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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 09:24

‘Tous les matins je vais marcher avec mon chien, et je me débarrasse des déchets de la civilisation’

La grande Librairie : http://www.france5.fr/emissions/la-grande-librairie

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Légendes d'Automne - Jim Harrison - Editions 10-18 - Domaine Etranger –

"Les romans de Harrison font entrevoir en chacun de nous l'ombre portée du criminel, du tricheur et du saint. Au surplus, le style est à lui seul un chef-d’œuvre, une leçon pour les auteurs français plus habiles à sodomiser les mouches de la ponctuation, à sacraliser des arguties qu'à livrer une inspiration urgente*. Le roman, pour Harrison, c'est la religion du délire. II enivre les mots, les soûle à mort ; il écrit à tue-tête et bâtit des phrases où se devinent encore les ahans et les suées. Jim Harrison est un écrivain passionné donc il nous passionne."

Yann Queffélec, Le Nouvel Observateur

Que dire de plus ? Condensés dans trois puissants récits au charme évocateur, c'est une ode à la vengeance, à la liberté, à la rédemption et surtout à l'amour inconditionnel de chacun des personnages pour un pays magnifique, qui nous saute au visage une fois parcourues les premières pages de ce recueil. Le style de Jim Harrison que je découvre pour la première fois est simple, percutant et poétique à la fois. Sa façon de décrire et de célébrer les grandes étendues américaines, leur charme fragile et leur spectaculaire beauté au fil des saisons, est juste saisissante. Une fois entamé le récit, je n'ai pas pu le reposer avant d'être arrivée à la fin.


Les personnages campés dans chacune de ces trois nouvelles sont des héros au sens propre du terme. Des figures romanesques puissantes et pleines de rage, que seules l'évasion, l'amour et la liberté motivent.


Dans Vengeance, la passion et l'amitié sont à l'honneur. Un homme tombe éperdument amoureux de la femme d'un mafieux mexicain proche du milieu de la drogue. Une fois découverts, les amants sont soumis à la colère du mari trompé, mais l'homme s'en tire et va désormais se consacrer à sa propre vengeance, parcourant les plaines arides du désert mexicain à la recherche de la femme qu'il aime. Cette région que je ne m'attendais pas à découvrir ici, forme la toile de fond d'une tragédie aussi dure et impitoyable que ses espaces rocailleux et brûlés par le soleil, hantés par le chant des coyotes la nuit. Jim Harrison dépeint avec brio le courage d'un homme déterminé à tout mettre en oeuvre et à user de violence et de stratagème pour braver ceux qui l'ont détruit.

L'Homme qui abandonna son nom nous conte l'histoire de Nordstrom, un brillant homme d'affaire qui prend paisiblement conscience de l'absurdité de sa vie peu après son divorce, et qui décide de s'affranchir de tout ce qui faisait son existence. Il quitte son travail, les siens, se met à la cuisine et entre deux séances de danses dans son appartement, la nuit, se pose toutes sortes de questions sur la vie et les gens qui l'entourent, et revient parfois sur les périodes de son passé dans le Wisconsin qui l'ont le plus marqué. A l'aide d'un journal qu'il se met à rédiger, il exprime ses doutes, sa passivité, ses émerveillements, la manière dont les autres le perçoivent. C'est un texte qui m'a personnellement beaucoup touchée, et qui fait appel à cet inconscient présent en chacun de nous qui nous pousse à vouloir nous libérer des contraintes sociales et à trouver le courage de rejeter tout ce que nos existences ont de superficiel pour se rapprocher de ce que la vie a de plus vrai. Nordstrom est de plus un personnage extrêmement sympathique.


Légendes d'automne, dont s'est inspiré le film d'Edward Zwick, retrace l'histoire de la famille Ludlow à l'aube de la première guerre mondiale, et tout particulièrement le parcours mouvementé de Tristan, un homme révolté après le décès de son frère sur le champ de bataille, qui va consacrer une partie de sa vie à balader son chagrin au gré de ses voyages à travers le monde. Dans cette nouvelle particulièrement lumineuse et triste à la fois, l'auteur parvient à saisir l'essence même du bonheur dans ce qu'il a d'éphémère et de fugitif, souvent noyé au milieu des drames de l'existence. Les paysages magnifiques du Montana défilent sous nos yeux au fil de leur évocation, la complexité et la force des caractères font honneur à la splendeur de cette région sauvage si parfaitement mise en valeur sous la plume de Jim Harrison, qui en fait d'ailleurs un personnage à part entière de son récit.


Trois récits pour trois lieux à trois époques différentes, qui brossent les portraits d'hommes déterminés et courageux, parfois aussi sauvages que cette nature dans laquelle ils évoluent et à laquelle chacun d'eux est si profondément attaché.


Vous l'aurez compris, Jim Harrison représente pour moi une découverte magnifique qui va heureusement se prolonger grâce à Retour en Terre, déjà présent dans ma PAL ! J'ai hâte de retrouver la plume de ce grand écrivain !


Source : http://tranchesdelivres.blogspot.fr/2010/12/legendes-dautomne.html



* en gras du fait d’Exergue

* Dans l’émission La grande librairie est cité le livre : La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. A lire !

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Conjuration_des_imb%C3%A9ciles

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 18:50

Je viens de semer les pommes de terre pour l’été, des oignons aussi, et des échalotes. J’ai écouté Bill Evans (le pianiste), Portal (Turbulence) ; à m’en saouler les oreilles. J’ai écrit un peu ; difficilement, pas content. Lu. Allumé le feu dans l’âtre. La nouvelle tombe sur France Inter, la seule radio que je capte : Jim Harrison est mort. Un bon jour pour apprendre sa mort. Il fait soleil. La montagne est belle. Elle doit bien valoir le Montana. J’ai téléphoné à une de mes filles : « C’est pas vrai !», l’autre était occupée. Mon fils m’a téléphoné le lendemain. « Je sais ».

Ma patrie littéraire fout le camp en morceaux. Thoreau. J. Thompson. H. Miller. Kérouac. Pound. Fante. Bukowsky. Carver. Selby… Harrison. Qui reste-t-il? Pynchon? Et beaucoup d’autres.

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http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/03/27/l-ecrivain-americain-jim-harrison-est-mort_4890864_3382.html

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 08:08

Editions Points. Collection bilingue

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4ième de couverture

Contre la dictature, le fascisme et tous les despotismes, des voix célèbres ont appelé à la liberté.

En 1936, c'est au cri de No pasarán ! que Dolores Ibárruri soulevait les foules espagnoles contre les armées fascistes du général Franco.

Le 11 septembre 1973, depuis le palais présidentiel bombardé par l'aviation chilienne désormais aux ordres du général Pinochet, Salvador Allende lançait un dernier appel à son peuple, affirmant son intention de mourir plutôt que de se rendre.

Et Victor Hugo, en exil après le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte, en appelait à « la délivrance de tous les peuples et à l'affranchissement de tous les hommes ».

http://www.abebooks.fr/9782757819982/2757819984/plp

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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 09:21

Edition Les Arènes

Préface de Thomas Piketty

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Une longue critique d’universitaire reproche à ce livre de ne pas être suffisamment annoté en bas de page, comme une thèse le serait ; c’est que ce livre est fait pour donner des munitions politiques en temps de crise aux citoyens et combattre le parti de Wall Street qui regroupe, puisque nous sommes en France, les partis du PS aux LR.

Livre important pour les citoyens espagnols, bien sûr. Il devrait l’être pour les citoyens français, particulièrement pour les militants (et les partis) de la gauche réelle car ils y liront leurs propres préoccupations et difficultés, accompagnées d’une réflexion qui ne cède ni à la puérilité ni au romantisme politique.

A la lecture, on est surpris de la maturité, de l’intelligence politique de Pablo Iglésias tant nous imaginons ‘les politiques’ vieux, en costume 3 pièces, le col amidonné plutôt que jeunes, en chemise blanche ouverte et les cheveux noués et formant une coleta. Cette surprise ne fait que refléter la bêtise lorsqu'on s’attache aux apparences.

Si Pablo Iglésias cite Gramsci, Perry Anderson, Zizek, fait référence à la Révolution française, et à bien d’autres choses, tandis qu’il renvoie dans les buts Habermas, retrace à grands traits l’histoire politique de l’Espagne sur un siècle, liée parfois à celle de l’Europe, ce n’est pas pour encombrer de sa science mais pour éclairer.

Il est question de maturité politique. Elle lui permet d’avertir et d’alerter contre les maladies infantiles (le gauchisme) que dénoncent d’ailleurs ceux-là mêmes qui ne se savent pas affectés des maladies séniles (l’instinct stratégique conservateur – selon la formule de Perry Anderson) et qui habitent, malheureusement, certains vieux partis de gauche et parfois même des stratèges locaux de la gauche radicale. Maturité politique encore que de rappeler cette déclaration d’Allende : « Nous avons le gouvernement, mais nous n’avons pas encore le pouvoir », deux choses bien différentes sur lesquelles il faut méditer pour ne pas être pris de court le moment venu.

La surprise vient encore de l’image politique de l’Espagne que l’on a de France, cela même si on lit ici et là quelques articles. Là aussi cette surprise ne reflète que la suffisance qui nous étreint. Aussi aurait-on intérêt à voir ce qui se fait là-bas, comment ils s’en sortent, non pour effectuer un copié-collé, mais pour découvrir des pistes ignorées et de l’inspiration.

Ces lignes n’épuisent pas le contenu du livre qui tient aussi discours sur la Grève, l’Allemagne, la France,…

Il est également question de stratégie, formulée ainsi : Jeu d’échec ou combat de boxe ? « Il est évident que la politique est une partie d’échec entamée depuis longtemps où, à partir de quelques règles de base et avec des pièces inégalement réparties, les joueurs doivent faire preuve d’habileté et même de ruse pour faire avancer leurs pions. Aujourd’hui, dans l’Europe du Sud, il est pratiquement impossible de concevoir la politique autrement, mais on ne doit jamais perdre de vue que les puissants ne renoncent jamais à leurs privilèges quand ils perdent une partie d’échec, mais plutôt lorsqu’ils sortent KO du ring de boxe ».

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 17:26

Par Jacques Sapir · 29 décembre 2015

Recension du livre de Christophe Barret

Le livre de Christophe Barret PODEMOS – Pour une autre Europe (publié aux éditions du CERF à Paris en novembre 2015[1]) est un ouvrage utile, important et bienvenu. Qu’il soit utile, on le conçoit depuis le succès électoral de Podemos en Espagne lors des élections de décembre 2015. Cet ouvrage présente la première histoire écrite en français sur ce mouvement politique dont l’émergence marquera nécessairement et la scène politique espagnole et la scène politique européenne. Arrivé au deuxième rang des partis espagnols, devançant les socialistes du PSOE et la gauche traditionnelle de IU, Podemos s’affirme comme un « nouveau » parti qui rebat les cartes de la démocratie. C’est aussi un ouvrage important, car la richesse de sa présentations des courants aux origines de Podemos, la profondeur de ses analyses, en fait le compagnon indispensable de toute personne qui cherche à comprendre réellement les mutations des espaces politiques que ce soit en Espagne ou ailleurs. C’est, enfin, un ouvrage bienvenu car il ouvre le débat sur la question du populisme, de la démocratie, mais aussi sur la question de la souveraineté. Ce livre, il faut le souligner, a été fini d’écrire à la fin août 2015. Il intègre en partie les leçons de la crise grecque qui sont importantes pour comprendre les avenirs qui sont désormais ouverts devant Podemos et l’Espagne.

Un livre dense

Christophe Barret est un historien – il travaille au sein du département des Publics des Archives Nationales – mais il est surtout connu comme chercheur spécialisé sur les mouvements de la gauche radicale dans le monde hispanique. Son ouvrage s’articule en 9 chapitres qui permettent au lecteur d’aller au plus profond dans l’histoire de Podemos.

Le premier chapitre L’Europe du Sud à l’épreuve de la Post-Démocratie dresse le contexte très particulier où Podemos a vu le jour. La crise économique, mais aussi sociale et morale que l’Espagne connaît est exemplaire, et dans le même temps assez typique des problèmes de l’Europe du Sud, de ce que l’on peut appeler la « périphérie » de cette « Europe ». Il rappelle tant la déchéance des partis traditionnels que les mouvements importants que l’on a connu en Espagne, du mouvement des Indignés à d’autres, moins connus, mais qui ont tous contribués à la naissance de Podemos. Ce chapitre montre bien l’existence d’un système de corruption et de népotisme, système que ce sont partagés le PSOE comme les conservateurs du Parti Populaire de Mariano Rajoy. Une bonne partie du mouvement des Indignés provenait de personnes qui n’étaient pas « historiquement » de gauche mais qui étaient révoltées par ce système de corruption.

Dans le deuxième chapitre Marx ressuscité il décrit les mouvements qui ont traversés la « gauche radicale », l’impact sur cette dernière d’événements politiques survenus en Amérique Latine depuis 2000, et surtout l’extrême effervescence que l’on a connue dans les universités espagnoles. Le poids que le département de Sciences Politiques de l’université de Madrid à eu dans la naissance de Podemos est à cet égard un point important. Christophe Barret montre l’impact des travaux inspirés par Gramsci sur la question de l’hégémonie culturelle dans la naissance et la formation de Podemos[2]. L’impact de chercheurs et de théoriciens encore mal connus en France mais célèbres dans le monde anglo-saxon et hispanique comme Laclau ou Chantal Mouffe sur la naissance de Podemos y est largement souligné.

Le troisième chapitre Pas de politique sans « lider » s’intéresse à Pablo Iglesias, le dirigeant charismatique de Podemos. Le livre analyse la stratégie tant doctrinale, que politique et médiatique du groupe qui présida à la naissance de Podemos. Le fait qu’Iglesias, Maitre-Assistant de Sciences Politiques, ait pu bénéficier de tribunes à la télévision, puis sur internet (son émission La Tuerka (l’écrou) et Fort Apache) a joué un rôle important dans l’agglomération de volontés politiques qui a émergé dans Podemos.

Le quatrième chapitre, intitulé Une Syriza Espagnole, explore les similitudes mais aussi les différences notables qui existent entre le mouvement grec et le mouvement espagnol. Si les dirigeants de ces deux mouvements ont un certain fond en commun, et si les liens entre Syriza en Podemos sont importants, on comprend à la lecture de ce chapitre que Podemos est le produit d’un mouvement assez différent de celui de Syriza.

Le cinquième chapitre Trente ans de populisme s’interroge sur la filiation qui existe – et qui est d’ailleurs revendiqué – entre Podemos et les mouvements populistes, en particulier ceux de l’Amérique Latine. Le livre, ici, gagne en profondeur théorique car il montre comment le concept de populisme a été débarrassé par les principales références théoriques de Podemos de son aura péjorative. La contribution d’Ernesto Laclau[3], largement inspiré par son analyse du mouvement péroniste en Argentine, mais aussi celle de Chantal Mouffe, une spécialiste de Carl Schmitt[4], est ici très présente. Le livre que ces deux auteurs ont rédigé en commun [5] doit être lu comme l’un des bréviaires de Podemos.

Le sixième chapitre, Le Temps des Franciscains s’interroge très finement sur les liens entre le discours post-marxiste de Podemos, mais aussi de ses inspirateurs, et le pape François. Le discours de ce dernier conduit à une profonde inflexion de la position de l’Eglise Catholique par rapport aux mouvements sociaux [6]. Il est clair que Podemos, mouvement politique né dans une culture politique profondément imprégnée de catholicisme réutilise une partie de ce discours, tout en lui donnant une dimension différente.

Le chapitre sept, finement titré Borgen ou Jeu de trônes ? La transition démocratique en question, explore la question extrêmement importante, mais aussi très délicate, du rapport que Podemos entretient avec le cadre politique espagnol tel qu’il a été construit tant par la dictature franquiste que par la « transition » de 1978 et le post-franquisme. C’est aussi le moment où l’auteur s’interroge sur les difficultés que Podemos éprouve dans sa relation à l’Etat, son rapport à la monarchie et à la république, mais aussi son rapport au « fait national » qui est en Espagne bien différent de ce qu’il peut être en France. Les hésitations et les prudences de Podemos vis-à-vis du mouvement indépendantiste catalan, mais aussi du mouvement basque, illustrent parfaitement cette question.

Le huitième chapitre, L’unité populaire avant l’union de la gauche, analyse les relations compliquées de Podemos avec la gauche traditionnelle. Le scepticisme de la gauche non-socialiste, regroupée dans la coalition Izquierda Unida, un mouvement qui n’est pas sans rappeler le Front de Gauche, vis-à-vis du « mouvement des Indignés » n’est pas sans expliquer les conflits qui peuvent exister aujourd’hui entre IU et Podemos. Plus généralement, et je pense que cela dépasse la question du simple « pragmatisme » de Podemos, se pose la question du dépassement – possible ou non – de certaines structures qui sont bien ancrées dans le paysage politique.

Le neuvième chapitre, intitulé Ambiguïtés Programmatiques est certainement le plus critique de cet ouvrage. Il analyse les hésitations de Podemos sur de nombreux terrains, et en particulier sur la construction européenne ainsi que sur l’Euro. Il montre aussi la tentation de Podemos, en dépit de ses orientations de base, de revenir à une politique « politicienne » avec une alliance possible avec le PSOE, qui fut pourtant non seulement durablement compromis dans les mécanismes de corruption en Espagne, mais qui fut largement l’agent de l’austérité en ce pays.

Un livre salutaire

Ce livre s’accompagne d’une chronologie, qui est bien utile pour se remémorer les événements que l’Espagne a connus depuis 2010, ainsi qu’un organigramme de Podemos, qui permet de comprendre le mode de fonctionnement très centralisé de cette organisation. Ce livre est écrit par un auteur qui éprouve, et c’est évident à la lecture, une sympathie certaine pour les acteurs de Podemos, et une réelle admiration pour leur capacité à allier une visibilité importante dans les médias et une intelligence politique de ce « combat culturel » comme le nommait Gramsci. Mais, cette sympathie n’empêche jamais Christophe Barret de faire point avec lucidité sur les limites, les absences, voire les contradictions de Podemos. C’est l’une des utilités les plus manifestes de l’ouvrage. Il montre avec talents comment le « flou » programmatique a été voulu, et assumé, mais comment, aujourd’hui – et en particulier depuis la crise entre la Grèce et les institutions européennes – ce flou programmatique pourrait constituer une entrave au développement ultérieur de Podemos. Il montre aussi, en particulier dans le dernier chapitre, que la question des rapports avec les « anciens » partis politiques espagnols, en particulier le PSOE arrivé troisième lors des élections législatives de décembre 2015, est particulièrement problématique. Des alliances locales ont été passées, et Podemos y a mis ses conditions. Mais, risquant d’être assimilé progressivement à un parti « comme les autres », sous la menace de perdre la dynamique particulière, que l’on peut considérer comme « populiste », qui faisait sa force jusqu’alors, le « flou » programmatique deviendra un point critique.

Cela pose toute la question d’une organisation politique qui est configurée pour prendre le pouvoir mais qui prétend être différente des autres formations politiques (et qui l’est effectivement d’une certaine manière). Cela pose aussi la question d’une organisation qui parle de « rupture » avec le système tant espagnol qu’européens, mais qui – dans son programme – ne cesse de passer, ou du moins de laisser la porte grande ouverte, à des compromis avec ses adversaires. Ici encore se pose avec une force toute particulière la question d’un populisme revendiqué mais non pleinement assumé. Il faut cependant comprendre que cette ambiguïté a fait – un temps du moins – la force de Podemos. Il n’est pas faux d’y voir une stratégie mûrement réfléchie qui visait à éviter que ce parti soit renvoyé dans l’une des cases du jeu politique espagnol alors qu’il avait comme ambition de chambouler ce même jeu. Mais, ceci ne fait que mettre en lumière l’existence de « phases » ou « d’étapes » dans la construction conjointe d’un mouvement politique et de son environnement. On comprend parfaitement que chacune de ces « phases » implique des choix stratégiques particuliers. Mais, la cohérence du projet doit être pensée de manière générale. Le risque est grand, si l’on n’y prend garde en particulier dans la formation politique des cadres du mouvement et dans le programme générale, de devoir faire des choix particuliers (dictés par la nature politique d’une nouvelle étape) qui feront apparaître une incohérence dans le discours et la ligne du mouvement. Cette question peut être appliquée à tout mouvement et tout parti qui s’inscrit dans une logique politique réelle et qui ne se contente pas de gérer des clientèles électorales. C’est la condition de la lutte non pas pour l’hégémonie mais pour la victoire politique. La question de l’Etat, de la Nation espagnole et de la relation avec les autonomies locales, voire les projets d’indépendances, sera l’un des points d’achoppement de cette question de la cohérence et des stratégies particulières. Mais, la question de l’Europe et de l’Euro sera le test final.

Ce qui rend cette question particulièrement complexe à résoudre dans le cas de Podemos, est le double fait d’une part de l’existence de lignes politiques, voire de cultures politiques, assez différentes en son sein et d’autre part la compréhension que ce mouvement est engagé dans une lutte sans merci contre des ennemis, tant en Espagne que dans le contexte européen. Formés aux Sciences Politiques, brillants universitaires, il n’est pas sûr que les dirigeants de Podemos aient pleinement pris conscience de ce que cela implique.

Mais, il reste alors une question importante qui est posée par cet ouvrage : la définition du « populisme », de la stratégie suivie par Podemos, et plus généralement de ce qu’implique le discours inspiré par les travaux de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. C’est ce qui fait l’importance théorique de cet ouvrage. On y reviendra dans un prochain billet.

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Notes

[1] Barret C., Podemos – Pour une autre Europe, Paris, Editions du Cerf, 2015, 246p,

[2] Mouffe C., Gramsci and Marxist Theory. Londres – Boston: Routledge / Kegan Paul, 1979

[3] Laclau E., La Raison Populiste, FCE, Buenos Aires, 2005.

[4] Mouffe C., The Challenge of Carl Schmitt. Londres – New York, Verso, 1999

[5] Laclau E. et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste [1985], FCE, Buenos Aires, 2004.

[6] Scannone J-C, Le pape du peuple. Bergoglio raconté par son confrère théologien, jésuite et argentin, entretiens avec Bernadette Sauvaget, Paris, Editions du Cerf, 2013.

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Source : http://russeurope.hypotheses.org/4591

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 10:30

Extraits de l’article (1) de Politis, puisés dans le Meilleur des Mondes et Le retour des meilleurs des mondes.

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

« Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques — élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste — demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. »

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Diverses vidéos de Aldous Huxley (3, 4, 5), (2) étant une analyse de l’œuvre.

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  1. Politis : http://www.politis.fr/Le-Meilleur-des-mondes-la,31256.html
  2. Analyse de la dystopie (contre utopie) qu’est : Le meilleur des mondes : https://www.youtube.com/watch?v=HLrJc7RNXTE
  3. Retour au meilleur des mondes : https://www.youtube.com/watch?v=oJIT5VcWXyA
  4. Dictature et surpopulation : https://www.youtube.com/watch?v=jE6wppWhOx0
  5. Faire accepter à la population sa propre servitude :

https://www.youtube.com/watch?v=x2Mi5r4njo4

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 09:17

Sous titré : Pour que ma fille croie encore à l’économie – Editions Flammarion

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J’en suis à mon 3ième livre de Varoufakis, et toujours cette même impression de ne pas avoir perdu mon temps. Si bien que je vais me taper tous les autres bouquins édités en français.

Livre d’économie certainement, mais encore d’histoire, de politique et de réflexions. Livre de pédagogue talentueux et cultivé également, ce qui ne gâte rien. Un livre à la portée de tous, ce qui n’est pas négligeable.

Notre monde est rare de personnes qui s’attachent à décrypter l’époque, utilisant les mythes pour expliquer ses erreurs et les promesses qu’elle contient. Rare d’hommes et de femmes ‘politiques’ qui sortent le nez du guidon pour proposer autre chose que la lutte des places, les querelles intestines.

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4ième de couverture

« Sans même nous en apercevoir, nous sommes devenus cyniques au sens où l'entendait Oscar Wilde : nous savons tout du prix des choses mais rien de leur valeur. »

Dans ce livre, Yanis Varoufakis explique à sa fille que l'économie est trop importante pour être laissée aux seuls spécialistes et qu'il y a, à la source de toute théorie économique, un débat fascinant sur les angoisses humaines.

En s'inspirant de films tels que Matrix ou Blade Runner et de figures littéraires comme Faust ou le docteur Frankenstein, en puisant dans la mythologie ou dans la vie quotidienne, Yanis Varoufakis replace l'économie au cœur de la cité et tranche avec le discours dominant des économistes contemporains.

Un livre clair et pédagogique qui s'adresse à tous ceux qui veulent comprendre le monde moderne.

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Quelques extraits qui sont des réflexions, qui ne rendent pas compte des explications économiques, trop longues à transcrire, mais dont la lecture est très abordable.

P10 … si nous ne sommes pas capables de parler d’économie avec nos enfants, ils ne comprendront jamais qui est responsable de quoi, ni pourquoi !

P11 ….nous nous sommes laissés gagner par un mode de pensée simpliste, selon lequel il faut séparer la sphère économique des sphères politique, philosophique et culturelle. L’économie a acquis ainsi une énorme puissance discursive et sociale, aux dépends de la démocratie, de la politique et de la culture, qui ont commencé à pâlir, à ne plus êtres que les ombres d’elles-mêmes.

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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 10:50

Une émission sur l'émission littéraire à voir avant qu’il ne soit trop tard car elle ne va durer que quelques jours. A moins que…

Des moments d’Apostrophes sont repris dans ce document, ils nous permettent de comparer avec les émissions littéraires actuelles, certainement trop lisses, où chacun s’emploie à être aimable. C’était un autre ton.

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http://pluzz.francetv.fr/videos/les_vendredis_d_apostrophes_,130392301.html

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 05:49

Éditions: Les liens qui libèrent

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Un petit livre (par le nombre de pages) sur le contenu duquel on doit s’arrêter, qui reprend le discours prononcé par Yanis Varoufakis à Frangis en Bresse fin août.

Sont relatés les ‘empêchements’ éprouvés par le gouvernement grec, Syrisa ayant emporté les élections, pour conduire une politique humanitaire, de justice et de redressement économique et social. Davantage que cela, c’est une radiographie de ce qu’est ce jour l’Europe prise en otage par une idéologie qui se veut éternelle et qui n’entend pas que soit apportée la preuve qu'une autre politique que la sienne est possible. C’est encore l’histoire racontée et commentée à chaud certes des rapports de la Grèce avec l’Europe mais également des rapports des états européens avec l’Europe. C’est aussi un communiqué qui fait état de l’absence cruelle des peuples en Europe. Et comme cette histoire un instant mise en scène par le sort fait à la Grèce est notre histoire, et certainement notre histoire à venir (1), la lecture de ce livre parait utile.

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Extraits

Page (1) …j’avais compris le message. Je voyais bien que les gens de la Troïka n’étaient pas intéressés par les réformes touchant l’oligarchie, en partie parce qu’ils avaient d’excellentes relations avec les oligarques –dont la presse a soutenu sans réserve la Troïka contre nous – et en partie parce qu’ils avaient d’autres poissons à frire, la France étant le plus gros…

Page 45 …à ceux qui disent ‘plus d’Europe’ et parlent en faveur d’une ‘union politique’, je dis : méfiez-vous ! L’Union soviétique était aussi une union politique. La question est : quel genre d’union politique ? Un royaume démocratique de prospérité partagée ? Ou une cage de fer pour les peuples d’Europe…

Page 61…pour en revenir à ce bon vieux Manifeste que j’ai évoqué (…) il est toujours vrai que l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes. La seule force politique qui l’a oublié est…la gauche. La droite n’a jamais cessé de poursuivre la guerre des classes dans la pratique tout en utilisant chaque crise pour opposer les nations fières les unes aux autres…

Page 65 …la diversité et la différence n’ont jamais été un problème pour l’Europe. Notre continent a commencé à se réunir avec de nombreuses langues et de nombreuses cultures différentes, mais il est en train de finir divisé par une monnaie commune. Pourquoi ? Parce que nous laissons nos dirigeants faire quelque chose qui ne peut être fait : dépolitiser l’argent, pour faire de Bruxelles, de l’Eurogroupe, de la BCE, des zones franches apolitiques. Quand la politique et l’argent sont dépolitisés, la démocratie se meurt. Et quand la démocratie meurt, la prospérité est réservée à un très petit nombre de gens (…..) les peuples d’Europe doivent de nouveau croire que la démocratie n’est pas un luxe offert aux créanciers et refusé aux endettés….

Page 83 …la question n’est pas de savoir si nous voulons l’euro, la drachme ou le franc. Encore une fois ce ne sont que des instruments (…) La question est : que voulons-nous faire de l’Europe ?...

Page 101 …ce qui s’est passé finalement, c’est que nous avons crée le goulag, et qu’au lieu d’aller chercher vers le socialisme lors de la chute du rideau de fer, nous nous sommes résignés à en sortir…

Page 103 … je pense que nous devons maintenir la souveraineté du peuple, et, en internationalistes, essayer de l’étendre, bien sûr. Je ne me bats pas pour maintenir exclusivement la souveraineté nationale grecque, mais je ne veux pas non plus l’abandonner contre rien en échange. Si nous voulons unifier et créer un peuple souverain européen, alors je serai tout à fait pour. Je suis un internationaliste. Nous pouvons avoir un mouvement international souverain. Il n’y a pas de doute que la globalisation détruit la souveraineté nationale, et ne la remplace par aucune autre souveraineté alternative : les seuls à demeurer souverains sont les capitalistes….

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:38

Qui ne connait pas les chansons du grand Claude Nougaro ?

Parolier, amateur de jazz - je ne vais pas vous faire le baratin - , Nougaro a travaillé avec de nombreux compositeurs : Michel Legrand, Michel Portal, Ornette Coleman, Jacques Datin, …. mais également il a souvent mis de beaux textes qui collent à la perfection sur leurs créations. De fait cet amusement qui consiste à écouter l’original et ce qu’en a fait Nougaro :

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Brubeck

  • Three to get ready/Le jazz et la java

https://www.google.fr/search?q=three+to+get+ready+brubeck&ie=utf-8&oe=utf-8&gws_rd=cr&ei=fr4sVvX-K8aVaJy4mZgK

https://www.youtube.com/watch?v=zmRgXOw1o3A

  • Blue rondo à la turk/A bout de souffle

https://www.youtube.com/watch?v=zmRgXOw1o3A

https://www.youtube.com/watch?v=Arefy7Ma_nE

  • Take five/Jet set

https://www.youtube.com/watch?v=vmDDOFXSgAs

https://www.youtube.com/watch?v=_I9QlajP8HM

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Thélonius Monk

  • Round midnigth/Autour de minuit

https://www.youtube.com/watch?v=ojtuDUbRoxI

https://www.youtube.com/watch?v=kzAw_HPVGcc

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Sonny Rollins

  • Saint Thomas/A tes seins

https://www.youtube.com/watch?v=UA2XIWZxMKM

https://www.youtube.com/watch?v=kzAw_HPVGcc

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Quincy Jones

  • For Lena and Lenny/Mon disque d’été

https://www.youtube.com/watch?v=uXa3Qau7NY8

https://www.youtube.com/watch?v=5ct4bdTE7ig

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Etc…

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