Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 19:57

On est citoyen de droit. Condition nécessaire mais non suffisante.

Voter certes, mais en conscience.

Voter pour qui ? Voter pour quoi ?

Il n’est pas d’éducation populaire, d’éducation à la citoyenneté, sans contenu qui donne à exercer la réflexion, la prise de distance, l’adhésion,…

L’article ci-dessous mérite amplement la lecture.

Exergue

 

 *

 Source : https://www.vice.com/fr/article/interview-nicolas-framont-frustration-macron-medias-argent?utm_source=vicefrtw

 

 *

Journaliste engagé, le sociologue de formation revient pour nous sur les acoquinements entre le nouveau président de la République, les médias et les puissances d'argent.

Nicolas Framont enseigne la sociologie à l'université Paris-Sorbonne. Coauteur, avec Thomas Amadieu, du livre Les Français ont de bonnes raisons de ne pas voter (Le Bord de l'eau, 2015), il a fait paraître, en mars, dans la même maison d'édition, Les candidats du système, sociologie du conflit d'intérêts en politique. Développant des enquêtes déjà parues dans la revue Frustration, qu'il codirige, Nicolas Framont livre là un travail précieux pour qui s'intéresse aux élites et à la crise de la démocratie représentative, qui viendra par exemple compléter les travaux des Pinçon-Charlot ou de Jacques Rancière.

Pourquoi le soupçon de corruption qui pèse sur nos élus est-il si fort, alors même que la France en semble relativement exempte (elle se site au 23e rang sur 168 pays, selon l'ONG Transparency) ? Pourquoi semble-t-il encore plus fort au sein des classes populaires et chez les jeunes, qui gonflent massivement, on l'a encore vu lors du premier tour des législatives, les rangs des abstentionnistes ? Pour Framont, c'est simple : plutôt que les traditionnels pots-de-vin, il faut entendre par corruption « l'emprise croissante des puissances de l'argent sur nos destinées collective et individuelles ». Bien plus que dans des cas parfaitement illégaux – comme l'affaire Cahuzac – qui finissent par une condamnation judiciaire, la corruption politique française s'ancre dans des habitudes, dans un « mode de vie, où la fréquentation des grands patrons, des hauts fonctionnaires et des actionnaires est considérablement plus quotidienne que celles des salariés, des employés et des locataires qui composent pourtant majoritairement la population de ce pays ». Nous avons voulu en savoir un peu plus sur la question.

*

 

Bonjour Nicolas. Tu diriges Frustration, une revue de critique sociale indépendante, qui veut contribuer « à une information rigoureuse qui démasque les conséquences des régressions sociales actuellement annoncées et ramène les Valls, Macron, Fillon, Le Pen, etc. aux intérêts qu'ils défendent, ceux des classes les plus aisées ». De fait, tu t'inscris dans la lignée de la presse militante, et nombre de journalistes pourraient te reprocher de ne pas faire tien le principe de « neutralité journalistique ». Que leur réponds-tu ?

 Nicolas Framont : Je ne connais pas plus militants et partisans que les titres comme L'Obs, Challenges ou Le Monde, précisément parce que leur revendication de « sérieux » et de « neutralité » vise en fait à renforcer les points de vue politiques et partisans qu'ils portent. Je ne sais pas si c'est encore le cas, mais lorsque j'étais au lycée, on nous décrivait Le Monde comme « le journal de référence », celui vers lequel il fallait se tourner pour avoir les informations les moins politisées de notre univers médiatique. Il suffit de lire les chroniques économiques d'Arnaud Leparmentier ou les « décryptages » politiques de Françoise Fressoz pour comprendre le mensonge que ce mythe constitue. Le Monde est un tract payant en faveur de l'Europe néolibérale et du régime présidentiel. Une feuille de chou que les militants La République en Marche (LREM) pourraient vendre à la sauvette, dans les marchés, comme le font les communistes avec L'Humanité !

Il faut vraiment dénoncer ce mythe de la « neutralité ». Les journalistes ne sont pas de purs esprits, ils ont une position de classe (« moyenne-supérieure »), des opinions politiques (consciemment ou pas), et plus on monte dans la hiérarchie, plus ils sont politisés. Pas besoin d'être médium pour retrouver certains traits communs à une grande partie de la profession, tels qu'un amour plus grand pour les formations politiques les plus conformes à l'ordre établi (par peur « des extrêmes »), une posture « antifasciste », rarement explicitée, contre le Front national (qui ne va généralement pas plus loin que « le FN, c'est la haine ») et, plus récemment, une détestation viscérale de la France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon (décrit comme « agressif et populiste ») et de tout ce qui se situe à gauche de feu le Parti socialiste.

En résumé, le principe de « neutralité journalistique » est un outil qui permet de faire passer pour « scientifique », « objectif » ou « rigoureux » des points de vue socialement, philosophiquement et politiquement situés.

En comparaison de ces médias qui se présentent comme « neutres » pour masquer leur militantisme, Frustration est un titre de presse honnête : dans tous nos articles et chroniques, nous donnons aux lecteurs une visibilité sur le point de vue que nous adoptons sur un sujet, nous disons clairement ce qui nous révolte, nous dégoûte ou nous fait rêver, plutôt que de prétendre à une analyse « objective » de la situation (le genre d'analyse qui, étrangement, pousse toujours à dire que le néolibéralisme est « objectivement » le meilleur système, que le « réalisme » réclame la destruction du Code du travail, etc.).

Enfin, contrairement à la plupart des titres qui érigent la « neutralité » en vertu, nous ne nous sommes pas la voix d'une formation politique ou d'un candidat en particulier. Nous proposons une grille de lecture de la réalité sociale à nos lecteurs, nous dénonçons les hypocrisies et les projets de tel ou tel politique, mais ce n'est pas notre rôle de dire aux gens s'ils doivent voter et pour qui, ou contre quoi ils doivent « faire barrage ». Nous donnons des informations, nous attirons l'attention sur des réalités, nous produisons des argumentaires, mais nous ne pratiquons ni l'injonction ni le chantage, et si, parmi notre rédaction, nos sympathies vont plus facilement vers des formations politiques de transformation sociale, nous ne nous abaisserons jamais à mettre un Mélenchon ou un Poutou en une, accompagné d'un titre dégoulinant d'admiration malsaine et creuse.

Libération, qui titre en une « Faites ce que vous voulez mais votez Macron », ou L'Obs, qui décrit depuis des mois Macron comme le fils de Dieu, font partie de la presse militante. Un militantisme « bourgeoisiste », qui travaille activement et consciemment au maintien des intérêts de la classe supérieure, et qui a fait de la « neutralité » un procédé parmi d'autres (on pensera par exemple à la convocation « d'experts » ou à l'usage d'un vocabulaire qui euphémise la réalité sociale et masque les clivages de classe – le terme « société civile » en est d'ailleurs l'une des dernières trouvailles) pour convaincre les lecteurs des bienfaits universels des politiques de classe qui sont menées depuis plus de trente ans.

En résumé, le principe de « neutralité journalistique » est un outil qui permet de faire passer pour « scientifique », « objectif » ou « rigoureux » des points de vue socialement, philosophiquement et politiquement situés. Le journalisme critique dont nous nous revendiquons ne souscrit pas à ces basses manœuvres.

 *

Le premier tour des législatives a mis en lumière une abstention forte, record pour ce genre de scrutin, à plus de 51 %, ainsi qu'une vague LREM, dont 400 à 450 candidats pourraient devenir députés. Comment analyses-tu ces résultats ? Quels sont, selon toi, les risques d'une Assemblée nationale bleu Macron ?

 On savait depuis longtemps que la Ve République était un système totalement déconnant sur le plan démocratique, mais en l'espèce, on atteint des sommets. Des députés vont pouvoir se prétendre « représentants de la Nation » en ayant été choisis par moins de 15% des inscrits de leur circonscription. C'est totalement absurde ! D'ailleurs, quand on voit le profil des votants – c'est-à-dire ceux qui ne sont pas sortis entièrement dégoûtés de la séance « Faites ce que vous voulez mais votez Macron » ou bien ceux qui adorent la période que nous vivons parce qu'elle va alléger leur impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et leur impôt sur les sociétés – on réalise que notre Parlement est issu d'un scrutin censitaire de fait : les plus riches et les plus diplômés ont beaucoup plus voté que les ouvriers et les employés, qui se sont retirés de la mascarade à laquelle on leur demande, tous les cinq ans, « par civisme », de participer.

Cette élection est absurde car elle intervient en pleine période «d'état de grâce », qui n'a rien à voir avec une quelconque ferveur populaire mais qui est simplement le laps de temps pendant lequel les médias dominants s'autorisent une propagande décomplexée en faveur du président de la République. Selon eux, Emmanuel Macron est tout à la fois « Celui qui a sauvé le climat », « Celui qui a réhabilité la France sur la scène internationale » (ce domaine de la politique où l'on mesure la force d'un pays à la poigne virile de son président et à la taille de son avion), « celui qui est "le patron" », qui est beau, qui sent bon, qui parle bien anglais... Aucune des conditions minimales d'un débat démocratique équitable n'est réunie mais toute la presse s'en moque parce que c'est « l'état de grâce », et que tout est permis. Lee carnaval des éditocrates, en quelque sorte.

Alain Juppé et tout un tas de gens comme lui veulent depuis longtemps une sorte de grand parti « raisonnable » (qui signifie, évidemment, « libéral »), qui s'opposerait aux « extrêmes ». On y est, bravo !

En attendant, l'état de grâce médiatique se transforme en état de monopole parlementaire pour le Président. Ceci dit, personnellement, ça ne m'inquiète pas plus que ça. La « vague LREM » n'est que l'explicitation d'un état de fait qui existe depuis plus de dix ans au Parlement : 80% des députés défendent les mêmes politiques, et ce n'est pas parce qu'on les voit se hurler dessus les mercredis après-midi qu'ils ne sont pas profondément d'accord sur le destin du pays. Réduire la dépense publique, flexibiliser le Code du travail et renforcer les traités européens sont des projets qui réunissaient depuis longtemps la droite et la « gauche ». Il n'y a bien qu'au moment du débat sur le mariage pour tous que l'Hémicycle semblait réellement clivé, mais nous avons vu ces derniers mois qu'après avoir crié à la destruction de la famille, de la morale et de la vertu, les députés Les Républicains ont lâché l'affaire – ce qui montre que leur opposition à la loi Taubira était purement électoraliste, visant à contenter les familles catholiques des beaux quartiers qui leur assurent leurs sièges. Qu'on ait une fausse opposition ou un parti unique qui fait la synthèse, le résultat est le même : le Parlement français votera des lois antisociales et validera des politiques de classe.

La « vague en Marche ! » donne de la visibilité à cet état de fait, et contribue, je l'espère, à la décrédibilisation de la classe politique dominante, en éliminant les fausses oppositions qui la maintenaient au pouvoir. Après un mandat de droite, on vote pour la gauche ; après avoir été déçu par la gauche, on vote pour la droite ; et après avoir été dégoûté par le grand parti en marche, pour qui votera-t-on ? C'est sans doute à ce moment-là que notre horizon politique s'ouvrira, vers le meilleur ou vers le pire.

*

Les deux derniers scrutins nationaux donnent à voir de nombreux bouleversements : les deux principaux partis de gouvernement évincés du second tour de la présidentielle, un PS aux abois, une droite en difficulté dont on ne sait pas vraiment si elle sera dans la majorité ou dans l'opposition, une France insoumise qui a su se faire entendre avec Jean-Luc Mélenchon mais éprouve plus de difficultés à l'échelon local… Assiste-t-on à une recomposition du paysage politique ? Emmanuel Macron symbolise-t-il le « milieu de l'omelette » libérale telle que l'imaginait Alain Juppé ?
Absolument. Alain Juppé et tout un tas de gens comme lui veulent depuis longtemps une sorte de grand parti « raisonnable » (qui signifie, évidemment, « libéral »), qui s'opposerait aux « extrêmes ». On y est, bravo ! Mais, pour filer la métaphore, il est dangereux de mettre tous ses œufs dans le même panier et, lorsque les Français seront dégoûtés par ce milieu d'omelette, les partisans de l'ordre établi n'auront plus d'autres avatars de leur politique frelatée à leur offrir.

À la gauche de l'omelette, la France insoumise est libérée du boulet PS, ce puissant barrage aux bouillonnements de la gauche radicale, ce grand frère socialiste qui ramenait régulièrement sous son aile les partisans d'une politique antilibérale ou anticapitaliste, grâce à la magie de ce label « gauche », qu'il s'est pourtant acharné à vider de toute substance. Mais ça, c'est terminé. Le PS est laminé, il rassemble un bataillon de futurs députés qui ont sans doute loupé le coche de l'investiture En Marche !, qui ne savent plus bien ce qu'ils font là, et n'incarnent absolument aucun fond programmatique – le programme de Benoît Hamon ayant été jeté aux oubliettes dès le lendemain de la présidentielle.

Par conséquent, la France insoumise a toute autonomie pour recomposer quelque chose qui ressemblerait à la gauche que les moins de 30 ans n'ont jamais connue : un courant politique qui assume la division de la société en classes, qui refuse les raisonnements technocratiques du néolibéralisme, qui veut étendre la démocratie, réduire le libre-échange et limiter les formes capitalistiques d'échanges au profit de systèmes humainement et écologiquement viables.

L'atout majeur, selon moi, pour la mise en œuvre d'un tel projet politique de transformation de la société, ce n'est pas seulement les 19.5 % de Mélenchon à la présidentielle, mais la composition sociale de ces 19.5 %. Pour la première fois depuis des décennies, nous avons affaire à un vote de classe. Pendant tout un temps, les idées de gauche radicale étaient, pour faire vite, le domaine réservé d'une petite portion de profs et d'intellectuels déclassés. Depuis la campagne présidentielle, des ouvriers et des employés s'identifient à une telle politique. Et ce, contre toute attente de la classe bourgeoise, qui se réjouissait clairement de voir que les ouvriers votaient pour Marine Le Pen (et que, par conséquent, on pouvait pleinement les mépriser sans complexe, puisque ce sont des graines de fascistes). Eh bien non : la FI a réussi à restaurer un vote de classe en sa faveur, et même si une part importante des classes populaires continue de voter Le Pen, le schéma rêvé de la bourgeoisie – France d'en haut « progressiste » versus France d'en bas « fermée d'esprit » – n'est plus d'actualité.

Ceci étant dit, il faudra observer le devenir de la FI. Et si, par volonté d'accéder au pouvoir, elle se « mitterrandisait » en acceptant de se fondre dans un cadre Ve République et européen ? Et si l'obtention de députés faisait pousser en son sein une petite caste dirigeante grisée par les ors de la République et de plus en plus séduite par les accords d'appareil et le clientélisme de bon aloi ? J'ai tendance à penser qu'un tel atout pour l'avenir ne doit surtout pas être laissé dans un nombre réduit de mains, et j'espère que le mouvement insoumis va gonfler en nombre et en diversité, et ne pas trop se reposer sur une élite qui, l'histoire nous l'a montré, tend bien souvent à perdre de vue la fin ultime de son combat au profit de sa propre survie.

 

Avant le premier tour des législatives, Libération dévoilait un document du ministère du Travail, annonçant les « pistes radicales de réforme » du droit du travail envisagées par le cabinet de Muriel Pénicaud. Que prépare le gouvernement, selon toi ?

 Ni plus ni moins que la lutte finale de la bourgeoisie française, le tournant politique et social qu'elle réclame depuis plusieurs décennies, dont elle a franchi plusieurs étapes grâce à Sarkozy et Hollande mais dont le stade ultime pourrait bien être décroché par Macron : « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » comme l'a avoué Denis Kessler, influent financier et idéologue, en 2007. Ce programme du CNR – issu d'un compromis entre les résistances communiste et gaulliste qui s'étaient mises d'accord pour mettre au pas les « grandes féodalités économiques » qui avaient mené le pays à la défaite et activement collaboré avec les nazis – avait dessiné les lignes d'une authentique démocratie politique ET sociale, où le travailleur n'était plus soumis à l'arbitraire patronal, et où le régime capitaliste ne dictait plus le destin d'un pays tout entier. Ce programme est un symbole, et ce qui l'a précédé et ce qui l'a suivi en ce qui concerne les conquêtes sociales du peuple français face à sa bourgeoisie est précisément ce que notre classe dominante veut détruire pour de bon, car cela entrave l'accumulation de ses profits.

Les « pistes radicales de réforme » du gouvernement ne sont pas de simples mesures de « réduction du coût du travail », à visée purement économique. Ce sont des mesures de division et d'atomisation des salariés par la destruction des dernières formes de solidarité qui pouvaient exister entre eux. L'objectif de ces réformes est de faire en sorte que chaque travailleur soit seul, totalement seul, face à son employeur. Lorsqu'il sera confronté à lui, il ne pourra plus invoquer sa convention collective et encore moins le Code du travail. Il ne pourra plus appeler à la rescousse son délégué syndical, car on sait désormais que le gouvernement compte fusionner les instances de représentation du personnel (comité d'entreprise, comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail et délégués du personnel) en une seule, sous prétexte de « simplifier » les rapports au sein de l'entreprise. En conséquence, au lieu d'avoir autour d'eux plusieurs forces représentatives autonomes, le chef d'entreprise et son staff n'auront qu'un seul type, qu'ils vont pouvoir cuisiner dans une salle de réunion pour le faire craquer, comme les chefs d'État européens l'ont fait avec Alexis Tsipras. Le salarié ne pourra également plus compter sur le Droit en cas de licenciement, car il aura « négocié » dès son embauche un contrat où les clauses de licenciement seront préalablement définies. Je mets quiconque ayant obtenu son premier CDI au défi de me soutenir qu'au moment où il l'a signé, il était en position de chipoter sur les détails de son contrat. C'est tout bonnement impossible, et nous allons tous signer individuellement notre propre soumission aux désirs de nos maîtres. C'est ce que Macron appelle la « république contractuelle » : un monde où l'on fait croire aux gens qu'ils sont à égalité avec ceux qui les dominent, et que tout peut se négocier dans la confiance car « on est tous dans la même équipe ».

Cette organisation de la solitude du travailleur vise à briser la solidarité de classe qui subsiste partout dans le pays et qui empêche les patrons et les actionnaires d'agir comme bon leur semble. C'est cette solidarité qui entraîne des blocages d'usine quand ils veulent délocaliser dans des pays sans Code du travail, ou des recours à l'inspection du travail en cas de harcèlement ; c'est elle qui crée la désapprobation quand un chef se comporte mal. Tout ça, les riches n'en veulent plus. Ils rêvent du prolétariat à la tâche du XIXe siècle, licenciable à tout moment, à l'image des travailleurs ubérisés qui peuvent être « déconnectés » de leur plate-forme s'ils ne sourient pas assez aux clients urbains qu'ils livrent en bouffe japonaise ou qu'ils reconduisent chez eux après une soirée.

*

En mai 2016, on estimait que trois Français sur quatre étaient opposés au projet de loi Travail, porté par Myriam El Khomri. Aujourd'hui, Emmanuel Macron a largement été élu président et l'Assemblée nationale devrait être largement aux couleurs de LREM. Le consensus libéral s'est-il imposé ?

Pas du tout. Bien que les médias entretiennent un climat de pâmoison collective, quasiment masturbatoire, à l'égard du chef de l'État et des valeurs qu'il incarne, la population française reste hermétique au charme néolibéral du Président. Les sondeurs sont bien embarrassés par le manque de ferveur des Français : en plein état de grâce, ça la fout mal. Alors, on crée artificiellement de l'enthousiasme, à coups de micros-trottoirs dans des quartiers remplis de cadres dynamiques et de retraités fortunés, on bidonne les résultats de sondages en montrant le verre à moitié plein. Dans les faits, on est loin, très loin, et je dirais, encore plus loin qu'avant, du consensus libéral.

En 2007, Sarkozy avait vraiment fait vibrer les foules avec son « travailler plus pour gagner plus ». Ses meetings regorgeaient de jeunes gens déshérités qui pensaient qu'avec Sarko, ils allaient pouvoir monter leur boîte. Mais la crise financière est passée par là, mettant en scène la capacité de la bourgeoisie à oublier le libéralisme dès qu'il s'agit de sauver sa peau (cf. les milliards d'euros d'argent public qui ont servi à renflouer les banques), et le statut d'autoentrepreneur a été créé, plongeant des milliers de « dynamiques créateurs d'entreprise » dans la précarité et la solitude. Les mythes libéraux ne fonctionnent plus, les start-ups ne font plus rêver, et malgré tous les discours qui, de Macron à Hamon, prétendent que les Français rêvent de changer de métier tous les mois et de « monter des projets », la grande majorité des 15-30 ans aimeraient devenir fonctionnaires. Et pour cause : la plupart des gens apprennent vite que, sauf pour les héritiers, la création d'entreprise est un gouffre mental et financier, que la vie « précaire mais créative » n'a rien du rêve californien, que l'insécurité financière plombe la santé, la vie de couple, la vie de famille, la vie tout court.

Les gens savent aussi à qui profite ces fumisteries : en 2010, un sondage montrait que 77% des Français estimaient que la croissance ne profitait « qu'à une minorité ». 77% ! Quel contraste avec nos médias dominants qui ne jurent que par les bienfaits de la croissance !

Pour que la démocratie représentative fonctionne, il faut sortir de la croyance selon laquelle un député, parce qu'il nous le promettrait et qu'il aurait une bonne poignée de main sur les marchés, serait capable de représenter les intérêts de tout le monde, dans une société où des classes sociales ont des intérêts divergents.

Enfin, rappelons qu'à la présidentielle, 24 % des votants ont choisi Macron mais qu'une grande partie d'entre eux, selon les sondages, ne l'ont pas fait pour son programme. Cela signifie que le rêve libéral du « projet » macroniste doit parler à 15 %, grand maximum, de la population. Et c'est précisément la proportion des inscrits qui ont voté LREM aux législatives.

Si des politiques libérales continuent de s'imposer, ce n'est donc clairement pas grâce à l'adhésion qu'elle recueille dans la population, mais pour la ferveur qu'elle suscite chez notre oligarchie, qui tient pour l'instant les rênes de nos modes de représentation politique et d'expression médiatique.

Dans l'édito du dernier numéro de Frustration, nous estimons, à propos de ce libéralisme au forceps qu'incarne Macron, qu'il n'en a « plus pour longtemps ». Pas parce que nous sommes devins, mais parce que nous estimons que paradoxalement, jamais l'adhésion au néolibéralisme n'a été aussi faible dans notre histoire récente. Et qu'une fenêtre de tir se présente pour ceux qui, comme nous, veulent en finir avec ses logiques.

 *

Dans ton essai, Les candidats du système, sociologie du conflit d'intérêts en politique, tu évoques le scandale de Panama, qui éclaboussa 104 parlementaires à la fin du XIXe siècle, puis tu dresses le constat que « le soupçon de corruption qui pèse sur nos élus n'a jamais été aussi fort ». Le ver du conflit d'intérêts était-il dans le fruit de la démocratie représentative dès son origine ? Comment sortir de l'impasse ?

Je voulais effectivement montrer que, depuis le début de la démocratie représentative, le risque du conflit d'intérêts est là, et que, par conséquent, la « défiance envers la classe politique » que nos éditorialistes nous décrivent comme pathologique est en réalité très saine. Le jour où 100 % des Français auront pleinement confiance en leurs représentants, nous serons en régime totalitaire. Mais ce n'est pas pour autant satisfaisant.

À l'image du parlement En Marche !, notre représentation politique est quasi entièrement monopolisée par des membres de la classe bourgeoise, zélés défenseurs de ces mêmes grandes banques et assurances. Attention, ça ne veut pas dire qu'ils sont des « marionnettes » de la finance : ils sont des membres d'une classe sociale et partagent les intérêts de cette classe-là.

Si je prenais cet exemple du scandale de Panama, c'est qu'il s'agit d'une forme de corruption explicite et juridiquement qualifiable. De nos jours, à l'exception des cas des gros bonnets comme Balkany, Cahuzac ou Dassault, notre classe politique est corrompue mais de façon plus implicite et clairement difficile à décrire en termes juridiques. Il s'agit d'une corruption sociologique, qui passe par l'appartenance et la sympathie pour une classe sociale bien délimitée, la grande bourgeoisie, et par la fréquentation assidue de son monde (extrêmement structuré par des clubs, cercles, grandes écoles et lieux de résidence exclusifs). Nul pot-de-vin dans l'affaire, mais des liens affectifs, parfois familiaux, des liens amicaux et professionnels, des renvois d'ascenseur, des petits coups de main. À l'extrême, ça donne la fête du Fouquet's, où Sarkozy avait réuni ses amis grands patrons. Mais, de façon plus insidieuse, c'est la présidence Hollande, qui a été incapable de prendre la moindre mesure contraignante envers notre système financier, probablement parce qu'une bonne partie de sa technostructure ministérielle était composée de gens qui ont ensuite poursuivi leur carrière auprès de grandes banques et assurances.

À l'image du parlement En Marche !, notre représentation politique est quasi entièrement monopolisée par des membres de la classe bourgeoise, zélés défenseurs de ces mêmes grandes banques et assurances. Attention, ça ne veut pas dire qu'ils sont des « marionnettes » de la finance : ils sont des membres d'une classe sociale et partagent les intérêts de cette classe-là. Il est dur pour les membres du peuple (j'entends par-là ceux qui ne font pas partie de la classe dominante) de s'en rendre compte, car ils sont dépourvus de conscience de classe, et se sentent plus « citoyens » que « prolétaires » ou « petits-bourgeois ». Mais les bourgeois se sentent bourgeois, ils marchent bourgeois, ils mangent bourgeois et surtout, ils pensent bourgeois. Donc, quand un député défend une fiscalité favorable aux résidences secondaires par exemple, il n'est pas mesquinement en train de penser à la sienne, et il n'est pas en train d'exécuter la consigne d'un puissant financier qui fait pression sur lui. Il fait simplement corps avec les intérêts de sa classe sociale, dont la résidence secondaire est un accessoire indispensable, et la fiscalité une profonde injustice : ces gens sont persuadés que c'est grâce à eux que ce pays tourne, ils s'en sentent à la fois propriétaires et protecteurs, et vivent comme une profonde injustice les contraintes fiscales et sociales que nos aînés leur ont arrachées à coups de lutte sociale et de mesure politique.

Car il faut aussi se dire que notre représentation politique n'a pas toujours été l'apanage de la classe bourgeoise. Sinon, soyez sûrs que la condition sociale de la majorité du peuple français n'aurait guère progressé depuis Germinal. Il fut un temps, qui semble bien loin, où l'on comptait 18 % d'ouvriers à l'Assemblée nationale, où le ministre du Travail, un ouvrier-ajusteur, a mis au point un des systèmes de protection sociale les plus avancés du monde : il s'agit d'Ambroise Croizat, initiateur de la Sécurité sociale.

En résumé, pour que la démocratie représentative fonctionne, il faut sortir de la croyance selon laquelle un député, parce qu'il nous le promettrait et qu'il aurait une bonne poignée de main sur les marchés, serait capable de représenter les intérêts de tout le monde, dans une société où des classes sociales ont des intérêts divergents. Ambroise Croizat n'a pas agi « dans l'intérêt de tous » : la grande bourgeoisie se foutait pas mal d'avoir une sécurité sociale, elle avait déjà de bons médecins, de bonnes cliniques et les moyens de les payer. Il agissait dans les intérêts des membres des classes moyennes et populaires, qui constituaient et constituent toujours la majorité de la population. Et si plus aucun d'entre eux n'est représenté au Parlement, leurs intérêts seront totalement mis de côté.

 *

À la fin de ton essai, dans une partie intitulée « L'implication dans les campagnes électorales : comment la grande bourgeoisie dessine le candidat de ses rêves », tu mets en lumière les relations entre les puissances d'argent et les candidats aux fonctions politiques. Ainsi, Henri de la Croix de Castries, patron d'Axa et directeur de l'Institut Montaigne, aurait financé la campagne de Hollande en 2012 et celle de Fillon à la primaire en 2016. Ainsi, de généreux donateurs ont aidé au financement de la campagne d'Emmanuel Macron. En dénonçant cette « forme de manipulation a priori de la décision publique : celle qui consiste à s'impliquer dans une campagne électorale afin de faire gagner son propre candidat », ne tombes-tu pas dans un certain complotisme ? Penses-tu vraiment que la finance décide de qui est élu et de qui ne l'est pas ?

Je pense que le terme de « finance » est source d'ambiguïté et déforme la réalité. Le chercheur belge Geoffrey Geuens montre bien, dans un livre vraiment très intéressant intitulé La finance imaginaire, que « la finance » est un signifiant un peu vide qui permet aux politiques de créer une sorte d'ennemi imaginaire, désincarné et qui ne pointe personne. On pense au fameux « mon ennemi, c'est la finance » de Hollande, alors que son équipe de campagne était régulièrement en discussion avec la Fédération bancaire française, le lobby des géants du secteur. Je préfère parler d'une classe supérieure, qui est à la tête de l'économie capitaliste, et dont un des secteurs les plus puissants du moment est la finance.

C'est cette classe supérieure qui s'active, en période électorale, pour aider le candidat le plus favorable à ses intérêts à triompher. Elle dispose de plusieurs moyens pour soutenir sa campagne, et l'analyse du cas Macron permet de les lister. D'abord, elle lui met à disposition ses journaux. C'est assez clair avec le groupe Le monde libre, repris en main par le trio Pigasse (finance), Niel (numérique) et Bergé (industrie du luxe), qui a poussé ses journaux à une rapide conversion macroniste, en éliminant les éléments récalcitrants, comme Aude Lancelin – qui a eu le mauvais goût, en 2016, de donner un peu trop de crédit au mouvement contre la loi Travail dans L'Obs. Mais comme je le disais au début de l'interview, et comme le montre bien Alain Accardo dans l'interview que vous avez publiée ici même, on voit bien que les journalistes de L'Obs ou du Monde n'ont pas besoin de recevoir un coup de fil de leurs actionnaires pour disserter amoureusement sur le charme du candidat Macron : ils adhèrent personnellement à ses valeurs.

Il faut bien comprendre que, sans « gros donateurs » (ceux qui signent un chèque de plus de 5000 €), Macron n'aurait jamais pu rassembler aussi vite l'argent nécessaire à une campagne électorale d'envergure, car son principal atout était d'être « hors parti », ce qui complique forcément le bouclage d'un budget.

Le deuxième levier, et pas des moindres, est l'organisation de levées de fonds. Contrairement à Benoît Hamon, je ne pense pas que l'identité des donateurs soit déterminante dans l'affaire : la loi limite le montant d'un don à 7500 € par personne et par an, et les « Macron leaks » ont montré que l'équipe de campagne avait été très scrupuleuse en matière de respect de la loi. Il n'existe donc pas « d'actionnaire majoritaire » de la campagne de Macron, d'homme ou de femme qui aurait contribué à lui ou elle seule à son succès. En revanche, il existe des têtes de réseau, ceux qui ont organisé des petits-déjeuners, déjeuners ou dîners qui, par accumulation de convives, ont pu permettre de réunir en peu de temps de grosses sommes (on parle de centaines de milliers d'euros d'un seul coup). Or, ces « gentils organisateurs » sont des membres éminents de fractions de la bourgeoisie qui ne soutiennent pas Macron pour la beauté du geste. On peut identifier plusieurs sphères : la première est celle des patrons de la « French Tech », un label hype promu par Macron lorsqu'il était à Bercy et qui rassemble les patrons français du numérique qui sont basés à Londres et prennent régulièrement l'Eurostar pour bénéficier de la fiscalité confortable du Royaume-Uni. Dans leur cas, la tête de pont était Albin Serviant, patron d'Appartager.com et fondateur d'un club sélect de patrons français londoniens. Cette clique d'exilés fiscaux (car c'est ce dont il s'agit, en définitive, même si c'est un exil parfaitement légal) attend peut-être un petit geste en faveur de leurs profits en France ? Une deuxième mine d'or a été montée à Bruxelles, dans la banlieue chic d'Uccle, où vivent de nombreux patrons français qui n'aiment pas trop l'ISF et sont donc venus goûter aux charmes de la fiscalité belge. Le patron de Celio, Marc Grosman (qui, vu sa fortune, ne s'habille sans doute pas chez Celio), a par exemple organisé un dîner « pour Emmanuel ». Là encore, on doit s'interroger sur l'intérêt de donner pour Macron, quand on est un riche Français amateur de fiscalité frontalière. La volonté du candidat Macron d'exclure le patrimoine financier du calcul de l'ISF y est certainement pour quelque chose, et nul besoin d'être Navarro pour arriver à une telle conclusion. Il y a eu d'autres dîners, notamment à New York, à l'initiative et avec le carnet d'adresses de Christian Déséglise, directeur chez HSBC, ou plus simplement à Paris, avec le concours de Guillaume Rambourg, un « gérant-star » de hedge funds, probablement séduit par la volonté de Macron de poursuivre le mouvement de dérégulation du secteur financier.

Il faut bien comprendre que, sans « gros donateurs » (ceux qui signent un chèque de plus de 5000 €), Macron n'aurait jamais pu rassembler aussi vite l'argent nécessaire à une campagne électorale d'envergure, car son principal atout était d'être « hors parti », ce qui complique forcément le bouclage d'un budget. En mars, ces gros dons constituaient 45 % de la totalité des dons reçus.

Enfin, le dernier levier est l'implication directe dans les campagnes électorales, par l'envoi de gros bras de la finance et de l'industrie. Jean-Pisani Ferry, présenté par les médias comme un sérieux et austère économiste, est un membre influent de think tanks libéraux comme Bruegel ou le Cercle des économistes. En rejoignant l'équipe de campagne de Macron, il est devenu une caution scientifique tout en étant un idéologue bourgeois de pointe. Bernard Mourad, bras droit de Patrick Drahi, a également été envoyé en renfort, tandis que l'industrie pharmaceutique était représentée par le frère de Bernard, Jean-Jacques, qui a fini par se retirer quand la presse a révélé ses missions pour les laboratoires Servier.

Toutes ces interventions ne constituent pas un « complot » et ne ressemblent en rien à un imaginaire fait de réunions secrètes et de poignées de main furtives. Tout ceci s'est déroulé au grand jour, dans l'univers lambrissé de la bourgeoisie française, et dans le respect de nos lois. Mais il n'en demeure pas moins qu'au bout de ces logiques sociologiques, nous obtenons un putsch républicain. Cependant, quand on voit qu'après un tel déballage de moyens financiers et humains, Macron n'a fait « que » 24%, l'idée selon laquelle il est la dernière chance d'une oligarchie à bout de souffle apparaît comme une évidence.

Dans ton essai, Les candidats du système, sociologie du conflit d'intérêts en politique, tu évoques le scandale de Panama, qui éclaboussa 104 parlementaires à la fin du XIXe siècle, puis tu dresses le constat que « le soupçon de corruption qui pèse sur nos élus n'a jamais été aussi fort ». Le ver du conflit d'intérêts était-il dans le fruit de la démocratie représentative dès son origine ? Comment sortir de l'impasse ?

Je voulais effectivement montrer que, depuis le début de la démocratie représentative, le risque du conflit d'intérêts est là, et que, par conséquent, la « défiance envers la classe politique » que nos éditorialistes nous décrivent comme pathologique est en réalité très saine. Le jour où 100 % des Français auront pleinement confiance en leurs représentants, nous serons en régime totalitaire. Mais ce n'est pas pour autant satisfaisant.

À l'image du parlement En Marche !, notre représentation politique est quasi entièrement monopolisée par des membres de la classe bourgeoise, zélés défenseurs de ces mêmes grandes banques et assurances. Attention, ça ne veut pas dire qu'ils sont des « marionnettes » de la finance : ils sont des membres d'une classe sociale et partagent les intérêts de cette classe-là.

Si je prenais cet exemple du scandale de Panama, c'est qu'il s'agit d'une forme de corruption explicite et juridiquement qualifiable. De nos jours, à l'exception des cas des gros bonnets comme Balkany, Cahuzac ou Dassault, notre classe politique est corrompue mais de façon plus implicite et clairement difficile à décrire en termes juridiques. Il s'agit d'une corruption sociologique, qui passe par l'appartenance et la sympathie pour une classe sociale bien délimitée, la grande bourgeoisie, et par la fréquentation assidue de son monde (extrêmement structuré par des clubs, cercles, grandes écoles et lieux de résidence exclusifs). Nul pot-de-vin dans l'affaire, mais des liens affectifs, parfois familiaux, des liens amicaux et professionnels, des renvois d'ascenseur, des petits coups de main. À l'extrême, ça donne la fête du Fouquet's, où Sarkozy avait réuni ses amis grands patrons. Mais, de façon plus insidieuse, c'est la présidence Hollande, qui a été incapable de prendre la moindre mesure contraignante envers notre système financier, probablement parce qu'une bonne partie de sa technostructure ministérielle était composée de gens qui ont ensuite poursuivi leur carrière auprès de grandes banques et assurances.

À l'image du parlement En Marche !, notre représentation politique est quasi entièrement monopolisée par des membres de la classe bourgeoise, zélés défenseurs de ces mêmes grandes banques et assurances. Attention, ça ne veut pas dire qu'ils sont des « marionnettes » de la finance : ils sont des membres d'une classe sociale et partagent les intérêts de cette classe-là. Il est dur pour les membres du peuple (j'entends par-là ceux qui ne font pas partie de la classe dominante) de s'en rendre compte, car ils sont dépourvus de conscience de classe, et se sentent plus « citoyens » que « prolétaires » ou « petits-bourgeois ». Mais les bourgeois se sentent bourgeois, ils marchent bourgeois, ils mangent bourgeois et surtout, ils pensent bourgeois. Donc, quand un député défend une fiscalité favorable aux résidences secondaires par exemple, il n'est pas mesquinement en train de penser à la sienne, et il n'est pas en train d'exécuter la consigne d'un puissant financier qui fait pression sur lui. Il fait simplement corps avec les intérêts de sa classe sociale, dont la résidence secondaire est un accessoire indispensable, et la fiscalité une profonde injustice : ces gens sont persuadés que c'est grâce à eux que ce pays tourne, ils s'en sentent à la fois propriétaires et protecteurs, et vivent comme une profonde injustice les contraintes fiscales et sociales que nos aînés leur ont arrachées à coups de lutte sociale et de mesure politique.

Car il faut aussi se dire que notre représentation politique n'a pas toujours été l'apanage de la classe bourgeoise. Sinon, soyez sûrs que la condition sociale de la majorité du peuple français n'aurait guère progressé depuis Germinal. Il fut un temps, qui semble bien loin, où l'on comptait 18 % d'ouvriers à l'Assemblée nationale, où le ministre du Travail, un ouvrier-ajusteur, a mis au point un des systèmes de protection sociale les plus avancés du monde : il s'agit d'Ambroise Croizat, initiateur de la Sécurité sociale.

En résumé, pour que la démocratie représentative fonctionne, il faut sortir de la croyance selon laquelle un député, parce qu'il nous le promettrait et qu'il aurait une bonne poignée de main sur les marchés, serait capable de représenter les intérêts de tout le monde, dans une société où des classes sociales ont des intérêts divergents. Ambroise Croizat n'a pas agi « dans l'intérêt de tous » : la grande bourgeoisie se foutait pas mal d'avoir une sécurité sociale, elle avait déjà de bons médecins, de bonnes cliniques et les moyens de les payer. Il agissait dans les intérêts des membres des classes moyennes et populaires, qui constituaient et constituent toujours la majorité de la population. Et si plus aucun d'entre eux n'est représenté au Parlement, leurs intérêts seront totalement mis de côté.

 *

À la fin de ton essai, dans une partie intitulée « L'implication dans les campagnes électorales : comment la grande bourgeoisie dessine le candidat de ses rêves », tu mets en lumière les relations entre les puissances d'argent et les candidats aux fonctions politiques. Ainsi, Henri de la Croix de Castries, patron d'Axa et directeur de l'Institut Montaigne, aurait financé la campagne de Hollande en 2012 et celle de Fillon à la primaire en 2016. Ainsi, de généreux donateurs ont aidé au financement de la campagne d'Emmanuel Macron. En dénonçant cette « forme de manipulation a priori de la décision publique : celle qui consiste à s'impliquer dans une campagne électorale afin de faire gagner son propre candidat », ne tombes-tu pas dans un certain complotisme ? Penses-tu vraiment que la finance décide de qui est élu et de qui ne l'est pas ?

Je pense que le terme de « finance » est source d'ambiguïté et déforme la réalité. Le chercheur belge Geoffrey Geuens montre bien, dans un livre vraiment très intéressant intitulé La finance imaginaire, que « la finance » est un signifiant un peu vide qui permet aux politiques de créer une sorte d'ennemi imaginaire, désincarné et qui ne pointe personne. On pense au fameux « mon ennemi, c'est la finance » de Hollande, alors que son équipe de campagne était régulièrement en discussion avec la Fédération bancaire française, le lobby des géants du secteur. Je préfère parler d'une classe supérieure, qui est à la tête de l'économie capitaliste, et dont un des secteurs les plus puissants du moment est la finance.

C'est cette classe supérieure qui s'active, en période électorale, pour aider le candidat le plus favorable à ses intérêts à triompher. Elle dispose de plusieurs moyens pour soutenir sa campagne, et l'analyse du cas Macron permet de les lister. D'abord, elle lui met à disposition ses journaux. C'est assez clair avec le groupe Le monde libre, repris en main par le trio Pigasse (finance), Niel (numérique) et Bergé (industrie du luxe), qui a poussé ses journaux à une rapide conversion macroniste, en éliminant les éléments récalcitrants, comme Aude Lancelin – qui a eu le mauvais goût, en 2016, de donner un peu trop de crédit au mouvement contre la loi Travail dans L'Obs. Mais comme je le disais au début de l'interview, et comme le montre bien Alain Accardo dans l'interview que vous avez publiée ici même, on voit bien que les journalistes de L'Obs ou du Monde n'ont pas besoin de recevoir un coup de fil de leurs actionnaires pour disserter amoureusement sur le charme du candidat Macron : ils adhèrent personnellement à ses valeurs.

Il faut bien comprendre que, sans « gros donateurs » (ceux qui signent un chèque de plus de 5000 €), Macron n'aurait jamais pu rassembler aussi vite l'argent nécessaire à une campagne électorale d'envergure, car son principal atout était d'être « hors parti », ce qui complique forcément le bouclage d'un budget.

Le deuxième levier, et pas des moindres, est l'organisation de levées de fonds. Contrairement à Benoît Hamon, je ne pense pas que l'identité des donateurs soit déterminante dans l'affaire : la loi limite le montant d'un don à 7500 € par personne et par an, et les « Macron leaks » ont montré que l'équipe de campagne avait été très scrupuleuse en matière de respect de la loi. Il n'existe donc pas « d'actionnaire majoritaire » de la campagne de Macron, d'homme ou de femme qui aurait contribué à lui ou elle seule à son succès. En revanche, il existe des têtes de réseau, ceux qui ont organisé des petits-déjeuners, déjeuners ou dîners qui, par accumulation de convives, ont pu permettre de réunir en peu de temps de grosses sommes (on parle de centaines de milliers d'euros d'un seul coup). Or, ces « gentils organisateurs » sont des membres éminents de fractions de la bourgeoisie qui ne soutiennent pas Macron pour la beauté du geste. On peut identifier plusieurs sphères : la première est celle des patrons de la « French Tech », un label hype promu par Macron lorsqu'il était à Bercy et qui rassemble les patrons français du numérique qui sont basés à Londres et prennent régulièrement l'Eurostar pour bénéficier de la fiscalité confortable du Royaume-Uni. Dans leur cas, la tête de pont était Albin Serviant, patron d'Appartager.com et fondateur d'un club sélect de patrons français londoniens. Cette clique d'exilés fiscaux (car c'est ce dont il s'agit, en définitive, même si c'est un exil parfaitement légal) attend peut-être un petit geste en faveur de leurs profits en France ? Une deuxième mine d'or a été montée à Bruxelles, dans la banlieue chic d'Uccle, où vivent de nombreux patrons français qui n'aiment pas trop l'ISF et sont donc venus goûter aux charmes de la fiscalité belge. Le patron de Celio, Marc Grosman (qui, vu sa fortune, ne s'habille sans doute pas chez Celio), a par exemple organisé un dîner « pour Emmanuel ». Là encore, on doit s'interroger sur l'intérêt de donner pour Macron, quand on est un riche Français amateur de fiscalité frontalière. La volonté du candidat Macron d'exclure le patrimoine financier du calcul de l'ISF y est certainement pour quelque chose, et nul besoin d'être Navarro pour arriver à une telle conclusion. Il y a eu d'autres dîners, notamment à New York, à l'initiative et avec le carnet d'adresses de Christian Déséglise, directeur chez HSBC, ou plus simplement à Paris, avec le concours de Guillaume Rambourg, un « gérant-star » de hedge funds, probablement séduit par la volonté de Macron de poursuivre le mouvement de dérégulation du secteur financier.

Il faut bien comprendre que, sans « gros donateurs » (ceux qui signent un chèque de plus de 5000 €), Macron n'aurait jamais pu rassembler aussi vite l'argent nécessaire à une campagne électorale d'envergure, car son principal atout était d'être « hors parti », ce qui complique forcément le bouclage d'un budget. En mars, ces gros dons constituaient 45 % de la totalité des dons reçus.

Enfin, le dernier levier est l'implication directe dans les campagnes électorales, par l'envoi de gros bras de la finance et de l'industrie. Jean-Pisani Ferry, présenté par les médias comme un sérieux et austère économiste, est un membre influent de think tanks libéraux comme Bruegel ou le Cercle des économistes. En rejoignant l'équipe de campagne de Macron, il est devenu une caution scientifique tout en étant un idéologue bourgeois de pointe. Bernard Mourad, bras droit de Patrick Drahi, a également été envoyé en renfort, tandis que l'industrie pharmaceutique était représentée par le frère de Bernard, Jean-Jacques, qui a fini par se retirer quand la presse a révélé ses missions pour les laboratoires Servier.

Toutes ces interventions ne constituent pas un « complot » et ne ressemblent en rien à un imaginaire fait de réunions secrètes et de poignées de main furtives. Tout ceci s'est déroulé au grand jour, dans l'univers lambrissé de la bourgeoisie française, et dans le respect de nos lois. Mais il n'en demeure pas moins qu'au bout de ces logiques sociologiques, nous obtenons un putsch républicain. Cependant, quand on voit qu'après un tel déballage de moyens financiers et humains, Macron n'a fait « que » 24%, l'idée selon laquelle il est la dernière chance d'une oligarchie à bout de souffle apparaît comme une évidence.

Repost 0
17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 16:12

Quand j’entends dénoncer la violence, je serre les poings. Trop facile !

60 ans, pile-poil, que je ne suis pas battu - après l’avoir décidé - autrement qu’avec le verbe. Mais dès fois, je vous jure…

Tenez ! après avoir expédié le dernier texte sur le blog, je reçois en lecture deux liens, l’un concernant les ordonnances Macron sur la réforme du Code du travail (1), l’autre sur le 4ème mémorandum (2) imposé aux grecs. Si ce ne sont pas là violences, alors nous vivons dans un monde d’agnelets.

Je vous invite donc à prendre connaissance de ces deux décryptages qui ne sont pas par ailleurs sans mettre en évidence des similitudes qui montrent bien que l’Europe libérale conduit de manière coordonnée la guerre – je dis la guerre - sociale dans tous nos pays. Le premier émane de la CGT, syndicat auquel je n’appartiens pas - précision pour prévenir toute observation à la con-, le second de Despina Charalambidou ancienne députée et vice-présidente du Parlement grec qu’on pourrait compléter de 2 articles parus dans Alternatives économiques aux titres évocateurs de la violence : ‘Le Calvaire grec’ et ‘Grèce : l’acharnement’.

  1. http://www.ugict.cgt.fr/articles/references/decryptage-ordonnances-macron
  2. https://unitepopulaire-fr.org/2017/06/08/la-grece-sur-le-lit-de-procruste-decryptage-du-4e-memorandum/

Puis, me vient à l’esprit cette autre violence - une plaisanterie, dit-on aimablement, nonchalamment, futilement - faite par Jupiter-Macron parlant des kwassa-kwassa, embarcations dans lesquelles s’entassent ceux que notre système d’exploiteurs a contraint à fuir leurs pays et qui, pour certains, ont la mer comme linceul.

Puis encore me vient à l’esprit toutes ces guerres, ici et là, en Irak, en Lybie,…, que nos dirigeants aux belles manières ont allumées il y a déjà longtemps et qui n’en finissent pas.

Puis toujours me vient à l’esprit ceux qui se suicident dans leurs granges au nom de la concurrence libre et non faussée (tu parles !), au boulot parce qu’ils sont pressés comme des citrons, considérés comme des chiens, …  

Et encore et encore. Partout.

Si ce n’est pas de la violence ça : la mort dont on sait qu’elle va advenir, la mort décidée froidement, profitable à quelques uns (je ne voudrais pas qu’elle me profite), c’est à ne rien y comprendre. A ce point, je m’en vais dire, m’inspirant de V. Hugo qui préfère pour titre à son livre Les misérables plutôt que La misère, qu’il ne s’agit pas de la mort mais de morts. De morts.

Mais de cela, madame El Khomri, ‘nos’ dirigeants que nous nous apprêtons largement à mettre en place, cul dans le profit, le toujours plus, ils s’en torchent. Alors, je demande : quel regard devons-nous porter sur la violence? D'où émane-t-elle? Qu’est-ce que ça veut dire être civilisé ?

Repost 0
17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 12:19

NKM agressée physiquement lors d’un tractage, monte au créneau, pour dénoncer la violence et se faire de la pub sur le dos de J-L Mélenchon (1) (2), madame El Khomri dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle en connait un rayon en la matière.

La violence, pour les établis comme madame El khomri, c’est l’expression d’un comportement incivil strictement de l’ordre de la baston ou du propos ordurier. Il ne leur vient pas à l’idée, à elle et aux siens, qu’ils pratiquent la violence lorsqu’ils abusent du pouvoir, de leur position, de leur savoir-faire qui est mise en bonne forme de la violence pour qu’elle n’apparaisse pas comme telle.

La violence c’est surtout et avant tout l’éternelle histoire racontée par M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot sous le titre : La violence des riches, celle décrite par S. Beaud, J. Confavreux, J. Lindgaard dans La France invisible, celle que narre N. Klein dans La stratégie du choc. La violence c’est la mort de Rémi Fraisse qui reste et laisse sa famille sans réponse, c’est celle subie par des ouvriers contraints de miner leur outil de travail pour se faire entendre, celle faite  aux gens qui sont au chômage pour raison de dumping social, celles d’autres qui sont à crever à la rue sans toit et sans bouffer … Mais de cette violence, qui ne fait pas son quotidien sinon à la lecture des journaux,  madame El Khomri n’en a cure.

Madame El Khomri n’a rien à battre de cette violence bien réelle que représente la destruction du Code du travail, qui laisse les plus démunis sans défense, qu’elle a porté à coup de 49-3 - autre violence – devant le Parlement.  Non ! Elle n’en a rien à battre. C’est là, seulement, chose établie dans les règles, de ce fait absence de violence pour elle.

Verra-t-on madame El Khomri s’insurger contre cette violence qu’est la constitutionnalisation d’une partie de l’état d’urgence qui va restreindre les libertés, mettre en œuvre des procédures administratives au détriment des judiciaires ? Bien sûr que non ! S’est-elle élevée contre cette violence qu’est la restriction du droit de grève pourtant forme civilisée de la résolution des conflits ? Bien évidemment que non !

Alors, il faut le dire tout net : quand on a dépouillé opiniâtrement, sans baragouiner, les défavorisés de ce qui les faisait appartenir à l’espèce humaine, quand on en a fait des bêtes acculées, il ne faut pas s’étonner que la violence, à la faveur d’un évènement, prenne des formes inattendues. Seuls les imbéciles, atteints de cécité, de surdité sociale et politique ne peuvent comprendre.

Pour tout dire, il faut regretter le sort fait à NKM, je ne connais pas le quidam qui l’a agressé et les raisons de ce dernier, mais madame El Khomri devrait apprendre à la fermer étant la moins bien placée pour dénoncer la violence.

Une chose encore car on établit parfois des distinguos un peu trop subtils. Il faut, dit-on, résoudre les conflits par le débat (d’idées). Of corse ! Ce n’est pas affaire de personnes, dit-on aussi. Alors là, c’est une autre paire de manches. Les idées n’existent que parce qu’elles sont pensées et portées par des individus ; elles ne se baladent pas comme ça dans l’éther, surgies de nulle part et prises au filet à papillons. De fait, c’est aller un peu vite en besogne que de dissocier les idées des personnes, le débat du débatteur, d’en rester à l’un en épargnant l’autre. D’ailleurs la justice ne s’y trompe pas, c’est bien des personnes physiques qu’elle pénalise, parfois incarcère pour des idées. Alors, la violence …. elle est souvent physique. Ne rien avoir à manger : c’est physique. Ne pas avoir de toit sur la tête : c’est physique. Etre dans la misère: c'est physique.

On lira avec intérêt l’article de Wikipédia sur la violence (2) qui, faisant état de nombreux types de violences, permet d’y voir plus clair.

 *

 

  1. https://www.marianne.net/politique/des-attaques-de-melenchon-contre-cazeneuve-l-agression-de-nkm-il-n-y-qu-un-pas-pour-el
  2. http://www.lopinion.fr/video/clash/agression-nkm-myriam-el-khomri-attaque-jean-luc-melenchon-129044
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Violence
Repost 0
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:28

Source : http://www.gaucherepublicaine.org/chronique-devariste/laffrontement-social-contre-la-politique-de-macron-cest-pour-demain/7400360

 *

 *

Si l’on en croit les documents que Médiapart s’est procurés, la loi El Khomri II (sans Madame El Khomri), cela démarre ce mois-ci avant la fin des législatives :

14 juin : projet de loi d’habilitation envoyé au Conseil d’État

28 juin : projet de loi présenté au Conseil des ministres

24 au 28 juillet : vote à l’Assemblée nationale
avant le 28 août : envoi des ordonnances au Conseil d’État

20 septembre : adoption du paquet d’ordonnances

La loi Macron-El Khomri I est passée par le 49-3 anti-démocratique, la loi Macron-El Khomri II est prévue par le processus anti-démocratique des ordonnances, c’est-à-dire sans débat parlementaire sur le fond du sujet car le débat n’aura lieu que sur la loi d’habilitation mais pas sur le contenu réel des ordonnances elles-mêmes. Le nouveau président veut ainsi éviter la possibilité de riposte immédiate des salariés et de leurs organisations syndicales revendicatives. Pour cela, il souhaite « boucler » le processus avant l’automne.
Toujours la même stratégie de la « grenouille chauffée » : les politiques d’austérité néolibérales se suivent par « tranches de saucisson » sans que soit présenté explicitement le projet global. Ainsi se suivent les actions du mouvement réformateur néolibéral sur les retraites, sur les lois travail, sur le financement de la protection sociale, sur les services publics, sur l’école, sur la privatisation des profits et la socialisation des pertes, etc.
Nous ne connaissons pas encore le futur contenu des ordonnances mais nous savons déjà que la ligne directrice sera d’augmenter fortement le degré de soumission des salariés aux décisions du patronat pour que ce dernier puisse bénéficier rapidement de la loi Macron-El-Khomri I.
Est-ce que le mouvement syndical revendicatif sera capable d’engager la première épreuve des forces dès septembre 2017 ?

Est-ce qu’une union des forces sociales (syndicales, associatives et politiques) pourra, parallèlement aux luttes sociales animées par le mouvement syndical revendicatif, développer un processus d’éducation populaire refondée (avec de plusieurs centaines d’initiatives publiques), du même type que le processus utilisé par la grande Attac pour préparer le Non au traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 ?

Voilà les questions auxquelles le peuple mobilisé doit répondre !

Mais comme nous devons tenir compte des faiblesses du mouvement social par le passé, il conviendra, nous semble-t-il, en plus des deux axes de la mobilisation présentés ci-dessus, de mettre en discussion dans les débats non pas les programmes politiques des uns et des autres mais la question du modèle politique alternatif (avec ses principes constitutifs, ses ruptures nécessaires, ses exigences indispensables et sa stratégie) qui peut répondre aux besoins des citoyens, des travailleurs et de leurs familles. Car c’est bien ce qui a manqué pour poursuivre sur la victoire du non au TCE après le 29 mai 2005. Cela éviterait de réitérer les méthodes du vieux monde avec les actions en cartel non démocratique d’organisations où les débats centraux sont écartés par les dirigeants du cartel au nom de cette idée nauséabonde qui est l’une des causes du déclin de l’altermondialisme, à savoir « qu’on ne discute plus de ce qui divise même si c’est très important » et qu’on ne discute que sur ce qui fait déjà consensus.
Oui, on a le droit de changer de stratégie et de méthodes de travail au vu des résultats culturels, sociaux et politiques qu’ont produits la stratégie et les méthodes de travail employées par le passé. Oui, il faut développer la critique de l’économie politique, la critique des priorités culturelles et politiques passées, la critique des séquences politiques passées. Notre journal ReSPUBLICA associé au Réseau Education Populaire (REP) s’efforcera de répondre aux sollicitations qui naîtront ici et là dans le mouvement social et politique.
Non, il n’y a pas de fatalité à voir que l’extrême droite se développe plus vite et plus fort que la gauche critique en période de crise. A condition de ne pas attendre la prochaine présidentielle pour « faire barrage à l’extrême droite » et d’être capable de se remettre en question quand on n’a pas le soutien populaire suffisant. C’est tout de suite qu’il faut porter le fer contre la cause centrale du développement de l’extrême droite, à savoir les politiques néolibérales rendues obligatoires par le capitalisme lui-même pour lutter contre sa crise du capital et donc du profit.

N’hésitez plus à nous écrire, à nous téléphoner, à nous inviter en débat ouvert, en formation, etc.

Hasta la victoria siempre !

Repost 0
5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 09:34

Que Ch. Castaner, membre du gouvernement Macron, tenant l’argument de la démocratie politique (Macron est élu), conteste la démocratie sociale (le droit de manifester) n’est pas un signe de bonne santé pour notre pays.

"On n'a pas le droit de bloquer la France", Christophe Castaner - 23/05.

De l’état d’urgence à la militarisation et au contrôle social, le pas est vite franchi. Ce qui est autorisé à situation exceptionnelle donnée (le terrorisme) et pour un temps déterminé tend à s’étendre à d’autres situations (manifestations sociales, politiques) et à durer. C’est là une dérive dangereuse contre les libertés et la démocratie.

 « …. dans les régimes libéraux, la pacification doit être menée selon la loi : ceci est l’essence des écrits de Kafka. Au moyen des lois sur l’état d’urgence, l’état d’exception et la sécurité nationale interne (aux États-Unis, les Emergency Regulations, States of Exception and Emergency and Homeland Security Regulations), la loi est au service des fonctions policières de l’État ». (4)

Amnisty-international se fait l’écho de cette dérive et du dévoiement en France de l’état d’urgence (1) (2)

  1. http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/terrorisme/attaques-du-13-novembre-a-paris/etat-d-urgence-en-france/l-etat-d-urgence-devoye-en-france-selon-amnesty-international_2215042.html
  2. https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/droit-de-manifester-en-france?utm_medium=reseaux-sociaux&utm_source=twitter

qui conduit à des interventions musclées aux conséquences dramatiques dont témoigne le père de Rémi Fraisse qui craint que ‘l’affaire’ de son fils soit enterrée.

  1. https://www.youtube.com/watch?v=OErPQXPg1Sk

‘L’état d’urgence sert à criminaliser les mouvements sociaux’ J-L  Mélenchon.

  1. http://www.20minutes.fr/politique/1741139-20151130-melenchon-etat-urgence-sert-criminaliser-mouvements-sociaux

Pour sa part Attac fait état d’un document écrit par Jeff Halper, intitulé : La guerre contre le peuple

  1. https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-13-printemps-2017/dossier-militarisation-et-controle-social/article/la-guerre-contre-le-peuple
Repost 0
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 11:43

Pour que des idiots gouvernent encore faut-il que des idiots les aient élus. Cependant, les idiots n’élisent pas que des idiots.

Exergue

 *

 *

 Source : http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/donald-trump-est-le-visage-de-notre-idiotie-collective

 *

 *

Impopulaire, Donald Trump ? Oui, mais dans son propre électorat, sa cote reste forte, 85% en moyenne, et les Républicains ont la majorité au Congrès, à la Chambre des Représentants comme au Sénat. Pour le journaliste militant Chris HEDGES, nous refusons de voir l’effondrement qui vient. Donald J. TRUMP n’est pas la maladie, il est le symptôme. Nous vous proposons la traduction de son article publié sur Truthdig, « Le Règne des Idiots », qui fait penser au film formidable de Mike Judge, IDIOCRACY (2006).

 *

« Les idiots prennent le pouvoir dans les derniers jours d’une civilisation qui s’effondre. Les généraux idiots mènent des guerres sans fin, vouées à l’échec, qui mènent la nation à la faillite. Les économistes idiots appellent à réduire les impôts pour les riches et à supprimer les aides sociales pour les pauvres, et se projettent dans une croissance économique fondée sur un mythe. Les industriels idiots empoisonnent l’eau, le sol et l’air, détruisent les emplois et réduisent les salaires. Les banquiers idiots misent sur des bulles financières auto-créées, et infligent des dettes qui paralysent les citoyens. Les journalistes et les intellectuels idiots prétendent que le despotisme est la démocratie. Les agents de renseignements idiots orchestrent le renversement de gouvernements étrangers pour y créer des enclaves sans foi ni loi qui créeront des fanatiques enragés. Les professeurs, les « experts » et les « spécialistes » idiots s’affairent dans un jargon incompréhensible et des théories ésotériques qui soutiennent la politique des dirigeants. Les artistes et les producteurs idiots créent d’épouvantables spectacles sexuels, horrifiques et fantastiques.

Certaines étapes bien connues aboutissent à l’extinction. Nous sommes en train d’en cocher toute la liste.

Les idiots ne connaissent qu’un seul mot – « plus ». Ils ne s’encombrent pas du bon sens. Ils amassent des richesses et des ressources jusqu’à ce que les travailleurs ne puissent plus gagner leur vie et que les infrastructures s’effondrent. Ils vivent dans des environnements privilégiés, où ils mangent du gâteau au chocolat en donnant l’ordre d’envoyer des missiles. Ils considèrent l’État comme un prolongement de leur vanité. Les dynasties romaine, maya, française, Habsbourg, ottomane, Romanov, Wilhelmine, Pahlavi et soviétique se sont effondrées à cause des caprices et des obsessions de ces idiots au pouvoir.

Donald Trump est le visage de notre idiotie collective. Ce qui se cache derrière le masque de notre civilisation et de sa rationalité déclarée – un mégalomane bafouillant, narcissique, assoiffé de sang. Il utilise l’armée et la flotte contre les damnés de la terre, il ignore joyeusement la misère humaine catastrophique causée par le réchauffement climatique, il pille au nom de l’oligarchie mondiale, puis le soir, il s’assoit devant sa télévision, la bouche ouverte, avant d’ouvrir son « joli » compte Twitter. C’est notre version de l’empereur romain Néron, qui avait alloué de vastes dépenses de l’État pour obtenir des pouvoirs magiques, de l’empereur chinois Qin Shi Huang, qui avait financé de multiples expéditions sur l’île mythique des immortels pour en ramener la potion qui lui aurait donné la vie éternelle, ou encore d’une royauté russe en décomposition, assise autour d’un jeu de tarot et d’une séance de spiritisme pendant que leur nation était décimée par la guerre et que la révolution grondait dans la rue.

Ce moment marque la fin d’une longue et triste histoire de cupidité et de meurtre de la part des Blancs. Il était inévitable que, pour ce spectacle final, nous régurgitions un personnage grotesque tel que Trump. Les Européens et les États-Uniens ont passé cinq siècles à conquérir, piller, exploiter et polluer la Terre au nom du progrès de l’humanité. Ils ont utilisé leur supériorité technologique pour créer les machines de mort les plus efficaces de la planète, dirigées contre n’importe qui et n’importe quoi, surtout contre les cultures autochtones qui se trouvaient sur leur chemin. Ils ont volé et amassé les richesses et les ressources de la planète. Ils ont cru que cette orgie de sang et d’or ne finirait jamais, et ils y croient encore. Ils ne comprennent pas que la triste morale d’une expansion capitaliste et impérialiste sans fin condamne les exploiteurs autant que les exploités. Mais, alors même que nous sommes au bord de l’extinction, nous n’avons pas l’intelligence et l’imagination de nous libérer de cette évolution.

Plus les signes avant-coureurs sont palpables – hausse des températures, effondrements financiers mondiaux, migrations de masse, guerres sans fin, empoisonnement des écosystèmes, corruption rampante de la classe dirigeante –, plus nous nous tournons vers ceux qui scandent, par idiotie ou par cynisme, le même refrain, selon lequel ce qui a fonctionné par la passé fonctionnera à l’avenir, que le progrès est inévitable. Les preuves factuelles, qui sont un obstacle à ce que nous désirons, sont bannies. Les impôts sur les sociétés et sur les riches, qui ont désindustrialisé le pays et transformé plusieurs de nos villes en ruines, diminuent, et on casse la régulation, dans le but de nous ramener à un hypothétique âge d’or des années 1950 pour travailleurs américains blancs. Des terrains publics sont ouverts à l’industrie pétrolière et gazière, dont la hausse des émissions de carbone va faire périr notre espèce. La baisse des rendements agricoles due aux canicules et aux sécheresses est ignorée. La guerre est l’activité principale de l’État kleptocratique.

En 1940, à l’apogée du fascisme européen et alors que la guerre devenait mondiale, Walter Benjamin écrivait :

« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. » [1]

La pensée magique n’est pas limitée aux croyances et aux pratiques des cultures pré-modernes. C’est ce qui définit l’idéologie du capitalisme. Les quotas et les ventes prévues peuvent toujours être satisfaites. Les bénéfices peuvent toujours être atteints. La croissance est inévitable. L’impossible est toujours possible. Les sociétés humaines, si elles s’inclinent devant les impératifs du marché, entreront dans le paradis capitaliste. C’est seulement une question de bonne attitude et de bonne technique. Quand le capitalisme prospère, on nous assure que nous prospérerons. L’individu s’est fondu dans l’organisation capitaliste, ce qui nous a privé de notre pouvoir, de notre créativité, de notre capacité à la réflexion personnelle et à l’autonomie morale. Nous définissons notre valeur, non par notre indépendance ou notre caractère, mais par les standards matériels établis par le capitalisme – richesse personnelle, grandes marques, avancement de carrière et de statut social. Nous sommes modelés dans un conformisme et un refoulement collectifs. Ce conformisme de masse est caractéristique des États totalitaires et autoritaires. C’est la disneyisation de l’Amérique, la terre des pensées éternellement heureuses et des attitudes positives. Et quand la pensée magique ne fonctionne pas, on nous dit – et souvent on l’accepte – que le problème, c’est nous. Nous devons avoir plus de foi. Nous devons envisager ce que nous voulons. Nous devons faire plus d’efforts. Le système n’est jamais à blâmer. Nous avons échoué. Pas lui.

Tous nos systèmes d’information, des gourous du coaching personnel à Hollywood, en passant par ces monstruosités politiques telles que Trump, nous vendent cette poudre de Perlimpinpin. Nous refusons de voir l’effondrement qui vient. L’illusion dans laquelle nous nous réfugions est une opportunité pour ces charlatans qui nous disent ce que nous voulons entendre. La pensée magique qu’ils adoptent est une forme d’infantilisme. Elle discrédite les faits et la réalité, que rejette l’hypocrisie éclatante de slogans comme « Rendre sa grandeur à l’Amérique. » La réalité est bannie par un optimisme impitoyable et sans fondement.

La moitié du pays peut vivre dans la pauvreté, les libertés individuelles peuvent nous être enlevées, la police militarisée peut assassiner des citoyens désarmés dans les rues et nous avons beau avoir le système carcéral le plus grand du monde et la machine de guerre la plus meurtrière, toutes ces vérités sont pourtant soigneusement ignorées. Trump incarne l’essence même de ce monde pourri, en faillite intellectuelle et immoral. Il en est l’expression naturelle. Il est le roi des idiots. Nous sommes ses victimes. »

Chris Hedges

*

En 2006 sortait Idiocracy, un film de Mike Judge : l’histoire d’un soldat ordinaire cryogénisé dans le cadre d’un programme d’hibernation, et qui se réveille en 2505, dans un monde où tout le monde est devenu idiot, et où il devient l’homme le plus intelligent du monde…

10 ans plus tard, après l’investiture de Donald J. Trump comme candidat républicain, le co-scénariste du film, Etan Cohen, écrivait : « Je ne pensais pas qu’Idiocracy deviendrait un documentaire »

 *

[1] Walter Benjamin, Thèses sur la philosophie de l’histoire, éditions Denoël, 1971

Repost 0
3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 13:52

«Plaisanterie pas heureuse» et «malvenue», reconnait l’Elysée.

Une plaisanterie. C'est-à-dire un propos visant à ironiser, à se moquer. Se moquer de qui ? Des misérables qui disparaissent en mer pour fuir la mauvaise vie qui leur est faite.

Faut-il être crétin, pauvre type pour se laisser aller ainsi !

J’ai honte ! Honte de savoir qu’un tel gugusse, récidiviste de surcroit (3) (4), me représente. Il est vrai qu’avec les 2 derniers on a été servi. Il est vrai aussi qu’on a ce qu’on mérite.

Qu’est-ce que la mort des autres ? Qu’est-ce que la misère des autres ? Plus rien ne fait sens !

Il va falloir réapprendre à nous lasser de l’immoralité.

 *

  1. http://www.liberation.fr/france/2017/06/03/quand-macron-plaisante-sur-les-bateaux-qui-amenent-du-comorien-a-mayotte_1574337
  2. http://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/morbihan/video-etel-morbihan-blague-emmanuel-macron-kwassa-kwassa-cree-polemique-1266257.html
  3. http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/05/27/25001-20160527ARTFIG00392-emmanuel-macron-le-meilleur-moyen-de-se-payer-un-costard-c-est-de-travailler.php
  4. http://www.europe1.fr/economie/macron-et-les-illettres-des-abattoirs-gad-un-vrai-sujet-2234175

 

 

 

Repost 0
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 21:02

D’abord observons que s’il y a une loi de moralisation de la vie politique c’est que, par bien des aspects, il est reconnu qu’elle est immorale.

Ceci étant dit, convenons que le champ d’application de cette loi de moralisation est celui-là même où il ne devrait pas y avoir à établir ce type de loi tant l’exemplarité devrait y être requise.

L’inexistence de l’exemplarité attendue, ce qui signifie les manquements aux bonnes mœurs politiques, doit avoir pour corolaire l’exemplarité des sanctions proposées car il ne suffit pas d’établir des règles, encore faut-il signifier ce qu’il en coûtera si elles sont transgressées.

 *

Situation pour le moins incongrue, on notera que dans cette affaire c’est au législateur qu’incombera de voter le projet de loi qui règlera son sort après qu’il ait procédé à des amendements appelés ‘enrichissement des débats’. C’est là qui relève du conflit d’intérêt.

Une plate-forme numérique est prévue, dit-on, ‘afin que les citoyens puissent participer aux débats’. C’est une excellente initiative, à la condition que les propositions soient étudiées et retenues par une commission indépendante des pouvoirs (magistrats, citoyens non élus) pour finalement être prises en compte dans la loi.

Mais déjà, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux a fait différentes propositions qui, il faut l’espérer, ne sont qu’une contribution au projet de loi, propositions qu’il aurait pu compléter de celle-ci qu’il ne peut ignorer et qui correspond à son désir de faire participer les citoyens, à savoir : le référendum révocatoire des élus d’initiative populaire.

*

La loi de moralisation de la vie politique qui s’attache à rendre ‘honnêtes’ les élus, c'est-à-dire des personnes, ne prend cependant pas en compte des pratiques, ainsi le lobbying.

Il n’y a rien de plus immoral que cette perversion de la démocratie exercée au travers du lobbying par les grands groupes industriels et financiers qui va parfois jusqu’à la corruption des élus, ceci pour obtenir des politiques favorables à des intérêts privés.

C’est dire que la moralisation de la vie politique doit permettre au peuple d’être et de rester le seul souverain.

*

Mélange des genres. Rien n’est dit également, du point de vue de la morale, de ces personnes, réputées être de la société civile, qui viennent, sans avoir été élues, participer au gouvernement public du pays après avoir servi à des postes importants l’intérêt de grosses entreprises. C’est dire que le lobbying qui était à forcer la porte a désormais sa chaise, du fait du prince, à la table du conseil des ministres. Le moins qu’on puisse vouloir c’est que la loi indique que les ministères ne peuvent être occupés que par des individus qui ont gagné leurs galons avec le suffrage populaire.

*  

Les propositions du ministre participent de la moralisation de la vie politique. Sont-elles suffisantes ? Certainement pas.

Voulons-nous une République morale ? C'est-à-dire rigide. Non. Mais il est tout de même des règles à établir pour que les personnes qui nous gouvernent n’agissent comme des malfrats.

Et puisqu’on peut lire parfois dans certains journaux cette ânerie sous forme d’interrogation : ‘croit-on que plus un homme politique est moral plus il est compétent ?’, retournons la question ‘croit-on que la compétence est l’apanage du malfaisant ?’. Soyons sérieux : on peut être compétent et honnête.

*

Pour aller plus loin :

 

 

 

Repost 0
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 17:11

Le G8, groupe informel sans aucune légitimité des 8 pays les plus puissants du monde - ce qui ne l’empêche pas de faire la pluie et le beau temps -, s’est séparé en 2014 de la Russie pour devenir le G7 après que ce pays ait annexé la Crimée. C’est qu’on ne badine pas sur ce qui se fait et ne se fait pas.

Le Président des States, D. Trump, venant de dénoncer les accords de Paris sur le climat, sujet tout aussi grave sinon plus que l’annexion de la Crimée puisqu’il y va tout simplement de la vie ou de la disparition de l’espèce humaine (et des autres) sur la planète commune, on devrait s’attendre à ce que le G7 devienne le G6 en balançant les E.U par-dessus bord. Rien de moins sûr. Affaire de cojones.

Repost 0
2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 15:27
Repost 0

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche