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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 16:10

Vidéo assez courte qui devrait autoriser qu’on la regarde tant il est vrai qu’aujourd’hui, nul n’ayant le temps de s’attarder, il convient de faire bref et de ne pas trop dire à la fois ; question de digestion.

Mais vidéo vivement conseillée tout de même car elle permet, entre autres choses, de distinguer l’intellectuel critique de celui qui cancane.

Exergue

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La vidéo : http://sites.arte.tv/square/fr/la-fin-de-lintellectuel-francais-square

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Présentation d’Arte :

Guerre d'Espagne, fascisme, communisme, indépendance des colonies, on n'a cessé d'entendre sa voix. L’intellectuel est-il une singularité française indispensable à notre vie culturelle ? Ce spectateur engagé qui "se mêle de ce qui ne le regarde pas", selon Sartre, tend-il aujourd'hui à disparaître ? L'arrivée de la gauche au pouvoir a mis à mal la culture d'opposition. Le débat médiatique organisé par des journalistes a-t-il sonné le glas des intellectuels ? Les journaux et la télévision orchestrent des combats de coqs commentés sans fin par leurs protagonistes. Et Internet prend le relais via des discussions à l’échelle planétaire en moquant son prestige local.

Les invités :

Shlomo Sand : célèbre pour la polémique qu'il suscita il y a huit ans avec son livre "Comment le peuple juif fut inventé", l'historien israélien a décidé aujourd'hui de s'attaquer à ces nouveaux prophètes de l'identité et du racisme. Son dernier essai : "La fin de l'intellectuel français ? De Zola à Houellebecq" pose une question, et recèle une mise en garde.

Face à lui, un autre homme de gauche, car l'intellectuel est une AOC, appellation d'origine contrôlée moquée par la droite, le politiste Gaël Brustier. D'une autre génération, il analyse les choses différemment. Auteur d'un récent "A demain Gramsci", il est attentif aux rassemblements des "Nuit debout".

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 09:03

Il est un petit livre, que je recommande, dans la collection Mille.Et.Une.Nuits, un petit livre facile de lecture qui recueille 3 conférences données par Henri Bergson et dont le titre est : Le bon sens ou l’esprit français.

C’est aussi de bon sens, et d’humour, dont il est question dans cette chronique de terroir, intitulée : Le million ; et que je vous laisse savourer.

http://www.ariegenews.com/ariege/chroniques/2013/68616/les-chroniques-d-olivier-de-robert-le-million-le-million.html

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 05:00

Sur Médiapart

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/180512/grece-nous-demandons-un-audit-international-de-la-dette 

 

Sofia Sakorafa, députée de Syriza et parlementaire qui a obtenu le plus de suffrages (parmi tous les élus tous partis confondus), déclare : « On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie ». Entretien.

 

Interview réalisée par Gemma Saura et publiée le 17 mai dans le quotidien espagnol La Vanguardia, traduction de Cécile Lamarque. 

 

Un poster de Hugo Chávez décore le bureau de Sofia Sakorafa (Trikala, 1957) dans le quartier de Exarchia, aux façades couvertes de graffitis anarchistes. Ex-députée du Pasok, elle fait partie de la coalition de gauche radicale Syriza et est la parlementaire qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages le 6 mai. Ancienne lanceuse de javelot médaillée olympique, elle fut la première membre du Pasok à se rebeller et fut expulsée suite à son vote contre le premier plan d’ajustement. « Je ne pouvais pas rester au sein d’un parti qui a viré à droite et a appliqué une politique néolibérale qui rompt avec sa tradition et son programme ».

 

 « Il faut faire la lumière sur la partie de la dette qui est illégale et illégitime. » 

Syriza est une coalition de groupes divers, dont certains défendent la sortie de l’euro. Ne devraient-ils pas être unis sur un thème si crucial ? 

C’est très sain qu’il y ait des opinions différentes au sein d’un parti. L’antithèse, c’est le Parti communiste, qui maintient une ligne dogmatique que personne ne peut discuter. Au sein de Syriza, beaucoup d’opinions coexistent. Nous discutons et quand nous décidons d’une position, tous la respectent.

 

Jusqu’à quel point l’euro est-il une priorité pour Syriza ? 

Nous voulons rester dans la zone euro et, en son sein, changer les relations de pouvoir et les politiques néolibérales dures décidées par un cercle réduit de personnalités politiques. Nous n’allons pas tolérer que la croissance de l’Allemagne et de la France se fasse aux dépens de la survie de la Grèce ou d’autres peuples, comme l’Espagne. Demeurer dans la zone euro ne peut signifier sacrifier un peuple, le laisser mourir de faim. La question qui se pose maintenant n’est pas celle de l’euro. Nous luttons pour notre survie. Et si rester dans la zone euro signifie la destruction de la Grèce, nous devrons en sortir.

 

Selon un sondage, 78% des grecs estiment que le Gouvernement doit tout faire pour rester dans la zone euro. 

 

Je ne comprends pas comment on peut rester dans la zone euro si le prix à payer est un salaire de 200 euros par mois. Mais Syriza ne va pas décider pour le peuple. Si la situation devient à ce point difficile et que nous pensons que le mieux pour la Grèce est d’en sortir, nous demanderons à la population qu’elle se prononce par les urnes. Mais nous ne dirons pas quelque chose, pour ensuite, au sein du gouvernement, en faire une autre.

 

Syriza dit que l’UE ne peut pas se permettre d’expulser la Grèce de la zone euro, mais de plus en plus de gens en Europe pensent que c’est la seule solution. 

 

On nous a dit que si nous n’acceptions pas la recette de la Troïka, nous mourrions de faim ; que si nous sortions de la zone euro, nous n’aurions pas de futur. Des gens, pas même en poste au sein de l’UE, nous menacent, comme Schäuble, le ministre allemand des Finances. A chaque menace s’ensuit un désastre. Quelqu’un doit dire à la population qu’il n’existe pas de mécanisme pour expulser un membre de l’UE. Comme ils ne peuvent pas nous expulser, ils cherchent à nous faire partir.

 

Pourquoi vous refusez-vous à renégocier l’accord avec la Troïka, comme le suggèrent maintenant le Pasok et Nouvelle Démocratie ? 

 

L’accord ne peut pas être amélioré. Qu’entend-on améliorer quand la destruction est maintenant quasi-totale ? Il n’y a pas d’argent pour payer les pensions, le droit du travail, obtenu au cours des siècles par les peuples d’Europe, a été détricoté... L’accord contrevient aux principes fondamentaux de l’UE, relatifs à la protection des droits, à la couverture sociale, à la protection des mineurs...

 

Vous cherchez à tirer un trait sur les accords signés ? 

 

Nous ne disons pas qu’avant tout était mieux. Nous voulons des réformes, nous voulons que le pays soit plus compétitif, l’État plus fonctionnel, qu’il y ait de la méritocratie. Le mémorandum a détruit l’État. Maintenant rien ne fonctionne. C’est le chaos dans les hôpitaux, il n’y a pas de fonctionnaires pour recouvrer les impôts. Nous voulons du temps afin de nous organiser et de nous en sortir.

 

Vous voulez également mettre un terme au paiement de la dette ? 

 

Nous demandons un audit international de la dette. On a dit au peuple grec qu’il a une dette, qu’il paie, mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie. .Il doit aussi y avoir une investigation politique : l’argent a-t-il été affecté tel qu’il était convenu ? Nous savons, par exemple, que l’entreprise allemande Siemens a conclu des contrats avec la Grèce en versant des commissions et autres pots de vin au personnel politique. Tout doit être audité car ce sont les Grecs qui paient, ce peuple qu’on accuse d’être fainéant, corrompu, de passer ses journées à danser alors que les statistiques montrent que nous sommes le deuxième pays d’Europe en termes de nombre d’heures travaillées.

 

Ne manquez-vous pas d’autocritique ? Pourquoi avez-vous toléré pendant tant d’années la corruption ? 

 

Je ne comprends pas que l’on punisse les Grecs pour la corruption de leurs politiques et de quelques fonctionnaires tandis que l’Europe n’a pas puni le peuple allemand après une guerre qui a fait des millions de morts et a détruit le continent. L’Europe a bien fait, car ce n’était pas la faute du peuple allemand mais bien de sa classe politique. A moins que la Grèce ne soit le seul pays où existe la corruption..

 

Quelles autres conditions Syriza oppose à la Troïka, en plus de l’audit de la dette ? 

 

Il y a cinq points. D’abord, l’abolition du mémorandum, de toutes les mesures d’austérité et réformes du travail qui sont en train de détruire le pays. Ensuite, la nationalisation des banques : à partir du moment qu’une banque reçoit des aides publiques, l’État doit pouvoir disposer d’une voix au sein de son Conseil d’Administration, au moins jusqu’à ce que celle-ci ait remboursé son dû. Troisièmement, la modification de la loi électorale. Quatrièmement, l’abolition de l’immunité des ministres. Enfin, l’audit de la dette.

 

Et si la Troïka refuse, vous avez un plan B ? 

 

Nous lui répondrons par une blague. Une femme remarque que son mari passe des nuits sans pouvoir dormir. Il lui confie qu’il doit de l’argent au voisin et qu’il est très angoissé. Elle ouvre la fenêtre et crie « Voisin ! Mon mari dit qu’il te doit de l’argent. Nous ne pouvons pas te le rendre ». Elle referme la fenêtre et dit : « Maintenant c’est le voisin qui ne peut pas dormir ». Nous ne parviendrons à ce résultat que via l’audit de la dette. Nous devons démontrer qu’une grande partie de la dette a été contractée de manière illégale. L’Allemagne elle-même reconnaît que son économie tire profit de la situation grecque. Nous achetons à 100% de leurs prix les bons de l’État grec que la Banque centrale européenne (BCE) a acquis à 50%. La BCE n’a pas été créée pour gagner de l’argent sur le dos d’un pays détruit. Nous voulons que la spéculation sur le peuple grec cesse.

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 09:23
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 05:28

 

Sur Cdurable.info : une vidéo enquête diffusée par TV FR3 : Du poison dans l'eau du robinet

 

(Sels d'aluminium, pesticides, atrazines, radon, médicaments... donnent du corps à ce que nous buvons.

 

 

http://cdurable.info/Du-poison-dans-l-eau-du-robinet-France-3,2528.html



 

Sur Agoravox : Pesticides, nitrates : ces majax qui rendent l’eau du robinet potable:

 

http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/pesticides-nitrates-ces-majax-qui-111853 

 

 

 

 

Des compléments: 

 

http://www.contaminations-chimiques.info/?2012/03/01/801-distribution-deau-polluee-par-des-pesticides

 

http://www.generations-futures.fr/ 

 

 

 

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 05:18

 

 

Dans Télérama

http://www.telerama.fr/idees/presidentielle-j-51-la-campagne-vue-par-frederic-lordon,78502.php

 

Présidentielle J-51 : la campagne vue par Frédéric Lordon

Le 29 février 2012    -    Mis à jour le 2 mars 2012 à 18h33

Jusqu'au 1er tour tour de la présidentielle, Télérama.fr publie le journal de campagne de cent personnalités du monde culturel. Aujourd'hui, l'économiste Frédéric Lordon.

 

Gauche de gauche, gauche de droite


Par une déformation de lecture dont on ne sait plus ce qu’elle doit à une incompréhension feinte ou à la simple bêtise, les éditorialistes se sont plu à entendre une mention à la « gauche de la gauche » quand la tribune publiée il y a quatorze ans par Pierre Bourdieu en appelait, elle, à une « gauche de gauche » – formidable pouvoir des mots qui en deux signes à peine modifient du tout au tout le sens d’un propos. Il est vrai que les intérêts à ne pas comprendre étaient trop puissants pour que Bourdieu ait la moindre chance d’être entendu, qui n’avait aucune intention de disserter sur les mouvements (symptomatiquement) dits d’« extrême-gauche », et seulement celle d’appeler « la gauche » à être de gauche – si ça n’était pas trop demander.

Mais quelle « gauche » ? Bien sûr celle qui s’accroche au label comme à son dernier oripeau symbolique, héritière ayant depuis belle lurette dénoncé l’héritage, le parti socialiste au socialisme parti, mais maintenu dans ses titres de créance politique, comme un malade en phase terminale sous respirateur, par un univers médiatique confusément conscient d’avoir aussi à se sauver lui-même, et décidé à investir dans ce combat-là toute son autorité véridictionnelle – ceux des éditorialistes qui veulent continuer d’avoir l’air de gauche doivent donc réputer « de gauche » les politiques avec lesquels ils font peu ou prou cause commune.

C’est cette sorte de solidarité inavouée qui conduit Libération à titrer pleine page un énorme « De gauche » (1) au lendemain du discours de François Hollande au Bourget, implacable et désastreuse logique où passent à la fois l’ombre de la dénégation, le désir forcené de croire soi-même à ses propres énoncés et d’y trouver un semblant de réassurance, a contrario l’importune révélation d’un doute profond qui suit de devoir réaffirmer ce qui normalement devrait aller sans dire – et manifestement ne va pas de soi : quiconque éprouve-t-il le besoin d’informer que Sarkozy est « de droite » ? –, enfin l’espoir d’un résidu de pouvoir performatif par lequel les assertions éditoriales parviendraient encore à faire être ce qu’elles énoncent. Hélas, solidaires dans la certification mutuelle de leur identité « de gauche », éditorialistes et hiérarques « de la gauche » sont solidairement emportés lorsque, mentionnant « la gauche de la gauche », ils laissent maladroitement entendre ipso facto que « la gauche », leur « gauche », n’est finalement pas très de gauche.

Et le fait est qu’elle ne l’est pas beaucoup… supposé même qu’après deux décennies de conversions à tout, il y ait encore le moindre titre auquel elle le soit. Si pourtant l’on veut pouvoir soutenir d’une manière moins intuitive que « la gauche » manque jusqu’à la raison d’être tautologique qui devrait la faire être de gauche, encore faut-il se doter d’un critère de la gauche, mais d’un critère qui ne peut en aucun cas être celui des étiquettes ordinairement distribuées par les prescripteurs du débat public dont on sait qu’ils disent le parti socialiste « de gauche » comme on compte encore la puissance des voitures en « chevaux vapeur » : par habitude, inertie, paresse intellectuelle, et sans plus avoir le moindre sens des mots. Parfois l’appareil socialiste se souvient qu’il a encore la possibilité de payer en simples oblats verbaux – alors il dit « justice sociale » ou « inégalités » (il est contre). Mais que dit-il quand il est question de joindre le geste à la parole ? Si peu qui soit de nature à rapporter ces effets à leurs causes, et en fait rien à propos du cadre structurel qui les détermine vraiment. Car voilà ce qu’on pourrait dire à propos de la gauche, de la gauche de gauche : elle est un certain rapport au cadre.

Gauche/droite : une affaire de cadre

Mais quel cadre ? Celui que tous les « indifférenciateurs », ex-Fondation Saint Simon, actuelle République des idées, fondations Terra Nova ou Jean Jaurès, les unes jadis préposées au rapprochement de « la droite modérée et de la gauche intelligente » (ou l’inverse), les autres aujourd’hui précepteurs de la « gauche de gouvernement », ont promu depuis presque trois décennies pour en faire un impensé, en tout cas un inquestionnable du débat politique, le cadre à l’intérieur duquel sont autorisées à s’exprimer les seules différences légitimes, par là nécessairement secondes, et à l’extérieur duquel il n’y a plus que des questions inqualifiables, posées par des questionneurs disqualifiés, soit : le primat de la finance actionnariale, le libre-échange, l’orthodoxie de politique économique sous surveillance des marchés financiers, c’est-à-dire synthétiquement… la construction européenne de Maastricht-Lisbonne !

Or pour qui cherche vraiment le fin mot des inégalités et des formidables régressions imposées au salariat, c’est bien dans ce triangle qu’il faut chercher :

1) la contrainte actionnariale telle qu’elle impose des objectifs de rentabilité financière dont les masses salariales sont la variable d’ajustement (contrainte actionnariale qui n’est certes pas directement promue par le traité européen… mais contre laquelle on ne lutterait qu’au prix d’une suspension de son article 63 interdisant toute entrave aux mouvements de capitaux (2) ;

2) le libre-échange dont les principes de concurrence non distordue imposent les pires concurrences distordues (avec des pays dont les standards sociaux et environnementaux sont pour l’heure sans rapport possible avec les nôtres) ;

3) un modèle de politique économique quasi constitutionnalisé par le traité européen qui organise délibérément sa propre tutelle par les marchés financiers (l’article 63 encore) et consacre la prééminence des créanciers internationaux au point d’en faire les nouveaux ayant-droit prioritaires des politiques publiques : leurs demandes d’austérité passeront avant toutes les autres, et notamment celles des corps sociaux.

Il n’est pas inexact de dire parfois qu’« il n’y a pas alternative », mais à la condition – hors laquelle le fait d’escroquerie intellectuelle est constitué – d’ajouter aussitôt qu’une proposition de ce genre n’a de validité qu’à l’intérieur d’un certain cadre, et sous la prémisse implicite de ne pas toucher à ce cadre. Or si dans le « certain cadre » il n’y a pas d’autre solution possible, il y a néanmoins toujours la solution de sortir du cadre. Et de le refaire. Les choses deviennent alors étrangement simples sous cette perspective : être de gauche, c’est être prêt à attaquer le cadre. Si la gauche de gauche est un certain rapport au cadre, alors voilà quel il est : de liberté et de souveraineté.

 

L’éternel retour du refoulé européen


Le cadre actuel est parfaitement visible et connu de tous. C’est le cadre européen de Maastricht-Lisbonne. La question – décisive – est alors la suivante : qu’a donc à dire à propos de ce cadre le candidat estampillé « de gauche » par le journal « de gauche »Libération ? Par une de ces infortunes qui ruinent les plus belles promesses, François Hollande doit faire campagne alors que les parlements délibèrent du MES (Mécanisme européen de stabilité) et du TSCG (Traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance), soit deux dispositions qui, bien malencontreusement, viennent rappeler la chose que toutes les campagnes présidentielles passées, par là réduites à l’insignifiance, s’étaient efforcées de faire oublier : il y a ce cadre et nous sommes dedans… Et comble de malheur, ces deux traités, aussi peu respectueux des embarras que des calendriers de « la gauche » française, n’ont pas d’autre objectif que de le resserrer et de le durcir, mais à un point inimaginable.

Responsable du pôle « Europe » dans l’équipe du candidat « socialiste », Christophe Carèsche dit à voix haute et intelligible sa terreur de voir « ressusciter le débat sur l’Europe de 2005 » (3). Ca n’est pas la chose elle-même – le cadre – qui lui fait peur, c’est qu’on doive en parler. C’est que les stratégies de l’évitement et de l’escamotage n’ont qu’un temps… et, fatalité sans doute analogue à celle du refoulé, les débats dérobés sont simplement condamnés à l’éternel retour. C’est en tout cas à ce genre de refus, refus de tout ce qui pourrait conduire à devoir prendre position sur le cadre, que s’exprime le mieux le désir profond de n’en rien toucher, et l’on en vient à se demander quels degrés de destruction sociale les austérités européennes devront atteindre, quelles quantités de chômeurs, de pauvres dans les rues, quelles régressions sociales et sanitaires il faudra connaître pour qu’un jour le parti socialiste se décide à considérer qu’il y a un problème avec cette Europe.

À l’évidence, ces seuils sont encore très loin et, pour l’heure, les hommes du candidat n’ont trouvé à dire que leur inquiétude… de l’inquiétude des investisseurs : « Il (François Hollande) est plutôt hostile à un défaut qui risque d’augmenter la défiance des investisseurs » (Jérôme Cahuzac) ; « On peut dire que baisser le Smic n’est pas la solution pour résoudre la question de la dette, mais aller au-delà c’est prendre le risque que la Grèce ne trouve les relais de financement » (Karine Berger, économiste de l’équipe de campagne) (4). L’idée qu’il pourrait être temps d’envisager de soustraire le financement des déficits à l’emprise exclusive des marchés de capitaux ? Elle ne leur traverse pas l’esprit un instant. Il est vrai que c’est là le genre de proposition qui a pour effet de « ressusciter les débats » qu’on voudrait morts – dit plus précisément : de s’en prendre au principe cardinal du modèle européen de politique économique, alias commencer à sérieusement craquer le cadre.


Mais il y a beau temps que, dans une démonstration d’expiation sans fin du péché de 1981, l’équipe socialiste s’est installée dans la position du magistère orthodoxe, faisant assaut d’hypercorrection, donnant la leçon à la droite incapable de garder le triple A, se faisant forte, elle, de le reconquérir, sans qu’un seul instant lui vienne à l’idée que ce critère, qui enferme à soi seul l’empire de la finance sur les politiques souveraines, est la métonymie de ce qu’il faut détruire et non de ce qu’il faut servir.

Entre flou artistique et aviron dans la semoule, le candidat fait savoir qu’il renégociera les traités, au moins le TSCG. Un autre journal de « la gauche », Le Monde (?), conclut à ce propos que « M. Hollande ne doute pas de sa capacité, une fois élu, à infléchir le cours des choses ». Le problème c’est que nous si. Et avec quelques bonnes raisons. Il s’est trouvé fort peu de personnes, en tout cas dans cette presse, pour rappeler qu’en 1997, M. Jospin pendant la campagne des législatives avait juré ses grands dieux qu’il ne ratifierait pas le traité d’Amsterdam sauf trois conditions impératives – un gouvernement économique pour compenser le poids de la BCE indépendante, un rééquilibrage de la future parité de l’euro, une renégociation du « pacte de stabilité » –, trois conditions évanouies en à peine deux semaines de gouvernement...

C’est que la liste est si longue des renoncements, des conversions et des trahisons de « la gauche » qui n’est pas de gauche, la gauche de droite, en tout cas d’après ce criterium simple : être de droite, c’est vouloir ne pas changer le cadre ; être de gauche, c’est vouloir le transformer – et même 75% de taux supérieur d’imposition ne qualifient pas à être de gauche, qui ne font que réparer à la marge les dégâts d’inégalité à l’intérieur du cadre, inaltéré.


« Gauche et droite, ça ne veut plus rien dire » pontifient les experts de plateau – ânerie monumentale, adéquate au dévoiement général des mots, mais vérité pénible si l’on s’en tient à la chose qu’ils ont décidé d’étiqueter « la gauche ». Même Nicolas Sarkozy finit par s’y tromper qui dans sa déclaration de candidature dit « la droite comme la gauche » avant de se reprendre « la droite contre la gauche ». Il est vrai que lorsqu’on a chaleureusement accueilli Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, commandé rapport à Jacques Attali et loupé de peu Manuel Valls, il y a de quoi s’y perdre soi-même – on notera en passant avec quel talent les trois renégats s’en sont retournés au bercail « socialiste » où ils ont d’ailleurs aussitôt retrouvé le gîte et le couvert.

 
Tiens, en passant, c’est le même Jean-Pierre Jouyet qui avertit sans ciller début janvier que « la campagne va être sous surveillance de la finance » Et ? Et… rien. Pas de problème particulier. La finance des marchés obligataires a déjà bien en main le pouvoir de conformer les politiques économiques selon ses intérêts exclusifs, Jean-Pierre Jouyet trouve donc simplement logique que la campagne doive se montrer respectueuse, c’est vraiment la moindre des évidences, du cadre où elle nous tient. Contester le cadre ? Mais quelle idée !


Il fallait donc une crédulité enfantine ou bien le goût du frisson pour vibrer avec François Hollande désignant la finance, son ennemie sans visage. Mais comme jadis Lionel Jospin – quoique cette fois-ci avant même l’élection ! – la paix a été faite avec « l’ennemie » à peine la guerre déclarée ; et le passage-éclair de François Hollande à Londres pour rassurer la City quant à l’innocuité de ses intentions réelles, rendre hommage à Tony Blair et écarter lui-même l’hypothèse – extravagante – qu’il pourrait être un « idéologue de gauche » (5), restera sans doute dans l’histoire de « la gauche » comme l’un de ces moments de reniement et d’apostasie dont se nourrissent la Grande Indifférenciation, l’idée que « gauche » et « droite » ne veulent plus rien dire, fausse en général mais vraie dans le cas présent, et, à la fin des fins, un FN à 20%, lui bien décidé à profiter de la confusion des semblables pour recréer des différences.



Espoirs et désespoirs d’une critique de gauche en période électorale


Il faut sans doute reconnaître que ça n’était pas une idée bien fameuse de s’engager à écrire cette tribune à ce moment de la campagne où typiquement il devient impossible de dire quoi que ce soit qui puisse dominer l’intensité des (légitimes) angoisses d’une réélection de Sarkozy, et où toute critique du candidat « de gauche » est immanquablement reçue comme « faisant le jeu » de l’adversaire de droite. De la même manière qu’il serait opportun de purger le débat économique du mot « réforme », il faudra pourtant bien un jour débarrasser le débat politique de « faire le jeu », cette objection-écran bien faite pour ne jamais poser les problèmes – envisager la démondialisation, par exemple, c’est « faire le jeu du FN »…


Car après tout il y a deux manières de faire face à la situation présidentielle : la première qui, d’angoisse incoercible, ne s’accorde plus la moindre liberté électorale et s’enferme avec acharnement dans le discours du « vote utile », négation du principe même d’un scrutin à deux tours !, mais désormais portée à un tel point d’affolement qu’elle en vient à contaminer jusqu’aux primaires : soit quatre tours de scrutin, mais surtout voter utile dès le tout premier ! Rousseau avait déjà souligné, à l’endroit du peuple anglais, l’illusion qui consiste à se croire politiquement libre quand on n’a la parole qu’à l’occasion du vote, avec prière de retourner au silence de la passivité pour les cinq ans qui suivent. Mais qu’aurait-il pensé de cet argument du « vote utile » qui demande en plus d’aliéner cette « liberté » dès les tours de scrutin où elle pourrait être exprimée ?


On dira que la manière inverse ne mène pas bien loin et qu’elle n’a pour elle qu’un mouvement d’humeur : celui qui n’en peut plus de la prise d’otages par laquelle le parti socialiste ne s’efforce même plus d’ajouter le moindre argument substantiel à la simple phobie anti-droite – habitude maintenant contractée de longue date, mais qui se souvient du slogan exhaustif de sa campagne pour les législatives de 1986 « Au secours, la droite revient ! » ? Mouvement d’humeur cependant qui a au moins la vertu de rappeler en quoi consiste vraiment la différence droite-gauche, et aussi de faire faire son chemin à l’idée que pour se débarrasser de la prise d’otages il faut se débarrasser des structures qui arment la prise d’otages – en l’occurrence le scrutin présidentiel même, qu’il est temps d’envoyer aux poubelles de l’histoire.


Et puis l’on entendra inévitablement, d’exaspération et de panique mêlés, les rappels au front uni, à la hauteur des enjeux et à l’irresponsabilité de dénoncer la « gauche de droite », qui plus est « à ce moment là », plutôt que de réserver ses traits à la droite tout court (qui n’est pas de gauche). Mais que la droite soit, elle, conforme à son concept, il n’y pas grand-chose à y objecter, juste à la combattre – mais en étant de gauche. C’est que « la gauche » devienne de droite l’anomalie qui crève les yeux et – paradoxe oculaire – finit par se voir. Il faut donc prendre au pied de la lettre les inquiets qui ne jurent que par le salut de « la gauche » : ils veulent réserver la critique à la droite ? C’est parfait : c’est toute la droite-du-cadre, et elle seulement, qui y aura droit.


Hollande, Obama… Roosevelt

Alors oui, il est probablement sans espoir de rappeler aujourd’hui que la droite modérée, c’est-à-dire le parti socialiste, rend toujours aussi actuel l’appel à « une gauche de gauche », cette pathétique supplication pour que la gauche soit de gauche. Mais qu’est-il permis d’attendre du débat politique un 2 mars, à deux mois du scrutin ? À peu près autant que d’un avertissement aux prévisibles désillusions d’une présidence Obama qui aurait été formulé en octobre 2008... Obama dont précisément François Hollande déclare qu’il « pourrait avoir les mêmes conseillers que lui ».


Heureuse référence, mêlée d’un touchant accès de candeur, par laquelle Hollande nous laisse entrevoir en quelques mots ce qu’il est raisonnable d’espérer de son éventuelle présidence, à savoir rien – comprendre rien de significatif si l’on entend par là de s’en prendre vraiment, c’est-à-dire autrement qu’en mots, aux causes structurelles qui déterminent les plaies contre lesquelles on prétend vouloir lutter : chômage, inégalités, précarité, souffrance salariale, régression de l’Etat social, etc.


C’est que le bilan d’Obama ne plaide pas exactement pour qu’on s’en fasse un blason : qu’en reste-t-il si l’on met de côté la réforme de la sécurité sociale propre au contexte étasunien ? On attendait d’un président démocrate arrivant au pouvoir avec une opportunité historique en or, deux mois après la faillite de Lehman, qu’il brise les reins de la finance – mais la loi de régulation financière (Dodd Frank Act) est un ventre mou offert à tous les contournements et à toutes les éviscérations par le lobby de l’industrie financière, sinistre préfiguration de l’ersatz hollandais qui désigne peut-être un ennemi sans visage mais se prépare à l’affronter sans mains.

La finance déréglementée peut donc avoir mené le monde au bord du chaos et il ne se trouve nulle part aucune volonté politique pour l’arraisonner vraiment (6). C’est que l’on ne crée pas d’espace de régulation financière sérieuse sans revenir sur le dogme de la parfaite liberté de mouvement des capitaux, c’est-à-dire sans ajouter des restrictions et des protections capables de rendre viable la dénivellation réglementaire avec un extérieur faisant le choix de demeurer dérégulé (ou faiblement régulé)… donc sans devoir passer sur le corps de l’article 63 du traité de Lisbonne – encore...


Mais quelle est exactement cette « gauche » dont il ne se trouve aucun leader capable d’une parole à la hauteur de la situation au moment même où le capitalisme convulse ! La référence à Obama qui se voulait avantageuse est en fait tragique. Car ceux qui attendaient du président étasunien un nouveau Roosevelt, confronté à une crise historique en effet semblable à celle des années 30, en ont été rapidement pour leurs frais. Le séisme n’a donc pas encore été suffisamment important pour que cette « gauche » passée à la Javel soit de nouveau capable d’apercevoir que le capital libéré de tout détruit la société, qu’il y a des classes, que ces classes sont en lutte, qu’il lui appartient, normalement, dans cette lutte, de prendre parti.


Mais Obama, effrayé par ses premières audaces (?), n’a rien eu de plus pressé que de cajoler à nouveau Corporate America, de l’assurer de sa fidélité, et finalement d’épouser ostensiblement sa cause ; n’a-t-il pas d’ailleurs nommé Jeffrey Immelt, président de General Electric et sorte de parangon du grand capital, à la tête de son Groupe de conseillers économiques (Economic Advisory Panel) ? – la voix de son maître…


En 1936, au Madison Square Garden, en campagne pour sa ré-élection, Roosevelt, confronté aux forces réactionnaires du capital, arc-boutées dans la préservation de toutes leurs licences, Roosevelt, donc, fait de la politique à la hauteur de l’histoire : « Nous avons à lutter contre les vieux ennemis de la paix – le business et les monopoles financiers, la spéculation, les banques déchaînées (…) Ceux-là ont commencé à faire du gouvernement des Etats-Unis une simple dépendance de leurs affaires (…) Jamais dans notre histoire ces forces n’ont été liguées comme aujourd’hui contre un candidat. Elles sont unanimes dans la haine qu’elles me portent – et j’accueille cette haine avec plaisir. » On se prend à rêver d’un candidat socialiste qui n’aurait pas oublié le sens du mot socialiste, et qui se ferait un honneur de défier les forces de l’argent, d’entrer en guerre ouverte contre elles, et de s’en faire détester. On se réveille, et l’on sait dans l’instant que l’époque contemporaine attendra encore un moment son Roosevelt.

 

Frédéric Lordon est directeur de recherche au CNRS. Il a récemment publié D'un retournement l'autre, comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes et en alexandrins (Seuil, 2011) ; Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza (La Fabrique 2010). Il tient également le blog du Monde Diplomatique La pompe à phynance .

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 17:40
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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 06:29


lu sur le blog de Simon Ulrich : link
Repris sur Agoravox

Publié le février 2, 2012 par simonulrich

 

Hier, sagement assis dans un pub écossais, je parcourais le magique « La promesse de l’aube » de Romain Gary. Autobiographie sublime d’un homme traumatisé par la quête d’une inaccessible « 7e balle ». Toute sa vie, il a cherché à jongler avec cette boule supplémentaire. Maitre à six, il voulait devenir roi avec cette septième balle, cette balle fantasmée, rêvé, adoré. Jamais Romain ne réussit à la rattraper. Elle lui échappait inéluctablement de ses mains. La perfection semblait s’enfuir plus loin à chaque nouvelle tentative. De cette course poursuite d’une chimère insaisissable, il en sortait toujours attristé, traumatisé, brisé par cet échec à l’arôme écoeurant d’éternité. L’humain ne pouvait donc jamais revendiquer sa place à l’Olympe. L’allégorie ici du chef d’oeuvre parfait, cette septième balle pour lui, je me suis demandé s’il était possible de la transposer à l’histoire humaine. Si notre socialisme, notre idéal de solidarité et de paix, cette coopération universelle et infinie de l’humain, notre « septième balle » à nous ne devaient pas finalement, à chaque fois, s’échapper de nos mains tremblantes et venir finir sa chute au sol. La résonance du choc sonnant alors les carillons d’une dernière messe.

 

Mais il me venait alors à l’esprit qu’une balle qui chute, rebondit et nous laisse ainsi une nouvelle chance de la saisir. Le geste est alors plus beau que la simple saisie en l’air. En continuant de jongler, en allant rattraper cette septième balle, nous montrons alors une dextérité, une volonté, une foi d’une telle puissance qu’elle vient perturber le cours linéaire de l’Histoire et bat un nouveau rythme bien plus harmonieux.

 

Bien trop souvent, nous avons été maladroits et nous avons laissé la balle du socialisme nous échappé. À chaque échec, à chaque chute, je crois que ce qui nous a paralysé les mains, c’est que nous avons perdu ce qui les irriguait et qui les rendait si fermes. Le sang de notre combat, ce que notre coeur propulse dans tous les capillaires de notre corps, c’est cette croyance en l’humain, en son égalité, en sa capacité d’être créateur, dit autrement, en ses dons de jongleurs. Dès lors que nous avons négligé cette idée, nos doigts se sont paralysés, asphyxié qu’ils étaient, et la balle ne pouvait qu’embrasser une nouvelle fois le sol.

 

Je vais tenter de tracer rapidement l’histoire de ces échecs pour mieux vous faire comprendre, comment et pourquoi, avec le Front de Gauche, nous saurons rattraper la balle et garder des doigts vifs et forts pour dessiner les traits de ce Nouveau Monde.

 

Et puis vu que je suis l’auteur, je vais me contenter d’évoquer l’histoire du socialisme en France en partant de la révolution. Vive l’imperium du clavier !

 

Le peuple français, avec la grande révolution de 1789, ouvrit, selon moi et pour beaucoup de camarades, une page nouvelle de l’histoire de l’humanité. Un chapitre dont il nous revient d’écrire les dernières pages.

 

La beauté de ce moment historique, ce qui en fait l’un des moments fondateurs du socialisme, c’est que les révolutionnaires français n’ont pas commencé une révolution pour eux, pour leurs intérêts, pour qu’une nation. Ils se sont élevés et inscrits dans un cadre universel. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fut rédigée pour atteindre et défendre chaque homme et femme sur terre. Cette hauteur s’est confirmée par la nationalisation de tous les locaux. Le droit du sol venant couronner l’égalité. Les révolutionnaires faisaient « France de tous bois », car l’avenir leur paraissait plus important que le passé.

 

Mais la division interne entre fractions révolutionnaires, la frilosité de suivre les enragés, d’écouter Babeuf, l’oublie de la valeur de la vie humaine résumée pourtant dans la devise robespierriste « Liberté, Égalité, Fraternité » — même si le pays était en guerre à l’extérieur et à l’intérieur — suffirent à éteindre une flamme qui s’apprêtait à consumer le monde. En continuant pourtant le chemin qu’ils s’étaient tracés, les révolutionnaires n’auraient jamais connu de 9 Termidor et « les ventres dorés » seraient rentrés honteusement pour une dernière fois dans leurs demeures.

 

En 1848, lors d’une nouvelle révolution, là encore, la peur, l’oubli de l’humain brisèrent un mouvement qui pouvait conduire au socialisme. Au lieu d’écouter les revendications des ouvriers parisiens qui ont fait cette révolution. Thiers ordonna sous le soleil de juin « qu’on les fusille ». Le sang permet la vie. Mais lorsqu’il vient à couler sous les coups de l’homme, il en nie l’humanité. Thiers et ses amis, lors de ses journées, ne s’étaient pas seulement offert « la paix pour une génération ». Ils s’étaient « évités » la première grande tentative de coopération ouvrière dans ce qu’on appela alors les ateliers d’états.

 

La commune de paris, que mon ami Nathanael connait si bien et surement mieux que moi, fut l’un des épisodes de l’histoire où Socialisme et Réalité furent si proches qu’ils auraient pu entamer une valse. Les premiers jours de la commune avaient tout l’air du vol gracieux de notre septième balle. La séparation de l’église et de l’état, le blocage des loyers, l’accès gratuit au service public, la préemption des ateliers par les ouvriers, l’interdiction du travail pour les enfants, tout semblait aller de soit. Il nous fallut parfois plus d’un siècle pour reconquérir ce qu’ils leur avaient pris que quelques heures pour rédiger et décréter.

 

Mais Thiers et les versaillais rodaient. Face à ces ennemies, les communards se séparaient et perdurent de vu l’humain. En convoquant un nouveau Comité de salut public et en négligeant la valeur de l’homme en acceptant de fusiller quelques otages, ils permirent au poison de la division de s’infiltrer. Thiers n’avait plus qu’à envoyer ses troupes. La semaine sanglante marquera à jamais notre histoire. La terre de Paris est gorgée de ce sang de nos 20 000 glorieux aïeux.

 

N’oublions pas le sacré coeur est une provocation à ce passé. Il prend place pour cacher « notre butte rouge ». Qu’ils sachent, nous préférerons pour toujours nous recueillir au mur des Fédérés au son de quelques merles moqueurs venant chanter sur un air de « temps des cerises ».

 

Encore en 1914, l’oublie par les sociaux-démocrates allemands et par les socialistes français de l’humain, de ce qui justifie notre engagement et notre combat au quotidien, nous a couté dans les tranchées tant de force qu’il a rendu impossible la mise en place rapide du socialisme. Échec qui fut assurément le ferment des partis de la haine et des guerres qu’ils déclenchèrent et qu’ils n’hésiteront pas à déclencher si un jour ils réapparaissent au pouvoir.

 

C’est aussi en abandonnant notre idéal d’humanité et la solidarité, en négligeant l’aspect internationaliste de notre combat que le Front Populaire a péché. Il a lui aussi laissé s’échapper la balle. Par le choix de la non-intervention, Blum rentra en contradictions avec ses convictions humanistes. Cet abandon de nos camarades espagnols nous couta cher. J’en perçois encore un gout amer dans ma bouche. Pourtant je n’en suis aucunement responsable.

 

Plus près de nous, le 10 mai 1981, les Français en élisant François Mitterrand faisaient le choix de la construction du « socialisme à la française ». Ils étaient prêts à « changer la vie ». De grandes avancés sociales furent décidées. Nous étions proches et d’attaques. Mais en 1983, face aux difficultés monétaires, nos doigts tremblèrent à nouveau. En préférant le pari pascalien de la construction européenne, nous abandonnions temporairement l’humain et notre idéal socialiste. La balle tomba avant même qu’il nous fût permis de la ressaisir. À croire que nous étions maudits.

 

Nous avions tout pour être désespérés. Serions-nous destinés collectivement à échouer comme Romain ?

 

Je crois que non. Nous avons la capacité de rattraper la balle lorsqu’elle rebondit. Pour cela, il ne faut plus commettre les erreurs d’hier. Nous devons être affamés dans nos ambitions. C’est en voulant toujours plus que l’humain réussit à aller encore plus loin. Être affamée et jamais rassasiée, c’est là que se trouve la force et la vitalité de notre combat.

 

C’est dans la fidélité à nos idées qu’elles trouveront cette vibration nécessaire à leur émergence.

Si je suis si optimiste dans la réussite du Front de Gauche là où tant d’illustres ont échoué c’est que nous basons notre combat sur l’humain. «L’humain d’abord» c’est le titre et la justification de notre programme. Cette croyance ne nous quitte pas. Elle vit en nous. L’humain n’est plus un but, mais un moyen et un catalyseur. Nous ne voulons plus le froisser ou le négliger. À chaque difficulté, nous avons déjà décidé d’en faire la solution. Finalement, quand on y pense, il ne suffisait à Romain Gary comme à nous autres de ne faire qu’un pas en avant pour rattraper cette septième balle.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 15:43



Très intéressant

Impossible de vous filer le lien de Libé. Aussi, sur Google tapez : « La saison des tempêtes vient d’éclater sur la France ».

Même procédure pour : « dans un café de Ménilmontant, c’est soirée télé Mélenchon»
Exergue

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 06:03
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