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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 06:36

Des deux, du jeune homme et de moi, je paraissais seul à savoir qu’il est une pluralité des sens au mot riche.

  • Riche de quoi ?
  • Riche ! répondit-il impérativement.
  • Bien sûr. Non ! je ne souhaite pas être riche. Pas comme tu l’entends. Il m’importe peu d’avoir de l’argent même s’il m’importe d’en avoir pour faire ce que j’ai à faire.

J’étais riche comme il l’entendait. Riche, plus qu’il ne l’était et pour cette raison qu’il était jeune et que je ne l’étais plus. Riche par rapport à lui, bien moins riche que d’autres. J’imaginais cette course à la richesse qui fait qu’on mesure la sienne à celle des autres, les autres la mesurant toujours à celle d’autres encore, dans un processus infini et sans autre objectif que de la comparaison se situer pour tenter d’en avoir toujours plus que…. l’autre. Non, je ne souhaitais pas être riche. J’imaginais aussi, quoiqu’il ne me donnait pas l’impression de vouloir être riche, qu’il n’était pas seul à penser ainsi, à cette richesse particulière et intrusive qui fait qu’on s’ignore tant on est contenu dans cet extérieur à soi-même.

Il était étonné. Et pour tout dire, il ne me croyait pas ; ce qu’il me fit comprendre. Pour ma part, je n’étais pas étonné de son étonnement. J’essayais de lui parler du bonheur ; et bien que comprenant ce que j’entendais par là, il avait du mal à le distinguer de la richesse sonnante. Dans son dos était une bibliothèque, dans le mien des tiroirs remplis de musiques. Dans ma tête, il y avait les montagnes. Le coin du feu. Le vin. Les amis autour d’une table, ou chez eux ou chez moi ; cet ami disparu dans les bras duquel je ne serai jamais plus et que je ne tiendrai plus dans les miens aux retrouvailles et aux départs. Il aurait dû comprendre, et il devait comprendre en son for intérieur, lui qui aimait la musique, que la richesse est ailleurs ; mais il semble qu’il est impossible de comprendre en dehors de ce que comprennent les autres, qu’on est condamné à cette communion aux autres qui fait écrire à Heidegger « communier rend commun ».

Le beau est toujours bizarre, dit quelque part Baudelaire ; il semble bien que la richesse aussi.

  • Pépé !
  • Oui.
  • Y a pas la télévision ici, mais on ne s’ennuie pas. Je croyais pas.

L’enfant ne s’ennuyait pas ; voulait-il dire qu’il était heureux ?

Il s’en était allé, ravi. Il semblait qu’il venait de comprendre. Mais pour combien de temps ?

Je ne dis pas au jeune homme qu’il est un pays, le Bouthan*, inventeur du BNB (Bonheur National Brut) qui risque de devenir mal-heureux pour avoir accepté la télévision. Je lui dis, sais-tu qu’on commence à penser mesurer la richesse d’un pays autrement qu’au travers du PNB.

  • Et comment ?
  • On mesure l’indice du bonheur.
  • C’est impossible de mesurer le bonheur.

Mesurer le bonheur ! Comment faire ?

Surtout ne pas demander au baron Sellières ou à celle qui lui a succédé, pas plus qu’à Gattaz. En économiste, prosaïquement, Amartya Sen* répond en proposant l’indicateur du développement humain (IDH) qui « rejette l’intérêt personnel comme première motivation du développement humain » et « mesure la pauvreté en fonction de la santé, du niveau d’éducation et du niveau de vie ». Vous direz : rien à voir, ce n’est pas le bonheur, on peut être pauvre et heureux. Et il faudra répondre : pourquoi vouloir être riche si on peut être heureux sans la richesse des riches ?

Au lendemain de la nouvelle année, sempiternellement que se souhaite-t-on ? Une bonne santé ? Que tout se passe bien pour les enfants à l’école ? D’avoir le nécessaire ? Toutes choses qui selon nous participent au bonheur tel que nous le voulons et qui sont les mesures de la pauvreté d’Amartya Sen. Finalement, avec notre sens commun, le bonheur, nous savons où il est.

******

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Amartya_Sen

* http://info.arte.tv/fr/bhoutan-au-pays-du-bonheur-national-brut

* https://www.youtube.com/watch?v=FkvHFmnx9Aw

* http://www.huffingtonpost.fr/sandrine-cohen/quand-la-television-arrive-bhoutan_b_4807303.html

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 16:00

A dénombrer aujourd’hui les détenteurs de parchemins qui savent lire et écrire, le monde devrait être changé ; c’est oublier que les parchemins peuvent être des peaux d’âne.

Aussi quel intérêt de répondre oui ou bien non, la réponse étant oui tout autant qu’elle est non. On voit bien que pour changer le monde il faut à chacun, y compris à celui qui sait lire et écrire, quelque chose en plus qu’on dira ainsi : avoir la conscience de celui-ci ; mais pas n’importe quelle conscience, une conscience vivante et non pas morte, une conscience active et non pas spectatrice, telle qu’elle fait dire à Gramsci : « Je hais l’indifférence » et, l’ayant dit, le conduit à prendre parti. Il reste que la conscience qui conduit à prendre parti elle-même n’est pas suffisante car elle peut être animée de bonnes comme de mauvaises intentions et que pour changer le monde, ainsi que nous l’entendons, ce ne peut être qu’ayant le goût des autres et sans qu’il soit fait exception à un de ceux-ci.

Cette précision étant apportée que lire et écrire à eux seuls ne peuvent changer le monde, c’est à des lecteurs de plus en plus nombreux de la Bible, du fait de l’apparition de l’imprimerie, que l’on doit les premières disputes religieuses ; le premier livre imprimé, de la lecture en prise directe qu’ils en firent, libéra les individus des intercesseurs qui avaient le monopole du sens et de ce qu’on appelle aujourd’hui la pensée unique. Qu’on ait le souvenir du livre Au nom de la rose d’Umberto Eco dans lequel les livres jugés contraires à la doctrine sont cachés pour les soustraire à la lecture émancipatrice. Dans le film Fahrenheit 451 de François Truffaut, préalablement écrit de Ray Bradbury, les livres sont interdits par la dictature au profit de murs-télévisions qui distillent la pensée officielle à laquelle nul ne doit échapper ; aussi est-il des femmes et des hommes-livres insoumis, pourchassés par des patrouilles, chacun appelé du nom du livre qu’il a appris et dont il est porteur, qui refusent que disparaissent la mémoire et la multiplicité des pensées. C’est que les livres, écrits puis lus, écrits pour être lus, certains circulant sous le manteau, portent en eux le ferment de la liberté individuelle, et pour cela collective en chaque individu, à un point tel que les autodafés, du Moyen-âge à Hitler, n’ont jamais manqué, pas plus que la censure qu’elle soit soviétique, vaticane (Imprimatur) ou autre, et que les écrivains ont été souvent pourchassés ou emprisonnés (Marot, Voltaire,…), leurs écrits ayant été jugés subversifs par les pouvoirs en place. Et c’est bien de l’écriture, diffusée en lecture, des écrivains du Siècle des Lumières que procède la Révolution française.

Le couteau tranche le lien et libère, cependant aussi ôte la vie, de cette dernière proposition Mein Kampf en est un exemple. L’écriture-lecture n’échappe pas à la règle. On sait des auteurs, dits révisionnistes, pour nier l’existence des camps de concentration, l’écrire, et convaincre des lecteurs car pour beaucoup d’entre nous la chose écrite vaut preuve. « Monsieur, disaient parfois certains de mes élèves, c’est vrai, c’était dans le journal ». Au dos du tableau j’écrivais que j’avais les cheveux noirs alors que je les avais blancs. « Ainsi ce qui est écrit est vrai, dites-vous ? ». « Oui ! ». « Donc ce que j’ai écrit au derrière du tableau et sans que vous sachiez ce que c’est et qui concerne la couleur de mes cheveux, selon vous est vrai ? ». « Oui ! ». Il fallait bien qu’ils se rendent à l’évidence de mes cheveux blancs alors qu’il était écrit qu’ils étaient noirs, mais la force de l’écriture-lecture était telle que, pour quelques-uns toujours, quoique voyant mes cheveux blancs, ils étaient à en douter au profit de cette contre-vérité écrite qu’ils tenaient comme preuve de la vérité ; telle est la force de l’écrit.

L’écriture-lecture n’est donc pas toujours libération, émancipation. Il faut, pour qu’elle le soit, un auteur faisant œuvre honnête et surtout un lecteur sagace et à l’esprit critique.

Il y a fort longtemps, je lisais La mort et mon métier de Robert Merle pour m’apercevoir avec effroi que j’aurais pu devenir, en pareille situation, celui dont il était question dans le livre. La lecture de cette histoire m’a définitivement ôté toute arrogance quant à la possession de mon libre-arbitre ; voilà, ce que m’a apporté ce livre. Mais c’est aussi de la connaissance livresque que j’ai appris qu’il était, à cette même période du nazisme montant puis triomphant, des femmes et des hommes pour se révolter, ainsi, entre autres, ces jeunes étudiants du groupe la Rose Blanche*, et que si cela avait existé en une époque si périlleuse, cela devait bien pouvoir exister avec plus de facilité en une qui l’était beaucoup moins pour autant qu’on ait été construit moralement. La lecture des livres peut changer le monde dès lors qu’on a le goût de l’autre comme il a été dit, sachant qu’un Un homme bien ne fait pas ça, c'est-à-dire n’importe quoi, comme l’écrit et le donne à lire en titre d’un de ses livres Axel Kahn.

Le jeune homme, on s’en souvient, avait peur d’être influencé par la lecture des livres. C’est dire qu’il tenait à sa quiétude et au conformisme qui sont paresse et fort peu d’estime de soi. Dernièrement un lecteur du blog m’avouait trouver intérêt à mes propos, cependant ne pas les lire jusqu’au bout car ils étaient trop longs. Il faudrait donc pour être entendu essayer de ne pas avoir l’esprit délié, et surtout prendre les autres pour ce qu’on ne veut pas qu’ils soient : des consommateurs, ceci afin de leur offrir la ration mesurée et suffisante à cet engraissement qui conduit seulement à l’abattoir. C’est à VGE que l’on doit cette pertinente et funeste remarque qu’un Président de la République serait, avait-il prophétisé, désormais élu telle la publicité donne à choisir une savonnette ; on voit où cela a conduit.

C’est une des capacités du système capitaliste, à défaut de ne pouvoir empêcher l’effet libérateur du livre, que de retourner les moyens et les processus d’émancipation pour qu’ils deviennent aliénants. C’est ainsi que fonctionne la société de consommation à un point tel que la profusion actuelle des livres, qu’on pourrait prendre comme une offre aidant à la démocratisation, enterre sous la masse le bon grain et entretient la paresse intellectuelle. Les murs dans Fahrenheit 451étaient écrans de télévision, il était des patrouilles pour pourchasser les femmes et hommes-livres, on vit une époque où il n’est plus besoin de patrouilles car il est des maisons avec des écrans de plus en plus grands devant lesquels grands et petits, vautrés dans le canapé, se gavent à la pensée unique comme bétail en stabulation, quand ils ne sont pas à pianoter du lever au coucher du jour sous l’effet d’un conditionnement pavlovien sur leur I-phone.

Le livre est libérateur mais pour celui qui veut se libérer, et n’aidera à changer le monde que pour celui qui a le désir de le voir changé.

Il est vrai, lire et écrire ne sont que piètres instruments si on ne s’en saisit pas convenablement. Maurice André, le trompettiste, disait qu’il préférait être assis sur un banc que dans un fauteuil, ce dernier étant le commencement de l’égoïsme. Ce n’est donc point assis dans un fauteuil qu’il faut lire, mais dans cette position inconfortable que propose le banc et qui contraint à nous lever pour agir. C’est en passant du stade d’Indigné à Podemos. Nombreux sont ceux qui ont eu en leur possession en classe terminale, ces 2 livres de philo, le premier : la connaissance, le second : l’action ; le second s’alimentant du premier sans lequel il serait confus, le premier étant vain s’il ne débouchait pas sur la proposition du second.

C’est - l’est-ce encore ? - le projet politique de l’école que de fournir ces outils de base indispensables à tout agrandissement individuel et collectif que sont l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, le contre-projet étant de le réduire aux acquis nécessaires à la lecture et la compréhension d’une consigne pour faire de l’être humain un esclave. Toutefois chacun s’accorde aussi pour juger que l’éducation est le premier moteur du développement d’un pays au travers de ses citoyens éduqués. Partout, dans tous les pays où l’écriture-lecture progresse, recule la pauvreté, diminue le nombre d’enfants par femme, progresse la santé,… et change le monde.

L’écueil du jour tient à quelques phénomènes. L’un, signalé par Octavio Paz, est que le héros de jadis était le philosophe, héros devenu par la suite l’enseignant avant d’être, maintenant et désormais, l’animateur de télévision. C’est dire qu’on est passé de la proposition de la réflexion qu’offre la lecture active à celle du spectacle passif. Un autre, est l’excès de l’édition qui fait que, dans le mouvement de la lecture au spectacle, de la réflexion à la soumission, la proposition de lecture actuelle devenue essentiellement marchande, le lecteur s’en trouve appauvri et d’argent et de médiocrité. Car il ne suffit pas de lire quand on sait que lire c’est lire un contenu ; aussi dire que l’édition ne s’est jamais aussi bien portée que maintenant, qu’il n’y a jamais eu autant de lecteurs qu’aujourd’hui c’est tenir pour égales la nourriture de qualité et celle provenant du mode intensif engraissé aux hormones.

On ne peut donc pas dire, pour si nécessaires qu’ils soient, que lire et écrire sont suffisants ; ces deux actes sont utiles lorsque s’exerce l’esprit critique (Michéa : L’enseignement de l’ignorance) et que le citoyen de droit décide de passer de l’état virtuel à l’état réel. Et là est toute l’affaire et sa difficulté. Difficulté de l’enseignant qui doit faire de l’élève un citoyen avant d’en faire un travailleur, le premier terme contenant le développement du second, le second se suffisant à lui-même pour faire de l’être humain un dominé.

Pour changer le monde il faut commencer par se changer soi-même ; c’est de l’exemple que l’on donne qu’on peut espérer changer les autres et de ceux-ci : le monde, aussi ne saurait-on inviter le jeune homme à s’attacher à son propre changement s’il veut offrir à son enfant la liberté et le libre arbitre. La lettre de Jules Ferry aux instituteurs aux instituteurs l’y invite, pareillement Les carnets pédagogiques de Makarenko.

Plutôt que de ne pas vouloir être influencé par les livres, préférons choisir l’influence sous laquelle on veut vivre, préférons accompagner les enfants dans cette démarche d’écriture-lecture. Noël est une occasion propice parmi d’autres. Depuis qu’ils sont à cet âge où ils ne pouvaient pas savoir écrire et lire mes petits-enfants ont eu droit à des livres. Il n’en est aucun à ce jour pour en être déçu et tordre la bouche. Lus, année après année, d’abord avec l’aide des parents, les livres s’affichent sur des étagères contre le mur dans leur chambre, avec cette permanence que n’offre pas le jouet éphémère distribué par ailleurs et par d’autres. Il est là, visible, l’héritage à leur donner, cet outil indispensable, de plus en plus sophistiqué, vers lequel ils pourront revenir au gré de leur réflexion qui avance. Du goût ainsi acquis de la lecture, l’un, dernièrement, intuitivement, a entamé une correspondance épistolaire à laquelle il a fallu répondre comme on le fait dans une conversation. Et c’est de cette offre de lecture comme de cet échange écrit que changera le monde car il est là éveil d’une conscience à laquelle il faut veiller et entretenir comme une flamme.

Et si l’on considère que lire et écrire peuvent changer le monde, il faut alors s’intéresser au contenu des bibliothèques et à la formation des personnels qui les animent. Il est trop de bibliothèques, surtout dans les villages, qui satisfont à la demande des lecteurs et qui ne proposent rien de nouveau pour aller plus loin. Comme il est trop de personnels dont le bénévolat estimable ne saurait satisfaire l’acte éducatif. Une politique qui voudrait s’attacher à changer le monde, à l’émanciper, devrait se préoccuper aussi de cela.

*http://www.herodote.net/22_fevrier_1943-evenement-19430222.php

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 15:34

Les apparatchiks. On aimerait penser qu’ils réfléchissent. Et bien, non ! C’est trop attendre d’eux. En bons petits rentiers, ils gèrent leur capital. Leur capital ! Quelle ironie ! Eux qui ont toujours prétendu lutter contre, à l’heure du trépas, à celle des soins palliatifs, ils s’accrochent à défendre, non la cause humaine et commune mais leur sort personnel, habillant avec habilité leur babillage de mots dont ils ont perdu le sens, d’idées qu’ils ne comprennent plus. Quant au squelette la chair et le muscle viennent à manquer que reste-il à l’humain pour tenir debout ? Ainsi, ils meurent ; le sachant, plutôt que de se régénérer, de passer la main, de s’effacer, ils préfèrent voir disparaître tout ce qu’ont porté aux temps héroïques leurs prédécesseurs.

A mes amis et camarades, à ceux d’hier et d’aujourd’hui, je demande de marcher sans se retourner sur ces usurpateurs, de se défaire de ces guignols comme on le fait d’une vieille dépouille, de garder à l’esprit qu’il n’est pas de maison qui vaille sans esprit et sans raison pour l’animer, qu’on n’est pas là pour défendre le sort de quelques uns mais celui de tous, qu’il n’est pas d’alliance à faire pour le plaisir de celle-ci mais pour l’objectif que l’on a choisi de partager, qu’il vaut mieux être seul que malencontreusement accompagné, qu’à cet instant -pas plus qu’avant- il n’est à faire de compromis tant ce mot conduit à cet autre : la compromission.

La politique est affaire de longue haleine, cela même lorsqu’on souhaite le changement plus proche ; il n’est nullement obligé de se contraindre à l’échéance imposée par les circonstances lorsqu’on n’a rien à y gagner. Qu’importent les sièges du jour lorsqu’ils sont éjectables !

Il faut avancer sans état d’âme. Sans nostalgie. S’attacher à convaincre plutôt que contraindre et pour cela prendre leçon auprès de Podemos. http://www.politis.fr/Cadeau-la-lecon-de-communication,29504.html. A cet instant, le peuple a besoin qu’on parle de lui, avec lui.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 06:05

Une des manières de contribuer à l’effort de guerre libéral est, pour la majorité de la presse française, de faire silence sur ce qui ne lui plaît pas ; on appellera un tel comportement de la propagande par omission.

Ainsi les citoyens français ne peuvent pas savoir que Podemos en Espagne et Syriza en Grèce sont en tête des intentions de vote ; et tout se passe comme s’il n’y avait pas en France d’autre alternative que d’aller de Charybde en Scylla. Et pourtant !

Imaginons un instant que les français soient informés de cela, qu’il est en Europe des citoyens qui ne s’en laissent pas compter, peut-être au lieu de se réfugier dans l’abstention ou à l’extrême-droite, choisiraient-ils, à l’instant où la faillite de l’UMPS est patente, de venir apporter leurs suffrages au Front de Gauche et au Parti de Gauche qui maintient celui-ci ancré à gauche et en dehors de toute compromission de circonstance.

Exergue

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Espagne

http://www.sudouest.fr/2014/12/14/podemos-le-parti-qui-fait-trembler-la-gauche-et-la-droite-en-espagne-1768005-4803.php#article-comments

http://www.courrierinternational.com/article/2014/11/04/les-indignes-de-podemos-premiere-force-politique-du-pays

Grèce

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL6N0TU3QZ20141210

http://www.humanite.fr/grece-cest-pire-que-le-communisme-ce-sera-le-chaos-total-560154

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 06:17

Voici une série d’articles à contre-courant, parus dans Agoravox, qui troublent la pensée convenue qui s’épanouit dans la plupart de nos médias français (presse papier, radio comme télé) servie par des commentateurs zélés.

Pour une information plus équilibrée il convient d’aller voir ailleurs, de porter son regard et son attention dans des directions qui ne nous sont pas signalées. Plus que jamais la presse, dans sa grande majorité, est de propagande et il n’est pas incongru de dire qu’elle participe à l’effort de guerre libéral.

Exergue

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/et-si-le-tres-mauvais-eleve-de-l-160382

Et si le très mauvais élève de l’Europe était …l’Allemagne par Karol (son site).Vendredi 5 décembre 2014

Il y a peu encore, il ne se passait pas une semaine sans que les experts et leurs chiens de garde ne nous répétaient que sur le plan économique, l'Allemagne, avec ses réformes Hartz du marché du travail, réalisées entre 2003 et 2005 par le chancelier Gerhard Schröder (SPD), était le modèle à suivre. En gagnant le match de la compétitivité, elle était la première de la classe européenne et qu'en conséquence les autres pays se devaient de faire les efforts nécessaires pour rester dans la course. L'excédent de sa balance commerciale, le "zéro déficit" de son budget, le taux d'intérêt de sa dette qui ne cesse de baisser, le taux relativement faible du chômage seraient les seuls critères à retenir de cette réussite du modèle allemand. Aux dires de ces mêmes experts, l'Allemagne avait tous les atouts en main. Pour sortir de l'ornière de la crise, il ne suffisait, pour les autres pays, que de copier le modèle. Et, il y a peu encore, les grands de ce monde, de Bill Clinton à Sarkozy, de Cameron à Renzi, ont rivalisé d'éloges à l'égard du modèle rhénan. Les conservateurs allemands, grisés par tant de flatteries, n'hésitaient plus à déclarer : " L'Europe, tout d'un coup s'est mise à parler allemand" comme Angela Merkel l'affirmait après sa réélection : " Ce que nous avons fait, tout le monde peut le faire." Certains, en Allemagne, vont jusqu'à prédire que l'Allemagne sera d'ici 2030 "le pays le plus riche de la planète par habitant".

Mais l'image du modèle commence à se fissurer. Les inégalités sociales et la pauvreté se révèlent au grand jour, le manque d'investissement public et privé est trahi par l'état désastreux des infrastructures, sur le plan de la formation et de la qualification de la main d'œuvre, l'Allemagne est aussi distancée. Ces éléments sont plus les présages d'un naufrage annoncé que ceux d'une éblouissante réussite à venir.

LE DEVELOPPEMENT DES INEGALITES ET DE LA PAUVRETE EN ALLEMAGNE

Une des conséquences de la réforme du marché du travail en Allemagne a été l'augmentation de la pauvreté et des emplois précaires. Alors qu'en France, de 2000 à 2012, le taux de pauvreté (à 60% du revenu médian) a légèrement diminué de 15 à 14 %, en Allemagne, au contraire, ce taux est passé de 12 à 15,2% (lien ). Le rapport publié à la fin 2013 de l’Association paritaire d’action sociale (Deutsche Paritätische Wohlfahrtsverband) indique que la croissance de l'économie n'a pas empêché la croissance de la pauvreté, bien au contraire. Il conclut " alors que les profits de l’essor économique atterrissaient dans les poches d’une riche élite financière et patronale, les emplois nouvellement créés étaient à bas salaires. L’exploitation et la pauvreté ne cessent d’augmenter." Ainsi le problème des bas salaires en Allemagne est plus important encore qu'en France. Alors que la proportion des salariés qui gagnent un salaire horaire inférieur à deux tiers du salaire horaire national brut médian est de 6.1 % en France, il est de 22.2 % en Allemagne ! (Le Monde Supplément Géo et politique Dimanche 17-lundi 18 février 2013).

Si le taux de chômage est beaucoup plus faible en Allemagne (4,9 % en Allemagne - 10,5 % en France ) c'est, outre la démographie vieillissante en Allemagne , au prix du développement du travail partiel forcé. 21,7 % de sa population active y sont employés à temps partiel en 2010, contre 13,6 % en France, selon l'OCDE. Ainsi, si l'on intègre le temps partiel dans le calcul du temps de travail, la durée annuelle moyenne s'élève pour la France à 1479 heures, contre 1397 pour l'Allemagne selon l'INSEE. Par manque de crèches, le travail à temps partiel est la règle pour les mères. Les femmes sont ainsi confrontées à la précarité. 45,3% des femmes actives en Allemagne occupent un emploi à temps partiel contre seulement 29,8% en France. (Eurostat 2009 -Les femmes sur le marché du travail en Allemagne et en France - Pourquoi les Françaises réussissent mieux à concilier famille et emploi- Angela Luci )."Les femmes en Allemagne sont plus confrontées au risque de la pauvreté qu’en France. En effet, alors qu’en France un salaire minimum horaire de 9€ doit être payé pour tout travail, les emplois à temps partiels prennent en Allemagne souvent la forme d’un « petit boulot »- (« Minijob ») à 450 € par mois pour travailler jusqu'à 24 heures par semaine- La faiblesse de la politique familiale outre-Rhin explique aussi un taux de la natalité des plus faibles d'Europe et le déclin démographique dans beaucoup de länders, en particulier dans les régions de l'ex-RDA.

Malgré ce "miracle économique" érigé en modèle, dont les chiffres purement comptables du déficit servent de paravent à la réalité, la proportion de gens vivant dans une famille sans travail est pratiquement la même en Espagne et en Allemagne — deux pays où règnent flexibilité et sous-emploi précaire — alors que le taux de chômage est quatre fois moins élevé outre-Rhin ! ( Actuchômage.org-14 décembre 2012 ).

Si ce dumping social, que la réunification et l'intégration des pays de l'Est au marché économique européenne a accéléré, a permis de maintenir artificiellement la compétitivité des entreprises, l'état des infrastructures et la faiblesse des investissements en matière d'éducation et de formation professionnelle sont aussi en train de remettre en cause ce fameux modèle allemand.

LE DELABREMENT GENERAL DES INFRASTRUCTURES

L'Allemagne tant vantée par les experts économiques est dans une situation critique en ce qui concerne ses infrastructures : "Pour la deuxième fois en un an, le pont de l’autoroute A1 à Leverkusen sera fermé pour trois mois aux camions de plus de 3,5 tonnes. Certaines soudures doivent être réparées d’urgence, a estimé lundi le ministère des Transports du Land de Rhénanie-du- Nord-Westphalie. L’année dernière, des travaux comparables avaient entraîné des embouteillages historiques dans cette région industrielle, berceau du chimiste Bayer, et engendré des coûts pour la collectivité de 80 millions d’euros. Le pont de Leverkusen n’est pas un exemple isolé en Allemagne. Dans le Nord, le canal reliant la mer du Nord à la Baltique a dû être fermé aux navires marchands du fait d’écluses vétustes. Résultat : les bateaux doivent faire un détour de 460 kilomètres en passant au nord du Danemark. Selon le dernier rapport annuel sur les investissements d’infrastructures, 20 % des autoroutes, 41 % des routes nationales et 46 % des ponts allemands sont dans un état critique." ( article du 17/06/14 Les échos sur le cri d'alarme de l'Industrie allemande ) . Il en est de même du matériel militaire. Le commissaire parlementaire aux forces armées vient de lancer un cri d'alerte : "Les missions extérieures de la Bundeswehr ne sont plus compatibles avec l'état actuel du matériel".( lien ). Le port de Hambourg est ainsi de plus en plus délaissé pour Anvers à cause des infrastructures défaillantes.

Par manque d'investissements publics " les actifs de l'Etat ont diminué de plus de 500 milliards d'euros depuis 2000", écrit Marcel Fratzscher, président de l'institut pour la recherche économique de Berlin (DIW) dans un ouvrage intitulé " l'illusion allemande". (L'investissement est tombé de 22,3 % du PIB en 2000 à 17 % en 2013).

Plus grave encore l'Allemagne s'est laissé distancer sur le plan de la qualification de la main d'œuvre. Elle ne consacre que 5,7 % de son PIB à l'éducation, moins que la France ou la Grande-Bretagne et les jeunes allemands sont de moins en moins attirés par l'apprentissage tant vanté dans notre pays. Le nombre de nouveaux apprentis a chuté à son niveau le plus bas depuis les années 1990. Moins d'un quart de la population active possède un diplôme universitaire. Il y a moins de jeunes allemands titulaires d'une licence (29 %) que de jeunes grecs (34 %) ou de jeunes britanniques ( 45%). Enfin selon la Banque mondiale il est plus difficile de créer une société en Allemagne qu'en Russie ou au Sénégal, ce qui met à mal l'image d'Epinal d'une Allemagne entrepreneuse.

Faible niveau d'investissement, infrastructures décrépies, système éducatif délabré, peu d'entreprises innovantes, peu à peu la productivité se tasse : 0,9 % par an au cours de cette dernière décennie, soit moins que le Portugal. L'Allemagne s'est trop longtemps satisfaite de sa réussite à l'export grâce à la sous-évaluation de l'Euro par rapport à ce qu'aurait été le Deutschemark et grâce aussi à l'utilisation d'une main d'œuvre qualifiée et bon marché des pays de l'Est. Les véhicules assemblés en Allemagne contiennent de nombreuses pièces fabriquées en Slovaquie ou en Hongrie. Enfin le pays était jusqu'à présent le fournisseur de la Chine en machines-outils, produits chimiques et biens d'équipements, mais avec le développement de l'économie chinoise cette dépendance risque bientôt d'être du passé.

Il faut ajouter aussi le coût de l'énergie électrique qui est deux fois plus élevé qu'en France. Il a a plus que doublé depuis l'an 2000, ce qui a augmenté sérieusement les coûts de production en particulier dans les secteurs industriels grands consommateurs d'énergie électrique comme la chimie.

Ainsi, derrière les beaux chiffres purement comptables se cache une économie anémiée et à bout de souffle qui a sacrifié à la fois sa population et ses infrastructures, mettant ainsi en péril son avenir.

Depuis 2010 les technocrates de la troïka (FMI, BCE, CE ) n'ont eu de cesse, au nom de la sacrosainte lutte contre les déficits budgétaires, d'imposer des politiques d'austérité à tous les pays européens en brandissant les vertus du modèle économique allemand. Aujourd'hui il ne fait aucun doute que les coupes budgétaires imposées aux populations européennes ne manqueront pas de conduire l'Europe vers une récession généralisée avec une violente déflation.

Comme le signale Emmanuel Todd dans un entretien à la revue Books de décembre 2014 :"L'Allemagne manifeste une forme de résistance au monde postindustriel, (...) qui se traduit par une incapacité à sortir de ses prouesses techniques sur ses "bagnoles". ( ...) Le comportement actuel de l'Allemagne (ses excédents, l'austérité qu'elle veut imposer à tous le monde, etc...) ne s'explique pas par le fait que ce pays aurait une pensée spécifique. C'est, je crois, plutôt l'effet d'une non pensée. (...) La responsabilité des classes dirigeantes européennes et en particulier des élites françaises est énorme. Elles n'ont pas été capables de se rendre compte que leur leader n'a pas de cerveau. "

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A lire également :

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/des-economistes-allemands-s-157346

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/allemagne-un-geant-160512

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-france-l-europe-et-le-mythe-du-157186

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 07:25

Certes on peut se trouver influencé par la lecture car celle-ci propose des contenus. Pas plus que le jeune homme, Napoléon III ne s’y était pas trompé (quant à l’importance des contenus) qui avait fait supprimer l’enseignement de la géographie et celui de l’histoire, pas plus que Raffarin qui au prétexte confus que la philosophie n’intéressait plus personne a fait des professeurs de philosophie des inspecteurs de l’Education nationale ; supprimant ces enseignements (qui sont pour bonne part lecture attentive), l’un et l’autre ont dessaisi des outils de la réflexion pour des intérêts qu’on imagine.

Pour quel bénéfice lit-on ? L’angle sous lequel ont été placés les propos précédemment ne peut recouvrir toutes les raisons de lecture. Toutefois la lecture seule, pour être condition nécessaire, est insuffisante. L’école, dans sa clairvoyance, apprend à lire et à écrire. L’émancipation de l’être humain va sur ces 2 pieds là.

Si la lecture est un des outils d’accès à la connaissance par la profusion des sujets dont elle dispose, l’écriture en est un de la réflexion et de la réorganisation de cette connaissance, un qui en autorise l’appropriation (la pensée faite chair, selon Heidegger), pour faire de l’individu, à son tour, un producteur « influent » de lecture, lui faisant dépasser le stade de consommateur pour en faire un acteur car on doit espérer que nul ne tient à cette place assujettie qui consiste à n’avoir que les idées des autres.

J’aurais pu rester, le fondement assis sur une chaise, à regarder les nuages passer par la fenêtre en rêvant à l’observation du jeune homme, mais à l’instant où je me suis assis à la table d’écriture je me suis trouvé dans l’obligation de mettre de l’ordre dans mes idées plutôt que de les laisser flotter.

Que le jeune homme imagine encore ceci : les êtres humains, tour à tour citoyens et travailleurs, qui n’auraient pas accès à la lecture (aide proposée par d’autres à la connaissance des problèmes dans leur complexité) et à l’écriture (exposé des réflexions et propositions éventuelles), comment pourraient-ils avoir, avec quelque chance d’y parvenir, la maîtrise de leur vie , faire valoir leurs droits dans un monde d’experts et de baveux qui, de plus, usent de l’habileté de la parole qui laisse entièrement démuni le pauvre hère. Lecture et écriture ne sont pas seulement les outils de l’émancipation, elles sont aussi les armes réelles de la lutte.

Ah ! Écrire. Si en plus de lire, il faut écrire !

Ecrire est une ascèse. C’est coucher sur le papier les idées que l’on a, pour cet avantage d’en établir le contrôle, les enchaînements, la logique. Si on veut se convaincre de la vérité que l’on cherche avant de la partager avec les autres, il faut s’installer à cette rigueur d’abord faite à soi-même. Cela permet de se tenir au sujet, évite autant que possible les approximations toujours prêtes à surgir, cette logorrhée sans cesse discursive (conversation en ricochet qui partant de ceci arrive à cela qui n’est pas le sujet) comme il en est tant en réunion ou au zinc des comptoirs et qui fait qu’au bout ne se trouve épuisée que la bière bue. En ce sens, écrire est un acte émancipateur, un acte qui nous élève en nous jetant au devant de nous (ob-ject), en ne tenant pas liée à notre subjectivité la proposition que nous nous sommes donnée d’étudier. Ce doit être un acte d’honnêteté, ceci étant dit car il arrive parfois dans l’écriture – c’est le cas de certains travaux – que la personne qui écrit s’attache à le faire avec cette seule intention de prouver son hypothèse. Cela conduit à dire ceci, qui concerne le lecteur, qu’il soit attentif à ce qu’il lit pour ne pas se laisser embarquer par le merveilleux, la séduction de l’écriture, les faussetés, phénomène que l’on retrouve dans la maîtrise du langage, et qui me fait préférer le conflit au consensus dans les différents sociaux, ce dernier faisant la part belle au camelot au détriment de celui qui ne possède pas les outils et les codes médiatiques.

Ecrire c’est rechercher sa pensée et son exposé dans la forme de l’écriture ; c’est aller chercher la précision dans l’usage du mot qui convient, user de la langue riche et non pas appauvrie. La pensée politique du jour est indigente, autant de la misère du vocabulaire que de l’esprit dialectique qui faisait des français, dit-on, un peuple politique. Qu’on lise pour s’en persuader les discours de Jaurès à l’Assemblée nationale, Rallumer tous les soleils aux éditions Omnibus, on y comprendra que la politique n’est pas affaire de boutique laissée à des technocrates comme c’est le cas aujourd’hui, qu’on lise même les adversaires de Jaurès qui, pour être ses opposants, ne déméritaient pas en la matière. Il y avait alors du sens et une perspective, une vision du monde voulue ; il y avait une réflexion.

J’ai cité longuement dans les propos précédents pour dire ce que je devais aux autres, mais aussi parce que la citation en impose car on n’est jamais mieux entendu - et c’est bien dommage - que lorsqu’on fait référence aux puissants de la pensée, mais qu’on ne s’y méprenne pas, chacun de nous a connu des femmes et des hommes qui, pour ne pas avoir lus et écrits, ou très peu, avaient une pensée élaborée et profonde, ciselée, lentement creusée comme un cours d’eau le fait d’une montagne. Pour l’obtenir, ils se donnaient le temps. Et c’est bien là, aussi, un des nœuds du problème que nous avons : le temps. Comment réfléchir quand on ne se donne pas le temps de la réflexion, celui de retourner sur soi, celui de méditer à une époque ou la vitesse a pris le dessus sur tout, loin de nous libérer nous aliène. Il n’est pas dit que ne pas savoir lire ou écrire disqualifie, mais ne pas savoir lire et écrire est une amputation.

Il faut bien terminer ce propos. Tout ce qui précède ne va pas sans effort, sans considération faite à soi-même. Et puisque c’est Noël, que le jeune homme est parent, qu’il préfère prendre sur ses genoux son jeune enfant et qu’il lui montre, tournant les pages d’un livre ou d’un journal, tout l’intérêt qu’il y a lire plutôt que de se proposer de l’amener dans un parc d’attraction, et s’il veut le conduire quelque part que ce soit au musée, ou ailleurs du même genre, qu’il pense à ceci : tandis que Jaurès était à la fréquentation des latins et des grecs Sarkozy préfère regarder sa montre et s’occuper à Disneyland, il y a entre eux cette différence qui conduit Jaurès à se poser en exemple de réflexion tandis que Sarkozy propose la consommation. L’influence que l’on redoute pour son compte dans les livres qu’on s’attache à la redouter aussi pour sa progéniture dans les propositions qu’on lui fait ; c’est là une réflexion que chaque parent devrait avoir. Et, puisqu’il ne peut être autrement qu’être ou mettre sous influence, que celle dernière soit choisie plutôt que subie.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 08:09

De quelles convictions politiques voulait se préserver le jeune homme ? Je le compris lorsqu’il évoqua le Président de la République Hollande dont il ne savait pas, se fiant à l’étiquette de l’emballage sous laquelle il se présentait, qu’il n’était pas socialiste, et qu’il trouvait malmené, devinez par qui ? ….. les extrémistes de gauche auxquels, sans qu’il en doute un instant, j’appartenais. Comment lui expliquer que du déplacement des uns à droite, pour ne pas vouloir les suivre dans ce mouvement, on ne se retrouve pas à l’extrême gauche pour autant, mais seulement à la place qu’on occupait et qu’on persévère, usant de la raison, à occuper (1). Cependant qu’il n’était pas fait état des convictions-propositions simplistes (en ce sens qu’elles n’ont d’autre objet que de flatter l’individu dans ce qu’il a de plus vil pour en obtenir la faveur) des extrémistes de droite tant elles conviennent, de par l’absence d’effort de réflexion qu’elles autorisent, à la désignation de boucs émissaires comme il en était des sorcières au moyen-âge, convictions-propositions qui font de ce fait audience et recette et à propos desquelles nul ne s’interroge et ne se choque.

Il en a toujours été ainsi : la gauche fait peur, la droite rassure, quant à l’extrême-droite elle fascine jusqu’à fasciser ; et il ne vient guère à l’esprit du citoyen dans l’exercice d’une honnêteté ordinaire de faire l’inventaire de ce qu’il doit pourtant à la gauche, arraché à la droite, et dont il profite ; de tous ces acquis/conquis laissés en héritage, gagnés de haute lutte et de grande souffrance dans l’intérêt de tous et qu’il ne s’attache pas à préserver.

Puis, il demanda ce qu’était le socialisme. C’était donc de l’absence de cette connaissance (savoir ce qu’est le socialisme) qu’il tenait son inquiétude face à la gauche et aux convictions politiques dont il pourrait être influencé. Pour lui répondre, mais l’heure avançait avec elle la fatigue, il aurait fallu lui proposer ce petit opuscule de lecture facile : « Pour être socialiste » écrit par Léon Blum et dédié à son fils, dans lequel on lit : « Le socialisme est une morale…. , autant qu’une doctrine »« De quoi est né le socialisme ? De la révolte de tous ces sentiments blessés par la vie, méconnus par la société. Le socialisme est né de la conscience de l’égalité humaine, alors que la société dans laquelle nous vivons est toute entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère….il n’est pas, comme on l’a dit tant de fois, le produit de l’envie, qui est le plus bas des mobiles humains, mais de la justice et de la pitié, qui sont les plus nobles ».

C’est peut-être bien par là qu’il faut commencer : la morale ; ce qui fait de l’être humain cet animal particulier et singulier. Le socialisme est une morale, écrit donc Léon Blum ou, si on préfère, la mise en marche de la conscience.

J’ai longtemps cherché un bouquin traitant conjointement de la morale et de l’économie, pour en trouver un 1ier, assez vieux (1953), dans un carton destiné à la poubelle (tout un symbole), intitulé Morale et économie (PUF) de François Cellier, puis un 2ième, plus récent : Ethique et économie (PUF) d’Amartya Sen (Prix Nobel d’économie), car le socialisme ne fait pas l’impasse sur l’économie. Le socialisme propose seulement que celle-ci ne soit pas laissée à la main invisible du marché (le libéralisme), main invisible dont le plus naïf comprend qu’elle n’est que la main bien réelle et dissimulée de quelques uns. Le socialisme dit que l’économie n’est pas une fin en soi, mais un instrument au service des êtres humains, de tous les êtres humains. Il dit qu’une société est un corps nécessaire et organisé de telle sorte que chacun en profite et en général et en particulier, et non une dérégulation qui ne laisserait aux règles d’exister que dans l’intérêt d’un petit nombre. Il dit que nul n’est tenu à la misère et à l’exploitation. Il dit encore que chacun à droit au bonheur. Il dit que tout n’est pas marchand. Etc., etc.,…. Tout cela, et bien plus, se trouve dans les livres où peut s’y aiguiser la conscience, avant que devenue si prégnante elle commande de ne plus être un spectateur.

Le socialisme, faudrait-il ajouter, est une pensée vivante ; en cela il évolue, fait corps avec l’instant qu’il analyse tout autant qu’il propose une perspective, un horizon temporel pour reprendre la formule de Roger Muchiélli qui en remarquait l’absence chez les délinquants. Le socialisme du jour considère que nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène (pour la 1ier fois les activités humaines sont arrivées à un stade où elles modifient l’environnement au point de mettre en péril et celui-ci et le vivant auquel appartient l’être humain) et que cette examen ne peut être négligé.

Le socialisme, écrit Jacques Généreux, ne nie pas l’individu tandis qu’il refuse l’individu autonome (l’individualisme), il se fonde sur la réalité anthropologique de l’être social. (A cet égard les travaux de Jacques Généreux - Le socialisme néomoderne ou l’avenir de la liberté - et de Karl Polanyi - La grande transformation - font l’effort de l’établir anthropologiquement plutôt que de le laisser à ceux qui n’auraient à offrir que leur bon cœur).

S’il fallait le dire d’un mot : le socialisme s’attache aux êtres humains, sans distinction aucune, pour lesquels il a considération.

Ainsi le jeune homme ne voulait pas se laisser influencer ; en cela il avait bien raison. Mais qu’il juge un instant des influences auxquelles il est soumis sournoisement. Je disais précédemment qu’il était influencé par la religion ambiante, les opinions politiques de son cercle restreint, mais qu’il examine encore ceci : il est assez singulier et cocasse d’observer que ceux qui se déclarent individualistes, ceux qui sont tellement centrés sur eux-mêmes et qui se veulent en dehors de toute dépendance, participent à l’offre qu’est la mode, ce fut le cas des femmes il y a quelques années, de laisser paraître le haut de la culotte au dessus du pantalon, puis plus tard, celui des hommes et femmes confondus qui se sont adonnés, s’adonnent toujours au piercing, au tatouage, avant de passer dans un futur proche à une autre mode suscitée dans le processus de la consommation (voir les travaux de l’économiste américain Veblen dans son livre : La théorie du plaisir) ; c’est dire que le rejet affiché de l’influence s’accompagne dans le même temps de l’esprit grégaire ce qui, il faut en convenir, ne procède pas d’un esprit rigoureux.

La liste est longue des auteurs respectables et respectés (Jaurès, ……) par tous, après que l’histoire ait éteint les passions, qui ont dit le socialisme, l’ont mis ou ont tenté de le mettre en œuvre pour qu’on n’ait pas cette désinvolture nuisible à l’intelligence de l’évacuer d’un revers de main, parce qu’on ne saurait pas dépasser l’air du temps, ou parce qu’on en aurait peur (comme on a peur de l’étranger) pour ne pas le connaître. Qu’il aille les lire le jeune homme, contrepoids sera fait au gavage médiatique auquel il se soumet par négligence de lui-même. C’est au bout qu’est la liberté, sa liberté, dans une conscience qui ne s’en laisse pas imposer. Mais tout ceci demande effort et travail à l’heure du prémâché et des idées prêtes à porter.

  1. http://exergue.over-blog.com/article-le-pg-a-l-extreme-gauche-48517670.html
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 06:26

Il suffisait toutefois d’écouter le jeune homme parler de ceux qui « profitaient du système » (refusant le travail/préférant les allocs), interroger sur la peine de mort (Vous, vous êtes contre la peine de mort ?), et bien d’autres choses, pour comprendre qu’il avait des convictions, qu’il partageait les idées politiques de l’air du temps, ou plutôt les opinions, dont Octavio Paz, poète-écrivain mexicain, prix Nobel de littérature, disait (de mémoire): quand il n’y a plus que des opinions, il n’y a plus de vérités et de mensonges. Et c’est toute l’utilité de la lecture multiple, conduite avec courage et clairvoyance, qui permet, autant qu’il est possible, de ne pas se fourvoyer avec des opinions et d’aller, toujours autant qu’il est possible, vers une pensée plus ajustée, une ouverture d’esprit, qui ne se trouvent que si on y consent.

C’est de la connaissance du passé (la lecture étant un moyen d’y accéder) qu’on comprend, par exemple, qu’il n’est pas une génération spontanée de fainéants comme le sens commun se plait à le répéter, mais une situation qui fait, qu’en France entre 1973 à nos jours, on passe de 300000 à plusieurs 5 millions chômeurs, et qu’il y a là certainement quelque chose à voir avec une foule de raisons dont la dernière est une certaine conception de la mondialisation (délocalisations, …), et qu’il n’est pas si injuste, pour autant qu’on ait le sens de la fraternité (terme à l’évidence devenu désuet), que les laissés pour compte d’un système qu’ils subissent accèdent concrètement à la solidarité par l’intermédiaire d’un Etat providence ou, formule qui a ma préférence, à celle d’un Etat social de droits. Et, plutôt que s’attarder complaisamment (ou férocement), sans fournir l’effort nécessaire à toute compréhension, à observer par le bout rétrécissant de la lorgnette les 10% de personnes qui profitent petitement on néglige, comme le faisait remarquer Coluche, les 90% pour qui les aides sont vitales. Mais surtout, en ne retournant pas la lorgnette, en n’utilisant pas la focale convenable, ainsi que devrait nous y inviter le minimum d’esprit observateur et civique, on évite de considérer les « ayants pignon sur rue », bien implantés socialement et pécuniairement qui, de la connaissance qu’ils ont des rouages administratifs et financiers, volent, en toute légalité, et l’Etat et les autres citoyens et pour des sommes bien plus considérables. Ainsi, dans la facilité, l’opprobre est réservé…. naturellement aux pauvres, aux misérables comme dirait Victor Hugo, tandis qu’ « on » s’émerveille, l’œil pétillant sur la malice et la canaillerie des riches.

C’est toujours par la lecture et le champ d’étude et d’observation plus large qu’elle offre qu’on ne s’autorisera pas à prendre l’exemple particulier (parfois le sien propre) pour en faire une généralité, d’une part parce que nul ne peut dire ce qu’il aurait fait éduqué différemment qu’il l’a été, et surtout, surtout, parce que le singulier ne témoignera jamais du général.

C’est encore la lecture, moment de recul, de mise à distance, qui peut introduire à la réflexion (plus avantageuse que la myopie) sur ce que signifie réussir sa vie (qui n’est pas nécessairement entasser de l’argent) ; l’estime de soi ne se mesurant pas à l’aune de la représentation sociale mais aux valeurs que l’on développe et déploie et qui conduisent, tout autant que l’examen du regard aigu et sans complaisance que l’on se porte, au respect de soi-même ; Kant, je cite toujours de mémoire, proposait de : vivre comme si on devait laisser un art de vivre ; mais on pourrait évoquer pareillement Sénèque (La vie heureuse ; Sur le chemin de la sagesse-Lettres à Lucilius), autre lecture vivement conseillée, ce dernier s’attachant davantage à être vertueux qu’à vouloir considérer l’absence de vertu chez les autres.

Depuis que nous sommes nés nous subissons des influences. Le plus souvent on est de telle religion parce qu’on est né dans tel pays religieux, de tel parti parce nos parents en sont, de tel type de structure familiale parce qu’il est ordinairement ainsi dans la société dans laquelle nous vivons. La manière que nous devons avoir est d’aller à la lecture sans crainte, non pour nous y trouver confortés (lecture affective) mais déconfortés, comme cela a été indiqué précédemment, afin d’échapper par le haut au déterminisme environnemental (de notre agrandissement on agrandit les autres et de l’agrandissement des autres on s’agrandit soi-même ; il est là un égoïsme intelligent, non pas de compétition mais de coopération). On n’y aura pas nécessairement des certitudes sur lesquelles s’arrêter et s’y laisser mourir, mais des incertitudes vivifiantes. Certainement devrons nous nous faire violence, adopter certaine pétition de principe, et peut-être celle-là : ce qui est bon pour tous est bon pour moi, l’inverse n’étant guère probant. Et penser, aussi, qu’il faut considérer : l’humain d’abord car c’est ce que nous sommes primitivement.

Écrivant ces lignes, je me rends compte que s’il est question de lecture, il est tout autant d’une attitude à avoir. Toutes les lectures du monde ne seront rien si on ne s’y adonne pas avec le désir (le projet) de s’y agrandir, de s’y dépasser, de voir plus loin, plus large, … La lecture peut être une forme d’introspection (c’était la proposition d’écrivain de Julien Green), … c’est une aide à l’auto-construction pour l’esprit vigilant.

S’il lit ces lignes un jour, le jeune homme se rendra compte que je cite beaucoup, qu’il comprenne là ce que je dois aux autres sans lesquels je ne serais que peu de chose, et où aller se puiser.

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 05:27

Propositions de lecture

Ayant écrit le propos précédent puis donné à lire, observation fut faite qu’il n’était pas répondu à la question implicite : « Qu’est-ce que je pourrais lire ? »

Il est certain que des propositions peuvent aider ; c’est d’ailleurs une des fonctions de l’école, des parents, des amis, …, que de faire faire l’économie de la table rase (ainsi faire bénéficier de l’expérience, des savoirs, de la réflexion, de l’échange,..), de guider afin de ne pas laisser aller aux impasses d’une formation autonome (pour autant qu’elle ait lieu) et tâtonnante qui ne profiterait pas, pour les éviter, des traverses inutiles voire des erreurs du passé. En ce sens les propositions sont un raccourci.

Une raison pour laquelle il ne paraissait pas souhaitable de préciser des lectures est que le jeune homme connaît mon engagement politique et qu’il convenait de craindre de sa part une méfiance bien naturelle conduisant davantage à un rejet qu’à une acceptation de l’offre.

Pour répondre donc à l’observation qu’il était attendu des propositions de lecture, voici quelques livres ; mon ardoise en quelque sorte pour reprendre le titre du livre le Philippe Djian : L’ardoise. Et je demande pardon à tous ceux des écrivains, penseurs, poètes … qui ne sont pas cités car on naît (n’est que) des autres, et pour partie je suis né d’eux.

La liste est longue des recommandations, toutefois non close. Elle sera complétée, l’entame de la lecture faite, au sillon par le nouveau lecteur ; une lecture, un auteur, en appelant une autre, un autre.

  • « Mapuche », roman sous forme policière qui évoque les atrocités de la dictature argentine.
  • Lorsqu’on est parent : « Pour l’éducation » de Fernando Savater, « Qu’est-ce que l’école ? » de Henri Pena-Ruiz, ou encore « L’enseignement de l’ignorance » de Jean-Claude Michéa, mais encore : « Ethique à l’usage de mon fils », « Politique à l’usage de mon fils », « Penser sa vie » ces derniers de Fernando Savater
  • « Laissées pour mortes » de Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura, « Les disparues de Vancouver » d’Elise Fontenaille.
  • « Les identités meurtrières » de Amin Maalouf.
  • « Un type bien ne fait pas ça…. » de Axel Kahn
  • « Inconnu à cette adresse » de Kressman Taylor.
  • « Une société sans père ni mari. Les Na de Chine » de Cai Hua.
  • « La stratégie du choc » de Noami Klein, « La violence des riches » de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, « Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin.
  • Les jours heureux (Programme national de la Résistance)
  • Des auteurs : Mohamed Choukri (Le pain nu), John Fante (Demande à la poussière), Coloane, Harrison, Hubert Selby Junior, Edgar Hilsenrath, Kundéra, Fitzgerald (Gasby le magnifique), Camus, ……. Laurent Gaudé, Stéfan Sweig, Sander Maraï, Saramago (L’évangile selon Jésus-Christ, La lucarne, Le Dieu manchot, l’aveuglement,…), …. Yasmina Khadra,…, Céline,…
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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 05:26

C’est ainsi que s’exprimait, il y a peu, un jeune homme soucieux ; mais soucieux de quoi ? De ne pas être capable de discernement ? Aurait-il si peu confiance en lui qu’il préfère errer dans l’éther ?

Cependant, posant la question, il admettait implicitement que ce qui est d’apparence neutre, le roman, ne l’était pas ; question à laquelle il faut répondre plus largement : existe-t-il une activité humaine qui ne soit pas politique ? Et s’il aime la musique comme je crois le savoir, imagine-t-il un instant qu’elle est à ce point désincarnée, déconnectée de tout environnement ; et s’il le pense, qu’il se penche un instant sur l’histoire de celle-ci, ainsi s’apercevra-t-il qu’elle est parfois révolte ou accompagne ou précède un projet social ou politique. Et l’application qu’il aura à juger de la musique dans ce qu’elle a été et dans ses évolutions qu’il l’ait également à l’égard de son métier car il en va de même, comme il en est pareillement de l’activité agricole qui, selon le modèle de production, peut tout aussi bien détruire la planète où la respecter, donner du travail aux individus ou les en priver, nourrir les populations ou les conduire à la famine, faire larges bénéfices aux uns et dans le même temps ruiner les autres. Il n’est pas d’activité humaine, il faut le répéter, qui ne soit pas de près ou de loin politique, qui n’est pas une orientation choisie, qui ne se donne un objectif à atteindre, une perspective ; et c’est entre des orientations que l’être humain a à discriminer ; en cela devient citoyen.

Que son esprit résiste encore à l’évidence politique, qu’il s’interroge, dès lors que le voilà devenu père, sur ce qu’il offre à son enfant ; une éducation de toute évidence qu’il désire la plus parfaite, et pour cela il choisit de le conduire sur tel chemin préféré à tel autre, et c’est là encore un choix politique qu’il fait ou doit faire, on doit le supposer la conscience éclairée, si possible généreuse.

C’est un des rôles de l’école, celui des parents, … de préparer chacun à la responsabilité (politique), chacun étant alors désigné sous le terme de citoyen. Et il n’est jamais de construction individuelle achevée mais continue, chaque individu étant en perpétuelle transformation et de celle-ci participe à l’évolution du groupe, ce dernier à son tour agissant sur lui-même.

Le roman, auquel il faudrait semble-t-il échapper, apporte autant de projets politiques qu’il est d’œuvres et de romanciers pour les écrire, et c’est de la confrontation en soi de ces projets que s’élabore le sien propre dès lors qu’est mis en œuvre l’esprit critique. Il ne s’agit donc pas de se soustraire à la lecture mais de s’y adonner en se proposant de ne pas aller s’y (ré)conforter mais bien celui de s’y trouver déconforté.

Mais par où commencer la lecture ? Bien fat celui qui peut prétendre dire où est le début du chemin. Tout au plus peut-il donner des pistes, mettre en relation le lecteur avec la lecture. Mais il faut commencer plutôt que, par souci de virginité, rester à la rive à regarder passer le monde construit de propositions humaines passées et dont on tire profit, et sans y prendre sa part du jour qui n’est rien moins qu’honorer le travail de nos prédécesseurs et dans la poursuite de leur œuvre et à l’usage de ceux qui viendront après nous.

Quoi lire ? Volontiers il faut répondre : de tout. Certes des romans car ils racontent une histoire, sachant cependant qu’ils sont un genre récent que nos ancêtres n’ont pas eu à disposition, qu’ils ont du faire sans et qu’ils ne s’en sont pas portés plus mal. Ils ont cet avantage apparent de ne pas nous brusquer plus qu’il ne faut lorsqu’on n’est pas habitué à d’autres lectures. Mais par delà ceux-ci : des réflexions, des essais, de l’histoire, de l’économie, de la géographie, de la sociologie, des livres d’art, …, et même des livres politiques. Ce sont bouts de ficelles tirés, raccordés dans notre esprit, qui nous donneront une perception du monde et nous autoriseront à faire avec plus de finesse des choix. Ce faisant on évitera cet écueil qui consiste à penser le présent, comme c’est trop souvent le cas sans tenir compte du passé nourricier.

On pourrait certes se contenter - pour établir sa réflexion, former son jugement - des informations télévisées, lire des journaux, mais ce jour on doit craindre de s’y trouver formaté plus qu’éclairé. Et ce n’est pas cela que cherche celui qui se méfie d’être endoctriné malgré lui par la lecture des romans, alors même qu’il l’est passivement en l’acceptant des médias.

Il est vrai que le souci du jeune homme était de se soustraire à toute influence politique, politique entendue au sens étroit, étroitesse qui n’est que la partie émergée de l’iceberg car les actes de la vie, nous l’avons dit, sont toujours politiques ayant à choisir entre ceci et cela en regard de ce que nous pensons (ce que nous pensons étant projet ou appelons le autrement grille de lecture et d’analyse) consciemment ou non. Il est vrai que ce désir de se soustraire à la politique n’était rien d’autre que celui de renvoyer dos à dos droite et gauche, et il faut bien dire qu’une minorité de femmes et d’hommes qui incarnent la politique, de part le spectacle qu’ils donnent, ne sont pas les meilleurs ambassadeurs de la politique. Mais faudrait-il, au nom de cela, tirer conclusion que la politique n’est pas urgente et utile, aussi vitale aux humains que le sont l’air et l’eau ?

A l’écouter discourir, à la conduite des affaires il aurait fallu des experts, naturellement supposés dépourvus d’affects (autrement dit de parti-pris), c’est oublier qu’entre ces prétendus experts il est des divergences, souvent même des oppositions, et que placer les uns à la gouvernance c’est évincer les autres ; sur quel critère alors ? C’est prendre pour argent comptant les propos que tiennent ceux des experts qui sévissent sur les ondes, et tandis que les autres, tout aussi nombreux que ceux-ci, et non moins intelligents, sont écartés. C’est encore négliger que ces experts en science économique, science sociale, ne sont guère fondés scientifiquement comme peut l’être un chimiste ou un physicien, un médecin ; il n’est là qu’un détournement de langage (il y a grande importance à se rappeler que les premiers théoriciens de l’économie sont des philosophes, que les économistes du moment développent leur théorie dans la perception partisane qu’ils se font du monde). Mais c’est surtout négliger que notre liberté individuelle et collective, pour exister, ne peut s’accorder de nous voir agir ainsi que des moutons, accepter d’être conduits ici alors que nous préférerions aller là ; raison pour laquelle l’espèce humaine, dans sa lente progression, s’est dotée de la démocratie. Il y a là une grande contradiction à désirer ne pas se laisser influencer par des convictions contenues dans des romans et dans le même temps vouloir s’abandonner aux experts.

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