Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 14:23

Je n’aime guère cette interpellation faite à l’école qui la place à l’origine de nos maux politiques et sociaux qui défrayent l’actualité ; l’école sur laquelle nous nous déchargerions de notre responsabilité individuelle et collective et comme si elle n’était pas de notre projet et de notre volonté.

S’il convient de restaurer autorité et respect à l’école, ce à quoi je consens volontiers pour en avoir constaté souvent le dépérissement, ce n’est pas pour lui faire porter le chapeau de dérives qui ne sont pas les siennes mais auxquelles elle a été contrainte par ‘le politique’ qui a perdu depuis longtemps le sens de ce que doit être l’école pour en faire une caisse de résonance de ‘problèmes’ sociaux, sociétaux, économiques, voire politiques, qui ne sont pas et ne peuvent pas être les siens. Qu’a à faire avec l’école: la sécurité routière, l’opération sac de riz, la pilule du lendemain, la viande hallal, …. ? Toutes choses d’ailleurs le plus souvent mal pensées et qui participent davantage du spectacle et de la promotion politique que de l’œuvre éducative.

Henri Pena-Ruiz écrivait dans le livre « Qu’est-ce que l’école ? » et bien avant la tuerie de Charlie-hebdo: « Gaston Bachelard rêvait d’ « une société faite pour l’école » - non d’une école faite pour la société. Étonnant renversement des faux semblants les plus communs, qui résonne aujourd’hui d’une façon intempestive ».

Mais, si ce n’était qu’à l’école qu’il soit nécessaire de restaurer l’autorité et de conduire au respect, l’œuvre serait, j’en suis certain, relativement aisée, même si le travail est immense, pour autant que les enseignants ne soient pas « lâchés par la hiérarchie, y compris au niveau le plus élevé » comme l’écrit Catherine Kintzler lorsqu’il y a une difficulté, et que les parents usent de la retenue qui sied aux personnes convenables, parents qui, pour être géniteurs, ne sont pas propriétaires de leurs enfants au point de méconnaître qu’il appartient aussi au pays de s’occuper également d’eux pour les émanciper et les conduire à participer au bien commun.

Qu’on permette d’observer que le dommage est plus large, qu’il ne concerne pas seulement l’école, ceux qui en ont la charge ou qui sont aux bancs de l’institution, pour preuve ces choses d’apparence anodine cependant révélatrice telle que celle d’arrêter son véhicule dans la rue et de faire conversation sans souci de la gêne occasionnée, et qui parfois dure, car chacun aujourd’hui se croit autorisé à poursuivre la palabre et alors qu’il a jeté un œil à celui qui attend le passage. De tels exemples sont nombreux. Il est désormais, et depuis longtemps, alors qu’on ne s’en étonne pas, un nouveau canon social, depuis longtemps dénoncé, l’incivilité, qui n’est pas seulement l’exercice des jeunes, et qui nous arrive de l’individualisme clé de voûte de la société libérale, car chacun le sait depuis la prophétie de sainte Thatcher : « Cela (la société) n'existe pas! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles ».

Restaurer l’autorité à l’école vise les élèves, mais que dire du comportement de certains enseignants, pour le coup des adultes, qui au prétexte de réduire la distance pourtant nécessaire à l’enseignement tutoient et acceptent d’être tutoyés, mettant ainsi l’objet même de l’enseignement dans une proximité où tout un chacun se croit qualifié de l’argument égal, et qui fait penser que, puisqu’il en est ainsi, on laisse aux élèves de s’auto-instruire et s’auto-éduquer s’il n’est nul besoin d’un tuteur, d’un médiateur, d’un accoucheur, d’un émancipateur, …. ; observation qui ne signifie pas que l’élève doit être réduit au gavage mais que sa contribution doit être celle de l’écoute, celle du questionnement, celle de l’apprentissage du doute davantage que celle des certitudes d’opinions mal fondées, ceci dans l’usage de connaissances acquises, de la dialectique et de la formation à l’esprit critique. De cette promiscuité incongrue, ou les statuts de l’enseignant et de l’élève sont appelés à se confondre, le respect et l’autorité ne peuvent pas advenir ; pas plus qu’elles ne peuvent advenir lorsqu’on a « prolétarisé » le hussard noir de la République, lorsqu’on l’a rendu au rang de formateur de main-d’œuvre au service du capital là où il avait mission d’éduquer et d’instruire un citoyen et qui dans cette construction dernière était appelé à devenir un travailleur éclairé et non point un esclave au doux nom de la flexibilité.

A la restauration de l’autorité et du respect à l’école, puisque telles sont les injonctions dernières du personnel politique suite à la tuerie contre Charlie-hebdo, on dira que l’école est devenue au gré des vents, pour le malheur de tous, le reflet de la société dans laquelle nous vivons. Et que ce ne sont pas des assignations qui empliront le projet d’une éducation qui n’est plus nationale, déclinée depuis Jospin en projets d’école qui témoignent du vide de la pensée politique en matière éducative, orchestrée depuis Peillon en activités périscolaires où les élèves ne sont plus à égalité de traitement quand ils ne sont pas contraints, les parents ne pouvant subvenir, à l’école de la rue.

Les gesticulations auxquelles nous assistons, les exhortations qui nous convoquent, ne combleront pas le vide du projet éducatif car il n’y ait plus question de République mais seulement de démocratie et nous savons, en notre pays, que la démocratie ne vaut qu’au service de la République.

Non, rien ne pourra être restauré car l’autorité tout autant que le respect ne valent que si l’individualisme n’est pas le nombre d’or de la société et que ceux qui en ont la charge eux-mêmes en usent.

Comment apprendre le respect quand celui qui tient la plus haute fonction de l’État s’en exempte, appelle racaille une partie des membres du peuple dont il accepté la direction et propose le nettoyage au karcher, qu’il apostrophe celui qui ne tient pas à lui serrer la main d’un « Casse-toi, pauvre con ! » ? Comment nourrir le respect de l’autorité quand on tient discours politique au Bourget pour se faire élire et dont chacun juge qu’il n’était là que mensonge ? Comment peut-on tenir pour respectables ceux qui déjugent le peuple après qu’il se soit prononcé (TCE) ? Comment peut-on forcer au respect quand un ministre planque de l’argent en Suisse, un autre « oublie » de déclarer partie de ses revenus, quand d’autres usent de leur position pour faire obtenir un marché à une connaissance ? Comment peut-on appeler au respect lorsqu’on apprend les agissements de la banque HSBC qui ne reçoit que l’opprobre éphémère ? Comment peut-on engager au respect quand des pays font la guerre à d’autres pour contrôler leurs richesses (Irak, Libye,…), les empêcher d’exister (Palestine), leur conteste le droit à l’expression démocratique (Grèce) ? Comment peut-on inviter au respect quand après avoir acculé des populations à la misère on les conduit à périr noyées en Méditerranée ? Comment souscrire au respect quand les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres ?

Il y a là quelque chose de contradictoire dont Jules Ferry s’était expliqué dans sa lettre aux instituteurs, les appelant à l’exemplarité car il était là le 1ier des fondements aux apprentissages. Forcer le respect, telle devrait être la ligne cardinale de nos dirigeants quels qu’ils soient, telle devrait être l’attitude des enseignants.

Respect, autorité ne valent que lorsque chacun est logé à la même enseigne, quand chacun, sans distinction de fortune et de rang, se plie à l’exercice de la morale.

Certes ! Il faut restaurer respect et autorité à l’école. Mais de grâce, que ce faisant on ne laisse pas entendre, par omission des autres, que seuls les plus faibles, les plus démunis doivent être respectueux en prenant les nantis pour respectables par nature comme cela était dans l’ancien régime.

Repost 0
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 07:08

Vidéo (9’) parue sur Là-bas si j’y suis. http://la-bas.org/la-bas-magazine/videos/filoche-demolit-macron

Quoique vous pensiez de Gérard Filoche, écoutez le, et faites le écouter. Son appartenance forcenée au PS est incompréhensible, ce qu’il dit est piqué au bon sens et au réalisme.

Repost 0
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 18:08

Que valent les frondeurs ? Parlant d’eux, Raoul Jennar s’interroge : sont-ils frondeurs ou farceurs ? http://www.jennar.fr/?p=4141. Pareil questionnement est superfétatoire. Qu’est-ce qu’on en a à cirer ! Quel est ce demi-aveu d’espoir ? Et pour combien de temps encore va-t-on l’avoir ? Anne ! Ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Preuve est faite que les frondeurs sont dans l’affichage. S’ils veulent venir, qu’ils viennent, sinon !... Nous n’allons pas perdre notre temps, pas recommencer avec eux le comportement que nous avons eu trop longtemps avec le PS. Quel que soit leur état d’âme, ils se situent objectivement à droite en validant et en continuant à valider le gouvernement de droite de Hollande. C’est aussi simple que ça. Ce qui compte ce sont les actes ! Tout le reste c’est du vent !

A cet égard, ils ne valent pas mieux que certains apparatchiks du PC plus prompts à la lutte des places qu’à celle des classes. De ces derniers, il en est, partout en France, dans le département : à Castelnaudary, à Limoux, à Lézignan, de ces gugusses qui coquinent avec le PS au prétexte fallacieux qu’ils veillent au grain. Tu parles ! Quant tu sais que les députés PS du département vont voter la loi libérale Macron, soutenir des PC qui ont fait alliance avec le PS aux municipales et qui appelleront à voter en faveur du PS aux élections à venir c’est indirectement consentir à voter PS, en conséquence valider la loi Macron. Faut arrêter la connerie ! Ou alors qu'ils annoncent clairement qu'ils ne donneront pas de consigne de vote.

Fort heureusement les électeurs et la majorité des militants du PC, hormis ses cadres, savent encore où est la gauche. Cependant on voit s’affronter des listes conduites par le PC-cadres et d’autres conduites par….. le PC-militants. C’est dingue ! Il fut un temps où le PC avait une ligne de conduite, désormais il en deux, opposées, qui normalement devraient s’exclure……, mais tout ça c’est du passé.

Tant les frondeurs du PS que les apparatchiks du PC, malgré tous les discours qu’ils pourront tenir, il faudra les tenir pour responsables de l’existence de la loi Macron, de la dérive toujours plus à droite du PS, de la montée du Front national, comme du sort que l’Europe libérale tente de faire à la Grèce. Parce qu’est responsable de ce qui advient celui qui sachant, après avoir reçu la preuve que son attitude ne change rien, persiste dans son comportement.

A l’heure où ces lignes sont écrites, je ne sais comment vont se comporter les frondeurs avec l’oukase du 49-3, mais il y a fort à parier qu’ils ne vont pas déroger à leur comportement habituel qui est, nous le savons, de roquer et d’en rester là.

Si les temps n’étaient pas, tant en France qu’en Europe, aussi porteurs de malheurs, on pourrait dire : bof ! Mais les temps sont ce qu’ils sont.

Au fait ! Comment appelle-t-on un individu qui prête la main à l’œuvre de l’adversaire ?

Repost 0
15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 09:39

Analyse d’Eric Coquerel, secrétaire national à la coordination politique du PG

***

Mobilisation générale

La semaine a débuté avec le résultat de l’élection législative partielle du Doubs. Elle aura renforcé nos inquiétudes. Le nouvel enseignement de cette élection c’est désormais la capacité du FN à siphonner une part suffisante des voix de droite pour prétendre l’emporter au second tour sans même avoir à compter sur le renfort espéré, mais heureusement encore nullement vérifié, des abstentionnistes. Cela s’est passé à un cheveu. Le retour raté de Nicolas Sarkozy, la crise rampante de l’UMP sur fond de division, l’influence idéologique évidente du FN sur beaucoup de responsables de l’UMP, notamment sur le volet de l’immigration, l’expliquent. Un scénario voyant la « droite » représentée au second tour par un parti xénophobe éloigné des valeurs républicaines ne peut désormais plus être exclu. Les médias n’auront pas été avares non plus dans ce qu’il est convenu d’appeler la « dédiabolisation » du parti de Marine Le Pen. Les exemples sont quotidiens ou presque : les dirigeants du FN auront ainsi pu, contre toute évidence politique, associer leur parti à la victoire de Syriza et la montée de Podemos sans quasiment aucune contradiction sérieuse des journalistes. Lundi, Louis Alliot aura pu comparer les obsèques de Charb à des obsèques nazis sous prétexte que l’on y a chanté l’Internationale, ce qui constituait tout à la fois une insulte à la mémoire du rédacteur en chef de Charlie et des millions de combattants du nazisme, sans là aussi que cela fasse beaucoup de bruit.

Le second enseignement n’a, lui, rien de nouveau. Le niveau d’abstention confirme la crise démocratique que subit notre pays. Les raisons qui incitent les électeurs à l’abstention sont certainement diverses. Elles reviennent cependant toutes à un constat : le peuple ne vote plus parce qu’il estime que le suffrage universel ne lui permet en rien d’exercer sa souveraineté. Cette grève civique est le résultat d’un système en panne : celui de la 5ème République qui asphyxie la démocratie et d’une Union Européenne qui contourne les choix des peuples avec la pleine complicité des gouvernements qui l’y autorisent. Dans les deux cas, seule la désobéissance peut répondre à cette situation : désobéissance aux institutions de la 5ème République à travers l’affirmation d’une 6 ème République qui, plus que jamais, devra être notre candidate en 2017 ; désobéissance aux Traités et au diktat austéritaire de la Troïka dès lors que le peuple en donne le mandat.

Preuve par l’inverse : en appliquant cette stratégie de désobéissance, le gouvernement Tsipras confirme que les peuples retournent en masse aux urnes dès lors qu’ils en perçoivent l’utilité. C’est à dire que leur mandat sera respecté. Lundi soir, en confirmant lors de son discours devant le parlement grec que les promesses de Syriza seraient appliquées, Alexis Tsipras a justifié la confiance du peuple grec dans le suffrage universel : « nous ne renégocierons pas la souveraineté populaire, nous ne renégocierons pas notre mandat populaire » a-t-il affirmé. Disposant pourtant d’infiniment moins de marge de manœuvre que la France en aurait en pareille circonstance, le gouvernement Tsipras tient bon. Il entame un bras de fer avec un axe Bruxelles-Berlin qui n’a pas tardé à engager les hostilités. Cela a débuté par la coupure des liquidités annoncée par la BCE pour le 28 février si le mémorandum n’était pas respecté. L’Eurogroup a, depuis, ajouté l’exigence d’un plan de redressement qui contraindrait le gouvernement grec à revenir sur ses engagements. L’heure n’est donc pas au compromis de la part de la Troïka. Mais qui en doutait ? La question n’est pas économique mais bien politique (lire ici l’excellent article de la Tribune sur le poids insignifiant qu’aurait le non remboursement de la dette grecque sur les budgets de chaque pays membre à commencer par la France).

Il faut faire plier la Grèce pour que d’autres peuples ne s’engagent pas sur cette voie. C’est bien une confrontation de classes, entre l’oligarchie et le peuple, qui est engagée en Grèce et dans l’UE. Il n’y aura donc pas de cadeaux. Face à la guerre déclenchée par les tenants de l’Europe libérale, seule une pression populaire sans précédent sera à même d’inverser le rapport de force en faveur du peuple grec et de son gouvernement. Il reste 17 jours avant le 28 février : c’est le moment d’une mobilisation générale qui commence ce week-end par les manifestations dans toute la France dont celle à Paris qui partira de la place de la République à 15 heures. Il nous revient plus particulièrement d’exercer une pression maximum sur François Hollande, qui est le maillon faible tout simplement parce qu’en 2012 le peuple français lui a donné mandat, en fonction de ses promesses, de ne pas signer le TSCG qui aggrave les politiques d’austérité et laisse toujours plus les clefs de l’UE à la droite allemande et aux institutions non-démocratiques de Bruxelles. Même sans illusion, nous devons cela à la Grèce. Le gouvernement Tsipras s’est en effet engagé sur la voie d’une rupture avec les règles actuelles de l’UE au nom de la souveraineté de son peuple mais aussi d’une certaine idée de la coopération entre les peuples d’Europe. A nous de les soutenir, à nous également de s’engouffrer dans la brèche pour refuser le chantage à la dette. En restant également persuadé qu’il n’y aura aucune reconstruction d’une autre Europe sans une rupture claire avec celle que nous subissons aujourd’hui.

Repost 0
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 04:55

L’article ci-dessous a été publié le 4 juillet 2011 dans Bastamag ; il ne cesse d’être d’actualité. Le lien vous permet d’accéder à la vidéo.

Exergue

***

***

http://www.bastamag.net/Vandana-Shiva-Le-libre-echange-c

Écrivain, physicienne, prix Nobel alternatif, la militante écologiste indienne Vandana Shiva est une résistante infatigable contre les entreprises qui pillent son pays, comme Monsanto. Elle pose un regard lucide sur les enjeux de la période : crise écologique, financière, protectionnisme, risque nucléaire, OGM... Quelle civilisation sommes-nous en train de construire ? Comment redonner du pouvoir aux citoyens face aux multinationales ? Comment construire de réelles alternatives globales ? Entretien.

Basta ! : Les combats que vous menez sont liés à la souveraineté – alimentaire, sur les terres, l’eau, les semences. Qu’est-ce que la souveraineté ? En quoi est-ce un enjeu majeur du 21e siècle ?

Vandana Shiva : La redéfinition de la notion de « souveraineté » sera le grand défi de l’ère post-globalisation. La mondialisation était fondée sur l’ancienne notion de souveraineté, celle des États-nations héritée de la souveraineté des monarques et des rois. La nouvelle notion de souveraineté est le fondement de la résistance à la mondialisation. Cette résistance se traduit par le slogan : « Le monde n’est pas une marchandise. » Actuellement, les Grecs disent : « Notre terre n’est pas à vendre, nos biens ne sont pas à vendre, nos vies ne sont pas à vendre. » Qui parle ? Les peuples. Revendiquer la souveraineté des peuples est la première étape de la souveraineté alimentaire, de l’eau ou des semences. Mais il y a une seconde partie : les peuples revendiquent le droit de protéger la Terre, et non celui d’abuser d’elle comme d’autres la maltraitent. Ainsi la souveraineté des terres, des semences, des rivières rejoint la souveraineté des peuples. Avec la responsabilité de protéger ce cadeau de la Terre et de le partager équitablement.

Pour garantir cette souveraineté, faut-il fermer davantage les frontières ?

Aucune frontière n’est jamais totalement fermée. C’est comme la frontière de notre peau, qui nous protège de l’invasion de toute infection : des ouvertures permettent à la transpiration de sortir, pour maintenir notre équilibre, préserver notre santé. Toutes les frontières sont poreuses. Un corps souverain sait comment réguler ces entrées et sorties. Il sait quand trop de chaleur entre dans le corps. Il sait comment s’opposer aux virus. Quand un corps perd cette autonomie, cette souveraineté, il devient malade. C’est la même chose pour un pays, gouverné par un peuple souverain et autonome. Ce peuple peut dire : « Notre lait est vendu 14 roupies/litre, votre lait européen qui débarque à 8 roupies/litre va détruire l’économie laitière en Inde, donc j’ai le droit de réguler ce qui entre. » La régulation est vitale pour tout système vivant. La dérégulation, c’est l’appel de la mort. Un corps dérégulé meurt. De même, une nation, une économie dérégulée meurt.

Nous ne disons pas « non au commerce », mais « non au commerce dérégulé ». Non à un marché dérégulé où les conditions des échanges sont déterminées par l’avidité des entreprises, qui s’approprient nos impôts, créent des prix artificiels, entraînant dumping social et destruction de la souveraineté alimentaire. Ce système nuit aux paysans d’Inde. Et il nuit aux paysans d’Europe qui ne peuvent pas gagner leur vie, car les coûts de production sont supérieurs aux prix de vente du lait. L’agrobusiness et ses profits sont au centre de cette équation. Elle a pour conséquence le dumping, l’accaparement, le meurtre de nos paysans, le massacre de nos terres, et tous ces gens qu’on tue avec une alimentation empoisonnée.

Le protectionnisme peut-il être une solution face à cette exploitation du vivant, en empêchant les multinationales d’avoir accès à ces ressources qu’elles exploitent ?

Tout comme nous devons redéfinir la notion de souveraineté, nous devons repenser la notion de protectionnisme. Un protectionnisme lié à la protection des écosystèmes, à l’écologie, est un impératif. Nous devons dire stop à la dévastation de nos rivières, stop aux déchets toxiques, stop au dumping des OGM par la manipulation des politiques mondiales par une multinationale. Cette protection est un devoir. Le cycle de Doha [1] n’a entraîné aucun progrès depuis une décennie à cause d’un seul facteur : le problème de la subsistance des paysans. En 1993, nous avons organisé un rassemblement d’un demi-million de personnes pour faire pression sur le gouvernement indien : « Si vous signez les accords du GATT, nos paysans vont mourir. » Résultat : les accords du GATT ont été signés, et 250.000 paysans indiens se sont suicidés, notamment à cause de leurs dettes !

Cet endettement des paysans est lié à une décision politique particulière : la dérégulation du marché des semences, qui a permis à Monsanto de devenir par exemple l’unique vendeur de semences sur le marché du coton. La multinationale contrôle 95% de ce marché et dicte les prix. Une équipe de scientifiques indiens vient de montrer que les OGM ne ne fonctionnent pas. Dans les champs, c’est manifeste : les paysans doivent utiliser 13 fois plus de pesticides avec les OGM. Ce qui est formidable pour Monsanto qui les commercialise. Mais une cause d’endettement pour les paysans, et donc une cause de suicides.

La protection de nos paysans est un « protectionnisme vital ». Le protectionnisme est vu comme un « péché », car la dérégulation a été érigée en norme. Interférer dans la corruption, les manipulations et l’avidité des multinationales, c’est du protectionnisme. Et donc, pour certains, c’est mauvais. Non ! C’est un devoir social, c’est un devoir écologique. Et la cupidité des multinationales n’est pas un droit ! Elles écrivent à l’OMC, rédigent des accords et disent : « Maintenant nous avons des droits et personne ne peut les changer. » Nous les changerons.

Vous écrivez que « le libre-échange est un protectionnisme pour les puissants ». Doit-on construire un protectionnisme pour les plus « faibles » ?

Le libre-échange, dans la manière dont il a été façonné, n’est pas du tout libre. Il n’est pas démocratique. Cinq entreprises se rencontrent, écrivent un accord sur les droits de la propriété intellectuelle et cela donne à Monsanto le droit de considérer des semences comme sa « propriété intellectuelle » ! Cela permet à des entreprises comme Novartis de voler les médicaments aux plus pauvres et de les faire payer 10 fois plus cher. Un mois de traitement contre le cancer, avec les médicaments génériques disponibles en Inde, coûte 10.000 roupies. Et Novartis veut faire payer 175.000 roupies par mois. Quand le tribunal juge qu’il n’est pas possible de déposer un brevet, car ces médicaments existent déjà et que ce n’est pas une « invention », Novartis défie les lois indiennes. La plupart des Indiens ne pourront pas payer le prix demandé par la multinationale. Novartis répond : « Seuls 15% de Indiens nous importent. » Cinq entreprises ont écrit une loi sur la propriété intellectuelle, et affirment ensuite que 85% des gens peuvent mourir du manque de médicaments ! C’est un système criminel.

Quand cinq géants commerciaux, comme Cargill (multinationale états-unienne de l’agroalimentaire), rédigent l’accord sur l’agriculture, ils définissent l’alimentation non comme le droit de chaque humain à se nourrir, mais comme une marchandise qu’ils veulent contrôler. Ce n’est pas la liberté, ce n’est pas le libre-échange. C’est du commerce monopolistique, c’est du commerce coercitif. Cela revient à tuer des gens, car un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim dans le monde, à cause de ce système. Le libre-échange actuel, c’est la dictature des entreprises. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réelle liberté, pour chaque personne, chaque enfant, chaque femme, chaque espèce sur Terre. Une réelle liberté, liée à la vie.

Vous étiez récemment aux États-Unis dans le Wisconsin pour soutenir les manifestants qui se battent pour défendre leurs droits et les services publics. Les services publics sont-ils aussi un bien commun à protéger ?

Il y a deux types de biens communs. Les ressources vitales – eau, terre, semences, air, océans – données par la nature et modifiées par les humains. Et les services liés aux besoins essentiels : l’éducation, la santé, la façon de gérer nos villes, comme les services de lutte contre les incendies... Ce sont des services publics vitaux. Ce qui compte, c’est « l’esprit de service » : quand un pompier lutte contre le feu, quand il aide les gens, il ne regarde pas le danger. Et quand ces services sont privatisés, les coûts augmentent. Un tiers des emprunts en Inde sont liés à l’achat de médicaments. La principale raison pour laquelle les gens vendent leurs maisons aujourd’hui, c’est pour se soigner. La privatisation des services publics prive la société de ses droits. Nous devons les défendre comme des biens communs.

Pensez-vous que le mouvement altermondialiste puisse apporter des solutions aux crises globales : environnementale, économique, financière ?

Le mouvement altermondialiste a extrêmement bien réussi : nous avons rendu l’Organisation mondiale du commerce caduque. L’OMC ne s’est jamais relevé après les mobilisations lors du Sommet de Seattle, en 1999. On avait imaginé que 5.000 personnes viendraient à Seattle, et nous étions 30.000 ! On ne s’attendait pas à voir les syndicats. Ni les étudiants, qui étaient pourtant majoritaires. Le sommet de Doha en 2001 a ensuite été marqué par les événements du 11 septembre, avec une grande pression militaire. J’y étais. Certains ont dit aux gouvernements que s’ils ne signaient pas les accords de Doha, ils seraient traités comme des membres d’Al-Qaïda : « Vous êtes avec nous ou contre nous. » Résultat : rien n’a bougé à Doha, à cause de cette pression sur les gouvernements !

Des mouvements plus ciblés ont aussi été très fructueux. Nous avons par exemple mis la question de la « souveraineté » sur l’agenda politique. Personne ne peut plus aujourd’hui ignorer cette question. Nous avons mis en avant la défense de l’eau comme un bien public. Et regardez le référendum en Italie ! 95% des Italiens ont dit non à la privatisation de l’eau. Idem dans le domaine des semences : je vais bientôt publier un rapport sur Monsanto, sur ses mensonges, sur la situation de monopole qu’ils ont créée et l’échec des technologies OGM à accroître les rendements. Le mouvement pour une alimentation sans OGM est très bien organisé.

Le mouvement altermondialiste a besoin de franchir une nouvelle étape. Quand on parle de la Banque mondiale, du FMI et des plans d’ajustement structurels, la plupart des gens se focalisent sur les pays du Sud, sur le « monde en développement ». Mais aujourd’hui le FMI est en Europe ! En Grèce, en Irlande… Des pays en crise, non du fait d’une mauvaise gestion, mais à cause des banques de Wall Street, à cause d’un système financier corrompu qui a provoqué cette crise totale. Nous devons maintenant faire trois connections vitales. La première est la question Nord-Sud. Aujourd’hui tout le monde est « au Sud ». Le Nord ? Ce sont les multinationales et les gouvernements. Nous devons tous nous considérer comme le « monde du Sud » et nous organiser en fonction de cela. La seconde connexion nécessaire, c’est de dépasser le fossé entre économie et écologie. Dans nos esprits, mais aussi dans nos organisations. 45% des jeunes sont au chômage en Espagne, nous devons nous tourner vers l’écologie pour créer de nouvelles opportunités d’emploi, car ce ne sont pas les banques ou Wall Street qui les fourniront. La troisième connexion, c’est entre démocratie économique et démocratie politique. La démocratie a été réduite au droit de vote. Les responsables de la crise ont mis l’Espagne dans un tel état que José Zapatero est obligé d’agir contre ceux qui ont voté pour lui, et il perdra peut-être les prochaines élections. Si les politiques sont bons, ils ont les mains liées, et s’ils sont mauvais, ils sont une part du problème. Nous devons aller vers une démocratie profonde où les gens ont vraiment la possibilité de prendre des décisions.

Vous voulez un mouvement qui permette de sortir de la culture dominante de violence et de destruction. Mais face à la violence du système économique, des acteurs économiques, comment rester non-violents ?

Personne n’a mieux parlé du pouvoir de la non-violence que Gandhi. « Nous ne pouvons pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître », a dit la poétesse américaine Audre Lorde [2]. Nous avons besoin d’outils différents. Ils doivent être non-violents, parce que la non-violence est plus soutenable, et qu’elle efface vos peurs. Ceux qui luttent de manière violente doivent se cacher tout le temps. Je préfère me tenir droite face aux multinationales pour leur dire ce que je pense d’elles. Agir « sans peur » est notre plus puissante arme. Et la non-violence crée également un soutien plus large. Et nous vivons à une époque où une poignée de personnes ne peut pas mener les batailles pour toute la société. C’est toute la société qui doit être engagée. Les actions non-violentes sont une invitation à toute la société à participer au combat.

Vous dites que dans la civilisation industrielle prédomine en permanence le vocabulaire de la guerre. Notre civilisation est-elle en état de guerre ?

Le paradigme dominant de la civilisation industrielle est définitivement un paradigme de guerre. Des scientifiques comme Newton ou Descartes ont créé ce cadre : tous enseignent la guerre de l’humanité contre la nature. Tout est défini à partir de cela. Les outils eux-mêmes sont liés à la conquête sur la nature. Regardez les noms des pesticides : Round Up, Scepto, Machete. Il est toujours question de « tuer ». Mais on ne peut pas gérer la vie à travers le meurtre. Un élément crucial du mouvement émergent est de faire la paix avec la Terre et la paix dans nos esprits. Et ce qui est beau, c’est qu’alors tout devient possible. Quand vous réalisez que tout est en relation, de nouvelles communautés peuvent être créées. Quand vous réalisez que nous sommes partie prenante de la Terre, de nouvelles opportunités de travail peuvent être créées. Si vous pensez que vous êtes en guerre, vous passez tout votre temps à la conquête violente. Cela demande beaucoup d’énergie, et détruit beaucoup. Et ça ne laisse pas de place pour l’humanité, et pour les autres espèces.

L’énergie nucléaire est-elle une dimension de cette guerre de l’homme contre la Terre et contre lui-même ?

Aux débuts de l’utilisation de l’atome, il y a la Seconde Guerre mondiale. Même quand il n’est pas question d’armes nucléaires, la technologie nucléaire est toujours guerrière. La fission de l’atome, c’est déjà une guerre. Utiliser la fission de l’atome pour faire bouillir de l’eau est d’ailleurs une stupidité. Et que dire de cette énorme quantité de déchets qui vont perdurer pendant 250.000 années ! Nous avons besoin de plus en plus d’énergie, pour maintenir la sécurité énergétique. C’est une guerre permanente. Le nucléaire est une guerre injustifiée et infondée contre la Terre et l’humanité. Fukushima a été un réveil. Cette catastrophe nous montre que nous ne sommes pas plus puissants que la nature.

La plus grande centrale nucléaire du monde est construite en ce moment en Inde, à Jaitapur, par Areva. Tout ce projet repose sur des subventions, y compris l’accaparement de terres fertiles. Et quand les habitants osent dire non, par des manifestations contre cette centrale, ils se font tuer. Personne ne peut protester. Les gens ne sont pas autorisés à se réunir. Tous les élus locaux ont démissionné, affirmant qu’ils n’ont plus aucune raison d’être s’ils ne peuvent pas se réunir pour prendre des décisions. Si vous allez à Jaitapur, vous verrez une zone de guerre. J’espère que les Français rejoindront les habitants de Jaitapur pour demander à Areva de se retirer de ce projet. Et nous pourrons alors vivre en paix.

Peut-on « réformer » notre civilisation ?

Tout d’abord, y aura-t-il une civilisation ? Nous avons deux options : soit continuer dans la voie actuelle et nous enfoncer dans une impasse. Une impasse économique, comme avec la Grèce ; politique, comme ce qui a mené au printemps arabe ; écologique, comme nous le voyons partout, quand les ressources naturelles sont volées aux peuples pour alimenter l’économie mondiale. La seconde voie que l’on peut suivre, c’est celle de la paix. Une paix qui n’est pas un signe de faiblesse, mais un signe de force. Ceux qui sont exclus aujourd’hui, ceux qui ne sont pas partie prenante de la guerre de conquête, joueront alors un rôle de leadership : les communautés indigènes, les jeunes, les femmes...

La construction de cette paix façonnera la nouvelle prospérité. Nous avons été fous de penser que plus il y aurait d’argent dans le monde, et dans les poches des banques, des grosses entreprises et des nouveaux oligarques, meilleure serait la société. La crise grecque est causée par des banques. Et les gens disent : « Basta ! Plus jamais ça ! Nous ne donnerons pas plus. » La réelle prospérité, c’est la santé de la nature et des humains. C’est une communauté forte où chacun peut prendre soin des uns des autres. La civilisation que nous devons construire est une civilisation de larges réseaux de communautés souveraines, organisées de manière autonome, et non dominées par un pouvoir centralisé, politique ou économique.

Voyez-vous des signes d’espoir aujourd’hui ?

Je vois des signes d’espoir partout où il y a une résistance. Chaque communauté en Inde qui se bat contre l’accaparement des terres, qui participe à notre mouvement Navdanya pour que les semences restent un bien public, tous ceux qui tournent le dos à l’économie suicidaire de Monsanto ou pratiquent l’agriculture biologique. Toute communauté qui se bat contre la privatisation de l’eau. Tout ce qui se passe dans les rues de Madrid, en Irlande, en Islande, en Grèce. Les résultats du référendum en Italie sur le nucléaire ou la privatisation de l’eau. Ce sont d’incroyables signes d’espoir. Ce qu’il faut maintenant, c’est une nouvelle convergence mondiale, de tous les combats. Et un déchaînement de notre imagination : il n’y a pas de limites à ce que nous pouvons construire.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

Vidéo : Nadia Djabali

Repost 0
13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 17:26

Un document exceptionnel (55’) : Daech ou la naissance d’un état terroriste, paru sur Arte (1).

***

S’il est juste de condamner les crimes commis par Daech, de dénoncer ses intentions politico-religieuses, il ne l’est pas moins de s’interroger sur pourquoi Daech existe, ou Al-Qaida, ou tel autre mouvement ou groupe terroriste qui sévit au Moyen-Orient, en Afrique, partout dans le monde - y compris en France- car toutes ces choses là ne sont pas nés de rien.

S’attacher seulement au sordide de ces mouvements terroristes en s’exemptant de désigner ceux qui les ont fait émerger c’est exonérer ces derniers de toute responsabilité, autoriser d’autres fouteurs de guerre et de merde à poursuivre dans la même voie.

Il est juste de s’interroger sur la responsabilité des chefs d’Etat des Etats-Unis, de la France quant à leur intervention en Irak, en Lybie,… prévoyant de le faire en Syrie. Il est juste de rappeler le comportement de BHL, très discret en ce moment. Il est juste de s’interroger sur ces alibis bidons que sont : installer la démocratie, mettre à bas une dictature quand, en fait, il s’agit essentiellement d’aller contrôler des richesses et de se les approprier.

Comme il est juste également de s’interroger sur ‘l’économie de guerre’ de Daech qui ne peut exister qu’avec la complicité de ceux qui profitent du pétrole qui, s’il est vendu, est bien acheté par quelqu’un. Comme il est juste de s’interroger sur les banques contrôlées par Daech qui continuent de fonctionner à l’international.

Oui, il est juste de s’interroger, juste de s’interroger sur le capitalisme qui ne craint pas de construire le malheur partout où il passe pour assurer le profit de quelques uns.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage », disait Jaurès qu’on ne finira pas de citer.

Exergue

***

***

La vidéo : 55’ (1) http://www.tv-replay.fr/daech-naissance-d-un-etat-terroriste/

suivi d’un entretien avec l’auteur de la vidéo : http://www.arte.tv/guide/fr/058578-002/entretien-avec-jerome-fritel?autoplay=1

Repost 0
9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 10:26

Ci-dessous un article (1) paru dans Okeanews faisant état de l’humeur et des positions de la nouvelle présidente, Zoé Konstantopoulou (2), du Parlement grec. Assez rafraichissant et une source d’inspiration.

Dans l’article figure une vidéo, préférez la version proposée en (3) (vous pourrez la maîtriser), démonstrative de la décomposition du Parlement grec sous la tutelle de la Troïka.

Exergue

****

****

Article

Reconstitution de la commission sur les réparations de guerre allemandes, participation des représentants d’organisations sociales à l’élaboration des projets de lois, renforcement du contrôle parlementaire, fin de la dégénérescence du processus législatif, réouverture des dossiers judiciaires oubliés et soutien des revendications grecques : le Parlement en pleine révolution démocratique.

Zoé Konstantopoulou, député Syriza, a entamé son mandat de Présidente du Parlement avec beaucoup de dynamisme, annonçant des changements significatifs lors de son premier discours concernant le mode de fonctionnement du Parlement, afin que celui-ci regagne sa crédibilité perdue et soit démocratisé.

La plus jeune Présidente du Parlement, qui a également été élue avec la plus grande majorité de l'histoire grecque (235 voix) a souligné que « Ceux qui n’ont pas de rapport avec le travail parlementaire devront quitter le bâtiment », ce qui fait référence à des noms importants de la scène politique grecque qui, d’ailleurs, n’ont pas été élus au dernier scrutin.

En résumé, les positions de la nouvelle Présidente du Parlement :

  • Encourager et élargir la participation du peuple en renforçant la procédure de consultation et la participation des représentants d’organisations sociales à l’élaboration des projets de lois. De nouveaux modes de participation permettront à la société de légiférer suite aux changements apportés au Règlement du Parlement;
  • Renforcer le contrôle parlementaire exercé par les députés et les citoyens. Le premier ministre et les ministres répondront aux questions qui leur sont posées (on se souviendra du nombre particulièrement restreint d’apparitions de l’ancien premier ministre, M. Samaras, qui doivent à peine se compter sur les doigt d'une main…);
  • Mettre fin à la dégénérescence du processus législatif qu’ont provoqué les abus de la procédure d’urgence et l’intégration d’amendements sans rapport avec l’objet des projets de lois (décision très importante pour la lisibilité des textes de loi qui, jusqu'à maintenant, pouvaient rassembler des articles sans aucun rapport avec la loi elle même);
  • Ceux qui n’ont pas de rapport avec le travail parlementaire (c'est-à-dire, les anciens premiers ministres et présidents du Parlement qui y ont un bureau) quitteront le bâtiment;
  • Tous les dossiers transmis par la Justice et qui croupissent dans des tiroirs seront récupérés et examinés. De nouveaux organes seront créés à cet effet;
  • La commission sur les réparations de guerre allemandes sera immédiatement reconstituée pour revendiquer efficacement la réparation des catastrophes, le remboursement du prêt d’Occupation, le dédommagement des victimes et la restitution des trésors archéologiques volés;
  • Le Parlement hellénique contribuera, par le biais de la diplomatie parlementaire, au soutien des revendications grecques concernant l’annulation de la majeure partie de la dette et l’intégration d’une clause de croissance et de garanties d’endiguement de la crise humanitaire.

Zoe Konstantopoulou confirme sa volonté de rendre le parlement plus démocratique, contrairement à ce qui a pu se passer ces dernières années et notamment en septembre 2013, quand le parlement vide avait voté "à l'unanimité" toute une liste d'articles de lois, malgré les protestations d'une certaine ... Zoe Konstantopoulou.

***

***

  1. http://www.okeanews.fr/20150208-la-revolution-democratique-de-zoe-konstantopoulou-la-vouli?utm_source=wysija&utm_medium=email&utm_campaign=News+du+jour
  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Zo%C3%A9_Konstantopoulou
  3. https://www.youtube.com/watch?v=-AgwDfzZp6E#t=200
Repost 0
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 13:20

En décembre 2014, l’actuel ministre des finances du gouvernement légitime de la Grèce, Varoufakis, avait prédit l’attitude de la BCE (1).

Attitude que Jean-Luc Mélenchon commente en la qualifiant de coup d’état financier (2) tout comme le groupe des Economistes atterrés - personae non gratae à l’émission de propagande C’dans l’air - qui s’est fendu d’un communiqué (3), tandis que Jean-Marie Harribey parle de diktat politique (4), diktat signifiant en allemand : chose dictée et imposée sans négociation, tout le contraire de la démarche grecque qui entend négocier (et non renégocier), c'est-à-dire ne plus être un pays asservi et placé sous la tutelle de la Troïka.

Devant l’inanité de la décision de la BCE, des économistes du monde entier (ne rêvons pas : chinois, indiens, russes et quelques autres d’importance doivent bien se fendre la gueule), allemands, français, étasuniens, hongrois, italiens, danois, britanniques, canadiens, espagnols, belges, turcs, hollandais, ougandais, autrichiens, suisses, brésiliens, polonais,…..ont signé une pétition commune intitulée Nous sommes avec la Grèce et l’Europe (5).

  1. http://www.okeanews.fr/20150205-varoufakis-predisait-les-menaces-de-la-bce-en-decembre-dernier?utm_source=wysija&utm_medium=email&utm_campaign=News+du+jour
  2. http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/02/05/grece-refuser-le-coup-detat-financier-de-la-bce/
  3. http://www.atterres.org/article/la-bce-tente-un-coup-d%E2%80%99%C3%A9tat-contre-la-gr%C3%A8ce
  4. http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2015/02/05/la-bce-aux-grecs-mourir-de-faim-ou-mourir-etouffe/
  5. http://blogs.mediapart.fr/edition/que-vive-la-grece/article/050215/nous-sommes-avec-la-grece-et-leurope
Repost 0
8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 09:51

La libre expression de la presse et l’expression démocratique ne semblent pas inviter à participer au même engagement, recevoir une égale attention. Ainsi peut-on manifester pour que vive la liberté d’expression de la presse (et de chacun) et ne pas tenir compte de l’expression démocratique, et tel qui est descendu dans la rue pour l’existence d’un principe ne fera rien pour que ce principe exercé par le peuple vive dans la décision que celui-ci a prise.

Il est vrai que l’expression de la presse ne prête guère à conséquence - Cause toujours mon coco, tu m’intéresses -, raison pour laquelle les ‘politiques’, d’ici et d’ailleurs, se sont précipités bras dessus bras dessous à son chevet sachant qu’ils n’y couraient aucun risque, à l’inverse de l’expression du peuple qu’ils sollicitent pour se faire élire mais dont ils n’ont que faire une fois désignés.

***

Martyrs et héros hier par effet collatéral à la tuerie à Charlie-hebdo, dans leur grande majorité les gens de presse ne font pas leur travail d’investigation et critique qui jadis faisait d’eux le 4ième pouvoir, alors, répétons le, les citoyens ne se sont pas rangés derrière eux tant ils en ont dégoût, mais ont défendu le principe de la liberté d’expression.

A observer leur peu d’empressement à relever et à dénoncer les propos inadmissibles de Jean-Claude Yunker : « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités », complétés par ceci : « Bref, il n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens déjà ratifiés » on juge de leur servilité.

***

Pour Yunker - et ses alter-égo européens dont aucun n’a manifesté d’agacement à ses propos - plagiant Bertolt Brecht, on l’imagine dire ceci « J’estime que le peuple grec a trahit la confiance du régime libéral et qu’il devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités européennes », à quoi on devra répondre : « Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour l’Europe de dissoudre le peuple grec et d’en élire un autre ? ».

Voici donc les peuples avertis, l’Europe ne sera pas la leur, elle ne sera pas démocratique, ceci, car les mêmes chefs d’Etat et de gouvernement qui défilaient pour la liberté d’expression, comme le rappelle Coralie Delaume, n’ont pas hésité à passer outre l’expression populaire lorsqu’elle s’est déclarée contre le TCE, concluant ainsi un article (1) écrit à propos de l’intervention de Yunker : « Bref, ……peut-on nous dire ce qu'il reste, exactement, de la démocratie? ».

Puisqu’il était précédemment question de la citation (2) attribuée à Bertolt Brecht visant la dictature en RDA, établissons sans plus tourner autour du pot que le libéralisme s’impose comme une dictature qui ne craint plus désormais de se déclarer.

  1. http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php
  2. « J'apprends que le gouvernement estime que le peuple à « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? »

On lira aussi avec intérêt :

Repost 0
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 14:52

Les 3 questions de l'hebdo39

http://www.gabrielamard.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=579:a-lecole-de-syriza-ne-nous-abstenons-pas-de-faire-majorite-citoyenne&catid=38:notescat&Itemid=53

***

Gabriel Amard, après la Victoire historique de Syriza en Grèce, qui, semble-t-il, annonce la fin du règne de l'austérité en Europe, pensez-vous qu'un effet domino se poursuivant probablement par l'Espagne en mai prochain, puis le Portugal, l'Italie et... la France est à prévoir dans les années qui viennent sur tout le continent ?

"Il n'y a rien d'automatique vous savez. Tout dépendra des choix de la Commission européenne. Va-t-elle mettre fin à l'austérité budgétaire, à la baisse des salaires et des pensions ? Les citoyens grecs par leur vote majoritaire proposent d'autres solutions que l'appauvrissement des peuples pour avancer. Si l'oligarchie en Europe avec madame Merkel à sa tête continue de favoriser la rente de quelques-uns, il faut espérer cet effet domino parce que la politique d'austérité ne marche pas.

Depuis 5 ans la Grèce est soumise à une thérapie de choc de la part de la Troïka : La Grèce a dû engager des mesures extrêmement violentes : suppression de 150 000 emplois de fonctionnaires, baisse du salaire minimum à 580 €, recul de l’âge de la retraite à 67 ans, privatisation des ports, aéroports, de la Poste et de nombreuses entreprises publiques.

Malgré tout ça, les déficits publics augmentent, le chômage galope, un tiers des PME ont fermé et l'économie ne repart pas. Sans parler de la crise humanitaire que ces 9 plans d'austérité ont provoqué".

****

Selon vous, de quelle manière les Etats peuvent renégocier leurs dettes et libérer enfin de l'argent frais afin que leur économie ne tourne plus au ralenti ?

"Tout d'abord il faut arrêter de mentir aux gens, les politiques menées jusqu'à présent par Bruxelles, Madame et Messieurs Merkel, Sarkozy et Hollande ne relèvent pas de la ''bonne gestion''.

Une bonne gestion commence par mettre fin aux privilèges des banques privées qui empruntent à moins de 1% à la Banque Centrale Européenne et qui vont ensuite prêter aux États à 4, 9 ou 18% comme en Grèce. Pour redonner de l’oxygène à la population, aux entreprises et aux Etats, il faut commencer par faire un moratoire et refinancer les dettes publiques directement par la BCE à 1% et mettre fin aux taux exorbitants qui viennent charger les comptes publics et nos impôts. Syriza en Grèce ne demande rien d'autre que de pouvoir financer ce qui est dû en étant débarrassé des profits qui sont réalisés sur sa dette depuis des années. C'est ce que nous appelons la dette illégitime.

Quand on pense qu'en 1953 nous avons été capables d'annuler toute la dette de l'Allemagne ou plus récemment la dette de l'Irak... Et maintenant nous ne pourrions pas remettre à plat les choses en Grèce et en Europe pour que le capital de la dette soit payé progressivement à sa valeur et que nul ne puisse faire à l'avenir de profits sur la misère du peuple ?

C'est ainsi que nous redonnerons les marges de manœuvre aux pays pour à la fois investir, payer leurs emprunts sur plusieurs générations de contribuables, développer des secteurs prioritaires : au plan écologique et énergétique, au plan des services de santé et d'aides à la personne, au plan de la culture et de l'éducation et créer des emplois utiles".

****

Dans le Jura, la Majorité Citoyenne, dont vous êtes l'un des initiateurs, a réussi à fédérer toutes les forces de la gauche alternative (Parti de Gauche, Europe Écologie-Les Verts, Nouvelle Donne, PCF, NPA et les Objecteurs de Croissance). Comptez-vous, si vous l'emportez en mars prochain, appliquer la même démarche que Syriza à l'Hôtel du département ?

"Si ces forces se retrouvent ce n'est pas pour de petits accords de boutiques mais parce qu'elles ont, depuis l'automne, décidé de travailler à une dynamique ouverte qui remette le citoyen au cœur des décisions et des priorités politiques. Alors en effet, avec une Majorité Citoyenne à la tête du département, les Jurassiens sont certains de mettre la culture budgétaire des agences de notation à distance des finances du département, de refuser des privatisations de services publics départementaux, de débarrasser le département des multinationales et des aménageurs qui pompent l'argent public pour des projets qui ne répondent pas à des besoins indispensables à la vie et qui mettent à mal la biosphère...
Les citoyens qui participent à la démarche ont inscrit dans la Charte pour le Jura qui sera signée par nos candidats l'engagement de ne pas signer d'emprunts toxiques et de ne pas travailler avec des banques qui ont des succursales dans les paradis fiscaux.

Nous préférons les Indices de Développement Humain plutôt que les indicateurs financiers pour guider les choix publics. Les contribuables doivent pouvoir supporter le budget du département et dans le même temps mesurer à quel point les choix sont guidés par l'intérêt général humain et jamais par des intérêts particuliers.
Enfin nous défendons pour ne jamais nous écarter de l'intérêt général la co-gestion des services publics et des projets publics, en confiance avec les usagers et les agents du département.

Majorité Citoyenne comme Syriza le fait en Grèce, propose aux citoyen(ne)s d’agir pour ne plus subir, et d'inventer ensemble des jours heureux".

Repost 0

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche