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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 05:44

Le Dieu unique est un tard venu dans l’histoire des religions, beaucoup d’entre elles, encore aujourd’hui, s’en passent aisément. On a beau le dire mort, il continue d’exercer en de nombreux points du globe.

L’ignorer serait prendre le risque d’ignorer l’être humain, son inventeur, dont il exprime et sublime les ambivalences.

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 http://www.franceculture.fr/emissions/allons-aux-faits/realites-religieuses-45-que-faut-il-entendre-par-dieu

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 16:53

L’anticommunisme est si bien et si unanimement partagé qu’il est utile de proposer un article, celui-ci donné en lien (1), afin de remettre un peu d’ordre et de justice dans ce qu’il convient de penser pour s’apercevoir, finalement, pour autant qu’on manifeste d’un peu d’honnêteté intellectuelle, que le libéralisme est loin d’être cette blanche colombe qu’on nous présente complaisamment.   

L’article commence ainsi :

"Le communisme a fait 100 millions de morts ; c'est l'idéologie la plus criminelle de tous les temps avec le nazisme. Et après ça, il y a encore des communistes en France !". Tout le monde a déjà entendu cette phrase au moins une fois dans sa vie. Rares ont été les arguments aussi souvent martelés par les libéraux depuis la Chute du Mur de Berlin, de BHL à Sarkozy. Rares sont les arguments aussi illégitimes, à condition d'éviter les oublis historiques et les raisonnements trompeurs.

Le but de cet article n'est pas de convertir ses lecteurs au communisme : son auteur ne l'est même pas. Il n'est pas non plus d'excuser les crimes des staliniens, des maoïstes ou des Khmers ; j'accepterai ici le chiffre contesté et contestable de 100 millions de morts. Le but de cet article est de combattre l'anticommunisme, c'est-à-dire l'équation "Communisme=Staline+Mao=100 millions de morts=Pire système du XXème siècle avec le nazisme".

J'ai pu constater avec tristesse que l'anticommunisme s'est à peu près généralisé, même chez ceux qui s'opposent au néolibéralisme : chez les socialistes (je parle des non solfériniens), souverainistes, progressistes, patriotes, gaullistes, etc...même chez eux, l'anticommunisme est souvent majoritaire, et il empêche des dialogues, des rapprochements, des unions.

L'anticommunisme, tel qu'il est distillé par nos médias, programmes scolaires et partis politiques, défend quatre thèses, que je crois fausses :

1) La thèse du totalitarisme : avec l'Allemagne nazie, les régimes communistes sont les seuls à avoir pratiqué le massacre de masse, le génocide, la famine, la guerre impériale... Ils ont été anormalement autoritaires et répressifs.

2) La thèse de l'exception communiste : les crimes du "communisme" ont été les pires du XXème siècle avec ceux du nazisme.

3) La thèse du lien naturel, structurel, entre communisme et dictature : toute réforme communiste est un pas vers la dictature.

4) La thèse du lien naturel, structurel, entre libéralisme et liberté : toute atteinte au libéralisme économique, est une atteinte à la liberté politique, à la démocratie. (la thèse la plus inquiétante à mon sens).

Examinons ces quatre thèses les unes après les autres.

C’est ce que vous allez pouvoir faire en utilisant le lien.

  1. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/communisme-100-millions-de-morts-168690

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:07

Les parties du texte en gras sont d’Exergue.

Exergue

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Source : http://www.gaucherepublicaine.org/etats-unis/trump-et-le-moment-populiste/7399510

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Publié en espagnol le 9 novembre 2016 dans « Publico »

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Un fasciste a gagné.

Ce n’est pas banaliser le fascisme que de l’affirmer. Le fascisme n’est pas un phénomène exclusivement italien et allemand des années 30 ; c’est une façon de construire le politique. Certains politologues espagnols essayèrent de délimiter le phénomène hors de nos frontières, pour éviter d’avoir à parler de fascisme en Espagne. Seuls auraient été fascistes en Espagne les vieilles chemises de la minuscule Phalange de José Antonio Primo de Rivera. Ce n’est pas vrai. Le fascisme s’est construit en Espagne avec le matériau idéologique disponible pour un projet de masse : le catholicisme le plus réactionnaire. Ce que certains appelèrent le national-catholicisme est la version espagnole du fascisme. Et il y a eu des fascismes dans nombre de pays d’Europe et d’Amérique, avec des combinaisons discursives singulières de pseudo-patriotisme, xénophobie, revendication d’un passé national glorieux, religion, phraséologie anti-élites, chauvinisme et zéro mise en question des relations de propriété. Trump est un fasciste viable aux Etats-Unis : il ne fait pas le salut romain et n’arbore pas de svastikas, mais il a reçu l’appui explicite de fascistes imprésentables, depuis le Ku Klux Klan jusqu’à différentes milices armées des USA.

Ceux qui disent que le courant Trump est du populisme de droite ont raison. Y a-t-il meilleure façon de décrire le fascisme si ce n’est comme populisme de droite ?
Le populisme n’est pas une idéologie, ni un ensemble de politiques publiques, c’est une modalité de construction du politique depuis un « dehors » qui se répand dans les moments de crise. Ce dehors est celui qui a mobilisé la white American working class avec Trump, de la même façon qu’il a mobilisé la classe ouvrière britannique en faveur du brexit. Le mépris aristocratique si politiquement correct envers les rednecks américains, les chavs britanniques ou les habitants de Badalona qui firent du réactionnaire Albiol leur maire, ce mépris révèle la myopie d’un certain progressisme cosmopolite qui n’est rien d’autre qu’une sorte de ringardise urbaine à la mode.

Les populistes sont des outsiders et peuvent être de droite, de gauche, ultralibéraux ou protectionnistes. Est-ce que cela signifie que les « extrêmes » se toucheraient ou qu’ils se ressembleraient ? En aucun cas. Répéter ce mantra n’enlève rien au ridicule de cet argument qu’utilise un extrémiste du centre pour s’auto-identifier comme étant le moyen terme vertueux, affirmant en un triple saut périlleux que les points les plus opposés seraient en fait les plus proches. Trump n’est pas proche de Sanders, il est proche des politiques migratoires de Bush et de l’Union européenne. Trump, multimillionnaire, est proche du monde bâti par les présidents qui l’ont précédé, y compris Obama, qui ont laissé au vent mauvais les classes populaires américaines. Simplement, Trump a su profiter du moment.
C’est qu’en réalité le populisme ne définit pas les options politiques, mais les moments politiques. Il y eut le moment populiste Berlusconi, le moment Poutine, le moment Perón et les Etats-Unis viennent de vivre le moment Trump. Mais il ne s’agit pas d’un moment isolé.

Le crash financier de 2007 a été l’antichambre de la crise d’une grande partie des systèmes politiques occidentaux. N’oublions pas que ces systèmes, étayés par l’amélioration des perspectives de vie de la classe ouvrière, la consommation de masse, la redistribution et les droits sociaux, naquirent dans l’esprit de l’antifascisme et dans un contexte géopolitique bipolaire. Tout entra en crise avec Thatcher et Reagan et pris fin définitivement avec la chute du Mur de Berlin. Ce que la crise financière de 2007 a mis au jour, c’est un ensemble de vérités économiques qui devaient, tôt ou tard, trouver une traduction politique : l’appauvrissement des classes moyennes et salariées, la détérioration des services publics et des droits sociaux. La traduction politique s’appelle Trump aux Etats-Unis, elle s’appelle Le Pen en France, et en Espagne – « grâce à la Vierge » dirait [la leader de droite] Aguirre – elle s’appelle Podemos. En quoi nous ressemblons-nous ? En rien, ce sont les moments politiques qui se ressemblent.
L’important, dans les moments politiques populistes, c’est qu’ils dépouillent la politique de ses atours parlementaires (et en passant mettent à la mode, même parmi les politologues mainstream, Carl Schmitt selon la lecture qu’en fait Chantal Mouffe). Trump c’est ça : la nudité obscène, face à la candidate de Wall Street.
Comme tout aurait été différent si Trump avait eu en face quelqu’un qui, sans obscénité fasciste, parle au peuple en appelant les choses par leur nom ! Ce rival existe : c’est Bernie Sanders. Les populistes peuvent aussi être socialistes, car en vérité le populisme ne définit que les moments ; le moment des USA était celui de Trump et de Sanders, pas celui de la candidate de l’establishment. Y a-t-il eu moment plus populiste que celui au cours duquel, voici 99 ans, quelqu’un appela à réclamer du pain et la paix ?

J’insiste sur le fait que ce sont les moments politiques qui se ressemblent, pas les options politiques qui en profitent. Pensons maintenant à l’Espagne. Posons-nous la question : quel a été le fait politique le plus important de l’année ? D’aucuns diront que c’est le blocage politique. Mais c’est Juan Villar Mir – l’un des principaux grands patrons espagnols – qui l’a clairement défini : « Ce qui est vraiment important, c’est que Podemos ne soit pas au gouvernement, cela aurait déréglé l’économie. »

La politique, quand c’est pour de vrai, est viscérale, agonique, dure. Les nuances, la courtoisie, la mesure, les manières nobles et soignées se donnent parfois à voir au sein des parlements et dans les réceptions officielles, mais dès que l’on parle de ce qui est vraiment important, alors finies les bonnes manières ! Il n’y a pas plus élégant que la diplomatie, mais quiconque est au fait des relations internationales sait que derrière la diplomatie il y a des divisions blindées et d’immenses pouvoirs économiques. C’est pour ça que l’élection de Trump est déjà un événement géopolitique qui transcende son propre moment.
En Espagne, nous autres de Podemos pouvons goûter, ces jours-ci, à cette friandise au goût de caramel amer : être une opposition constituant une véritable alternative et qui peut gagner.

Rien à voir avec les débats parlementaires, quand bien même on peut nous y traiter de crétins ou de canaille ou nous y accuser de travailler pour des dictatures. Ne vous y trompez pas : à côté de Villar Mir, Rafa Hernando [porte-parole du PP, droite au pouvoir, aux propos toujours agressifs et virulents] c’est un ours en peluche, son obscénité est simplement candide. Au Parlement, bien que l’arbitre n’y soit pas impartial, au moins pouvons-nous parler librement et nous faire plaisir en disant depuis la tribune des vérités que presque personne n’y a dites avant nous.

Mais il est faux que le Parlement soit la scène la plus importante de la politique, comme il est faux de dire que sur les bancs du gouvernement s’assoient les femmes et les hommes les plus puissants du pays. Ruben Juste, dans un article courageux publié l’autre jour dans Contexto CTXT, l’a montré : « Il y a un État parallèle, privé ou semi-privé, avec son nom propre : société anonyme ». L’auteur précise ce qu’est ce parlement privé de cet État espagnol dans l’ombre, formé de 417 conseillers – parmi lesquels 74 femmes seulement – et donne les noms de ses ministres : les Villar Mir, les Landiribar, les Isla… les propriétaires de Repsol, Telefonica, ACS, Inditex, OHL, Santander, les anciens de Goldman Sachs, les propriétaires de quasiment tout ce que les Espagnols peuvent regarder, écouter ou lire pour s’informer.

C’est ça la politique pour de vrai, et le caractère exceptionnel du moment que nous vivons a aussi à voir avec la nudité où apparaissent les propriétaires de l’opinion. Jamais le vieux proverbe « un chien ne mange pas de la viande de chien » n’aura été aussi éloigné de la réalité. Nous avons pu voir le propriétaire d’un groupe de médias licencier puis traîner devant les tribunaux des journalistes coupables seulement d’informer sur lui. Politique de vérité à l’état pur.
La victoire de Trump nous laisse une leçon importante, qui a beaucoup à voir avec nos débats actuels au sein de Podemos. L’antidote aux Trump, aux Albiol et aux Le Pen, l’antidote au fascisme et à l’autoritarisme financier, c’est la politique qui interpelle et organise le peuple en assumant l’ennemi comme tel. C’est très risqué ; ça déchaîne la colère des puissants et de leurs appareils et c’est bien plus rugueux que la politique parlementaire. Ça présente de nombreuses difficultés, car cela implique de doter la société civile et les mouvements populaires d’instruments de pouvoir et d’auto-organisation. Des types tels que Trump ne peuvent se frayer un chemin que là où ils ne sont pas arrêtés par les tranchées de la société civile organisée, là où règnent la perte de socialisation et la solitude des dépossédés, là où l’on peut dresser l’avant-dernier contre le dernier.

Mais cette politique qui interpelle et parle clair, cette politique qui donne des instruments pour l’organisation populaire est la seule qui touche les consciences, la seule à même de gagner.

 

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 09:27

 Ci-dessous, un entretien radiophonique (1) avec Myriam Tonelotto dont le documentaire : Le lobbying : au-delà de l’enveloppe a été projeté dans le cadre du Festival Résistances.

Relevé :

‘Le lobbying c’est la corruption du riche alors que l’enveloppe c’est celle du pauvre.

Si la corruption pénalise le contribuable, le lobbying … enterre carrément le citoyen, c’est ça la différence de niveau…. la corruption… entraine …des atteintes graves ….  ….mais le lobbying est encore quelque chose de plus fondamental puisqu’il ne s’agit pas d’un détournement de loi, il s’agit de faire des lois dès le départ favorables à des intérêts privés et c’est en cela que c’est plus pernicieux et infiniment plus ravageur’

(1) Source et document sonore :

https://www.radio-transparence.org/V2/wordpress/?p=5624

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Vous ne trouverez pas le documentaire Lobbying : au-delà de l’enveloppe sur Internet, préalablement diffusé sur Dailymotion. Retiré de la circulation.

Alors, pour remédier à votre frustration naturelle voici le site: Lobbycratie, ‘in lobbies, we trust’ (2) qui propose quelques vidéos.

(2) http://www.lobbycratie.fr/2010/03/18/dix-documentaires-a-propos-de-lobbying/

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Dénoncer l’enveloppe de cent mille francs ou la mallette d’un million d’euros permet de fixer les regards sur quelques cas anecdotiques, et empêche de les lever plus haut, beaucoup plus haut. Là où les enveloppes n’ont plus cours depuis longtemps. Là où il n’est même plus question d’argent, mais d’échange de services bien compris. Là où les lois européennes sont taillées sur mesure pour les lobbies financiers et industriels’. (3)

(3) http://www.voiretagir.org/LOBBYING-au-dela-de-l-enveloppe.html

 

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 09:50

Pour donner une idée du contenu :

Les définitions de la religion sont innombrables et insuffisantes.

A l’origine, le mot désigne l’institutionnalité civique. C’est donc un emprunt.

Le terme de religion est une revendication du seul christianisme (on va comprendre pourquoi) ;  ailleurs, dans les textes de l’islam, du judaïsme, du confucianisme, de l’hindouisme, …. c’est une notion introuvable.

Les textes fondateurs du terme laïcité ne parlent pas de religion car c’est au religieux de le définir. Aussi, le droit français n’utilise pas le terme de religions mais celui de cultes qui sont des activités dont l’exercice n’implique pas de jugement de valeur.

Nos religions révélées sont les plus élaborées et les plus intolérables car elles ne se contentent pas de régler nos mœurs, elles ont lié la croyance à la notion de vérité.

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3       - http://www.franceculture.fr/emissions/allons-aux-faits/realites-religieuses-35-que-faut-il-entendre-par-religion

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 08:32

Le projet de la France insoumise est une construction citoyenne élaborée  démocratiquement par la participation de ceux - encartés ou pas - qui ont bien voulu y contribuer, ceci contrairement aux autres qui sont projets ‘personnels’ au point que pour une même famille politique, LR  ou PS, chaque candidat, dans le culte de la personne, y va de sa différence.

C’est aussi un projet qui, dans sa préparation, a fait appel à et s’est entouré de ‘spécialistes’, pas nécessairement engagés politiquement pour la France Insoumise, afin qu’ils apportent, dans leur domaine, leur éclairage toujours précieux. Ce sont ces interventions de ‘spécialistes’, dites : auditions programmatiques, qui sont proposées ci-dessous et auxquelles, selon son goût, on peut aller entendre.

Le projet de la France insoumise est le fruit d’une démarche innovante, jamais vue en politique, qui fait des citoyens, jusqu’ici considérés comme des consommateurs de la politique, des acteurs et des créatifs.

Exergue.

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Auditions programmatiques et thématiques :

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1 - Crise écologique - Dominique Bourg (Fondation Nicolas Hulot) https://www.youtube.com/watch?v=WbPEnS33Sog

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2 - Énergies marines - Yann-Hervé De Roeck (France énergies marines)

https://www.youtube.com/watch?v=oBSOfLq5p00

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3 - Sécurité - Laurent Bonelli (Université Paris 10) https://www.youtube.com/watch?v=9k51uzcwtqY

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4 - Transition énergétique - Joël Vormus (CLER) https://www.youtube.com/watch?v=3f2fBHjfj9s

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5 - Souffrance au travail - Christophe Dejours et Vincent de Gaulejac https://www.youtube.com/watch?v=tu4kx0hUtOQ

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6 - Crise économique et souffrance psychologique - Claude Halmos https://www.youtube.com/watch?v=pEExiaAnUJU

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7 - Uberisation et salaire à vie - Sarah Abdelnour et Bernard Friot

https://www.youtube.com/watch?v=tpyQp_9txE0

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8 - Protectionnisme solidaire - Morvan Burel (Solidaires Douanes) https://www.youtube.com/watch?v=CT4wk2v1D-0

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9 - Sortie des traités européens - Coralie Delaume et Aurélien Bernier https://www.youtube.com/watch?v=OFrXp5x7pyE

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10 - Enseignement supérieur et recherche

https://www.youtube.com/watch?v=kloq3w5sI_I

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11 - Constituante - Mabrouka M'Barek https://www.youtube.com/watch?v=I3yUcq2_umA

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12 - Médias - Henri Maler (Acrimed) et Pierre Rimbert (Monde diplomatique) https://www.youtube.com/watch?v=1jlIOT8AChI

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13 - Santé - Irène Frachon et Frédéric Pierru  https://www.youtube.com/watch?v=xe2TCaqEDog

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14 - Sciences Citoyennes - Christian Vélot & Jacques Testart https://www.youtube.com/watch?v=EOT8Z3t7stQ

 

 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 08:39

Relevé : « …. C’est vrai que nous pouvons voter,… c’est vrai que nous pouvons… choisir nos représentants... C’est vrai.. que… sortira toujours un gouvernement. Tout ceci est vrai, mais il est vrai également que la possibilité d’action démocratique commence et finit là. …L’électeur pourra renverser un gouvernement …. le remplacer par un autre, mais son vote n’a jamais eu…un quelconque effet visible sur l’unique force réelle qui gouverne…(le) pouvoir économique, en particulier au secteur en augmentation constante, qui est géré par les entreprises multinationales selon des stratégies de domination qui n’ont rien à voir avec ce bien commun auquel, par définition, aspire la démocratie…..il en va ainsi… par une sorte d’automatisme verbal et mental qui ne nous permet pas de voir les faits… nous continuons à parler de démocratie. … nous ne nous apercevons pas… que nos gouvernements…. se transforment chaque jour davantage en simples “commissaires politiques” du pouvoir économique, avec la mission objective d’élaborer les lois qui conviennent à ce pouvoir….Que faire ? … il est urgent, avant qu’il ne soit trop tard, de promouvoir un débat ... sur la démocratie… sur l’intervention des citoyens dans la vie politique et sociale ; sur les relations entre les États et le pouvoir économique et financier mondial ; sur ce qui consolide et sur ce qui nie la démocratie ; sur le droit au bonheur et à une existence digne ; sur les misères et les espoirs de l’humanité, …. »

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Source : http://www.quebec.attac.org/IMG/pdf/Saramago.pdf

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Le 19 janvier, à Paris, ATTAC-France lance son Manifeste 2002. José Saramago y était présent. Il lit à cette occasion le texte que nous publions ici. C'est une parabole, l'histoire d'un paysan des environs de Florence qui, à la fin du XVIe siècle, sonna le glas de l'église du village pour annoncer "la mort de la Justice". "Depuis, la Justice continua et continue de mourir tous les jours", indique doucement l'écrivain portugais.

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Je commencerai par vous raconter en très peu de mots un épisode remarquable de la vie paysanne qui eut lieu dans un village des environs de Florence il y a plus de quatre cents ans. Je me permets de demander toute votre attention pour cet important événement historique parce que, contrairement à l’habitude, la leçon morale à tirer de cet épisode n’aura pas à attendre la fin du récit ; elle ne tardera pas à vous sauter aux yeux.

Les habitants étaient chez eux ou travaillaient dans leurs champs, chacun vaquant à ses affaires, quand, soudain, on entendit sonner la cloche de l’église. En ces temps de piété (nous parlons de quelque chose qui arriva au XVIème siècle), les cloches sonnaient plusieurs fois durant la journée ; il n’y avait donc pas de raison de s’en étonner. Cependant, cette cloche sonnait le glas tristement, et cela, oui, c’était surprenant, étant donné que l’on n’avait pas eu connaissance de l’agonie de quelqu’un du village. Les femmes sortirent donc dans la rue, les enfants se rassemblèrent, les hommes abandonnèrent leur labour ou leur travail, et, peu de temps après, ils étaient tous réunis sur le parvis de l’église, attendant qu’on leur dise qui ils devaient pleurer. La cloche sonna encore durant quelques minutes, mais, finalement, elle se tut.

Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrait et un paysan apparaissait sur le seuil. Alors, puisque cet homme n’était pas celui qui était chargé habituellement de sonner la cloche, on comprend que les habitants lui aient demandé où se trouvait le sonneur et qui était mort : “Le sonneur n’est pas ici, c’est moi qui ai sonné la cloche”, répondit le paysan. “Mais alors, personne n’est mort ?”, insistèrent les habitants ; le paysan répondit à nouveau : “Non, pas quelqu’un qui aurait un nom et l’aspect d’une personne, j’ai sonné le glas pour la Justice, parce que la Justice est morte.”

Qu’est-ce qui s’était passé ? Il s’était passé que le cupide seigneur de la région (quelque comte ou marquis sans scrupule) changeait depuis longtemps les bornes des limites de ses terres, et les faisait avancer à l’intérieur du petit lopin de terre du paysan, et chaque avancée réduisait un peu plus ce lopin.

La victime avait commencé par protester et réclamer contre l’injustice, ensuite, elle implora la compassion et, finalement, décida de se plaindre aux autorités et de demander la protection de la justice. Tout cela demeura sans résultat et la spoliation continua.

Alors, désespéré, il décida d’annoncer urbi et orbi (un village est à l’exacte dimension du monde pour celui qui y a toujours vécu) la mort de la Justice.

Peut-être avait-il pensé que son geste d’indignation exaltée réussirait à émouvoir et mettrait en branle toutes les cloches de l’univers, sans distinction de race, de credo et de coutumes, et que toutes, sans exception, accompagneraient son glas pour la mort de la Justice et ne se tairaient pas avant que celle-ci ne ressuscite.

Une telle clameur, volant de maison en maison, de village en village, de ville en ville, sautant par dessus les frontières, lançant des ponts sonores au dessus des rivières et des mers, devrait forcément réveiller le monde endormi… Je ne sais pas ce qui arriva ensuite ; je ne sais pas si le bras populaire vint aider le paysan à remettre les bornes à leur place, ou si les habitants, une fois la Justice déclarée défunte, étaient retournés, tête basse et l’âme en berne, à leur triste vie quotidienne. Il est bien avéré que l’Histoire ne nous raconte jamais tout…

Je suppose que ce fut la seule fois où, en un endroit quelconque du monde, une cloche, un bourdon de bronze inerte, après avoir tant sonné pour la mort d’êtres humains, pleura la mort de la justice. On n’entendit plus jamais ce glas funèbre du village de Florence, mais la Justice continua et continue à mourir tous les jours. Aujourd’hui même, en cet instant où je vous parle, loin ou près d’ici, à la porte de notre maison, quelqu’un la tue. A chaque fois qu’elle meurt, c’est comme si finalement elle n’avait jamais existé pour ceux qui avaient eu confiance en elle, pour ceux qui attendaient d’elle ce que nous avons tous le droit d’attendre de la Justice : la justice, simplement la justice.

Non point celle qui se drape dans des tuniques de théâtre et nous entortille avec des fleurs de vaine rhétorique judiciaire. Non point celle qui a permis qu’on lui bande les yeux et que l’on falsifie le poids de la balance ; non point celle dont l’épée coupe plus d’un côté que de l’autre, mais une justice humble, une justice compagne quotidienne de l’homme, une justice pour laquelle juste serait exactement, rigoureusement synonyme d’éthique ; une justice qui réussirait à être aussi indispensable au bonheur de l’esprit que l’est la nourriture du corps pour la vie. Une justice exercée par les tribunaux, sans doute, dans tous les cas prévus par la loi, mais, aussi et surtout, une justice qui soit l’émanation spontanée de la société elle-même agissante ; une justice dans laquelle se manifeste, comme un impératif moral incontournable, le respect pour le droit à l’existence qui est celui de tout être humain.

Mais les cloches, heureusement, ne sonnaient pas seulement pour pleurer ceux qui mouraient. Elles sonnaient aussi pour indiquer les heures du jour et de la nuit, pour appeler les croyants à la fête ou à la dévotion ; et il y eut une époque, pas si lointaine, où c’était le tocsin qui avertissait la population en cas de catastrophes, d’inondations ou d’incendies, de désastres ou de tout autre danger qui aurait menacé la communauté. Aujourd’hui, le rôle social des cloches se trouve limité à l’accomplissement des obligations rituelles, et l’acte illuminé du paysan de Florence serait considéré comme l’œuvre démente d’un fou, ou, pire encore, comme une simple affaire de police. Ce sont d’autres cloches, bien différentes, qui, aujourd’hui, défendent et affirment la possibilité, enfin, de l’implantation dans le monde de cette justice compagne de l’homme, de cette justice qui est la condition du bonheur de l’esprit et même, pour aussi surprenant que cela puisse nous paraître, la condition de la nourriture même du corps.

Cette justice existerait-elle, qu’il n’y aurait plus un seul être humain mourant de faim ou de toutes ces maladies guérissables pour les uns, mais pas pour les autres. Cette justice existerait-elle, que l’existence ne serait plus, pour plus de la moitié de l’humanité, la condamnation terrible qu’elle a été jusqu’à présent. Ces cloches nouvelles, dont l’écho se répand, chaque fois plus fort, à travers le monde entier, ce sont les multiples mouvements de résistance et de mobilisation sociale luttant pour l’avènement d’une nouvelle justice distributive et transformatrice que tous les êtres humains puissent parvenir à reconnaître comme intrinsèquement leur justice ; une justice protectrice de la liberté et du droit, et en aucune façon de ce qui les nie.

J’ai dit que, pour cette justice, nous disposons déjà d’un code d’application pratique à la portée de tout entendement, et que ce code se trouve consigné depuis cinquante ans dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ces trente droits de base essentiels dont on ne parle plus aujourd’hui que vaguement, quand on ne les passe pas systématiquement sous silence. Ils sont plus méprisés et souillés de nos jours que ne le furent, il y a quatre cents ans, la propriété et la liberté du paysan de Florence. Et j’ai dit aussi que la Déclaration universelle des droits de l’homme, telle qu’elle est rédigée, et sans qu’il soit nécessaire d’en modifier ne serait ce qu’une virgule, pourrait remplacer avantageusement, en ce qui concerne la rectitude des principes et la clarté des objectifs, les programmes de tous les partis politiques de la Terre.

Je pense notamment à ceux de ce que l’on appelle la gauche, ankylosés dans des formules caduques, non concernés ou impuissants pour affronter les réalités brutales du monde actuel, fermant les yeux aux menaces déjà évidentes et redoutables que le futur nous prépare contre cette dignité rationnelle et sensible qui est, nous l’imaginons, la suprême aspiration des êtres humains. J’ajouterai que ces mêmes raisons qui me conduisent à me référer aux partis politiques en général, je les retiens de la même manière pour les syndicats de chaque pays, et, en conséquence, pour le mouvement syndical international dans son ensemble. D’une manière consciente ou inconsciente, le syndicalisme docile et bureaucratisé qui nous reste aujourd’hui, est, en grande partie, responsable de l’assoupissement social qui découle du processus de globalisation économique en cours. Cela ne me réjouit pas de le dire, mais je ne saurais le taire.

Et même, si l’on m’autorise à ajouter quelque chose de mon crû aux fables de La Fontaine, je dirai alors que, si nous n’intervenons pas à temps, c’est à dire tout de suite, la souris des droits de l’homme finira par être implacablement dévorée par le chat de la globalisation économique.

Et la démocratie, cette invention millénaire d’Athéniens ingénus pour lesquels elle devait signifier, dans le contexte social et politique particulier de cette époque, et selon l’expression consacrée, un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ? J’entends souvent des personnes sincères, dont la bonne foi est prouvée, et d’autres qui ont intérêt à simuler cette apparence de bonnes dispositions, soutenir ceci : bien que l’état catastrophique dans lequel se trouve la majeure partie de la planète soit une évidence indéniable, ce sera précisément dans le cadre d’un système démocratique général que nous aurons le plus de probabilités d’arriver à faire respecter pleinement, ou tout au moins de manière satisfaisante, les droits de l’homme.

Rien de plus sûr, à condition que soit effectivement démocratique le système de gouvernement et de gestion de la société qu’actuellement nous appelons démocratie. Et il ne l’est pas. C’est vrai que nous pouvons voter, c’est vrai que nous pouvons, par délégation de souveraineté que l’on nous reconnaît comme citoyens électeurs et normalement par la voie des partis, choisir nos représentants au parlement. C’est vrai enfin que, de l’importance numérique de telles représentations et de combinaisons politiques que la nécessité d’une majorité viendrait imposer, sortira toujours un gouvernement. Tout ceci est vrai, mais il est vrai également que la possibilité d’action démocratique commence et finit là.

L’électeur pourra renverser un gouvernement qui ne lui plaît pas et le remplacer par un autre, mais son vote n’a jamais eu, n’a pas, et n’aura jamais un quelconque effet visible sur l’unique force réelle qui gouverne le monde, et par conséquent son pays et sa personne : je fais allusion, évidemment, au pouvoir économique, en particulier au secteur en augmentation constante, qui est géré par les entreprises multinationales selon des stratégies de domination qui n’ont rien à voir avec ce bien commun auquel, par définition, aspire la démocratie. Nous savons tous qu’il en va ainsi et, malgré cela, par une sorte d’automatisme verbal et mental qui ne nous permet pas de voir les faits dans leur nudité sans fard, nous continuons à parler de démocratie. A en parler comme s’il s’agissait de quelque chose de vivant et d’efficace, alors qu’il ne nous reste guère autre chose d’elle que cet ensemble de formes ritualisées, les passes inoffensives et les gestes d’une sorte de messe laïque. Et nous ne nous apercevons pas, comme si pour cela il ne suffisait pas d’avoir des yeux, que nos gouvernements, ceux-là mêmes que, pour le meilleur et le pire, nous avons élus et dont nous sommes par conséquent les premiers responsables, se transforment chaque jour davantage en simples “commissaires politiques” du pouvoir économique, avec la mission objective d’élaborer les lois qui conviennent à ce pouvoir. Ensuite ces lois, enveloppées dans les édulcorants de la publicité intéressée, officielle ou privée, seront introduites sur le marché social sans provoquer trop de protestations, si ce n’est celles de certaines minorités éternellement mécontentes…

Que faire ? De la littérature à l’écologie, de la fuite des galaxies à l’effet de serre, du traitement des déchets aux embouteillages, tout se discute en ce monde. Mais le système démocratique, comme s’il s’agissait d’une donnée définitivement acquise, intouchable par nature jusqu’à la consommation des siècles, cela ne se discute pas. Alors, si je ne suis pas dans l’erreur, si je ne suis pas incapable d’additionner deux et deux, alors, parmi tant d’autres discussions nécessaires ou indispensables, il est urgent, avant qu’il ne soit trop tard, de promouvoir un débat mondial sur la démocratie et les causes de sa décadence ; sur l’intervention des citoyens dans la vie politique et sociale ; sur les relations entre les États et le pouvoir économique et financier mondial ; sur ce qui consolide et sur ce qui nie la démocratie ; sur le droit au bonheur et à une existence digne ; sur les misères et les espoirs de l’humanité, ou, pour parler de façon moins rhétorique, des simples êtres humains qui la composent, pris individuellement ou dans leur ensemble. Il n’est pas de pire erreur que celle de celui qui se trompe lui-même. C’est pourtant ainsi que nous vivons.

Je n’ai rien à ajouter. Ou plutôt si, un seul mot, pour demander un instant de silence. Le paysan de Florence vient de monter une fois de plus au clocher de l’église, la cloche va sonner. Écoutons-la, s’il vous plaît

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José de Sousa Saramago s'est imposé en quelques années comme l'un des auteurs majeurs du Portugal, grâce à ses grands romans polyphoniques qui revisitent l'histoire portugaise, avec une ironie subtile, proche du ricanement voltairien. Son oeuvre, puissamment imaginative, forte d'une vingtaine de titres dont certains traduits en plus de vingt langues, l'écrivain l'a fait connaître tardivement. Après un premier roman Terra de pecado (Terre du péché) paru en 1947, l'écrivain attendra 1966 pour publier son deuxième livre, un recueil de poèmes (Os Poemas possiveis), puis les années 80 pour connaître la célébrité. Né en 1922 dans le petit village d'Azinhaga (centre du Portugal), ce fils de paysans sans terre émigrés à Lisbonne, abandonne le lycée pour des raisons financières pour suivre une formation de mécanicien-serrurier. Il s'essaye à divers métiers dans l'administration publique, travaille douze ans dans des maisons d'édition, puis dans des journaux, notamment en tant que rédacteur en chef adjoint à Diario de Noticias, un emploi qu'il doit quitter à la suite des événements politiques de novembre 1975. "Bienheureux licenciement. Il m'a permis de me consacrer totalement à ce que j'aime le plus: écrire", a l'habitude de dire le seul écrivain portugais qui réussit à vivre uniquement de ses droits d'auteur. De 1975 à 1980, Saramago gagne sa vie comme traducteur, pour se consacrer aprés ses premiers succès littéraires entièrement à son métier d'écrivain. Pendant quinze ans, considérés comme sa période de mûrissement, il publie poèmes, chroniques, pièce de théâtre et nouvelles, ainsi qu'un long roman Manual de Pintura y Caligrafia (1977). La parution en 1980 de Levantado do chao, un récit épique sur la révolte des gens pauvres de l'Alentejo (est du Portugal), ouvre une seconde période dans son œuvre. Couronné du Prix de la ville de Lisbonne, il marque le début de la carrière d'écrivain célèbre de Saramago, qui s'impose alors avec trois titres, publiés en six ans. Memorial do convento (1982), prix Pen club du Portugal et premier roman traduit en français (Le Dieu manchot, 1987), est une fable baroque et anachronique, un roman d'amour blasphématoire et humoristique, qui se déroule dans le Portugal du 18ème siècle. L'Année de la mort de Ricardo Reis (1984) est un voyage dans le Portugal des années 30 à travers la vie de l'un des hétéronymes de Fernando Pessoa. Le Radeau de pierre (1986) imagine la péninsule ibérique détachée de l'Europe et voguant entre Afrique et Amérique. Génie ludique, style original et torrentiel, où le flot de la phrase est libéré par une ponctuation réduite, richesse sonore de la langue, mode narratif qui crée une relation intime avec le lecteur, expliquent le renom du romancier. Celui-ci a ensuite publié un roman historique, Histoire du siège de Lisbonne (1989), puis L'Évangile selon Jésus-Christ (1992), un roman touffu et iconoclaste qui provoqua un tollé à sa sortie, et enfin Essai su la cécité (1995), une métaphore sur l'aveuglement contagieux qui frappe une société dominée par l'absurde. José Saramango, qui se dit "incroyant mais pas athée", et qui a adhéré en 1969 au parti communiste portugais, en adoptant pourtant toujours une attitude critique, a reçu en 1995 le "Prix Camoes", le plus important prix littéraire décerné au Portugal. Depuis 1992, il vit presque en ermite à Lanzarote, la plus septentrionale des îles de l'archipel des Canaries. Il s'y est installé après son mariage avec son épouse actuelle Pilar, une journaliste espagnole qu'il a connue alors qu'elle était correspondante au Portugal. La production littéraire de José Saramago s'élève à une trentaine d'ouvrages et comprend non seulement de la prose, mais aussi de la poésie, des essais et des pièces de théâtre. Dans son dernier roman, Tous les noms (Todos os nomes), publié en 1997, il parle d'un petit fonctionnaire employé à un service de l'état civil aux dimensions quasi-métaphysiques. Obsédé par l'un des noms, il suit cette piste jusqu'à sa fin tragique.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 09:21

Source : http://www.dailymotion.com/video/x86xgh_08-jose-saramago-portugal-sur-la-de_news

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On dit, pour faire taire les impatients, que la démocratie est le moins mauvais de tous les systèmes politiques connus jusqu’à aujourd’hui, et probablement le moins mauvais de tous les systèmes envisageables pour le futur.

Il ne manque pas aussi de gens pour dire que sans la démocratie il n’y aurait pas de droits de l’homme. On oublie cependant d’ajouter que sans la reconnaissance et le respect effectif des droits de l’homme, la démocratie restera toujours un vain mot, une promesse constamment ajournée, une espérance quotidiennement frustrée.

On dit que, parmi les ombres qui défigurent le visage de la démocratie, elle avance malgré tout dans la bonne direction, et que l’impatience qu’en d’autres temps on qualifiait de non révolutionnaire n’est pas non plus démocratique.

Soyons donc patients.

Avec la patience nous gagnerons le ciel, avec la patience nous finirons par gagner la terre. Ne demandons pas comment ni quand, soyons patiemment obéissants.

La patience n’est pas seulement une vertu chrétienne ; elle est aussi, après mûre réflexion, la seule solution raisonnable pour se diriger dans le labyrinthe fou qu’est devenue la vie de l’espèce humaine. C’est ce qu’on dit, ou qu’on insinue.

Simplement, la sortie supposée du labyrinthe par la porte de la patience ne nous conduit qu’à la résignation et au conformisme.

Soyons donc impatients.

Impatients, parce que cette démocratie politique, dans laquelle on nous permet de vivre, est une démocratie limitée dans son expansion, bloquée dans ses mouvements, amputée dans son intégrité. Une apparence, une façade, un fantôme, qui fuit le contact pour que ne soit pas définitivement révélé sa pauvre identité de fantôme.

Nous vivons à l’intérieur d’une bulle démocratique qui flotte au gré des courants et des tourbillons économiques que la démocratie elle-même ne peut orienter, ni discipliner.

Dans cette bulle de démocratie formelle, tout parait fonctionner à la perfection. Nous avons des partis politiques, nous avons des élections, nous avons des parlements, nous avons des gouvernements, nous avons des juges et des tribunaux, nous avons des droits et des libertés, et aussi les devoirs qui sont supposés leur être inhérents. Nous pouvons renverser un gouvernement qui ne nous a pas compris, ou qui n’a pas tenu ses promesses, pour le remplacer par un autre qui fera d’autres promesses qu’il ne tiendra probablement pas.

Nous changeons le gouvernement, mais nous ne changeons pas le pouvoir. C’est le paradoxe de la démocratie, telle que nous l’avons acceptée et telle que nous la pratiquons. C’est la contradiction à laquelle nous n’avons pas réussi à échapper jusqu’à présent.

La démocratie est régie par des pouvoirs qui ne sont pas démocratiques, les gouvernements élus par le peuple se sont transformés en commissaires politiques chargés d’appliquer les décisions de pouvoirs qui ne sont pas issus d’un vote populaire et qui ne sont pas contrôlés par les organismes représentatifs de la volonté des citoyens. De cette union du paradoxe et de la contradiction est née l’authentique schizophrénie politique dans laquelle on nous oblige à vivre.

L’impatiente n’est peut-être pas réellement révolutionnaire. Mais peut-être est-ce le moment de nous demander si l’avenir de la démocratie ne réside pas justement dans l’impatience des citoyens ? Impatience contre la résignation, impatience contre le conformiste. En un mot l’impatience contre ceux qui nous ont fait perdre patience.

C’est tout

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 01:02

Rien n’est sacré en soi, mais on ne connaît pas de société, fut-elle officiellement athée, qui n’ait en son sein un point de sacralité, légitimant le sacrifice et interdisant le sacrilège.

Le sacralisé ou l’intouchable se distingue du profane ou de l’anodin par des traits invariants, reconnaissables à l’œil nu.

  1. http://www.franceculture.fr/emissions/allons-aux-faits/realites-religieuses-25-que-faut-il-entendre-par-sacre
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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:43

« Il est donc très nécessaire de discuter avec les hommes politiques, lorsqu’ils font l’effort, comme c’est le cas ici, de penser », écrit Pascale Fautrier en conclusion.

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Source : http://www.regards.fr/web/l-ere-du-peuple-de-jean-luc,8024

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Auteur du roman Les Rouges, qui retraçait deux siècles de combats de la gauche française, Pascale Fautrier nous propose ici une lecture en profondeur de l’ouvrage de Jean-Luc Mélenchon, de ses aspects les plus remarquables comme des plus discutables.

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I. Cinq aspects remarquables du livre de Jean-Luc Mélenchon :

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1. La profondeur et la radicalité de l’analyse, qui part du constat courageux d’une défaite intellectuelle et politique : « Il n’existe plus aucune force politique mondialisée face au parti invisible de la finance globalisée » (EP 17). Cette nécessité de tout repenser et de tout reconstruire a été formulé récemment quasiment dans les mêmes termes par Alain Badiou dans l’émission d’Aude Lancelin : la nécessité de reconstruire une « alternative idéologique », c’est-à-dire une perspective de dépassement du capitalisme capable de fédérer largement la « vraie » gauche.

2. Le caractère « reliant » de la démarche, comme dirait Morin : ce livre cherche à penser ensemble le micro et le macro, le global et l’individuel, du devenir écologique de la planète à la misère psychique et morale des individus réduits à leur capacité de consommer, en passant par la domination mondiale d’un capitalisme de la rente et de la spéculation, et les nouveaux déséquilibres géopolitiques qui en résultent. Il est notable qu’un homme politique « généraliste » comme l’est Jean-Luc Mélenchon, ne s’enferme pas dans le cadre national et intègre à ses préoccupations la survie de la biosphère. Cette analyse factuelle conduit à observer, à tous les niveaux de la vie humaine, une spirale négative dévolutive de destruction des équilibres écologiques, de décomposition du lien social et civilisationnel sous le coup d’une logique productiviste qui profite à une infime minorité (les oligarchies), générant des risques nouveaux de guerres, voire même d’une guerre mondiale.

3. Mais au pessimisme de la description répond l’optimisme de l’action, le souci de sortir de la « dénonciation démoralisante ». Les propositions politiques de Jean-Luc Mélenchon s’appuient sur une « théorie de la révolution citoyenne » (EP 14), et sur le Manifeste de l’éco-socialisme élaboré en décembre 2012 et cité en fin d’ouvrage. Les deux axes en sont 1. La réaffirmation du principe démocratique de la « souveraineté populaire » formulée par les révolutionnaires français ; 2. L’idée que le « peuple » n’a pas à subir la dictature d’une classe particulière : ni oligarchies financières, ni « prolétariat » investi d’une « mission historique ». Exit l’idée « libérale » d’une gouvernance « éclairée » des élites (c’est-à-dire des puissants par accumulation de capital symbolique et matériel) ; exit également la « dictature du prolétariat » : rupture avec la nostalgie de la vieille « doctrine » léninisto-stalinienne.

4. La « révolution citoyenne » démocratique est un républicanisme radical. Le peuple doit reprendre l’initiative politique en ré-constituant sa souveraineté confisquée par les oligarchies : c’est la proposition politique centrale de convocation d’une « assemblée constituante », elle-même préparée par des « assemblées citoyennes » délibérantes et s’auto-organisant démocratiquement (en utilisant le net, mais pas seulement), comme cela se passe actuellement en Espagne. Les propositions avancées par J.-L. Mélenchon concernant les modalités futures de la représentation et des contours d’une VIème République (révocation des élus, règles verte etc.) ne sont ni normatives, ni directives, ni excluantes d’autres propositions, mais à discuter et c’est un point important.

5. L’écosocialisme est un néo-communisme écologiste et démocratique : il intègre les descriptions économistes du « matérialisme historique » mais récuse le millénarisme et l’autoritarisme centraliste de la « dictature du prolétariat » (mais ça mériterait d’être davantage précisé et souligné). J.-L. Mélenchon continue à se référer au matérialisme historique (EP 15) pour décrire les rapports de force sociaux : le « peuple » est constitué majoritairement de salariés en butte à la voracité des actionnaires, lesquels empochent 80% des profits des entreprises (EP 63), et organisent une pression sociale accrue pour étendre leur puissance et rogner les droits du travail. Une politique au service du peuple, c’est-à-dire de l’intérêt général, détrônerait nécessairement « la petite oligarchie des riches, la caste dorée des politiciens qui servent ses intérêts et des médiacrates qui envoûtent les esprits » (EP 14). Mais de cette description des rapports de production, ne découlent pas automatiquement les moyens de l’action politique. Le peuple est constitué aussi de chômeurs, femmes au foyer, artisans, médecins, avocats, et l’accès à la souveraineté politique demeure à tout moment un choix collectif et individuel, soumis à la délibération démocratique. La théorie de la révolution citoyenne, contrairement au communisme millénariste ou aux néo-libéraux des années 90 (Fukuyama), ne visent aucune « fin de l’histoire ». L’action politique est un choix de tous les instants et un combat sans fin.

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II. L’écosocialisme est une « politique de civilisation » (Edgar Morin)

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Avant d’en venir aux points plus problématiques du livre de J.-L. Mélenchon, je voudrais souligner combien l’écosocialisme proposé par le leader du Front de Gauche et du Mouvement pour la VIe République me paraît s’inscrire dans la « politique de civilisation » formulée par Edgar Morin dans son livre La Voie (2011). Notons au passage qu’Edgar Morin est un des rares penseurs de notre temps à avoir tenté la théorisation anthropologique et politique, « anthropolitique », d’une méthode de pensée et d’action (les deux mêlés) pour sortir de « l’âge de fer planétaire » qui nous conduit à la catastrophe.

1. Il s’agit d’abord de prendre conscience que nous sommes des citoyens de la « Terre-patrie », et que celle-ci est engagée dans une « bifurcation fondamentale » (EP 47) capable de provoquer l’extinction de la vie. « L’illusion d’un progrès conçu comme une loi de l’Histoire s’est dissipée à la fois dans les désastres de l’Est, les crises de l’Ouest, les échecs du Sud, la découverte des menaces nucléaires et écologiques », écrit Edgar Morin (LV 29). J.-L. Mélenchon en prend acte à la fin de son livre : « On doit se demander s’il n’est pas déjà trop tard » (EP 148).

2. Les activités humaines entraînent des dégâts déjà irréversibles sur le climat et la biodiversité, notamment dus à l’augmentation exponentielle du nombre d’humains. J.-L. Mélenchon donne des chiffres saisissants (EP 33) : en 5 ans, de 2009 à 2014, la population mondiale a augmenté d’un milliard d’individus, alors qu’il lui a fallu 200 000 ans pour atteindre, en 1920, le premier milliard. C’est l’ « ère de l’anthropocène » et de l’« homo urbanus » pour reprendre les titres de deux chapitres de son livre : 80% de la population vit en ville en Europe et sur le continent américain, EP 110, La population urbaine du monde augmente d’un million par semaine » (LV 317).

3. Cette prise de conscience en entraine automatiquement une autre : le modèle occidental productiviste du développement sans fin est à l’origine de cette situation tragique : « Le chaos qui s’avance est la conséquence directe du productivisme » (EP 59) ; « Il faudrait plusieurs planètes pour répondre aux besoins si tout le monde vivait comme nous. » (EP, 36) écrit J.-L. Mélenchon. Et de proposer un écosocialisme qui rompt radicalement avec un certain socialisme productiviste stalinien ou maoïste. Morin insiste davantage sur la nécessaire critique de l’impérialisme occidentalo-centriste de ce modèle de développement issu de la Révolution industrielle, qui s’impose à la planète entière et la fait entrer dans une crise complexe, écologique, démographique, civilisationnelle. C’est la « globalisation, stade actuel de la mondialisation », écrit Morin (LV 26), « unification techno-économique de la planète » produisant en réaction des « contre-processus de résistance », certains régressifs (les tentations théocratiques), d’autres positifs : « refloraisons de cultures autochtones », « processus de métissages culturels » (LV 26).

4. L’écosocialisme de Jean-Luc Mélenchon s’inscrit dans la « politique de l’humanité » définie par Morin comme « un dépassement de l’idée de développement, même supportable (dit « durable ») » (LV 73). L’individu humain n’est pas une monade autosuffisante en relation avec d’autres monades, il dépend de son environnement. Il est donc nécessaire d’affirmer l’existence d’un « intérêt général humain » (EP 58) qui sanctuarise les conditions de survie de l’humanité, et donc celles de la biosphère. J.-L. MÉLENCHON propose d’inscrire dans la Constitution l’extension des droits de l’homme et du citoyen « à de nouveaux droits écologiques » (EP 58).

5. Morin comme Mélenchon appellent à une « gouvernance globale » capable de prévenir les guerres, d’imposer des droits sociaux, « l’application de normes écologiques vitales et de normes économiques d’intérêt planétaire » (LV 72), et d’« en finir avec le libre-échange » (Mélenchon, EP 85) : « Le but est d’organiser les rapports économiques entre pays sur une base civilisée et négociée. Un ordre où l’autosuffisance devrait être l’objectif, le transbordement l’exception. […] Penser une réforme de l’ONU et lui donner les moyens de fonctionner est la priorité » (EP 85). Morin propose de parler de « démondialisation » pour assurer la protection des cultures vivrières et des modes de vie traditionnels, pour relocaliser la production et donner la priorité partout à l’autosuffisance alimentaire (la « souveraineté alimentaire »).

6. Un de ces nouveaux droits écologiques à conquérir nationalement et internationalement serait la « règle verte » (« ne pas prélever davantage à la nature que ce qu’elle peut reconstituer », EP 55) : elle permettrait selon Jean-Luc Mélenchon de réguler la production proliférante d’objets obsolescents épuisant les ressources naturelles, creusant une « dette écologique » (EP 54) autrement plus inquiétante que la « dette publique » de l’État dont on nous rebat les oreilles : nous détruisons les ressources naturelles plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler. E. Morin insiste de plus sur la nécessité de penser ces nouveaux droits au niveau de la « société-monde » en cours de constitution (une opinion publique planétaire consciente de l’urgence écologique).

7. Edgar Morin écrit que ce capitalisme financier qui « a provoqué la crise de 2008 » et « se repaît comme un vampire de nos substances vives » « s’est mis au ban de l’humanité et nous devrions le mettre au ban de l’humanité » (LV 43). Comme lui, Jean-Luc Mélenchon propose de combattre la financiarisation de l’économie, notamment en n’accordant le droit de veto aux actionnaires qu’en fonction du temps de possession de leur part de capital. Il propose comme E. Morin de sanctuariser certaines ressources naturelles comme l’eau, et d’étendre autant que possible le domaine du « commun » en favorisant la production coopérative (les SCOP) et solidaire, en taxant les flux de capitaux. Mais on voit bien que ce combat est nécessairement, lui aussi, planétaire.

8. Comme Edgar Morin, J.-L. Mélenchon note que le « système formate l’intimité de chacun » (EP 131), que le productivisme est « comme le patriarcat une structure implicite » (EP, 132), qu’il y a donc aussi une « bataille culturelle » (EP 134) à mener pour nous émanciper de « l’ordre globalitaire (global et totalitaire) » (EP 131), dont l’un des aspects est l’envoûtement consumériste (Morin parle d’ « intoxication consumériste », LV 36). Comme l’écrit Morin, « pas de réforme de vie ni de réforme éthique sans réforme des conditions économiques et sociales du vivre », et « pas de réforme politique sans réforme de la pensée politique, laquelle suppose une réforme de la pensée elle-même » (LV 61), réforme inspirée de sa « méthode » coconstructiviste d’analyse/reliance transdisciplinaire. Comme Morin, Jean-Luc Mélenchon insiste sur l’éducation (notamment à la sensibilisation aux limites des ressources écologiques) et la nécessité, mise en œuvre dans son livre, de penser ensemble l’expérience quotidienne et les priorités politiques.

9. La dépendance des habitants du monde entier envers le système de production des biens, notamment due à la généralisation du mode de vie urbain, n’a jamais été aussi totale. Cette situation conduit à ce paradoxe, diversement mais également souligné par l’homme politique et par le penseur : elle favorise l’émergence de l’individualisme. Plus l’individu est dépendant d’un système lointain quant à ses capacités de survie, de déplacement, de nourriture symbolique et culturel, plus il a le sentiment de posséder une intériorité autonome et un intérêt personnel. La dépendance envers le système techno-économique l’émancipe de son environnement humain immédiat.

10. Cet individualisme a deux faces, l’une positive, l’augmentation d’une conscience autonome possiblement réflexive (EP 111) due aussi à l’élévation mondiale du niveau d’éducation, l’autre négative, voire nihiliste. La mise en compétition généralisée et la marchandisation des êtres obligés de se vendre sur le « marché du travail » produit une « dissociation » des liens traditionnels (environnement humain, familial) et un mouvement brownien nihiliste d’individualisme égoïste (« le chacun pour soi, la guerre de tous contre chacun » EP 112) que Jacques Généreux nomme la « dissociété » (EP 112 et 134). Ce constat conduit Edgar Morin à penser une nécessaire « réforme de vie » morale fondée sur la convivialité, la solidarité, l’auto-examen. Jean-Luc Mélenchon insiste dans un chapitre original sur l’enjeu psychique et politique que représente la réappropriation du temps contre la tyrannie de l’accélération affolante et la multiplication chronophage de la dépendance envers la technique.

11. Les réflexions les plus originales de Jean-Luc Mélenchon concernent les possibles modalités nouvelles de la conscience politique et des actions possibles dans un tel contexte d’individualisme « globalitaire ». Le caractère lointain des centres de décision techno-économique et politique tend à produire une indifférence sociale et une perte du sentiment démocratique, que les oligarchies favorisent consciemment : apparemment « la ségrégation spatiale » rend la foule des grandes villes « inapte à être un acteur collectif de l’histoire » (EP 115) et la relègue dans une passivation consentante. Cependant cette inertie et cette dissociation peuvent se retourner en « conscience collective » selon un processus qui n’est pas sans rappeler fortement la description sartrienne de la constitution du « groupe » dans La Critique de la raison dialectique : des individus attendent le bus, et se sentent noyés dans une indifférenciation « sans signification » (les petits pois dans une boite, pour reprendre l’image sartrienne). Mais un incident survient, retard anormal du bus ou tout autre micro-évènement rendant visible le caractère collectif de la dépendance à l’égard du système de transport : le sentiment du « groupe » est né. La protestation commune qui en résulte est le modèle des actions collectives spontanées qui ont pu déclencher des révolutions citoyennes ces dernières années : prix du ticket de bus au Vénézuela, augmentation du prix de l’eau et du gaz en Bolivie, réclamation de transports dignes et efficaces au Brésil, défense d’un jardin public à Istanbul (EP 117). La « révolution citoyenne » est imprévisible comme ces mouvements, elle est dépendante davantage de tels phénomènes de conscientisation que du militantisme traditionnel, dont il faut constater la crise.

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III. Les points qui me paraissent problématiques dans le livre de Jean-Luc Mélenchon

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1. L’expression reste parfois brutale, et il arrive qu’elle me heurte. Par exemple, EP 14, l’attaque parait gratuite contre l’écologie politique constituée en parti : « la firme qui truste le label ». Elle est désormais classique contre les « solfériniens » et François Hollande, mais paraît davantage justifiée par une politique qui ménage les oligarchies sur le fond aussi bien que sur la forme. La bonne voie serait cependant de marquer fermement la volonté de fédérer dans le respect mutuel des militants de base écologistes et socialistes, ou d’autres sensibilités du mouvement ouvrier (anarchistes) ou plus nouvelles (féministes, LGBT), vers une recomposition-union « écosocialiste » à la gauche du Parti socialiste en déclin.

2. Cependant cette brutalité a le mérite d’inclure et de reconduire vers la politique ceux qui la rejettent violemment : « la gauche et la droite, c’est pareil », disent-ils (EP 9). Question de priorité politique (de dosage) : fédérer les sensibilités diverses de la gauche est plus urgente ou s’adresser aux abstentionnistes. J’ai tendance à penser que l’urgence est de fédérer ce qui reste du camp de la « vraie » gauche, n’en déplaise à J.-L. Mélenchon récusant les « savantes explications pour discerner la vraie gauche de la fausse » (EP 31) : en effet, « la gauche peut mourir », fédérons d’abord ce qui reste de ses forces vives agissantes. Et arrêtons tout à fait de penser que tout le « peuple » est attiré par le FN : les chiffres montrent que le succès du FN résulte mécaniquement de la droitisation de l’électorat de droite (lequel a toujours été pour une bonne part un électorat ouvrier ou plus généralement encore, salarié). Soyons clair : il ne s’agit pas, en tout cas pas d’abord, de s’adresser à l’extrême-droite ou à ceux qui sont attirés par les thèses de l’extrême-droite, mais de reconstruire un discours fort à la gauche du PS : redéfinir la « vraie » gauche.

3. Jean-Luc Mélenchon, comme il l’explique lui-même, est passé d’une phase où il s’agissait de trancher à une phase plus fédératrice. Encore un petit effort, camarade : il n’est pas sûr que la relégation du mot « gauche » soit à l’ordre du jour en France, contrairement à ce qui s’est passé en Amérique du Sud ou en Espagne. Substituer à la polarité parlementaire gauche-droite une opposition « citoyenne » entre « le peuple » et les oligarchies (EP 31) réactive des soupçons de « bonapartisme de gauche », auxquels il faut répondre. Certes, J.-L. Mélenchon s’appuie sur la phrase fameuse de Robespierre (p. 31 « Je suis du peuple etc. ») et la polarité d’origine parlementaire gauche-droite se rattache à la tradition révolutionnaire française dont il se réclame par ailleurs. Revendiquer le mot « gauche » aurait le mérite d’inscrire clairement la « révolution citoyenne » et la convocation de l’assemblée constituante dans la continuité politique et historique de la tradition républicaine française, dont certes la mémoire se perd (cette perte de mémoire qui m’a fait écrire Les Rouges), mais qui demeure vivace en France, je le crois. D’autre part, on sent chez Jean-Luc Mélenchon une hésitation à quitter tout à fait les sentiers balisés de l’électoralisme social-démocrate (avec les écueils afférents de personnalisation) : mais sa pensée à cet égard est en avance sur son sentiment (peut-être même sur ses intentions politiques).

4. Certaines nuances demeurent entre les « voies » de pensée et d’action dégagées par E. Morin et celles proposées par le livre de Jean-Luc Mélenchon. Disons trop brièvement que l’universalisme dont se revendique l’homme politique paraît encore un peu trop abstrait. Les notions d’ « enveloppement » ou de « démondialisation » proposées par E. Morin demeurent à exploiter, ainsi que son insistance sur la nécessaire diversité humaine et la valorisation des cultures primitives ou anciennes, modulant l’occidentalo-centrisme de l’universalisme abstrait « républicain » compromis dans la colonisation, ou ses réflexions sur la nécessaire révolution cognitive pour penser l’articulation nouvelle du politique, du culturel (intellectuel) et du psychique : « Le développement, écrit Morin (LV 39-40) a secrété un sous-développement intellectuel, parce que la formation disciplinaire que nous, Occidentaux, recevons, nous apprenant à dissocier toute chose nous a fait perdre l’aptitude à relier et, du coup, celle à penser les problèmes fondamentaux et globaux ».

5. L’un et l’autre cependant pêchent à mon sens également par un optimisme trop grand concernant la rationalité universalisante. Optimisme sur les capacités heuristiques de l’autoexamen et la portée thérapeutique ou politique de la réflexivité pour Morin : j’avoue cependant que je partage cet optimisme, même si je me le reproche. Cela conduit le philosophe notamment à négliger la question des modalités pratiques de l’action politique et l’influence des institutions politiques.

6. Chez Jean-Luc Mélenchon au contraire, l’optimisme heuristique débouche sur une surévaluation des méthodes de « l’éducation populaire » ; a contrario, son analyse des nouvelles modalités d’action politique révèle un manque de confiance dans le militantisme politique traditionnel (certes en crise), dans la structuration politique à la base. Et l’on retombe du coup, faute de « mouvements » spontanés urbains, à cause de ce chaînon manquant de l’enracinement politique, sur le risque d’un bonapartisme de gauche, dont J.-L. Mélenchon serait l’homme providentiel. Mais on sent que sa pensée est en évolution sur cette question, et une fois encore, en avance, peut-être sur ses intentions politiques (qui le portent à ne faire confiance qu’à lui-même) ; donnons-lui crédit d’ouvrir d’autres pistes d’action, notamment grâce au mouvement horizontal Pour la Vème République qu’il vient de lancer, et que j’appelle à rejoindre.

7. Cependant un mot encore sur ce risque de « bonapartisme de gauche » (ou de chavisme, si on préfère) : l’emploi du mot « planification » (EP 91) à propos de l’écologie politique (mot qui « fait peur » EP 91 en effet, puisqu’il est celui de la politique étatiste centraliste stalinienne ou gaullienne) laisse planer un doute, quant au rapport à l’État, et au type d’État (institution du commun) qu’il s’agit de défendre. Tout ceci reste à éclaircir par la délibération libre dans le Mouvement pour une VIe République.

8. Je suis également sceptique sur une certaine tonalité « nationale » dans certains passages du livre, notamment celui-ci : la France « nation universaliste » ayant vocation à « s’étendre sans fin » « du point de vue des principes qui l’organisent et la régissent » (EP 80). Certes, la France, deuxième puissance du monde, du point de vue de l’étendue, compte-tenu de ses territoires maritimes, aurait intérêt à exploiter écologiquement les ressources de la mer (cela est intéressant). Mais cette arrogance un brin impérialiste, même purement intellectuelle (les principes politiques), me gêne – même si elle est formulée pour contrer la mélancolie décliniste ambiante.

9. J’aurais tendance, quant à moi, à tempérer cet optimisme rationaliste du philosophe et du politique par un intérêt marqué pour le pessimisme freudien d’un Georges Bataille (je mettrai en ligne dès parution ces jours-ci dans un ouvrage collectif de mon texte : « La Politique de Georges Bataille ») : la nécessaire mise en cause de l’opposition rationaliste foi/raison (politique et religion) est à mon sens bien plus radicale chez ce poète de la pensée que chez E. Morin, même si la clairvoyance du philosophe à cet égard est ce qui s’est formulé de plus intéressant sur cette question (notamment dans son livre Autocritique, sur lequel je reviendrai dans un autre texte). Jean-Luc Mélenchon, sur cette question, en reste souvent à de rassurantes et classiques ritournelles « laïques », mais son intérêt pour la théologie de la libération, sa « religion de l’humain », et sa réflexion personnelle sur les racines religieuses de son propre engagement (la foi de sa mère : voir une interview récente) laissent entrevoir des clairvoyances intéressantes à cet égard.

10. Mais j’en viens à mes réticences les plus marquées : elles concernent le chapitre « Le retournement du monde ». Première nuance. J.-L. Mélenchon écrit : « L’histoire en cours est celle de la lutte de l’oligarchie pour le pouvoir absolu. Parce qu’elle n’a pas le choix » (EP 67). Je ne conteste pas le fait, mais il est très nécessaire à mon sens d’écrire le mot oligarchie au pluriel. Ce singulier fait à mon sens commettre à Jean-Luc Mélenchon une erreur d’appréciation, sûrement due à sa lecture très latino-américaine des actuels changements de rapports de force mondiaux. L’analyse de l’émergence des BRICS est passionnante, et l’évènement que fut en août dernier leur décision de « commercer dans leurs monnaies nationales » (EP 72) parait en effet déterminante : elle signifie la fin de l’hégémonie économique du dollar, et donc la fin d’une globalisation « américaine », telle qu’elle s’est imposée après la Chute du Mur. Certes « l’empire américain » reste militairement dominant (quoique les avis paraissent à cet égard partagés), et on peut craindre que son déclin hégémonique (voire sa chute brutale, en effet envisageable) ne le conduise à provoquer une guerre généralisée, ou du moins un dangereux et instable jeu d’alliances dont on a déjà vu les effets dévastateurs. Certes le GMT, signe patent de sa volonté impérialiste intacte est un effet de sa réaction à son déclin et montre les risques engendrés par celui-ci.

Mais faut-il pour autant soutenir les initiatives des BRICS, notamment la proposition chinoise d’une monnaie universelle ? Certes « nous sommes en opposition frontale avec les USA sur des points essentiels » (EP 77) touchant notamment aux droits de l’homme, à la démocratie, aux droits sociaux, à l’écologie. Mais partageons-nous davantage de valeurs avec les chinois, avec Poutine, avec l’Afrique du Sud ? Les visées impérialistes des chinois sont-elles moins dangereuses que les américaines ? N’y a-t-il pas des oligarques russes, chinois, sud-africains etc. qui dominent la politique de leurs pays en imposant les mêmes modèles financiers et politiques que les banksters US et avec lesquels nous ne partageons rien.

Plusieurs faits me semblent (à vue de nez de citoyen moyennement informé) aller dans un autre sens que ceux cités précédemment.

La politique d’Obama n’a-t-elle pas deux axes : moindre implication militaire directe dans les conflits, et détente avec l’Iran ? Certes, le désengagement américain tend à mettre en avant ses alliés, notamment l’Europe et la France : mais est-ce une politique « atlantiste » de la part des Français ou le signe d’une faiblesse américaine et l’émergence d’une multipolarité de fait, que personne ne pense ni ne domine ? D’autre part, d’après ce qu’il m’a semblé comprendre, l’État Islamique est financé par l’Arabie Saoudite, notamment pour récupérer un moyen de pression sur les Américains, précisément parce qu’Obama a pris ses distances avec cet État. Obama ne sera pas toujours président, et l’analyse de Jean-Luc Mélenchon sur la dangerosité du déclin américain est complètement valable. Mais force est de constater que la politique d’Obama (on pourrait ajouter : moindre soutien à la politique belliciste d’Israël, même si c’est une affaire de nuances) n’est pas militairement ouvertement et directement offensive. D’autre part enfin, la puissance américaine n’a pas dit son dernier mot, peut-être (une découverte nouvelle en matière de maîtrise d’énergie, thermonucléaire par exemple, serait peut-être en mesure de changer au moins provisoirement la donne : ils y croient en tout cas).

Bref, je ne suis pas sûr que le « non-alignement » des BRICS, même s’il offre des marges d’action sur le plan international (en offre-t-il sur ces questions essentielles que sont les questions écologiques ou sociales ?) et ouvre des contradictions entre oligarchies peut-être exploitables, soit, en définitive, par défaut d’émergence d’organismes internationaux véritablement régulateurs dans le sens d’une « politique de civilisation », plus défendable que l’ex-Bloc soviétique. Dialectique subtile à doser : jouer des contradictions d’accord, refuser le chantage à la guerre (à propos de l’Ukraine par exemple), mais il n’est pas question, il me semble, de choisir un bloc contre un autre. On ne va quand même pas se refaire le coup du « grand frère soviétique » : la justification politique de ce choix politique géostratégique serait encore plus faible, c’est peu dire, et certaines affirmations de Jean-Luc Mélenchon me paraissent ambigües à ce sujet.

Je finirai par une remarque à l’égard de mes amis « intellectuels » (qui font profession d’enseigner, de lire et d’écrire). Retrouvons le goût du dialogue avec les politiques : prenons-les au sérieux, et résistons à la spécialisation des savoirs dénoncée par Michel Foucault dans L’Ordre du discours. L’intellectuel, pour « spécifique » que son humilité lui commande d’être, doit sortir de la tour d’ivoire de l’ « expertise », certes pas pour reconduire les erreurs passées de l’universalisme abstrait, mais pour enrichir de nos nuances argumentées la vision du monde généraliste que ne doit pas manquer de chercher à préciser tout citoyen qui se respecte. Il est donc très nécessaire de discuter avec les hommes politiques, lorsqu’ils font l’effort, comme c’est le cas ici, de penser. C’est dans le but d’engager ce dialogue que j’écris ce texte. J’espère qu’il appellera ici même ou ailleurs des commentaires et des discussions argumentées.

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