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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 06:49

 

L’urbanisme n’est pas un sujet neutre. Sa mise en œuvre obéit à une représentation politique, sociale, économique, personnelle, consciente ou inconsciente. Sa réalisation est tout autant, sinon plus, transformatrice du monde qu’un projet qui discourt. Pourtant la réflexion politique ne s’arrête guère, sinon à l’occasion, sur cette question, ses motifs et ses conséquences.

 

Lorsque Blanche de Castille, mère de Louis IX, décide la construction de la ville basse de Carcassonne elle fait dessiner un carré aux rues perpendiculaires en réaction au défi au pouvoir royal que pose la Cité ; ainsi les ardeurs des populations qui vont s’y implanter pourront-elles être contenues par les armes. A l’époque de Napoléon III, la percée des grands boulevards parisiens obéit à ce même objectif, même s’il est question de modeler une ville moderne, de vider les poches d’insalubrités, de remédier aux encombrements,…..

Dans son souci de modifier en profondeur la société, Richelieu s’attache à penser la création de la ville qui a paru quelques siècles avant. De cet instant naît la famille et l’enfant dans la conception moderne que nous en avons, l’enfant étant au préalable élevé par la rue.

Quelques années plus tard, Louis XIV fait surgir du néant Versailles afin de tenir les seigneurs en laisse.

La notion de laisser l’empreinte de son passage n’est pas absente des réalisations urbaines commandées. Avant la 2ième guerre mondiale, Marquet, maire de Bordeaux s’attache à la construction d’édifices (piscine municipale, régie du gaz, abattoirs,..). Plus tard, G. Frèche développe d’abord Antigone et transforme Montpellier. Mitterrand fait construire l’Opéra Bastille, la Grande Arche, la Pyramide du Louvre, la Bibliothèque,…Sarkozy pour ne pas être en reste, dans l’approche qu’il a de la société, souhaite développer le quartier de la Défense. L’empreinte ne souffrant pas le médiocre, dans bien des cas, il est fait appel à des architectes réputés.

L’urbanisme témoigne aussi du désir d’étaler cette forme de suprématie, voire d’orgueil, qu’est la richesse sonnante. Ainsi les Emirats n’ont-ils de cesse que de construire toujours plus hauts (jusqu’à la déconfiture), imités en cela par de nombreux autres pays - le plus souvent nouveaux sur la scène internationale où ils doivent prendre rang -, où de gagner sur la mer.

En son temps, Brasilia sort de terre, certes pour être la capitale centrale au Brésil, certes pour remplacer Manaus à l’évidence déchue, tout autant pour montrer l’émergence d’un pays puissant et neuf. 

Les corons avaient pour objectif de fixer et d’assujettir les mineurs. Les « barres » d’après guerre celle de donner un toit aux populations défavorisées et de nettoyer des violences urbaines, ce faisant, de les déménager du centre des villes livré au commerce et à la propriété bourgeoise. Dans cet état d’esprit la banlieue (étymologiquement le lieu réservée au ban de la société) apparaît, avec les infrastructures, gourmandes d’énergie, nécessaires au déversement de la main d’œuvre délocalisée. En même temps la banlieue vide la ville de « l’indésirable » pour y installer « le riche ». 

………

La ville, l’urbanisation, l’habitat … est voulu, pensé par quelques uns, subi par le plus grand nombre. Le citoyen aurait grand tort de ne pas s’y intéresser.

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 17:24


 

Mon village, comme tant d’autres, comptait il y a 1 siècle le double de population pour une occupation au sol sensiblement du moins du ¼ de ce qu’elle est actuellement.

Aujourd’hui les maisons nouvellement construites sont plus confortables, le volume habitable par personne est plus important qu’il ne l’était, toutes choses qui témoignent du progrès réel et nécessaire. Par ailleurs un jardin paysager les agrémente. Voire une piscine. Quoi de plus naturel !

 

A la sortie des villes, les collines sont ravagées de pied en cap sans grand souci de l’environnement. La surface des villes explose. Il suffit pour s’en apercevoir de prendre la sortie de Narbonne via Perpignan ; mais le spectacle est visible ailleurs, partout ailleurs.

 

L’extension urbaine consomme 1 département chaque 10 ans. La France comptant un peu moins de 100 départements, dans 1000 ans, au rythme actuel, le sol du pays sera entièrement  de béton. Bien sûr, dans 1000 ans, ni vous ni moi ne serons là.

 

Que fait-on du cœur des villes ?

 

Alphonse Allais disait qu’il fallait mettre les villes à la campagne. Ce n’est pas tout à fait le cas lorsque la campagne disparaît sous la ville.

 

Peut-être faudra-t-il se poser la question de l’extension urbaine. Qu’en pensez-vous ?

Certainement n’est-ce pas un sujet à la mode. Il le deviendra. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais ce n’est pas grave, ni vous ni moi ne serons là.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 13:38

1

Aux Etats-Unis fleurissent les Sun, villes nouvelles réservées aux personnes retraitées. Certaines atteignent 60000 habitants. Les jeunes, les adultes en activité, n’y sont pas admis. L’administration municipale, la police,… est assurée par les habitants.

En France, fleurissent les Senioriales, résidences fondées sur le même concept. Les chiens n’y sont pas autorisés car ils aboient (1), pas plus que les enfants réputés turbulents n’y sont tolérés.

Dernièrement, un de mes enfants m’apprend que dans la résidence où il a grandi il est question d’interdire l’entrée aux importuns pour cause de nuisance (passage de vélos) et qu’il n’est nullement question d’installer des jeux pour les rares bambins qui restent car cela occasionne du bruit. Ont-ils les souvenir les désormais vieux, jadis jeunes parents, qu’ils ont eu des enfants, des enfants heureux et de se retrouver dehors entre copains ?  

Depuis des décennies, sur ce modèle d’exclusion, existent des villages de vacances avec bungalows dont les habitants sont propriétaires. Une barrière en interdit l’accès aux indésirables. A l’intérieur piscine, restaurant, magasin d’alimentation,…permet aux résidents d’éviter la promiscuité de la populace.

Dans un village des Corbières - mais pas seulement -, assurément par souci de développement économique fort compréhensible, un village a construit un lotissement réservé à des anglais. De la route en surplomb on le reconnaît aux piscines individuelles au devant des maisons. En Espagne, il est des villages entiers réservés aux allemands.

On sait qu’il est des villes riches tandis qu’il en est de pauvres, que des  quartiers s’établissent sur le même schéma. On sait aussi que les villes riches, malgré la loi, ne souhaitent pas de logements sociaux, aussi que l’argent est un moyen puissant pour se soustraire au devoir de fraternité car il suffit de payer la pénalité, et lorsque la commune est riche rien de plus facile.

Etc, etc,…

Tout ceci pour dire que notre société qui réclame à cors et à cris la solidarité, passée la  pétition de principe, se construit autour de l’idée de désunion, voire de ségrégation.

Habiter un Sun, une Seniorale, un lotissement anglais, …n’est pas possibilité pour tous. Il y faut quelques sous. Malheur à celui qui n’en a pas.

 

Dans certaines contrées du Canada, pour remédier à cette nuisance, les cordes vocales de la gens canine sont tranchées à la naissance.

 

2

Dans les années 60, au village, est née la citée « Jean Jaurès ». Le nom choisi ne supportait pas l’équivoque. L’intention était généreuse. Le projet consistait à loger, dans des bâtiments sociaux sous forme de pavillons, avec attenant une apparence de jardin, ceux qui  n’avaient pu prétendre jusqu’ici à ce type de propriété. Saluant la visée, il fallait en regretter la forme. C’était une verrue. Une route tracée à la hâte conduisait au lotissement excentré au village, un lotissement qui s’enroulait autour d’une rue circulaire revenant au point de départ. Je me demandais si on n’avait pas créé là, par delà le louable dessein, un esprit à part qui ne manquerait pas de se développer, une sorte de non appartenance à la communauté villageoise. Pour tout dire, j’aurais préféré la construction de maisons dans le prolongement des rues du village et non ce gros bloc d’une trentaine de maisons.

Le temps est passé. Le village a continué son urbanisation. Désormais à flanc de collines de belles maisons surgissent, toutes plus magnifiques les unes que les autres. Appelons cela encore un lotissement puisque des lots sont aménagés. Mais il est toujours pareil, pas de liaison avec le reste du village. Qui plus est, ce sont maintenant des maisons repliées sur elles mêmes, ceintes de hauts murs. De quoi veut-on se protéger ? Qu’a-t-on à cacher ? N’y aurait-il pas là quelque manifestation d’individualisme ? Et à vouloir se protéger du malandrin ne le sollicite-t-on pas ?

 

3

Au chef-lieu de canton va être créée, en un territoire éloigné, une zone artisanale. On y verra certes des artisans mais surtout, déplacés du centre vers cet extérieur inaccessible, la pharmacie, le complexe médical (médecin, dentiste,…), la boucherie, que sais-je encore. On y verra mourir le cœur du village qui n’a pu se délocaliser. Certains s’inquiéteront (surtout les vieux) du comment aller là-bas vers ce qui jusqu’ici était à la mesure de leurs pas. On y verra aussi mourir les autres villages car cette zone artisanale, ce centre d’activités, s’inscrit dans la réorganisation régionale dans laquelle la plupart des villages sont appelés à devenir des hameaux.

Il est pareillement pour la ville. Jadis, à pied, on allait du Conseil Général aux cinémas, de la Préfecture au Centre des Impôts, au Pôle emploi (à Carcassonne, il faut au chômeur temps et courage pour s’y rendre, et souvent de la bonne semelle, et quand on est chômeur on a tout ça)… d’ici à là-bas, juste en mettant un pied devant l’autre et, parcours faisant, en rencontrant l’autre. Maintenant, il faut utiliser la navette, filer d’est en ouest, du nord au sud, par routes et rocades qu’empruntent également les voitures énergétivores de ceux qui n’ont pas le temps d’attendre. Et c’est là problème écologique tout autant que convivial.

Là ville moderne s’éparpille ainsi au gré des décideurs, le fait-elle à celui des usagers ? Rien de moins sûr. La ville est faite pour les valides et les bien-portants socio-économiques. Pour le gaspillage. Pas pour ce qui désespèrent du fait de leurs conditions socio-économiques.

 

Mais tout ceci est certainement normal.

Alors ! Que la fête continue ! Enfermons nous, ici ! Expatrions les commerces, là-bas !  ……… Et si ce n’est pas assez……. aucune crainte : faisons confiance à l’inventivité humaine.  

 

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