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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 07:08

La destruction du Code du travail par le gouvernement Macron/Philippe par l’inversion des normes, le référendum d’initiative patronale dans l’entreprise, participe de la destruction des organisations syndicales. Gare aux conséquences !

« Plus l’organisation ouvrière est forte, plus sont nombreux les militants groupés dans les syndicats, plus est faible chez le militant, chez le syndiqué, chez le gréviste, la tentation de recourir à ces moyens de violences sommaires », disait Jean Jaurès.

Muscler le patronat, dépouiller les salariés de leurs protections, c’est alimenter la chaudière pour la porter à l’incandescence, à terme à l’explosion. Qu’on ne vienne pas, plus tard, se plaindre de violences ouvrières.

On lira également :

Exergue

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Source : http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/violence-patronale-violence-ouvriere-jaures-et-clemenceau-1906/

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Violence patronale, violence ouvrière (Jaurès et Clemenceau, 1906)

Juin 1906. Les premiers mois de cette année 1906 furent marqués par de nombreuses grèves. A la Chambre, mi- juin, plusieurs débats opposent le Ministre de l’Intérieur, Georges Clemenceau, et Jean Jaurès. Dont l’un porte sur cette « violence ouvrière » que le ministre, garant d’un ordre (sanglant) se plaît à souligner.

L’occasion pour Jaurès de rappeler d’où vient cette violence et quelle autre violence, beaucoup plus insidieuse, porte le capitalisme.

 

[Sur le même sujet, deux autres textes de Jaurès : Violence des pauvres, violence des maîtres (1912) ; M. Clemenceau et les grèves (mars 1906).]

 

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*

 

Jean Jaurès :

J’estime que l’action légale peut être aujourd’hui plus puissante, plus efficace que l’action convulsive. Nous voulons demander à la classe ouvrière de s’organiser légalement pour échapper à toute tentative et à toute possibilité de violence ; mais, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas, nous ne pouvons pas être les dupes de l’hypocrisie sociale des classes dirigeantes. [...]

Ce qu’elles entendent par le maintien de l’ordre…, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, c’est la répression de tous les écarts, de tous les excès de la force ouvrière ; c’est aussi, sous prétexte d’en réprimer les écarts, de réprimer la force ouvrière elle-même et laisser le champ libre à la seule violence patronale.

Ah ! Messieurs, quand on fait le bilan des grèves, quand on fait le bilan des conflits sociaux on oublie étrangement l’opposition de sens qui est dans les mêmes mots pour la classe patronale et pour la classe ouvrière. Ah ! les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers ! La violence, pour eux, c’est chose visible…

M. le Ministre de l’Intérieur (Georges Clemenceau) : Fressenneville (1) se voit, ce n’est pas un écart de langage, cela !

 

Jean Jaurès : Oui, Monsieur le Ministre, la violence c’est chose grossière…

 

M. le Ministre de l’Intérieur : Cependant, elle ne vous frappe pas !

 

Jean Jaurès : … palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière, dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. [...]

La même opposition, elle éclate dans la recherche des responsabilités. De même que l’acte de la violence ouvrière est brutal, il est facile au juge, avec quelques témoins, de le constater, de le frapper, de le punir ; et voilà pourquoi toute la période des grèves s’accompagne automatiquement de condamnations multipliées.

Quand il s’agit de la responsabilité patronale – ah ! laissez-moi dire toute ma pensée, je n’accuse pas les juges, je n’accuse pas les enquêteurs, je n’accuse pas, parce que je n’ai pas pu pénétrer jusqu’au fond du problème, je n’accuse pas ceux qui ont été chargés d’enquêter sur les responsabilités de Courrières (2), et je veux même dire ceci, c’est que quel que soit leur esprit d’équité, même s’ils avaient le courage de convenir que de grands patrons, que les ingénieurs des grands patrons peuvent être exactement comme des délinquants comme les ouvriers traînés par charrettes devant les tribunaux correctionnels, même s’ils avaient ce courage, ils se trouveraient encore devant une difficulté plus grande, parce que les responsabilités du capital anonyme qui dirige, si elles sont évidentes dans l’ensemble, elles s’enveloppent dans le détail de complications, de subtilités d’évasion qui peuvent dérouter la justice. [...]

Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.

Vous me disiez, monsieur le ministre, que nous vous accusions d’avoir caché un cadavre ; non, nous ne vous avons pas accusé d’avoir caché un cadavre, mais il y a 1 400 cadavres que la société capitaliste est en train de cacher ! »

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(1) – A Fressenneville, en avril 1906, le château du plus important patron de la commune fut incendié lors d’un mouvement de grève des ouvriers de la serrurerie.

(2) – Catastrophe de Courrières, la plus importante catastrophe minière d’Europe, avec plus de 1200 morts et des responsables qui sauvèrent des installations en sacrifiant des mineurs.

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 09:52

Une réflexion importante sur le rapport du politique à l’économie, ou sur l’inversion du primat et des conséquences.

On pourrait croire que tout est joué, que nous ne pouvons rien à ce nouvel ordre qui veut que l’économie détermine la politique, si nous ne détenions pas, nous citoyens, l’arme absolue qui est le droit de vote, le droit de choisir la proposition politique qui rétablit le seul ordre qui vaille : la politique commande l’économie.

Castoriadis, faisant référence à la course du soleil, définit la révolution comme le retour à l’ordre antérieur. Avec le retour au politique et à faire seulement de l’économie l’instrument de sa mise en œuvre, c’est bien d’une révolution qu’il s’agit. Saurons-nous la faire lors des prochaines élections législatives ? Saurons-nous choisir ce qui nous libère plutôt que ce qui nous assujettit ?  

La révolution c’est aussi faire le choix de ne pas laisser les autres penser à notre place ce qui est bon pour nous. Relisons le Discours de la servitude volontaire de La Boétie. Emancipons-nous !

Exergue

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Source : http://www.liberation.fr/debats/2016/02/22/eloi-laurent-l-economie-est-devenue-la-grammaire-de-la-politique_1435143

 

 

Contre les mythologies économiques qui sont autant d’injonctions au changement, l’économiste Eloi Laurent considère que le modèle social français est un atout face à la mondialisation.

  • Eloi Laurent: «L’économie est devenue la grammaire de la politique»

«La fonction du mythe, c’est d’évacuer le réel», écrivait Roland Barthes. L’économie est devenue une mythologie qui désenchante le monde. Les mythes économiques sont de fausses évidences qui se présentent comme naturelles. Certes, la contestation interne et externe de la «science économique» monte en puissance. Mais elle ne suffit pas. Car les mythes économiques, dont la doxa libérale se gorge en permanence, ont enseveli le débat public et ont mortifié la parole politique. Dans Nos mythologies économiques (éd. Les liens qui libèrent), Eloi Laurent, économiste et enseignant à Sciences-Po et Stanford, déconstruit quinze mythes économiques contemporains. Vaste et beau programme que celui de cet essai convaincant et affûté qui espère immuniser les citoyens contre les mystifications économiques.

L’économie encadre les règles et les usages de la parole politique, au point que nous vivons sous l’emprise des mythologies économiques, dites-vous. Comment en est-on arrivé là ?

L’économie est devenue la grammaire de la politique. Elle a conquis l’espace que devrait occuper une parole politique qui est devenue dévitalisée. A chaque fois que la politique démissionne, elle s’abrite derrière la nécessité économique. Résultat : les mythologies économiques sont au pouvoir. On martèle ainsi que la France est un pays inadapté à la mondialisation, qu’il faut qu’elle défasse son modèle social pour s’ouvrir aux réalités du monde. Ce programme économique largement partagé à gauche et à droite est un conte pour enfants. Le monde est partout en France, jusque dans le village le plus reculé, et les Français sont partout dans le monde, jusque dans le village le plus reculé. Notre modèle social est notre plus grand atout pour affronter les chocs d’une mondialisation complexe et incertaine dont l’Europe ne nous protège pas, et il a été largement réformé. Le plus grand mythe contemporain est, à cet égard, celui de l’impuissance publique.

Vous contestez cette impuissance ?

Je la conteste formellement : le politique joue l’impuissance. Il met en scène l’impuissance de l’Etat pour servir les intérêts du marché que, par ailleurs, il contrôle. C’est cela le propre du néolibéralisme. Comment croire à la fable de l’impuissance publique face aux marchés alors que nul autre que l’Etat ne peut créer ou détruire des marchés ?

Les mythologies économiques sont à l’œuvre dans la réforme du droit du travail ?

Oui, alors qu’il n’y a rien de convaincant qui laisse entendre que déréguler le marché du travail permettra de réduire massivement le chômage. La France, avec le même droit du travail qu’aujourd’hui, connaissait un taux de chômage de 7 % avant la crise financière et l’austérité. On ne trouve pas en économie la preuve incontestable que le salaire minimum fait augmenter le chômage. Au contraire, les études les plus convaincantes montrent que l’existence d’un salaire minimum permet de réduire les inégalités sans aggraver le chômage. Mais le politique s’empare du fantasme de la flexibilité, et ce discours devient un impératif social. Et les citoyens finissent par s’en convaincre : ce discours s’ancre dans les esprits à la manière d’une croyance. Et l’économie devient une espèce de nébuleuse de légendes à usage social.

Comment les mystifications économiques ont-elles permis au néolibéralisme de s’insinuer dans les esprits comme un discours économique normal ?

Prenons le discours selon lequel il faudrait produire des richesses avant de les distribuer. L’économie mythologique veut que les inégalités soient un mal nécessaire pour atteindre l’efficacité économique. La société serait confrontée à un arbitrage entre égalité et efficacité, et devrait choisir d’abord l’efficacité pour, plus tard, si possible, atteindre l’égalité. La croissance suffirait à faire reculer les inégalités. Parce que nous avons cru à cette mystification politique, nous sommes passés à côté de la gravité de la crise des inégalités.

Quel était le vrai problème ?

Les inégalités sont non seulement injustes, mais elles sont inefficaces. Elles entravent le dynamisme économique, le développement humain et le développement soutenable. Dans le domaine de l’éducation en France, c’est l’ampleur des inégalités scolaires qui explique la faible performance des élèves aux tests internationaux. Il faut donc retourner complètement la mythologie : on ne sortira de la crise actuelle que si nous nous attaquons d’abord aux inégalités. Nous sommes enfermés dans ce discours, qui martèle que l’Etat doit être géré comme un ménage, comme une entreprise…

Une autre mythologie ?

Contrairement aux ménages et aux entreprises, l’Etat a pour lui d’être durable. C’est parce qu’il a pour mission de garantir, dans le long terme, la cohésion sociale au sein des frontières nationales qu’il doit échapper aux horizons temporels, par définition finis, des familles et des entreprises. On affaiblit la puissance publique en la rivant aux horizons réduits de la comptabilité privée, au point de prendre des risques considérables avec la stabilité du système social. L’Etat ne doit surtout pas se serrer la ceinture au moment où tout le monde fait de même dans l’économie, au nom dont ne sait quel devoir d’exemplarité. Lorsqu’il le fait, il transforme les phases de récession économique en dépression sociale. Et, c’est l’erreur fondamentale qui a été commise par les partisans des politiques d’austérité menées en Europe à partir de 2010. Depuis, l’investissement public se tarit. Or, c’est le fait de ne pas investir aujourd’hui qui constitue une faute de gestion ! Ce qui n’affranchit pas les puissances publiques d’une réflexion sur la qualité de leurs dépenses d’investissements.

Qui est d’ailleurs l’une de ses raisons d’être…

Oui. Mais, malheureusement, cette question de l’utilité sociale des investissements passe souvent à l’arrière-plan. Est-il socialement utile que les collectivités locales françaises cofinancent des stades de football dont les bénéfices reviennent à des clubs privés, alors même que la baisse de leurs dotations les empêche d’investir dans des crèches ou dans des universités ?

Pourquoi dites-vous que ceux qui affirment que les régimes sociaux sont financièrement insoutenables le font de manière intéressée ?

Parce que répandre la crainte du prochain effondrement de la Sécurité sociale vise à rendre toutes ses réformes acceptables. Les mythologies économiques ont une fonction de contrôle social. Certes, les régimes sociaux sont sensibles à la conjoncture de court terme. Mais, dès que l’emploi repart, les comptes sociaux retrouvent leur équilibre et connaissent même d’importants excédents, comme au début des années 2000.

Justement, les extrêmes droites européennes ne s’arc-boutent plus seulement sur les «identités nationales», mais sur l’attachement des modèles sociaux…

C’est ce que je qualifie de mythologie social-xénophobe et, hélas, elle a des adeptes jusque dans les rangs de la droite républicaine. Sa rhétorique se veut froidement réaliste. Ce n’est pas seulement qu’il y aurait «trop d’immigrés», explique-t-elle, c’est qu’il y aurait trop d’immigrés pour trop peu de ressources disponibles. Ce serait la générosité de notre système social qui attirerait les misérables du monde entier, alors même que notre modèle serait menacé. La France, épuisée par trop de générosité sociale, devrait se recroqueviller sur elle-même pour refaire ses réserves. On perçoit le paradoxe : nous serions à la fois trop riches pour ne pas devoir attirer et trop pauvres pour ne pas devoir refouler.

Quel est mythe le mieux ancré dans ce discours social-xénophobe ?

C’est celui qui veut que la période actuelle se distingue par des flux migratoires considérables et incontrôlables. C’est le contraire qui est vrai. Les migrants ne représentent, dans notre mondialisation, qu’environ 3 % de la population mondiale. Comme souvent, le discours mythologique est un écran de fumée toxique. La vraie question, en France, n’est pas l’insoutenabilité de l’immigration actuelle, mais la défaillance de l’intégration sociale des immigrés d’hier et de leurs enfants. Ce n’est pas le «grand remplacement» qu’il faut redouter, c’est le «grand appauvrissement» de cette France qui ne parvient pas à réaliser socialement sa diversité qu’il faut déplorer.

Un autre mythe social-xénophobe consiste à faire croire qu’il ne sert à rien de consacrer des moyens publics importants à l’intégration des immigrés car ceux-ci ne voudraient pas s’intégrer ?

Oui, ce mythe social xénophobe est puissant. Or, les études disponibles sont riches d’un enseignement fondamental : les enfants d’immigrés sont capables de faire aussi bien que les natifs, mais à condition d’en avoir les moyens. Le déterminant «culturel», qui est censé être la loi d’airain séparant ceux qui veulent vraiment s’en sortir de ceux qui font semblant, s’efface devant les logiques sociales.

Comment échapper à ces mythologies économiques ?

En combattant le culte de la fatalité économique. Les mythologies économiques ont désenchanté le monde. Les politiques doivent cesser d’en appeler à ce pouvoir supérieur que serait l’économie.

L’espoir ? C’est que les citoyens s’immunisent contre ces mystifications politiques qui les ont aveuglés sur les vrais défis de notre temps. L’économie mythologique se veut une injonction permanente au changement et à la réforme mais elle enferme, dans le même temps, les individus dans le monde tel qu’il est en disqualifiant les dissidences et en étouffant les pensées nouvelles. Il nous faut construire de nouveaux récits communs positifs, dans l’esprit de la mythologie grecque, où la raison et le rêve seront sur un pied d’égalité.

 

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 11:32

Vous vous apprêtez à voter FN. Vous avez mûrement réfléchi,….  ou peut-être pas d’ailleurs. Mais enfin vous vous apprêtez à voter FN.

Vous vous apprêtez à voter FN parce que vous en avez ras la casquette des partis de l’establishment, LR et P(s), sans trop bien remarquer que le FN, surtout avec Marine Le Pen, rabotant ce qui est trop saillant,  et contrairement à son père dans la dynastie qui s’était fait la martingale en n’existant que du négationnisme, n’aspire qu’à y appartenir. Mais ce n’est pas le propos.

Le propos est de vous inviter à regarder où vous mettez les pieds. On ne marche pas toujours sur l’herbe fraiche et verte ou sur le ruban d’asphalte que le vent balaye des saloperies qui y trainent.

Pour cela je vous conseille le site ci-dessous que vous visiterez à votre guise. Un site non pas du FN mais consacré au FN. Et vous commencerez par l’article : l’origine du FN. Il faut toujours commencer par le début qui explique le maintenant trompeur.

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http://lefrontnational.fr/lorigine-du-parti  

Surtout surtout, n’hésitez pas à voir la vidéo au bas de l’article. Et maintenant : aux urnes, citoyens !

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 16:41

Les Elections du 26 Mars 1871

Dans les huit jours qui séparent le 18 mars 1871 de l’élection à la Commune, le Comité Central de la Garde Nationale, émanation du peuple en armes, fait fonctionner les services publics laissés à l’abandon.

Dans ses proclamations pour la préparation aux élections de la Commune, le Comité Central définit clairement les conditions de l’exercice d’une véritable démocratie directe :

« Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables. »

« Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se trouvent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais seulement alors, on ne pourra plus étrangler la république. »

La veille du scrutin, les membres du Comité Central prodiguent leurs ultimes conseils aux électeurs parisiens :

« Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisisez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujous par se considérer comme « indispensables »(...) « Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèreront jamais comme vous maîtres. »

Les conseils donnés aux électeurs du 26 mars 1871 sont plus que jamais valables pour les citoyens qui voteront aux élections.......

 Source : http://www.commune1871.org/?Les-Elections-du-26-Mars-1871

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L’Appel du comité central de la garde nationale le 25 mars 1871 est un appel à la vigilance et à la réflexion émis par le Comité central de la Garde nationale et diffusé par affiches aux électeurs parisiens la veille des élections municipales pour le 26 mars.

Cet appel a été lancé lors d'une période insurrectionnelle de l'histoire de Paris appelée la Commune de Paris. La Commune de Paris dura deux mois, du 18 mars au 28 mai 1871 (pour s'achever par la Semaine sanglante du 21 au 28 mai). Cette insurrection contre le gouvernement investi par l'Assemblée nationale, qui venait d'être élue au suffrage universel masculin, ébaucha pour la ville une organisation proche de l'autogestion. Elle fut, au départ, principalement une réaction à la défaite française lors de la Guerre franco-allemande de 1870.

Le Comité central de la Garde nationale a tenu un rôle majeur dans l'organisation de la révolte. Quelques semaines après son installation à l'Hôtel de Ville, le Comité avait organisé des élections municipales pour le 26 mars.

 Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_du_comit%C3%A9_central_de_la_garde_nationale_le_25_mars_1871

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https://pbs.twimg.com/media/C7vzM8DXUAATbhi.jpg

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 18:20

 ‘Ce qu’ils disent vraiment, les politiques pris aux mots’, un livre de Cécile Alduy.

C. Alduy, professeur à l’université de Stanford aux USA, a analysé le discours des candidats à l’élection présidentielle. Voici ce qu’elle dit dans un entretien (1) donné sur France 24.

  1. http://www.france24.com/fr/20170227-alduy-discours-politiques-analyse-vocabulaire-macron

Pour aller plus loin. 5'29 - Le youtubeur Usul et le chercheur en sciences politiques Thibault Jeandemange ont disséqué les discours d'Emmanuel Macron. Il en ressort que l'on a plus affaire à un manager qu'à un homme politique... (2)

  1. http://www.telerama.fr/monde/petit-analyse-semantique-du-discours-du-candidat-macron,154077.php

Enfin, un document texte (3).

  1. http://www.lesinrocks.com/2017/01/21/actualite/marine-pen-personnalite-politique-va-plus-loin-detournement-langage-11904631/
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 06:52

Avancer à contre-courant. L’expression me plaît. Elle dit la difficulté. Cependant la progression. La volonté à ne pas se laisser aller à la facilité du flot qui court la pente dangereuse.

A contre-courant de quoi ? De l’individualisme. De l’égoïsme. Du népotisme. De la concussion. De l’immoralité. De l’oligarchie. De la caste. De la désignation du bouc-émissaire.  De la mondialisation qui pille, exploite, détruit. De la déshumanisation. Des petits et grands accommodements, arrangements, rabougrissements.

Avancer. Pour un autre monde. Plus juste. Plus solidaire. Plus fraternel. Plus partageux. Plus honnête. Dans lequel le PIB n’est pas le thermomètre du bonheur, l’argent la mesure de la réussite et le moyen de reconnaître l’autre.

Mélenchon, candidat de la France insoumise, avance avec un projet, un programme, à contre-courant de tous les autres projets et programmes politiques.

G. Miller a commis un film sur Mélenchon, il peut être d’un certain intérêt.

https://www.youtube.com/watch?v=9oDZiX2W5zM

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 11:27

 ‘On n’est plus en démocratie ! », sous-entendu : on n’est plus en liberté, en pays de liberté(s). Combien de fois a-t-on entendu cette apostrophe ?

En appeler à la démocratie pour en déplorer la perte, est-ce suffisant pour dire la démocratie et cette liberté communément sous-entendue ? La chose n’est pas aussi simple.

Il est des démocraties, disons : usurpatrices, pour lesquelles les libertés (la liberté étant un concept) sont discrétionnaires, entendez : accordées aux uns et pas aux autres, et qui, pourtant, en ‘trompe-intelligence’, s’affublent d’un qualificatif équivoque, le terme de libéral faisant état, dans sa réalité concrète, de la restriction plus que de la liberté auquel il prétend faire référence.

Non ! La démocratie n’est pas ‘un signifiant vide’, elle ne va pas sans être qualifiée.

La démocratie. Oui ! mais laquelle ? La droite s’attache à la démocratie libérale, la gauche à la démocratie sociale. Pourquoi ? Qu’ont-elles de différent ? Quels intérêts (divergents) servent-elles ?

Au moment où s’effondre la 5ième république et le césarisme qui la caractérise qui donne le pouvoir à un homme et réduit le citoyen au rôle résiduel d’électeur, que s’annonce la 6ième et qu’il est question de la constituer, l’éclaircissement s’impose – l’éclairage (1) de Mathilde Larrère est le bienvenu.

Qui sait, aussi, que la démocratie sociale se vit aussi autrement que par l’exercice politique, ainsi : la sécurité sociale ? Ce qui permet de comprendre l’acharnement qu’ont certains, aujourd’hui, de Le Pen à Macron, en passant par Fillon, à défaire cette dernière, ce qui permet aussi de les situer sur l’échiquier politique.

Pareillement pour la République. Qui ne se réclame pas d’elle ? De la droite à la gauche. Au point, parfois, de vouloir faire un pacte républicain, car nous sommes tous des démocrates n’est-ce pas ? Alors réfléchissons au propos de J. Jaurès : « Sans la République, le Socialisme est impuissant, sans le Socialisme, la République est vide ».

Social, Socialisme. Des mots qui ne supportent pas l’a peu près. Le détournement. Les faussaires.

Exergue

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  1. Mathilde Larrère : http://www.politis.fr/articles/2017/01/2017-en-debats-la-democratie-dans-tous-ses-etats-36167/

 

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:52

‘….. du jour où vous cessez d’être un être humain pour être regardé comme une chose……’

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Discours : https://www.youtube.com/watch?v=jO8TCOMU2i8

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 15:43

On trouve très peu d’entretiens de J-C Michéa, raison pour laquelle, lorsqu’il s’en trouve un, il faut le proposer à la réflexion. Il avait été signalé dans le blog un de ses livres : L’enseignement de l’ignorance - http://exergue.over-blog.com/2014/11/l-enseignement-del-ignorance-et-ses-conditions-modernes-de-jean-claude-michea.html -, il est plus que toujours d’actualité.

L’article ci-dessous invite à réfléchir sur le ni-droite ni gauche d’en haut (Macron) et celui d’en bas (Podemos), sur le protectionnisme, sur l’opposition : peuple de droite-peuple de gauche alors qu’il convient ‘de fédérer l’ensemble des classes populaires contre l’oligarchie’,…. Etc.…

Exergue

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Source : http://www.lesinrocks.com/2017/01/11/idees/philosophe-jean-claude-michea-predit-mort-capitalisme-11899399/

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Entretien avec Jean-Claude Michéa, le philosophe qui secoue la gauche –Les Inrocks

 

Dans un essai stimulant, Notre ennemi le capital, le philosophe prophétise la fin proche et souhaitable du libéralisme. Et établit Podemos en modèle pour la gauche européenne. Entretien.

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De nombreux intellectuels de gauche restent hermétiques, voire opposés, à vos écrits. Le dialogue est-il définitivement rompu ?

Jean-Claude Michéa – Si tel est le cas, je n’y suis pour rien ! Je ne refuserai évidemment jamais de débattre avec quelqu’un sous le seul prétexte qu’il serait “opposé à mes écrits”. Encore faut-il qu’il s’agisse d’un véritable débat et non d’une descente de police. Le problème – André Perrin l’a lumineusement montré dans ses incroyables Scènes de la vie intellectuelle en France –, c’est que l’ancienne culture du débat est aujourd’hui en passe de céder définitivement la place à celle de l’intimidation et de la chasse aux sorcières.

On juge beaucoup moins un auteur sur ce qu’il a réellement écrit (quand bien même il s’agirait d’un romancier comme Houellebecq) que sur les sombres intentions qu’on lui prête ou les usages nauséabonds qu’il est toujours possible de faire de son œuvre. Cette inquiétante dérive – qui en dit long, au passage, sur le sentiment de panique qui s’est emparé d’une partie du clergé universitaire et médiatique – ne peut naturellement conduire qu’à justifier “intellectuellement” les falsifications les plus grossières et les raccourcis les plus simplistes. J’en sais quelque chose.

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Pourquoi les intellectuels “conservateurs” semblent avoir plus de facilité à se référer à vous que ceux que l’on qualifie de “gauche” ?

Pour la même raison, j’imagine, qu’un admirateur de Chesterton ou de Bernanos sympathisera toujours plus facilement avec un texte de Proudhon, de William Morris ou de Guy Debord qu’avec un essai de BHL, de Raphaël Glucksmann ou d’Alain Minc. Mais vous soulevez là, au fond, tout le problème des rapports historiques entre la « gauche » et le mouvement socialiste. La première, en effet, s’est toujours définie comme le “parti du mouvement”, du “Progrès” et de l’“avant-garde” en tout. Parti dont l’ennemi premier ne peut donc être, par définition, que la “Réaction” ou “le vieux monde”. Or si la critique socialiste originelle reprenait bien sûr à son compte la plupart des dénonciations de l’Ancien Régime et du pouvoir de l’Eglise, elle portait avant tout, au contraire, sur ce que Marx appelait la “loi du mouvement de la société moderne”.

Loin de partager les illusions de la gauche du XIXe siècle sur les bienfaits de la nouvelle société industrielle et de son Droit abstrait, les penseurs socialistes les plus radicaux avaient donc compris, dès le début, le caractère fondamentalement ambigu de la notion de “Progrès” (qu’on songe par exemple à l’avenir que nous réservent, de nos jours, la Silicon Valley ou l’agriculture industrielle). C’est pourquoi toute pensée qui se voudrait encore “de gauche”, et uniquement de gauche, s’expose inévitablement à toute une série de dérives suicidaires. Il n’est que trop facile, en effet, de confondre l’idée qu’“on n’arrête pas le Progrès” avec l’idée qu’on n’arrête pas le capitalisme. Telle est, selon moi, la racine philosophique la plus constante de toutes les mésaventures de la gauche moderne.

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Le journaliste du Figaro Alexandre Devecchio consacre un chapitre de son livre, Les Nouveaux Enfants du siècle, à la “Génération Michéa” dans laquelle il range pêle-mêle : François Xavier Bellamy, Madeleine Bazin de Jessey, Mathieu Bock-Côté ou bien encore Eugénie Bastié. Que pensez-vous de cette classification ? Avez-vous le sentiment d’avoir influencé une nouvelle génération d’intellectuels ou de militants politiques ?

Si l’analyse de Devecchio est exacte, cela voudrait donc dire qu’un auteur qui a toujours refusé de participer à la moindre émission télévisée, dont les livres ne se vendent qu’à quelques milliers d’exemplaires – et non à des “dizaines de milliers” comme l’affirme régulièrement un Jean-Loup Amselle – et qui distille de surcroît au compte-goutte ses interviews aurait néanmoins le pouvoir d’influencer toute une “génération” ! J’avoue être très sceptique. Mais si tel était le cas, ce serait plutôt réconfortant. Cela prouverait au moins qu’il est encore possible de passer à travers les mailles du filet.

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Selon vous, les classes populaires prennent conscience du fait que les deux grands partis du “bloc libéral” détruisent leurs acquis sociaux, et elles se réfugient dans l’abstention ou le vote “néo-boulangiste”. Comment faire de cette prise de conscience un levier pour une alternative “de gauche” ?

Les classes populaires subissent de plein fouet, par définition, toutes les nuisances du système capitaliste. Or, ce dernier, à la différence des sociétés antérieures, se caractérise avant tout par le fait – comme l’écrivait Karl Marx – que les relations entre les hommes y prennent essentiellement la forme d’un rapport entre les choses (le “fétichisme de la marchandise” n’étant que la manifestation quotidienne la plus visible de cette “réification”). En d’autres termes, la domination du capital est d’abord celle d’une logique anonyme et impersonnelle qui s’impose à tous, y compris aux élites elles-mêmes – quelles que soient par ailleurs la cupidité réelle et la vanité sans bornes de ces élites.

En abandonnant définitivement, à la fin des années 1970, cette grille de lecture socialiste – pourtant plus actuelle que jamais, comme la crise de 2008 l’a encore amplement prouvé –, la gauche ne pouvait donc laisser aux classes populaires qu’une seule issue politique : personnaliser à l’extrême l’origine systémique de leurs souffrances quotidiennes et de leur exaspération grandissante en l’attribuant à la seule existence des immigrés, des Juifs ou de l’Etat fiscal. C’est bien ce renoncement à toute critique radicale de la dynamique déshumanisante et écologiquement destructrice du capitalisme qui explique, pour l’essentiel, les progrès constants du vote “néo-boulangiste”. Ce dernier ne prospère jamais, en effet, que sur ce que Renaud Garcia a si bien appelé le “désert de la critique”. Et ce ne sont certainement pas les sermons moralisateurs de l’élite médiatique et intellectuelle qui pourront y changer quoi que ce soit.

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Vous défendez que retrouver la “radicalité” originelle de la gauche serait insuffisant pour regagner la confiance des classes populaires. Mais la posture “ni de gauche ni de droite” est occupée par Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Dès lors, n’est-on pas dans une impasse ?


En 1874, les proscrits de la Commune réfugiés à Londres avaient tenu à rappeler à tous “ceux qui seraient tentés de l’oublier” que “Versaillais de gauche et Versaillais de droite doivent être égaux devant la haine du peuple”. Telle était effectivement, jusqu’à l’affaire Dreyfus, la position dominante du mouvement socialiste (en 1893, Jules Guesde et Paul Lafargue appelaient encore les prolétaires à chasser du pouvoir “les voleurs de gauche ou de droite”). Position radicale qu’on retrouve à l’identique, de nos jours, dans les propos du leader de Podemos, Pablo Iglesias : “Il faut des rêves pour défendre ceux d’en bas et oser affronter ceux d’en haut.”

Si Marine Le Pen a pu si facilement retourner à son profit ce type de slogan – tout en veillant, bien sûr, à en désamorcer les implications les plus radicales –, c’est donc bien, encore une fois, parce que la gauche, une fois actée sa conversion à l’économie de marché, lui a abandonné de fait le monopole de la dénonciation des effets économiques et culturels humainement et socialement destructeurs de la dynamique du capital (sans que le Front national ne renonce d’ailleurs pour autant au mythe de la “croissance”). Dénonciation de surcroît peu cohérente, puisqu’il va de soi qu’on ne peut pas célébrer à la fois l’unité nationale et la lutte des classes. Quant au “ni gauche ni droite” de Macron (il conviendrait de distinguer ici ce “ni gauche ni droite” d’en haut du “ni gauche ni droite” d’en bas), c’est encore un autre problème. C’est dire – vous avez entièrement raison sur ce point – l’impasse dans laquelle nous nous trouvons !

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Pourquoi faites-vous du dépassement du clivage gauche/droite la première des priorités politiques pour combattre le capitalisme ?


Pour deux raisons majeures. D’une part, le clivage gauche/droite, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, conduit toujours à opposer un “peuple de gauche” à un “peuple de droite” (c’est d’ailleurs tout le sens de cette importation récente du système américain des primaires). Or, la seule ligne de démarcation politiquement féconde est celle qui inviterait, au contraire, à fédérer l’ensemble des classes populaires contre cette oligarchie libérale qui ne cesse de dissoudre leur mode de vie spécifique dans les “eaux glacées du calcul égoïste” (Marx).

D’autre part, ce clivage a aujourd’hui presque entièrement changé de sens. Il ne met plus aux prises, comme au XIXe siècle, les partisans d’un ordre divin sanctifiant les inégalités de naissance et les héritiers de la philosophie des Lumières. Il scinde au contraire celle-ci en deux camps officiellement rivaux. D’un côté ceux qui, dans la lignée d’Adam Smith et de Turgot, voient dans l’extension continue du marché le fondement premier de la liberté individuelle. De l’autre, ceux qui considèrent que c’est plutôt l’extension indéfinie des “droits de l’homme” qui en constitue le moteur principal. Mais à partir du moment où le libéralisme économique de la “droite” moderne doit être défini, selon la formule de Friedrich Hayek, comme le droit absolu “de produire, de vendre et d’acheter tout ce qui peut être produit ou vendu” (qu’il s’agisse d’une montre connectée, d’une dose de cocaïne ou du ventre d’une mère porteuse), il est clair qu’il ne pourra jamais se développer de façon intégralement cohérente sans prendre tôt ou tard appui sur le libéralisme culturel de la “gauche” (je laisse ici de côté l’usage purement électoral par une partie de la droite de la rhétorique conservatrice).

En d’autres termes, Hayek implique Foucault et Foucault implique Hayek. Autant dire que nous aurons donc de plus en plus affaire – si rien ne change – à ce que Debord appelait déjà “les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé”. Luttes dont le seul vainqueur réel – Podemos l’a bien compris – ne peut être que le capital et son “mouvement incessant du gain toujours renouvelé” (Marx).

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Pourquoi vous moquez-vous des intellectuels – comme François Cusset récemment – qui parlent de “droitisation de la société” ? Ce diagnostic vous semble-t-il infondé ?

L’usage de ce concept médiatique souffre de deux défauts majeurs qui le privent de tout sens précis. D’une part, il invite à considérer la « société » comme un bloc homogène. Ce qui conduit à masquer le divorce croissant entre le discours modernisateur des élites du Système – dont le regard se tourne chaque jour un peu plus vers la Silicon Valley – et le rejet grandissant de ce même Système par les milieux populaires. De l’autre, il tend également à homogénéiser la notion de “droite”. Or celle-ci est par définition plurielle. Elle peut tout aussi bien conduire à légitimer l’ubérisation intégrale de la vie, comme chez les libertariens, que le recours à l’Etat total, comme dans le fascisme. Mais peut-être, après tout, que ce concept de “droitisation” ne visait seulement que la redécouverte de ces valeurs dites “traditionnelles” qui – à l’image du sentiment d’appartenance, de l’exigence de civilité, ou du sens du passé – ont toujours contribué à freiner, dans les classes populaires, le processus d’atomisation du monde dont le capitalisme est structurellement porteur. Il ne représenterait alors qu’une des multiples façons dont les élites libérales ont coutume de stigmatiser le “repli sur soi” et le “passéisme” de ces classes “subalternes”. Debord avait pourtant répondu d’avance à ce genre de critique. “Quant être absolument moderne – écrivait-il – est devenu une loi spéciale proclamé par le tyran, ce que l’honnête esclave craint plus que tout, c’est qu’on puisse le soupçonner d’être passéiste”.

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Quand il a renoncé à se représenter à la présidentielle, François Hollande a déclaré : “Le plus grand danger, c’est le protectionnisme”, l’assimilant ainsi au nationalisme. Pensez-vous que la majorité de la population soit encore sensible à cet avertissement ?


Le système capitaliste repose, par définition, sur la production sans cesse croissante de marchandises prioritairement destinées à être vendues sur un marché où la concurrence devrait théoriquement être libre et non faussée. Dans cette optique libérale, toute intervention protectionniste ne peut donc que compromettre la reproduction élargie du capital. Mais comme il est devenu plus difficile aujourd’hui – du fait de la fameuse “droitisation de la société” – de présenter cette libre concurrence capitaliste comme une valeur de gauche (c’est pourtant bien ce que faisait Hollande, en 1985, dans La gauche bouge), il apparaît donc désormais plus rentable, pour une gauche libérale, de prétendre que toute critique du libre-échange mondialisé procéderait, en réalité, d’un esprit “nationaliste” ou “fascisant”. On retrouve là, en somme, le vieux sophisme popularisé par BHL dans L’Idéologie française : si l’extrême droite dénonce le capitalisme, c’est bien la preuve que toute critique du capitalisme est d’extrême droite.

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Même s’il ne concernait au départ que les classes moyennes des grandes métropoles, Nuit debout ne pouvait-il pas être un point de convergence avec les classes populaires ?

Le problème c’est que ce mouvement, en effet très prometteur au début, a été presque immédiatement noyauté par les éléments les plus caricaturaux de la gauche “radicale” parisienne (songeons aux célèbres “réunions non-mixtes” !). Et, du coup, présenté avec la plus grande bienveillance par la plupart des médias officiels. Ce qui n’était assurément pas le meilleur moyen d’élargir rapidement sa base sociologique et de rencontrer un écho enthousiaste dans la France périphérique !

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Vous défendez le bilan de Podemos en estimant qu’il s’agit du “seul mouvement radical européen” à avoir compris l’impératif du dépassement des clivages traditionnels. Pourquoi ce modèle n’a-t-il pas été décliné dans d’autres pays d’Europe ? L’échec originel de Syriza en Grèce repose-t-il dans son ancrage à gauche ?


Le succès de Podemos s’explique avant tout par trois facteurs : l’ampleur de la crise économique espagnole, l’existence d’un groupe d’intellectuels nourris, à l’image de Pablo Iglesias et de Juan Carlos Monedero, de la lecture d’Antonio Gramsci et de la connaissance directe des luttes révolutionnaires d’Amérique latine, et la capacité corrélative de ces intellectuels à se mettre à l’écoute des classes populaires. De toute évidence, les autres pays d’Europe n’en sont pas encore là !

Quant à Syriza, fondé au départ sur des bases politiques voisines, son échec s’explique d’abord par le triomphe de la ligne de Tsípras sur celle de Varoufákis. Autrement dit, par l’illusion que l’oligarchie bruxelloise pourrait encore servir d’autres intérêts que ceux des marchés financiers internationaux. C’était vraiment mal connaître une Angela Merkel.

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Vous écrivez que le système libéral “prend l’eau de toute part” et que sa disparition est “inévitable”. Sommes-nous dans une situation pré-révolutionnaire ? Quelle alternative politique pourrait s’y substituer ?


Le capitalisme postdémocratique se heurte aujourd’hui à trois limites majeures. La limite morale, car il détruit progressivement les bases anthropologiques de toute vie commune. La limite écologique, car une croissance infinie est évidemment impossible dans un monde fini. Et la limite systémique, parce que son entrée dans le règne du “capital fictif” – comme Ernst Lohoff et Norbert Trenkle l’ont établi de façon magistrale dans La Grande Dévalorisation – le rapproche à grands pas de son stade terminal.

Règne moderne du capital fictif qui s’explique lui-même par le fait que la reproduction élargie du capital repose désormais moins – du fait de l’innovation technologique incessante – sur le travail vivant des hommes que sur une pyramide de dettes qui ne pourront plus jamais être remboursées. Mais rien ne dit – dans ce champ de ruines que la gauche a laissé derrière elle – que la période de catastrophes qui s’annonce ainsi aura une fin heureuse. Elle peut tout aussi bien conduire à l’avènement d’un monde postcapitaliste qui marierait de façon inédite Brazil et Mad Max. Tel était déjà le sombre avertissement de Rosa Luxemburg, il y a plus d’un siècle.

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Propos recueillis par Mathieu Dejean et David Doucet

 

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 00:15

La sécu comme on ne vous l’a jamais racontée. Du facile à comprendre. Du pas compliqué. Une vieille histoire aussi, qui remonte à la Révolution française et qui voit la victoire de la solidarité sur l’égoïsme à la fin de la 2ème guerre.

C’est tellement bien dit, tellement enlevé, qu’il vaut mieux reprendre le document pour s’attacher à des ‘détails’ qui auraient échappé, ainsi : la contribution sociale est une part du salaire socialisé. Une part du salaire.

Ecoutez le document ci-dessous ! Pas très long. Vous allez tout comprendre. Comprendre ce qu’est la sécurité sociale dans sa genèse et sa finalité, mais aussi l’enjeu du jour où Fillon, Macron et quelques autres pensent que le temps est venu de s’en débarrasser pour aller engraisser le capital.

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https://www.youtube.com/watch?v=0IPznaM7ET8

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