étape, qui pourrait être la libre utilisation du référendum par les employeurs, sur tous les sujets. Exit alors les syndicats... et la démocratie sociale ! En effet sans les syndicats, qui permettent d’établir un rapport de force collectif, restera-t-il encore quelque chose à négocier dans les entreprises ?

Lire aussi : « Le syndicalisme est un des rares espaces où les ouvriers peuvent encore lutter contre leur domination »

*

Bobard n°6 : Le compte personnel d’activité est une avancée sociale majeure !

Pour le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, « c’est la réforme sociale majeure du quinquennat ». Avec le compte personnel d’activité (CPA), il s’agit d’attacher les droits sociaux aux personnes, et non plus seulement à l’emploi directement occupé. Par exemple, les droits à la formation pourront continuer à être cumulés par un salarié, même s’il quitte son emploi pour changer d’entreprise ou de région. Le CPA concernera tous les travailleurs, y compris les fonctionnaires et les indépendants à partir de 16 ans, et jusqu’au départ en retraite. L’idée pourrait séduire, car elle s’adapte à des carrières professionnelles de plus en plus discontinues.

Mais les ambitions initiales ont fondu : le CPA devait initialement regrouper le compte personnel de formation, le compte pénibilité, les droits rechargeables des chômeurs et le compte épargne-temps. Finalement, il ne regroupe plus que le compte pénibilité, et le compte personnel de formation qui, lui aussi, existait déjà avant la loi. Rien, par contre, sur le compte épargne-temps, ni sur le maintien du revenu entre deux emplois... « Le CPA ne crée ni droits nouveaux, ni ressources nouvelles. Il est un réceptacle de droits et de ressources existants », estiment certains spécialistes.

*

Bobard n° 7 : la modernité, c’est travailler plus pour gagner moins !

Plusieurs dispositifs de la loi permettent de faire travailler davantage les salariés, tout en les payant moins. Première astuce : négocier par accord d’entreprise une diminution de la majoration des heures supplémentaires. Aujourd’hui, une heure supplémentaire est payée au minimum 25% de plus qu’une heure normale. Demain, cette majoration ne pourra être que de 10 %. Deuxième astuce : étendre la modulation du temps de travail sur trois ans au maximum, au lieu d’un an aujourd’hui. Cela signifie que votre temps de travail sera calculé sur trois années, avec, par exemple, des semaines à 40h et des semaines de 30h pour une moyenne à 35h. Troisième astuce : pour les cadres, étendre la possibilité du forfait-jour dans les petites entreprises, qui ne fixe plus de limite à la durée du travail !

Une véritable réduction collective de la durée du travail apparaît au contraire comme la seule alternative permettant de résister à cette volonté d’intensifier le travail et d’amplifier la flexibilité. Il s’agirait du seul moyen d’exiger des embauches et d’en contrôler l’effectivité, tout en réconciliant chômeurs, travailleurs en sous-emploi et salariés pressurisés. C’est enfin, à condition d’empêcher la hausse des cadences, une manière de préserver la santé des salariés et de leur donner du temps pour vivre mieux.

Lire aussi : Réduire le temps de travail : personne n’a encore fait mieux pour combattre le chômage

*

Bobard n° 8 : Marché du travail, fiscalité, dépenses publiques... Comme ses voisins, la France doit se réformer !

Au nom de la « compétitivité », d’importantes réformes ont été imposées depuis les années 1980 : suppression de l’autorisation administrative de licenciement en 1987, privatisation des entreprises publiques, réductions des remboursements de soins, baisse de l’impôt sur les sociétés de 50 % à 33,3 %, recul de l’âge de départ à la retraite à 65 ans... Aucune de ces mesures n’a fait reculer le chômage, qui dépasse aujourd’hui les 10%. Ni d’empêcher les délocalisations : 69% des emplois des sociétés du CAC 40 se situent désormais à l’étranger.

Un rapport du FMI de mars 2015 admet que ces réformes ont surtout creusé les inégalités. Quant à l’OCDE, elle a montré dans un rapport de 2013 que la protection de l’emploi ne créait pas de chômage. Elle a jugé, en mai 2015, que les inégalités étaient défavorables à la croissance et à l’emploi. On sait aussi que les réformes du droit du travail – facilitation des licenciements, baisse des salaires et recours au travail précaire de longue durée – effectuées ailleurs en Europe n’ont pas vraiment enrayé la hausse du chômage et de la précarité. Elles ont par contre largement contenté employeurs et actionnaires.

*

Lire aussi : Les réformes du droit du travail généralisent la précarité partout en Europe.

Nolwenn Weiler et Thomas Clerget, avec l’aide du guide réalisé par Attac

À lire sur le même sujet :

Ces huit « bobards » du gouvernement sont détaillés par l’association Attac dans un petit guide :

  • Pour télécharger le guide d’Attac, c’est ici.
  • Pour commander des versions papier, c’est ici.

Repost 0
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 15:40

Ainsi le coquin Macron prend ses quartiers chez les copains du patronat.

Une erreur ? Plutôt une confirmation à l’usage des benêts parmi les socialistes – militants et électeurs, et il y en a, qui pensent encore être en présence d’un gouvernement socialo.

Sarko débauchait auprès du PS, Hollande embauche à droite. Il est vrai que lorsqu’au Hollande fait la nique à Sarko sur le terrain social, économique, politique de celui-ci, il n’y a plus à s’étonner de rien.

Exergue

***

***

Source : http://www.marianne.net/nouveau-site-macron-heberge-galaxie-patronale-geste-ami-100241867.html

Le nouveau site de Maron hébergé par la galaxie patronale? Un geste 'd'ami'

Vendredi 08 Avril 2016 à 10:21

Médiapart a révélé que l'association "En Marche" d'Emmanuel Macron est domiciliée à l'adresse personnelle du directeur de l'Institut Montaigne, un think tank d'obédience libérale. L'intéressé, Laurent Bigorgne, justifie ce vendredi 8 avril dans "Libération" cette situation par son "amitié" avec le ministre de l'Economie.

Le club tout frais d'Emmanuel Macron n'est peut-être "ni à droite, ni à gauche", mais il penche un peu… Médiapart a ainsi révélé jeudi que la nouvelle association du ministre de l'Economie, "En Marche", lancée la veille au soir, est domiciliée à l'adresse personnelle du directeur de l'Institut Montaigne, un think tank (réservoir à idées) prêchant le libéralisme à tout-va. En fait, c'est l'épouse de celui-ci qui a fait les démarches administratives.

Un patronage a priori révélateur… Mais dans Libération ce vendredi 8 avril, l'intéressé - Laurent Bigorgne - assure qu'il ne faut rien y voir d'autre qu'une saine camaraderie. "Il se trouve qu'Emmanuel Macron est un ami de très longue date", assume-t-il. "Nous nous sommes rencontrés, il y a dix-sept ans à Science Po (...) c'était bien avant que je ne rejoigne l'Institut Montaigne. J'ai accepté de donner un coup de main à Emmanuel pour loger son association à titre purement privé. Sous-entendre que l'Institut Montaigne ait pu être mobilisé ou fournir un soutien logistique à cette occasion, c'est honteux".

Les traces effacées sur le site d'"En Marche"

Pas de problème, alors ? Dans ce cas pourquoi, dès que Médiapart a révélé cette promiscuité, le site Internet du mouvement d'Emmanuel Macron a-t-il procédé à une petite modification visant à effacer le nom de la directrice de publication, Véronique Bolhuis - l'épouse de Laurent Bigorgne - ainsi que l'adresse précise de domiciliation de l'association ?

Une amitié secrète, donc. Tout comme la naissance de l'association qui, pour éviter d'éveiller les curiosités, a d'abord été enregistrée sous le nom d'ARVP, rapporte Libé. C'est donc sous cette appellation que "En Marche" a démarché des "donateurs privés". Combien ? Là encore, mystère. Et on n'en saura pas plus sur le nombre d'adhérents, pardon de "Marcheurs" : Julie de La Sablière, fondatrice de l'agence Little Wing chargée de la communication du mouvement, assure simplement qu'il ne cesse de grimper. Of course…

***

Complements:

Repost 0
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 07:07

Source : http://www.bastamag.net/Ce-qui-se-passe-dans-le-monde-du-travail-est-une-des-causes-importantes-de-la

par Nolwenn Weiler 1er avril 2016

Interview de Fabien Gâche délégué syndical central de la CGT à Renault.

***

Les entreprises françaises ne seraient pas assez compétitives. La réforme du code du travail, en supprimant de nombreuses protections des salariés, leur permettra de le devenir, assure le gouvernement. Les grands groupes ont pourtant déjà commencé de mettre en concurrence leurs usines et salariés. Fabien Gâche, délégué syndical central (CGT) de Renault, explique la stratégie de la direction, qui joue la compétition entre CDI et intérimaires, entre sites de production en France, en Espagne ou en Turquie. Objectif : baisser les salaires et augmenter le temps de travail. « Les salariés ont le sentiment qu’ils se retrouvent entourés d’ennemis plutôt que de collègues. »

Basta ! : L’un des arguments avancés pour justifier la réforme radicale du code du travail est la nécessaire compétitivité des entreprises françaises, qui serait insuffisante. La mise en concurrence des sites, à l’intérieur même des grands groupes internationalisés, existe pourtant déjà...

Fabien Gâche [1] : La mise en concurrence a explosé au sein des grands groupes, notamment dans la filière automobile, mais le processus a débuté il y a déjà longtemps. On est peu à peu passé de grands espaces de production à une multiplicité de petits espaces que l’on a mis en concurrence les uns avec les autres. Prenons l’exemple de Renault. Jusqu’au milieu des années 1970, à l’usine du Mans, on fabriquait tout ce que l’on appelle les « parties roulantes », c’est à dire ce qui se situe sous la voiture, au niveau du train. Cette usine alimentait toutes les autres usines. Si on se mettait en grève, on bloquait tout le monde. Pour minimiser ce pouvoir de blocage, la direction a décidé d’ouvrir une usine qui avait la même activité que celle du Mans, mais en Espagne. Une usine située à Villeurbanne (près de Lyon) s’est aussi mise à copier l’activité du Mans.

Et puis, à la fin des années 80, un changement important s’est produit. Chaque entité est devenue cliente, ou fournisseur d’une autre entité. Une usine de montage comme celle de Sandouville (Seine-Maritime), est devenue cliente du Mans, qui est son fournisseur. De la sorte, on donne l’impression que ce n’est plus la direction générale qui décide de l’affectation de volumes de production, mais seulement la capacité des salariés à atteindre les objectifs qu’elle leur a préalablement fixés. La décision de la stratégie d’entreprise est ainsi déportée vers les usines en culpabilisant les salariés et la ligne hiérarchique. Sandouville, par exemple, peut être alimentée par d’autres fournisseurs que le Mans, au prétexte que la qualité n’est pas bonne, que la quantité n’est pas suffisante, ou parce que Le Mans n’alimente pas en temps et en heure l’usine de montage... il y a toujours moyen de trouver une bonne raison de changer de fournisseur, en rendant responsables les salariés de l’usine du Mans.

À chaque renouvellement de modèle, les fournisseurs – les salariés – sont appelés à des moins-disant sociaux – emplois, rémunérations... – pour espérer obtenir l’affectation de production. Aujourd’hui, la règle chez Renault, c’est que pour chaque pièce, il y a trois fournisseurs. Et on fait jouer la concurrence entre ces différents fournisseurs. L’unité du groupe s’est disloquée. D’abord au sein de Renault. Puis avec la sous-traitance. Aujourd’hui, 20 % des véhicules sont conçus et fabriqués par du personnel Renault, intérimaires compris. Le reste est sous-traité.

Le groupe Renault emploie 46 355 salariés en France sur 117 000 dans le monde, soit 40 % des effectifs en France. Quels sont les effets de ces réorganisations et de cette mise en concurrence entre « collègues » d’une même entreprise de différents pays ?

Le quotidien de travail a radicalement changé. On n’arrive plus à l’usine pour une journée de travail mais pour remplir des objectifs, qui se chiffrent par exemple en nombre de véhicules produits par salarié. Et qui exigent finalement de produire toujours plus, en étant moins nombreux, et pour moins cher. Chacun s’entend dire : en quoi contribuez-vous à l’atteinte des objectifs assignés collectivement ? En évitant de tomber malade, par exemple... Si on n’atteint pas les objectifs, la direction prévient que le véhicule que l’on fabrique pourrait être assemblé ailleurs, là où les salariés sont « meilleurs », en Turquie par exemple.

Des cycles de négociations sont engagés simultanément dans plusieurs sites différents. L’accord de compétitivité de mars 2013, engagé en France, fait peser la menace d’aller fabriquer des voitures en Espagne, ou en Turquie, en échange de la « modération » salariale, de l’augmentation du temps de travail et de la destruction de 8260 emplois. En Espagne, c’est la délocalisation vers la Roumanie ou le Maroc qui est brandie comme une menace. À Flins (Yvelines), on leur a dit « il faut accepter ce qu’on vous propose, sinon, la Clio 4 pourrait être totalement fabriquée en Turquie ». La direction dit désormais aux employés turcs qu’une partie de la production de la Clio 4 va partir en Slovénie...

Le projet de loi de Myriam El-Khomri va-t-il encourager cette concurrence ?

Bien sûr. Un accord de compétitivité dure trois ans. En septembre, la direction nous proposera un nouvel accord, qui aura la même logique que celui de 2013, avec un moins disant social accentué. Le « cycle » a d’ailleurs déjà commencé : la direction de Renault Espagne entame une négociation sur un accord dit« d’hyper compétitivité ». L’affectation de la fabrication d’une future voiture à Valladolid est conditionnée à l’acceptation par les syndicats de l’accord proposé. Qu’envisage cet accord ? Le gel des primes d’ancienneté, l’embauche de salariés en dessous de la grille des salaires, le travail du dimanche si besoin.

Si l’accord ne passe pas, les salariés sont avertis que la voiture sera fabriquée ailleurs. Pour le moment en France, le code du travail limite la mise en concurrence exacerbée à l’intérieur du groupe. Mais si la loi El-Khomri est adoptée, elle permettra que l’on travaille en France comme en Espagne ou en Turquie : par exemple le dimanche, et donc sept jours sur sept, ce qui est pour le moment strictement interdit en France. En décapitant le code du travail, le gouvernement souhaite se rapprocher de ce qui se pratique ailleurs, permettant au patronat, et à la direction de Renault en particulier, d’exacerber la mise en concurrence entre les salariés à travers le monde et d’appauvrir encore davantage les populations.

Comment cette mise en concurrence s’organise-t-elle ensuite, au sein de chaque entreprise, entre CDI, CDD et intérimaires ?

Au sein de Renault, il y a aujourd’hui autant d’intérimaires que de CDI. Sur une chaîne de montage comme Flins, les intérimaires sont même plus nombreux (2000 contre 1600 CDI). Au sein d’une même usine, il y a donc d’importants écarts statutaires. Avec différentes sociétés et contrats de travail, à la semaine, au mois, au trimestre… Cela permet de faire jouer la concurrence au sein des équipes, sachant que chaque salarié a l’espoir de garder son contrat le plus longtemps possible, que la direction gardera toujours les plus productifs et les plus « calmes ».

Les intérimaires ont toujours les postes les plus pénibles. La direction brandit régulièrement la menace de ces postes pénibles aux CDI ! Les Renault se disent que les conditions de travail des intérimaires sont certes pénibles mais qu’à tout prendre, « il vaut mieux que ce soit l’autre plutôt que moi ». L’utilisation des intérimaires est en plus présentée par la direction comme un moyen de sauver les CDI. Ils prétendent qu’ainsi, si le marché baisse, le recours à l’intérim permet de diminuer le nombre de salariés sans licencier !

La concurrence est donc permanente...

Oui. Cette stratégie génère un sentiment d’opposition quotidien, les salariés ont le sentiment qu’ils se retrouvent entourés d’ennemis plutôt que de collègues. Ce qui change radicalement le quotidien, puisque le travail, par définition, c’est la coopération. En plus, la direction embrouille tout le monde en parlant continuellement de « collaborateurs », en même temps qu’elle crée l’opposition permanente. Les effets psychologiques sont désastreux. Les salariés sont en grande souffrance, de par l’impossibilité de faire un travail de qualité.

Avec le turn-over, les désorganisations successives, le manque de personnel, la réduction des temps de conception et de fabrication... les problèmes et les mal-façons explosent. Il devient intenable pour eux d’accomplir le travail de qualité exigé, alors même qu’ils dépensent beaucoup d’énergie et d’intelligence pour y arriver. Si en plus, à la fin, on leur dit qu’ailleurs ils font mieux pour moins cher... Imaginez les dégâts sur la représentation que l’on a de l’autre. On ferme toute perspective de rencontre et de collaboration. Si on pousse la logique au bout, la direction crée le sentiment que pour survivre, il faut éliminer l’autre. C’est une logique suicidaire pour l’entreprise mais aussi pour la société toute entière. On casse complètement le tissu social et toute possibilité de solidarité. Ce qui se passe dans le monde du travail est une des causes importantes de la montée du FN.

Dans ce contexte, quel rôle les syndicats peuvent-ils jouer ?

Avec ces divisions permanentes, c’est le pouvoir patronal absolu. Les syndicats ont donc un rôle fondamental à jouer. Bien sur, la multiplicité des statuts des salariés complique énormément notre travail – et c’est précisément fait dans ce but. Cela nous oblige à ré-inventer le syndicalisme. En travaillant à la fois au niveau macro-économique sur les stratégies d’entreprise, et aussi de manière microscopique : au niveau des gestes quotidiens, du travail réel, de ce que font les gens. Quand on prend le temps d’écouter les salariés parler de leur travail, décrire leurs activités quotidiennes, expliquer les stratégies qu’ils développent pour exercer leur métier le mieux possible, on mesure l’étendue de ce qu’ils accomplissent ! Cela redonne de la dignité, de la force dans leur légitimité à pouvoir s’exprimer et à agir.

Lorsque l’élu syndical écoute les salariés parler ainsi de leur travail, lorsqu’il les interroge pour mieux comprendre, les salariés n’apparaissent pas comme des victimes passives de l’organisation du travail. Ce sont au contraire des acteurs de la production, qui par leurs compétences et leurs tentatives, apportent une plus-value essentielle et rarement reconnue. L’intelligence et la résistance que les salariés déploient face à l’organisation, face à la standardisation, suggèrent une autre description que celle du salarié écrasé et soumis. Cela ouvre beaucoup de perspectives [2] !

Ces nouvelles perspectives pourraient-elles renouveler ce que l’on appelle le « dialogue social » ?

En construisant leurs interventions, avec les salariés eux-mêmes, à partir du réel de leur travail, les élus se retrouvent en position de force face à leur direction. Évidemment pour elle, ce qui compte c’est la finance... On ne cesse de nous dire que les accords de compétitivité marchent très bien, en ne considérant que le niveau de marge opérationnelle et le résultat net. Mais si nous abordons les questions de l’intérieur en faisant émerger le réel du travail, on démontre que cela ne fonctionne pas si bien, sans que la direction puisse le contester. Chez Renault par exemple, les retouches sur les véhicules se multiplient à cause de mal-façons. Cela occasionne d’importants surcoûts et dégrade l’image de la marque. Nous n’en sommes pas encore au stade où cette démarche est vraiment prise en compte, où la direction va accepter de changer ses méthodes. Mais si nous continuons, nous aurons des résultats encore plus probants. À commencer par une amélioration de la santé des salariés.

Cela nous oblige à nous ré-approprier la question du travail et la finalité de ce que l’on fabrique. Comment pourrait-on redessiner notre mode de production ? Quelle est la finalité de l’entreprise : produire toujours plus de bagnoles toujours plus chères, pour générer toujours plus de pognon qui ne bénéficie jamais à ceux qui produisent, avec de plus en plus de gens qui ne peuvent acheter ces véhicules, dont l’usage massif pose question dans un contexte de problèmes environnementaux croissants ? Le syndicalisme doit vraiment développer cette activité syndicale au plus près du travail. C’est ainsi que nous ferons émerger de nouvelles perspectives avec le plus grand nombre de salariés.

Propos recueillis par Nolwenn Weiler

Notes

[1] Fabien Gâche est délégué syndical central de la CGT à Renault.

[2] Ces conclusions à propos du haut potentiel de résistance et de transformation des salariés ont été tirées au terme de deux ans de travail. Une « recherche action » a été menée à l’initiative de la CGT entre 2008 et 2010 par des experts du travail et des salariés de Renault. Pour en savoir plus, consulter les pages dédiées de la CGT Renault ici et ici.

Repost 0

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche