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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 07:18

Nul ne peut dire l’avenir cependant lourd de gros nuages noirs. Le temps avance, tandis que l’Histoire rebondit dans ses ornières avec les risques que l’on devrait savoir. Peut-on y faire quelque chose ? D’abord prendre conscience de ce qui s’annonce pour en détourner le cours. C’est à cet effet que vous est proposé l’article ci-dessous.

Exergue

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Source : http://www.legrandsoir.info/la-france-est-en-danger-d-implosion-reactionnaire-et-ou-de-fascisation-acceleree.html

Fascisation et intensification des guerres, montée des tensions, au plan national et international, rentrée sociale et rentrée politique, après la fête de l’Humanité et le retour réussi dans la rue du mouvement social pour le retrait de la Loi Travail… la rédaction d’Initiative Communiste s’est entretenue avec Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF pour faire le point sur la situation en France

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Initiative Communiste : La situation nationale est-elle si grave que cela ?

Georges Gastaud – Oui, hélas. La France est bel et bien en danger d’implosion réactionnaire et/ou de fascisation accélérée. Sans parler ici des graves menaces sur la paix mondiale que fait peser le déploiement militaire agressif de l’UE/OTAN aux frontières de la Russie, la France est actuellement broyée, « malaxée » dirai-je même, par plusieurs « tenailles » politico-idéologiques. La tenaille politique principale, que le PRCF fut longtemps bien seul à dénoncer, prend le peuple français en étau entre les euro-désintégrateurs de nation du « Parti Maastrichtien Unique », le PMU (c’est-à-dire PS, LR, UDI et leurs satellites) et l’ultra-réaction de ce que nous appelions il y a peu l’UM’ Pen : nous entendons par là le bloc qu’alimentent les surenchères entre le FN et les LR, de plus en plus fascisants. Ce broyeur idéologique veut forcer le pays à « choisir » entre deux formes de mort déshonorante : ou bien la dissolution sans restes dans l’Empire euro-atlantique du capital (substitution des euro-Länder à la République une et indivisible, arrachage du français au profit de l’anglais « transatlantique », éradication des conquêtes de 1936 et du CNR, éradication du produire en France industriel et agricole, démantèlement des services publics et de la loi de 1905 séparant l’État des Églises...), ou bien le repli chauvin, raciste et grossièrement anti-Musulmans sans pour autant quitter réellement l’UE puisque Mme Le Pen, comme ses amis Viktor Orban (Hongrie), Jarosław Kaczynski (Pologne) et autres réactionnaires à la tête des pays baltes, de la Croatie, etc., veut seulement se « concerter » avec Berlin sur la sortie de l’UE : bref, agir à l’instar de Cameron qui, que l’on sache, est le perdant, et non le gagnant du référendum sur le BREXIT. Dans les deux cas, PMU « classique » ou UM’ Pen, le processus de fascisation se poursuivrait : car pour dissoudre le pays de 1789, de la Commune et du CNR dans l’Europe germano-étasunienne du capital, et pour le faire au seul profit de l’oligarchie capitaliste « française » et au détriment de 90% des Français, Hollande, Sarko ou Le Pen devront demain gouverner par ordonnances, interdire les manifs ouvrières, étrangler le droit de grève, museler la CGT, mettre au pas la jeunesse, resserrer la dictature médiatique : et avec Hollande et Valls, cette ligne liberticide est déjà sur les rails comme on l’a vu à l’encontre de la CGT et de ses alliés syndicaux !

Imaginons que la nation française termine son histoire, contradictoire mais non moins porteuse d’avancées universalistes (l’humanisme de Rabelais, l’Édit de Tolérance d’Henri IV, les Lumières et Rousseau, la Grande Révolution, les insurrections ouvrières et républicaines du 19ème, sans parler de Jaurès, du Congrès de Tours, de 36, de la Résistance antifasciste, des conquêtes communistes de 1945, de la grève de masse de Mai 68...) par une guerre civile inter-communautariste sur fond de xénophobie et d’intégrisme islamiste, quelle terrible victoire MONDIALE ce serait alors pour la réaction qui, dans les trois dernières décennies s’est déjà acharnée sur la Révolution d’Octobre (restauration contre-révolutionnaire du capitalisme à l’Est) et à la Grèce, berceau de la pensée libre depuis Thalès et Socrate... En réalité, le prétendu « suicide français » en cours est un assassinat de classe : pour écraser la classe travailleuse française, pour « thatchériser » nos acquis, en finir avec l’ « esprit frondeur » ancré dans notre pays depuis le Moyen Âge et surtout, pour asseoir en bonne place l’impérialisme français à la table du profit mondialisé, le MEDEF, le CAC-40 et leurs commis politiques ont largement engagé les travaux pratiques de la liquidation nationale. Il suffit pour s’en convaincre de lire le Manifeste du MEDEF intitulé « Besoin d’aire » (déc. 2011) et d’examiner les ACTES des grands capitalistes « français » sur les scènes industrielle (dépeçage d’EDF et d’Alstom par ex.), agricole (mise à mort de la petite et moyenne paysannerie au moyen des orientations européennes et des pratiques de la distribution capitaliste), linguistique (combien d’émissions sont désormais intitulées en anglais par l’audiovisuel public ?) et proprement politique (les « primaires » importées des EU et admirées par Pierre Laurent, tirent le pays vers la pire réaction !).

Ajoutons à ce sombre tableau que l’euro-séparatisme régionaliste monte doucereusement en puissance dans notre pays : en Catalogne, le pseudo-indépendantisme de la bourgeoisie barcelonaise (avec pour slogan : « Catalunya a new nation in Europe » : sans commentaire !) lorgne sur les Pyrénées-Orientales et cet irrédentisme est alimenté par le retrait de l’État-nation français qui coupe les subventions aux collectivités territoriales. En Corse, le sécessionniste Talamoni refuse illégalement de parler français au Conseil régional et, même si tous les autonomistes ne sont pas à mettre dans le même sac, le « On est chez nous ! » clamé à Sisco ne peut se dissocier des honteux slogans racistes « IFF » (I Francesi fora, « les Français dehors », qu’on voit à Bastia) et « Arabi fora » (« Arabes dehors ! », sic) qui déshonorent la langue corse. Combien de temps les « Bonnets rouges » bretons resteront-ils en sommeil, cette décomposition nationale étant favorisée par la contre-réforme territoriale qui démolit les départements, les communes et l’État-nation au profit des métropoles et d’une Europe des régions chapeautée par l’OTAN et par le Traité transatlantique : car on peut parier gros que les négociations sur le TIPE reprendront de plus belle après les élections françaises et allemandes, lesquelles forcent très provisoirement les gouvernants « nationaux » à adopter des postures patriotiques...

Du point de vue marxiste, c’est-à-dire d’un point de vue de classe intégrant la référence à l’anti-impérialisme et la revendication universaliste du droit égal de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes, il n’y a rien de paradoxal à constater que l’euro-dissolution fascisante de la France avance du même pas que les ingérences néocoloniales au Mali, en Syrie, en Libye ou en Ukraine. Comme disait Engels, « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre ». Il faut donc conjuguer le patriotisme républicain à l’internationalisme prolétarien, le drapeau rouge au drapeau tricolore, l’Internationale à sa sœur aînée, la Marseillaise, pour combattre le racisme et les ingérences néocoloniales, et pour dénoncer l’auto-phobie nationale – ce cosmopolitisme bobo qui enduit de rose la casse de la nation, de sa langue, de sa production et, in fine, de sa classe ouvrière, de sa paysannerie laborieuse et de ses intellectuels progressistes.

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Initiative Communiste – Cette vision n’est-elle pas trop pessimiste ? Existe-t-il des moyens de contre-attaquer ?

Georges Gastaud – Comme le disaient Romain Rolland, et après lui, Gramsci, « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ! ». Cassandre n’avait pas tort d’annoncer la prise imminente de Troie, ce sont les Troyens qui eurent tort de ne pas prendre les dispositions nécessaires pour interdire à l’ennemi d’introduire son Cheval dans la Cité. Quand on voit les périls, on peut les combattre, et c’est ce que faisait le jeune PCF des années trente qui préparait ainsi, éditoriaux d’Aragon et de Gabriel Péri en tête, la Résistance et la Renaissance patriotiques, antifascistes et populaires. D’autant que le peuple de France est riche d’une incroyable tradition rebelle ; rappelons la phrase du déporté-résistant, syndicaliste CGT et ministre communiste que fut le grand Marcel Paul, créateur d’EDF à la Libération : « il y a en France un noyau révolutionnaire indestructible » ! Et surtout, le printemps 2016 a vu le réveil prometteur du syndicalisme de classe et de masse avec l’émergence d’une avant-garde de militants syndicaux aspirant au tous ensemble, résistant à la violence antisyndicale (l’État policier mais aussi, celle bien souvent, des casseurs instrumentalisés) et avide de contre-attaquer sur l’ensemble des contre-réformes...

Sur la base de cet élan de classe, il faut briser plusieurs verrous qui bloquent la convergence des luttes. D’abord, faisons sauter le tabou de l’euro-béatitude syndicale. Non seulement la CES n’est pas un allié potentiel pour fédérer les luttes en Europe, mais c’est une courroie de transmission de Bruxelles, d’où est venue la Loi dite El Khomri. Non seulement le Parti de la Gauche Européenne présidé par Pierre Laurent n’est pas un outil permettant de fédérer les progressistes d’Europe, mais il est un satellite « rose vif » de cette social-eurocratie dont le seul but est de sauver la « construction » européenne tout en feignant de critiquer la seule « austérité », qui n’est qu’une conséquence. Tous SAVENT pourtant qu’une réorientation progressiste de l’UE est impossible puisque le socle de l’UE est la supranationalité libre-échangiste et néolibérale qui définit l’Union comme « une économie de marché ouverte sur le monde dans laquelle la concurrence est libre et non faussée ». Non seulement ce cadre totalitaire prohibe le socialisme révolutionnaire (les partis communistes sont pourchassés dans nombre de pays européens !), mais il est conçu comme une assurance-vie du capital contre toute forme de nationalisation démocratique : impossible de nationaliser franchement Alstom, d’exproprier les actionnaires prédateurs qui le dirigent, de diriger vers Alstom les commandes de la SNCF et de la RATP, sans sortir du carcan européen : toutes les jérémiades des « eurocommunistes » du PGE (communistes en paroles, sociaux-maastrichtiens en fait) sur l’introuvable « Europe sociale » ne pourront pas éternellement cacher cette évidence.

En réalité, si l’on veut vraiment fédérer les luttes des services publics, de l’industrie privée, des éleveurs en lutte ou des taxis écrasés par l’ubérisation, l’UE doit en quelque sorte servir de « critères de convergence au négatif » car, sans que cela ne dédouane Hollande et les autres gouvernements (anti-)nationaux d’Europe, ce sont Bruxelles et Francfort qui orchestrent la casse nationale, sociale et démocratique à l’échelle continentale, en témoigne la volonté la volonté de créer une « armée européenne » intégrée à l’OTAN dont la tâche n°1 sera de briser les insurrections populaires inévitables qui vont surgir en Europe contre l’UE. Sans retomber dans le mortifère « syndicalisme rassemblé » derrière la CFDT jaune, il faut aussi relancer le front intersyndical sur une plate-forme et sur un calendrier militant qui permettent de lutter à la fois pour l’emploi, les salaires, les services publics et la protection sociale. Sans se subordonner aux échéances électorales politiques ou professionnelles et en évitant si possible que le temps fort des manifs centrales de combat à Paris ne coïncide systématiquement avec la veille des vacances scolaires, car l’alliance de combat des travailleurs et de la jeunesse populaire est stratégique pour le front anticapitaliste.

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Initiative Communiste : Et sur le plan politique proprement dit ?

Georges Gastaud : La réponse originale du PRCF reçoit un écho grandissant dans les avant-gardes politiques, syndicales et populaires parce qu’elle est objectivement la seule, face à l’union de la gauche en faillite, à pouvoir fédérer la majorité du peuple autour de la classe ouvrière pour sauver la nation en la réinscrivant dans la marche vers ce que Marx appelait « l’humanité sociale » : ce sont les quatre sorties, dont le principe a été adopté mais pas encore vraiment mis en œuvre par les Assises du communisme : sortie par la voie progressiste de l’euro, de l’UE, de l’OTAN dans la perspective d’une rupture révolutionnaire avec le capitalisme, c’est-à-dire – pour répondre aux ineptes procès d’intention gauchistes – de la révolution socialiste pour la France. Dans la période électorale qui vient, le PRCF a pris la décision de diffuser au moins 100 000 tracts aux manifs populaires et aux entreprises pour présenter, non seulement ses « quatre sorties », mais ses « dix entrées » programmatiques pour une rupture progressiste. Il s’agit de dessiner la voie à emprunter pour amorcer DANS LES FAITS la rupture avec la domination du grand capital sur notre pays : nationalisation démocratique des secteurs-clés de l’économie et reconstruction planifiée, à partir du secteur public (banque, grande industrie, grandes surfaces et infrastructures essentielles), du « produire en France », de la protection sociale, des services publics, du logement social, d’une Éducation nationale de qualité pour tous, tout cela dans la perspective d’une coopération internationale affranchie de l’UE (pour desserrer l’étau germano-américain, tournons-nous vers la coopération mutuellement avantageuse et d’État à État avec l’Europe du Sud et de l’Est étouffée par Berlin, avec les BRICS, avec l’Afrique francophone débarrassée de la tutelle néocoloniale, avec Cuba et l’ALBA latino-américain...

Quant à la question environnementale, si l’on me permet pour une fois un aparté philosophique, il faut considérer que la future production communiste mondiale ne devra pas seulement être « éco-compatible », comme si le souci environnemental venait, du dehors, limiter le souci productif. Par une gigantesque négation de la négation historique, la production communiste de l’avenir ne devra ni s’agenouiller devant la nature (comme à l’époque du communisme primitif et des « religions de la nature »), ni traiter la nature en ennemi : la continuité du progrès historique imposera de reproduire scientifiquement, techniquement, j’allais dire : artificiellement – les conditions naturelles indispensable au déploiement de la culture humaine et de la liberté. C’est un paradoxe, mais quand tant de cycles naturels ont été brisés par le mode de production capitaliste en phase impérialiste et exterministe, il reviendra à l’homme – de plus en plus savant et technicien – de ne plus se contenter d’habiter la terre en la pillant, ou au mieux, en la réparant, mais d’utiliser sa science pour que l’humanité REDEVIENNE viable. Si je puis risquer ce paradoxe, c’est désormais sur terre, et pas sur on ne sait quelle exo-planète (on n’en est pas là !) qu’il faudra faire ce que certains récits de science-fiction appellent la « Terra-formation ». Mais pour y parvenir, le communisme est plus vital que jamais car la « guerre de tous contre tous » que porte le capitalisme agonisant conduit déjà à la non-viabilité radicale de l’humanité. Il faut en un mot combattre le primat de la nature au sein de la culture (la survie du capitalisme signifie la sauvagerie dans la civilisation même !), donc effectuer une révolution « sociale », pour civiliser notre rapport à la nature elle-même : on est aux antipodes de ce que l’éco-capitalisme appelle, en anglais naturellement, le « green washing ».

Pour nourrir la contre-offensive progressiste, le PRCF a soumis à ses partenaires nordistes l’idée d’une manifestation départementale, voire régionale Nord-Pas-de-Calais-Picardie pour la rupture progressiste avec l’UE, avec l’idée d’ancrer en bas, au plus près des revendications, l’idée du « FREXIT progressiste » (nous disons parfois le « FRECSIT », Franche Rupture avec l’Europe Capitaliste Supranationale à l’Initiative des Travailleurs), rien n’interdisant a priori de nationaliser cette idée en descendant de Lille-Lens-Amiens (le Nord ouvrier et paysan de la France a le plus voté Non à Maastricht et au TCE) vers Paris. C’est sur du concret, pas sur d’interminables discussions stratosphériques, qu’il faut fédérer les communistes indépendamment de l’état-major euro- et socialo-dépendant du PCF-PGE, qu’il faut aider les syndicalistes de classe à s’affranchir de l’illusion euro-constructive, qu’il faut rassembler les antifascistes en cassant la scandaleuse équation « patriotisme=fascisme » (une équation qui fait bondir les anciens Résistants et qui réjouit tous les anciens Kollabos !). A cette fin, notre Pôle fera tout ce qu’il peut à son échelle pour diffuser un programme communiste de transition révolutionnaire que le PCF officiel est incapable de proposer (à la Fête de l’Huma dominaient d’une part, une « consultation citoyenne » remarquable de vacuité, et une affiche extrêmement « politique » : « je suis communiste, ça fait du bien » !). Et bien nous, militants FRANCHEMENT communistes, nous militons pour les quatre sorties sous les deux drapeaux révolutionnaires inventés par notre peuple, le rouge et le tricolore. Et notre but est clairement de reconstruire notre pays cassé, de stopper la fascisation et la mondialisation des guerres impérialistes (lourdes menaces de l’OTAN contre la Russie) et de rouvrir à notre combative classe ouvrière la perspective concrète du socialisme et du communisme !

Et nous opposons si peu nos idéaux révolutionnaires à notre stratégie d’union anti-monopoliste contre l’UE atlantique que nous engageons concrètement dès à présent l’action pour fêter dignement, et en relation avec les luttes actuelles, le 100ème anniversaire de la Révolution prolétarienne d’Octobre 1917. (cliquez ici pour participer à la souscription)

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Initiative Communiste : Et sur le plan électoral. Que penser de la « France insoumise », des propositions de la gauche de gauche, d’une candidature PCF aux présidentielles ?

Georges Gastaud.- Le PRCF débat actuellement de son positionnement, c’est son Comité central qui en décidera démocratiquement début novembre après discussion dans nos organisations locales et départementales. Je ne puis que redire ce que j’ai dit à la Fête de l’Huma lors de notre débat politique pluriel avec les Clubs Penser la France, le Front syndical de classe, le réseau Faire vivre et développer le PCF et les camarades du Mouvement pour le socialisme du XXIe siècle.

Concernant les propositions de Pierre Laurent, leur crédibilité est devenue voisine de zéro. Le revenant Montebourg, que Pierre Laurent a tenté de courtiser, s’inscrira dans la primaire du PS : en clair il soutiendra Hollande si ce dernier gagne la primaire, ce que ne rend pas improbable le soutien déclaré de Cambadélis et de l’appareil PS au président sortant. Les écolos auront leur propre primaire. La candidature Mélenchon ira jusqu’au bout, sauf si certains appareils organisent « démocratiquement » le blocus des parrainages. On a surtout l’impression que Pierre Laurent, plus occupé par la lutte des places que par celle des classes, est prêt à tout pour sauver le groupe parlementaire du PCF, y compris à obtenir un appui du PS (des candidatures uniques de la gauche au 1er tour des législatives ?) en échange d’un torpillage de tout ce qui pourrait sérieusement menacer Hollande sur sa gauche. Ce n’est plus seulement de l’opportunisme, c’est de l’illusion pure et simple car toute l’histoire montre que le PS ne renvoie jamais l’ascenseur et qu’il est d’autant plus tenté de « plumer la volaille communiste » qu’il risque fort de se faire étriller par les LR et le FN. Ne doutons pas une seconde qu’il tentera de prendre sur sa gauche ce qu’il aura perdu sur sa droite !

Concernant l’idée d’une candidature communiste aux présidentielles, elle est tout-à-fait recevable dans son principe et nous, PRCF, avons trois soucis par rapport à cette élection : a) qu’elle ne mette pas le combat social sous l’éteignoir pendant des mois : primat absolu en toutes circonstances au mouvement populaire ! b) qu’elle n’écrase pas l’espace de la future renaissance d’un vrai parti communiste, et c) qu’elle laisse ouverte à la gauche de la gauche l’espace politique, le « vivier progressiste » indispensable pour construire ce que nous appelons le FRAPPE (FRont Antifasciste, Patriotique, Populaire et Écologique), qu’elle ne se traduise pas par la catastrophe intégrale que serait, outre le cauchemardesque second tour thatchéro-fascisant que nous promettent les LR et le FN, le laminage définitif de la gauche populaire et républicaine.

Si donc une candidature « communiste » doit émerger au premier tour, ce ne peut pas être une candidature « de témoignage » issue de la direction déboussolée du PCF et objectivement située... à la droite de Mélenchon ! Au moins ce dernier proclame-t-il que « l’UE, on la change ou on la quitte », alors que la simple idée d’une rupture avec l’UE donne des boutons à MM. Laurent, Chassaigne, Dartigolles, etc. Si une candidature communiste émerge, quitte à risquer le score de « témoignage », ce doit être au moins sur un contenu franchement communiste, 100% anti-UE et de classe, autrement elle ne serait qu’un leurre politique et ne ferait que diviser encore davantage l’espace communiste et l’espace progressiste en bénéficiant uniquement à Hollande.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il ne serait pas plus sérieux de nier ses avancées politiques (sur l’OTAN, la Syrie, l’Ukraine, Cuba, sur la laïcité républicaine, les luttes sociales, l’Éducation nationale, la nationalisation d’Alstom, etc., nos positions sont objectivement proches, et ce n’est pas nous qui avons bougé !), que d’ignorer certains blocages persistants, notamment sur la nécessaire rupture franche avec la dictature européenne : militants de la Renaissance communiste, nous nous prononçons pour sortir d’emblée, voire unilatéralement, de l’UE et nous jugeons risqué de négocier on ne sait quel accord futur avec Angela Merkel au risque de reporter à plus tard les réformes urgentes attendues par le peuple français, de nourrir la déception populaire, de faciliter la contre-attaque réactionnaire et de sembler négocier ce qui est par définition non négociable : la souveraineté nationale ! Toutefois nous regardons cette candidature dans un esprit d’ouverture et de débat ; car si la gauche de la gauche indéfiniment fractionnée par ses micro-appareils obtient 4%, et cela au moment même où la fascisation et la criminalisation du communisme venue de l’Est se déploient sur toute l’Europe, ce ne sera pas « le même prix » à payer pour le mouvement populaire, face à Sarko-Le Pen qui rappliquent au galop, que dans l’hypothèse inverse où la gauche populaire et euro-critique talonnerait, voire dépasserait le PS en plongeant cette organisation globalement néfaste au mouvement populaire dans une crise existentielle bien méritée. En l’occurrence, ce sont nos camarades qui décideront librement et collectivement à partir des éléments fournis par la direction élue du PRCF.

Cela dit, le PRCF n’aura cure de se diviser sur une élection bourgeoise dont le peuple ne contrôle pas les attendus : quel que soit son positionnement final, le Pôle demeurera strictement indépendant de tout dispositif non communiste, soucieux à la fois de défendre l’espace de la renaissance communiste, de placer les luttes au premier plan et de favoriser la dynamique unitaire d’affrontement progressiste avec l’UE et avec l’ensemble des forces de fascisation. En réalité, nul ne se trompera s’il rejoint notre organisation franchement communiste et 100% anti-UE pour l’aider à diffuser massivement dans la population travailleuse et dans la jeunesse ce qui fait actuellement le plus défaut pour ouvrir la perspective : un programme communiste de transition révolutionnaire.

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 11:35

Au regard des positions que l’appareil du PCF a prises ou prend - Europe, stratégie électorale de copinage-coquinage avec le PS,… -, la question mérite d’être posée.

Ce serait une faute politique que de ne pas le faire. On ne peut convenablement analyser, et donc poursuivre le chemin de rupture avec le libéralisme, qu’en prenant en considération le comportement du PCF tel qu’il se présente et non, par un relent d’affection envers ce parti dont on connait l’histoire passée, en feignant de ne pas voir. Le PCF a muté pour ‘devenir compatible avec le PS, se fondre dans la gauche plus rien’ comme on peut lire dans http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/sortir-de-l-ue-marche-commun-152154 .

Pour s’en tenir à l’article ci-dessous et aux propos de Chassaigne disons que c’est un étrange mélange d’accusations farfelues et de contre-vérités, tout ceci pour occulter les errances voulues du PCF. Accusant J.L Mélenchon de ‘dérive égocentrique’, c’est, de la part de Chassaigne, fine analyse d’un spécialiste en la matière ; moins de rien exact en vérité car le programme du candidat de la France Insoumise a pour base ‘l’Humain d’abord’ (auquel a participé le PCF) amélioré depuis, sans exclusive, des apports de tous ceux, citoyens et partis, qui apportent chaque jour leur contribution, et on ne saurait faire une place particulière (au nom de quoi d’ailleurs ?) au PCF, surtout lorsque après tergiversé il s’apprête, un jour oui un autre non, à prendre le train en marche.

Ajoutons et répétons que Chassaigne et consort représentent au sein du PCF une majorité de justesse (voir dernier congrès), cadres et militants de plus en plus nombreux appellent à voter pour la France insoumise, tant et si bien qu’au train où vont les choses on est en droit de se demander de qui, dans peu de temps, va pouvoir se réclamer la direction du PCF.

Il n’empêche, une telle attitude, suicidaire pour le PCF (c’est son problème !), ne contribue pas à aider à la rupture avec le capitalisme. Le PCF de révolutionnaire serait-il devenu un parti de compromis avec le libéralisme, nomenklatura obligeant ? L’avenir le dira.

Exergue

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Source : http://www.regards.fr/web/article/andre-chassaigne-dans-les-conditions-actuelles-il-n-est-pas-possible-de

André Chassaigne : « Dans les conditions actuelles, il n’est pas possible de soutenir Mélenchon »

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Le Parti communiste doit déterminer quelle candidature il propose ou soutient en 2017. André Chassaigne, député PCF et président du groupe Front de gauche à l’Assemblée, exprime ses doutes envers celle de Jean-Luc Mélenchon et n’exclut pas de présenter la sienne.

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Regards. Vous sortez d’un conseil national décisif. Serez-vous en mesure d’arrêter une stratégie politique avant la mi-novembre, comme Pierre Laurent s’y était engagé ?

André Chassaigne. Au regard de l’urgence de la situation politique et de l’éclatement de la gauche, le Parti communiste français s’apprête à faire un choix décisif pour l’avenir. Mais comme nous l’avons toujours fait lors des moments cruciaux, nous prendrons nos responsabilités. C’est pour cela que nous nous réunirons en conférence nationale le 5 novembre pour arrêter les options définitivement soumises aux communistes.

Sur quoi reposera la consultation des communistes ?

Il y a trois hypothèses sur la table. La première est celle du statu quo pour marquer notre détermination à faire émerger une candidature de rassemblement. Dans ce cas de figure, le PCF ne ferait pas le choix immédiat d’un candidat pour parvenir à cette candidature de rassemblement. La deuxième hypothèse suggère une candidature issue du PCF. Il ne faudrait pas, pour autant, y voir un repli identitaire. Au contraire, nous aurions là une candidature qui défendrait certes les idées communistes, mais en poursuivant l’objectif d’un rassemblement large pour parvenir une candidature unique. Enfin, dernière option : un soutien à Jean-Luc Mélenchon. Mais il ne se ferait pas sans clarification.

« Avec Jean-Luc Mélenchon, on est face à une dérive égocentrique qui s’accompagne de divergences de fond. »

Justement, Éric Coquerel, interrogé la semaine dernière par Regards, nous disait que si le PCF privilégiait cette dernière hypothèse – ce qu’il appelle de ses vœux – « ça ne peut conduire à se soumettre aux conditions de ceux qui arriveraient en dernier », dit-il.

C’est terrible de dire cela. Cela veut dire qu’il ferme la porte à toute candidature de rassemblement. Personnellement, je n’exclus pas un soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, mais je ne peux pas admettre que ce soit à prendre ou à laisser. Je crois par ailleurs que l’on est face à une dérive égocentrique qui s’accompagne de divergences de fond. Nous devrons nécessairement avoir cette discussion avec Jean-Luc Mélenchon, comme nous pourrions l’avoir aussi avec d’autres candidats déclarés. Il nous faut rencontrer tout le monde avant de nous prononcer.

À ce stade, y a-t-il des désaccords de fond avec Jean-Luc Mélenchon et le mouvement des Insoumis ?

Nous avons une base commune qui s’appelle l’Humain d’abord, notre programme de 2012. Nous avons porté et défendu ce programme tout au long de ces cinq dernières années à l’Assemblée nationale avec les députés du Front de gauche. Il faut l’étoffer et l’adapter aux nouveaux enjeux. Je pense notamment aux questions internationales, de conflits, d’évasion fiscale, de migrations.

Pas de quoi vous fâcher avec Mélenchon, donc…

Il y a des expressions qui fâchent et une volonté de grappiller des voix un peu partout qui brouille les pistes. Des mots employés qui ne correspondent pas à ce que l’on souhaiterait d’une politique commune. Je n’entre pas dans les polémiques lancées sur les "migrants" ou les "Gaulois". Sur un sujet moins polémique en apparence, l’agriculture : je crois qu’on ne peut pas apporter des solutions durables en disant simplement qu’il faut changer les pratiques alimentaires. Tout ça pour accrocher un électorat. Ce sont des raccourcis fâcheux qui nourrissent les divergences de fond. Nous n’échapperons donc pas à ce débat. Il sera utile et nécessaire.

« Mélenchon veut construire "l’autre gauche", nous on se bat pour rassembler la gauche. »

Il n’est pas déjà un peu trop tard pour aborder ces questions programmatiques ?

Non. Il faut tout poser sur la table. Parce que je crois qu’il subsiste un désaccord stratégique qui a son importance. Je ne crois pas aux deux gauches irréconciliables, comme le suggère Mélenchon. Lui, il veut construire "l’autre gauche", nous on se bat pour rassembler la gauche, parler aux militants et aux élus socialistes en souffrance, aux écologistes, c’est notre combat et notre priorité pour reconstruire une gauche de transformation sociale.

Vous ne semblez pas convaincu par une candidature de Jean-Luc Mélenchon. Votre choix est-il arrêté parmi les trois hypothèses que vous venez de présenter ?

Je pense en effet que dans les conditions actuelles, il n’est pas possible de soutenir Jean-Luc Mélenchon : exiger la soumission comme il le fait est contre-productif. Ça ne marchera pas. Mélenchon n’aura d’ailleurs pas le soutien des militants communistes sans un accord préalable avec le PCF. Nous devons construire du commun et réveiller l’espoir. Pour autant, il peut devenir notre candidat commun, mais dans le cadre d’un rassemblement large.

Alors, que privilégiez-vous, finalement ?

L’échec d’une candidature de rassemblement serait lourd de conséquences. Nous devons rassembler toutes celles et tous ceux qui ne résignent pas et qui ne veulent pas renoncer à une vraie politique de gauche. Ensemble, nous sommes la seule alternative à gauche porteuse d’espoir. Mais pour y parvenir, pour être crédibles, nous devons être rassemblés. À la fois pour préparer une stratégie commune à la présidentielle et aux législatives, mais aussi pour reconstruire à gauche, demain. Je crois, à ce titre, qu’une candidature présentée par le PCF pourrait largement y contribuer et ainsi bousculer cette campagne présidentielle.

« C’est uniquement à la demande de la direction du Parti que je pourrais envisager d’être candidat. »

Vous pourriez être ce candidat ?

Si l’option d’une candidature communiste était celle retenue, il y aura sans doute un appel à candidatures. En ce qui me concerne, c’est uniquement à la demande de la direction du Parti que je pourrais envisager d’être candidat.

Au final, cette stratégie ne va-t-elle pas au contraire renforcer les querelles d’ego et ajouter de la division à la division ?

Non, puisque la candidature communiste – si cette hypothèse était retenue par les militants – s’engagera jusqu’au bout à créer les conditions d’une candidature de rassemblement. En mettant tout le monde autour de la table, je crois qu’une candidature peut s’imposer. Il y a celles qui sont présentes aujourd’hui dans le débat public. Et puis il y en a d’autres qui peuvent émerger et faire consensus. Je suis peut-être d’un optimisme béat, mais nous montrerions enfin un nouveau visage de la politique. Nous en sortirions tous grandis. Je crois qu’on ne pourra rabibocher la politique avec les citoyens qu’en lui redonnant ses lettres de noblesse.

Mais vous croyez vraiment qu’un candidat unique de la gauche qui s’oppose à la politique du gouvernement est encore possible aujourd’hui ?

Non seulement j’y crois, mais c’est surtout souhaitable et nécessaire. Je suis désespéré de cette dispersion à gauche. Alors que rassemblée, elle serait majoritaire dans le pays. J’en ai la conviction. Et s’il n’y a qu’un fenestrou [1] pour qu’on puisse passer à travers, il ne faut pas le boucher, mais au contraire l’élargir et saisir cette ouverture jusqu’au bout.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 11:23

Que nous dit l’article (important) d’Ignacio Ramonet ?

Que le monde politique, partout dans le monde est en crise, pas seulement en Europe, mais en Asie, comme aux USA, comme il l’est en Amérique du Sud.

Crise du système de représentation, crise du système économique et financier, crise due à la mondialisation (néolibérale), crise de l’information (médias à la solde), crise, crise, crise, …

Comment cela se traduit-il ? Par la poussée des populismes de droite comme de gauche (qu’on prendra bien sûr soin de ne pas confondre et pour cela on ira voir les articles du blog dédiés à Chantal Mouffe).

Pour quel avenir ? Tout cela dépendra des choix faits par les peuples.

*ancien directeur du Monde Diplomatique

Exergue

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Source : http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

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Il y a encore quelques semaines – à plus de deux mois de l’élection présidentielle du 8 novembre prochain aux Etats-Unis –, tous les sondages donnaient Hillary Clinton, la candidate du Parti démocrate, gagnante. Il semblait alors évident que, malgré la masse des préjugés machistes, Mme Clinton serait la première femme à occuper le bureau ovale de la Maison Blanche et à tenir les rênes de la plus grande puissance de notre temps.

Qu’était-il arrivé au candidat du Parti républicain, le médiatique Donald Trump dont l’ascension était considérée comme « irrésistible » ? Pourquoi s’était-il effondré dans les sondages ? Sept Américains sur dix déclaraient alors qu’ils n’en voulaient pas comme président ; et à peine 43 % l’estimaient « qualifié » pour siéger à la Maison Blanche (65 % considérant, en revanche, que Mme Clinton était parfaitement apte à exercer cette tâche).

Rappelons qu’aux Etats-Unis, les élections présidentielles ne sont ni nationales ni directes. Il s’agit plutôt de cinquante élections locales, une par Etat, qui désignent les 538 grands électeurs chargés d’élire à leur tour le (ou la) chef de l’Etat. Ce qui relativise singulièrement les sondages à caractère national.

Face à de si mauvais résultats cependant, le candidat républicain Donald Trump décida, en août dernier, de remanier son équipe et de nommer un nouveau chef de campagne, Steve Bannon, directeur du site ultra conservateur Breitbart News Network. Trump modifia aussi son discours pour s’adresser à deux groupes d’électeurs décisifs : les Afro-américains et les Hispaniques.

Parviendra-t-il pour autant à inverser la tendance et à s’imposer sur la dernière ligne droite de la campagne ? Ce n’est pas impossible. En fait, Trump semble d’ores et déjà avoir, en partie, rattrapé son retard par rapport à Mme Clinton. Personnage atypique, avec ses propositions odieuses, grotesques ou sensationnalistes, Trump a déjà déjoué les pronostics. Face à des poids lourds comme Jeb Bush, Ted Cruz ou Marco Rubio qui, de surcroît, comptaient sur l’appui décidé de l’ensemble de l’establishment républicain, peu d’analystes donnaient Trump gagnant aux primaires du Parti républicain. Et cependant, il a écrabouillé ses adversaires, les réduisant en cendres.

Depuis la crise dévastatrice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sortis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont profondément déçus, désenchantés et désorientés. La démocratie elle-même, comme modèle, a perdu une grande part de son attrait et de sa crédibilité. Tous les systèmes politiques ont été secoués jusqu’aux racines. En Europe, par exemple, les séismes électoraux inédits se succèdent, depuis la victoire de l’extrême droite en Autriche jusqu’au Brexit anglais ou la récente défaite de la chancelière allemande Angela Merkel dans son Land de Mecklembourg-Poméranie.

Mais le bouleversement ne se limite pas à l’Europe, il suffit de voir l’écrasante victoire électorale, en mai dernier, de l’inclassable et tonitruant Rodrigo Duterte aux Philippines... Tous les grands partis traditionnels sont en crise. On assiste partout à l’ascension de forces de rupture, soit des partis d’extrême droite (en Autriche, pays nordiques, Allemagne, France), soit des partis populistes et anti-système (Italie, Espagne). Partout, le paysage politique est en voie de transformation radicale.

Cette métamorphose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague populiste ravageuse, incarnée à l’époque par le Tea Party. L’irruption du milliardaire Donald Trump dans la course à la Maison Blanche prolonge cette vague et constitue une révolution électorale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparemment, la vieille bicéphalie entre démocrates et républicains demeure, en réalité la montée d’un candidat aussi atypique que Trump constitue un véritable tremblement de terre. Son style direct, populacier, et son message manichéen et réductionniste, qui sollicite les plus bas instincts de certaines catégories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politiciens américains. Aux yeux des couches les plus déçues de la société, son discours autoritaro-identitaire possède un caractère d’authenticité quasi inaugural. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le « politiquement correct » ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de « raciste ». Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les Hispaniques, les Afro-Américains, les immigrés et les musulmans comme un véritable soulagement.

A cet égard, le candidat républicain a su interpréter, mieux que quiconque, ce qu’on pourrait appeler la « rébellion de la base ». Avant tout le monde, il a perçu la puissante fracture qui sépare désormais, d’un côté les élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques ; et de l’autre côté, la base populaire de l’électorat conservateur américain. Son discours anti-Washington, anti-Wall Street, anti-immigrés et anti-médias séduit notamment les électeurs blancs peu éduqués mais aussi – et c’est très important –, tous les laissés-pour-compte de la globalisation économique.

Le message de Trump diffère de celui des leaders néofascistes européens. Il n’est pas un ultra droitier conventionnel. Il se définit lui même comme un « conservateur avec du bon sens ». Sur l’échiquier politique traditionnel, il se situerait plutôt à la droite de la droite. Chef d’entreprise milliardaire et star populaire de la téléréalité, Trump n’est ni un militant antisystème ni, évidemment, un révolutionnaire. Il ne critique pas le modèle politique en soi, mais plutôt les responsables qui pilotent ce modèle. Son discours est émotionnel et spontané. Il fait appel aux instincts, « aux tripes », pas à la réflexion ni à la raison. Il s’adresse à cette partie de l’électorat américain gagné par le découragement et le mécontentement, et aux gens lassés de la vieille politique et du système des « privilégiés », des « castes ». À tous ceux qui protestent et qui crient : « Qu’ils s’en aillent tous ! » ou « Tous pourris ! », il promet d’injecter de l’honnêteté dans le système et de renouveler le personnel et les mœurs politiques.

Les grands médias ont beaucoup diffusé certaines de ses déclarations et propositions. Surtout les plus ignobles et les plus odieuses. Rappelons à cet égard, par exemple, ses affirmations à propos des immigrés mexicains illégaux qui seraient, selon lui, « des corrompus, des délinquants et des violeurs ». Ou bien son projet d’expulser quelque 11 millions d’immigrés latinos illégaux qu’il propose d’embarquer de force dans des bus et de les renvoyer au Mexique. Ou sa proposition, inspirée de la série « Le trône de fer » (Game of Thrones), de construire une colossale muraille le long des 3.145 kilomètres de frontière avec le Mexique, qui chevaucherait vallées, montagnes et déserts, pour empêcher l’arrivée de migrants latinos et dont le financement (21 milliards de dollars) serait à la charge du gouvernement mexicain.

Dans le même ordre d’idées, il a annoncé vouloir interdire l’entrée de tous les migrants musulmans, et s’est attaqué avec véhémence aux parents d’un militaire américain de confession musulmane, Humayun Khan, mort au combat en 2004 en Irak. Il a également a affirmé que le mariage traditionnel formé par un homme et une femme constitue « la base d’une société libre » et a critiqué la décision de la Cour suprême de reconnaitre le mariage entre personnes du même sexe comme un droit constitutionnel. Il soutient ce qu’on appelle les « lois de liberté religieuse » promues par les conservateurs dans plusieurs Etats pour refuser des prestations aux personnes LGBT. Il ne faut pas oublier non plus ses déclarations sur le « mensonge » du changement climatique qui serait, selon lui, un concept « inventé par et pour les Chinois pour provoquer la perte de compétitivité du secteur manufacturier américain. »

Un tel catalogue de détestables inepties a été diffusé par les médias dominants non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde. Au point qu’on se demande comment un personnage avec de si misérables idées peut rencontrer un tel succès chez les électeurs américains qui, évidemment, ne sont pas tous décérébrés ? Quelque chose ne cadre pas.

Pour résoudre cette énigme, il a fallu fendre le mur de l’information et analyser de plus près le programme complet du candidat républicain. On découvre alors sept autres options fondamentales qu’il défend, et que les grands médias passent systématiquement sous silence.

1) En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. Ils lui reprochent d’encourager régulièrement son public à huer les médias « malhonnêtes ». Trump affirme souvent : « Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus. » Récemment, il a tweeté : « Si les grands médias, répugnants et corrompus, couvraient de manière honnête ma campagne, sans fausses interprétations, je dépasserais Hillary de 20 %. » Il n’a pas hésité à interdire d’accès à ses meetings plusieurs médias importants comme The Washington Post, Politico, Huffington Post et BuzzFeed. Il a même osé attaquer Fox News, la grande chaîne de la droite pamphlétaire, qui pourtant le soutient à fond …

2) Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciation de la globalisation économique qu’il tient pour responsable de la destruction des classes moyennes. Selon lui, l’économie globalisée est une calamité dont le nombre de victimes ne cesse de croître. Il rappelle que plus de 60 000 usines ont dû fermer ces quinze dernières années aux Etats-Unis et qu’environ cinq millions d’emplois industriels ont été détruits.

3) Trump est un fervent protectionniste. Il propose d’augmenter les taxes sur tous les produits importés. Et se dit prêt, s’il arrive au pouvoir, à établir des droits de douanes de 40% sur les produits chinois. « Nous allons récupérer le contrôle du pays et nous ferons en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays » affirme-il souvent, en reprenant son slogan de campagne. Partisan du Brexit, il a déclaré que, s’il était élu, il ferait sortir les Etats-Unis de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA). Il s’est également attaqué au Traité Trans-Pacifique (TPP) et a confirmé que, une fois élu, il retirerait les Etats-Unis de l’accord : « Le TPP constituerait un coup mortel pour l’industrie manufacturière des Etats Unis. » Evidemment, s’il est élu, il stopperait aussi les négociations en cours avec l’Union européenne. Il va même plus loin : « Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Ces accords commerciaux sont un désastre. » répète-t-il. Dans des régions comme le rust belt, la « ceinture de rouille » du nord-est où les délocalisations et la fermeture d’usines ont fait exploser le chômage et généralisé la pauvreté, ces propos sont reçus avec enthousiasme et font renaître tous les espoirs.

4) Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. De nombreux électeurs républicains victimes de la crise économique, et tous ceux qui ont plus de 65 ans, ont besoin de la Social Security (retraite) et du Medicare (assurance maladie) mis en place par le président Barack Obama que les autres dirigeants républicains veulent supprimer. Trump a promis ne pas revenir sur ces avancées sociales. Il a aussi promis de diminuer les prix des médicaments, d’aider à régler les problèmes des « SDF », de réformer la fiscalité des petits contribuables, et de supprimer un impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers modestes.

5) Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. Il promet le rétablissement de la loi Glass-Steagall (votée en 1933 pendant la Dépression et abrogée en 1999 par William Clinton), qui séparait la banque traditionnelle de la banque d’affaires pour éviter que celle-ci puisse mettre en péril l’épargne populaire par des investissements à haut risque. Evidemment, l’ensemble du secteur financier est vent debout contre Trump et s’oppose au rétablissement de cette loi.

6) En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation Etat islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou.

7) Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. Elle n’a plus vocation à garantir la paix à n’importe quel prix. Contrairement à plusieurs responsables de son parti, et tirant les leçons de la fin de la guerre froide, il veut changer l’OTAN : « Il n’y aura plus – affirme-t-il de garantie d’une protection automatique des Etats-Unis envers les pays membres de l’OTAN. »

Ces sept propositions n’oblitèrent pas les déclarations odieuses et inacceptables du candidat républicain diffusées en fanfare par les grands médias dominants, mais elles expliquent sans doute un peu mieux les raisons de son succès auprès de larges secteurs de l’électorat américain. L’aideront-ils à l’emporter ? On ne peut l’affirmer mais il est certain que les trois duels télévisés à venir, face à Hillary Clinton, vont être redoutables pour la candidate démocrate. Car les stratèges militaires le savent bien : dans un affrontement entre le fort et le fou, celui-ci, par son imprévisibilité et son irrationalité, l’emporte bien souvent.

En 1980, la victoire inattendue de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis avait fait entrer le monde dans un cycle de quarante ans de néolibéralisme et de globalisation économique. Une éventuelle victoire de Donald Trump le 8 novembre prochain pourrait, cette fois, faire entrer le monde dans un cycle géopolitique nouveau dont la caractéristique idéologique principale, que l’on voit poindre un peu partout et notamment en France, serait : l’autoritarisme identitaire.

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:51

Ces gens qui nous gouvernent ou nous ont gouvernés ont, pour la plupart? quelques uns? pour patrie le fric, le trafic d’influence.

En voici certains, liste incomplète bien sûr. Car il faudrait ajouter ceux que l’on ne connait pas, qui ne se sont pas encore fait pincer, mais aussi les autres, ex-chefs d’état ou de gouvernement, ministres ou haut fonctionnaires, qui s’en vont consultants moyennant quelques sommes largement rondelettes proposer leurs services à d’autres états, des multinationales, des banques,…… mais pas à vous, vous n'avez pas assez d'argent, et ils n'ont pas le goût de vous. Ils s’en vont emportant dans leurs bagages la connaissance qu’ils ont des dossiers, des institutions, pour les offrir aux autres qui dès lors auront moins de mal à nous baiser.

Vous vous apprêtez à voter, observez leur pedigree politique. Bien sûr il y a en a partout, alors remarquez dans quel camp ils sont le plus concentrés.

Exergue

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Barroso

http://www.lepoint.fr/europe/des-contacts-etroits-entre-barroso-et-goldman-sachs-durant-son-mandat-24-09-2016-2071115_2626.php

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Viviane Reding

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/17/ces-commissaires-europeens-qui-passent-dans-le-prive_4524910_3234.html

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Karel de Gucht

http://www.lecho.be/economie_politique/belgique_general/Karel_de_Gucht_devient_administrateur_d_ArcelorMittal.9762741-4003.art?ckc=1

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Jean-Claude Juncker

http://www.politis.fr/articles/2014/11/juncker-au-centre-dun-scandale-fiscal-impliquant-340-multinationales-28907/

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Neelie Kroes

http://www.lefigaro.fr/international/2016/09/21/01003-20160921ARTFIG00405-l-ancienne-commissaire-europeenne-a-la-concurrence-aurait-dirige-une-societe-offshore.php

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Schroder

http://www.lemonde.fr/europe/article/2005/12/13/gazprom-la-reconversion-de-m-schroder-scandalise-la-pologne_720587_3214.html

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Cahuzac

http://tempsreel.nouvelobs.com/tag/jerome-cahuzac

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Quant au rôle du ‘comité d’éthique européen’, ce n’est pas terrible !

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/09/15/barroso-chez-goldman-sachs-quel-est-le-role-du-comite-d-ethique-europeen_4998070_4355770.html

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 08:43

Il n’y a pas si longtemps le mur de Berlin tombait. Il n’y a pas si longtemps. La foule était en liesse.

Plus près, dans le temps, Israël entamait la construction d’un mur pour se séparer de Gaza.

Tandis que les Etats-Unis en bâtissaient un pour établir une frontière étanche avec le Mexique.

Aujourd’hui, c’est à Calais que la France en établit un, sans avoir d’autre imagination que de parquer, sans remettre en cause sa politique au Moyen-Orient ou en Afrique, ou ailleurs, sans avoir l’ambition d’attaquer le mal à sa racine.

Régis Debray écrivait, je ne sais plus dans lequel de ses bouquins, sur la nécessité des frontières car elles ouvrent autant de portes qui sont passages, échanges, ce qui est loin d’être le cas des murs qui prétendent à l’étanchéité et à l’enfermement.

Dans ce monde qui se veut global, il est cocasse d’observer Ô combien il ne l’est pas. Global pour aller se faire du fric sur le dos des autres mais non pour partager. Global pour exploiter mais non pour accueillir. Curieuse conception de la globalité, de la mondialisation, que de la vouloir seulement à sens unique et de ne pas vouloir en supporter les conséquences.

Dans la globalisation, la mondialisation, les multinationales dans le cadre de l’idéologie ultralibérale ont pris le relai du colonialisme des états et des empires. Rien ne change quant au fond, si ce n’est la profondeur des méfaits.

Ils sont là, réfugiés, sans papiers, clandestins que nous avons fabriqués pour les avoir contraints à partir de chez eux.

Il y a peu de temps, je visitais le mémorial du camp de Rivesaltes récemment ouvert pour célébrer le sempiternel plus jamais ça. Lieu de désolation en surface, à l’écart du gros bourg, mémorial enterré pour que nous puissions échapper à notre honte. Tout le monde y vient vérifier l’exécrable qui a vu se succéder : juifs, gitans, espagnols, harkis… mais finalement…

… l’Histoire recommence…. la même Histoire ressurgit, semblable à l’hydre de l’Herne dont la tête coupée repousse, …. l’Histoire rebondit de repentance en repentance, phénomène qui nous autorise à recommencer nos fautes et nos erreurs, sachant que nous nous accordons la possibilité de les effacer à intervalles réguliers.

Qui se souvient que Manouchian était un clandestin, un sans-papiers, travaillant en loucedé en France avant de diriger le réseau qui porte son nom et de prendre les armes pour défendre la France tandis que des gaulois au nom de Lucien Lacombe fricotaient, d’autres se tenaient pénards attendant la fin de la guerre pour pouvoir devenir bien franchouillards ?

Qui se souvient que le réseau Manouchian, 23 résistants communistes, tous morts pour leur honneur d'êtres humains, pour nous, était composé de 20 étrangers (dont une femme), polonais, hongrois, italiens, espagnols, roumains, tous en lutte contre le fascisme, …. pour 3 gaulois.

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Et s’il y avait autre chose à faire que de construire des murs ? qu’à bâtir des camps ?

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 03:42

Bratislava. L’Union est ‘dans une situation critique’ pour Merkel, ‘menacée de dislocation’ déclare Hollande. Tiens donc ! Tandis que Matteo Renzi prend la tangente, disant : «je refuse de suivre un scénario visant à faire croire aux citoyens que nous sommes d’accord sur tout». Il serait temps de s’intéresser aux citoyens ! Car l’Europe n’est pas celle des peuples ; des Etats et des oligarques et de la caste assurément.

Ce constat fait, il faudra voter en 2017. Populisme de droite et de gauche s’affrontent. Le premier s’incarne héréditairement dans une famille, celle des Le Pen qui se refilent le parti, tout en parlant de démocratie, du peuple ; « Le Pen est mort. Vive ! Le Pen » pourrait-on dire. C’est le jeu des 7 familles. Vous avez le père, la fille, et la nièce en attendant d’autres héritiers. Style monarchique on ne fait pas mieux. Le second s’incarne dans la France insoumise où chacun participe au projet et où le porte-parole, J-L Mélenchon, annonce que la nouvelle constitution élaborée et votée par le peuple et non octroyée (ça c’est le style Montebourg très 5ieme république finalement) il se retire.

Revenons à Merkel et Hollande, et à Bratislava. Il avait dit, nouvelle fanfaronnade à l’adresse des français, concernant le Tafta : « la position de la France est claire » (1) « aucun accord ne sera signé » (2), et voilà-t-il pas que, fidèle à sa politique du compromis, il rompt, se déculotte, une fois encore, devant Merkel qui lui donne la fessée (1). Qu’il aime ça le bougre c’est son problème, qu’il nous entraine à la recevoir c’est le nôtre. Pour se faire une idée, si elle n’est pas faite, des enjeux du Tafta et au Ceta, on lira : ‘Tafta et Ceta : Hollande et Fekl jouent notre souveraineté démocratique à Bratislava’ (4). Mais en attendant, cet article :

Source : http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2016/09/17/ue-merkel-passer-tafta-force-hollande-opine/

Exergue

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Au sommet de l’UE à Bratislava, les citoyens européens ont encore assisté à une belle pantalonnade, émaillée d’une fessée déculottée pour François Hollande, et d’une série de quiproquo qui risquent d’être lourds de sens pour l’Union.

TAFTA et la fessée déculottée de Hollande

Premier point: à Bratislava, Merkel a obtenu un maintien de la ligne européenne sur le TAFTA, malgré les annonces de Hollande sur l’arrêt des négociations. Voici ce qu’en dit le communiqué final: lors du Conseil européen d’octobre, examiner les moyens de mettre en place une politique commerciale robuste qui tire parti de marchés ouverts tout en tenant compte des préoccupations des citoyens. Cette formule alambiquée annonce qu’en octobre, l’Union décidera officiellement de signer le TAFTA, que cela plaise ou non à la France. Il s’agit donc d’une superbe humiliation pour un Président qui annonçait, dans son discours de Wagram, qu’il ne laisserait pas la place de la France être contestée en Europe. Une fois de plus, les rodomontades parisiennes donnent lieu à un écrasement en bonne et due forme dès que les frontières sont franchies.

Mais jusqu’à quand allons-nous tolérer d’être le paillasson de la Prusse?

Les hallucinantes déclarations sur les réfugiés

La même Merkel a obtenu, du sommet de Bratislava, des mentions dont on se demande quel être humain normalement constitué a pu les écrire et les soutenir en conférence de presse. Par exemple:

Ne jamais permettre que se reproduisent les flux incontrôlés que nous avons connus l’année dernière et réduire encore le nombre de migrants en situation irrégulière.

Oui, oui, c’est bien Angela Merkel qui a défendu cette déclaration en conférence de presse. Là même qui, il y a près de dix-huit mois, déclarait unilatéralement l’Allemagne prête à accueillir en 2016 un million de réfugiés. À cette pantalonnade, il faut ajouter cette impressionnante phrase d’introduction à la déclaration:

Nous devons mieux communiquer les uns avec les autres – entre États membres, avec les institutions de l’UE, mais aussi, et c’est le plus important, avec nos citoyens. Nous devrions apporter plus de clarté à nos décisions. Utiliser un langage clair et honnête. Nous concentrer sur les attentes des citoyens, en ayant réellement le courage de nous élever contre les solutions simplistes des forces politiques extrémistes ou populistes.

Peut-être que la première façon de lutter contre les « solutions simplistes » serait d’arrêter de prendre les Européens pour des simplets à qui on peut servir n’importe quelle soupe.

Aucune politique économique dans l’Union

Pour le reste, l’Allemagne a maintenu le cap d’une rigueur budgétaire mortifère pour l’Union. Alors que le pauvre Juncker, sans doute inspiré par des puissances gouvernant une autre planète, avait proposé une augmentation du Fonds d’investissement dont personne ne voit la couleur, Merkel a maintenu le lock-out complet sur le sujet:

en décembre, compte tenu de l’évaluation qui aura été faite, prendre une décision sur l’extension du Fonds européen pour les investissements stratégiques

Dans le meilleur des cas, les mesures nouvelles d’investissement interviendront en décembre. D’ici là, on continue comme avant, avec une Europe au service des grands groupes qui pratiquent l’évasion fiscale: lors du Conseil européen du printemps 2017, faire le point sur les progrès réalisés en ce qui concerne les différentes stratégies pour le marché unique (y compris le marché unique numérique, l’union des marchés des capitaux et l’union de l’énergie)

On retrouve ici notamment le principe d’une adoption à marche forcée de la directive sur les droits d’auteur.

L’Italie quitte le bateau ivre franco-allemand

François Hollande a obtenu de s’afficher seul, lors de la conférence de

presse, avec Angela Merkel (en échange d’un renoncement à toutes ses ambitions ou promesses, comme d’habitude). Matteo Renzi, l’Italien, n’a guère apprécié l’opération, d’autant qu’il repart la queue entre les pattes.

Renzi est arrivé, en effet, avec deux objectifs de guerre: une tolérance budgétaire de l’Union pour ses écarts, et un amendement l’accord avec la Turquie sur les migrants, qu’il trouve trop raide (et accessoirement défavorable à l’Italie, puisqu’il ne concerne que la Grèce). Merkel, qui avait un temps joué Renzi contre Hollande, vient donc de perdre un allié.

De l’Europe, il ne restera donc bientôt plus que le couple croupion franco-allemand. La Grande-Bretagne s’en va, l’Italie boude, et plus personne ne croit en rien. Ou comment les bureaucraties finissent. Sur ce point, on reste confondu par la rigide cécité de l’Allemagne qui, une fois de plus, démontre son incapacité à dépasser sa vision prussienne de l’Europe.

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  1. http://www.europe1.fr/economie/traite-tafta-la-position-de-la-france-est-claire-retorque-hollande-a-juncker-2838127
  2. http://bfmbusiness.bfmtv.com/france/tafta-pour-hollande-aucun-accord-ne-sera-trouve-d-ici-la-fin-2016-1031406.html
  3. http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2016/09/17/ue-merkel-passer-tafta-force-hollande-opine/
  4. http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article32350
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 17:43

C’est que révèle R. Jennar dans l’article ci-dessous. Autrement dit, si les américains souhaitaient que nous nous mettions un plume au cul il faudrait les exhausser.

Pour ce qui ne l’ont pas lu, je vous invite à ce lien : http://exergue.over-blog.com/2016/09/vassalisation-de-l-europe-par-les-etats-unis-entretien-avec-regis-debray.html, dans lequel R. Debray fait état de la vassalisation de l’Europe par les États-Unis.

Exergue

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Source : http://www.jennar.fr/?p=5051

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« C’est ce que les Américains attendent que nous fassions » vient de déclarer Mme Ursula von der Leyen, ministre allemande de la Défense comme principal argument pour justifier la proposition qu’elle vient de lancer: créer une Union européenne de la défense.

Les citoyens du Royaume Uni de Grande Bretagne décident majoritairement de quitter l’Union européenne et qui voit-on se précipiter à Bruxelles et à Londres : John Kerry, le Secrétaire d’Etat US. Les maîtres s’inquiètent.

Les archives ont depuis longtemps révélé que ce sont les USA qui ont voulu ce qui est devenu l’UE. Ils ont trouvé en Jean Monnet (un homme qui avait écrit pendant la guerre à Roosevelt qu’il fallait « liquider » de Gaulle) et Robert Schumann (un homme qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain et a été décrété d’indignité nationale à la Libération, décision annulée suite à une intervention du Vatican) de fidèles exécutants.

Qui se souvient que les USA ont entretenu avec le régime de Vichy des relations diplomatiques jusqu’en novembre 1942, soit un an après l’entrée en guerre avec l’Allemagne ? Qui se souvient qu’ils avaient décidé d’administrer la France (comme ils l’ont fait du Japon) au moyen d’un « Allied Military Government of Occupied Territories « (Amgot) qui avait même imprimé sa propre monnaie qui fut distribuée en Normandie. Il fallut l’opposition énergique de Charles de Gaulle dont l’autorité était renforcée par le poids de la Résistance pour s’opposer à cette tentative d’un protectorat US sur la France. (lire à ce propos le Monde diplomatique de mai 2003, page 19).

Si l’idée d’une Europe européenne était présente jusqu’à l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’UE, si des velléités d’indépendance ont encore pu s’exprimer aussi longtemps que la France était en dehors du commandement militaire de l’OTAN, aujourd’hui l’UE n’est plus qu’un appendice des USA. Le projet de traité transatlantique doit formaliser cette absorption totale des pays d’Europe dans la sphère sous contrôle US.

Alors que des troupes et des blindés allemands se trouvent une nouvelle fois à quelques centaines de kilomètres de la ville martyre que fut Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), la patronne de l’armée allemande appelle de ses vœux une armée européenne, parce que « C’est ce que les Américains attendent que nous fassions » ! Une armée dont les soldats de chez nous serviront de chair à canon pour les politiques bellicistes conçues par les faucons de Washington aux ordres d’un complexe militaro-industriel qui a toujours besoin d’ennemis à combattre.

L’UE qui sert à nous aliéner aux USA va servir à nous entraîner dans la guerre, alors qu’elle a soi-disant été créée pour préserver la paix.

Mais quand donc les peuples d’Europe se lèveront-ils pour retrouver la libre détermination de leurs choix ?

Et si, pour commencer, nous agissions pour que l’UE et l’OTAN deviennent des enjeux de la prochaine campagne présidentielle et des législatives qui suivront. Cela ne dépend que de nous d’interpeller les élus sortants et les partis politiques qui sont les véritables responsables de notre aliénation.

Rmj

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 10:03

Bien sûr qu’il faut s’interroger sur comment apprendre, proposer de l’innovation pédagogique (1), mais avant. Encore que j’ai vu des enseignants apprendre à lire à des adultes en peu de temps avec l’archaïque méthode Boscher là où des innovants, des pointus de la pédagogie, des in qui pensent les autres out, mordaient la poussière. C’est un autre problème.

Mais avant.

L’école va mal, car le rêve de G. Bachelard d’ ‘une société faite pour l’école’ n’est pas. Aujourd’hui est cette réalité : une école faite pour la société, ‘une société soucieuse d’asservir l’école à ses besoins immédiats’ (H. Pena-Ruiz).

Elle va d’autant plus mal qu’elle n’asservit pas uniquement aux besoins immédiats de la société (ceci pour la finalité 1ière), l’outil qu’elle est a désormais pour fonction de faire du fric (ce qui est une seconde finalité) qui appelle la marchandisation.

Pour obtenir la marchandisation (la privatisation à des fins lucratives) de l’école le plus sûr moyen est de la fracasser, afin que chacun, ignorant des enjeux, du constat de sa décrépitude, puisse dire : « Allez ! filons là au secteur privé, lui sait faire ». Ben ! voyons. Ainsi pour casser l’école :

  • diminution des postes d’enseignants,
  • désengagement de l’Etat - activités périscolaires payantes -, et disparition progressive de la gratuité.
  • mise en œuvre de critères de rentabilité, sans qu’on se soit interrogé sur ce qu’est une école rentable (pour employer ce vocabulaire emprunté à l’économie).
  • heures d’enseignement en baisse (comme s’il était possible de faire entrer 1litre de liquide dans un récipient de moindre contenance)
  • disciplines (artistiques, histoire,…) passant à la trappe,
  • contenus vaseux, amoindris,…
  • pédagogisme - Mérieux dont on lira le bon article ci-dessous y aura pas mal contribué -,
  • mise en œuvre de la transversabilité auprès d’élèves (apprenants, si vous voulez être in) sur du vide (absence des fondamentaux nécessaires à l’esprit critique),
  • partir de l’intérêt de l’enfant (demandez à un petiot s’il a le désir d’apprendre à lire, s’il en comprend l’intérêt),
  • mise en œuvre d’activités ludiques (Allain disait qu’on n’apprend pas en s’amusant, qu’il y faut quelques efforts),
  • appel à bâtir des projets d’école quand l’Etat n’est pas foutu d’en formuler un,
  • régionalisation, autonomie des établissements,…financements différents,… qui préparent à des inégalités territoriales….
  • etc., etc., etc., …… etc., etc.,….

Toutes choses qui vont conduire à formater un travailleur, un consommateur, non point un être humain, un citoyen.

…. Mais ça va bien. Ça va bien pour qui ? A qui profite l'assassinat de l'école?

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A quoi doit servir l’école ? Si vous n’en savez rien, et après tout pourquoi pas, le petit livre d’Henri Pena-Ruiz est vivement conseillé : ‘Qu’est-ce que l’école ?’(2), éditions folio actuel ; il remet les idées en place. Mais on lira aussi : ‘Propos sur l’éducation’ d’Allain, ‘L’enseignement de l’ignorance’ de J-C Michéa (3).

Dernièrement à Toulouse, J-L Mélenchon (voir discours sur le blog il y a quelques jours), évoquant l’enseignement, proposait une éducation à la culture sans laquelle il n’est pas d’être humain complet, l’Humain d’abord, toujours ; concernant les moyens il indiquait que contrat serait passé avec les futurs enseignants pour qu’ils aient leurs études payées (modèle ex-écoles normales) et que de leur nombre croissant il soit convenablement pourvu aux besoins en personnel de l’Education nationale (coût actuel d’une année universitaire : 10000 euros. Qui peut payer une telle somme ?).

L’enjeu de l’école est politique. Avant de se demander comment la faire fonctionner pédagogiquement, il convient de répondre à cette question : à quelle fin ? puis de lui donner les moyens qui sont d’abord financiers (et non de les sucrer).

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(1) Article de Mérieux : http://www.alterecoplus.fr/linnovation-pedagogique-doit-se-faire-au-sein-de-lecole-publique/00011745

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(2) Pena-Ruiz : http://exergue.over-blog.com/article-qu-est-ce-que-l-ecole-114075333.html

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(3) Michéa : http://exergue.over-blog.com/2014/11/l-enseignement-del-ignorance-et-ses-conditions-modernes-de-jean-claude-michea.html

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 05:23

Stathis Kouvékalis propose, ainsi que l’indique le titre, une lecture de l’histoire récente grecque ou plutôt de celle de Syriza et du rôle de son leader Tsipras. A cet instant où les mobilisations sociales sont plus fortes que jamais, où les forces politiques de gauche montent en puissance en Europe, où vont se produire des élections conséquentes en 2017 en France mais aussi en Allemagne, il n’est pas superfétatoire de prendre connaissance de cette analyse pour en tirer quelques enseignements.

Exergue

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Source : https://unitepopulaire-fr.org/2016/07/02/montee-et-chute-de-syriza-par-stathis-kouvelakis/

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Entretien avec la New Left Review (no 297, janvier-février 2016)

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New Left Review (NLR) : Syriza arriva au pouvoir en janvier 2015 comme parti anti-austérité – l’opposition politique la plus avancée en ce moment contre le durcissement des politiques déflationnistes imposées par l’axe Bruxelles-Paris-Francfort. Six mois plus tard, le gouvernement de Tsípras se vit forcé d’appliquer le plan d’austérité le plus dur que la Grèce ait jamais connu. Ce fut le résultat prévisible de la contradiction existant dans le programme de Syriza : rejeter l’austérité, mais maintenir l’euro. Pourquoi Tsípras fut-il si incapable de promouvoir le maintien de la Grèce dans l’Union européenne, mais hors de l’eurozone, la position adoptée par la Suède, le Danemark, la Pologne et une demi-douzaine d’autres pays européens ?

Stathis Kouvélakis (SK) : Premièrement, on ne doit pas sous-estimer la popularité de l’euro dans les pays périphériques du sud de l’Europe – Grèce, Espagne, Portugal -, pour lesquels l’adhésion à l’Union européenne (UE) signifiait l’accession à la modernité politique et économique. Pour la Grèce, en particulier, cela signifiait faire partie de l’Occident d’une manière différente à celle du régime postérieur à la guerre civile imposée par les Etats-Unis. Cela paraissait une garantie du nouveau cours démocratique : après tout, jusqu’en 1974, la Grèce n’avait pas connu un régime politique similaire à celui des autres pays occidentaux, après des décennies d’autoritarisme, de dictature militaire et de guerre civile. La Communauté européenne offrait aussi la promesse de combiner la prospérité avec une dimension sociale, supposément inhérente au projet, et c’est ainsi que fut conclu l’accord politique surgi après la chute de la junte. L’adhésion à l’euro paraissait la conclusion logique de ce processus. Disposer de la même monnaie que les pays les plus avancés – avoir dans le porte-monnaie la même monnaie que les Allemands ou les Hollandais, malgré le fait de ne pas avoir cessé d’être un travailleur ou un retraité grec mal payé -, cela avait un énorme pouvoir sur l’imagination des gens. Un fait que ceux d’entre nous partisans depuis le début de la crise de sortir de l’euro tendaient à sous-estimer.

Même maintenant, après cinq ans de l’une des thérapies de choc les plus dures jamais – et la première imposée à un pays d’Europe occidentale -, l’opinion publique reste divisée sur la question de l’euro, malgré l’existence d’une majorité beaucoup plus exiguë en faveur de rester dans l’eurozone. Cet état d’esprit révèle aussi une forte mentalité subalterne dans la société grecque, mentalité qui remontre probablement à la formation de l’Etat en 1830 ; une idéologie très assumée par les élites grecques, qui se sont toujours senties inférieures à leurs homologues européens et tendent à démontrer leur fidélité ; ces élites ont toujours pensé devoir quelque chose aux puissance occidentales. Et de fait, chaque fois que leur pouvoir s’est vu menacé, l’intervention extérieure a joué un rôle décisif dans le maintien de l’ordre social existant, plus particulièrement dans la décennie des années 1940 et durant la période antérieure au coup d’Etat militaire de 1967.

Deuxièmement, en contraste avec la position de la Suède, du Danemark et du Royaume-Uni, pour la Grèce l’abandon de l’euro serait extrêmement conflictuel, vu qu’il signifierait la rupture avec les politiques néo-libérales des mémorandums. Si l’on prétend être sérieux à ce propos, il faut être préparé à une confrontation. Depuis 2 012, quand Syriza est devenu le principal parti d’opposition, avec des possibilités d’entrer au gouvernement, il était clair que Tsípras ne voulait pas cette confrontation, car il acceptait le maintien dans l’eurozone. La position initiale de Syriza se résumait par deux mots d’ordre : « Aucun sacrifice pour l’euro » et « L’euro n’est pas un fétiche ». Cela laissait ouverte la question de savoir jusqu’où on pouvait ou on devait aller dans la confrontation avec l’Eurogroupe et la Troïka. Néanmoins, cette ligne fut laissée de côté peu après les élections de juin 2012.

En été 2015, Tsípras utilisa l’argument de la peur, en insinuant que la sortie de l’euro signifierait le chaos. Début juin, après que l’Eurogroupe ait rejeté les termes de la proposition grecque, bien que tous la comprenaient déjà comme une capitulation, Paul Mason demanda au proto-ministre des finances de Syriza, Euclides Tsakalotos, ce qui se passerait si la Grèce abandonnait l’euro. Tsakatolos répondit que cela signifierait un retour aux années 1930, celles de la montée du nazisme ! Tsípras lui-même parla d’un « suicide collectif ». De telles déclarations révèlent que, pour les dirigeants de Syriza, une telle éventualité était impensable, un trou noir. C’était hors de leurs conceptions, étranger à leur stratégie, qui avait déjà écarté la possibilité d’un affrontement catégorique. Je crois que c’était la seule chose très claire pour eux. Le point principal du « tournant vers le réalisme », décidé par les dirigeants après avoir perdu les élections de juin 2012 par une marge étroite, était de montrer que l’option de la sortie avait été définitivement abandonnée. Antérieurement, il semblait y avoir une certaine ambiguïté à ce propos, et même certaines hésitations ; mais celles-ci ont disparu après les élections de juin 2012, ce qui se justifiait implicitement en insistant sur le fait qu’il ne fallait pas effrayer les électeurs les plus modérés, dont l’appui était nécessaire pour gagner les prochaines élections.

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NLR : Vous dites que l’abandon de l’euro aurait supposé un affrontement sans pitié, mais pour Schäuble, au contraire, cela semblait signifier une sortie plus facile pour la Grèce. Il paraissait penser que l’eurozone serait plus cohérente sans la Grèce et a offert une assistance concrète.

SK : Bon, premièrement nous n’avions pas assez d’informations sur ce qui est arrivé exactement, quels étaient les termes de l’offre faite par Schäuble et dans quelle mesure ils représentaient la position de tout le gouvernement allemand. Nous savons que Schäuble a parlé de deux possibilités : accepter le troisième mémorandum ou sortir de l’euro, ce pour quoi il paraissait disposé à offrir une aide ; mais il est difficile de croire que cela n’aurait pas été accompagné de conditions.

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NLR : Cette possibilité aurait-elle dû être explorée ?

SK : Absolument. A l’époque la Plateforme de gauche (1) l’avait dit. De fait, l’un des principaux arguments utilisés contre nous par Tsípras consista à dire que nous étions du côté de Schäuble. Ce fut répété hystériquement durant tout l’été 2015. Mais il fallait explorer cette possibilité. De fait, Panagiotis Lafazanis et d’autres camarades ont proposé, lors du Conseil des ministres du mois de mai, que le gouvernement devait envoyer un représentant pour mener des conversations informelles avec Schäuble, mais Tsípras a rejeté cette proposition. Il s’est refusé catégoriquement à discuter cette possibilité.

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NLR : Parlons de la formation idéologique de Syriza comme parti. L’eurocommunisme y a-t-il joué un rôle dominant ?

SK : Politiquement il n’y a pas de continuité linéaire entre l’eurocommunisme et Syriza. La majorité des membres de Synaspismos, qui formaient le gros de Syriza, venait du Parti communiste orthodoxe. Tous ces gens – Tsípras, Yannis Dragasakis, Maria Damanaki (première dirigeante de Synaspismos), ou Dimitris Vitsas (secrétaire politique, jusqu’à récemment) – venaient du KKE, qu’ils ont quitté en 1991. La coalition Syriza, formée en 2004, comprenait beaucoup d’autres composantes – des groupes trotskystes, maoïstes, altermondialistes, etc., ainsi que les restes du Parti communiste de l’intérieur, les eurocommunistes de AKOA. Mais la culture intellectuelle qui imprégnait Synaspismos était dominée par des intellectuels traditionnels provenant des millieux eurocommunistes, et cela eut un impact. De fait, l’institut théorique du parti porte le nom de Nicos Poulantzas.

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NLR : Pourriez-vous nous expliquer plus en détail les étapes de l’évolution de Syriza après les élections de juin 2012, lors de son apparition comme principal groupe d’opposition avec 27 % des suffrages ?

SK : Après les élections de 2012, on pensait généralement que l’arrivée de Syriza au gouvernement, d’une manière ou d’une autre, était seulement une question de temps. La direction de Tsípras prit des décisions très claires, et dans un certain sens très énergiques, en été 2012, sur la ligne du parti et sur le type de parti qu’elle voulait. Premièrement, ils avaient besoin de transformer une coalition hétéroclite d’organisations très disparates en un parti unifié : c’était généralement assez reconnu et il n’y avait pas de grandes divergences à ce propos. Ils voulaient aussi profiter du processus d’unification pour transformer très profondément la culture du parti et sa structuration. Au lieu de s’efforcer de recruter des gens qui s’étaient illustrés dans les mobilisations sociales de cette époque, l’objectif était d’ouvrir les portes à un type de personnes souhaitant adhérer à un parti en croyant que celui-ci a de sérieuses possibilités d’arriver au pouvoir ; les mentalités et les habitudes clientélistes sont très profondément ancrées dans la société grecque, y compris dans les classe populaires ; il y a une espèce de micro-gestion des relations sociales.

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NLR : Cela incluait des gens qui avaient appartenu auparavant au PASOK et qui l’avaient vu s’effondrer ?

SK : Oui. Ce processus incluait aussi l’incorporation de figures associées à la classe politique. Cela ne se faisait pas pour gagner des votes, parce qu’en termes électoraux ces personnes étaient totalement discréditées. C’était un signal à l’intention des élites : nous sommes en train de nous transformer en un parti normal. Il s’agissait de personnes provenant de l’entourage du PASOK, qui avaient participé aux gouvernements de Simitis ou de Papandreou. Elles n’étaient pas nombreuses, parce que cela suscita une réaction au sein de Syriza. Pour citer quelques exemples : Panagiatis Kouromblis, maintenant ministre de l’Intérieur et de la reconstruction administrative ; Alexis Mitropoulos, vice-président du Parlement dans la législature antérieure ; ou Christos Spirtzis, ex-président de la Chambre technique de Grèce et actuel ministre des Transports et des infrastructures publiques, bien connu pour ses liens avec des intérêts commerciaux dans le secteur de la construction. Tsípras et Dragasakis établirent des liens très étroits avec Louka Katseli, qui avait été une figure de haut niveau dans les gouvernements du PASOK. Bien qu’elle n’ait pas rejoint Syriza, il y eut une collaboration officielle avec elle, et maintenant elle est gouverneur de la Banque nationale de Grèce. Ce processus s’est répété aux niveaux intermédiaires du parti. La direction de Syriza a fait tout son possible pour introduire ces personnes sur les listes électorales de 2015, bien qu’elle n’ait remporté qu’un succès partiel, vu les fortes réactions des branches locales et des exécutifs régionaux.

Transformer Syriza en un parti centré sur son dirigeant fut le second aspect du processus. L’objectif était de passer d’un parti militant de la gauche, avec une forte culture de débat interne, d’hétérogénéité, de participation aux mouvements et aux mobilisations sociales, à un parti de membres passifs qui pourrait être plus facilement manipulé par le centre, et plus enclin à s’identifier avec la figure du dirigeant. De manière surprenante, les deux plus grandes réunions du parti – la première conférence nationale en novembre 2012, et le congrès de fondation en juillet 2013 – furent convoquées toutes deux à toute allure : nous ne disposions que d’un mois pour les préparer. Certes, il fallait agir rapidement, vu la conjoncture politique, mais ces procédés expéditifs ont servi à créer des structures énormes, trop grandes pour prendre efficacement des décisions. 3500 délégués ont participé au congrès de fondation. Le premier comité central avait 300 membres, le second 200, et on continuait à discuter comme le réduire. Il était clair que la direction voulait éradiquer la culture politique militante et avancer dans la construction d’une machinerie électorale verticaliste.

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NLR : Comment cela se combinait-il avec le réalignement politique que vous venez de mentionner ?

SK : La restructuration du parti s’accompagna du tournant à droit. Depuis l’été 2012, la position sur l’euro s’est transformée en une déclaration constante de fidélité à l’eurozone. Cela est devenu évident lors des voyages de Tsípras auprès des institutions globales, principalement aux Etats-Unis – l’institut Brookings, etc. -, mais aussi dans des endroits plus fermés comme le Club Ambrosetti, qui a joué un rôle crucial dans la politique italiennes des années 1970 et dans le développement du « compromis historique ». Le débat fut clos en octobre 2013, à l’Ecole Lyndon Bain Johnson des affaires publiques, Austin (Texas), où Tsípras fit sa fameuse déclaration : « La Grèce ne doit pas sortir de l’eurozone : ce serait un désastre pour l’Europe ». La dérive était aussi notable sur la question de la dette. Eric Toussaint, qui joua un rôle important dans la Commission d’audit de la dette, créée par la présidente du Parlement Zoe Konstantopoulou, a confirmé l’existence d’un changement clair au sein de la direction de Syriza en été 2012 : celle-ci a modifié sa position antérieure de refuser la dette et d’organiser une campagne internationale contre sa légitimité. Les formules dans les documents du parti n’ont pas changé, mais on pratiquait le double discours habituel : dans le programme, des déclarations sur le socialisme, sans sacrifices pour l’euro ; nous allons avancer à n’importe quel prix, etc. ; mais cela ne s’exprimait plus publiquement, surtout de la part de Tsípras et de son entourage.

Deuxièmement, à partir de 2012, le type de pratique politique favorisé par la direction de Tsípras ne dépassait plus le cadre du parlementarisme. Il était clair que Syriza voulait renverser la coalition de Samaras, mais seulement par des tactiques parlementaires, en se centrant sur les élections présidentielles de fin 2014 (2). Ils ne voulaient pas une stratégie de mobilisations populaires pour faire avancer ce processus. Certes, la grande vague des mobilisations en 2010, 2011 et début 2012 avait baissé, précisément parce que les énergies s’étaient tournées maintenant vers le niveau politique. Mais il n’y avait absolument aucune perception de défaite de ces mobilisations ; on pensait seulement que nous ne pouvions pas tout obtenir grâce à l’occupation des places et que nous avions besoin d’une alternative politique et électorale. De 2013 à 2015, à plusieurs moment, on aurait pu relancer des mobilisations : quand Samaras a fermé la radiodiffusion publique ERT en juin 2013 ; lors de l’assassinat de Pavlos Fyssas par Aube Dorée en septembre de cette année ; lors de la grève des travailleurs des transports début 2013, et possiblement aussi lors des grèves des enseignants en juin et septembre 2013.

A ce moment, la direction de Tsípras a aussi commencé à construire des ponts pour faciliter l’incorporation de gens appartenant au noyau de l’appareil d’Etat – des cercles militaires et diplomatiques – et à souligner sa loyauté aux principes fondamentaux de l’Etat grec. Son entourage a fait des approches à l’aile la plus centriste de Nea Democratia, autour de Kostas Karamanlis ; l’un des résultats fut l’élection de Prokopis Pavlopoulos, une figure emblématique de ce groupe, comme président de la République en février 2015. La première rencontre entre Tsípras et Shimon Peres eut lieu en août 2012. Bien sûr, cela n’avait été approuvé, ni ne l’aurait été à ce moment, par aucun organe du parti. Ce fut aussi à ce moment que Tsípras attira dans son entourage diverses figures militaires et diplomatiques qui ont clairement orienté son approche des questions internationales et géopolitiques.

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NLR : Tsípras avait-il alors une autonomie complète par rapport au parti ?

SK : Son opération n’a pas remporté un succès total. Tsípras n’a jamais réussi à faire ce que Pablo Iglesias a fait au sein de Podemos, où il n’y a pas un seul député appartenant à l’aile gauche du parti. Iglesias a réussi à exclure totalement du groupe parlementaire le secteur regroupé autour de Anticapitalistas – des personnes comme Teresa Rodríguez et l’opposition qui s’était manifestée à l’assemblée de Vistalegre -, qui n’était pas d’accord avec son modèle d’un parti extrêmement verticaliste. Il y eut beaucoup de résistance au sein de Syriza, parce que le parti ne s’était que partiellement transformé jusqu’à l’été passé et était resté en grande partie un groupe d’activistes qui avaient passé leurs vies dans la gauche radicale grecque.

Mais les positions-clé étaient détenues par des personnes de l’ancienne direction de Synaspismos, qui étaient complètement autonomes y compris par rapport aux organes dirigeants du parti. L’entourage de Tsípras n’était contrôlé par aucun organe du parti. Cela s’est passé ainsi, par exemple, avec la commission du programme, essentiellement dominée par la commission économique, dirigée par Yannis Dragasakis. Il s’agit d’une figure quasi-balzacienne, obscure et publique en même temps : un homme qui agit toujours dans les coulisses ou derrière des portes fermées, mais qui a en même temps une image d’être très sérieux et raisonnable, alors qu’en réalité c’est tout le contraire. Il était supposé être en charge de la commission qui devait élaborer le programme de Syriza, avec le résultat qu’au début de l’automne 2014, alors que les élections s’approchaient, Syriza n’avait toujours pas de manifeste. La raison était politique et non technique : Dragasakis voulait avoir les mains totalement libres. Il savait qu’il ne pouvait pas mettre par écrit le programme qu’il désirait réellement, car le parti ne l’accepterait pas, mais il était le plus ouvert à dire que la seule option possible était la gestion améliorée du cadre des mémorandums.

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NLR : Quel bagage politique avait-il ?

SK : Dragasakis était une figure importante du Parti communiste grec (KKE), entré dans un gouvernement de coalition avec Nea Democratia en 1989. Il fut alors ministre de l’Economie. Avec le temps, il profita de ses liens avec la nomenklatura des pays d’Europe de l’Est pour faciliter des accords commerciaux entre les entrepreneurs grecs et les nouvelles élites économiques ayant émergé dans ces pays dans les années 1990. Il avait aussi des liens étroits avec les milieux d’affaires grecs, spécialement avec les banquiers. L’élite économique grecque considérait Dragasakis comme un homme-clé dans Syriza, quelqu’un en qui ils pouvaient avoir confiance, ce qui n’était certainement pas le cas de Tsípras qu’ils ne connaissaient absolument pas. Tsípras avait été une figure de second rang dans Synaspismos jusqu’à ce qu’en 2008 il soit tiré du néant par Alekos Alavanos, qui lui offrit la co-direction comme tentative de revitaliser le parti.

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NLR : Néanmoins, Tsípras ne fut-il pas la figure-clé dans l’évolution de Syriza ?

SK : Absolument. De fait, Dragasakis avait quitté le secrétariat du parti en 2010, lorsque les choses paraissaient figées. Tsípras l’a fait revenir et le mit à la tête de la commission économique, bien qu’en réalité Dragasakis, malgré son titre, ne connaît rien en économie. Néanmoins, la responsabilité politique était entre les mains de Tsípras. C’est clair comme le cristal.

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NLR : Alors, comment fut élaboré le programme de Thessalonique (septembre 2014) ?
SK : Tout le monde savait que les élections auraient probablement lieu dans les prochains mois, raison pour laquelle Syriza avait désespérément besoin d’un programme. Durant l’été, fut distribué un document de 150 pages, prétendument rédigé par Dragasakis : mais en réalité ce n’était qu’un copié-collé de documents émanant des différentes commissions du parti, bref un désastre. On rédigea donc en tout hâte un programme d’urgence pour le présenter en septembre à la foire annuelle internationale de Thessalonique, où les dirigeants politiques grecs ont l’habitude de faire certaines déclarations programmatiques. La Plateforme de gauche s’y impliqua et, sur diverses questions, le groupe des 53 (la gauche du bloc majoritaire) poussa dans la même direction. Le résultat fut que le programme de Thessalonique a prédit le désastre qui s’approchait. D’un côté, une série de promesses rompant clairement avec la politique d’austérité : nationalisation des banques, renégociation de la dette avec un fort amortissement, restauration du salaire minimum et de la législation du travail liquidée par les mémorandums ; la fin de la surimposition appliquée ces dernières années, particulièrement aux familles à bas et moyens revenus ; développement de l’emploi public ; rétablissement de l’électricité pour les familles auxquelles elle avait été coupée ; repas extras dans les écoles, etc.

Mais, revers de la médaille, toutes les mesures impliquant un coût fiscal devaient être appliquées dans le cadre d’un budget équilibré et sans nouveaux impôts, notamment sur le capital. Certaines propositions, comme l’emploi dans le secteur public, devaient être financées avec des subventions de l’UE, ce qui présupposait un accord avec celle-ci. Si on lit attentivement le programme, il était clair que la ligne réelle de la direction était celle du « compromis honorable », un terme adoré par Dagrasakis. La contradiction intrinsèque entre la proclamation d’un moyen terme entre les mémorandums et ce qu’étaient, en principe, les promesses de Syriza était déjà comprise dans le programme de Thessalonique.

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NLR : Les structures de pouvoir de l’UE, non contraintes à rendre des comptes, s’étaient étendues et durcies de 2010 à 2015 : objectifs fiscaux obligatoires et ajustement structurel pour tous, non seulement pour les pays de la Troïka. L’adversaire que les gauches grecque et européennes affrontent est donc très puissant, hautement mobilisé et bien armé dans les termes de son programme et des outils à sa disposition. Y eut-il une reconnaissance ou une analyse de ce fait par le gouvernement de Tsípras ?

SK : Oui et non. Je crois qu’une des raisons pour lesquels la direction de Syriza a commencé à reculer en 2012, c’est qu’elle avait compris qu’au cas où elle aurait gagné les élections il se serait produit une confrontation qu’elle ne pouvait contrôler. Jusqu’alors, ils avaient seulement surfé sur la dynamique de la situation. Derrière le verbiage sur la nécessité d’écraser le néo-libéralisme, ils ont pris peur en voyant la réalité. Ce fut le moment de vérité. En même temps, ils avaient beaucoup d’illusions sur ce qu’ils pouvaient obtenir de l’Europe. Lorsque Tsípras a rencontré ceux qui étaient d’une certaine manière les adversaires réels, les représentants des cercles de pouvoir européens et étatsuniens, la logique de ses déclarations était : « Ecoutez, je laisse de côté mon radicalisme, qui vous ennuie avec raison, mais dans lequel je ne crois pas réellement. Maintenant, je vois les choses de manière différente, et je suis prêt à être un bon garçon, beaucoup plus raisonnable que l’on ne pense, mais je dois obtenir quelque chose en échange ». Il croyait réellement pouvoir obtenir quelque chose, c’était clair.

On pourrait dire que le résultat fut objectivement la pire trahison politique perpétrée par une force de gauche contemporaine, au moins en Europe. Mais « trahison » est un terme insuffisant. Il a des connotations morales et psychologiques qui ne sont pas particulièrement utiles pour l’analyse politique. Il suggère aussi que les faits correspondaient à un plan, ce qui dans ce cas n’est pas certain. Le plan, lorsque Tsípras a pris ses fonctions en janvier 2015, était : « Nous allons essayer, même si c’est difficile, de trouver un bon compromis, et ensuite nous tenterons d’avancer ». Ils furent totalement surpris par son impuissance absolue et son incapacité à obtenir quelque chose de réel. On pourrait l’appeler ingénuité, mais pour les mêmes raisons ce n’est pas un terme très utile. Plus que « ingénuité », il s’agit de l’état d’esprit d’une gauche ayant déjà accepté une position subalterne. Un exemple : en avril 2015, quand devant l’insistance des créanciers Tsakalotos remplaça Varoufakis à la tête de l’équipe des négociateurs grecs, Amélie Poinsot – une journaliste française hautement qualifiée de Mediapart – lui demande ce qui l’avait le plus surpris comme ministre. Tsakalotos répondit qu’il s’était préparé très à fonds pour son premier voyage à Bruxelles et qu’il avait présenté un document soigneusement étudié, mais qu’il regrettait le bas niveau du débat : « Les autres ministres des finances se limitaient à réciter des règles et des procédures ! ». Il vivait dans une sorte de pesanteur à la Habermas, qui présupposait une volonté de trouver un terrain commun, un « accord gagnant-gagnant », le jargon des premiers mois de Syriza. Il leur manquait non seulement la perception de l’antagonisme de classe, mais jusqu’au minimum du réalisme élémentaire, dont toute figure politique a besoin pour survivre.

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NLR : N’est-il pas arrivé quelque chose de similaire à Varoufakis ?
SK : Varoufakis est une figure très complexe. Comme nous le savons maintenant, il faisait en coulisses des choses, qui indiquaient sa conscience de la nécessité d’aller au-delà des déclarations publiques. Néanmoins, il a signé l’accord du 20 février 2015, il l’a défendu énergiquement et il fut le premier à déclarer, déjà en février 2015, que la Grèce devait assumer les 70 % du mémorandum. Bien qu’il ait une grande responsabilité dans ce qui est arrivé, il eut une perception très clair de la situation et il était disposé à adopter une attitude de plus grande confrontation dans ce cadre ; de fait, c’est la raison pour laquelle Tsípras l’a nommé. Tsípras s’est rendu compte que, même s’il s’agissait d’une pure comédie, une telle position était nécessaire, bien que seulement à des fins de légitimation ou possiblement pour obtenir quelques concessions. Dragasakis aurait été incapable de remplir ce rôle. Il fallait une personnalité plus marquée comme Varoufakis.

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NLR : Pour trouver un bon compromis ?

SK : Oui, pour tenter d’atteindre cette chimère.

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NLR : Le premier pas de la Banque centrale européenne (BCE), durant la semaine où Syriza arriva au gouvernement, fut de durcir les conditions des prêts aux banques – étranglant l’économie grecque, pendant que le capital fuyait le pays. Quelle appréciation faites-vous de la politique du gouvernement ? Qu’aurait-il pu faire ?

SK : Clairement, établir un contrôle des capitaux. James Galbraith, qui faisait partie d’une petite équipe créée par Varoufakis pour travailler des scénarios et des propositions, a dit dans une importante entrevue, l’été passé, qu’il avait suggéré, à ce moment, à Tsípras d’établir un contrôle des capitaux, et que Tsípas rejeta catégoriquement cette idée, vu que « cela aurait mis en péril l’appartenance de la Grèce à l’eurozone ».

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NLR : Mais Chypre a imposé des contrôles de capitaux durant quasiment deux ans et restait néanmoins dans l’eurozone.

SK : Exactement. Il était clair que l’entourage de Tsípras ne voulait prendre aucune mesure d’autodéfense. Certes, l’établissement du contrôle des capitaux signifie que l’euro n’est pas exactement équivalent aux autres monnaies. Mais ç’aurait été un pas vital. Un assaut massif contre les banques s’était mis en place ; les économies fuyaient hors du pays, et les liquidités du système bancaire se basaient exclusivement sur le mécanisme de prêt d’ultime recours, une fois que le principal canal financier avait été coupé par la BCE, début février. Toute l’ambiance durant les premières semaines de février fut extrêmement conflictuelle. Les négociations furent très difficiles. A Athènes, les gens avaient commencé à descendre dans la rue pour appuyer Syriza ; il y eut même une certaine solidarité dans d’autres villes européennes. Un scénario de confrontation paraissait donc crédible, mais il était en train de s’épuiser en raison de la pression sur le système bancaire grec. Les contrôles des capitaux auraient pu l’interrompre et éviter la capitulation du 20 février, lorsque Syriza accepta l’extension du protocole. L’entourage de Tsípras a tenté de vendre cet accord comme un compromis pour gagner du temps, mais personne ne pouvait les croire : ils avaient rejeté les mesures d’autodéfense élémentaires, qui venaient non seulement des rangs de la Plateforme de gauche – dès le début, nous avions demandé le contrôle des capitaux -, mais aussi de personnes de leur propre équipe.

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NLR : Avec l’accord du 20 février, Syriza a abandonné son rejet du second mémorandum de la Troïka et, par contre, le prolongea durant quatre mois, jusqu’au 30 juin 2015, en promettant d’honorer tous les paiements aux créanciers. D’autre part, les fonds de secours (7,2 milliards d’euros) prévus par le mémorandum seraient livrés seulement si la Grèce menait à bien toutes les mesures : baisses des retraites, licenciements, etc. Durant cette période de trois semaines, il n’était jamais clair ce que Tsípras et Varoufakis étaient en train de négocier. Ont-ils changé leurs demandes ?

SK : Ils étaient en train de négocier ce qu’ils appelaient un « programme pont » pour tenir jusqu’en juin. Ils espéraient que ce programme ne serait pas soumis aux mêmes conditions. Ils voulaient gagner du temps jusqu’en été, parce qu’ils savaient que les paiements de la dette seraient ensuite inférieurs, vu que la majorité des paiements en 2015 devaient être effectués entre février et août. La tactique de Varoufakis fut de négocier en permanence, jusqu’à ce que les chaînes du mémorandum se relâchent. Il pensait sérieusement jouer cette carte jusqu’à la limite la plus éloignée possible, en croyant réellement que Schäuble et l’eurogroupe feraient des concessions substantielles, vu que le coût idéologique pour eux serait sinon trop grand. Mais il sous-estimait complètement l’asymétrie de la situation : la sophistication apparente de toutes les théories des jeux cachait un manque de réalisme politique élémentaire.

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NLR : Naturellement, Schäuble et les autres ministres des finances se cramponnèrent à la lettre de l’accord du 20 février : pas un centime de ce prêt de 7,2 milliards de « sauvetage », jusqu’à ce qu’ils aient totalement accomplies les mesures du mémorandum. Même ainsi, le gouvernement de Syriza a maintenu le paiement des intérêts ?

SK : Oui, Tsípras n’a obtenu aucun argent de l’eurozone durant toute cette période. Raison pour laquelle Syriza s’appropria toutes les réserves effectives des institutions publiques – hôpitaux, écoles, municipalités, universités – pour les livrer au FMI et à la BCE, afin de payer les intérêts échus chaque mois. Ainsi, les 7,2 milliards d’euros ont été payés exclusivement grâce aux réserves nationales; la Grèce fut le seul pays au monde qui a payé sa dette publique de cette manière. Aucun dirigeant grec n’avait agi ainsi auparavant, bien que les fonds de secours n’auraient certainement pas été refusés à Papandreou, ni à Samaras. Mais il est instructif de constater que Tsípras ait préféré donner cet argent plutôt que d’envisager la possibilité d’une rupture.

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NLR : Schäuble a dit de Tsípras, au moment de l’accord du 20 février 2015 : « J’aimerais savoir comment il vend cela chez lui ». Comment Tsípras a-t-il fait ?

SK : En ôtant de l’importance à cela. Le discours de Tsípras et de son entourage semblait suggérer : « Ils nous l’ont imposé contre notre volonté, bien que nous ayons fait tout ce qui était possible, il n’y avait pas d’autre option. Mais vu que cela va contre nos croyances, nous déploierons toute l’inventivité des descendants d’Ulysse pour éluder et miner ces conditions, pour les tourner dans un sens positif dans le cadre des limitations existantes. Oui, nous l’avons approuvé formellement, mais au plus profond de nous-mêmes, nous ne croyons pas au document que nous avons signé ». C’est ce que Tsípras a plus ou moins dit à Costas Lapavitsas en avril 2015, juste après que Varoufakis ait envoyé la seconde liste de réformes, comprenant des mesures qui pouvaient avoir un sévère effet récessif. Quand Costas Lapavitsas l’indiqua à Tsípras, celui-ci répondit : « Ecoute, nous dirons que nous allons faire cela, mais crois-tu réellement que nous le ferons ? ». Quand l’Eurogroupe dit que les Grecs n’étaient pas sérieux, il y avait là une certaine part de vérité. C’est l’astuce du subordonné qui dit : « Oui, bien sûr », mais qui ensuite évite d’agir. Tsípras jouait à ce jeu. C’est ainsi qu’il a vendu sa capitulation à l’électorat en septembre 2015.

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NLR : Comment décririez-vous les relations de Syriza avec les médias grecs ?

SK : C’est un point-clé. Nous utilisons le terme diaploki – littéralement « interconnection » – pour décrire la collusion des intérêts privés et publics, dont les médias sont le centre géométrique. Bien sûr, c’est un phénomène beaucoup plus large, probablement mondial. Les journaux et les chaînes de télévision grecs appartiennent à des entrepreneurs qui font des affaires avec l’Etat et entretiennent des relations directes et privilégiées avec les politiciens. Il ne faut pas oublier de dire que les médias de communication furent massivement hostiles durant l’ascension de Syriza. En 2012, la couverture de la campagne électorale avait des effluves latino-américaines, où les chaînes de télévision transmettaient un message putschiste : ce n’est pas un parti de gouvernement légitime, nous ferons n’importe quoi pour éviter qu’il arrive au pouvoir. Le niveau de violence symbolique était incroyable. Le ton de la chaîne publique ERT était plus mesuré, mais celle-ci a toujours été dirigée par les gouvernements successifs : co-gérée, si l’on peut dire, par Nea Democratia et le PASOK. Pour obtenir un travail, y compris comme balayeur, il fallait être affilié à l’un de ces deux partis. C’est parfaitement normal en Grèce ; c’était le cas dans la majeure partie du secteur public.

La figure-clé dans la stratégie de Syriza par rapport aux médias a été le collaborateur le plus proche de Tsípras, Nikos Pappas. Son père fut une figure connue du KKE (intérieur) et joua un rôle important dans l’insurrection étudiante de 1973 ; il devint un fonctionnaire du parti à plein temps après la chute de la Junte, toujours dans l’aile la plus droitière, la plus européiste. Dans les années 1990, son fils était actif au sein de la Jeunesse de Synaspismos, où il a connu Tsípras ; ils ont le même âge.

Il a étudié l’économie en Ecosse et obtenu un travail dans l’appareil du parti lorsqu’il rentra à Athènes. Pappas était chargé essentiellement du travail sale. Il s’arrangea pour exploiter la relation délicate des magnats des médias avec la loi et les banques. Beaucoup de ces cliques ne payaient jamais leurs impôts et devaient beaucoup d’argent à l’Etat. Même la radio publique ne suivant pas les procédures légales ; il n’y avait aucune procédure pour les appels d’offres. Leurs entreprises étaient très mal gérées, aucune d’elle n’est réellement rentable. Ils doivent des milliers de millions aux banques. Raison pour lesquelles un gouvernement peut les faire chanter facilement, en les menaçant de couper leurs lignes de crédit, etc. Ils savaient qu’en cas d’arrivée de Syriza au gouvernement ils pourraient être menacés. Mais Syriza voulait aussi un modus vivendi, et Pappas a commencé rapidement à conclure des accords. « Vous devez de l’argent, ce que vous faites est illégal. J’ai des informations concernant votre présence sur la liste Lagarde – c’est-à-dire des comptes non déclarés dans des banques suisses ; vous allez donc engager dix personnes que je vous recommanderai, et vos médias diront ceci et son contraire ». Ce genre de choses a totalement été institutionnalisé. Arriver à un accord avec les médias de communication faisait partie de l’élaboration d’un accord stable et permanent avec la bourgeoisie grecque. Politiquement parlant, c’était le centre de tout le projet.

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NLR : Mais les canaux de télévision privées n’ont-ils pas continué à se comporter de manière absolument injurieuses ?

SK : Réellement non. Le changement s’est produit en 2014 lors des élections européennes et régionales remportées par Syriza. A partir de ce moment, il n’y avait aucun doute : Syriza allait gagner les prochaines élections nationales, et l’attitude des principaux moyens de communications privées a changé. La ligne était maintenant : Tsípras est plus raisonnable que les gens ne pensent, mais il doit se défaire de son aile radicale la plus incorrigible, particulièrement la Plateforme de gauche. Les médias internationaux semblaient penser de même

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NLR : Entre temps, ERT avait été fermée par Samaras en été 2013, n’est-ce pas ?

SK : Certainement, ce fut une question d’heures. Ils l’ont annoncé à cinq heures de l’après-midi et ils la fermèrent à neuf heures, je crois. L’émission se termina, mais la police anti-émeutes n’entra pas pour évacuer l’édifice jusqu’en novembre : ainsi le bâtiment resta occupé durant plusieurs mois et se transforma en un centre fréquenté pour toutes sortes de mobilisations, concerts, manifestations… Les employés créèrent un canal de télévision alternatif, qui continua de fonctionner on-line après que la police ait coupé les émetteurs. Ce fut extraordinaire : un grand édifice central occupé en permanence par ses travailleurs, qui développaient un modèle d’information alternative. Si Syriza avait eu la volonté politique nécessaire, il aurait pu transformer cette expérience en quelque chose qui aurait changé la dynamique de la situation, mais il ne le fit pas. Lafazanis fut l’unique figure importante de Syriza qui visitait le bâtiment tous les jours.

En avril 2015, Syriza a rouvert ERT et réengagé la majorité des personnes qui avaient été licenciées, mais il est revenu à l’ancien modèle d’une entreprise de radiodiffusion contrôlée par l’Etat. La figure qu’il désigna pour la diriger, Lambis Tagmatarchis, était un membre ornemental du groupe corrompu des médias du PASOK durant les années de Simitis et de Papandreaou. Il n’y eut aucune intervention de la troïka pour le faire nommer. Ce fut une décision totalement indépendante.

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NLR : Quels aspects positifs de son programme le gouvernement de Syriza a-t-il mis en pratique, de janvier à juillet 2015 ?

SK : Très peu. Le niveau de l’activité législative est descendu à des extrêmes sans précédent. Durant cette première période, seuls dix ou douze projets de loi ont été approuvés. La majorité d’entre eux était positive, mais très limitée : un paquet minimum pour faire face à la crise humanitaire, approximativement un sixième du paquet annoncé dans le programme de Thessalonique, y compris le rétablissement de l’électricité mais en se centrant exclusivement sur les cas les plus désespérés ; la taxe d’entrée de 5 euros à l’hôpital – – une mesure très haïe du mémorandum – fut annulée ; les prisons de haute sécurité furent abolies, ce qui fut positif ; fut aussi annulée la réforme du code de la nationalité. Les retards dans le paiement des impôts pouvaient maintenant être acquittés par une centaine de paiements mensuels – ces retards étaient énormes, environ 90.000 millions d’euros, soit la moitié du produit intérieur brut (PIB) – ; mais cette mesure fut partiellement révoquée par le troisième mémorandum. Dans plusieurs cas, les ministres de la Plateforme de gauche ont pu impulser des initiatives. Par exemple, Lafazanis bloqua la privatisation du terrain autour du Pirée et de l’entreprise nationale de l’énergie.

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NLR : Quel rôle joua la Plateforme de gauche dans la critique publique de la direction ?

SK : A mon avis, nous n’avons pas fait ce que nous aurions dû faire. Vu que les figures les plus connues de la Plateforme de gauche siégeaient au Conseil des ministres, elles étaient absorbées par leurs responsabilités gouvernementales et ne pouvaient pas jouer le même rôle politique public qu’auparavant. Nous avons tenté de les remplacer avec la promotion d’autres personnes qui avaient plus de liberté pour s’exprimer, mais ce ne fut pas facile. Néanmoins, tous les débats internes durant cette période furent très publics : quand les sites web de la Plateforme de gauche critiquaient les décisions du gouvernement, ce qui était fréquent, cela devenait une nouvelle de premier plan. Au comité central, nous avons attaqué férocement l’accord du 20 février, et nous avons clairement affirmé que nous n’accepterions aucune reddition.

Le comité central s’est réuni trois fois entre janvier et juillet ; la dernière réunion, après la capitulation, fut un échec total. Même si les motions de la Plateforme de gauche ont obtenu 40 % des votes, lors de la première réunion, et 44 %, lors de la seconde, ce qui signifiait l’appui d’autres courants à nos positions. Ces amendements étaient d’authentiques textes alternatifs, exprimant notre total désaccord avec ce que faisait le gouvernement. Notre proposition consistait à attirer toute la gauche du bloc majoritaire, y compris non seulement une partie du Groupe des 53, mais aussi des figures comme Zoe Konstantopoulou, Manolis Glezos ou les maoïstes ; y compris des personnes comme Yannis Milios qui, bien qu’étant anticapitaliste, se refusait à toute discussion sur la nécessité d’abandonner l’euro. La Plateforme de gauche a agi alors comme pôle d’attraction, spécialement parmi la base, mais le parti n’a pas joué de rôle significatif. La Plateforme de gauche n’a pas réagi à la marginalisation du parti comme elle aurait dû le faire. Nous aurions dû présenter notre propre programme alternatif. Nous avons décidé en avril de préparer un texte, auquel Lapavitsas avait commencé de travailler, mais la direction de la Plateforme de gauche ne lui a jamais donné le feu vert. Et ensuite nous avons été dépassés par les événements en juin et durant la période avant le référendum.

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NLR : Quels étaient les principaux points du programme ?

SK : Il se serait agi d’une feuille de route concrète articulée autour des quatre mesures que nous avions constamment préconisée depuis le début de la crise : non-paiement de la dette, nationalisation des banques, imposition du contrôle des capitaux et préparation d’une monnaie alternative, dans cet ordre. Cela aurait aussi supposé l’adoption de mesures législatives unilatérales : le rétablissement de la législation du travail, en établissant une taxe spéciale sur le capital pour démontrer une claire volonté politique. Le feu vert n’est jamais arrivé, parce que cela aura signifié la sortie du gouvernement des quatre ministres de la Plateforme de gauche. Mais ils auraient dû au moins se préparer à cette sortie. La direction de Tsípras fut implacable, alors que nous nous en tenions aux règles : en argumentant dans les sections et au comité central, en publiant du matériel sur nos sites web, en organisant des réunions… Mais ils avaient marginalisé le parti et ne rendaient des comptes à personne. Le processus des prises de décision restait confiné à l’intérieur du cabinet : en réalité, même pas dans sa totalité, mais dans les cercles informels autour de Tsípras et Dragasakis, ce que nous appelons le « para-centre du pouvoir ». Pour moi, c’était plus facile d’être plus ouvert, de forcer les limites de ce qui pouvait se dire, vu que je n’étais pas membre du gouvernement ; mais nous aurions dû ouvrir d’autres fronts en livrant une guerre non conventionnelle.

Certainement, cela aurait nécessité un appui plus large, bien au-delà du parti. J’ai étudié un bon nombre de situations latino-américaines en cherchant des points de comparaison et de réflexion. Au Chili, où la gauche de l’Unité populaire a tenté de mobiliser les gens au-delà des appareils partidaires, la revue Chile Hoy a joué un rôle important dans le regroupement des personnes à la gauche du Parti socialiste avec les mouvements sociaux, des éléments de la gauche radicale chrétienne, de l’extrême gauche, etc. Ce type de possibilités est nécessaire pour mettre en pratique une stratégie non conventionnelle qui peut réellement déstabiliser la direction. Je ne veux minimiser ni notre responsabilité collective, ni la mienne personnellement ; mais il y a d’autres responsables de l’éehec. La coalition d’extrême gauche Antarsya a des activistes potentiellement très intéressants, qui auraient pu contribuer à une autre issue, mais ils étaient trop sectaires. Pour les sectaires, les plus proches d’eux apparaissent toujours comme le plus grand obstacle, raison pour laquelle au lieu de chercher à construire quelque chose avec nous – et, lorsque la confrontation finale s’approchait, cherche à débloquer la situation -, ils passaient leur temps à dénoncer la Plateforme de gauche plus fortement que la direction de Syriza. Et, bien sûr, le sectarisme extrême du KKE a contribué à l’évolution négative depuis 2010. On aurait pu éviter la coalition avec les Grecs indépendants si, en 2012, le KKE avait accepté une ligne unitaire minimum avec Syriza. Cela aurait regroupé toutes les forces de gauche issue de la matrice communiste dans une nouvelle dynamique politique, qui aurait eu des possibilités réelles dans ces circonstances. C’est exactement ce que le KKE ne voulait pas, parce que cela aurait ouvert une dynamique plus imprévisible qu’ils ne pouvaient imaginer.

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NLR : Une autre tâche consistait à indiquer les coûts et les bénéfices réels de l’abandon de l’euro, pour que les Grecs puissent prendre une décision en connaissance de cause.

SK : Oui. Je ne suis pas althussérien, mais dans ce cas la notion d’obstacle épistémologique est valide. Le mantra de l’européisme de gauche, la croyance à un « bon euro » bloque toute compréhension sur les alternatives possibles. Un niveau d’expérience technique est bien sûr nécessaire dans ce cas ; y compris si cela signifie qu’il ne soit pas facilement accessible au public en général, la connaissance de son existence agit puissamment comme argument dans l’opinion publique. C’est aussi nécessaire, et ce ne doit pas continuer d’être une discussion entre experts. Ce fut la responsabilité de la Plateforme de gauche, et notre bilan est mixte. Nous avons fait une bonne partie du travail, dans le sens que tout le monde savait depuis le début de la crise qu’il nous semblait que la solution devait impliquer la sortie de l’euro et une confrontation totale avec la Troïka et avec l’oligarchie grecque. Nous avons lutté de manière cohérente sur cette base depuis 2010. Néanmoins, nous n’avons pas pu présenter une vision alternative élaborée de manière adéquate et un contre-programme qui déclencherait un débat public plus large.

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NLR : A l’époque, la Plateforme de gauche fut-elle claire par rapport à la position de Tsípras durant cette période ?

SK : Dès le début, nous savions que la capitulation était une option possible. Notre calcul était que l’Eurogroupe et la Troïka pourraient vouloir tellement humilier Tsípras que même celui-ci dirait non, ou que pourraient être créées des conditions où il devrait le faire parce que les autres allaient trop loin. Mais nous avons mal jugé la temporalité du processus : la guerre d’usure à laquelle recourut le gouvernement, avec toutes ces pseudo négociations, a duré des mois. Après l’accord du 20 février, un climat de passivité et d’épuisement s’est imposé. Nous avons aussi sous-estimé les effets concrets et symboliques de l’appropriation des réserves publiques pour payer la dette jusqu’à ce qu’il ne reste plus dans les caisses. Quand il n’y avait plus d’argent, je ne sais pas ce que nous aurions pu faire, même si nous avions pris le contrôle de la situation. Nous aurions dû réagir à ce moment, mais nous ne l’avons pas fait. Plus nous étions proche du moment critique, cathartique, que représentaient le référendum et la capitulation qui l’a suivi, moins nous avions de possibilités de contrôler la situation.

Lors de l’annonce du référendum, nous pensions que notre vision l’avait emporté. Nous avions estimé qu’arrivé à un point mort Tsípras prendrait finalement une initiative de ce type et qu’elle libérerait des énergies. C’est exactement ce qui s’est passé durant cette semaine folle : le référendum a déclenché dans toute la société une radicalisation qui s’est exprimée dans le vote. A fin juin, Tsípras était prêt à accepter l’ultimatum de l’Eurogroupe, mais il y avait un état d’esprit rebelle partout, pas seulement au sein du parti, mais aussi hors de celui-ci, et Tsípras ne pouvait pas capituler sans offrir au moins un simulacre de bataille. Pour lui, c’était le référendum. Mais il n’avait pas anticipé la radicalité qui se produirait, avec le contrôle des capitaux, la fermeture des banques, les gens qui faisaient laquelle pour obtenir dans les automates le maximum de 60 euros par jour.

La manifestation du vendredi 3 juillet à Athènes – deux jours avant le référendum – fut l’une des plus grandes de l’histoire grecque. Elle fut extrêmement impressionnante, non seulement en nombre, mais par son esprit combatif et son état d’esprit. Le mouvement des places avait aussi attiré beaucoup de gens, mais l’état d’esprit était alors plus dispersé et moins militant.

Maintenant, il y avait une foule politisée, appelant à la bataille. Cette nuit-là, Tsípras quitta son bureau de premier ministre, la maison Maximou, pour se rendre sur la place Syntagma, située juste en face. Lorsqu’il entra sur l’avenue conduisant à la place, la foule s’étendait sur des kilomètres, jusqu’à l’hôtel Hilton. Une foule immense le mena à Syntagma, lui faisant un triomphe à la Perón. Le résultat fut que Tsípras s’effraya beaucoup physiquement. Il commença à transpirer et abrégea des trois quarts le discours qu’il avait préparé. Ce devait être une intervention de quarante minutes et il parla seulement huit minutes, improvisant beaucoup sur le thème que les Grecs aiment l’Europe et autres balivernes. L’ambiance était exactement celle que la Plateforme de gauche avait prévue, mais elle arrivait trop tard, tant en terme des possibilités matérielles existant à ce moment, ainsi que dans le sens que, pour Tsípras, c’était réellement un épilogue, une préparation à la capitulation finale, une manière de dire qu’il avait joué toutes les cartes possibles et qu’il avait démontré ne rien pouvoir faire de plus.

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NLR : La direction de Syriza était divisée sur le référendum ?

SK : Oui. Les éléments les plus corrompus ou les plus droitiers du gouvernement étaient contre la convocation du référendum. Dragasakis s’y opposait férocement ; Stathakis s’est exprimé dans le même sens ; Panousis, à l’époque ministre de l’Intérieur, s’y opposait aussi. Ils pensaient que le risque était double. Premièrement, que la situation devienne incontrôlable et que Tsipras se verrait attaqué, même si on comprenait que ce n’était pas sa proposition. Deuxièmement, ils étaient conscients de l’imminence de la capitulation et ils pensaient qu’un référendum ne ferait qu’en augmenter les coûts. J’ai parlé à quelques intellectuels proches de Dragasakis qui ont publié à ce moment un texte dans la presse grecque, demandant à Tsípras d’annuler le référendum. Ainsi, en nous introduisant dans l’esprit d’Alexis Tsípras, nous voyons que la situation était à un point mort, que le délai du 30 juin était sur le point d’échoir, qu’il avait déjà fait sa meilleure tentative de capitulation avec le texte de 47 pages qu’il a présenté fin mai ; l’Eurogroupe l’avait rejeté et répondit avec le paquet Juncker, exigeant essentiellement que la Grèce accepte toutes les conditions de la Troïka. C’était un ultimatum : tu prends ou tu laisses. Et on sentait clairement qu’à l’intérieur du parti les gens n’étaient pas disposés à l’accepter. De manière plus générale, la même chose se produisait dans l’opinion publique : les parlementaires de Syriza et les sections locales recevaient des messages bien au-delà des cercles d’activistes. Les gens étaient très mécontents des négociations de l’Eurogroupe, des milliers de personnes ont signé des appels sur les réseaux sociaux, disant : « Tsípras, reviens maintenant ! Prends le prochain vol ! ». L’idée du référendum était dans l’air, impulsée en réalité par quelques membres du gouvernement, pas spécialement par nous.

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NLR : Yorgos Papandreou n’avait-il pas eu cette idée, en 2011 ?

SK : Oui, d’une certaine manière. Mais Tsakalotos et d’autres avaient aussi dit : « Pourquoi pas un référendum sur l’austérité, s’il s’agit de cela ? ». Quant à Tsípras, l’unique certitude que nous avons c’est qu’il ne pensait qu’aux tactiques. Il y a deux possibilités qui ne s’excluent pas : premièrement, il pensait pouvoir obtenir ce que je dis : un signe supplémentaire de l’appui populaire pour améliorer sa position dans les négociations. La question posée était suffisamment vague – Non ou oui au paquet Juncker – pour ne pas poser la question de la rupture avec l’euro. Il a dû s’imaginer que tout se passerait dans une atmosphère relativement contrôlée et calmée ; il a complètement sous-estimé l’effet de la fermeture des banques, du manque de devises, etc., lorsque la BCE a fait monter la pression en coupant le mécanisme de financement urgent des banques. La tension monta subitement le lundi 29 juin avec la fermeture des banques. A ce moment, il était clair, je le pense, que Tsípras attendait une victoire du oui ou, en tout cas, une victoire du non par une marge très étroite.

La seconde possibilité, c’est qu’il avait déjà pris la décision de signer le troisième mémorandum, mais qu’il croyait nécessaire une preuve de vaillance au dernier moment pour la légitimer ; pour pouvoir dire : « Ecoutez, j’ai utilisé toutes les armes que nous avions et je n’ai pas pu obtenir plus ; il n’y a pas d’autre alternative ». C’était ses intentions. La vérité est qu’il s’est senti totalement assommer par la dynamique déclenchée par le référendum. Il était dans la situation de l’apprenti-sorcier qui a libéré des forces ayant ensuite leur propre dynamique autonome. En quelques heures, il a démoli tous les ponts et le cadre du consensus qu’il avait construit durant trois ans. Peut-être, la chose la plus utile du documentaire trompeur de Paul Mason sur YouTube, #ThisIsACoup – quoique, bien sûr, ce ne fut pas un coup d’Etat ! -, c’est l’image des figures-clé du gouvernement, commotionnées et agacées, lorsqu’ils ont vu les résultats du référendum, l’échelle du vote Oxi [Non]. Cela en dit beaucoup sur ce que ces personnes avaient en tête. Et le contraste entre eux et Varoufakis, tout réjoui, qui, dans sa forme politique peu fiable, était néanmoins disposé à aller un pas plus loin. Finalement, Varoufakis n’accepta pas la capitulation – il n’y était pas prêt, malgré son opposition à la sortie de l’euro, ou tout au moins très réticent à l’envisager. C’est pour cette raison qu’il est parti.

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NLR : Après l’extraordinaire 61 % de non au référendum du 5 juillet, non seulement Tsípras, mais quasi tous les députés de Syriza votèrent pour la capitulation : seuls deux parlementaires de Syriza votèrent contre et huit autres s’abstinrent. Fut-ce une surprise ? Y eut-il de la part du public des représailles contre eux, après une votation si explicite ?

SK : Ce ne fut pas une surprise ; mais cela a suscité un énorme traumatisme. Des activistes du district de Fócida, près de Delphes, une région relativement pauvre, m’ont raconté que dans les petits villages les représentants de Syriza sortaient de la maison à 5 heures du matin et rentraient très tard pour éviter de rencontrer qui que ce soit. Ils avaient honte. A Athènes, durant des jours, les membres du parti n’apparurent pas à leurs postes de travail, parce qu’ils ne pouvaient pas regarder leurs collègues en face. Des figures très connues n’osaient pas aller faire leurs achats dans leurs quartiers. La Grèce s’est convertie en un pays de fous où, le 6 juillet, on nous demandait d’oublier ce qui s’était passé le jour d’avant ; un pays où le premier ministre rencontrait les vaincus et acceptait tous leurs termes ! Dès le 14 juillet, après la dernière réunion de l’Eurogroupe, le parti a commencé à se désintégrer, ses membres l’abandonnaient massivement. Maintenant Syriza est l’ombre de ce qu’il fut. Il n’avait jamais été un parti de masse, à proprement parler, et son nombre maximum de membres fut de 35.000. Comme point de comparaison, Nea Democratia a 400.000 membres enregistrés ; le PASOK en avait bien plus avant 2009. La majorité des activistes ont quitté Syriza ; ceux qui y sont restés ont un poste gouvernemental ou travaillent pour le parti. Il a totalement perdu sa base syndicale, qui a rejoint l’Unité populaire. Le seul secteur social où Syriza n’a presque pas perdu est le secteur académique, comme effet de l’étatisation, de la décomposition idéologique et de la folle europhilie qui fait partie de la condition symbolique de tout professeur universitaire grec.

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NLR : Syriza approuva le mémorandum en août. Tsípras convoqua immédiatement des élections pour le 20 septembre. Compte tenu du résultat du référendum, pourquoi le score électoral d’Unité populaire fut-il si mauvais ?

SK : Premièrement, nous aurions dû agir plus rapidement. Nous avons tenu une réunion privée du Courant de gauche, la principale composante de la Plateforme de gauche, le 16 juin, et nous y avons pris la décision de quitter Syriza. Nous pensions que notre position se renforcerait si nous attendions jusqu’à ce que le mémorandum soit réellement approuvé, pour déclarer : c’est quelque chose qu’on ne peut accepter. Mais ce fut une erreur tactique de retarder cette prise de position jusqu’en août, une fois que les élections avaient été convoquées. De toute évidence, Tsípras manipula le calendrier pour les convoquer le jour après l’approbation du référendum, de sorte que nous avions seulement quatre semaines pour mettre en route une nouvelle formation politique. L’électorat ne savait pas ce qu’était l’Unité populaire. Les gens pouvaient identifier une figure comme Lafazanis, mais dans les centres de vote ils disaient : « Qui sont-ils ? », et beaucoup étaient surpris de savoir que nous avions quitté Syriza. Un autre facteur-clé fut que, même après la rupture, nous n’avons présenté aucun programme alternatif développé. Il y eut un manque de confiance chez la direction centrale de l’Unité populaire ; ils se comportaient comme s’ils étaient toujours l’opposition interne de Syriza. Ils ne s’étaient pas suffisamment libérés de cette ligne de pensée et de cette pratique.

Voici quelques raisons. Une autre fut la démoralisation régnante. Les personnes totalement opposées à ce qui s’était passé sont simplement restées à la maison le jour des élections. La participation tomba à un minimum historique. Tsípras gagna avec seulement 1,9 millions de votes. En 2009, pour faire une comparaison, le PASOK avait obtenu plus de 3 millions. L’Unité populaire n’est pas une force insignifiante. Elle compte plus de 5.000 membres, avec un noyau militant diversifié : le gros de ses forces provient de la Plateforme de gauche, mais il y a aussi un courant du Groupe des 53 de Syriza, qui comprend des figures importantes des campagnes en faveur des immigrants et des droits sociaux, ainsi que les « althussériens » de Antarsya. Mais elle a été affaiblie par l’absence de représentation parlementaire, ce qui signifie que les médias ne sont pas obligés de nous prendre en compte. Bien sûr, cela entraîne aussi des conséquences financières ; le parti est beaucoup plus faible en termes de ressources que de capacité combative. Néanmoins, dans des occasions comme le récent anniversaire de l’insurrection de l’Ecole polytechnique ou les protestations sociales, l’Unité populaire a démontré qu’elle a une meilleure capacité de mobilisation que le plus ou moins « Nouveau » Syriza, comme nous pourrions l’appeler.

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NLR : Quels sont les termes du troisième mémorandum impulsé maintenant par le « nouveau » Syriza ?

SK : La Grèce est maintenant un semi-protectorat : une sorte de grand Kosovo. Il y a un nouveau paquet d’austérité, avec plus de coupes et d’impôts, pour une économie qui a déjà perdu un quart de son PIB. Le gouvernement grec a perdu son pouvoir législatif, vu que chaque projet de loi doit être approuvé par le Quartet avant d’être présenté au Parlement. Quant au pouvoir exécutif, l’organe de collecte des impôts, le secrétariat général des dépôts publics, il est maintenant totalement « indépendant » du gouvernement élu et, en réalité, il est contrôlé par des personnes nommées par Bruxelles. Les décrets émis par le Secrétariat ont la même valeur que les décisions du Conseil des ministres, selon les termes du mémorandum. Ensuite, on trouve le Conseil de discipline fiscale, avec cinq membres, qui fonctionne selon la même ligne. Il ne doit rendre de comptes à aucune autorité gouvernementale, il est étroitement surveillé par le Quartet et peut imposer des coupes dans les dépenses, s’il suspecte une possible déviation des objectifs fiscaux, qui exigent un 3,5 % de superavit dès 2018. Privé de ses leviers, l’Etat grec est aussi dépossédé de ses actifs restants. Les aéroports ont déjà été vendus à une entreprise allemande, dont l’actionnaire principal est l’Etat fédéral de Hesse (République fédérale d’Allemagne). Les banques ont été vendues essentiellement à des fonds vautour. Les saisies d’habitation recommenceront en février [2016]. Syriza est très fier des mesures obtenues qui sont supposées protéger le 25 % des hypothèques ; cela signifie que le 75 % d’entre elles restent exposées à la récupération par les banques.

Le gouvernement de Tsípras tente de gagner du temps en faisant traîner les négociations, spécialement sur la réforme des retraites, un thème explosif parce que les retraites sont déjà très basses en Grèce ; de plus, pour des centaines de milliers de foyers, qui comprennent au moins deux ou trois générations, elles constituent l’unique source de revenus. Syriza joue avec les délais imposés par le Quartet : d’abord décembre, ensuite janvier ; chaque nouveau délai est présenté comme une sorte de victoire. Ensuite, il y a l’agriculture. La Grèce est le dernier pays d’Europe occidentale avec un secteur primaire significatif : les petits paysans représentent environ 10 % de la population. Il existe un plan délibéré pour éliminer ce secteur grâce à des impôts excessifs, pour le restructurer, le concentrer et l’ouvrir à l’agrobusiness, jusqu’ici inexistant en Grèce. Le type de capitalisme grec à petit échelle, qui a existé durant des décennies, est éliminé aussi dans les services. La côte est vendue à prix soldé, que ce soit pour des opérations immobilières ou à l’industrie touristique à grande échelle ; en Grèce, le secteur touristique est dominé essentiellement par des entreprises familiales. L’objectif, c’est une Grèce avec une main-d’œuvre bon marché, sans droits sociaux, avec quelques ruines et quelques plages. Un mélange de Bulgarie et de Tunisie, avec le régime politique du Kosovo, comme je le disais. C’est le futur que Syriza nous prépare.

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NLR : Ainsi, il faut dire que Syriza a chaussé les bottes du PASOK comme parti grec représentant du centre-gauche néo-libéral ?

SK : En d’autres temps, le PASOK fut bien meilleur. Durant de nombreuses années, les gens l’associaient à d’importantes améliorations sociales : l’état de bien-être construit dans les années 1980 et la profonde démocratisation survenue alors. A la différence d’autres pays européens, les dernières années 1970 et les premières années 1980 furent une bonne époque en Grèce. Il y avait une confiance réelle sur le fait de pouvoir suivre notre propre voie de changement social et d’indépendance nationale. Ce fut une période créative : les avancées dans des domaines comme le droit du travail et l’éducation figuraient parmi les plus progressistes d’Europe. Il y avait une sensation d’optimisme qui s’est prolongée durant des décennies ; même dans les années 2000, cela signifiait pourtant quelque chose, malgré la corruption. La corruption produit aussi des corrompus ; le PASOK a corrompu la société grecque et les classes populaires, et l’effet fut dévastateur. Mais ensuite le PASOK fut dévoré par les mémorandums. Comme le dieu Moloch, ceux-ci ont constamment besoin de nouveaux sacrifices. Sur ce point, Syriza a remplacé le PASOK de Yorgos Papandreou comme victime suivante du sacrifice.

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NLR : A quelle figure politique peut-on maintenant comparer Tsípras ? Quelle différence y a-t-il entre lui et Renzi, par exemple ?

SK : Renzi ne vient pas de la gauche ; il n’a jamais prétendu être une figure radicale. On pourrait plutôt comparer Tsípras à Achille Ochetto, le dirigeant du Parti communiste italien, qui a liquidé toute la tradition du parti. Ochetto visita le siège de l’OTAN à Bruxelles et dit : « C’est le centre de la paix mondiale ». Il a visité Wall Street et dit : « C’est le temple de la civilisation ». Aucun social-démocrate, ni même un conservateur n’aurait jamais dit de telles choses. Le marxiste italien Costanzo Preve a signalé que les anciens gauchistes qui se désintègrent par l’intérieur cessent de croire à quoi que ce soit. Après avoir pris des décisions qui les mettent dans une position où la totalité de leur cadre de valeurs est vouée à l’effondrement, ils en arrivent à faire des choses qu’aucun politicien social-démocrate bourgeois ou de droite ne tenterait. Ils ressemblent aux anciens nomenclaturistes du COMECON qui ont dirigé les réformes néo-libérales les plus féroces : quand leur monde intérieur s’effondre, ils se transforment en porteurs d’un nihilisme qui les rend capables de n’importe quoi pour se maintenir au pouvoir. Tsípras, qui a construit toute sa position politique en promettant d’abolir les mémorandums, s’est converti maintenant en leur loyal serviteur.

Le nihilisme politique peut produire des choses étonnantes. Le gouvernement de Syriza est devenu l’un des plus agressifs de la région. Le tournant pro-israélien en Grèce fut initié par Konstantinos Mitsotakis dans les années 1990, et ensuite approfondi par Simitis et Papandreou. Syriza avait promis de rompre la coopération militaire avec les Israéliens. Durant les six premiers mois, il y eut des tentatives de moindre importance de développer une certaine indépendance dans la politique extérieure, mais une continuité discrète fut maintenue dans les relations avec Israël. Maintenant, le ministère des affaires étrangères a publié un communiqué exprimant son désaccord avec la politique de l’UE consistant à étiqueter de manière différente les produits des territoires occupés. Tsípras a visité Jérusalem et l’a reconnue comme capitale d’Israël ; même les Etatsuniens n’ont pas fait cela. En septembre 2015, la Grèce a participé à des manœuvres militaires, d’un niveau sans précédents en Méditerranée orientale, avec Israël, l’Egypte, les USA et Chypre. C’est une orientation stratégique : ils sont paniqués par la situation régionale et ils pensent que l’alignement avec les Etatsuniens et les Israéliens procure une certaine sécurité. C’est ce que je veux dire en parlant de nihilisme : Schäuble a demandé des coupes dans les retraites ou des saisies d’habitations pour les livrer aux banques, mais il n’a jamais demandé la soumission à Netanyahu.

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NLR : Quelles leçons la gauche européenne devrait-elle tirer de l’expérience de Syriza ?
SK : Premièrement, il est impossible de lutter contre l’austérité ou le néo-libéralisme dans le cadre de l’union monétaire existante et, très probablement, de l’Union européenne comme telle. Une rupture est indispensable. Deuxièmement, la pratique politique des partis de la gauche radicale a un besoin vital de combiner la politique parlementaire et les mobilisations populaires ; quand ces mobilisations perdent, la politique parlementaire devient vaine, et en réalité cela renforce l’actuel effondrement de la politique représentative. Troisièmement, on a besoin d’une réinvention adéquate d’une vision anti-capitaliste large de la société : ni un retour aux vieilles recettes, ni une tabula rasa mythique.

Il était prévisible que la déroute en Grèce se propagerait comme une onde de choc négative au reste de l’Europe. Bien qu’il y ait d’autres facteurs, je crois que cette défaite a joué un rôle dans le fait que Podemos dit ne pas vouloir rompre avec l’euro, pas même avec le pacte de stabilité, et ait révisé sa position sur la dette. Actuellement, Podemos ne préconise même pas une rupture avec l’austérité comme condition pour une collaboration au niveau gouvernemental. Iglesias dit qu’il s’agit de dépasser le PSOE et d’orienter la social-démocratie vers la gauche. Les Portugais ont tiré une conclusion similaire ; là, l’impact de la défaite de Syriza est bien plus évident. Je peux comprendre que l’accord conclu avec les socialistes par le Bloc de gauche et le Parti communiste portugais était jusqu’à un certain point un mouvement tactique : la droite avait perdu la majorité au Parlement et il s’agissait de permettre aux socialistes d’aller au gouvernement ; sinon, la droite aurait repris à nouveau les commandes. Mais pour les formations de la gauche radicale, c’est une erreur fondamentale d’assumer une ligne qui, pour la social-démocratie, est simplement complémentaire. Nous n’avons pas besoin que les partis de la gauche radicale arrivent à un accord avec la social-démocratie pour limiter les saisies hypothécaires, augmenter le salaire minimum à 50 euros, annuler quelques redondances dans le secteur public, etc. Si nous croyons réellement que c’est le meilleur que nous pouvons obtenir, il faudrait opérer dans le cadre de la social-démocratie et essayer d’obtenir quelques améliorations concrètes. Néanmoins, pour un courant politique qui est supposé avoir une vision alternative pour la société, accepter cela comme horizon peut équivaloir à renoncer à cette vision.

Voilà le danger que le reste de la gauche radicale affronte en Europe maintenant, après la tentative manquée de Syriza : le danger de renoncer à l’idée même d’un changement plus radical. Mais tout le monde n’arrive pas aux mêmes conclusions. Mélenchon a organisé des débats à Paris sur la nécessité d’un plan B. Je crois qu’il est parvenu à des conclusions plus correctes à partir du cas grec, et il a dénoncé la capitulation de Tsípras. Maintenant, il parle ouvertement de la nécessité pour tous les partis de la gauche radicale européenne d’élaborer des plans alternatifs incluant l’option d’abandonner l’euro et la préparation pour une confrontation à grande échelle. Il y a une conférence similaire à Madrid organisée par la gauche de Podemos – Anticapitalistas – et d’autres forces de la gauche radicale en Espagne, qui inclut aussi une partie de la gauche radicale catalane, et. Ainsi, il y a des forces qui tirent les conclusions pertinentes.

Le paradoxe du cas grec, c’est que, malgré qu’il se soit terminé par un désastre, il nous a donné à certains moment une idée de ce que pourrait être une alternative. La séquence du référendum fut vitale pour relancer le processus de radicalisation populaire. Il a montré une manière appropriée de combiner le succès électoral et la mobilisation populaire. Ce fut un événement important : la première fois qu’un peuple a répondu « Non » à un ultimatum des pouvoirs gouvernants en Europe, du moins à cette échelle. Nous devons rester fidèles à la signification de cet événement et rejeter le récit dominant, nous demandant de feindre que cela n’est jamais arrivé.

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1) La Plateforme de gauche était un bloc au sein de Syriza, dirigé par Panagiotis Lafazanis, ministre de l’Energie dans le premier Conseil des ministres de Tsípras, de janvier à juillet 2015. Lui et les 25 autres parlementaires de la Plateforme de gauche ont rompu avec le parti en août 2015.

2) Le Parlement élit le président grec à une majorité qualifiée, que Samaras n’avait pas.

Traduit de la version espagnole : Stathis Kouvelakis, « Ascenso y caida de Syriza », www.rebelion.org/noticia.php?id=213364&titular=ascenso-y-ca%EDda-de-syriza-

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 14:57

Important travail d’analyse (1) effectué sur le vote des jeunes britanniques qui feraient les frais du Brexit selon les médiacrates et le personnel politique idolâtre de l'Europe telle que nous la subissons, ceci comme s'il n'était pas des jeunes à avoir voté contre l'appartenance à l'Europe.

Il s’articule en 4 points :

  • La propagande
  • Les chiffres
  • L’analyse
  • Autres données

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  1. http://www.les-crises.fr/brexit-l-arnaque-du-vote-des-jeunes/
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