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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 07:03

Collection 1018, n°4725

*

A lire sans faute, as-tu écrit. Ce que j’ai fait. J’ai lu d’un long trait entre 2 moments rugbystiques, le 1ier hier décevant, l’autre magnifique ce dimanche après-midi qui a vu la victoire des argentins, presque celle des écossais. J’ai lu ce roman, ou bu, je ne sais trop, aussi bon que ce vin blanc sec du domaine de Cadablès du côté de Gabian, entièrement issu d’un terret, cépage tenu dans un tel mépris qu’il a pratiquement disparu, que tu m’avais servi, et qui m’avait laissé en bouche une sensation de pierre sèche jamais éprouvée tant j’ai le palais étamé par la clope, tandis que M.J préparait un poisson en portefeuille cuisiné à l’espagnole.

Mais je ne suis pas là pour parler rugby et picrate mais du bouquin. Tu me facilites le boulot ; je vais me servir des notes que tu as bien voulu me faire parvenir, recueillies dans le livre même, suffisantes pour ne pas avoir à aller chercher ailleurs.

Merci

Exergue

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***

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les

visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.

C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables

vies d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leurs progénitures de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

**

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour se consacrer pleinement à l’écriture. En 2002, elle publie son premier roman Quand l’empereur était un dieu (Phébus, 2004), qui remporte immédiatement un grand succès. Son deuxième roman, Certaines n’avaient jamais vu la mer a été considéré dès sa sortie aux États-Unis comme un chef-d’œuvre et a reçu le PEN/ Faulkner Award for fiction.

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Extraits du bouquin :

Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d’élégants vêtements, mais la plupart d’entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n’avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l’océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s’était jetée à l’eau par un triste matin

*

Cette nuit-là, nos nouveaux maris nous ont prises à la hâte. Ils nous ont prises dans le calme. Avec douceur et fermeté, sans dire un mot. Persuadés que nous étions vierges, comme l’avait promis la marieuse, ils nous ont traitées avec les plus grands égards. Dis-moi si ça fait mal. Ils nous ont prises par terre, sur le sol nu du Minute Motel. En ville, dans les chambres de second ordre du Kumamoto Inn. Dans les meilleurs hôtels de San Francisco où un homme jaune était autorisé à pénétrer à l’époque. Au Kinokuniya Hotel. Au Mikado. À l’hôtel Ogawa. Nous leur appartenions et ils supposaient que nous ferions tout ce qu’ils nous demanderaient. S’il te plaît, tourne toi vers le mur et mets-toi à quatre pattes. Ils nous ont prises par le coude en disant tranquillement : « Le moment est venu. » Ils nous ont prises avant que nous ne soyons prêtes et nous avons saigné pendant trois jours. Ils nous ont prises avec notre kimono de soie blanche relevé par-dessus la tête et nous avons cru mourir. J’avais l’impression d’étouffer. Ils nous ont prises avec gourmandise, voracité, comme s’ils attendaient ce moment-là depuis des siècles. Ils nous ont prises alors que nous souffrions toujours des nausées de la traversée, et que le sol tanguait encore sous nos pieds. Ils nous ont prises dans la violence, à coups de poing, chaque fois que nous tentions de résister. Ils nous ont prises alors que nous les mordions. Les frappions. Les insultions - Tu ne vaux même pas le petit doigt de ta mère - en appelant au secours (nul n’est venu). Ils nous ont prises alors que nous nous agenouillions à leurs pieds, face contre terre, en les suppliant d’attendre. Ne peut-on patienter jusqu’à demain ? Ils nous ont prises par surprise, car certaines d’entre nous n’avaient pas été informées par leur mère de ce qui les attendait précisément. J’avais treize ans et je n’avais jamais regardé un homme dans les yeux. Ils nous ont prises en nous priant d’excuser leurs mains calleuses, et nous avons tout de suite compris qu’ils étaient fermiers et non banquiers. Ils nous ont

prises tranquillement, alors que penchées à la fenêtre nous admirions les lumières de la ville, en contrebas. « Es-tu heureuse ? » se sont-ils enquis. Ils nous ont attachées et prises face contre terre, sur le tapis usé qui sentait le moisi et les crottes de souris. Ils nous ont prises avec frénésie sur des draps aux taches jaunies. Avec aisance et sans histoires, car certaines d’entre nous avaient vécu cela bien des fois. Sous l’emprise de l’alcool. Avec brutalité, sans la moindre considération, en se moquant bien de nous faire mal. J’ai cru que mon vagin allait exploser. Ils nous ont prises alors même que nous serions les jambes en demandant : « S’il vous plaît, non. » En faisant très attention, comme s’ils risquaient de nous briser. Tu es si petite. Sans sentiment mais avec savoir-faire

- Dans vingt secondes, tu vas perdre le contrôle - et nous avons su qu’il y en avait eu beaucoup d’autres avant nous. Ils nous ont prises alors que nous regardions le plafond, indifférentes, attendant que cela se termine, sans comprendre que cela durerait des années. Ils nous ont prises avec l’aide de l’aubergiste et de sa femme, qui nous tenaient par terre pour nous empêcher de fuir. Plus aucun homme ne voudra de toi quand il en aura fini. Ils nous ont prises à la manière dont notre père prenait notre mère chaque nuit dans la pièce unique de notre hutte au village : tout à coup, sans prévenir, au moment même où nous nous endormions. Ils nous ont prises à la lumière de la lampe. Au clair de lune. Dans l’obscurité, et nous n’y voyions rien. Cela a duré six secondes, puis ils se sont effondrés sur nous pleins de petits soupirs frissonnants, et nous avons pensé : Alors c’est ça ? Cela a duré des heures et nous savions que nous aurions mal pendant des semaines. Ils nous ont prises à genoux, cramponnées au bois de lit, en pleurs. Ils nous ont prises en concentrant leur attention avec férocité sur un mystérieux point du mur qu’eux seuls pouvaient voir. En nous murmurant sans cesse « Merci » dans un dialecte familier de Tohoku qui nous a tout de suite mises à l’aise. J’avais l’impression d’entendre mon père. Ils nous ont prises en criant dans un grossier patois d’Hiroshima que nous comprenions à peine et nous avons su que nous passerions le reste de notre vie avec un pêcheur. Ils nous ont prises debout, devant la glace, en insistant pour que nous regardions notre reflet. « Tu finiras par aimer ça », disaient-ils. Ils nous ont prises avec politesse, en nous tenant les poignets et en nous priant de ne pas crier. Avec timidité, beaucoup de difficulté, en se demandant comment faire. « Excusez-moi », disaient-ils. Et puis : « C’est vous, là ? » Et puis : « Aidez-moi », et nous l’avons fait. Ils nous ont prises avec des grognements. En grondant. Avec des cris, de longs gémissements. En pensant à d’autres femmes - nous le savions à cause de cette distance dans leur regard - et ensuite ils nous ont maudites quand ils se sont aperçus qu’il n’y avait pas de sang sur les draps. Ils nous ont prises avec maladresse, et nous ne les avons plus laissés nous toucher pendant trois ans. Ils nous ont prises avec plus de dextérité que jamais auparavant et nous avons su que nous les désirerions toujours. Ils nous ont prises et nous avons crié de plaisir, puis nous nous sommes couvert la bouche de honte. Ils nous ont prises en vitesse, de façon répétée, toute la nuit durant, et au matin, quand nous nous sommes réveillées, nous leur appartenions.

*

Nous nous installions à la lisière de leurs villes, quand ils nous laissaient faire.

Quand ce n’était pas possible - Prenez garde à bien quitter cet endroit avant le coucher du soleil, disaient parfois leurs écriteaux - nous poursuivions notre chemin. Nous errions de campement en campement, par leurs vallées brûlantes et poussiéreuses - Sacramento, Imperial, San Joaquin - au côté de nos nouveaux maris, pour travailler leurs terres. Nous cueillions les fraises à Watsonville. Nous cueillions leur raisin à Fresno et Denair. À genoux, nous déterrions leurs pommes de terre avec des fourches sur Bacon Island, dans le delta, où la terre était molle et spongieuse. À Holland Tract, nous triions leurs haricots verts. Et une fois les récoltes terminées, nous remettions nos couvertures sur le dos et, un sac de vêtements à la main, nous attendions le passage du prochain train pour pousser plus loin.

*

Etc…

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 12:42

Ça commence comme ça. Un soir, à la télé, un film : Le concert. Ça va, ça va, je vous l’accorde : un mélo. Des musiciens, empêchés de jouer depuis très longtemps, ont l’occasion de jouer le Concerto en ré majeur de Tchaïkovski.

https://www.youtube.com/watch?v=_UEs0aubxoY

Pas mal.

Je cherche sur Internet et trouve l’interprétation de David Oistrakh : https://www.youtube.com/watch?v=fNCeYKfAOZI

https://www.youtube.com/watch?v=fNCeYKfAOZI

Vraiment pas mal.

Je n’y entends rien, mais la musique c’est comme pour le pinard, je sais s’il est bon, pour le moins s’il me plait, sans rien pouvoir en dire. Est-il gouleyant ? A-t-il de la jambe ? A-t-il goût à banane ou à fruits rouges ? La griotte, peut-être ? Je n’en ai rien à foutre : je bois. Là, j’écoute.

Oistrakh ? Comment ça s’écrit ? qu’il s’enquiert le personnage en blouse bleu. Je sais pas. Essayez: O. I .S. T. R. A. C. K.

Avouez que je n’étais pas loin. C . K ou K . H. On va pas faire un fromage.

Je farfouille à l’étal des CD. Et là, je vois la photo d’un zigue au violon. Itzhak Perlman qu’il s’appelle. Anthologie officielle qu’il est écrit sur la pochette et au dos le concerto en ré du dénommé Tchaïkovski. Pour voir ou plutôt pour écouter, je me munis d’un casque. « Le 5ième morceau », je demande.

https://www.youtube.com/watch?v=CTE08SS8fNk

Pas mal. Pas mal du tout le gugusse au violon. Qui c’est ? Vous le savez vous ? Pas moi.

J’achète le CD (en fait, il y en a 3 pour le prix d’1 ; une affaire) : Les triomphes d’Itzhak Perlman que c’est le titre, pas moins de plus de trente morceaux et quasiment autant de compositeurs. Et là, mes petits loups, une merveille. Que je l’écoute toujours en vous écrivant cette bafouille. Et que, comme je suis bonne pâte, je vous file le lien pour les écouter.

http://www.musicme.com/Itzhak-Perlman/albums/Les-Triomphes-D'itzhak-Perlman-0825646028818.html

Mais le gars Itzhak, je me permets depuis que j’ai fait sa connaissance, il touche aussi à la musique dite klezmer, normal n’est pas… moi j’en savais rien.

https://www.youtube.com/watch?v=FjkUJ9d6dDQ

mais aussi au jazz

avec le Modern Jazz Quartet

https://www.youtube.com/watch?v=GD9D1d1T4WQ

avec Oscar Peterson

https://www.youtube.com/watch?v=gNWQyu9Kcbk

avec Misty, Oscar Peterson

https://www.youtube.com/watch?v=WNORzxMIoK8

avec Dizzy Gillespy, Jon Faddis et Chick Coréa (là, j’ai hésité à vous filer la vidéo car on y voit le promoteur de la 1ier guerre du Golfe et ça me file des boutons. Alors, j’ai fermé les yeux et ouvert les portugaises).

https://www.youtube.com/watch?v=7HtIj_0B81c

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 16:18

Vincent Pierani : accordéoniste talentueux, c’est évident. Le voici en concert cette année avec Emile Parisien - à la clarinette et au saxo - qui n’est pas en reste.

*Concert: https://www.youtube.com/watch?v=udUuAY0GIvI

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Avec Michel Portal : https://www.youtube.com/watch?v=IGwyYxPfhBU

Avec Michel Portal et Emile Parisien : https://www.youtube.com/watch?v=JA5njpKGu9M

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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Parisien

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vincent_Peirani

Un article paru dans Culturebox : http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/jazz-blues/vincent-peirani-star-de-laccordeon-ce-qui-marrive-est-hallucinant-228619

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 06:21

Il y a mille manières de rencontrer une œuvre pour un ignorant. La rencontre se fit il y a une cinquantaine d’années par l’intercession de Richard Anthony et sa chanson ‘Mon amour’. Tout est parti de là. Et c’est en écoutant, il y a peu, sur Internet, un concert de Bebo Valdes et Diego el Cigala, que j’entends à nouveau au final le célèbre adagio.

J’avais pu me payer mon premier tourne-disque et me précipitais pour acheter la version originale et paisible avec à la guitare Narcisso Yepes, rapidement celle du Modern Jazz Quartet dans lequel un xylophone aux sonorités cristallines remplaçait l’instrument principal, ensuite celle merveilleuse à capela des Swingle Singers, et bien sur celle de Jean-Christian Michel à la clarinette que j’étais allé entendre un soir dans une église de Clamart et que j’appréciais peu. Le fils de mon logeur, passionné de jazz, et que de cela, me proposa alors l’interprétation à la trompette de Miles Davis : un chef-d’œuvre.

Longtemps après, j’écoute Chet Baker et ses acolytes ainsi que Paco de Lucia. Rien n’a changé. La magie est toujours là.

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Narcisso Yepes https://www.youtube.com/watch?v=RxwceLlaODM

Modern Jazz Quartet https://www.youtube.com/watch?v=aBRYA70nt60

The Swingle Singers https://www.youtube.com/watch?v=LQHb_TXWbn8

Miles Davis https://www.youtube.com/watch?v=0STFd-BGSLU

Bebo Valdes et Diego el Cigala https://www.youtube.com/watch?v=HKa7MN8qrTE

Paco de Lucia https://www.youtube.com/watch?v=e9RS4biqyAc

Chet Baker, Paul Desmond, Jim Hall, Ron Carter, Steve Gadd, Roland Hanna

https://www.youtube.com/watch?v=-Mc2GPTZaxk

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 17:32

Pour être in, il est des chanteurs pour s’exprimer en sabir anglo-saxon, camouflant ainsi l’indigence de leurs propos. Bebe use de sa langue natale, ce qui lui vaut, déjà, considération.

Bebe a une voix particulière, un peu rauque dans certaines chansons (Malo, Cocaine) pour mieux servir ses textes. Elle s’empare également de toutes les styles : flamenco, rap, tango, rock, folk, musique traditionnelle,…. pour trouver le mode d’expression qui convient à ce qu’elle a à dire car, répétons-le, elle a quelque chose à dire.

Malo’ dénonce les violences faites aux femmes, Siempre me quedara aborde le thème de l’anorexie,… Insolentes, agressives, vives, tendres, sombres ou gaies, ses chansons nous donnent à partager émotions et réflexions.

L’Espagne, quoique quelques uns en pensent, a de quoi faire rêver. Profitons-en !

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Pour la découvrir :

https://www.youtube.com/watch?v=C5j7hkNP-xA&index=1&list=RDC5j7hkNP-xA

Textes :

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 04:10

Éditions Indigène

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4ième de couverture

« Nous étions fatigués d’être fatigués. Alors, nous nous sommes mis en marche ». Avec la cohorte des invisibles et des repères historiques allant de Gandhi aux expériences innovantes de l’Amérique latine, rompant avec la réconciliation honteuse instaurée par le régime de 1978 après la mort de Franco.

En 2010, ils (1) créent La Tuerka, leur propre émission de débat politique, à la télé. Alors que déferle sur Madrid la marée des Indignés, ils se raccordent au sens commun avec des mots comme « caste », « vendeurs de patrie », « souveraineté » et, pour objectif, le pouvoir citoyen. En janvier 2014, ils fondent Podemos, leur « mouvement-parti ». En mai, ils obtiennent cinq sièges au Parlement européen. Une autre Europe est possible, disent-ils, du Sud, « des citronniers », émancipée du « IVe Reich financier ». Dans ce livre, ils racontent comment leur jeune bande a pu bouleverser le paysage politique. À notre tour, nous le pouvons…

Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou

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(1) - Carolina Bescansa, Íñigo Errejón, Pablo Iglesias et Juan Carlos Monedero ont tous été des acteurs essentiels de la création, en janvier 2014, de Podemos. Ana Domínguez est historienne et coordinatrice éditoriale à Los libres del lince ; Luis Giménez, un des responsables de la communication de Podemos.

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Les Inrocks : http://www.lesinrocks.com/2015/06/01/actualite/podemos-veut-exporter-son-modele-11751203/

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 06:55

Edgar Faure écrivait des romans policiers car, disait-il : (de mémoire) ils permettent de faire passer des idées plus facilement qu’un discours. Marc Dugain se défend de poursuivre un tel objectif, mais il faut bien relever ceci, page 54 et suivantes de L’Emprise (Folio) :

« Marquet….aurait pu être de droite s’il n’avait pas trouvé la droite trop affairiste et préoccupée des privilèges de son électorat. Il aurait pu être de gauche si celle-ci avait montré plus de courage politique et ne passait pas son temps à couver son électorat qui soignait sa dépression chronique par un conservatisme viscéral….. Il n’abordait jamais idéologiquement le thème de la mondialisation, considérant que les idéologies sont à l’homme ce que la corbeille est au chien. Il définissait la mondialisation comme une perte de contrôle des gens sur leur propre vie en contrepartie de l’opportunité de consommer moins cher…. La mondialisation était selon lui la continuation du système colonial. Les nations développées continuaient à se procurer des matières premières et de la main d’œuvre à bas prix. Le consommateur final y trouvait son compte même s’il rechignait à l’avouer. Les biens de consommation étaient à moitié prix de leur valeur, celle qui résulterait d’un salaire juste. Pas celui perçu par des hommes et des femmes entassés dans des usines insalubres du Bengladesh ou alignés comme des pions dans d’interminables usines chinoises sous le regard implacable des membres du parti qui garantissaient l’ordre social aux manufacturiers étrangers. Chaque chose ayant son revers, ce qu’on gagnait au niveau du prix, on le perdait au niveau de l’emploi,……………L’idée communiste ruinée par la mégalomanie paranoïaque des dirigeants s’était évanouie et les nations qui l’avaient endurée s’étaient précipitées dans le seul système qui régissait désormais la planète : l’avidité…… L’addiction aux sondages de la classe politique et des médias avait fini par lui donner le sentiment d’un monde virtuel aussi ridicule qu’un monde où, indifféremment, malades et bien portants vivraient en prenant leur température. Ou alors, et c’était une option pour le futur, il fallait changer le système d’expression politique en permettant aux citoyens de voter directement sur chaque sujet……Par le jeu des institutions, (la classe politique) se trouvait de moins en moins représentative. Les partis dominants représentaient chacun moins de 30% de l’électorat…..…… ».

Le livre décrit les mœurs politiques bien loin de celles que, dans notre candeur, nous imaginons et que l’actualité nous rappelle avec l’affaire Boulin qui ressurgit.

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Dans cet autre livre : La malédiction d’Edgar, il s’agit de la vie à la tête du FBI d’Edgar Hoover qui, de 1924 1972, sous le mandat de 8 présidents des Etats-Unis a été le vrai « patron » de ce pays en ayant placé tout son monde sur écoute et en ayant des dossiers sur tous, ce qui le rendait ‘indébarquable’. Là encore un roman, plus ou moins policier, et qui comme le précédent offre quelques pages d’analyse sur le libéralisme (dernier quart du bouquin). Roman qui n’épargne pas le mythe Kennedy, du papa peu fréquentable aux enfants peu reluisants.

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http://television.telerama.fr/television/un-conflit-hoover,103998.php

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Un bon moment à passer, une écriture vive, et on apprend quelque chose.

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 14:08

Editions Albin Michel

Le capitalisme n’est rien sans les capitalistes, autrement dit : quelle importance le capitalisme s’il ne se trouve personne pour le mettre en œuvre. J’ai toujours été frappé de cela : qu’on vilipende une doctrine en évitant de s’attacher concomitamment aux êtres humains qui l’exercent. C’est, à mon sens, pratiquer l’esquive. Peu me chaut le fascisme s’il n’y pas de fascistes, le capitalisme sans capitalistes. Conscient de cela, François Delapierre nommait, avec juste raison, les salopards qui avaient fait un sort à Chypre. La doctrine pouvait bien exister condamnant potentiellement ce pays à la faillite qu’elle était inféconde si des salopards n’avaient pas décidé de l’appliquer. Pareillement, la Grèce et son peuple ne subiraient pas le sort qui leur est fait, s’il ne se trouvait des Merkel, des Schauble, et des comparses, pour agir contre eux. Et puis, au tribunal, s’il en était un pour juger des conséquences du capitalisme, ce sont des individus qui seraient appelés à comparaître car les idées et leurs effets n’existent que des « humains ».

Ce n’est donc pas le capitalisme qui est primitivement porteur de l’instinct de mort, mais bien les créatures.

J’ai également été frappé de cette capacité qu’ont certains d’entre nous, soit par cupidité soit par désir de puissance soit par fanatisme, à aller jusqu’au bout, sachant pertinemment qu’au bout, à poursuivre leur soif inextinguible, ils trouveraient eux aussi la mort. Il n’est pas étonnant que José Millan-Astray ait pu lancer ces abjections : « Viva la muerte !», puis s’adressant à Miguel de Unamuno « A mort l’intelligence traitresse ». Il n’est pas étonnant que les Bush aient fait la guerre en Irak, Sarkozy en Libye, que Schauble se soit montré intransigeant, on dit psychorigide, vis-à-vis de la Grèce, ils ont tous, en eux, cette pulsion de mort qui les fait aller jusqu’au bout, jusqu’à ce bout qui inscrit notre destruction, et la leur.

J’ai donc lu le livre cité avec ce plaisir qui fait qu’on y va à la rencontre de ses propres idées qui ne valent pas un pet de nonne quand on est un ver de terre.

Il n’est pas tout à fait dans ce livre ce que vous venez de lire mais il y est question du capitalisme et de l’instinct de mort dans le croisement de la pensée de Keynes et de celle de Freud. On partagera du premier l’optimisme qui nous donne à penser que la Grèce et son peuple, aujourd’hui défaits, portent en ce moment un avenir plus humain et pour eux et pour nous, du second le pessimisme car, allez savoir pourquoi, il y aura toujours des salopards pour qui l’intelligence qui propose la vie sera toujours traitresse.

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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 19:55

Éditions du Seuil

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Compte rendu du livre :

http://www.larevuetoudi.org/fr/story/travers%C3%A9e-de-la-nuit-genevi%C3%A8ve-de-gaulle-compte-rendu

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Un passage :

« Pour le moment, je suis dans un bâtiment à l’intérieur du camp de Ravensbrück, appelé bunker. C’est une prison qui sert aussi de cachot. En ce cas il n’y a pas de couverture, ni de paillasse, le pain est distribué tous les trois jours, la soupe tous les cinq jours. La condamnation au bunker est accompagnée d’une bastonnade : vingt-cinq, cinquante ou soixante-quinze coups auxquels la détenue survit rarement. Nous savons tout cela au camp et aussi que des jeunes femmes, cobayes humains, ont subi dans ce lieu les horribles expériences du professeur Gebbardt.

Comme, décidemment, le sommeil ne revient pas, je pense aux soixante-quinze petits lapins (kaninchen, c’est ainsi qu’on les appelle). Leurs jambes sont atrocement mutilées, elles sautillent en s’aidant de béquilles rudimentaires. Ces jeunes filles polonaises (la plus jeune, Bacha, a quatorze ans) ont subi des prélèvements d’os et de muscles, certaines jusqu’à six fois, et le chirurgien célèbre, professeur à l’université de Berlin, a contaminé les blessures avec la gangrène, le tétanos ou le streptocoque. Ainsi prétendait-il démontrer que le gauleiter Heydrich, qu’il avait soigné après son attentat, ne pouvait survivre aux infections de ses plaies.

Après les premières séries « d’opérations », nos camarades avaient essayé de résister pour ne pas subir d’autres expériences. Mais elles ont été vite ligotées et enfermées dans le bunker ou Gebbart a poursuivi ses interventions, sans aseptie, sans anesthésie. Ici, j’imagine mieux leur supplice. »

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Le camp de concentration de Ravensbrück (à lire)

http://www.jewishgen.org/ForgottenCamps/Camps/RavensbruckFr.html

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Geneviève de Gaulle Anthonioz -Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Genevi%C3%A8ve_de_Gaulle-Anthonioz

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 08:03

Éditions Plon

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Pamphlet contre l’Allemagne ? L’auteur ne s’en cache pas.

L’Allemagne mérite-t-elle pareille charge ? Sans doute, car il est juste et urgent de remettre à sa place ce pays qui entend dicter leur conduite aux autres pays européens quand ce n’est pas leur imposer ‘sa loi’, et tandis que sa situation dans de nombreux domaines, gratté le vernis, est loin d’être reluisante.

Urgent aussi, car l’Allemagne est proposée comme un modèle économique par nos ‘élites’ en panne de réflexion et de courage politique, un modèle qui, si nous y souscrivions, nous conduirait droit à l’abime social et économique. A cet égard, il est assez curieux que ces ‘élites’, le plus souvent autoproclamées, individus qui se prétendent sensés, n’aient d’autre ambition que d’être en voulant ressembler aux autres et n’éprouvent pour leur pays que dégoût.

La force du livre de Mélenchon tient dans les arguments dont il use : statistiques dont raffolent ordinairement les ‘experts’ mais qu’ils se gardent bien de produire dès lors qu’elles ne concourent pas à établir leur vision, mais encore analyses d’économistes et sociologues allemands dont nul ne se fait l’écho en France car il est bien connu qu’on ne saurait divulguer ce qui ne soutient pas la cause devant laquelle on se pâme.

En ce sens le travail de Mélenchon est salutaire et le serait davantage encore si chacun s’emparait du livre pour fonder une opinion plus équilibrée que celle que la médiacratie – médiocratie ? - nous propose.

Le livre, creusant l’histoire, à cet autre avantage de nous donner à comprendre les tendances lourdes de l’Allemagne, ces permanences qui façonnent la politique d’un pays, ceci quels que soient les gouvernements en place. Cette Allemagne ‘exemplaire’ pour les uns, arrogante et expansionniste pour les autres pour cause d’espace vital, brutale encore, nous avons eu l’occasion de la voir à l’œuvre par 3 fois depuis Bismarck. Aujourd’hui sa manière n’est pas la même, mais son rêve d’une Europe allemande demeure.

À lire, pour se décrasser l’esprit.

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