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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 09:16

C’est ce que disent également aux français le thatchérien F. Fillon et l’autre néoconservateur, de sinistre mémoire, A. Juppé : ‘nous vivons au dessus de nos moyens’ ; le nous s’appliquant à nous tandis qu’eux s’exemptent de cette prescription .

Dans quelques mois nous allons voter, certains se laissent griser par le discours, pour l’instant tout théorique, de ces deux énergumènes, qu'ils regarden ce qui se passe en Grèce pour avoir un avant goût de ce qui les attend, ceci sans intervention du bon docteur Schaüble tant Fillon et Juppé sont en phase avec lui. Et s’il leur reste un doute, qu'ils aillent voir le film de Ken Loach : Moi, Daniel Blake, assez démonstratif de la réalité qui leur pend au nez.

Exergue

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Source : https://unitepopulaire-fr.org/2016/11/20/les-grecs-vivent-au-dessus-de-leurs-moyens/

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Dr SCHAÜBLE PROVOQUE A NOUVEAU LE PEUPLE GREC ET ANNONCE UNE NOUVELLE VAGUE D’AUSTERITE SEVERE

Le ministre allemand de l’Economie, Wolfgang Schaüble, s’est surpassé dans la provocation : au cours d’un Congrès de banques vendredi dernier à Francfort, il a affirmé – pour le dénoncer – que « les Grecs vivent au-dessus de leurs moyens. Ils bénéficient de prestations sociales et de pensions hors de proportion avec  leur revenu intérieur brut – et même supérieures à celles qui existent en Allemagne ( !) ».

Il a aussi répété que « la Grèce n’a pas de problème pour assurer le service de la dette au cours de la décennie prochaine », selon Reuters. Il a à nouveau émis l’opinion qu’un allègement de la dette grecque freinerait la mise en oeuvre des réformes.

Selon lui, la Grèce ne réalise pas les réformes nécessaires au développement du pays dans plusieurs domaines : les services publics, la question du travail et la réglementation du marché intérieur.

Il s’agit là du troisième « Non » du ministre allemand aux demandes de la Grèce concernant la dette, formulées après la visite du président américain sortant Obama à Athènes.

« Ceux qui parlent aujourd’hui d’allègement de la dette grecque découragent ceux qui veulent des réformes » a déclaré jeudi  Schaüble à Vienne. Il avait soutenu la veille, dans une interview au journal  Passauer Neue, que la discussion concernant l’allègement de la dette porte tort à la Grèce. « Celui qui dit : « Nous allons diminuer ta dette » fait du mal à la Grèce », a-t-il  déclaré en vue de la réunion critique de l’Eurogroup prévue le 5 décembre.

Au cours d’une intervention précédente, Schaüble avait soutenu que le problème du pays n’était pas la dette, mais le manque de compétitivité et avait souligné que l’allègement du fardeau ne ferait que diminuer la volonté de réformes. Il insiste pour le report de toute discussion à ce sujet à la fin de la réalisation du programme : « Si nous en parlons maintenant, cela amoindrira la disposition du gouvernement à réformer ».

ANNONCE D’UNE NOUVELLE VAGUE D’AUSTERITE EN GRECE

Ces déclarations provocantes de Schaüble ne sont pas seulement révélatrices du mépris profond qu’il a pour un peuple et pour un pays où tous les mémorandums qu’il a imposés ont échoué, un pays où règne depuis presque 9 années consécutives une très grave récession et une austérité d’une sauvagerie jamais vue.

Elles viennent à point pour montrer le ridicule de l’Obamania qui avait envahi la Grèce de la soumission volontairement : les paroles d’Obama concernant la dette se sont révélées un simple exercice de relations publiques, qui a été totalement ignoré en Allemagne. Surtout, ces déclarations sont l’annonce d’une nouvelle vague de coupes brutales dans les salaires, les retraites et les dépenses publiques, puisque selon Schaüble les Grecs reçoivent des prestations supérieures à ce qu’ils produisent, et même comparativement supérieures à celles que reçoivent les Allemands !

Ces prises de position ridiculisent aussi le gouvernement et toute la classe politique volontairement soumise aux mémorandums : Schaüble indique ainsi, avec une incroyable arrogance, en véritable colonialiste, le programme de privations et d’appauvrissement que le personnel politique grec devra mettre en application par la suite pour le plus grand malheur du peuple grec.

Il se confirme une fois de plus que la Grèce ne peut rien attendre de « philhellènes » du genre d’Obama – ni des néocolonialistes allemands qui tentent de sauver un « européanisme » antisocial et une « mondialisation » de brigandage et de guerre.

La Grèce peut et doit se redresser, avec une stratégie nationale de reconstruction et de justice, en réponse aussi bien au bloc néolibéral des mémorandums qu’à l’offensive réactionnaire des néo-conservateurs.

Source iskra.gr

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 16:50

‘Pecunia non olet. Qu’il procède du dépeçage de la Grèce, provienne du sort inhumain fait à un peuple, suce le sang des grecs, réduise un état statutairement européen au sort de colonie de l’intérieur, qu’importe : pecunia  non olet. L’argent n’a pas d’odeur.

A la curée, le gouvernement français, celui dont la porte parole du P(s) dit qu’il peut être ‘fier’ de son ‘bon bilan’, propose comme officiants ses hauts fonctionnaires.

Privatiser. Que les services, les biens soient vendus à des intérêts privés. Qu’il ne reste rien. Que la Grèce n’appartienne plus aux grecs. Telle est la position du gouvernement français.

Et ce qui vaut pour la Grèce vaut également pour la France. Beau bilan !

 Exergue

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Source :  https://unitepopulaire-fr.org/2016/11/01/grece-la-france-place-ses-hauts-fonctionnaires-pour-mieux-profiter-des-privatisations/

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C’est un haut fonctionnaire français, inspecteur général des Finances, Jacques Le Pape, qui présidera au programme de privatisations de propriétés et d’entreprises publiques imposé à la Grèce.

Malgré les appels des syndicats et de millions de citoyens grecs, le Parlement du pays a acté fin septembre la relance de ce processus, dans le cadre de son nouvel accord avec ses créanciers européens. Pour chapeauter l’agence de privatisation Taiped, sera créée une nouvelle entité appelée Superfund, avec un conseil composé de trois Grecs et deux Européens. « Les représentants de l’UE auront un pouvoir de veto sur les décisions du Superfund pour 99 ans, ce qui revient à placer de fait les services et les biens publics grecs sous le contrôle de la Troïka et d’intérêts établis pour tout un siècle », dénonce la Fédération syndicale internationale des services publics ISP.

Celle-ci attire notamment l’attention sur la situation des services d’eau d’Athènes et de Thessalonique, depuis longtemps convoités par Suez (lire notre enquête). La privatisation totale initialement envisagée à été bloquée par un arrêt de la Cour suprême grecque. Les Européens cherchent à contourner ce verdict en ne cédant que 49 % des deux entreprises concernées au secteur privé. Cela n’empêchera pas un prestataire comme Suez de contrôler les services et leurs flux financiers (voir en bas de cet article un film en anglais réalisé par l’ISP pour sensibiliser sur les nouveaux risques de privatisation de l’eau en Grèce).

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Diplomatie intéressée

Ancien du cabinet de Christine Lagarde et d’Air France, Jacques Le Pape n’est pas le seul haut fonctionnaire français issu de Bercy à occuper une place stratégique dans le processus de privatisation grec. Philippe Boin, de la direction du Trésor, siège à la fois au conseil d’administration de l’agence de privatisation Taiped, au nom de l’UE, et au service économique de l’ambassade de France en Grèce, où il est chargé… de promouvoir les intérêts des entreprises hexagonales. Un beau conflit d’intérêt !

Le gouvernement français, qui aime à se présenter comme un ami de la Grèce, paraît surtout préoccupé de tirer le meilleur profit des futures privatisations. Outre Suez, de nombreuses autres firmes françaises ont fait part de leur intérêt pour les secteurs privatisables, comme EDF (électricité), Vinci (aéroports et autoroutes), La Poste (services postaux) ou encore Alstom (rail). Leurs dirigeants accompagnent régulièrement François Hollande lors de ses déplacements en Grèce.

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Conquérants bienveillants ?

Avant d’être en poste à Athènes, Philippe Boin, rattaché à la direction du Trésor, officiait au service économique de l’ambassade de France en Roumanie. Il y a ardemment défendu les intérêts des multinationales françaises, qu’il a qualifié de « conquérants, au bon sens du terme ». On rappellera que la capitale roumaine Bucarest a privatisé son service de l’eau au profit de Veolia, dont la filiale locale est aujourd’hui au cœur d’une retentissante affaire de corruption (voir ici). GDF Suez (aujourd’hui Engie) avait également obtenu des marchés lucratifs dans le pays.

Depuis le début, le processus de privatisation imposé à la Grèce par ses créanciers a été entaché de nombreux scandales de corruption et de conflits d’intérêts, qui ont poussé plusieurs des responsables de l’agence Taiped à la démission. Des problèmes que l’on retrouve quasi systématiquement dans les processus de privatisation (lire notre article Le petit monde des banquiers, avocats et auditeurs qui profitent des privatisations en Europe). Nos nouveaux « conquérants » français feront-il mieux ?

 

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 04:33

Un peuple ne meurt que s’il consent à mourir.

Partout en Europe la résistance populaire grandit, s’organise. Partout.

Il est à prévoir qu’avant d’être terrassés, car ils vont l’être, les oligarques libéraux européens vont surenchérir dans l’agressivité, le durcissement de leur positionnement, les coups tordus, le prochain peut-être étant de s’asseoir sur le Brexit comme ils l’ont fait jadis en quelques lieux sur le ‘non’ au TCE, ce n’est là que comportement comme il en est de celui des bêtes averties de leur mort prochaine. Il se peut alors que la ‘caste des eurodictateurs’ ne laisse pas que des chemises dans l’aventure dans laquelle ils s’engagent, la mise à sac en France des locaux syndicaux augure d’un avenir noir. Quand on ne veut pas laisser la main au peuple, il la prend ; qu’on ne s’étonne pas de la manière à laquelle il est contraint !

Le Pasok a disparu. Le PSOE est en phase terminale. Le P(s) jette ses derniers feux en jouant à droite toute avec la loi El Khomri ; avant de crever, il aura fait le lit du FN. « Les derniers masques sont tombés. Nombreux en sont les exemples : le SPD allemand, Syriza après sa mutation et le parti socialiste français sont en première ligne pour imposer l’austérité, dans une entreprise abominable de redistribution des richesses produites au profit du capital ».

En Grèce, Tsipras papandréouisé, un instant étourdi d’avoir été assommé, le peuple se redresse.

Exergue

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https://unitepopulaire-fr.org/2016/06/30/discours-de-vangelis-goulas-pendant-la-conference-fondatrice-dunite-populaire-en-grece/

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Posted on 30 juin 2016 by Vangelis

Cher-e-s Camarades

Un an après les moments magnifiques que nous avons vécus lors du non du peuple grec au référendum, et après la tragédie qu’a été la trahison de la volonté populaire, nous nous trouvons ici pour bâtir sur des bases solides une proposition politique qui permettra au peuple grec de se libérer de l’étau des mémorandums, mais aussi pour se projeter au-delà, pour organiser la transition vers une société socialiste de notre temps.

Le non du peuple grec aux injonctions dictatoriales de l’Union Européenne est toujours d’actualité.

Parce que c’était la réponse du peuple grec, justement, et non celle des nouveaux tenants du thatchérisme qui prétendaient que, si on se montrait résolu à entrer en rupture avec les institutions européennes, ou bien les rapports de force se modifieraient en Europe- et la Grèce échapperait au joug des mémorandums-, ou bien ils pourraient changer grâce au pseudo-soutien des amis socialistes de Tsipras, qui imposent actuellement en France des mesures extrêmement réactionnaires.

Si quelque chose est en train de changer en ce moment dans l’union européenne, c’est le personnel dirigeant et ses collaborateurs locaux, la social-démocratie qui change de camp et passe à la réaction, alors que les chefs d’état ne sont plus rien d’autre que des gouverneurs coloniaux.

Et les derniers masques sont tombés. Nombreux en sont les exemples : le SPD allemand, Syriza après sa mutation et le parti socialiste français sont en première ligne pour imposer l’austérité, dans une entreprise abominable de redistribution des richesses produites au profit du capital.

Face à cette offensive sauvage le peuple réagit en tant qu’acteur. En première ligne du combat se trouvent les syndicats, mais d’autres mouvements nouveaux organisent la riposte de la société comme Nuit Debout en France.

La classe moyenne, brutalement prolétarisée, prend conscience que cette union européenne ne change pas, que l’euro et l’union européenne sont synonymes d’institutionnalisation du néolibéralisme et de consécration des politiques d’austérité.

Ils prennent conscience que nous nous trouvons confrontés à la fin d’une époque qui rend urgente la rupture avec un capital de plus en plus agressif, qui se sert de l’euro et des traités européens comme d’une machine de guerre.

Le peuple anglais l’a montré et au premier chef la classe ouvrière, isolée, de Grande Bretagne, lors du référendum, avec son formidable non à l’union européenne face aux pressions de toutes sortes exercées par la caste des eurodictateurs. Ce non n’était pas de gauche, mais il n’était certainement pas d’extrême-droite. Malgré les tentatives de récupération de l’extrême-droite. C’était clairement un non de classe. C’était le non des milliers de mineurs chômeurs et de leurs familles, que Thatcher a jeté à la rue au nom de l’intégration européenne.

Tous les sondages indépendants en Europe montrent ce changement d’opinion des gens. Malgré la sale campagne des médias, les peuples ne sont pas disposés à sacrifier leurs droits et leurs acquis sur l’autel de l’union européenne. C’est là que la gauche se doit d’intervenir avec un discours de classe clair.

La France a toujours été l’atelier de la politique sociale de l’Europe.

Actuellement la classe ouvrière française se trouve en première ligne du combat pour empêcher l’adoption en France des injonctions mémorandaires, anti ouvrières et antidémocratiques.

Depuis quatre mois se déroulent grèves et mobilisations contre une loi que désapprouve, dans une proportion écrasante, une majorité des citoyens.

Face à eux, une majorité pitoyable. Un gouvernement de représentants aux ordres du capital allemands et français qui s’efforcent de prendre la société en otage à coup de décrets. Comme ils ne sont pas parvenus à calomnier ni à épuiser la résistance des syndicats avec les chaines télévisées et leurs informations trafiquées, ils adoptent la violence pour réponse : répression des manifestations, menaces d’interdiction, un état policier qui, en collaboration avec les médias, exerce une contrainte intolérable sur la justice, qui procède à des emprisonnements de syndicalistes avec des peines pour l’exemple.

La bête blessée lorsqu’elle est acculée dans un coin devient de plus en plus agressive.

L’oligarchie des structures supranationales se trouve dans une impasse stratégique.

Mais pour que la classe ouvrière et ses mobilisations parviennent à vaincre, il leur faut un plan alternatif qui aura pour priorité immédiate un combat patriotique de classe inflexible, dont l’objectif sera la souveraineté populaire, un combat pour l’hégémonie de la classe ouvrière. Un projet alternatif que nous avons l’ambition, camarades, de voir sortir de cette conférence.

Un projet pour un grand renversement ouvrier et populaire des politiques mémorandaires pratiquées par l’oligarchie économique et le système politique qui les soutient, en rupture avec l’eurosystème.

Les maillons essentiels en sont l’abrogation des mémorandums et des conventions de prêts, la suspension des paiements -avec l’objectif d’annuler la dette, la nationalisation des banques et des entreprises stratégiques et leur mise en fonctionnement, la sortie de la prison monétaire de l’eurozone et l’affrontement global avec l’intégration européenne néolibérale.

Etant donné qu’à l’intérieur de l’UE il est impossible en pratique d’appliquer l’ensemble de notre programme de transition, il faut un référendum explicite contre le maintien dans une UE qui exclut toute perspective d’un changement progressiste

Parmi les tâches des organisations membres de LAE à l’étranger figure la poursuite d’un enrichissement réciproque grâce aux combats de tous les autres peuples européens. Dans la conjoncture politique actuelle, la victoire du mouvement ouvrier français qui se profile à l’horizon constituera un levier incitatif pour le peuple grec. « Il suffit à un peuple de décider qu’il n’est pas esclave pour qu’il soit déjà libre » disait Etienne de la Boétie. A nous de passer maintenant à la contre-attaque, pour une classe ouvrière souveraine dans une Grèce souveraine. Pour l’Europe des peuples libres, souverains et coopérant entre eux.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 11:09

« Souvent je me sens découragée parce qu’impuissante face à tant de malheur. Parfois même je suis tentée de me taire. Alors, je lis mes poètes. Leurs mots jamais ne s’oxydent à l’haleine du désespoir. Leur parole est politique et souvent prophétique. Et voilà que l’espoir revient comme « un chant de maquisard dans la forêt des aromates ». Angélique Ianatos

‘Comme un chant de maquisard’

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Source : https://unitepopulaire-fr.org/2016/05/29/il-etait-une-fois-un-pays-qui-sappelait-la-grece-par-petros-papakonstantinou/

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Pas de fin dans l’humiliation pour le gouvernement Tsipras après l’Eurogroupe

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Après avoir fait passer au parlement les projets sur les retraites, les impôts, la « cisaille* », le superfonds*, la remise des recettes publiques à la troïka* et toutes les autres mesures mémorandaires honteuses, le gouvernement Tsipras voulait croire que l’Eurogroupe de lundi lui offrirait une petite compensation, une récompense minimale, une petite bouffée d’oxygène, un petit effort quoi, en donnant son aval au versement attendu et à un allégement de la dette, même marginal. Mais une nouvelle fois il a été obligé de constater qu’il y a toujours un échelon supplémentaire sur l’échelle du malheur.

Le fameux allégement de la dette, à propos duquel Alexis Tsipras et son cercle éclairé avaient très tôt (avant de se faire élire) fondé leurs espoirs sur le FMI -c’est-à-dire sur Washington- est renvoyé à après 2018, comme l’os qu’on déplace toujours en avant pour faire courir les chiens affamés. Le véritable patron de l’Eurogroupe, Wolfgang Schaüble, a justifié le renvoi de la question aux calendes grecques en rappelant que l’Allemagne avait des élections dans l’année et que l’actuel gouvernement ne peut prendre des engagements pour le prochain sur un sujet aussi grave. Pendant ce temps, Tsipras, lui, peut prendre des engagements, non pas pour le prochain gouvernement, mais pour trois générations de grecs, nos enfants, nos petits-enfants et nos arrière-petits enfants, jusqu’en… 2025, en transférant sur leurs épaules le superfonds, véritable entité coloniale, qu’Herr Schaüble avait exigé en personne pendant la funeste nuit du 13 au 14 juillet 2016 !

Et pourtant cela ne leur a pas suffi. Ni la plus grande hypothèque sur la richesse publique de toute l’après-guerre, pire encore que celle des accords léonins de l’époque Peurifoy***. Ni l’abandon total aux mains de la Troïka des finances publiques par le biais d’une nouvelle « autorité indépendante » (du peuple grec et du parlement), c’est-à-dire d’un nouveau mécanisme de l’état parallèle européen. Schaüble et ses sous-fifres sont venus exiger de nouvelles mesures lourdes, condition pour que soient versées sous forme de… minitranches la tranche de versement promise de 10,3 milliards (dont la plus grande partie retourne de toute façon dans leurs caisses, puisqu’elle est destinée à rembourser la dette odieuse.)

A partir du moment où ils ont mesuré à quel point le bataillon des députés de Syriza était discipliné, leur appétit s’est réveillé et ils leur ont demandé de modifier en les aggravant les mesures qu’ils venaient de voter la veille, ajoutant l’humiliation à l’humiliation : une nouvelle détérioration de l’assurance sociale des agriculteurs, des petits commerçants, des professions scientifiques, l’annulation de l’engagement du ministère de ne pas revenir sur les versements de l’EKAS (Prestation de solidarité sociale pour les retraités NdT), garanties sur le contrôle absolu par la troïka de la gestion des banques, ainsi que de l’autorité des recettes publiques, mise en œuvre immédiate des privatisations de l’ancien aéroport Ellinikon et de l’autoroute Egnatia.

Leur cynisme a atteint des sommets lorsqu’ils ont exigé que soit assurée l’impunité des membres de l’administration du superfonds d’occupation, en prévision des crimes qui seront commis à l’avenir au détriment du peuple grec. Si les américains de l’époque du déplorable protectorat de l’après-guerre civile ont pris soin de garantir leur impunité en faisant en sorte que les soldats des bases militaires en Grèce ne puissent être jugés qu’aux Etats-Unis, l’Allemagne de Merkel et de Schaüble fait beaucoup plus fort qu’eux, en excluant toute poursuite de ses employés même en dehors de la Grèce.

Le mépris avec lequel les puissants de l’Europe traitent ce gouvernement en situation de soumission absolue s’est également manifesté dans la déclaration de la commission, qui a souligné carrément que le décaissement de la tranche n’aurait lieu qu’après approbation par le MES d’un « mémorandum supplémentaire ». Jusqu’à récemment, le seul mot de mémorandum aurait contraint le gouvernement Tsipras à monter au créneau. Mais maintenant que le premier ministre s’est rallié au point de vue de Dragasakis selon lequel « le terme de mémorandum a été diabolisé à tort par Syriza », le gouvernement a avalé le substantif (mémorandum) et s’est contenté de murmurer contre l’adjectif (« complémentaire ») : un mémorandum « complémentaire » ? Il faudra nous passer sur le corps ! Mais, bon, un mémorandum « complet » (comme on parle de yogourt complet), ça peut se discuter… Histoire de faire retrouver le sourire à tous ces syrizistes écœurés par le désastre.

Il n’y a plus de place maintenant pour le moindre apitoiement, le moindre sursis, la moindre circonstance atténuante pour antécédents honorables. Ces hommes resteront dans l’histoire avec une tache indélébile : arrivés au pouvoir sous le drapeau de la dignité, ils ont fait disparaître la Grèce en tant que pays souverain, ils l’ont transformé en un simple espace de pillage, de misère sociale et d’esclavage néocolonial.

En guise de postscriptum nous proposons le point de vue du distingué universitaire américain Michael Hudson paru dans le périodique alternatif Counter Punch. Dans une récente interview, il a soutenu l’idée que « le capital financier est la forme moderne de la guerre », comme le prouve la cession de la richesse publique par le gouvernement Tsipras, qu’il caractérise lui-même de « vendu ». Et il conclut ainsi : « La Grèce d’aujourd’hui ressemble à bien des égards à l’Espagne bombardée par les nazis, dans le célèbre tableau de Picasso Guernica. Telle est la version façon FMI du bombardement de l’Espagne par les nazis, tel est l’avertissement lancé aux travailleurs de toute l’Europe afin qu’ils se soumettent. »

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*Petros Constantinou : Journaliste, écrivain et traducteur grec. Journaliste au quotidien Kathimerini et membre du comité de rédaction de la revue Outopia.

**La cisaille : le dispositif législatif de coupe budgétaire automatique en cas d’excédent budgétaire insuffisant. Le superfonds est la caisse qui centralise tous les biens publics dont l’UE exige la vente. Les recettes publiques seront désormais contrôlées directement par une « Autorité indépendante », émanation dans les faits de l’UE. NdT

***Peurifoy : ambassadeur US en Grèce de 1950 à 1953. Son nom est associé à des pratiques interventionnistes musclées dans les affaires internes de la Grèce.

NdTTraduction : Jean Marie Reveillon

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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 06:39

Savoir ce qui se passe pour la Grèce ne relève pas seulement de l’information. Savoir ce qui se passe en Grèce ce n’est pas seulement compatir aux souffrances d’un peuple. Savoir ce qui se passe pour la Grèce, en Grèce, du fait de l’Eurogroupe, c’est se donner à comprendre ce qui nous attend, nous français, selon des procédures différentes car portées par le PS ou LR s’ils se perpétuent au pouvoir. Savoir ce qui se passe en Grèce c’est être prévenu et décider de faire un autre choix politique que celui de reconduire les partis, dits de l’alternance, dont on se demande, ce jour, lequel des deux, des LR et du PS, est le plus à droite. C’est faire le choix d’une autre Europe, pour le coup : démocratique, sociale et des peuples, en renversant celle de la finance et de l’oligarchie. C’est faire le choix de ne pas se laisser faire et de voter à gauche en disant : terminé, fin de partie, on va jouer avec nos règles, et pour y parvenir nous avons le plan B.

Exergue

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Source : https://unitepopulaire-fr.org/2016/05/12/voici-laccord-guillotine-et-ecorcheur-de-leurogroupe/

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L’intégralité du communiqué officiel de l’Eurogroupe en français

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Un nouveau mémorandum, des mesures brutales, la question de la dette renvoyée aux calendes grecques, sur la base d’un accord SANS réduction !

L’accord de l’Eurogroupe a porté sur des diminutions automatiques des dépenses (c’est-à-dire des salaires et des retraites), ainsi que sur de nouvelles mesures fiscales en cas de dérive par rapport à l’objectif des 3,5 % d’excédent primaire pour 2018. Euclide Tsakalotos a pris en charge la préparation d’un décret présidentiel incluant la « guillotine automatique » avant le prochain Eurogroupe du 24 mai, pour que l’évaluation se poursuive.

Comme indiqué dans sa déclaration officielle, l’Eurogroupe exige du gouvernement l’inscription dans la loi d’un mécanisme particulièrement sévère de coupe dans les dépenses, sans que le gouvernement grec n’ait un droit d’intervention ou d’actions unilatérales, mécanisme que viendra compléter une série de mesures permanentes, concernant à la fois des coupes, et des augmentations de ressources (NdE : des augmentations d’impôts),

L’Eurogroupe appelle le gouvernement grec et les créanciers à mener à bien dans les jours à venir le travail préparatoire pour boucler l’évaluation sur le plan des échelons techniques, en y incluant le mécanisme préventif de coupe des dépenses. Dans cette optique, l’Eurogroupe attend d’avoir très rapidement à sa disposition le nouveau mémorandum qui viendra se greffer sur le document de l’accord. Ce projet baptisé « mémorandum cru réservé » (« mémorandum-cave » NdT) contiendra l’intégralité de la liste finale des pré requis, en même temps que la référence à l’accomplissement des conditions de la première évaluation. Il appartient au gouvernement grec de faire des pas immédiats dans l’application des pré requis -y compris l’inscription dans la loi de l’accord. Avec l’application complète des pré requis par les autorités grecques, l’Eurogroupe sera prêt à appuyer le versement de la deuxième tranche du programme de prêt du MES

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L’intégralité du communiqué officiel de l’Eurogroupe en français

L’Eurogroupe se félicite de l’achèvement d’un paquet de mesures susceptibles d’ouvrir la voie à un succès de la première évaluation du programme du MES (Mécanisme Européen de Stabilité) fondé sur l’adoption des conditions préalables.

En vue du premier examen, la Grèce mettra en application, parmi les mesures préalables :

  1. Un premier paquet de mesures budgétaires paramétriques qui atteindront 3 % du PIB d’ici 2018. Ce paquet comprend la réforme des retraites, la réforme du système des impôts et aussi des dispositions budgétaires paramétriques, telles qu’une réforme de la TVA et des mesures concernant la masse salariale du secteur public,
  2. Un mécanisme de prévention supplémentaire qui sera inscrit dans la loi pour garantir qu’un paquet de mesures, y compris des mesures non discrétionnaires, sera automatiquement mis en application dès qu’il y aura des preuves objectives d’une impossibilité d’atteindre les objectifs concernant l’excédent primaire (3,5 % à moyen terme). Si les mesures sont mises en application, sous une forme temporaire, dès le déclenchement du mécanisme, il faudra un accord sur des mesures structurelles permanentes avec les institutions, y compris des mesures concernant les recettes, qui entreront en vigueur l’année suivante, dans le cadre du processus budgétaire régulier, afin de ramener le budget structurellement sur des rails. Toute exception à l’activation de ce mécanisme ne concernera que des circonstances exceptionnelles, qui auraient de graves conséquences économiques et qui échapperaient au contrôle du gouvernement. Ces exceptions devront faire l’objet d’un accord préalable avec les institutions.

La première évaluation comprend également l’application de la stratégie pour les prêts non performants, qui contribuera à renforcer les bilans des banques qui favorisera le retour du crédit intérieur dans l’économie grecque. Comme condition préalable, des mesures seront prises pour ouvrir immédiatement le marché pour la vente et le traitement des prêts performants et non performants, avec une exception temporaire pour les petits prêts garantis par des résidences principales

L’Eurogroupe réaffirme qu’un programme de privatisation considérablement renforcé est une pierre angulaire du nouveau programme du MES. Dans ce contexte, l’Eurogroupe se félicite de l’accord sur l’adoption prochaine de la loi instituant le fond grec d’investissement et de privatisation, et aussi le transfert initial d’actifs qui font partie des conditions préalables de la première évaluation. Le conseil d’administration du Fonds sera nommé d’ici Juin 2016 et le Fonds deviendra pleinement opérationnel au plus tard à partir de septembre.

Conformément aux déclarations du Sommet européen et de l’Eurogroupe de l’été 2015, l’Eurogroupe est prêt à examiner, si nécessaire, d’éventuelles mesures supplémentaires concernant la dette visant à assurer que les besoins de refinancement de la Grèce sont maintenus à des niveaux soutenables à long terme. Ces mesures dépendent de la mise en œuvre intégrale des dispositions convenues dans le cadre du programme du MES et seront prises en considération après achèvement de la première évaluation et si toutes les conditions préalables ont été remplies.

L’Eurogroupe accepte les principes généraux suivants pour les éventuelles mesures supplémentaires concernant la dette : a) assurer l’accès aux marchés, b) lisser le profil de remboursement, c) favoriser le processus d’ajustement du pays même après la fin du programme, et d) rester flexible pour répondre aux incertitudes de la croissance du PIB et des taux d’intérêt dans l’avenir

L’Eurogroupe convient également de créer une base de référence pour l’examen de la viabilité de la dette grecque, d’après laquelle, en se situant dans le cadre du scénario de base de l’analyse de la viabilité de la dette (DSA), les besoins bruts de financement de la Grèce devraient rester sur une trajectoire durable.

L’Eurogroupe envisage une approche séquencée, à travers laquelle un ensemble de mesures concernant la dette pourrait être progressivement mis en place, si nécessaire, pour répondre à l’indice de référence convenu sur les besoins bruts de financement en respectant les conditions prédéfinies du programme du MES. L’Eurogroupe réaffirme qu’il n’y aura pas d’haircut, de la valeur nominale de la dette, et que les mesures qui seront prises seront conformes au droit communautaire et au cadre juridique du MES et du FESF. L’Eurogroupe examinera :

-A court terme, les possibilités d’améliorer la gestion du programme de la dette.

-A moyen terme, l’Eurogroupe demande à l’EWG d’explorer des mesures concrètes, comme l’allongement du délai de grâce, et des délais de paiement qui pourront être utilisés si nécessaire à la fin du programme du MES ; également, des mesures comme l’utilisation des bénéfices du programme d’achat de la banque centrale européenne (SMP et ANFA)

Et enfin, à long terme, l’Eurogroupe se tient prêt, si nécessaire et sous condition de respect des objectifs d’excédent primaire, à évaluer la nécessité d’éventuelles mesures supplémentaires concernant la dette, à la fin du programme, pour veiller à ce que les besoins de financement brut de la Grèce restent à des niveaux durables.

L’Eurogroupe mandate l’EWG pour continuer à explorer les détails techniques du paquet de mesures sur la dette et pour en rendre compte à l’Eurogroupe lors de sa prochaine session régulière le 24 mai.

En même temps que l’acceptation et la mise en œuvre des politiques, cet accord sur la dette et sur les assurances de financement de ses partenaires européens devrait permettre la participation du FMI au programme.

L’Eurogroupe invite les institutions et les autorités grecques à achever dans les jours à venir le travail sur le plan des échelons techniques pour la première évaluation, programme préventif inclus. Dans ce contexte, l’Eurogroupe attend de recevoir rapidement le projet de protocole d’accord complémentaire, qui contiendra une liste complète de mesures préalables, et aussi le rapport complet en vue de la première évaluation. Il invite les autorités grecques à prendre des mesures immédiates pour mettre en œuvre les mesures préalables, y compris leur adoption légale. Avec l’application des mesures préalables par les autorités grecques, en se conformant si nécessaire aux procédures nationales, l’Eurogroupe est prêt à appuyer le versement de la deuxième tranche du programme du MES.

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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 10:23

S’il faut se mettre dans les mains d’un leader, petit ou grand, ici ou là, il faut aussi rester vigilant, ne jamais hésiter à s’en séparer dès lors qu’il ne remplit plus, aux raisons diverses, ce qui nous a conduit à le préférer, puis à le choisir. L’affection en politique est le pire des travers car elle fait le choix du subjectif sur l’objectif, de l’un contre tous les autres.

En ce sens la lettre de Zoé Konstantopoulou est un crève-cœur salutaire, un acte de salubrité.

Exergue.

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Source : https://unitepopulaire-fr.org/2016/04/08/lettre-ouverte-de-zoe-konstantopoulou-a-m-tsipras-premier-ministre-du-pays-sur-la-justice-et-la-corruption/

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Monsieur le Premier Ministre,

Certes, vous êtes parvenu à gouverner sans opposition parlementaire, après avoir éliminé du Parlement ceux et celles qui se déclaraient déterminés à s’élever pour empêcher la mise en œuvre du 3e Mémorandum et à résister en vue de son renversement, comme d’ailleurs ils ont résisté depuis l’été 2015.

Vous êtes aussi parvenu à former de nouvelles alliances scandaleuses qui font de vous le grand prêtre (ou le « Patriarche », si vous préférez) de la nouvelle collusion.

Vous avez gagné la « confiance » de Mme Merkel et de M. Schäuble, en empêchant l’exécution des décisions de justice concernant les sommes dues par l’Allemagne.

  1. Junker et Hollande se tordent de rire avec vous, au moment où vous cosignez les politiques les plus inhumaines aux dépens des citoyens grecs et de pauvres réfugiés sans défense, sans même revendiquer le plus élémentaire pour le peuple, le pays, les garanties de l’État de droit, la justice sociale.

Vous êtes parvenu à discuter, au Parlement, entre coquins, des affaires de corruption et de collusion, mais aussi des interventions dans l’indépendance de la Justice.

Vous avez réussi à porter un coup non seulement à l’indépendance de la Justice, mais aussi à l’indépendance de la Grèce elle-même, du Gouvernement et du Parlement.

Vous avez placé aux commandes du Ministère de la Justice un homme qui n’a pas hésité à signer le Code de Procédure Civile, cette même loi qu’il avait désapprouvée et critiquée, un homme qui dépose en personne auprès de la Cour Suprême des plaintes contre un autre ministre de votre gouvernement précédent, à savoir l’éminent M. Panoussis.

L’actuel Ministre de la Justice n’hésite pas à dire que « nous devons nous montrer plus souples en matière d’amendements présentés hors délais » – ces mêmes amendements qu’il dénonçait jadis comme un outil de corruption et de collusion et de « blanchiment » parlementaire.

Votre gouvernement ne compte personne de la dimension de Mme Taubira, Ministre de la Justice française, démissionnaire, qui a refusé de signer et de faire appliquer de monstrueuses lois d’inspiration raciste, qui abolissaient la légitimité démocratique sous le prétexte de lutter contre le terrorisme.

Personne n’a le courage de dire ce que Mme Taubira a exprimé publiquement : « Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. Je suis partie sur un désaccord politique majeur. Je fais le choix d’être fidèle à moi-même, fidèle à mes engagements, à mes luttes, avec mes rapports avec autrui. Nous ne devons concéder aucune victoire au terrorisme, qu’elle fût militaire, politique, diplomatique ou symbolique ».

Ces mots ne signifient peut-être rien pour vous, qui avez concédé toutes les victoires au terrorisme économique des banques, de l’euro-despotisme et des memoranda, vous qui avez cédé toute supériorité morale – une supériorité bâtie par d’autres, au fil de leurs vies exemplaires, et non par vous – pour des contreparties.

Vous êtes parvenu à un tel point de suffisance « permise », selon votre conception, que vous autorisez le Ministre de la Justice à tenter d’imposer sa ligne en ce qui concerne l’affaire de la suppression inconstitutionnelle des autorités indépendantes.

Pour les mêmes raisons de « suffisance permise », le Président du Parlement, votre bien-aimé, émet l’avis inacceptable selon lequel les magistrats doivent rendre leurs jugements conformément aux intérêts du gouvernement, et déclare : « Mais où va-t-on, si les magistrats du pays traitent les affaires hors de tout lieu, de tout temps, indépendamment de toutes circonstances, de toutes prédispositions et dispositions ? »

Vous considérez que vous pouvez vous permettre –outre une pointe de suffisance- un brin (voire beaucoup) de corruption, de collusion, d’intervention dans l’œuvre de la Justice et de sape des intérêts du pays, puisque les autres se le sont permis avant vous.

Mais même si tout ce que j’ai évoqué plus haut est valable, vous n’avez pas le droit, lors des débats de ce jour, de vous dispenser de répondre : qu’avez-vous fait, vous, concernant les affaires de corruption et de collusion et pour le renforcement de l’indépendance de la Justice ?

Forte de la légitimité que me confèrent deux ans et demi d’exercice de mes fonctions de Députée ayant assumé la lourde responsabilité du secteur de la Justice, de la Transparence et de la lutte contre la corruption, m’étant confrontée à toutes les formes de corruption et de collusion et ayant fait les frais des attaques ciblées et des invectives de tous les centres politiques, médiatiques, économiques, d’affaires de corruption et de collusion, sans exception, y compris les vôtres.

Forte de la légitimité que me confère ma qualité de Député ayant fait la lumière sur l’accord caduc avec Siemens, sur la liste Lagarde, l’affaire des sous-marins, l’affaire du Mémorandum, ayant cosigné les conclusions du SYRIZA sur l’affaire de la liste Lagarde, ayant soumis au Juge de la Corruption les pièces au dossier concernant l’implication de MM. Vénizélos[i] et Papakonstantinou[ii] dans l’affaire des sous-marins et des chantiers navals Skaramangas, ayant cosigné le Livre Noir de la Honte, en mai 2014 (au contenu duquel vous vous êtes référé lors de votre allocution ce soir, comme s’il s’agissait de trouvailles de votre cru…) et ayant soumis pléthore de questions de contrôle parlementaire sur des affaires portant sur l’implication de représentants gouvernementaux dans divers scandales.

Forte de la légitimité que me confère ma qualité de responsable de la Commission Justice du SYRIZA, ayant rédigé le Programme Gouvernemental du SYRIZA, présenté en décembre 2014, sur l’Indépendance de la Justice et la lutte contre la corruption et la collusion, un programme gouvernemental que votre gouvernement s’entête à ne pas mettre en œuvre – quand j’ai personnellement pris des initiatives pour sa mise en pratique au niveau du Parlement, je me suis heurtée aux réactions telles les sollicitations de M. Flabouraris[iii] m’enjoignant de « ne pas mettre M. Stournaras[iv] en difficulté ».

Forte de la légitimité que me confère ma qualité d’ex Présidente du Parlement, qui ai ressorti les affaires Siemens et de la liste Lagarde, qui ai aussi proposé la procédure pour la loi relative à la responsabilité des Ministres, afin que soient traités tous les dossiers judiciaires instruits contre des membres du gouvernement, et ce, dès le premier semestre de mon mandat, qui ai également ouvert tous les dossiers judiciaires enterrés portant sur les memoranda et les responsabilités gouvernementales afférentes, y compris sur l’affaire de la falsification des données de l’ELSTAT, et qui les ai transmis à la Commission de Vérité sur la Dette Publique et à la Commission d’Enquête sur la subordination du pays au mémorandum

Forte de ma légitimité en tant que votre conseillère juridique et avocate dans le litige qui vous opposait à M. Vyenopoulos, à l’époque où vous dénonciez –à raison – une escroquerie aux dépens de l’État, différend où la Cour vous a donné raison au pénal, et où vous avez décidé de consentir à abandonner les poursuites au civil ; mais aussi en tant que votre conseillère juridique pour la rédaction de la note concernant les dépenses secrètes du Ministère des Affaires Étrangères sous G. Papandréou, affaire au sujet de laquelle j’attends toujours qu’on m’explique pourquoi vous avez cessé les actions en vue de son élucidation

Forte de l’exigence de sincérité et de vérité, vérité que vous devez enfin, à celles et ceux qui ont livré bataille corps et âme contre la corruption et la collusion, pour la justice, la transparence, l’égalité devant la loi, la vérité, l’obligation de rendre des comptes à l’heure où certains journaux révèlent que vous avez rencontré en secret, et à notre insu, des magnats de la presse et des patrons des médias et que… vous leur prépariez le café, sous l’œil vigilant d’aucuns de vos amis domestiques

En toute connaissance de cause pour ce qui est de votre déchéance morale et politique, je vous soumets les questions suivantes, dans l’attente de votre réponse :

  1. Qu’avez-vous fait pour l’annulation de l’accord dommageable, invalide et passible de poursuites pénales avec Siemens, signé par M. Stournaras ?
  2. Qu’est-il advenu des « négociations » concernant cette affaire ? Au printemps 2015, vous m’aviez informée que le gouvernement s’apprêtait à ouvrir ces négociations avec le gouvernement allemand, et m’aviez d’ailleurs demandé de vous suggérer un conseiller, ce que j’ai fait ?
  3. Pourquoi protégez-vous M. Stournaras, jusqu’à aujourd’hui ? Pourquoi votre favori, M. Flabourakis, lequel n’a jamais été élu, m’a-t-il demandé, à l’été 2015, de « ne pas mettre M. Stournaras en difficulté » ? Pourquoi, quand je vous en ai fait part, avez-vous feint d’être surpris ? Pourquoi par la suite, sur vos ordres, l’assignation à comparaître de M. Stournaras a-t-elle été empêchée, au moment où, par ailleurs, vous déjeuniez avec lui en bons amis ?
  4. Pourquoi l’enquête sur Siemens que j’ai initiée au printemps dernier, en ma qualité de Présidente de la Commission des Institutions et de la Transparence, n’a-t-elle pas connu de suite ? Pourquoi avoir retiré le dossier parlementaire correspondant, qui constitue un acquis pour le Parlement, pour l’institution et la nation ? Pourquoi l’actuel Président du Parlement a-t-il retiré, dès les premiers jours de son mandat, le rapport sur Siemens de la page d’accueil du site du Parlement ?
  5. Qu’est-il advenu des responsabilités pénales en matière de liquidation des actions des banques grecques détenues par la Caisse de Stabilité Financière, à un prix inférieur à leur valeur d’acquisition ? En mai 2014, vous aviez qualifié ces agissements de « forfaiture criminelle » et aviez, en conséquence, déposé une motion de censure contre M. Stournaras. Aujourd’hui, après vous être vous-même livré à des pratiques comparables, voire pires encore, sur les actions des banques au mois de septembre dernier, il est évident que vous vous réalisez là des échanges de bons procédés avec M. Stournaras et le gouvernement Samaras, en toute connaissance du poids de votre propre responsabilité.
  6. Qu’est-il advenu de la Liste Lagarde ? Pourquoi l’actuelle Commission des Institutions et de la Transparence a-t-elle retiré de son programme l’enquête sur l’affaire que j’avais personnellement demandée, décision entérinée au printemps dernier ?
  7. Pourquoi le gouvernement Tsipras, votre gouvernement, n’a mis en œuvre aucune des propositions que contenait le rapport du SYRIZA sur l’affaire de la Liste Lagarde, rapport que j’avais rédigé en ma qualité de rapporteur du SYRIZA et qui avait recueilli les signatures de tous les autres membres de la Commission d’Enquête Préliminaire ?
  8. Pourquoi, dans l’affaire Lagarde, m’aviez-vous dit que « ce n’est pas Diotis notre cible », conseil que je me suis bien gardée de suivre, bien entendu. Pourquoi avez-vous refusé jusqu’au bout de rechercher les responsabilités pénales de Giorgos Papandréou dans cette affaire ? Pourquoi l’État n’a-t-il pas suivi le procès Papakonstantinou ? Pourquoi vos proches collaborateurs, MM. Dragasakis, Flabouraris, mais aussi Voutsis, Papadimoulis, s’élevaient constamment contre mes propositions en faveur de la création d’une commission d’enquête préliminaire, en particulier sur les agissement du gouvernement Papandréou dans l’affaire des memoranda, contre M. Papandréou concernant la liste Lagarde et contre M. Vénizélos dans l’affaire des sous-marins, au prétexte de « pénalisation de la vie politique » ou de « judiciarisme » et d’ « attitude procédurière ».
  9. Pourquoi, concernant le Mémorandum, aucune proposition de constitution de Commission d’Enquête Préliminaire n’a-t-elle été déposée ? Pourquoi la Commission d’Enquête sur le Mémorandum, constituée pendant mon mandat, n’a-t-elle pas été reconstituée, après la dissolution forcée du Parlement ?
  10. Pourquoi avez-vous interrompu les travaux de la Commission de Vérité sur la Dette Publique, qui examinait les affaires de corruption en lien avec les programmes d’armement, mais aussi l’affaire de l’ELSTAT (Service National de la Statistique, ndlt)
  11. Pourquoi les premiers pré requis du 3e mémorandum (15/7/2015) incluent-ils des provisions partiales en faveur du prévenu au pénal, M. Georgiou, chef à l’époque de l’ELSTAT , allant jusqu’à justifier des frais juridiques que ce dernier avait ordonnés, chose que j’avais immédiatement soulignée à l’époque et que, à l’évidence, vous n’ignorez pas ?
  12. Pourquoi, avec les seconds pré requis du 3e Mémorandum (22/7/2015), avez-vous cédé la fortune des citoyens aux banques, vous pliant ainsi aux exigences des créanciers, légiférant le Nouveau Code de Procédure Civile, que vous vous étiez engagé à faire retirer (loi de Charalambos Athanassiou, promue par votre Gouvernement), ce que j’ai souligné immédiatement et que, à l’évidence, vous n’ignorez pas ?
  13. Pourquoi dans le 3e Mémorandum, auquel a été adjoint un amendement inconstitutionnel sur le régime des retraites prévoyant la réduction des pensions de retraite, a-t-il été prévu une exception « photographiant » de façon exclusive les retraités de la Banque de Grèce, alors que le rapporteur du SYRIZA était M. Balaouras, lui-même retraité de la Banque de Grèce, fait que j’ai signalé immédiatement et que, à l’évidence, vous n’ignorez pas ?
  14. Pourquoi, alors que vous vous targuez de vous mettre en quatre pour M. Papastavrou, vous n’avez jamais tiré profit de mes volumineux rapports contenus dans le rapport sur la liste Lagarde, mais que jusqu’à ce jour, vous omettez de vous référer aux sociétés comptant parmi leurs sociétaires des parents proches de M. Stournaras, M. Varvitsiotis et de M. Papastavrou en personne, sociétés qui recevaient des milliers d’euros (près de 500 000) de l’EOF (Organisme National du Médicament) pour une « campagne de communication contre la poly médication », à l’heure où les malades du cancer n’avaient pas accès à leur traitement ?
  15. Pourquoi n’avez-vous pas légiféré pour supprimer ne fût-ce qu’un amendement du Gouvernement Samaras, alors que cela faisait partie intégrante du programme du SYRIZA pour la Justice et la Transparence ?
  16. Pourquoi avez-vous nommé aux fonctions de Secrétaire Général du Gouvernement M. Sayas, alors qu’il fut le représentant légal de M. Saphas dans l’affaire des Chantiers Navals Skaramangas, et pourquoi lui avez-vous confié des compétences pour les négociations ? Qu’avez-vous fait pour la défense des intérêts de l’État Grec dans cette affaire, quand Safas, bien loin de dédommager le pays, exige de l’État Grec un milliard d’euros ?
  17. Pourquoi, n’ayant rien fait en ce qui concerne la blanchisseuse à scandales que constitue le TAIPED (Caisse de Mise en Valeur de la Propriété Particulière de l’État – responsable des programmes de privatisation) et pourquoi avez-vous, au contraire, conservé ce monstre d’agissements délictueux aux dépens de la propriété et de biens publics ?
  18. Qu’est-il advenu de la transparence dans les nominations de fonctionnaires ? Comment avez-vous osé tant de nominations des vôtres, certains sans l’once des compétences ou diplômes requis pour les postes auxquels vous les avez nommés, si ce n’est la capacité et la volonté de s’acquitter de l’exécution médiatique de vos adversaires ?
  19. Qu’est-il advenu du renforcement de la Commission des Justifications et de la Transparence pour le contrôle des médias et du système bancaire ? Il a été sacrifié sur l’autel de la nouvelle corruption avec pour grand prêtre le « Patriarche Alexis » et M. Pappas pour archimandrite.
  20. Pourquoi l’État Grec n’a-t-il pas déposé, depuis le début de votre mandat, une seule action en justice à l’encontre des sociétés coupables de corruption active, et des représentants gouvernementaux ayant reçu des commissions, contrairement à ce que prévoyait votre programme ?

Je m’en tiendrai, pour commencer, à ces vingt questions.

Je gage que vous n’invoquerez pas, pour ne pas y répondre, une soudaine indisposition.

Il se peut que vous échappiez à MM.Mitsotakis, Vénizélos, Théodorakis, Samaras, à Mme Gennimatas et à M. Papandréou : vous êtes devenu l’un des leurs et que « le corbeau n’arrache point l’œil au corbeau ».

Mais vous n’échapperez pas à vos responsabilités.

Notre peuple y veillera.

J’y veillerai moi-même personnellement.

Source http://zoikonstantopoulou.gr/

[i] Evángelos Venizélos (en grec moderne : Ευάγγελος Βενιζέλος) (né le 1er janvier 1957 à Thessalonique) est un homme politique grec, membre du PASOK. Nommé ministre de la Défense dans le gouvernement Giórgos Papandréou, au lendemain de la victoire du PASOK lors des Élections législatives grecques de 2009, il se voit confier, sous la pression populaire, le ministère des Finances, accompagné du titre de vice-Premier ministre, par le chef du gouvernement, Giórgos Papandréou ; deux postes qu’il conserve dans le gouvernement Papadímos jusqu’à sa démission le 19 mars 2012, à la suite de son élection à la présidence du PASOK.

Voir aussi http://www.okeanews.fr/20141008-affaire-marins-evangelos-venizelos-absous-ses-peches

[ii] Docteur en économie de la London School of Economics, Giórgos Papakonstantínou passa dix ans au service de l’OCDE à Paris.

En 1998, il devint conseiller du Premier ministre Costas Simitis, puis du ministre des finances de l’époque pour la « société de l’information

En 2007, il fut élu député au parlement hellénique pour le nome de Kozani, puis député européen en 2009.

Ministre des Finances de 2009 à 2011, dans le gouvernement de Geórgios Papandréou, il est nommé ministre de l’Environnement le 17 juin 2011. Reconduit par Loukás Papadímos le 11 novembre 2011, son mandat prend fin le 17 mai 2012.

En décembre 2012, il est exclu de son parti dans le cadre du scandale dit de la « liste Lagarde ». Il aurait effacé de cette liste de détenteurs de comptes en Suisse trois noms de personnalités grecques1

Source Wikipedia.

Voir aussi

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150225trib5a6fbbfd0/fraude-fiscale-en-grece-l-ex-ministre-des-finances-juge-a-athenes.html

[iii] M. Alekos FLABOURARIS

Ministre sans portefeuille, chargé de la coordination du projet gouvernemental

Source Wikipedia.

[iv] Yannis (ou Giannis ) Stournaras (en grec : Γιάννης Στουρνάρας), né à Athènes en Grèce, le 10 décembre 1956, est un économiste grec qui fut ministre des Finances en Grèce du 5 juillet 2012 1 au 10 juin 2014. Il faisait partie à ce titre du Conseil des gouverneurs du Fonds monétaire international.

Depuis 1989, il enseigne la macroéconomie et de la politique économique à l’université d’Athènes.

De 1994 à 2000, Stournaras dirige le conseil économique du ministère des Finances et participe aux négociations préalables pour l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001. Parallèlement, de 1998 à 2000, il entre au conseil d’administration de l’Organisme de la dette publique grecque (PDMA) avant d’occuper les fonctions de la Banque commerciale Emporiki bank entre 2000 et 2004 avant son rachat par le Crédit agricole 3.

De 2005 à 2008 il est le directeur général de Kappa Securities S.A., entreprise spécialisée en services de courtage, conseil en investissement, etc.

De juillet 2012 à juin 2014 il est ministre des Finances de la Grèce4.

En juin 2014, il est nommé gouverneur de la Banque de Grèce.

Source Wikipedia.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 16:01
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 06:44

Source : http://unitepopulaire-fr.org/2016/03/05/exigeons-la-souverainete-lapavitsas/

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Ces derniers mois, on observe une intense activité au sein de la Gauche européenne en quête d’une solution alternative à l’Europe. Du 19 au 21 février dernier a eu lieu à Madrid un séminaire autour du « Plan B », à l’initiative essentiellement de l’aile gauche de Podemos. Un mois plus tôt, un séminaire semblable avait eu lieu à Paris, organisé par le Parti de Gauche que dirige Jean-Luc Mélenchon.

Deux facteurs expliquent cette activité. Le premier, c’est la perspective de formation du gouvernement en Espagne par Podemos, mais également la participation lourde de signification du Parti de Gauche à la présidentielle française qui s’approche à grands pas. Le deuxième, c’est l’échec total de Syriza, dont le programme a, dans la pratique, fonctionné comme le « Plan A » de la Gauche européenne sur une longue période.

Par conséquent, la question qui a surgi tout naturellement est : avec quel programme en Espagne et en France la Gauche se présentera-t-elle devant son électorat ? Tout naturellement, l’idée d’un projet alternatif, d’un « Plan B », a gagné du terrain.

Il est positif que la Gauche européenne penche dans cette direction, si l’on repense à la domination absolue du Plan A jusqu’à l’été 2015. Tous ceux qui évoquaient la nécessité d’une proposition alternative étaient quasiment considérés comme des illuminés. L’avilissement de Syriza a changé la donne.
Mais il est négatif que le message issu du séminaire de Madrid soit plus confus que celui de Paris. Au lieu de faire avancer l’élaboration d’une solution politique alternative pour la Gauche européenne, le séminaire de Madrid a plutôt entretenu la confusion sur les différences qui la distinguent précisément du « Plan A », lequel a échoué. La raison profonde en est malheureusement que Podemos tergiverse et se perd dans des océans d’ambiguïté, alors que la perspective du pouvoir se dessine. Le Parti de Gauche de Mélenchon est bien plus clair, même si naturellement la situation à Paris n’a rien à voir.
Un autre élément négatif est que ces deux séminaires ont souffert l’un comme l’autre du syndrome aigu de « personnalisation» et d’une recherche de publicité auprès des médias. Il s’agit de phénomènes extrêmement problématiques qui ne rendent pas franchement service au scénario de l’alternative sociale en Europe.
La Gauche grecque, malgré les difficiles conditions qu’elle doit affronter, a beaucoup à apporter au débat, principalement du fait de l’effondrement de Syriza et de l’adoption des Mémorandums. Il est urgent de tirer les conclusions concrètes de l’amère expérience des années précédentes et de la transmettre à la Gauche européenne.

La principale conclusion est la nécessité inéluctable d’une souveraineté populaire et nationale en Grèce et en Europe. C’est à l’intérieur de ce cadre que je vais énumérer les principaux points de la conférence que j’ai donnée à Madrid.

LA QUESTION DE LA SOUVERAINETE EN EUROPE

1. La Gauche européenne doit d’une manière ou d’une autre se confronter aux politiques économiques et sociales de l’Union Européenne et de l’Union Economique et Monétaire, en rejetant l’austérité. Mais pour qu’elle le fasse avec succès, il faut être clair sur ce que signifie le rejet de l’austérité.

2. La situation de l’économie mondiale aujourd’hui est profondément problématique. Le capitalisme financier de notre époque semble conduire à une nouvelle crise, après celle de 2007-2009 :

Les économies des pays émergents (BRICS), la Chine y compris, connaissent une stagnation, voire une récession.

L’économie des Etats-Unis connaît une croissance en berne, un dynamisme très modeste et d’énormes problèmes d’inégalité.

La politique de l’« assouplissement monétaire quantitatif » est allée au bout de ses limites et les banques centrales envisagent des mesures « non orthodoxes », comme les taux d’intérêt négatifs.

Les banques se trouvent à nouveau dans une position précaire, notamment au sein de l’Europe.

L’économie européenne, particulièrement celle de l’UEM, stagne, sans perspective de croissance.

Dans ce cadre, la Gauche européenne doit proposer un ambitieux programme de redressement économique et social. L’horizon est désormais historique et nécessite un ambitieux « projet alternatif ».

3. Le premier pas pour sa mise en œuvre est l’analyse de l’échec de Syriza. Trois raisons principales peuvent l’expliquer.

Syriza a adopté une stratégie erronée. Il ne peut y avoir un effacement de l’austérité et une politique en faveur du peuple au sein de l’UEM, sans conflit direct avec les mécanismes de l’UE.

La démocratie interne au parti a été abolie, et l’équipe dirigeante de Tsipras s’est affranchie et a appliqué ses propres choix.

La Grèce a accepté une grande perte de souveraineté en son propre sein et à l’international. Le gouvernement Syriza/Anel agit sous la surveillance constante de la Troïka et du Quartet.

4. L’Europe qui a surgi en 2016 n’a rien à voir avec les mythes concernant « l’Europe des mouvements révolutionnaires et des peuples » qui a accompagné l’avancée de la Gauche pendant des décennies. C’est une Europe du grand capital, des grandes banques et de la souveraineté allemande. Il n’existe aucune perspective de réforme, surtout pas de l’intérieur .Le triomphe du grand capital a également amené une perte de souveraineté en Grèce et ailleurs.
5. Dans ce cadre, le programme radical dont a besoin la Gauche européenne est impossible à appliquer sans le renfort de la souveraineté nationale et populaire. Six secteurs prédominent :

La dette. La gestion, l’annulation et le remboursement de la dette publique doivent se faire de manière souveraine pour les pays périphériques et en général.

Sur le front monétaire. La récupération du contrôle des liquidités aux mains de la BCE et de Draghi est requise. Dans ce but, il est indispensable de rétablir la propriété sociale et le contrôle des banques, tout comme le contrôle des flux de capitaux.

Sur le front budgétaire. Le rejet du cadre de l’austérité et la récupération de la souveraineté dans les dépenses publiques et la fiscalité sont requises.

Commerce. L’Europe a besoin d’un mécanisme interétatique de gestion des excédents extérieurs et des déficits sur la base de la solidarité.

Emploi. Un renforcement de la souveraineté dans le domaine du marché du travail au profit du travail pour stimuler l’emploi est requis.

Secteur de la production. La souveraineté nationale et populaire est indispensable pour l’élaboration d’une politique agricole et industrielle. De vastes zones de l’Europe renvoient maintenant l’image de pays en voie de développement.

6. Pour que le projet alternatif de la Gauche devienne une réalité, il est indispensable de mettre en place une nouvelle orientation politique et un nouveau discours politique. Le capitalisme de notre époque connaît une crise profonde et la réponse de la Gauche doit être proportionnée et péremptoire. La souveraineté nationale et populaire est l’élément indispensable pour battre en brèche la souveraineté du grand capital et des grandes banques en Europe.

7. La souveraineté nationale et populaire n’est pas le nationalisme. Au contraire, le nationalisme est la manière de frapper que cultive aujourd’hui l’extrême droite. Les mécanismes supranationaux de l’UE et de l’UEM fonctionnent contre le travail et il n’est pas possible de les réformer. Nous n’avons pas besoin de « Plus d’Europe » ni de « nous aimons l’Europe ». Nous recherchons une véritable solidarité des peuples.

8. La souveraineté nationale et populaire est indispensable à la démocratie. La démocratie recule quand dominent les mécanismes supranationaux de l’UE et de l’UEM. Nous avons besoin d’un contrôle démocratique plus important pour nos pays et d’une démocratie émancipée avec une participation populaire directe.

9. La souveraineté nationale et populaire est indispensable pour un internationalisme réel en Europe. La crise migratoire et des réfugiés a montré le profond déficit d’internationalisme et de solidarité des mécanismes de l’UE. La société civile s’est trouvée à la pointe de la solidarité. Des États avec une souveraineté forte ont réussi à maintenir une meilleure position que les mécanismes supranationaux de l’UE. La pression migratoire et des réfugiés a accentué la perte de souveraineté nationale en Grèce.

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 11:20

https://www.youtube.com/watch?v=97HTxo20c-E

Si ce film vous a plu, n’hésitez pas à le faire circuler.

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Yannis Youlountas : https://fr.wikipedia.org/wiki/Yannis_Youlountas

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 06:55

http://cadtm.org/Eric-Toussaint-L-exemple-grec-nous

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Interview du professeur Eric Toussaint, invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La dette publique : Qui doit à qui ? »

Par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

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Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la Grèce. En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Commission et l’Eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

La construction même de l’Europe – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’Europe. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’État et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques-uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans ces partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Magaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous ces partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire : ces socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

Pas encore ...


Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux ...

... par des prix Nobel ...

Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austerité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouverment des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouverment grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %...

L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abondonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La Slovénie fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

Comme on parle de bon élève pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussissent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banques portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfécits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

On est entré dans la psychologie...

En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la périphérie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectait pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce ...

... et de la corruption. On est dans les Balkans... quand même.

Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.

Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002... On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notament de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

Personne ne se sent responsable ni coupable.

Les institutions européennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux États pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaitent pas le faire.

Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquement élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelques années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux États-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama... Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec...

...Marine Le Pen en France...

ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des États-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a déstabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des États qui refusent ou rechignent à les accueillir.


Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire qu’Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième Reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »
Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences... Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. À partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux États-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus ... Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

Source en slovène : http://www.delo.si/sobotna/se-bomo-iz-vsega-kar-se-je-zgodilo-z-grcijo-kaj-naucili.html
Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.

La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint.

Voir en ligne : http://www.delo.si/sobotna/se-bomo-...

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