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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 15:23

 

Entretien avec AlainTaguief animé par Philippe Petit. Livre : La République menacée.

 

- (Philippe Petit). Daniel Sibony disait au milieu des années 80 que la lutte des classes avait cédé le pas à la lutte des places. Diriez-vous aujourd’hui que la lutte des places cède le pas à la lutte pour la reconnaissance sociale ?

 

- (Alain Taguieff). J’observe moins une succession qu’une coexistence, qu’une conflictualité sociale à multiples faces. La peur de perdre sa place dans la société s’est moins substituée qu’ajoutée à celle de ne pas en avoir ! L’analyse des formes d’anomie* de la nouvelle société de précarité et de chômage permet de concrétiser le modèle d’intelligibilité construit par Alain Touraine au début des années 90, pour rendre compte de la transition chaotique d’une société verticale structurée par la lutte des classes à une société traversée par des zones de vulnérabilité ou de basculement exclusionnaire, une société horizontale tendant à la ségrégation, structurée par des dynamiques ségrégatives : « Nous vivons en ce moment le passage d’une société de classes avec des gens en haut et des gens en bas, à une société horizontale où l’important est de savoir si on est au centre ou à la périphérie.(….) L’affaire n’est plus aujourd’hui d’être up or down mais in or out ; ceux qui ne sont pas in veulent l’être, autrement ils sont dans le vide social. »*

C’est pourquoi la crise urbaine, projection spatiale de la transition ségrégative en cours, a pris une telle valeur symbolique. Conflits et tensions s’expriment et s’inscrivent désormais dans l’espace urbain et péri-urbain. Les nouveaux clivages prennent un visage géographique : entre les zones HLM et les secteurs pavillonnaires, entre les centres-villes et les quartiers populaires (ou les banlieues), etc. La barrière entre le dedans et le dehors,  entre les inclus et les exclus, paraît s’y donner à voir, alors même que les nouveaux clivages tendent à se diluer dans l’espace public, au point de devenir invisibles. La traversée des barrières a remplacé l’ascension sociale. Mais celle-là est plus improbable que ne l’était celle-ci. Frontières ou barrières doivent s’entendrent en divers sens : frontières des banlieues, du chômage, de l’accès à l’information, aux relations, etc. Tel est le fait brut, hautement inquiétant, qui constitue le noyau dur de la crise urbaine : il y a des habitants qui ne sont pas vraiment des citadins, il y a des gens qui vivent là sans être vraiment des citoyens. C’est que la crise urbaine est en même temps l’écho de la crise nationale, de la crise qui affecte à certains égards l’Etat-nation assimilateur à la française, soit un type d’Etat-providence aux multiples mécanismes protecteurs et intégrateurs jusque là éprouvés. Les immigrés naturalisés illustrent massivement la catégorie de ces nationaux qui ne sont pas vraiment des citoyens. Les nationaux désaffiliés, « décitoyennisés », sont des accidentés de la mondialisation, des laissés-pour-compte des restructurations économiques impliquées par la globalisation ou le « turbo-capitalisme ».

 

* anomie : absence d’organisation naturelle ou légale

      * « Nous vivons actuellement…… vide social ». Alain Touraine « Face à l’exclusion »

 

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 10:58

 

 

par José Saramago

 

Que reste-t-il de la démocratie ?

Article paru dans le Monde Diplomatique

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/SARAMAGO/11481

 

 

Sur la démocratie.

vidéo

http://www.dailymotion.com/video/x86xgh_08-jose-saramago-portugal-sur-la-de_news

 

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 05:59

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,

Lorsque les fils ne tiennent pas compte de leurs paroles,

Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,

Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, en dessus d’eux, l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté, et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.

 

Platon  dans  La République

 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 06:11

 

Monsieur l'Instituteur,

L'année scolaire qui vient de s'ouvrir sera la seconde année d'application de la loi du 28 mars 1882. Je ne veux pas la laisser commencer sans vous adresser personnellement quelques recommandations qui sans doute ne vous paraîtront pas superflues après la première année d'expérience que vous venez de faire du régime nouveau. Des diverses obligations qu'il vous impose, celle assurément qui vous tient le plus à cœur, celle qui vous apporte le plus lourd surcroît de travail et de souci, c'est la mission qui vous est confiée de donner à vos élèves l'éducation morale et l'instruction civique : vous me saurez gré de répondre à vos préoccupations en essayant de bien fixer le caractère et l'objet de ce nouvel enseignement ; et, pour y mieux réussir, vous me permettrez de me mettre un instant à votre place, afin de vous montrer, par des exemples empruntés au détail même de vos fonctions, comment vous pourrez remplir à cet égard tout votre devoir et rien que votre devoir.

La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d'une part, elle met en dehors du programme obligatoire l'enseignement de tout dogme particulier, d'autre part elle y place au premier rang l'enseignement moral et civique. L'instruction religieuse appartient aux familles et à l'église, l'instruction morale à l'école.

Le législateur n'a donc pas entendu faire une œuvre purement négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l'école de l'église, d'assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer enfin deux domaines trop longtemps confondus, celui des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensables à tous. Mais il y a autre chose dans la loi du 28 mars : elle affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale et de la fonder sur des notions du devoir et du droit que le législateur n'hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer.

Pour cette partie capitale de l'éducation, c'est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l'enseignement religieux, on n'a pas songé à vous décharger de l'enseignement moral : c'eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l'instituteur, en même temps qu'il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul.

En vous conférant de telles fonctions, le Parlement s'est-il trompé ? A-t-il trop présumé de vos forces, de votre bon vouloir, de votre compétence ? Assurément il eût encouru ce reproche s'il avait imaginé de charger tout à coup quatre-vingt mille instituteurs et institutrices d'une sorte de cours ex professo sur les principes, les origines et les fins dernières de la morale. Mais qui jamais a conçu rien de semblable ? Au lendemain même du vote de la loi, le Conseil supérieur de l'instruction publique a pris soin de vous expliquer ce qu'on attendait de vous, et il l'a fait en des termes qui défient toute équivoque. Vous trouverez ci-inclus un exemplaire des programmes qu'il a approuvés et qui sont pour vous le plus précieux commentaire de la loi : je ne saurais trop vous recommander de les relire et de vous en inspirer. Vous y puiserez la réponse aux deux critiques opposées qui vous parviennent. Les uns vous disent : Votre tâche d'éducateur moral est impossible à remplir. Les autres : Elle est banale et insignifiante. C'est placer le but ou trop haut ou trop bas. Laissez-moi vous expliquer que la tâche n'est ni au-dessus de vos forces ni au-dessous de votre estime, qu'elle est très limitée et pourtant d'une très grande importance, - extrêmement simple, mais extrêmement difficile.

J'ai dit que votre rôle en matière d'éducation morale est très limité. Vous n'avez à enseigner à proprement parler rien de nouveau, rien qui ne vous soit familier comme à tous les honnêtes gens. Et quand on vous parle de mission et d'apostolat, vous n'allez pas vous y méprendre : vous n'êtes point l'apôtre d'un nouvel évangile ; le législateur n'a voulu faire de vous ni un philosophe, ni un théologien improvisé. Il ne vous demande rien qu'on ne puisse demander à tout homme de cœur et de sens. Il est impossible que vous voyiez chaque jour tous ces enfants qui se pressent autour de vous, écoutant vos leçons, observant votre conduite, s'inspirant de vos exemples, à l'âge où l'esprit s'éveille, où le cœur s'ouvre, où la mémoire s'enrichit, sans que l'idée vous vienne aussitôt de profiter de cette docilité, de cette confiance, pour leur transmettre, avec les connaissances scolaires proprement dites, les principes mêmes de la morale, j'entends simplement de cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie sans nous mettre en peine d'en discuter les bases philosophiques.

Vous êtes l'auxiliaire et, à certains égards, le suppléant du père de famille ; parlez donc à son enfant comme vous voudriez que l'on parlât au vôtre ; avec force et autorité, toutes les fois qu'il s'agit d'une vérité incontestée, d'un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d'effleurer un sentiment religieux dont vous n'êtes pas juge.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu'où il vous est permis d'aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment, car ce que vous allez communiquer à l'enfant, ce n'est pas votre propre sagesse, c'est la sagesse du genre humain, c'est une de ces idées d'ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l'humanité. Si étroit que vous semble, peut-être, un cercle d'action ainsi tracé, faites-vous un devoir d'honneur de n'en jamais sortir, restez en deçà de cette limite plutôt que de vous exposer à la franchir : vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée, qui est la conscience de l'enfant.

Mais une fois que vous vous êtes ainsi loyalement enfermé dans l'humble et sûre région de la morale usuelle, que vous demande-t-on ? Des discours ? Des dissertations savantes ? De brillants exposés, un docte enseignement ? Non, la famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens. C'est dire qu'elles attendent de vous non des paroles, mais des actes, non pas un enseignement de plus à inscrire au programme, mais un service tout pratique que vous pourrez rendre au pays plutôt encore comme homme que comme professeur.

Il ne s'agit plus là d'une série de vérités à démontrer mais, ce qui est tout autrement laborieux, d'une longue suite d'influences morales à exercer sur de jeunes êtres, à force de patience, de fermeté, de douceur, d'élévation dans le caractère et de puissance persuasive. On a compté sur vous pour leur apprendre à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux. On a osé prétendre pour vous à ce que d'ici quelques générations les habitudes et les idées des populations au milieu desquelles vous aurez exercé attestent les bons effets de vos leçons de morale. Ce sera dans l'histoire un honneur particulier pour notre corps enseignant d'avoir mérité d'inspirer aux Chambres françaises cette opinion, qu'il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l'influence ne peut manquer en quelque sorte d'élever autour d'elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n'éprouviez nul besoin de l'agrandir. D'autres se chargeront plus tard d'achever l'œuvre que vous ébauchez dans l'enfant et d'ajouter à l'enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l'office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : poser dans l'âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité.

Dans une telle œuvre, vous le savez, Monsieur, ce n'est pas avec des difficultés de théorie et de haute spéculation que vous avez à vous mesurer ; c'est avec des défauts, des vices, des préjugés grossiers. Ces défauts, il ne s'agit pas de les condamner - tout le monde ne les condamne-t-il pas ? - mais de les faire disparaître par une succession de petites victoires obscurément remportées. Il ne suffit donc pas que vos élèves aient compris et retenu vos leçons, il faut surtout que leur caractère s'en ressente : ce n'est pas dans l'école, c'est surtout hors de l'école qu'on pourra juger ce qu'a valu votre enseignement.

Au reste, voulez-vous en juger vous-même dès à présent et voir si votre enseignement est bien engagé dans cette voie, la seule bonne : examinez s'il a déjà conduit vos élèves à quelques réformes pratiques. Vous leur avez parlé, par exemple, du respect dû à la loi : si cette leçon ne les empêche pas, au sortir de la classe, de commettre une fraude, un acte, fût-il léger, de contrebande ou de braconnage, vous n'avez rien fait encore ; la leçon de morale n'a pas porté.

Ou bien vous leur avez expliqué ce que c'est que la justice et que la vérité : en sont-ils assez profondément pénétrés pour aimer mieux avouer une faute que de la dissimuler par un mensonge, pour se refuser à une indélicatesse ou à un passe-droit en leur faveur ?

Vous avez flétri l'égoïsme et fait l'éloge du dévouement : ont-ils, le moment d'après, abandonné un camarade en péril pour ne songer qu'à eux-mêmes ? Votre leçon est à recommencer.

Et que ces rechutes ne vous découragent pas. Ce n'est pas l'œuvre d'un jour de former ou de réformer une âme libre. Il y faut beaucoup de leçons sans doute, des lectures, des maximes écrites, copiées, lues et relues ; mais il y faut surtout des exercices pratiques, des efforts, des actes, des habitudes. Les enfants ont en morale un apprentissage à faire, absolument comme pour la lecture ou le calcul. L'enfant qui sait reconnaître et assembler des lettres ne sait pas encore lire ; celui qui sait les tracer l'une après l'autre ne sait pas écrire. Que manque-t-il à l'un et à l'autre ? La pratique, l'habitude, la facilité, la rapidité et la sûreté de l'exécution. De même, l'enfant qui répète les premiers préceptes de la morale ne sait pas encore se conduire : il faut qu'on l'exerce à les appliquer couramment, ordinairement, presque d'instinct ; alors seulement la morale aura passé de son esprit dans son cœur, et elle passera de là dans sa vie ; il ne pourra plus la désapprendre.

De ce caractère tout pratique de l'éducation morale à l'école primaire, il me semble facile de tirer les règles qui doivent vous guider dans le choix de vos moyens d'enseignement.

Une seule méthode vous permettra d'obtenir les résultats que nous souhaitons. C'est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d'abstractions, beaucoup d'exemples et surtout d'exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n'est pas le livre qui parle, ce n'est même plus le fonctionnaire, c'est pour ainsi dire le père de famille dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.

Est-ce à dire qu'on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d'improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors ? Personne n'y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs, ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d'instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l'opinion publique attache à l'établissement d'une forte culture morale par l'école primaire. L'enseignement laïque de la morale n'est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveillé aussitôt un si puissant écho dans le pays.

C'est ici cependant qu'il importe de distinguer de plus près entre l'essentiel et l'accessoire, entre l'enseignement moral qui est obligatoire, et les moyens d'enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d'instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c'est là une erreur que ni vous, ni vos collègues, n'avez pu commettre. Vous savez trop bien que, sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l'autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un auxiliaire et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.

Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu'il réside surtout dans l'usage exclusif d'un livre même excellent. C'est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, même de celles qui n'auraient pour suivre vos leçons le secours d'aucun manuel ; et ce sera le cas tout d'abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d'instruction civique serait manifestement inutile. A ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à l'étude prématurée d'un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l'enfant.

Dans le cours moyen, le manuel n'est autre chose qu'un livre de lectures qui s'ajoute à ceux que vous possédez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d'enseignement : le livre n'intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.

Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner ; c'est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l'esprit du jeune homme.

Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n'est pas l'action du livre, c'est la vôtre. Il ne faudrait pas que le livre vînt en quelque sorte s'interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l'impression sur l'âme de vos élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, non vous pour le livre. Il est votre conseiller et votre guide, mais c'est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.

Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous enchaîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d'instruction morale et civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu de canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe ; ou bien d'en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse ; ou bien encore, vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votre amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à faire adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les jeunes générations l'enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments.

Il dépend de vous, Monsieur, j'en ai la certitude, de hâter par votre manière d'agir le moment où cet enseignement sera partout non seulement accepté, mais apprécié, honoré, aimé, comme il mérite de l'être. Les populations mêmes dont on a cherché à exciter les inquiétudes ne résisteront pas longtemps à l'expérience qui se fera sous leurs yeux. Quand elles vous auront vu à l'œuvre, quand elles reconnaîtront que vous n'avez d'autre arrière-pensée que de leur rendre leurs enfants plus instruits et meilleurs, quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l'effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d'obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d'une incessante amélioration morale, alors la cause de l'école laïque sera gagnée, le bon sens du père et le cœur de la mère ne s'y tromperont pas, et ils n'auront pas besoin qu'on leur apprenne ce qu'ils vous doivent d'estime, de confiance et de gratitude.

J'ai essayé de vous donner, Monsieur, une idée aussi précise que possible d'une partie de votre tâche qui est, à certains égards, nouvelle, qui de toutes est la plus délicate ; permettez-moi d'ajouter que c'est aussi celle qui vous laissera les plus intimes et les plus durables satisfactions. Je serais heureux si j'avais contribué par cette lettre à vous montrer toute l'importance qu'y attache le gouvernement de la République et si je vous avais décidé à redoubler d'efforts pour préparer à notre pays une génération de bons citoyens.

Recevez, Monsieur l'instituteur, l'expression de ma considération distinguée.

Le Président du Conseil,

Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts,

Jules Ferry

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 18:57

 

 

 

 

Le texte serait de Robespierre.

Si vous avez des informations (date, titre du discours,..circonstances,...), pouvez vous les mettre en commentaire? Merci. 

 

Le titre: "Il n'y a pas 2 manières d'être libre" est tiré du texte par "Exergue". 

 


 

 

http://www.dailymotion.com/video/xcdb5c_politiques-mondialiste-oligarchie-y_news

 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 11:14

 

Réduire la démocratie à la légitimation des gouvernants par les urnes, c’est dès lors renier la promesse libératrice initiale et renouer avec une vision absolutiste du politique, ramené, poursuit Rosanvallon, à « un face-à-face entre le peuple et ses gouvernants tout en dévalorisant d’un même mouvement les corps intermédiaires, la société civile et les puissances du droit ». En nos temps incertains et instables, de passé sans testament et de futur sans certitude, cette  tentation de réduire le politique à un principe unique, sous l’apparence sauvegardée de consultations électorales, s’étend bien au-delà de sa seule ascendance proprement française, le bonapartisme. Ainsi Rosanvallon souligne-t-il qu’elle rejoint la « démocratie souveraine »  sur laquelle s’appuie l’actuel pouvoir russe postsoviétique pour justifier ses restrictions des droits de l’opposition. « Cette théorie de la démocratie souveraine, commente-t-il, ne fait qu’accomplir en la radicalisant la vision d’une démocratie qui superpose une absolutisation de la légitimation par l’élection à une exaltation de la responsabilité politique comme une relation indécomposable et globalisée entre pouvoir et société. »

 

Si le vote majoritaire est un principe incontestable de choix des gouvernants, il ne saurait être un principe permanent de justification de leurs actions une fois élus. La démocratie véritable suppose d’autres épreuves de validation, complémentaires et concurrentes du moment électoral, dans laquelle la liberté de la plurielle de la presse est un acteur essentiel. La défendre  sans réserve, c’est assumer une conception de la démocratie autrement riche et complexe que cette fiction majoritaire qui l’épuise dans les urnes. Comme si les gouvernés devaient perdre leur pouvoir une fois que, par leur vote, ils l’ont délégué. Comme si la société, dans sa diversité, ne devait s’exprimer que dans cet instant électoral qui la simplifie. Comme si la qualité d’une démocratie ne devait pas se prouver au delà de la sincérité des scrutins. Comme si, plus essentiellement encore, aucune erreur ou aberration ne pouvait sortir des urnes, résultat d’un aveuglement temporaire ou d’un accident momentané que seule l’existence d’autres mécanismes et ressorts démocratiques pourra réparer ou compenser.  

 

Extrait du livre Combat pour une presse libre de Edwy  Plenel. Editions Galaade.

 

* le titre est de Exergue

 

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 09:04

 

La Coalition ontarienne contre la pauvreté (OCAP) a une seule finalité : donner les moyens aux pauvres et aux sans-abri. …..L’OCAP est un des très rares groupes anti-pauvreté à privilégier l’organisation plutôt que la philanthropie ou même la défense des droits. Ses militants ne voient pas les pauvres comme des bouches à nourrir ou des corps à caser dans des sacs couchage. Ils les conçoivent tout autrement : comme un groupe d’intérêt qui a son mot à dire. Comme il est extrêmement difficile de faire en sorte que les sans-abri prennent conscience de leurs droits et se mesurent à leurs adversaires politiques, l’OCAP est souvent citée en exemple par les militants du monde entier.

Comment, en effet, mobiliser les sans-abri, les itinérants, les pauvres ? Alors qu’on rejoint les ouvriers en usine, les propriétaires fonciers dans leur quartier, les étudiants à l’université, les personnes que représente l’OPAC sont, par définition, éparpillées et toujours en mouvement. Les travailleurs et les étudiants peuvent se transformer en groupe de pression, se syndiquer et faire grève ; les sans-abri, eux, ont déjà été rejetés par toutes les institutions dont ils pourraient éventuellement perturber le fonctionnement.

Confrontés à de tels obstacles, les autres groupes anti-pauvreté ont conclu qu’il fallait parler au nom des pauvres et des sans-abri, agir pour leur compte. Seule l’OCAP tente de donner aux pauvres un espace où ils puissent parler et agir par eux-mêmes. C’est d’ailleurs là qu’est le problème la plupart d’entre nous ne voulons ni les voir ni les entendre – la colère qui gronde dans leur voix, la rage qui gouverne leurs actions nous dérangent.

C’est pour cette raison qu’on en veut tant à John Clarke. Son crime, ce n’est pas de….…c’est d’avoir refusé d’embellir la pauvreté pour le bénéfice des caméras et des politiciens.

     

Tiré du livre de Naomi Klein : Journal d’une combattante. Chapitre intitulé : Toronto

 

* Titre tiré du texte par Exergue

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:06

 

………………..Car il y a incontestablement danger, si nous n’y prenons pas garde, à nous installer dans cette politique et à considérer comme une norme un système qui génère violence, injustices et détresses multiformes en même temps que le secourisme qui veut l’atténuer et finalement rendre supportable toutes ses exactions grâce à des sacs de riz et des médicaments…Nous avons fini par trouver normal que les orgies, les spoliations et les turpitudes d’une minorité humaine se fassent au détriment du plus grand nombre. Après le fameux clivage Nord/Sud comme alibi facile, c’est aujourd’hui au cœur même des nations les plus prospères que le secourisme des Etats et celui des organisations caritatives  se conjuguent, pour masquer une misère universelle en extension continue. Ces pratiques  dédouanent les « décideurs » de leurs responsabilités à l’égard des citoyens dont ils ne déterminent rien moins que le destin. C’est parce que nous n’avons pas organisé le monde sous l’inspiration d’un véritable humanisme que nous avons recours à l’humanitaire  comme palliatif à cette grande défaillance*. Nous sommes collectivement et individuellement responsables de notre destin. Seul en l’occurrence l’humanitaire d’urgence pour soulager les détresses provoquées par les cataclysmes et autres calamités « naturelles » se justifie pleinement et permet à ce qu’il y a de meilleur en l’être humain de se manifester. Bien que nous soyons de plus en plus convaincus que certains cataclysmes soient les conséquences des inconséquences des humains à l’égard de la nature….

 

Texte tiré du livre : Manifeste pour la Terre et l’Humanisme de Pierre Rabhi (Actes Sud)

 

*Le titre est de Exergue

* Les italiques sont de Exergue

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 06:58

A l’ heure où la pensée (politique) est devenue un salmigondis, un ragoût fait de restes, une sorte d’assemblage  disparate et incohérent (Petit Robert pour la définition de salmigondis), où la confusion règne dans les esprits, au point qu’il semble difficile à certains  de déterminer le cap, où quelques maries-salopes, ayant pignon sur rue et voix autorisée, transportent au large et largement  la vase putride des bassesses humaines qui ne demandent qu’à remonter, le Blog Exergue vous propose  le texte ci-dessous  de Régis Debray.

 


Régis Debray "Etes vous démocrate ou républicain?" publié dans le Nouvel observateur du 30 novembre 1989 suite à la première affaire de voile.


 « La question ne sera-t-elle donc jamais posée ? Celle qui commande à tous les débats du jour l'identité d'une république, par quoi notre pays fait, en Europe et dans le monde, exception. Hier, un Code de la Nationalité. Aujourd'hui, un foulard. Demain, n'importe quoi : polémiques écrans, batailles sans raison. On ne guérira pas ces mauvaises fièvres sans en déceler la cause première.


Nous payons tous à présent, par une indéniable confusion mentale, la confusion intellectuelle entre l'idée de république issue de la Révolution française, et l'idée de démocratie, telle que la modèle l'histoire anglo-saxonne. On les croit synonymes, et chacun de prendre un terme pour un autre. Pourquoi les distinguer ? La société libérale et consumériste n'est qu'une figure parmi d'autres de la démocratie, mais si dominante et communicative qu'on la croit obligatoire, y compris dans les pays où la démocratie a pris d'autres visages.


Refuser par exemple à une jeune musulmane l'entrée d'une salle de classe tant qu'elle ne laisserait pas son voile au vestiaire ? « Bonne action », clamera le républicain. Non, « mauvaise action ! » s'indignera le démocrate. « Laïcité », dira l'un. « Intolérance », dira l'autre. (Vous et moi avons répété la scène ces derniers temps.) Querelle de mots ? Non : quiproquo des principes.


On peut se dire républicain sans se conduire en démocrate : certains voient même là notre tentation, voire notre héritage national. Royaume- Uni, Espagne, Belgique et beaucoup d'autres monarchies constitutionnelles témoignent à l'inverse qu'on peut être démocrate sans être républicain. Il est des républiques de nom, qui n'ont ni les principes ni les contraintes de la nôtre : ainsi l'Allemagne et les Etats-Unis,  qui méritent pleinement leur nom de démocraties (quoiqu'il y eût  beaucoup de république dans la démocratie de Lincoln, comme le montre encore aujourd'hui la puissance du Congrès). L'absence de monarchie héréditaire
ne fait pas plus une république, au sens fort et propre du mot, que l'appellation démocratie populaire n'annonçait le pouvoir du peuple.


Chaque époque a ses fétiches. Nous avons à présent, et c'est tant mieux, les droits de l'homme, l'Europe, la société civile, l'État de droit. Démocratie est le plus grand de ces grands mots et il se voit de loin. On comprend l'attrait qu'il exerce sur les peuples de l'Est européen et de  Chine, la vertigineuse espérance qu'il incarne à leurs yeux. Mais chez nous, c'est l'un de ces mots-valises qui confondent le genre et l'espèce, la classe et l'ordre. Nous sommes tous, en Europe, démocrates. Vive les élections libres ! Certes, ô combien. Mais l'humaniste ne crie pas « vive les glandes mammaires » parce que tous les hommes sont des mammifères.
Les baleines, les chèvres et les humains donnent à téter à leurs petits, mais on demande à l'humaniste un peu plus de précision, et à l'humanité un petit effort supplémentaire. Comme l'Homo sapiens est un mammifère plus, la république est la démocratie plus. Plus précieuse et plus précaire. Plus ingrate, plus gratifiante. La république, c'est la liberté, plus la raison. L'État de droit, plus la justice. La tolérance, plus la volonté. La démocratie, dirons-nous, c'est ce qui reste d'une république quand on éteint les Lumières.


C'est une chose étrange en Europe qu' « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » selon le préambule de notre Constitution de 1958 (ou de 1946).


Ce statut de droit légitime un état de fait. A histoire unique, Constitution unique. Il en découle un certain nombre d'usages, d'inhibitions, de passions et de devoirs dont nos amis et voisins
démocratiques ne cessent de s'ébaudir ou de s'indigner. Comme l'indiquent les articles stupéfaits ou rigolards consacrés à « l'affaire du voile » par les journaux européens les plus sérieux, il va de soi pour un Anglais ou un Danois que les Français sont une fois de plus tombés sur la tête. Ils n'ont pas tort. Depuis 1789, et plus exactement depuis 1793, lorsque des insensés eurent l'audace d'arracher à Dieu, pour la première fois, le gouvernement des hommes sur un canton de la planète, nous sommes marginaux et à contre-courant. Deux cents ans après et en dépit des apparences, notre République n'a pas en Europe de véritable équivalent. En 1889, il n'y avait que deux républiques sur notre continent : la France et la Suisse. Malgré quelques changements de noms, alentour, je me risquerai à soutenir que la situation, cent ans plus tard, n'a pas beaucoup changé.


A l'Audimat planétaire, nous voilà encore plus à l'index. Dans un monde où sur quelque 170 Etats souverains plus de 100 peuvent être déjà qualifiés de religieux, les nations laïques forment une minorité en peau de chagrin. Dans la Communauté européenne qu'on dit sécularisée, la laïcité n'est nulle part un principe constitutionnel. Pas plus qu'elle ne
l'est aux Etats-Unis d'Amérique (où le Premier Amendement ne stipule que la séparation des Eglises et de l'État), ou en URSS, où régna  pendant soixante ans une religion d'Etat, le marxisme-léninisme  (les Eglises n'ont évidemment pas l'exclusivité du cléricalisme).
Les crucifix continuent de trôner, bien sûr, dans les écoles publiques d'Espagne.
La déchristianisation n'empêche pas les petits Danois de commencer leur journée scolaire par un psaume. Ni le « God Save the Queen » de retentir en Grande-Bretagne où l'anglicanisme est d'Etat. Ni le Code pénal allemand (article 166) de sanctionner le blasphème, comme celui de la Hollande, patrie de la tolérance, où Rushdie n'a dû d'être publié qu'à l'article 147 dudit code qui punit les seules injures faites à Dieu mais non à ses prophètes. Rappelons qu'en France le blasphème a cessé d'être un délit en 1791.


Coupons court aux anecdotes. Pasteurs ou prêtres fonctionnarisés, enseignement religieux obligatoire à l'école sauf demande expresse des parents, partis confessionnels dominants, bonne conscience ou culpabilité omniprésentes en toile de fond : dans l'Europe du Marché commun, la politique n'a pas véritablement conquis sa pleine autonomie sur le religieux, lequel garde par ailleurs le monopole du spirituel. Dans l'Europe vaticane et luthérienne, où pape, mollahs et rabbins battent le rappel des ouailles, la république reste un corps étranger, dont rien n'assure qu'il est inassimilable. Les décisions communautaires ne se prennent-elles pas désormais à la majorité ?


La laïcité n'a pas sa raison en elle-même : s'y arrêter ou s'en obséder, c'est la ruiner à terme. Elle n'est qu'un effet secondaire et dérivé d'un principe d'organisation. La clé de voûte de ce « pilier »  n'est pas la démocratie -rarement laïque - mais la république, qui l'est nécessairement. Sa remise en question est logique. N'est-ce pas dans l'hiver 1940 que les devoirs envers Dieu furent rétablis dans les programmes de l'école primaire, et en 1941 que les curés furent autorisés à venir faire le catéchisme en classe ? Au moment où, cachée derrière un auguste Maréchal, une technocratie jeune, compétente et moderniste prenait à Vichy, entre un Mea culpa et un Te Deum, les commandes de l'État français, en lieu et place de « la République athée ».


Nous le savons bien : il faut mettre plus de démocratie dans notre République. Lui enlever cette mauvaise graisse napoléonienne, autoritaire et verticale ; cette surcharge de notables, cet héritage monarchique, cette noblesse d'Etat qui l'empâtent. La République française ne deviendra pas plus démocratique en devenant moins républicaine. Mais en allant jusqu'au bout de son concept, sans confusion.


Opposer la république à la démocratie, c'est la tuer. Et réduire la république à la démocratie, qui porte en elle l'anéantissement de la chose publique, c'est aussi la tuer. Comment les démêler, s'ils sont indissociables ? Selon quels critères idéaux ? Tout gouvernement, pour
borné que soit son horizon, repose sur une idée de l'homme. Même s'il ne le sait pas, le gouvernement républicain définit l'homme comme un animal par essence raisonnable, né pour bien juger et délibérer de concert avec ses congénères. Libre est celui qui accède à la possession de soi, dans l'accord de l'acte et de la parole. Le gouvernement démocratique tient
que l'homme est un animal par essence productif, né pour fabriquer et échanger. Libre est celui qui possède des biens -entrepreneur ou propriétaire. Ici donc, la politique aura le pas sur l'économie ; et là, l'économie gouvernera la politique. Les meilleurs en république vont au
prétoire et au forum ; les meilleurs en démocratie font des affaires. Le prestige que donne ici le service du bien commun, ou la fonction publique, c'est la réussite privée qui l'assure là.

En république, chacun se définit comme citoyen, et tous les citoyens composent « la nation », ce « corps d'associés vivant sous une loi commune et représenté parle même législateur » (Sieyès). En démocratie, chacun se définit par sa « communauté », et l'ensemble des communautés fait « la société ». Ici les hommes sont frères parce qu'ils ont les mêmes droits, et là parce qu'ils ont les mêmes ancêtres. Une république n'a pas de maires noirs, de sénateurs jaunes, de ministres juifs, ou de proviseurs athées. C'est une démocratie qui a des gouverneurs noirs, des maires blancs et des sénateurs mormons. Concitoyen n'est pas coreligionnaire.

Au-dessus de la nation, il y a l'humanité. Au-dessus de la société, il y a Dieu. Le président à Paris prête serment sur la Constitution votée par ceux d'en bas, et à Washington sur la Bible, qui émane du Très-Haut. Le premier, après son « Vive la République ! Vive la France ! » terminal, ira se faire encadrer dans sa bibliothèque avec les « Essais » de Montaigne dans les mains. L'autre terminera son discours sur « God Bless America » - et se fera photographier sur fond de bannière étoilée.


En république la liberté est une conquête de la raison. La difficulté est que si on n'apprend pas à croire, il faut apprendre à raisonner. « C'est dans le gouvernement républicain, disait Montesquieu, qu'on a besoin de toute la puissance de l'éducation ». Une république d'illettrés est un cercle carré, parce qu'un ignorant ne peut être libre, participer à la rédaction ou prendre connaissance des lois. Une démocratie où la moitié de la population serait analphabète n'est nullement impensable.


En république, l'État est libre de toute emprise religieuse. En démocratie, les Eglises sont libres de toute emprise étatique. Par « séparation des Eglises et de l'État », on signifie en France que les Eglises doivent s'effacer devant l'État, et aux Etats-Unis que l'État doit s'effacer devant les Eglises. On comprend pourquoi : en souche protestante, terrain d'élection de la démocratie, le droit à la dissidence était inclus dans la croyance, l'esprit de religion ne faisant
qu'un avec l'esprit de liberté, En terrain catholique, le droit à la dissidence a dû être arraché par l'État à l'Eglise parce qu'elle se posait en propriétaire éternel du Vrai et du Bien. Et le rang assigné aux recteurs d'université et aux membres de l'Académie par le protocole républicain est celui qu'occupent cardinaux et évêques dans les cérémonies démocratiques. Une république fait passer ses écrivains et ses penseurs avant, une démocratie après ses agents de change et ses préfets de police. Bon indice que l'évolution du protocole.


L'idée universelle régit la république. L'idée locale régit la démocratie. Ici, chaque député l'est de la nation entière. Là, un représentant l'est de sa seule circonscription, ou « constituency ». La première proclame à la face du monde les droits de l'homme universel, que personne n'a jamais vu. La seconde défend les droits des Américains, ou des Anglais ou des Allemands, droits déjà acquis par des collectivités bien limitées mais réelles. Car l'universel est abstrait et le local concret, ce qui confère à chaque modèle sa grandeur et ses servitudes. La raison étant sa référence suprême, l'État en république est unitaire et par nature centralisé. Il unifie par-dessus clochers, coutumes et corporations les poids et mesures, les patois, les administrations
locales, les programmes et le calendrier scolaires. La démocratie qui s'épanouit dans le pluriculturel est fédérale par vocation et décentralisée par scepticisme. « A chacun sa vérité », soupire le démocrate, pour qui il n'y a que des opinions (et elles se valent toutes, au fond). « La vérité est une et l'erreur multiple », serait tenté de lui répondre le républicain, au risque de mettre les fautifs en péril. Le self-government et les statuts spéciaux ravissent le démocrate. Ce dernier ne voit rien de mal à ce que chaque communauté urbaine, religieuse ou régionale ait ses leaders « naturels », ses écoles avec programmes adaptés, voire ses tribunaux et ses milices. Patchwork illégitime pour un républicain.


La démocratie peut laisser proliférer les particularismes, s'éclater les égoïsmes parce qu' In God We Trust est sa devise intime, au reste inscrite sur chaque billet vert. La one nation under God ne risque pas de se désagréger parce que Dieu est un bon fédérateur. Elle peut se montrer
matérialiste à gogo, individualiste en diable parce que le consensus intercommunautaire est pris en charge, quelle que soit la diversité des truchements confessionnels, par le message d'Abraham, (déposé sur la table de nuit de toutes les chambres d'hôtel). Les libéraux qui veulent importer en république une moitié de démocratie, sans son volet religieux, ne remplacent pas ce qu'ils détruisent car, amputée de son credo puritain, cette forme de gouvernement tourne à la jungle sans foi ni loi. Le pragmatisme n'est pas à la portée de la république, qui dépérit sans « grand dessein ». Car la métaphysique dont toute cité terrestre a besoin, elle ne peut la demander au Créateur ni à aucune Révélation. Elle doit être à elle-même sa propre transcendance. Elle peut donc mourir de gestion.


En république, l'État surplombe la société. En démocratie, la société domine l'État. La première tempère l'antagonisme des intérêts et l'inégalité des conditions par la primauté de la loi ; la seconde les aménage par la voie pragmatique du contrat, de point à point, de gré à gré. Au règne des fonctionnaires, là où l'État, « recteur et vecteur de la formation nationale»(Pierre Nota), a aussi assuré, et depuis longtemps, la régulation sociale, s'oppose celui des juristes en terre marchande et protestante, là où la règle advient par le local et le privé. Aussi bien le nombre de juristes (avocats, notaires, conseils juridiques) est-il en France très inférieur à celui des pays voisins :1 pour 2000 habitants, mais I pour 1 000 en Grande-Bretagne, 1 pour 1200 en RFA et 1 pour 500 aux Etats-Unis.


Une république se fait d'abord avec des républicains, en esprit. Une démocratie peut fonctionner selon la lettre, dans une relative indifférence, en se confiant à la froide objectivité de textes juridiques. 50 % d'abstentions aux élections privent une république de substance, mais n'entament pas une démocratie. Le gouvernement des juges n'est pas républicain. Pas seulement parce qu'il dépossède le peuple législateur de sa souveraineté il dispense chaque citoyen de vouloir, en son âme et conscience, ce que les lois lui dictent.


Et cela n'est pas contradictoire avec ceci que la démocratie met à l'honneur le moralisme parce qu'elle confond le privé et le public, les vertus personnelles et les obligations civiques. On y prend volontiers la charité pour la justice, l'abbé Pierre pour phare, la Croix-Rouge et les Restos du Cœur pour une réponse satisfaisante à la « question sociale ». La république qui sépare soigneusement le privé du public - pour les mêmes raisons qu'elle sépare le spirituel du temporel - se refuse à juger ses hommes publics sur leur vie privée (comme aux Etats-Unis). Elle préfère le civisme. A ses yeux, on ne fait pas de bonne politique avec de bons sentiments ni même une morale. Il peut donc lui arriver d'exercer une justice sans charité.


Une démocratie, si elle est petite ou moyenne, ou en dette avec son passe, peut avoir un statut de protectorat militaire sans malaise ni reniement. L'Allemagne, le Japon, l'Italie sont des démocraties. Une république ne peut remettre à un tiers le soin de se défendre sans se
nier comme république. La liberté à l'intérieur ne fait qu'une avec la souveraineté à l'extérieur. S'y appelle patriote celui qui, ne séparant jamais l'amour de la liberté de l'amour de son pays, ne reconnaît à sa patrie aucune supériorité d'essence sur ses voisines. En opprimant plus
faible qu'elle, une république viole ses propres principes, et le découvre tôt ou tard. En démocratie, les patriotes portent le nom de nationalistes, qui sont gens redoutables car prêts à échanger la liberté contre la puissance.


Là où chaque citoyen doit pouvoir répondre de la liberté des autres, et donc, le cas échéant, porter les armes, on met la nation dans l'armée et l'année dans la nation. Que vaudrait l'égalité des citoyens devant la loi sans l'égalité devant la mort, et dés maintenant le service national ? Le principe républicain recommande l'armée de conscription. En démocratie, la défense nationale est souvent en temps de paix l'apanage de professionnels (comme aux Etats-Unis et du Royaume-Uni).


En république, la citoyenneté ne dépend pas d'une situation de fait mais d'un statut de droit. Le droit de vote, par exemple, on l'a ou on ne l'a pas, mais si on l'a, c'est à part entière. La souveraineté populaire ne se débite pas en tranches et les droits politiques ne se hiérarchisent
pas. Une démocratie en revanche peut admettre d'avoir des citoyens de première, deuxième, troisième classe (un peu comme à Athènes) : elle seule peut distinguer entre « droit de vote aux élections municipales » et « droit de vote aux élections nationales » - distinction contraire à l'éthique comme à la légalité républicaines.


En république, il y a deux lieux névralgiques dans chaque village la mairie, où les élus délibèrent en commun du bien commun, et l'école, où le maître apprend aux enfants à se passer de maître. Ou encore, pour faire image, l'Assemblée nationale et la Sorbonne. En démocratie, ce sont le temple et le drugstore, ou encore la cathédrale et la Bourse.


La république, dans l'enfant, cherche l'homme et ne s'adresse en lui qu'à ce qui doit grandir, au risque de le brimer. La démocratie flatte l'enfant dans l'homme, craignant de l'ennuyer si elle le traite en adulte. Nul enfant n'est comme tel adorable, dit le républicain, qui veut que l'élève s'élève. Tous les hommes sont aimables parce que ce sont au fond de grands enfants, dit le démocrate. Cela peut se dire plus crûment: la république n'aime pas les enfants. La démocratie ne respecte pas les adultes.


En république, la société doit ressembler à l'école, dont la mission première est de former des citoyens aptes à juger de tout par leur seule lumière naturelle. En démocratie, c'est l'école qui doit ressembler à la société, sa mission première étant de former des producteurs adaptés au
marché de l'emploi. On réclamera en ce cas une école « ouverte sur la vie », ou encore une « éducation à la carte ». En république, l'école peut être qu'un lieu fermé, clos derrière des murs et des règlements propres, sans quoi elle perdrait son indépendance (synonyme de laïcité) à l'égard des forces sociales, politiques, économiques ou religieuses qui la tirent à hue et à dia. Car ce n'est pas la même école, qui se destine l'une à libérer l'homme de son milieu et l'autre à mieux l'y insérer. Et tandis que l'école républicaine sera réputée produire des chômeurs éclairés, on verra dans l'école démocratique une pépinière d'imbéciles compétitifs. Ainsi va la méchanceté, par tirs croisés.


La république aime l'école (et l'honore); la démocratie la redoute (et la néglige). Mais ce que les deux aiment et redoutent le plus c'est encore la philosophie à l'école. Il n'est pas de moyen plus sûr pour distinguer une république d'une démocratie que d'observer si la philosophie s'enseigne ou non au lycée, avant l'entrée à l'université. On verra que dans la partie la plus démocratique de l'Europe, celle du Nord, de souche protestante, c'est l'enseignement religieux qui en tient lieu dans les classes terminales. Les systèmes d'enseignement démocratiques tiennent la philosophie pour un supplément d'âme facultatif, à se partager entre pasteurs et poètes. En république, la philosophie est une matière obligatoire, qui n'a pas pour fin d'exposer des doctrines mais de faire naître des problèmes. C'est l'école et notamment le cours de philosophie qui, en république, relie d'un lien organique les intellectuels au peuple, quelle que soit l'origine sociale des élèves.


Parce qu'elle est une idée, philosophique, la république est interminable, Elle se poursuit elle-même indéfiniment dans l'histoire, et ce qui la porte en avant est cet infini même, cette insatisfaction de soi. Parce qu'elle est un fait, sociologique, la démocratie peut se trouver belle en son miroir. Ce contentement de soi assez fréquent permet une propagande ethnocentrique mais efficace, Se jugeant indépassable, une démocratie se donne en modèle mondial, non sans bonne conscience. Se sachant imparfaite, et toujours trop particulière au regard de la République universelle qu'elle appelle de ses vœux, une république ne sera jamais qu'un exemple.

En démocratie, où l'opinion fait loi, l'argent fait prime. Les appareils de production d'opinion coûtent en effet de plus en plus cher, L'image déclasse l'idée, l'oral domine l'écrit ; et dans les campagnes électorales d'une démocratie, l'affiche exhibe la photo couleur (coûteuse) du candidat, non sa profession de foi écrite noir sur blanc (bon marché). Aussi le publicitaire commande-t-il au responsable politique, qui en règle générale devra manœuvrer, après son élection, sous chantage médiatique. Il réglera sa politique selon les images qu'on peut ou non en donner, ajustant ses décisions successives aux degrés d'un baromètre dit d'opinion, lui indiquant chaque semaine la cote de popularité des uns et des autres. Tout comme le directeur d'une chaîne de télévision ajuste dans sa programmation l'offre à la demande en fonction des résultats de l'Audimat.

 

En république, le principe, qui est autre chose que le compromis des intérêts, règle les conduites. Un parti politique, par exemple, n'est pas une machine à conquérir et conserver le pouvoir. Il s'accorde non sur un visage ou une vague promesse mais sur un programme, et si le Souverain passe contrat avec lui, par son vote, ce parti sera tenu d'honorer son contrat. Pas plus qu'elle ne confond l'instruction avec l'information ou la recherche des raisons premières des choses avec les dernières  nouvelles du monde, la république ne fait pas l'amalgame entre le suffrage et le sondage, la cité et la société. Car ceux qui confondent le peuple et la foule, ce qui est institué et ce qui est déchaîné, finissent par confondre la justice et le lynche. Ce qui doit être et ce qui est. Ce qui mérite de rester et ce qui mérite de passer.

Le maître mot en démocratie sera donc communication. Et en république, institution. Il n'est pas étonnant que dans le vocabulaire républicain, instituteur ou institutrice soit un terme noble, comme la fonction, alors qu'il tend à faire honte en démocratie. Du rectangle sacré - tableau noir ou petit écran - dérivent deux types de nomenklatura. Chaque régime sa noblesse. Celle de la vie et celle du diplôme. Le journaliste, le publicitaire, le chanteur, l'acteur, l'homme d'affaires composent le Gotha d'une démocratie. Le professeur, le tribun, l'écrivain, le savant, et même, paradoxe apparent, l'officier, composent celui d'une république.

Une démocratie peut vivre à son aise dans le vacarme ambiant, sûr qu'à terme un ordre s'en dégagera tout seul. En république, la distinction et le discernement exigent des enceintes et des plages de silence. La première peut se définir comme un optimisme du bruit et la seconde comme un optimisme du recueillement. La « fête de la musique » (comme s'appelle ce jour-là le bruit) incarne la philosophie d'une démocratie, la minute de silence concentre l'âme d'une république.

La mémoire est la vertu première des républiques, comme l'amnésie est la force des démocraties. Là où l'homme fait l'homme, chaque enfant en naissant est âgé de six mille ans. Quand on n'a que l'histoire pour soi, s'amputer du passé serait se mutiler soi-même. Quand c'est Dieu qui fait l'homme, il le refait intact à chaque naissance. Inutile de se remémorer ce qu'il y avait avant nous, chaque époque recommence l'aventure à zéro. Les plus grands honneurs seront rendus ici aux bibliothèques, là aux télévisions. Car, si les bibliothèques sont les cimetières préférés des grands morts, dont le culte définit la culture, la télévision tue le temps agréablement. Une république comme une bibliothèque est composée de plus de morts que de vivants, alors qu'en démocratie comme à la télé seuls les vivants ont le droit d'informer les vivants. Chaque système a ses inconvénients, on en discute.


La république aime l'égalité, sans être égalitariste. Car ce n'est pas la justice mais le ressentiment qui entend niveler les conditions et les récompenses sans tenir compte des capacités et des efforts. Il s'agit de les proportionner - éternel problème sans formule passe-partout, dont la solution toujours précaire appelle l'interminable combat pour la justice. L'égalité sociale n'est pas au programme de la démocratie où l'on parle d'autant plus haut et fort des libertés publiques et individuelles qu'on veut surmonter l'embarras suscité par les inégalités économiques. Sous le terme d'« égalité », le démocrate peut se contenter de l'égalité juridique devant la loi ; mais le républicain y ajoute obligatoirement une certaine équité des conditions matérielles, sans laquelle le pacte civique devient, à ses yeux, un faux-semblant léonin. Le fait que des  myriades de parias et d'intouchables y meurent chaque jour sur les
trottoirs n'empêche pas l'Inde d'être une authentique démocratie (malgré son nom de République). Le fait qu'à New York des milliers de homeless et de drogués dorment dans les parcs en hiver, que les pauvres aient leurs hôpitaux et leurs écoles et les riches les leurs, sans comparaison possible, n'enlève rien au rayonnement mondial et justifié de la statue de la Liberté. Il n'y a plus, dans un pays, de république, mais il y a encore démocratie lorsque l'écart des revenus et des patrimoines y est de l à 50. L'idéal républicain postule, lui, un certain respect des proportions. Les salaires faramineux des vedettes et des puissants du jour, par hasard révélés au public, ne suscitent chez le fauché démocrate qu'un haussement d'épaules simples rançons, dira-t-il, de la liberté d'entreprendre. Ce n'est pas, en revanche, pour le républicain, poser à l'ascète ou au spartiate que de réprouver les fossés du luxe et l'accroissement des privilèges. La pauvreté émeut une démocratie elle ébranle une république. La première veut un maximum de solidarité- et quelques dons. La seconde, un minimum de fraternité, et beaucoup de lois. Et ce que l'une confie à des fondations, l'autre le demande d'abord à des ministères.


On peut aussi traduire ces deux sensibilités en idéologies rassurantes et répéter avec les grands ancêtres le socialisme, c est la république, et le libéralisme, la démocratie, poussées l'une et l'autre jusqu'au bout. Mais cette opposition, parfaitement exacte, apparaîtra rétro aux
lecteurs de « Globe ». Les socialistes eux-mêmes, ces « vieux républicains », se voulant désormais jeunes et branchés, le thème « inégalités sociales » passe derrière l'antienne « droits de l'homme ».


Un républicain se gardera de dissocier l'homme du citoyen parce que c'est l'appartenance à la cité qui donne à un homme ses droits politiques. Dés le moment où l'individu n'est plus traité comme citoyen mais comme un simple particulier, l'esclavage pointe à l'horizon - et dans l'immédiat, l'arbitraire, qui est l'absence de lois. La liberté en république n'advient à l'individu que par la force des lois, c'est-à-dire par l'Etat. Il n'est pas étonnant que les démocrates ne parlent que des « droits de l'homme » quand un républicain ajoute toujours : « et du citoyen ». Ajout qui n'est pas à ses yeux complément mais condition. Comme la laïcité est la condition de la tolérance et non son opposé.


Cela n'interdit pas qu'en son privé, et assez souvent, le républicain réfractaire à l'air du temps se conduise en « individualiste » et le démocrate, âme poreuse que le social oblige, en « socialisé ». L'individualisme, dont la démocratie fait religion, devient alors l'âme d'un monde sans individus, l'arôme spirituel du mouton. La statistique promeut plus sûrement l'opinion médiocre que l'opinion éclairée. Les chambardeurs qui vénèrent la différence, brocardent vulgates et orthodoxies, baptisent « liberté » le « fais ce que voudras », se ressemblent parfois plus entre eux que les esprits rangés pour qui la liberté consiste à bien penser et à faire ce qu'on doit. Thélème n'est pas toujours où l'on pense.


Combler les écarts entre individus, c'est l'idéal d'un monde où une discussion est dite utile lorsqu'elle permet à des adversaires d'harmoniser in fine leurs points de vue en émoussant les arêtes, comme si la démocratie nous imposait ce devoir envers autrui : tomber d'accord.
En république, on ne juge pas inutile de débattre pour clarifier ses différences, voire pour les aiguiser dans un mutuel respect. « Les extrêmes me touchent » est le mot d'un républicain. « Tout ce qui est excessif est insignifiant » celui d'un démocrate. La gageure du républicain: allier la malséance à la courtoisie. Incommode, on le voit, > ce régime qui a d'abord besoin d'esprits incommodes.


La démocratie, qui marche au consensus, a besoin, pour se désennuyer, de scandales et de « révélations », comme de « in » et de chic, la mode servant d'ombre portée au conformisme. Monstre d'orgueil et âme noble, Stendhal est le républicain par excellence. Son ami Mérimée, un démocrate profond. Victor Hugo est républicain, Sainte-Beuve démocrate. (Faubert ni l'un ni l'autre.) Il fallait être un peu seigneur pour dire non à Napoléon III, ami des pauvres et champion avoué de la démocratie, à qui le suffrage universel donna la majorité jusqu'à la fin. Minoritaire, un républicain s'enflamme. Un démocrate en minorité est un homme (ou une
femme) déprimée(e).


Il n'y aurait pas jeu de société plus actuel que le « qui est quoi ? » Joxe et Chevènement, «républicains » ? Lang et Jospin, « démocrates » ? Chevènement a rendu son honneur à l'Ecole, mais Joxe admet volontiers  le « foulard » dans l'école publique. Rien n'est simple. Mitterrand semble «républicain » dans l'adversité, « démocrate » par beau temps, vent en poupe  (cela vaut mieux que l'inverse). Janus bifrons, il file à présent des jours tranquilles à l'Elysée. Michel Rocard est un démocrate type.


Dans les allées du pouvoir, partout, les républicains ont cédé le pas. En publicains ont cédé le pas. En
règle générale, le républicain n'aime pas l'économie, qui le lui rend bien, Les inspecteurs des Finances, eux, adorent la démocratie. On sait qu'avoir l'économie pour idéal conduit vite à faire l'économie de l'idéal. A l'inverse, ne pas faire ses comptes, c'est faire bon marché de la sueur des hommes. Trop d'économisme tue la république ? Pas assez, aussi. Rien n'est simple. « Le Monde » fut longtemps un journal « républicain ». « Libération » est un journal « démocrate » depuis le début. Antirépublicain de naissance, en quelque sorte, par filiation soixante-huitarde.

Il pourrait s'en déduire une petite caractérologie amusante pour longue soirée d'hiver. Si forte est l'interpénétration des types que vous serez sûr, au moment de dire une vérité, de faire aussi une bourde, Mais comment résister à la tentation d'observer que le républicain est meilleur à l'écrit et le démocrate à l'oral ? L'un séduit (hommes ou femmes) en marquant ses distances : c'est un froid(e). Il (ou elle) peut en jouer. C'est un être de fidélité, mais égoïste. L'autre est
chaleureux, plus facile d'accès. Il propose à tous et à toutes et tout de suite de bons moments. C'est un être de proximité. De fugacité aussi. Quand il parle en public, le républicain semble emphatique ou cassant. Ce qu'il dit est peut-être juste, mais cela sonne faux. Le démocrate est
enjoué et piquant : c'est peut-être faux mais ça sonne juste. Pour celui-ci, un homme en tête du hit-parade ne peut pas être tout à fait mauvais. Ni un auteur non reconnu vraiment bon. L'autre aussi lira son Top 50 mais de bas en haut. Le républicain est-il misogyne ? Et le démocrate
androgyne ? Dangereux dans notre culture sont les poncifs sexuels. Mais éclairantes, les polarités. Disons alors que l'Homo republicanus a les défauts du masculin, l'Homo democraticus, les qualités du féminin.  Au républicain importe surtout le temps qui passe, celui qui ronge et dégrade l'énergie.


D'où l'angoisse, la crispation. On se raidit parce que cela se défait tout seul. Au démocrate importe d'abord le temps qu'il fait. Pas d'inquiétude, les saisons tournent, et le soleil viendra après la pluie. Le jean après le tchador. La réconciliation après la bataille. Il croit si peu en la guerre qu'il prépare déjà la paix au premier coup de feu. C'est dangereux en période de crise. Qui est le sage, qui est le fou ? Comment savoir ? Il faudrait les marier, ces deux-là. Ça réduirait les risques. Rassurez-vous. La vie le fait toute seule, comme en se jouant.


En matière politique, la critique des beautés n'est guère conseillée. On préfère s'attarder sur les anomalies et les monstruosités. Non sans motif: elles nous dévoilent, dit-on, le fond des choses. Il y a une pathologie de la république. Au siècle dernier, Hippolyte Taine, l'auteur
le moins lu et le plus cité par nos hommes de gauche modernes (à leur insu), a tout dit sur le jacobin glacial et sans âme, égaré par l'esprit de géométrie, méprisant les hommes réels au nom d'une idée de l'homme. Cet « abominable » théoricien ce « régent de collège » est un danger public ambulant. Regardez-le passer. Sec, maigre, suspicieux – une guillotine au fond des yeux. Ecoutez-le parler. Il explique tout et ne comprend rien. Et tout n'est pas faux dans cette caricature conservatrice. Il est vrai qu'une république malade dégénérera en caserne, comme une démocratie malade en bordel. Une tentation autoritaire guette les républiques incommodes, comme la tentation démagogique les démocraties accommodantes.


Il serait décent de mettre en vis-à-vis les dérapages, mais les adversaires de chaque modèle crieront à la fausse symétrie. C'est un fait qu'aujourd'hui la critique du modèle républicain s'exerce volontiers à partir de sa maladie. Dans la fermeté des principes, on dénoncera la
rigidité des attitudes; dans la volonté de cohérence, le goût de la coercition ; dans la logique, le simplisme. Le républicain inculpé ne trouvera qu'avantage à retourner le compliment au démocrate : vous me jugez arrogant (le terme le plus fréquemment associé à « français » dans
toutes les bouches d'Europe) ? Je vous trouve bien complaisant. Dogmatique, moi ? Regardez-vous dans la glace, jeune homme plus éclectique que vous on meurt. Vous vantez votre souplesse, pour vous cacher votre mollesse. Réaliste, vous ? Opportuniste, vous voulez dire.
Vous me voyez guerrier et sectaire? Je vous vois capitulard et courant d'air. Ces échanges de politesses permettent à chaque camp de resserrer les rangs. La diatribe a cet avantage qu'elle évite le dialogue. Chacun se trouve beau dans le miroir déformant du voisin : la polémique par la pathologie est une ruse classique du narcissisme.


Ce n'est pas un hasard si les formes monstrueuses de la république excitent à présent mille fois plus de railleries que celles de la démocratie. Le rapport des sarcasmes traduit le rapport des forces. Dans la République française de 1989, la république est devenue minoritaire.
Et le minoritaire aux yeux du démocrate est toujours laid.


Le démocrate a vaincu. Le républicain ne semble plus mener que des combats d'arrière-garde. Cette victoire par KO ne sanctionne pas la fin d'un match, pour la simple raison qu'il n'y a pas eu affrontement mais un glissement de plaques tectoniques sous nos pieds. La nation continue de parler en république, la société agit et pense en démocratie. Il y a décalage entre la norme et la culture, entre l'histoire de France et la vie des Français. Ce déphasage entre le protocole et les usages explique le porte-à-faux des élèves et des professeurs. Comme le montrent les
enquêtes sur le voile, un Français de plus de 45 ans a deux chances sur trois de réagir en républicain, et de moins de 25 en démocrate. La république paraît une idée de vieux. L'école laïque aussi, Ni l'une ni l'autre ne sont « sympas ». Elles impliquent des devoirs quand tout
alentour nous parle droits de l'homme, avoir sans débit, plaisir sans peine. Intégration sans règle. Les démocrates aiment mieux la jeunesse que les principes ?. Ce n'est pas une nouvelle. L'époque est à l'ample, non au cintré ; aux épaulettes, non à la blouse grise. Il faut vivre avec
son temps, peu importe la loi si elle est d'un autre âge. Ainsi avons-nous célébré en 1989 la naissance de l'idée française dans les formes américaines, et tout le monde d'applaudir au défilé Goude, apothéose démocratique, abomination républicaine. « On m'a volé mon Bicentenaire» ? Non : on m'a volé ma République.


Disons qu'il y a eu décalage entre l'intention et le résultat. Parti en 1981 pour « réconcilier le socialisme et la liberté », grandiose aventure, la gauche en est arrivée à réconcilier Raymond Barre avec Harlem Désir. C'est méritoire, mais pas vraiment surhumain, car ils n'étaient pas vraiment brouillés (la convivialité n'ayant jamais fait tort à la Bourse). Sous le nom de « socialisme », les descendants du Parti républicain prônent et pratiquent la démocratie libérale, Michelet a accouché de Tocqueville. Bonne ou mauvaise, la surprise mérite explication.

On ne reprendra pas ici dans le détail les crises, mutations, métamorphoses, écroulements, dépassements qui ont envoyé à la trappe, à domicile, le modèle républicain. Les sociologues font fort bien leur métier, et c'est évidemment un phénomène de société que l'abdication de
l'idée devant l'image, du père devant le fils de pub, de la chose publique devant les cultes privés.

Il faudrait évoquer l'affaiblissement matériel, objectif, mesurable, de la France dans le monde. Cette mise à niveau a rasé les vieilles haies du bocage, donnant libre cours au vent d'Amérique qui balaie tout sur son passage. Comme le soft chasse le hard, les santiags les galoches, le compact les 45-tours. Et le fax le bélino. Les sociologues parlent d'acculturation, comme les philosophes jadis d'aliénation, pour décrire ces situations où le propre est vécu comme autre et l'étrangeté comme propre. La république, frappée parait-il d'obsolescence technologique comme un produit de première génération, est sentie par ses inventeurs comme une chose étrangère et étrange, un folklore un peu comique. Non ou pas seulement parce que les sciences sociales ont supplanté la philosophie à l'université, mais perce que des deux côtés de la rue Soufflot, à l'angle du boulevard Saint-Michel, un Free Time et un McDonald's ont remplacé le Maheu et le Capoulade. Les formes du décor urbain ont plus d'incidence qu'on ne croit sur les contenus d'enseignement. Ce qu'on mange sur ce qu'on croit, et ce qu'on entend sur ce qu'on attend.


Notre establishment intellectuel, qui regarde l'histoire de France depuis les self-services d'outre-Atlantique, n'en revient pas de nos menus à prix fixe. Aussi a-t-il escamoté « De la République en France » sous « De la démocratie en Amérique ». Tournant le dos à Michelet, ce naïf, ce pompier, il a demandé à M. Tocqueville de présenter 1789 au public, c'est-à-dire d'expliquer la Révolution comme une simple étape locale de l'avènement démocratique mondial, qui met la Révolution entre parenthèses, et la République. Notre establishment médiatique monte en une « la fin de l'Histoire » de M. Fukuyama, fonctionnaire au Département d'Etat américain, qui, dans la revue « National Interest » (imagine-t-on une revue française avec un pareil titre ?), traduit fort improprement ce que M. Kojève expliquait fort subtilement à Paris après guerre et à sa suite des dizaines de philosophes français. Notre establishment politique tient pour un progrès qu'un gouvernement de gauche saisisse le Conseil d'Etat et non le parlement sur la question de l'école. « Etat de droit » fait chic, « peuple souverain », ringard. Le gouvernement des juges n'est-il pas le dernier mot de la démocratie ? Les « autorités administratives indépendantes » ne sont-elles pas, partout, des garants d'objectivité et de neutralité? Bien archéo, le naïf qui croit que le juge était là pour
appliquer la loi, et le citoyen pour la faire. C'est l'inverse.


Il faudrait évoquer l'abaissement de l'Etat et de l'idée d'Etat au-dedans. Le recul du service public sous couvert de la lutte contre les monopoles d'Etat. Le salut par la privatisation, le mécénat et la sponsorisation, l'alignement des chaînes publiques sur les chaînes privées, et tant de reconversions amplement décrites. La République ne veut pas un Etat fort mais un Etat digne. Quand, les ressources budgétaires en baisse, la dignité devient hors de prix, le mieux-disant démocratique emporte le marché. Ce n'est pas un choix mais un automatisme.

Il faudrait évoquer la crise de la raison et de l'universel du XVIIIème siècle, Hiroshima et Tchernobyl, mais aussi Lévi-Strauss, Freud, Nietzsche et le père Marx qui ont, sans aucun doute, relativisé les absolus de Condorcet, tous les présupposés de son club de pensée ingénument baptisé Société des Amis de la Vérité, qui le premier en France lança, en 1971, le manifeste républicain. Sans oublier le retour de la famille et des bons sentiments, la victoire de la tripe sur la logique, de l'humanitarisme sur l'humanisme. La promotion du médecin et
la dépression du militant. Le regain de la vie associative et l'évaporation des partis.

Il faudrait évoquer la décentralisation, le come-back des notables, la nouvelle gloire des féodalités provinciales, le retour de Maurras par la gauche, « vivre au pays » et « droit à la différence ». La réhabilitation démocratique de l'Ancien Régime et de ses « diversités ». La
régionalisation pédagogique, l'abandon subreptice du concours national comme de l'inspection générale, bref la liquéfaction de l'école comme institution au bénéfice des « communautés éducatives ». Il nous faudrait surtout et d'abord parler de l'Europe, notre beau messianisme de riches.

Ce gros et mol estomac se fait assez peu remarquer. C'est que nous sommes dedans, et son action est lente. Les sucs gastriques communautaires dissolvent en silence les divers résidus des accidents de l'histoire européenne. Contre-culture assez singulière, la république était l'un
d'eux. Sa digestion se fait démocratiquement à la majorité. Par réduction des marges de souveraineté de l'Etat et subordination du législateur au technocrate, qui n'a à répondre de rien devant personne. La bouillie sera-t-elle conforme ? Pas plus qu'on ne naît laïque on ne naît républicain : on le devient. On peut aussi, et pour les mêmes raisons, cesser de l'être. La république n'est pas une prédestination mais une situation. Elle se gagne par l'effort, et se perd sans effort. L'avenir dira si «l'intégration européenne » désignera ou non la meilleure façon qu'avait l'Europe d'enlever de sa chaussure le petit caillou français, que lui avait glissé en partant, la vilaine, notre Révolution.


Dans l'Europe des régions, des capitaux et des obédiences, le premier Etat-nation du continent devient retardataire. On s'était cru en avance parce qu'on avait chassé le Bon Dieu de la présidence, pour qu'une société se fonde non sur l'obéissance des fidèles, ni sur l'appétit de
consommateurs, mais sur l'autonomie des citoyens. Si Dieu revient un peu partout avec ses capucins et ses traders, en force ou en douceur, l'avant- garde se retrouve à la remorque. Pour se montrer concurrentielle, la France devra-t-elle alléger son train de vie, se décrisper en quelque sorte ? Une république à Bruxelles, n'est-ce pas bien encombrant ?


Le modèle du pays libéral, qui suppose de moins en moins de citoyens dans les rues et de plus en plus d'individus à la maison, inspire la Communauté des convoitises, non celle des principes. « Eppur se muove ». N'est-ce pas fuir la réalité que d'habiller l'Europe des banquiers, la seule qui existe, avec le bleu de chauffe d'une Europe des travailleurs dont l'espoir ne luit que dans nos banquets ? La gauche française a fait de la construction européenne un mythe de substitution, censé combler le vide laissé dans les esprits par l'abandon du projet de construction d'une société nouvelle (ce dernier s'étant brisé, comme la barque de l'amour, contre la réalité). Elle n'avait peut-être pas le choix. Mais c'est un piège : si les socialistes veulent être de bons Européens, ils seront de mauvais socialistes. Et vice versa.

Il suffirait de bons républicains. Et qu'au lieu d'apprendre de nos partenaires le B.A.-Ba de la démocratie libérale, en bons élèves méritants, ils soient assez lucides et culottés pour leur proposer les rudiments de la république (laïque et démocratique). Il n'est rien dont l'Europe ait aujourd'hui plus besoin : restituer aux individus leur dignité de citoyens. Si l'espace public ne leur confère plus cette dignité, ils iront la chercher ailleurs. Car il n'est pas de lien social sans référence symbolique. L'Etat commun à tous viendrait-il à perdre la sienne que les Eglises et les tribus le remplaceraient bientôt dans cette fonction unificatrice. Par simple appel d'air. Quand une république se retire sur la pointe des pieds, ce n'est pas l'individu libre et triomphant qui occupe le terrain. Généralement, les clergés et les mafias lui brûlent la politesse, tant il est vrai que chaque abaissement moral du pouvoir politique se paie d'une avancée politique des autorités religieuses, et d'une nouvelle arrogance des féodalités de l'argent.

Car le sentiment ne suffit pas. Il faut à la liberté personnelle des institutions, à la volonté raisonnable des appartenances. Elles s'affaissent sans ossature. Une société de compassion et de bonnes paroles, sans règles ni discipline, ouvre la porte à des duretés imprévisibles. Hier, c'est l'Etat et ses censures qui menaçait l'autonomie de l'individu, comme la liberté de conscience et d'expression. Aujourd'hui, c'est de la « société civile » - tohu-bohu
d'appétits et d'intolérances masquées -que montent les plus grands périls (les demandes d'interdiction et d'exclusion). La loi du cœur ne peut à elle seule faire face à la montée de pouvoirs de plus en plus intolérants et incontrôlés - médias, clergés, sciences, administration. La défense de l'autonomie individuelle passe à présent par la défense de l'Etat républicain et de la société qui lui correspond. L'ironie du sort faisant du plus impossible des régimes politiques le plus nécessaire. Du plus ringard, le plus futuriste.


Et si la République, qui est d'hier, revenait demain ? Ce ne serait pas la première pirouette de l'opéra-planète qui n'a jamais cessé de suivre en son for intérieur le mot d'ordre de Giuseppe Verdi : « Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès ». Pour être résolument modernes, osons être archaïques. C'est en ressuscitant l'Antiquité gréco-romaine que les hommes de la liberté, ces grands nostalgiques, enjambant le XVIIIème vers l'arrière, ont devancé tous leurs contemporains. Nous oublions trop que l'Ancien Régime, c'était leur modernité à eux. Ne la trouvant pas assez moderne, ils vainquirent l'ancien par l'antique : le style Louis XV par la rhétorique Brutus, Boucher par David. L'invention du futur a de ces ruses, comme si l'histoire, parfois, devait reculer pour mieux sauter.


On voulait hier nous enfermer dans le dilemme d'un capitalisme libéral, élégant et cynique, et d'un socialisme étatiste, idiot et cynique. On a bien fait de ne pas choisir. Le premier ne satisfait pas l'essentiel en l'homme, qui est d'ordre culturel. Le second, qui trépasse, n'assurait
même pas le minimum vital. Voudrait-on aujourd'hui pour faire pièce au nous-autres de l'Homo religiosus nous sommer de rallier le moi-je de l'Homo economicus qu'on répondrait : merci beaucoup, le nous-tous de la reconnaissance civique suffit. Il se pourrait en effet que le progrès, rétrograde à sa façon, nous donne à choisir entre deux sortes de retour la régression religionnaire ou la régression républicaine. Les tribus ou la nation. Les capucins ou les proviseurs. Auquel cas nous aurions tout intérêt à demander à Condorcet, Michelet et Jules Ferry de revenir faire trois petits tours à la télé. Une République française qui ne serait pas
d'abord une démocratie serait intolérable. Une République française qui ne serait plus qu'une démocratie comme les autres serait insignifiante. »


Régis Debray

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 20:11

 

Et voilà ce qui se fait en un village andalou : Marinadela, certainement source d’inspiration pour nous.

 ….. réalisations par un maire espagnol, militant du Collectif Unité des Travailleurs (CUT), courant de la Gauche Unie (Izquierda Unida), qui se définit comme "de gauche, anticapitaliste, utopique, écologique et pacifiste" ………quelque chose qui a un goût de PG.

 

Marinaleda : un pas de plus sur le chemin de l’utopie
Par Ana María Ortiz

Marinaleda (Séville, Espagne)

Juán Manuel Sánchez Gordillo
Alcalde de Marinaleda.....

Un logement digne pour 15,52 € par mois.

Non, vous ne rêvez pas : la quittance bancaire se monte à 15,52 Euro. La mairie sévillane de Marinaleda offre le terrain à ceux qui ont besoin d’une maison, elle accorde une subvention et exige du propriétaire qu’il mette la main à la pâte ou paye un remplaçant.

Le maire explique ce miracle. Avec son bras gauche tendu et l’index pointé vers l’alignement de maisonnettes dont les façades blanchies à la chaux brillent au soleil, le maire de Marinaleda ressemble à Christophe Colomb montrant le Nouveau Monde. " Les voilà, elles sont là ", dit sans cérémonies Juan Manuel Sánchez Gordillo en présentant son oeuvre maîtresse.

Les journalistes ont accouru dans cette localité sévillane de 2.650 habitants pour vérifier sur place que ses habitants, possèdent le secret de la potion magique (comme les habitants du village gaulois d’Astérix et Obélix) qui permet de résoudre le problème qui provoque le plus d’inquiétude personnelle aux Espagnols : le logement, qui, selon un sondage du CIS de novembre dernier, passe avant le chômage.

La majorité des Espagnols en arrive à se demander si les appartements ne sont pas faits de lingots d’or plutôt qu’en briques, le prix moyen d’une maison (220 000 Euro si elle n’est pas neuve) équivaut à neuf ans de salaire et les politiciens affrontent le problème en adoptant des mesures qui suscitent des polémiques comme l’expropriation temporaire des logements vides pour les mettre en location (solution adoptée en Catalogne). A Marinaleda, l’achat d’une maison revient à 15 Euro par mois. Ce n’est pas une erreur : plus exactement 15,52 Euro, ce qui inclut les 50 centimes prélevés par la banque pour délivrer la quittance.

C’est dire que la facture mensuelle pour les pavillons que le maire nous montre ( 90 mètres carrés répartis sur deux niveaux, un patio de 100 mètres, 3 chambres salon, salle de bain, toilettes, cuisine et une petite terrasse ) équivaut à deux entrées de cinéma, pop-corn compris, un cours de chant d’une heure ou un aller simple en autocar Madrid-Salamanque. Un logement similaire, avec un patio deux fois moins grand, à Villaverde, le quartier le moins cher de Madrid, coûterait 435.000 Euro et supposerait une hypothèque de 2.100 Euro par mois, à payer en trente ans.

  "Article 47 de la Constitution".

Sánchez Gordillo croit nécessaire de rappeler son contenu avant de dévoiler le mystère des maisons au prix soldé et il le récite par coeur, assis dans son bureau de la mairie. Celui-ci est orné d’un portrait de Che Guevara et d’un drapeau de la république espagnole.

"Tous les Espagnols ont le droit de jouir d’un logement digne et adéquat. Les pouvoirs publics créeront les conditions nécessaires et établiront les normes pertinentes pour rendre ce droit effectif, régulant l’utilisation des terrains en accord avec l’intérêt général pour empêcher la spéculation. La communauté participera aux plus-values générées par l’action des organes publics dans le domaine de l’urbanisme. "

Ce sont ces 60 mots, aux dires du premier magistrat de Marinaleda, qui cimentent la politique locale en matière d’urbanisme. Ils n’ont fait, assure-t-il, rien d ‘autre qu’appliquer au pied de la lettre ce que dicte la norme maximale. "Le terrain à construire est une nécessité, un droit et doit être un bien public comme l’eau ou l’air ", dit-il, en expliquant sa vision de la propriété. Pratiquement la même que celle proclamée en France par les Enfants de Don Quichotte, un mouvement populaire né pour dénoncer le fait qu’un million de Français n’ont pas de logement et qui a réussi à arracher au gouvernement un chapelet de promesses, parmi lesquelles se détache la reconnaissance du droit au logement, comme l’éducation ou la santé, et le droit opposable.

Le premier pas de Marinaleda sur le chemin de l’utopie "des maisons à 15 Euro pour tous " a été de récupérer un bon tiers du territoire municipal, soit l’achetant soit en l’expropriant, et de le déclarer urbanisable et d’utilité publique.

"Tout ce terrain ici est municipal " , dit Sánchez Gordillo en montrant sur une photo aérienne de la localité, une superficie équivalant à 400.000 mètres carrés (40 terrains de football ) sur lesquels pourraient être construits au moins 1.000 logements.

À tout fils d’habitant qui a besoin d’une maison le Consistoire fournit le terrain pour lui construire gratuitement.

" Le terrain représente 60% de la valeur finale du logement, si bien qu’en l’offrant, nous réduisons déjà son prix de plus de la moitié. ", dit celui qui tient le bâton de commandement de Marinaleda depuis les premières élections municipales de l’ère démocratique (1979) et gouverne avec la vénération populaire qu’implique le fait d’avoir gagné sept scrutins électoraux successifs, toujours à la majorité absolue.

Militant du Collectif Unité des Travailleurs (CUT), courant de la Gauche Unie (Izquierda Unida), il se définit comme "de gauche, anticapitaliste, utopique, écologique et pacifiste. "

Éliminée la partie la plus chère : le terrain, on a cherché ce que le matériel ne coûte pas non plus un sou (c’est la Junte d’Andalousie [Gouvernement Autonome Andalou] qui le finance à raison 12.000 Euro par logement) puis que ce soient les propriétaires qui posent de la première brique à la dernière tuile. Celui qui veut avoir une maison bon marché à Marinaleda sait qu’il doit la construire à la sueur de son front, en recrutant son père ou son frère (on n’admet pas de parents plus lointains) ou en embauchant un spécialiste à 40 Euro par jour.

Les propriétaires sont donc des autoconstructeurs.

Le jour de notre visite à Marinaleda, un groupe de maçons sont en train de tracer les emplacements des fondations. Les excavations laissent déjà apparaître le tracé des prochaines 20 maisons qui vont être construites. Depuis la moitié des années 80, lorsque a été lancée la formule " une maison pour 15 Euro " (c’était alors 2.500 pesetas) 350 logements ont été construits.

Les ouvriers qui édifient la structure sont des professionnels de la construction, des maçons sous contrat de la mairie, qui viennent en renfort pour diriger les autoconstructeurs et pallier le manque de savoir-faire des habitants. Ceux-ci se mettront au travail dans quelques jours. Aucun d’eux ne saura laquelle des vingt maisons sera la sienne en fin de compte, un système qui garantit que tous travaillent avec la même ardeur et les mêmes exigences sur toutes les maisons.

Il y a parmi les futurs propriétaires de nombreux célibataires.

Voilà par exemple Mari Carmen Gómez, 29 ans, née et grandie à Marinaleda. Assistante sociale de la municipalité, mileurista (qui gagne mille Euro par mois, néologisme espagnol récent, NdT), elle attendait en vain depuis une bonne dizaine d’années de pouvoir à son tour construire sa propre maison et quitter le logement paternel. On exige des célibataires les mêmes conditions qu’aux ménages - être recensé dans la localité depuis au moins deux ans et ne pas avoir de logement à soi - mais la priorité avait été donnée aux couples. " Jusqu’à ce que quatre ou cinq d’entre nous avons commencé à nous plaindre : ‘Écoutez, on a déjà un certain âge, on veut devenir indépendants tant qu’on est encore jeunes...’ ", dit-elle, avide de recevoir les clés.

Ce qui paraît à Mari Carmen un séjour excessivement prolongé dans le nid paternel à cause du manque de logement est le mal endémique qui frappe la majorité des jeunes Espagnols. L’Espagne est avec l’Italie le pays de l’Union européenne où les parents gardent leurs enfants à la maison le plus longtemps - ils se rendent indépendants en moyenne à l’âge de 32 ans - bien que ce soit le pays avec le taux le plus élevé de logements au monde : 23.700.600 millions, soit 51 maisons pour 100 habitants.

  La contradiction réside là. Comment comprendre qu’il y ait trois millions de maisons vides et qu’on construise à un rythme frénétique (500.000 maisons en 2004, 800.000 en 2005, 850.000 en 2006...) quand il est impossible à la génération d’acheteurs potentiels, baptisés mileuristas à cause de leur faible pouvoir d’achat, d’y accéder ?

" C’est la faute de cette putain de spéculation "

, répond sans prendre de gants Sánchez Gordillo, "On n’achète pas des logements par nécessité mais pour spéculer : on achète pour 5 et on revend pour 30 " (37% des Espagnols connaît personnellement ou par ouï-dire quelqu’un qui a réalisé un achat-vente de logement uniquement pour faire des affaires.)

Contre la spéculation

Marinaleda, à première vue, semble blindée contre l’urbanisme lucratif. On oppose une fin de non-recevoir aux constructeurs qui appellent la mairie pour demander s’il y a des terrains constructibles, afin de répondre aux énormes demandes de citoyens britanniques que recherchent la proximité de la côte de Malaga, qui n’est qu’à une centaine de kilomètres. " ici, il n’y a pas de terrain ", se contente-t-on de leur répondre.

Bien que le terrain soit gratuit, ainsi que les matériaux et la main d’œuvre, et jusqu’au projet réalisé par l’architecte municipal, le prix final fixé pour le logement est de 36.000 Euro. C’est la somme que le propriétaire doit théoriquement payer pour le pavillon.

De ce chiffre total on défalque les journées de travail effectuées par l’autoconstructeur. Les Carmona, par exemple, qui posent souriants devant leur maison en faisant tinter les clés qu’ils ont reçues il y a deux ans, ont donné 400 journées de travail. À 40 Euro la journée, cela fait 16.000 Euro. Il ne leur reste donc à payer que 20.000 Euro.

Étant donné que leur quittance mensuelle est de 15 Euro, 180 euros par an, il leur faudra 111 ans pour s’acquitter du coût total de leur maison. Jusque-là, les Carmona n’auront pas de titre de propriété. Ils ne pourront donc ni vendre leur maison, ni spéculer ni s’enrichir dessus jusqu’en 2117. L’idée est que les enfants héritent de la dette de 15 Euro par mois et du pavillon.

Avec un salaire mensuel de 1.500 Euro, les Carmona, José Antonio, maçon de 34 ans, et María Dolores, femme au foyer de 31 ans, parents d’une fille de six ans et sur le point de mettre au monde un deuxième enfant, vivent dans un confort difficilement imaginable ailleurs. Juanjo et Mercedes sont un couple madrilène de 38 et 35 ans. Lui est informaticien et elle employée administrative. Avec leurs revenus mensuels de 3.000 Euro, ils doivent payer une hypothèque mensuelle de 500 Euro pour un appartement de 60 mètres carrés acheté en 2001 et subsister eux et leur fils. Mais maintenant qu’ils viennent d’avoir des jumelles et qu’elle a du arrêter de travailler, il ne reste plus qu’à faire leurs valises et à partir à la recherche d’une Marinaleda.

Pour Ana, 31 ans, auxiliaire de vie employée par la municipalité, mère célibataire avec 500 Euro de salaire mensuel, impossible de s’en sortir, même dans ce village où le logement est une affaire. Elle ne peut obtenir une maison avec ses seuls revenus et elle n’a personne qui puisse le faire à sa place ni argent pour payer un remplaçant. Le maire l’a tranquillisée : " Ne t’inquiète pas, on va voir comment régler ton problème. "

Il trouve toujours une solution adaptée aux conditions de chacun. Sans cela, Jesús Díaz, 48 ans, marié et père de deux enfants, n’aurait pas de maison. Infirme de la jambe gauche à cause d’une poliomyélite contractée dans son enfance et avec une retraite de 298 Euro, il ne pouvait ni travailler à construire sa propre maison ni payer quelqu’un pour le faire à sa place. La solution a été qu’il a fourni ses journées de travail en surveillant le chantier de nuit. Aujourd’hui il est le fier propriétaire du numéro 52 du quartier Pepe el Gallo. "Je crois qu’on n’apprécie pas à sa juste valeur ce que nous avons ici, si un jour ça venait à nous manquer...", dit-il en montrant sa maison.

Sánchez Gordillo nous sert de guide parmi les maisons des autoconstructeurs.
  On va passer par là, pour aller place Che Guevara.
  À gauche ?
  Évidemment à gauche. Si c’était à droite, on ne lui aurait pas donné ce nom, plaisante-t-il.

Toutes les rues de Marinaleda ont changé de nom en 1979. La rue Général Mola est devenue la rue Boabdil ; celle du Général Sanjurjo, Federico García Lorca ; la place Franco, Salvador Allende... Un militant de Fuerza Nueva (parti franquiste, NdT), offensé, a tiré quelques coups de feu dans le village. Les façades du village sont ornées de slogans et de pancartes proclamant : "Marinaleda en lutte pour la paix", "Éteins la télé, allume ton esprit" ou encore "Je t’aime libre" à l’intérieur du symbole que représente la femme.

Pour comprendre le miracle des maisons à 15 euros, il faut connaître les particularités de la politique municipale, dont la pierre de touche sont les assemblées. Toutes les questions - impôts, logement, emploi - sont soumises au verdict du peuple, qui vote à main levée au cours de la centaine d’assemblées générales qui se tiennent chaque année.

Une grande part de l’économie locale tourne autour de la coopérative populaire, installée dans une ferme de la localité, où sont cultivés et mis en conserve des artichauts, des poivrons et autres légumes. La ferme appartient en réalité au Duc de l’Infantado mais les gens de Marinaleda ont repris son exploitation après des années de grèves et d’occupations.

En tout le revenu par tête dans la localité est en dessous de 7.200 Euro par an et 800 de ses 2.650 habitants touchent le PER, le subside pour les travailleurs agricoles saisonniers et précaires (PER = Plan de Empleo Rural : il s’agit d’un salaire que la Junta de Andalucía [Gouvernement Autonome Andalou] offre aux saisonniers quand ils n’ont pas de travail ; très critiqué par la droite qui considère que le PSOE achète ainsi les votes des pauvres pour se maintenir au pouvoir ; le Parti Populaire n’a jamais gouverné en Andalousie, NdR).

C’est justement cette dépendance des fonds publics qui constitue selon les experts, le point faible de Marinaleda et rendent impossible une exportation de son modèle au reste de l’Espagne. "Il faut regarder les expériences de ce genre avec beaucoup de prudence. Normalement, ce sont des sociétés qui survivent de manière artificielle grâce aux subventions. Leur bien-être est fictif", explique Gregorio Izquierdo, directeur du service des études de l’Institut d’études économiques. "En réalité, c’est le propriétaire originaire du terrain, qui a été exproprié pour une valeur inférieure à celle du marché, qui est en train de subventionner l’acquisition de logements par d’autres personnes."

"Si le modèle ne s’exporte pas, c’est par manque de volonté politique et d’intérêt " rétorque le maire.

  Par Ana María Ortiz Original : www.elmundo.es Site officiel de Marinaleda

Traduit de l’espagnol par Fausto Giudice et révisé par Manuel, membres de Tlaxcala

Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
Publié le 31 janvier 2007  par Torpedo

 

Vous pouver aller sur Youtube pour voir le maire expliquer.

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