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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 06:09

 

Dans ResPublica. Démondialiser : le débat interdit ? article écrit par Michel Rogalski
économiste, EHESS-CNRS, directeur de la revue Recherches internationales.

 http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/demondialisation%c2%a0-le-debat-interdit%c2%a0/3762

 

 

Dans Marianne2. Les mots de François Ruffin*…. sur le protectionnisme

 http://www.marianne2.fr/BertrandRothe/Les-mots-de-Francois-Ruffin-en-naif-intelligent-sur-le-protectionnisme_a23.html

 

 

*François Ruffin a écrit un bouquin : Leur grande Trouille. Non lu pour pouvoir en parler, commentaires intéressants.

Voir :

http://www.bibliosurf.com/Leur-grande-trouille

 

http://www.marianne2.fr/Francois-Ruffin-en-soldat-du-protectionnisme-universaliste_a211453.html

 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 12:58

 

Le diable sait que je n’aime pas ça, mettre en avant les célébrités qui appellent à voter pour l’un ou l’autre. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que moi, que vous, pour se permettre de venir influencer notre opinion.

Mais voilà, faut faire avec les mœurs du temps, et je sais que l’Aqueux appellera depuis la Chuisse à voter pour Santa Claus et que …..(je ne veux froisser personne, des fois que "personne" hésiterait en faveur du Front de Gauche) fera de même pour Françouais.

Alors, par pur réalisme, je me jette à l’eau.

Soit dit en passant, j’ai toujours pensé que c’était un honneur dont devaient s’emparer les « ayant pignon sur rue » que de faire la révolution au lieu de la laisser faire aux désespérés qui, eux, n’ont pas d’autre choix.

Je prends donc ces témoignages comme leur part dans la révolution citoyenne.

Ci-dessous, le lien où est paru cet article. En plus, vous y verrez les photos que ma méconnaissance de l’ordi et d’internet m’empêche de vous fourguer.

Si c’est pas du beau monde, ça !

Peut-être qu’il y en d’autres qui vont se pointer. Eh !

Exergue

 

 

http://www.humanite.fr/politique/ils-et-elles-votent-front-de-gauche-481856

 

 

Politique - le 18 Octobre 2011

Élections 2012

Ils et elles votent Front de gauche

Mots clés : Présidentielles 2012, front de gauche,

Elles sont vingt-trois. Elles auraient pu être mille et plus. Vingt-trois personnalités parmi des syndiqués, des chercheurs, des artistes, des politiques, des militants associatifs que le Front de gauche intéresse d’une façon ou d’une autre. Certains de ces hommes et de ces femmes annoncent leur intention de voter, en 2012, en faveur de cette alliance formée de sept forces, unies pour donner de la voix à la gauche alternative, allergique à tout système capitaliste. Comme le psychanalyste Gérard Miller ou l’écrivain Jean Vautrin.

D’autres veulent s’engager davantage, enrichir la réflexion, partager le pouvoir au sein du Front de gauche, en faire un outil d’impulsion d’une société justement de partage du pouvoir, des richesses produites et des savoirs. D’ailleurs ceux-là estiment le mot « soutien » bien impropre, s’agissant du travail militant qu’ils veulent y fournir. Pour certains, notamment, au sein du conseil de campagne, présenté aujourd’hui, lors de l’inauguration du local du Front de gauche, aux Lilas, en Seine-Saint-Denis.

Parmi eux, les syndicalistes Pierre Khalfa, Gérard Aschieri, Didier Le Reste et Évelyne Sire-Marin, la comédienne Sophie de la Rochefoucauld, le cinéaste Robert Guédiguian, l’écrivain Gérard Mordillat ou encore Leïla Chaibi, la porte-parole de l’Appel et la pioche, un collectif de précaires.

  • GÉRARD ASCHIERI Syndicaliste enseignant  

«Au-delà de la nécessaire alternance, nous avons besoin d’une alternative. La crise profonde que nous traversons et ses dramatiques conséquences nécessitent des changements profonds de politique. C’est une aspiration qui grandit en France comme dans le monde, à laquelle il importe de répondre par des choix qui marquent de véritables ruptures et par des propositions qui apparaissent capables d’apporter sans attendre des améliorations effectives. La dynamique de rassemblement créée par le Front de gauche est dans cette perspective porteuse d’espoir, à la fois parce qu’elle a réussi à dépasser les patriotismes partisans et parce qu’elle entend enclencher un véritable mouvement citoyen. Il est essentiel pour l’avenir qu’elle sorte renforcée des échéances électorales. »

  • ÉVELYNE SIRE-MARIN, Magistrate, militante associative  

«À mes yeux, le programme du Front de gauche est le plus abouti et le mieux travaillé. Au regard de la comparaison que j’ai pu faire avec les autres formations politiques, celui-ci est le plus cohérent. Il articule parfaitement toutes les questions de société avec la dimension sociale. Dans mes domaines de prédilection que sont la justice et les libertés, je constate une véritable volonté de reconsidérer la place de la sécurité dans notre pays. Il est le seul à proposer l’abrogation des lois sécuritaires. Il réaffirme la place centrale que devrait occuper la justice avec davantage de démocratie. Il est à la fois favorable aux libertés tout en offrant la garantie d’une police et d’une justice républicaine. L’État pénal ne doit pas remplacer l’État social. »

  • LEÏLA CHAÏBI, Porte-parole de l’Appel et la pioche, un collectif de précaires  

 «Nous sommes des millions. On se croise dans les manifs, dans les files d’attente de Pôle emploi, dans le métro ou à la terrasse des cafés. Chômeurs, salariés ou autoentrepreneurs, on galère chaque fin de mois pour payer nos loyers, le compte en banque dans le rouge dès le 15 du mois. En face, ils sont une poignée, mais ils ont des millions. En France et partout en Europe, tous les prétextes sont bons pour qu’ils s’enrichissent sur notre dos. Ils voudraient soumettre tous les compartiments de nos vies aux lois de la finance et des agences de notation. Alors que la droite se frotte les mains de ce système qui profite à quelques puissants, le Parti socialiste ne propose que des pansements sur une jambe de bois. Le Front de gauche est aujourd’hui la seule force politique qui assume un projet alternatif à la dictature du capitalisme. »

  • PIERRE KHALFA, Syndicaliste, responsable associatif  

«L’élection présidentielle joue en France un rôle structurant dans la vie politique. Mais, tout le monde le sent, il se jouera cette fois-ci quelque chose de plus. D’abord parce que la présidence de Nicolas Sarkozy va laisser des traces profondes qu’il faudra effacer. Mais aussi parce que nous sommes au coeur d’une crise systémique qui met la gauche devant un choix crucial : soit imposer une régression sociale sans précédent, soit prendre des mesures qui déchirent le filet que le capitalisme néolibéral a tissé. L’enjeu est donc de modifier les rapports de forces à gauche pour que cette dernière voie l’emporte. Le Front de gauche est en train de créer une dynamique de rassemblement pour une gauche vraiment de gauche, qui appuie les nécessaires mobilisations sociales et citoyennes. C’est pour que cette dynamique fasse boule de neige qu’il faut voter pour Jean-Luc Mélenchon. »

  • SOPHIE DE LA ROCHEFOUCAULD, Comédienne  

 «À la dernière présidentielle, en 2007, je m’étais contentée d’appeler à voter Marie-George Buffet. Cette fois-ci, j’ai voulu aller plus loin dans mon engagement, vivre une campagne présidentielle de l’intérieur, y compris pour peser sur la réflexion, les décisions. Il se trouve que le Parti de gauche et le Parti communiste m’ont simultanément demandé d’être au conseil de campagne. Quitte à s’impliquer, autant le faire complètement ! Ce qui me passionne, c’est le terrain, les rencontres, les échanges avec les personnes que l’on croise lors des initiatives dans le métro, sur les marchés, à la sortie des écoles, dans les halls d’immeuble, aux pieds des boîtes aux lettres. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que les gens pensent, ce qu’ils ont à dire, ce qu’ils entendent par changement. Je suis persuadée que le Front de gauche est le plus à même de répondre aux interrogations du peuple de gauche. »

  • DIDIER LE RESTE, Syndicaliste cheminot

« Que font les politiques ? Existe-t-il une alternative politique ? J’ai souvent entendu ces questions, parfois émises sur le ton de la critique, au sein du mouvement social. Mon engagement en faveur du Front de gauche vise à contribuer à recréer une interaction entre le mouvement social et le mouvement politique. Ces dernières années, ceux-ci se sont beaucoup éloignés l’un de l’autre au détriment du rapport de forces en faveur des salariés. Dans le respect de l’indépendance et de l’autonomie de chacun, il s’agit à mon sens de permettre aux questions sociales de faire irruption sur le devant de la scène et dans la campagne électorale qui s’engage. S’engager en faveur du Front de gauche, c’est aussi peser en faveur d’une alternative radicale à gauche à la politique actuelle. »

  • MICHEL PINÇON ET MONIQUE PINÇONCHARLOT, Sociologues

 «Le Front de gauche devrait faire un bon score car il rassemble les voix des personnes qui se rendent compte que le capitalisme court à la faillite. Il y a en ce moment des prises de conscience qui s’opèrent sur la nature du système. Aux États- Unis, le mouvement des Indignés exprime le sentiment d’avoir été filouté par les banques… En France, le score obtenu par Arnaud Montebourg à la primaire socialiste est aussi un signe positif. Il faut d’urgence obliger la finance à retrouver la raison. Le Front de gauche représente la seule force dont le programme ne se contente pas de réparer les dégâts. Il s’attaque vraiment au système. C’est lui qui rassemble les forces les plus populaires. Et en plus, il est une construction unitaire. Or présenter, à gauche, un front commun est une avancée décisive. »

  • GÉRARD MILLER, Psychanalyste, professeur à l’université Paris-VIII

« J’avoue ne pas me casser la tête quand je dois voter, surtout pour une élection présidentielle. Depuis toujours, je vote à gauche, et depuis 2002 communiste au premier tour et socialiste au second. Mon parti pris est simple : il faut que la gauche soit vraiment la gauche, et pour cela il ne faut jamais laisser aux socialistes, que j’aime bien et donc châtie bien, les coudées trop franches. Du coup, la candidature de Jean-Luc Mélenchon me va comme un gant. Ses analyses comme ses propositions me semblent frappées au coin du bon sens et, en plus, avec un peu de chance, on va même s’amuser grâce à lui pendant la campagne ! Un candidat qui a de bonnes idées et qui ne vous endort pas quand il en parle, franchement, ça ne se refuse pas... »

  • YVAN LE BOLLOC’H, Artiste

Je vais vous faire une partie de mon spectacle. Je suis sur scène, et quelqu’un derrière moi arrive avec un portrait de Sarko. Je me retourne et je découvre “l’Horrible”. Je dis à un gars de mon équipe, un musicien : “Dis donc, t’es toujours éboueur toi ? C’est bien toi qui conduis le camion-benne à Béziers ? Allez, perds pas la main, mets-moi ça dehors. Pas de prosélytisme ici !” Après, j’explique : “Alors prosélytisme, c’est tenter de ramener quelqu’un à sa cause exemple : moi, Yvan le Bolloc’h, comédien, mon choix est fait, je voterai Jean-Luc Mélenchon. On a été jusqu’à lui offrir un caban breton pour lui porter chance ! Avec ça, il est équipé pour serrer les louches sur les marchés, et puis s’il fait moins de 2 % il pourra toujours s’exiler à Guernesey, il aura moins froid pour lire l’Huma sur les rochers.”. » Extrait du spectacle Tous les chemins mènent aux Roms.

  • ROBERT GUÉDIGUIAN, Cinéaste 

 «Je vais appeler à voter Mélenchon, et je voterai Front de gauche moi-même, car je suis communiste. Ce qui a une signification précise : je continue à penser qu’il faut réinventer quelque chose qui s’apparente à l’idée communiste. Et que cette chose se trouvera d’autant plus facilement qu’il y aura une organisation assez puissante pour l’accueillir. Le Front de gauche peut être l’espace où l’on réinvente l’idée communiste de demain, dont il faudra redéfinir les formes : il ne pourra pas être le communisme d’il y a un siècle. Je crois qu’au fond, ces idées sont dans l’air. Et que ce qui manque, ce sont des gens pour les formuler. Il faudrait réécrire un manifeste du Parti communiste, comme l’ont fait Marx et Engels, pour les Indignés du XIXe siècle. Je rêve que le Front de gauche fasse plus de 6 %, qu’il puisse fédérer, y compris des gens qui ont voté Montebourg aux primaires du PS. »

  • BERNARD LAVILLIERS, Artiste

«  Je voterai pour Mélenchon, pour le PC. J’ai lu le programme de Mélenchon, les revendications, c’est raide, mais si on veut vraiment... Il faut être appuyé sur une base sociale avec de gros syndicats. Je trouve que les syndicats perdent de la puissance. C’est pour cette raison qu’à chaque fois qu’ils ont besoin de moi, je vais chanter pour eux, pour attirer l’attention des gens. Il y a un manque de rapport de forces. Mon message, je le fais passer : “Serrez-vous les coudes et n’ayez pas peur de vos rêves fous !” Ne commencez pas à être raisonnables, c’est trop tard, parce que les autres ne l’ont pas été, raisonnables. Les causes perdues ne sont jamais perdues. Elles ne sont pas très visibles, il faut les remettre en perspective. » Entretien publié dans l’Humanité le 8 septembre 2011.

  • MICHÈLE RIOT-SARCEY, Historienne  

 «Si j’ai accepté de m’engager dans le conseil de campagne du Front de gauche c’est, je dois le dire, avec nombre de réticences. Le dispositif électoral actuel incite à réduire le contenu des messages, à ne parler que par slogans. Or, aujourd’hui, il nous faut penser à une alternative politique à l’échelle mondiale. Des événements suffisamment importants se déroulent au Maghreb pour nous permettre, à nous, Occidentaux, de repenser la fondation de la démocratie dans nos pays, en dépassant le système actuel, lequel est fondé sur le simple gouvernement représentatif. Or, en démocratie, la citoyenneté suppose d’avoir le pouvoir de l’exercer. Je voterai au premier tour Jean-Luc Mélenchon et au second tour socialiste. Mais ce n’est pas un choix véritable, plutôt un moyen d’éviter le pire. J’ai accepté de m’engager en espérant pouvoir développer mes réflexions sur la République sociale. Mais cette parole critique sera-t-elle entendue ? »

  • MARIE-GEORGE BUFFET, Députée (PCF) de Seine-Saint-Denis  

«Mon soutien à Jean- Luc Mélenchon vise à faire gagner la gauche. Avec cette candidature et les propositions du Front de gauche, nous voulons que se lève un débat sur les véritables réformes à mettre en oeuvre pour changer vraiment les choses. Nos propositions sont une chance pour la gauche. Elles permettent de nous sortir de la crise, de mettre à bas les logiques libérales. Le Front de gauche peu mobiliser toutes celles et tous ceux qui sont déçus, notamment par le PS, en montrant qu’une autre voie existe à gauche. Avec le Front de gauche, nous avons été capables de nous unir sur un programme fort pour le changement. C’est ce qu’attendent les gens. Quand on est de gauche on vote Front de gauche. Alors oui, autour de notre candidat, de sa force de conviction, de son engagement collectif, de nos propositions, une dynamique de rassemblement est possible. » 

  • NAWEL BAB-HAMED, Élue municipale (PCF) à Lyon  

« Se rassembler, c’est important, mais est-ce une fin en soi ? Non. Pour cela, le Front de gauche est une convergence de forces politiques, associatives et citoyennes où le dénominateur commun n’est pas qu’un simple slogan, mais bien une vision partagée (but et moyens) d’un projet de société. Pour quoi faire ? Pour dépasser la simple indignation, pour ne laisser aucune place à la résignation. Comment ? Une VIe Réplique : nouvelle Constitution pour de nouvelles lois, nouvelle démocratie du quotidien jusque dans les entreprises, nouveaux progrès sociaux et sociétaux pour un monde équitable et solidaire. Culture, éthique, féminisme et laïcité sont mes premiers outils de pensée. » 

  • CLÉMENTINE AUTAIN, Animatrice de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase)  

« La désignation de François Hollande clarifie le choix pour 2012. Nous devons battre Sarkozy et mettre en oeuvre une alternative. Qui le peut ? Une gauche à l’eau de rose incarnant l’austérité à visage humain ou une gauche de transformation sociale et écologique affrontant le pouvoir des marchés ? Jean-Luc Mélenchon est le candidat qui rassemble la gauche radicale pour s’attaquer à la racine des choses. Nous sommes les réalistes. Il n’y aura pas de changement des conditions de vie sans remise en cause des règles capitalistes, sans modification des institutions, sans mobilisation populaire. Avec le Front de gauche, il est possible de reconstruire une espérance. Il faut bâtir des passerelles entre le social et le politique, entre la pensée critique et l’action, rassembler toutes les sensibilités de la gauche digne de ce nom. » 

  • JEAN-LOUIS SAGOT DUVAUROUX, Dramaturge et philosophe

 «La France est aujourd’hui traversée par une conviction très majoritairement partagée : les puissances d’argent ont pris trop d’importance, trop de pouvoir, fait trop de dégâts, abîmé trop d’existences. Même chez ceux qui habituellement votent à droite, cette idée fait son chemin. C’est la base d’un possible rassemblement, plus large et plus conscient que dans les précédentes occasions. Les maîtres du système résisteront. Ils voudront intimider la société, la décourager en présentant leur règne comme un enclos définitif. Si les voies alternatives de l’émancipation humaine ne fragilisaient pas ce mur, un succès électoral de la gauche ajouterait au désespoir. En votant Front de gauche, j’espère contribuer à faire vivre le désir et la force d’ouvrir à nouveau l’histoire. »

ANDRÉ CHASSAIGNE, Député (PCF) du Puy-de-Dôme

« Mon engagement est d’autant plus déterminé que l’on empruntera, avec le Front de gauche, un chemin démocratique nouveau. Celui d’une campagne portée collectivement pour ne pas assister à un one-man-show d’un candidat qui porterait seul les idées du Front de gauche. Ce travail collectif est en train effectivement de se mettre en place. Plus les communistes et leurs élus seront partie prenante de cette campagne, plus elle sera collective, plus elle favorisera aussi la participation de millions de citoyens à notre campagne liant l’élection présidentielle et les législatives. Cette campagne doit permettre de faire prendre conscience qu’il n’y aura pas de changement durable du quotidien des Français si l’on ne s’en prend pas au coeur du système, le pouvoir de l’argent. » 

  • JEAN VAUTRIN, écrivain
  • GÉRARD MORDILLAT, Écrivain  

« Da ns son programme, le Front de gauche parle de révolution citoyenne. Je retiens le terme de révolution tant il m’apparaît évident qu’une révolution sera nécessaire pour relever la démocratie ruinée par l’oligarchie au pouvoir. En premier pour rendre aux services publics la place qui leur revient. Et là les chantiers sont immenses tant dans l’éducation nationale, la santé publique, la justice, les transports, la culture… Leur rétablissement ne saurait relever de quelques mesures socialesdémocrates, le trop célèbre cautère sur une jambe de bois. Une des urgences est d’agir sur les salaires dont le niveau extrêmement faible allié à la destruction des services publics conduit chaque jour un peu plus la population vers la paupérisation. Comme le disait Robespierre : “La première loi sociale est celle qui garantit à tous ses membres le droit d’exister.” Pour moi, c’est cette loi que le Front de gauche pose comme principe fondamental, principe auquel j’adhère sans réserve.

  • MARCEL TRILLAT, Journaliste 

 «Si le Front de gauche vivotait à ses débuts et ne savait que faire des électrons libres comme moi, il est à présent bien vivant et s’élargit. Je fais partie d’un certain nombre de personnes qui ne sont organisées nulle part et qui veulent apporter leur contribution. J’aimerais m’investir dans mon secteur de travail, la télévision, et aussi distribuer des tracts. En un mot : militer. L’Humain d’abord, titre du programme du Front de gauche, me plaît beaucoup. Moi, je me sens complètement progressiste et humaniste. À quoi sert la politique si ce n’est pas pour le bien des hommes et des femmes, pour qu’ils se sentent mieux dans leur peau ? On est en train de maltraiter les humains, particulièrement les précaires, les ouvriers, les sans-papiers, les femmes. C’est honteux. Si on peut inverser cette tendance, on respirera mieux. » 

  •  HÉLÈNE FRANCO, ex-secrétaire générale du Syndicat de la magistrature

«Le Front de gauche est le seul à proposer une rupture institutionnelle pour en finir avec la monarchie républicaine dont le sarkozysme est la caricature. Il repense, notamment avec la VIe République, les relations entre les différents pouvoirs, avec une vraie démocratie à tous les niveaux. La justice ne doit plus dépendre du fait du prince. Au quotidien, par ailleurs, on nous demande toujours plus de chiffres et de rentabilité alors que nous travaillons avec des êtres humains et dans des conditions de travail dégradées. Le fossé se creuse entre les Français et la justice. Il faut reconstruire un vrai service public de la justice avec un budget à la hausse et rétablir une réelle égalité d’accès à la justice pour tous comme le propose le Front de gauche. »

  • DOMINIQUE NOGUÈRES, Militante des droits l’homme

Je ne suis encartée dans aucun parti politique. Issue du monde associatif, je fais partie de ce que l’on appelle la “société civile”. Mais cela fait un moment que je chemine aux côtés du Front de gauche, parce que sa démarche m’intéresse. Cette fois, j’ai décidé de m’engager davantage, parce qu’il est porteur d’une politique authentiquement de gauche et que je me retrouve au travers du programme qu’il défend, il correspond aux idées pour lesquelles je me bats au quotidien. Je pense que le Front de gauche peut représenter une alternative au système en permettant aux citoyens de participer à la mise en oeuvre du changement de politique attendu. C’est de cette démarche d’ouverture et de participation au plus grand nombre dont nous avons plus que jamais besoin. »

 

Mina Kaci

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 02:58

 

Cet article est tiré de ResPublica

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/le-socialisme-republicain-de-pierre-leroux-la-reconciliation-de-la-liberte-avec-legalite/3688

 

 

Histoire

Mardi 11 octobre 2011

Par Galaad Wilgos
http://laicard-belge.blogspot.com

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Il n’est pas rare d’avoir de houleux débats avec des partisans du libéralisme sur la notion de liberté et la façon de l’articuler avec l’égalité. Généralement, un libéral type vous affirmera la primauté de l’individu et sa liberté. De l’autre côté de la rive, vous trouverez leurs ennemis de toujours: les partisans de l’égalité absolue, que l’on classe généralement du côté du communisme ou de ses variantes. Tandis que l’un affirme que l’égalité est une chimère, l’autre ne croit pas en la liberté (“la liberté? pour quoi faire?” disait Lénine). L’un se pare des vertus de la liberté individuelle, l’autre de la science dont découlerait un déterminisme liberticide. La bataille de ces deux titans résume l’histoire du monde dit “moderne” depuis de nombreux siècles, et si la liberté individuelle poussée à son paroxysme fit les dégâts que l’on connaît lors de l’industrialisation de l’Europe au XIXe siècle, la société transformée en hydre tyrannique a commis un nombre considérable de désastres depuis les théocraties jusqu’au stalinisme.

C’est dans ce duel permanent que se situait l’homme dont je fais le sujet de cette note : Pierre Leroux. Socialiste méconnu du XIXe siècle, Pierre Leroux est un philosophe que j’ai récemment découvert lors d’une lecture d’un livre, “la dissociété”, de l’économiste Jacques Généreux. Héritier de la pensée de Leroux, Généreux conceptualisa l’idée d’une société idéale qui se situerait entre les deux extrêmes que sont celui de la dissociété, constituée d’une somme d’individualités atomisées et vide de lien social, et l’hypersociété, engloutissant avec voracité l’individu même dans une société oppressante et totalitaire. Et c’est en parcourant son livre que je découvris les individus qui lui servaient de référence philosophico-politique: les socialistes républicains, à la tête desquels se trouve un certain Pierre Leroux.

Pierre Leroux eut un passé philosophico-politique qui explique peut-être en partie sa pensée. Passé du libéralisme carbonariste partisan d’une monarchie constitutionnelle, il fut ensuite saint-simonien (du socialiste Saint-Simon) pour enfin commencer à élaborer sa propre doctrine. Ce bref résumé n’est pas inutile à rappeler quand on sait ce que fut l’objectif principal de toute son oeuvre : la conciliation des idéaux de liberté et d’égalité, dont la conception absolutiste porté d’un côté par les libéraux de son époque et de l’autre par les saint-simoniens (partisans d’une sorte de théocratie communiste) l’amena à penser un moyen de réconcilier ces frères ennemis.

Comment le fit-il ? Par l’application simplissime du célèbre triptyque républicain : liberté, égalité et fraternité. En effet, le pensée de Leroux est jalonnée de formulations triangulaires, le triangle servant généralement de forme géométrique dont les sommets devaient être au bout de côtés égaux, afin qu’advienne l’équilibre des 3 principes mis à chaque sommet. En 1845 il disait déjà “Nous sommes socialiste si l’on veut entendre par socialisme la doctrine qui ne sacrifiera aucun des termes de la formule liberté, fraternité, égalité, unité, mais qui les conciliera tous”. Socialisme et république sont donc “deux idées adéquates”, et pour lui la fraternité doit servir de ciment à la construction de la liberté et de l’égalité, d’où sa volonté de la mettre au centre du triptyque: “Je mets la fraternité au centre de la formule parce qu’elle est le lien entre la liberté de chacun et la liberté de tous ou égalité” disait-il. Son texte majeur sur ce sujet-là se nommera par ailleurs adéquatement “du socialisme et de l’individualisme”. Texte fort bien construit, Leroux y plaide contre l’individualisme absolu qui provoque paupérisme, misère, solitude et pauvreté, mais AUSSI le socialisme absolu, dont la société écraserait toute liberté et toute individualité.

Si de nos jours le danger totalitaire ne menace plus vraiment nos contrées occidentales, celui de l’hyperindividualisme semble être le fléau dont le XXIe siècle aura à se défaire afin que puisse un jour se fonder une société “décente” telle que la voulait George Orwell. Dépressions, cynisme vulgaire, apolitisme, inégalités croissantes, explosion de la pauvreté, misère, suicides, solitude et autres maladies dont les victimes ne sont jamais comptées comme le dit très bien Michel Onfray, sont le lot de déchets rejetés par l’utopie libérale, pensée unique de la société de consommation moderne. C’est pour cette raison-là qu’il est nécessaire de revisiter la pensée d’un tel homme, qui utilisait une très belle métaphore pour justifier le socialisme par l’individualisme : si regarder son nombril doit être un droit, il doit aussi permettre à l’individu le faisant de se rappeler du lien ombilical qui le reliait à sa mère, et qui n’existant plus, dut être remplacé par le lien invisible de l’affection. La métaphore s’appliquant merveilleusement bien à l’humanité, mère de l’homme, le lien qui devait être l’équivalent de ce lien d’affection serait, selon Leroux, celui de l’amitié, la solidarité ou la fraternité.

Nul besoin de rappeler que l’un des défauts majeurs des libéraux depuis toujours a été de croire que l’homme était par nature mauvais, égoïste et intéressé. “Homo homini lupus est” disait Hobbes afin de justifier l’existence d’un état régulateur des conflits sociaux. De ce postulat anthropologique découle toute une vision de la société, dont la métaphysique sert actuellement de prétexte pour justifier le triomphe de l’argent roi, des marchés et de leur main invisible, somme des intérêts particuliers, qui devrait permettre la création de l’intérêt général selon eux. Une récente conversation avec une personne adhérant à ces thèses fut révélatrice de cette vision de l’homme et de la société pour moi: voici ce qu’il me rétorqua lorsque je lui parlai de peuple, société et solidarité: “l’être humain [est] naturellement égoïste.”.

En retour, je ne pus que lui répondre ceci:

“Vous prenez votre idéologie, c’est-à-dire l’individualisme libéral, pour une généralité, mais vous faites une grosse erreur. De la même manière que l’être humain n’est pas “bon par nature” (Rousseau), il n’est pas non plus “égoïste par nature” (les libéraux) et n’agit pas uniquement par intérêt. Il suffit de faire un peu d’anthropologie et d’histoire pour voir que l’être humain est beaucoup plus complexe, et en lui se trouvent des passions de charité ou d’égoïsme, qu’il faut concilier. Certaines sociétés par exemple, notamment amérindiennes, ont pour principe de créer de la richesse pour la détruire ensuite (contrairement à l’accumulation capitaliste), c’est vous dire si vous devriez relativiser votre jugement.”

Car en effet, comme l’ont très bien expliqué d’autres intellectuels héritiers de Leroux, Mauss et Castoriadis, si l’égoïsme est naturel à l’homme, le don l’est tout autant, et serait même une nécessité anthropologique selon Mauss (voir son “Essai sur le don”). Le socialisme tel qu’ils le conçoivent, ce n’est ni l’individualisme absolu qui consiste à simplement recevoir sans donner, ni le socialisme absolu qui consiste à donner sans recevoir. C’est la conjonction de ces valeurs traditionnelles au sens noble du terme qui doit servir de fondement de la morale publique, car contrairement aux libéraux, les républicains pensent la morale commune, les valeurs qui unissent et le patriotisme qui rassemble (ce fut l’objet de nombreux débats depuis le XVIIe siècle, et la raison de la méfiance des libéraux envers les jacobins de la révolution française).

Tout ceci amène d’ailleurs au célèbre débat sur l’école et la primauté de l’instruction publique ou de l’éducation nationale1. Si l’instruction publique a pour objectif de développer la raison dans l’enfant, l’individu, son esprit critique et sa liberté de pensée au prix d’un dur effort et d’une discipline de fer (doctrine théorisée de façon grandiose par Condorcet dans ses mémoires sur l’instruction publique), l’autre a pour objet de développer le patriotisme, la morale commune, la ferveur et le sentiment d’appartenance à la nation, le tout avec des méthodes plus basées sur la spontanéité de l’enfant et le ludique. Aujourd’hui, depuis la victoire d’une certaine pédagogie portée par certains 68ards, grotesque caricature de l’éducation nationale, ce sont les excès de cette dernière qu’il s’agit de réguler par la première, et ceci fut le but des théoriciens de l’école de la IIIe République (française), celle de Ferry et Buisson, qui voulaient effectuer un syncrétisme de ces deux notions en développant l’individu physiquement, intellectuellement et moralement.

Autre cas intéressant : celui des libertés individuelles. Là aussi la pensée lumineuse de Pierre Leroux peut servir de guide afin de traverser l’eau glacée des libertés abstraites et le feu des critiques matérialistes (et généralement marxistes) de celles-ci en sécurité. Si pour les libéraux, et en particulier les ultras, la liberté individuelle prime, pour ces derniers la simple déclaration en droit de ceux-ci, telle que la célèbre déclaration des droits de l’homme, doit suffire. Marx et à sa suite de nombreux marxistes et gauchistes feront une critique acerbe de ces libertés abstraites dont ne jouissent évidemment pas les plus pauvres et les victimes de l’infortune (Marx parlait de “l’Eden des droits de l’homme”). Le problème de cette critique, c’est que mal comprise voire dévoyée, elle servit de prétexte pour la remise en cause de ces libertés dites “bourgeoises”, notamment par le marxisme-léninisme, mais aussi pour l’attaque des droits de l’homme, portée aujourd’hui par de nombreux gauchistes, souvent en outre en brandissant le motif qu’ils serviraient tout simplement d’excuse pour l’impérialisme (ce qui est aussi le cas dans les faits). Ici, Leroux tentait encore une fois de trouver le juste milieu, en affirmant que les libertés individuelles sont primordiales, et par conséquence il faut que celles-ci bénéficient non pas à certains mais à tous (Eugène Fournière dira à sa suite que “le socialisme est un individualisme intégral”). La loi ne doit donc jamais être séparée du “but social”, car s’il reconnaissait “la grande ironie” de la société qui entretient “la plus infâme inégalité” tout en proclamant que les hommes sont égaux, il ne considérait pas que ces mêmes droits n’étaient que papier: “Ce n’est pas le présent en lui-même qu’il faut voir; c’est le présent par rapport au passé et par rapport à l’avenir. Car le droit proclamé et non réalisé est supérieur à l’usage qui n’était pas revêtu du droit”.

En conclusion, avec mes modestes connaissances il me semble hautement nécessaire de faire revivre une telle pensée, dont les idées pourraient servir de remèdes face à de nombreux fléaux actuels tels que la crise du multiculturalisme, le communautarisme, le repli identitaire, la destruction de l’Etat social, la montée des incivilités et j’en passe. Pierre Leroux voulait absolument réconcilier les deux piliers de la société moderne qui semblent antinomiques aujourd’hui: le marché, symbole de liberté et de l’individu, et l’Etat, représentation de la société et producteur d’égalité. Pour ce faire, il mit au centre la notion de fraternité, dont le concrétisation devait se faire, selon lui, par l’association, haut lieu de sociabilité, d’amitié et de fraternité. De ce fait, si l’Etat, et donc la politique, doit avoir pour but de changer les choses, cela ne doit pas être en intervenant directement sur les individus en imposant une obligation de socialisation “par le haut”. Non, l’Etat ne pourrait servir de nouvelle église pourvoyeuse d’inquisition. Mais il ne pourrait être non plus inefficace en laissant les mains libres aux marchés, car “l’état nain” ne vaut pas mieux que “l’état hydre”. Il doit donc servir de facteur d’émancipation et surtout de moyen d’incitation à la sociabilité: il doit non pas imposer la civilité, mais permettre la réunion des facteurs incitant à celle-ci, d’où la nécessité que celui-ci soit social. Jaurès reprendra cela en affirmant la nécessité d’une République, non seulement laïque, mais aussi sociale, “l’une parce que l’autre”.

Pierre Leroux est un illustre penseur aux idées toujours aussi modernes et révolutionnaires aujourd’hui, espérons qu’elles se popularisent un jour, car si le social-libéralisme dominant à gauche actuellement n’est que le néolibéralisme vêtu de vêtements de luxe, une certaine pensée d’extrême-gauche totalitaire ne peut en aucun cas lui servir d’alternative2.

  1. Voir le très bon article de S.Tomei sur le blog de Kintzler qui explique les différences entre l’une et l’autre []
  2. Pour en savoir plus, lire le livre d’une trentaine de pages de Bruno Viard et Yves Vaillancourt sur Pierre Leroux et le socialisme associatif, disponible gratuitement (et légalement), ainsi que la brève biographie disponible sur le même site web []

Par Galaad Wilgos
http://laicard-belge.blogspot.com

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 12:34

 

http://www.telerama.fr/livre/comment-emmanuel-todd-recompose-les-familles,73451.php

 

Avec son nouvel essai, le démographe et historien bouscule 150 ans de recherches sur la cellule familiale. Et si cette microsociété déterminait (presque) tout ?

Longtemps, Emmanuel Todd a été le « bon client » de la presse et de la télévision françaises, l'« intellectuel engagé » capable de dessouder le Président et de planter le dernier clou sur le cercueil de l'empire américain. Pointu dans l'analyse, foudroyant dans la repartie. Séduisant et roué, disent aussi ses détracteurs... On aurait presque oublié que derrière l'habile bretteur se dresse un grand démographe et historien, un de ces chasseurs-cueilleurs de chiffres indigestes (pour nous autres profanes), capable de trier des milliers de données sur les structures familiales, pour en extraire la substantifique moelle. L'Origine des systèmes familiaux, son nouveau livre, est le résultat de quarante années de recherches. Un pavé - on mentirait en disant qu'il se lit comme un polar -, mais un pavé dans la mare des idées reçues, que ce soit sur l'évolution de la famille à travers les siècles ou sur la place des femmes dans les sociétés « archaïques ». En réalité, même quand il parle « familles », Emmanuel Todd reste un excellent « client » : qu'il évoque celle des Indiens hopis, des anthropologues français ou de la gauche hexagonale, il a l'esprit frappeur et la langue « vivante ».

Entretien.

Comment fait-on pour étudier les structures familiales à travers le monde ?

J'ai repris une technique bien connue des linguistes et des anthropologues américains de l'entre-deux-guerres, qui accordaient une grande attention à la lecture des cartes. Ils observaient la distribution de traits particuliers dans l'espace pour en déduire la façon dont ces traits se sont succédé. Je passe moi aussi par l'analyse cartographique pour comprendre comment les systèmes familiaux se sont diffusés. Puis je rassemble les données historiques disponibles pour voir si elles « collent » avec ce que j'ai trouvé.

 

Votre livre s'ouvre sur un paradoxe : lorsqu'on étudie les structures de la famille, « on retrouve au plus profond du passé notre présent occidental ».Qu'entendez-vous par là ?

La carte typique, en matière de structures familiales, se présente ainsi : sur la périphérie, dispersées dans les coins, on trouve des petites poches reproduisant un même type de structure, qu'on appellera le « caractère A ». Au centre de la carte, en revanche, on observe une masse d'un seul tenant, avec un autre type de structure familiale, qu'on appellera le « caractère B ». La règle fondamentale est la suivante : s'il y a suffisamment de poches A dispersées sur les bords, vous pouvez dire avec certitude qu'à une époque plus ancienne toute la carte était couverte par le caractère A ; une innovation s'est produite par la suite, au centre, et le caractère B s'est répandu vers la périphérie, sans atteindre les zones les plus reculées.

 

Que disent les cartes pour le continent eurasien, qui fait l'objet de ce premier volume ?

Que trouve-t-on dans les poches dispersées sur la périphérie du continent, en Angleterre aussi bien qu'aux Philippines ? La famille nucléaire, c'est-à-dire papa, maman et les enfants. Au centre, en revanche, de la Chine au Moyen-Orient ou en Russie, on découvre une grande variété de familles « communautaires » (c'est-à-dire papa, maman, les fils, leurs femmes et leurs enfants sous le même toit). Sur une frange intermédiaire, on trouve, au Japon ou en Allemagne, la famille souche, dans laquelle un seul des enfants, en général l'aîné des garçons, se marie et reste avec ses parents. Rappelez-vous la règle : aux extrêmes, le système le plus ancien ; au centre, le plus récent. Conclusion : le système familial « archaïque » est la famille nucléaire et non, comme on l'a cru pendant un siècle et demi, la famille souche ou communautaire. Le présent le plus « moderne » rejoint le passé le plus ancien... comme dans La Planète des singes.

Est-ce une hypothèse ou une certitude ?

Il n'y a pas débat ! Compte tenu du nombre de zones observées et de la structure des cartes, on peut parler d'une certitude logique que les documents historiques, quand il y en a, viennent confirmer. C'est dur à entendre pour ceux qui ont longtemps pensé l'évolution dans le sens inverse, à savoir : une grosse famille regroupée autour du père dans les temps les plus anciens, suivie, beaucoup plus tard, par l'émergence de la famille nucléaire, de l'individu, de la démocratie politique, bref de la modernité. Un processus « naturel » qui faisait des Européens des innovateurs par essence et... qui ne tient pas.

 

Combien de « types » de structures familiales recensez-vous ?

Il faut classer les formes pour être capable de les cartographier et distinguer les « types » périphériques des types centraux. J'ai, pour ma part, défini une quinzaine de modèles, en partant des trois structures fondamentales décrites par Frédéric Le Play (1806-1882) : la famille nucléaire, la famille souche et la famille communautaire. J'ai introduit plusieurs variantes à cette triade. Par exemple, dans la famille communautaire, il arrive que les jeunes couples ne s'installent pas dans la famille de l'époux une fois mariés : certaines familles s'organisent autour des femmes, ou même autour de groupes frère-sœur. Parfois, la tradition veut qu'un jeune couple reste quelque temps avec ses parents, mais aille s'installer plus ou moins loin de ces derniers à la naissance du premier enfant. J'introduis donc, dans ma typologie, le concept de corésidence temporaire. En intégrant aussi les nuances de temporalité et de proximité aux trois types « fondateurs », j'arrive finalement à une quinzaine de catégories.

 

“Pour moi, le système lévi-straussien, c'est de la poésie.”

 

Vous n'êtes pas tendre avec Claude Lévi-Strauss, dans votre livre. Que lui reprochez-vous ?

J'ai plusieurs critiques, mais mon principal reproche est le suivant : le type d'échange matrimonial que Lévi-Strauss a mis au cœur de son interprétation - le mariage avec la fille du frère de la mère - est un fait très minoritaire. Les Structures élémentaires de la parenté (1949) a beau être un livre admirable d'érudition, et ce qui y est étudié être bien étudié, il n'en reste pas moins que les échantillons de populations et de zones observés ont été choisis pour illustrer ce que l'auteur avait envie de dire ! Imaginez un astronome qui dirait : « Je vais tenter de comprendre les lois gouvernant la rotation des planètes, mais les seules planètes qui m'intéressent vraiment sont les rouges, ou les bleues ! » Ça n'a pas de sens : si vous voulez définir les lois de Kepler, vous prenez tout le système solaire. Pour moi, le système lévi-straussien, c'est de la poésie.

 

Vous devez pourtant beaucoup aux anthropologues : votre livre repose sur un énorme corpus de livres, parmi lesquels de très nombreuses monographies de terrain...

Je suis un chercheur-prédateur, je ne m'en cache pas. Anthropologue de terrain, c'est un métier - et pas un métier pour moi. Pour enquêter, pendant des mois, dans des conditions souvent difficiles, il faut une force morale, une résistance psychique que je n'ai pas. A Cambridge, j'étais un virtuose de l'analyse des recensements au XVIIIe siècle, et mon tout premier article a porté sur les contradictions entre une liste d'habitants et les registres fiscaux d'un village d'Artois... A contrario, je serais surpris que beaucoup d'anthropologues de terrain aient lu et digéré autant de monographies que moi : plusieurs centaines, en fait, auxquelles j'ai ajouté l'analyse des structures familiales par les historiens. Il m'a fallu quarante ans pour faire ce livre : quarante années pour avoir dans la tête et sur fiches les données de 215 populations, plus les échantillons secondaires, bref quelque 350 ou 400 sous-populations étudiées...

 

Qu'est ce qu'un bon chercheur ?

Comme l'écrit Musil au début de L'Homme sans qualités, un chercheur n'est pas un type sympa qui cherche à dire que le monde est en ordre : c'est un gars désagréable qui veut retourner la réalité et prouver que d'autres ont tort. Ce qui ne l'empêche pas pour autant de reconnaître ses dettes, ce que je ne cesse de faire dans mon livre. Si je reproche à Lévi-Strauss d'être excessivement « structuraliste », je n'oublie pas que ma carrière intellectuelle a débuté sur un mode structural, le jour où, allongé sur un canapé chez ma mère, j'ai vu se superposer dans ma tête la carte du communisme et celle de la structure familiale communautaire. Un rêve de psy ! J'ai passé les années suivantes avec mes petites boîtes « structures familiales », dans lesquelles je mettais les idéologies, les systèmes économiques, les façons d'intégrer les immigrés... et ce mode de pensée s'est révélé extrêmement efficace, jusqu'au jour où, grâce à mon copain le linguiste Laurent Sagart, j'ai enfin compris qu'il fallait aussi s'intéresser aux processus de diffusion des traits d'organisation familiale indépendamment de la cohérence interne des structures sociales. Faute de quoi je ne pouvais pas expliquer la distribution des types familiaux dans l'espace. Certains changent d'orientation sexuelle après 50 ans pour se renouveler : je me suis contenté d'un changement d'orientation intellectuelle, le passage du structuralisme au diffusionnisme...

 

“Sans la cartographie, vous ne comprendrez jamais pourquoi le vote communiste fut si important en Toscane ou dans le nord-ouest du Massif central.”

 

Pourtant, cette explication par la famille - quasiment une microsociété qui déterminerait tout - n'est-elle pas écrasante ?

Au début des années 1980, j'ai vu se superposer la carte du communisme et de la structure familiale communautaire. Puis j'ai compris que le libéralisme s'insérait dans des systèmes familiaux nucléaires, et que les idéologies autoritaires ethnocentriques de type allemand ou japonais fonctionnaient très bien avec la famille souche. Tout cela a été empiriquement validé par la cartographie. Je comprends que l'on veuille nuancer, mais vous n'échapperez pas pour autant à l'évidence cartographique. Sans elle, vous ne comprendrez jamais pourquoi le vote communiste fut tellement important en Toscane et dans le nord-ouest du Massif central : il s'agit tout simplement de deux régions de famille communautaire, centrée sur les hommes dans le cas de la Toscane, comme en Russie, ou capable d'associer un frère, une sœur et leurs conjoints, dans le cas du Massif central. L'autorité et l'égalité sont au cœur de ces systèmes familiaux, comme au cœur de l'idéologie communiste.

 

Autre paradoxe de votre livre : les femmes n'ont pas, comme on le croit un peu trop souvent, été écrasées par les hommes dans les familles les plus anciennes...

On affirme que la modernité, c'est l'émancipation de la femme, sans voir que cette émancipation s'est en fait produite dans des sociétés où le statut de la femme était déjà relativement élevé. Une fois de plus, les visions dépendent de l'endroit où l'on parle : pour les Romains et les Grecs, le statut élevé des femmes, leur liberté, était un indice très sûr de la barbarie des peuples. Cette vieille géographie des statuts de la femme a la vie dure. Aujourd'hui, toute l'Europe du Nord-Ouest, et pas seulement la France, atteint une fécondité honorable de deux enfants par femme (ou presque) parce que ces sociétés ont trouvé le moyen de rendre compatibles le travail féminin et la production d'enfants. Mais ces sociétés sont « féministes » depuis longtemps, voire toujours : ce que l'on constate aujourd'hui n'est que la réémergence d'une donnée anthropologique ancienne.

 

“Ceux qui s'imaginent pouvoir unifier un continent aussi éclaté anthropologiquement que l'Europe avec le seul instrument monétaire ne peuvent être que des ignorants.”


Autre famille, au sens métaphorique cette fois : l'Europe. Que vous inspire-t-elle ?

Quand le traité de Maastricht a été concocté, je sortais de la rédaction de L'Invention de l'Europe et j'étais particulièrement attentif aux différences de structures familiales entre pays européens. Pour moi, l'Allemagne, avec sa tradition hiérarchique héritée de la famille souche, est aussi éloignée de la France, individualiste à cause de sa famille nucléaire égalitaire, qu'elle est proche du Japon, souche aussi. L'Italie centrale, elle, était communautaire. Des hommes qui s'imaginent pouvoir unifier un continent aussi éclaté anthropologiquement que l'Europe avec le seul instrument monétaire ne peuvent être que des ignorants. Si j'étais croyant, je dirais des impies, puisqu'ils attribuent à l'argent la capacité de créer un monde...

 

Une union plus politique ne peut-elle pas permettre à l'Europe de dépasser ces différences de structures familiales ?

La seule chose qui pourrait fonctionner, ce serait la domination absolue d'un pays sur les autres. La droite française est d'ailleurs retombée dans son rêve de soumission à l'Allemagne... sans voir que l'Allemagne est un pays vieux, fatigué, avec une population qui diminue, incapable de mettre au pas tout le continent malgré son industrie efficace et sa comptabilité en ordre. Non, la seule façon de sauver l'euro reste pour moi le protectionnisme européen, mais la majorité de la classe politique n'en veut pas. Il ne reste donc plus qu'à s'asseoir dans son fauteuil et contempler le désastre à venir, en commençant par le spectacle pitoyable de dirigeants s'agitant sur la crise de la dette publique. Je suis choqué par la façon dont on parle de cette dette, en suggérant que l'Etat français a distribué trop d'argent à des gens démunis qui ne le méritaient pas. L'achat de titres publics était - jusqu'à maintenant - un moyen très sûr de mettre son argent à l'abri, et ce sont les plus riches qui, aujourd'hui, détiennent l'essentiel de la dette. On comprend qu'ils aient peur d'un « défaut »... mais moi, franchement, il ne m'inquiète pas : j'en rêve. Je suis simplement partisan d'une nationalisation des banques, qui mettrait à l'abri les petits épargnants.

 

Vous êtes issu d'une « lignée » solidement ancrée à gauche (votre grand-père était Paul Nizan). Quelles relations l'intellectuel engagé que vous êtes entretient-il avec sa « famille » politique ?

Aujourd'hui, les rapports entre intellectuels et politiques sont marqués par l'indifférence mutuelle : ces derniers ne s'intéressent guère aux idées, ils lisent très peu. Ils ne sont même pas « post-idéologiques », ils sont « post-livresques », préfèrent la télé aux livres et ont les yeux rivés sur les sondages. Cela ne m'empêchera pas d'aller voter aux primaires - pour Arnaud Montebourg, parce qu'il a une attitude lucide sur le libre-échange et sur nos rapports avec l'Allemagne. La droite est devenue très inquiétante, par son autoritarisme, sa volonté de contrôler l'information, d'instrumentaliser la question de l'identité nationale... Donc, pas de fantaisie - je vais voter socialiste.

Propos recueillis par Gilles Heuré et Olivier Pascal-Moussellard

Télérama n° 3220

Le 3 octobre 2011 à 13h35    -    Mis à jour le 4 octobre 2011 à 10h59

 A lire : L'Origine des systèmes familiaux, d'Emmanuel Todd, éd. Gallimard, 754 p., 29 €.

 

 

A lire également : Une société sans père ni mari. Les Na de Chine. De Cai Hua chez Puf. Exergue.

 

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 05:48

 

 

http://www.telerama.fr/idees/rosanvallon-il-est-temps-de-repenser-la-participation-au-bien-etre-collectif,72920.php

Réfléchir aux fondements de notre société pour lutter contre son délitement : l'historien Pierre Rosanvallon plaide pour l'élaboration d'une nouvelle philosophie de l'égalité et du vivre ensemble.

Les candidats à la présidentielle de 2012 vont-ils se décider à lire, et se nourrir enfin des essais fructueux, des idées novatrices disponibles chez leur libraire ? La tempête économique et sociale qui fait gîter la France exige une vision d'ensemble, un projet de société, que l'on ne voit toujours pas poindre dans la campagne. Or ces idées existent : sur la fiscalité, le travail, la sécurité, l'éducation ou la culture, la réflexion est foisonnante, la discussion entre chercheurs ouverte et passionnante, les propositions concrètes et structurées. Toutes ces idées sont susceptibles de nourrir une « autre campagne » - celle qui devrait s'imposer, loin des bisbilles de comptoir et des courtes vues.

A huit mois du scrutin, le dernier livre de l'historien Pierre Rosanvallon, La Société des égaux, est une solide borne de départ sur cette route de campagne. D'abord, parce qu'il place au cœur du débat la question de l'égalité. Or celle-ci paraît incontournable dans un pays où les inégalités sont devenues insupportables, en matière de patrimoine bien sûr, mais aussi entre les villes et les banlieues, les hommes et les femmes, les écoliers. Rustines et sparadraps ne suffiront pas, rappelle cependant le directeur du magazine en ligne La vie des idées : il est urgent de refonder l'idée d'égalité - philosophiquement. Pour « refaire société », ensemble. Une révolution des mentalités s'impose, et Rosanvallon pose, dans cet essai exigeant, quelques semis qui ne demandent qu'à croître. Mais elle ne se fera pas toute seule. Il est grand temps, décidément, que les candidats à la présidentielle se mettent à lire.

 

 La démocratie est en crise, écrivez-vous d'entrée. Mais de quelle crise s'agit-il ?

L'idée démocratique a trois dimensions : elle se matérialise d'abord dans les institutions représentatives censées exprimer la volonté générale. Elle s'incarne aussi dans une culture publique, autrement dit la façon dont les citoyens se sentent responsables de leur liberté, s'informent et interpellent les pouvoirs - toute une « activité civique » aujourd'hui bien vivante : jamais les citoyens ne se sont autant exprimés (notamment sur des blogs), jamais ils n'ont autant questionné les autorités. Mais la démocratie, c'est aussi une forme de société, le projet de créer un monde de semblables. Or le peuple fait aujourd'hui de moins en moins corps, la citoyenneté sociale régresse.

L'insupportable croissance des inégalités est à la fois l'indice et le moteur de ce déchirement. Le problème est que si l'on n'a jamais autant parlé de ces inégalités, on n'a jamais aussi peu agi pour les réduire. Cette contradiction s'explique par une sorte d'évidement de l'idéal démocratique. L'idée fondatrice d'égalité est en passe de devenir une coquille vide, elle a perdu sa forte dimension philosophique et s'est réduite à une invocation à « réduire les inégalités », si vague qu'elle reste inopérante. C'est pourquoi elle doit être entièrement repensée, reconstruite.

 

 

Comment les révolutionnaires français et américains pensaient-ils l'égalité ?

Les révolutions fondatrices, en France et aux Etats-Unis, ne séparaient pas les idées de régime et de société démocratiques : elles voulaient créer une société des égaux. Les individus y étaient considérés comme des semblables : chacun avait la même valeur, tout le monde participait de la même humanité. Il n'existait qu'une « espèce humaine » sur le plan juridique, comme il n'en existait qu'une biologiquement, ainsi que Buffon l'avait montré. Cette égalité-similarité s'est matérialisée dans le suffrage universel, où toutes les voix se valent.

La deuxième caractéristique de la société des égaux était l'indépendance, l'autonomie des individus : chacun était libre de mener sa vie comme il l'entendait, sans crainte d'être soumis au bon vouloir des autres. Restait, c'est le troisième point, l'idée de la participation : dans une société d'égaux, on construit ensemble, on est tous acteurs d'une vie commune. Voilà pour les principes. Mais il faut tout de suite rappeler que cette conception se déployait dans un contexte précapitaliste : on était optimiste, la révolution industrielle n'était pas encore passée par là. On pensait, avec Condorcet par exemple, que les inégalités économiques allaient se résorber peu à peu, naturellement.

 

“La construction de l'idéologie bourgeoise
rationalise le retour en arrière en se référant
à de fumeuses théories de l'inégalité naturelle.”

 

Les beaux principes sont donc rapidement mis à l'épreuve ?

A partir de 1830, la vision des révolutionnaires français et américains est en effet invalidée et détruite par le capitalisme. Que veut dire en effet une société des égaux quand surgit le prolétariat ? On est en fait dans une « société de classes », où les individus appartiennent à des univers distincts. Et le capitalisme organise le séparatisme social : comme l'explique alors Disraeli dans son roman Sybil, deux nations coexistent, celle des riches et celle des pauvres. L'idée d'égalité entre de cette façon dans une crise profonde, qui va durer jusqu'à la fin du XIXe siècle.

 

Comment se transforme-t-elle ?

Face à la remise en cause radicale de la conception de l'égalité « version 1789 », on voit d'abord apparaître une vaste entreprise de justification. C'est la construction de l'idéologie bourgeoise : elle rationalise le retour en arrière en se référant à de fumeuses théories de l'inégalité naturelle, racistes et autres ; ou bien elle considère les inégalités comme résultant des seuls comportements individuels, simple affaire de vertu ou de talent. C'est nier que les inégalités peuvent avoir une dimension sociale.

 

D'autres vont pourtant défendre le principe de l'égalité, mais en élargissant la dimension de « semblables » que lui avaient donnée les révolutionnaires...

On le constate d'abord avec le socialisme utopique, qui définit l'égalité comme intégration dans un collectif : dans les fameuses communautés utopiques des années 1840, qui fleurissent jusqu'aux Etats-Unis, il n'y a plus d'inégalités, plus de distinction entre les hommes puisqu'il n'y a plus... d'individus. C'est le retour à une société de corps. Mais cette idée n'aura pas, sur le long terme, le succès escompté. Une autre conception de l'égalité voit le jour en Europe, c'est l'égalité conçue comme homogénéité, qui se fonde sur des idées nationalistes et xénophobes, et trouve en Barrès son héraut français (Contre les étrangers, son premier livre, est publié en 1893). Mais c'est une troisième philosophie de l'égalité qui va heureusement s'imposer, celle des républicains sociaux et des sociaux-démocrates de la fin du XIXe siècle. Eux ne pensent pas l'égalité comme une identité sur tous les points, mais cherchent avant tout un moyen de « refaire société ». Pour y parvenir, disent-ils, il faut réduire les inégalités économiques, protéger l'individu contre les aléas de l'existence - bref, créer l'Etat-providence. On assiste ainsi, au même moment et partout en Europe et aux Etats-Unis, à la naissance de l'impôt progressif sur le revenu, aux lois sociales protectrices du travail et aux assurances sur les accidents : en moins de trente ans, on est passé du capitalisme triomphant à un taux d'impôt sur le revenu de 50 % , voire plus ! C'est une véritable révolution des mentalités.

 

Comment s'explique cette adhésion quasi générale à l'Etat-providence ?

Par la peur des révolutions, d'abord. Un gouvernement aussi conservateur que celui de Bismarck (1815-1898) en Allemagne accepte de réformer pour ne pas voir la victoire des socialistes. Mais la Première Guerre mondiale joue évidemment un rôle essentiel : toutes les sociétés font l'épreuve d'une « vie nue » ; partout, l'horreur des tranchées partagée par des soldats issus de classes sociales différentes invite à réécrire le contrat social. Sans ces deux facteurs, jamais l'Etat-providence n'aurait été instauré partout et simultanément. N'oublions pas qu'au début du siècle un taux d'imposition de 6 % était considéré comme le communisme en action ! Pourtant, les mêmes qui protestaient contre ces 6 % accepteront vingt ans plus tard un taux à 50 % - même si ce ne fut pas de gaieté de coeur... La Seconde Guerre mondiale aura le même effet : en 1945, le programme du Conseil national de la Résistance a beau être très progressiste, il fait largement consensus, parce qu'il est directement lié à l'épreuve commune.

 

“Aujourd'hui, on veut tous être "quelqu'un",
chacun souhaite être reconnu comme unique.”

 

Franchement, ce consensus ne saute pas aux yeux, depuis une trentaine d'années...

La chute du mur de Berlin et la transformation du capitalisme ont en effet provoqué la deuxième grande crise de l'idée d'égalité, après celle des années 1830-1890. D'abord, le garde-fou du réformisme par peur de la révolution est tombé avec l'Union soviétique à la fin des années 1980. Ensuite, le capitalisme de gestion qui avait régné sur les Trente Glorieuses a été remplacé par un capitalisme d'innovation. Enfin, la société s'est transformée : on est entré dans l'âge de la « singularité ». La vision de l'individu a profondément changé. En 1789, l'individualisme est universalisant : être reconnu comme individu, c'est être considéré... comme les autres ! La similarité l'emporte, on veut être « quelconque ».

Aujourd'hui, c'est le contraire : on veut tous être « quelqu'un », chacun souhaite être reconnu comme unique. Il y a là une mutation anthropologique fondamentale, que la nouvelle société des égaux doit prendre en compte. Car, dans le même temps, le sens de la dette collective, de la solidarité décline fortement. Le syndicalisme voit fondre ses effectifs, l'acceptation de l'impôt recule... et certaines réformes que des gouvernements conservateurs auraient acceptées il y a trente ans, les gouvernements sociaux-démocrates n'osent même plus les envisager ! On oublie que lorsque la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, le taux marginal supérieur de l'impôt sur le revenu était de... 65 % ! Aujourd'hui, même à gauche, personne n'ose évoquer 60 % !

Pourquoi ?

Parce qu'on est persuadé que la société ne l'accepterait pas. Il est plus que nécessaire, pourtant. Mais pour y revenir, il faut d'abord redonner sens et forme à l'idée d'une société des égaux.

 

“Il est grand temps de repenser la participation au bien-être collectif.

Sur quelles bases ?

On ne peut pas se contenter de répliquer les principes des révolutionnaires français ou américains, ou du Conseil national de la résistance. Il faut veiller à produire une nouvelle communalité, à « refaire société ». C'est un préalable obligatoire, selon moi, à toute reconstruction de l'Etat-providence, aujourd'hui en voie de décomposition avancée. Produire du commun, donc, en s'assurant par exemple que la politique de la ville reprenne une place centrale dans la politique sociale de la gauche. La gauche a mis beaucoup d'argent dans des politiques industrielles aux effets incertains, et beaucoup trop peu dans la ville. Quand Sieyès, au XVIIIe siècle, affirmait que l'égalité passait par la multiplication des trottoirs et des réverbères - des espaces partagés par tous - il avait raison ! Aujourd'hui, les espaces fréquentés aussi bien par les riches que par les pauvres se font rares, de même que les expériences de vie commune (à l'exception peut-être des stades de foot). Enfin, il est grand temps de repenser la participation au bien-être collectif : le temps n'est plus au service militaire, mais la renaissance de nouvelles formes de service civique n'est pas une idée absurde...

Vous soulignez l'importance, aussi, de la réciprocité...

La réciprocité, c'est l'idée que chacun est traité comme les autres : on en finit avec les passe-droits et on construit ensemble une société dans laquelle chacun joue selon les règles du jeu. Quand on voit que les grandes entreprises payent un taux d'imposition sur les bénéfices très inférieur à celui des petites, ou que les plus aisés sont proportionnellement moins imposés que les classes moyennes, c'est bien la marque d'une rupture de réciprocité - et le sujet me paraît de plus en plus sensible dans certaines couches de la société.

 

Pourquoi la gauche a-t-elle tant de mal à empoigner ce débat sur l'égalité ?

Parce qu'elle est coincée dans une logique programmatique : elle veut tellement prouver qu'elle est capable de gouverner qu'elle s'en tient à un programme technique. En oubliant l'essentiel : être porteuse d'une véritable philosophie sociale, proposer une forme d'utopie praticable, forger les outils et le langage qui donnent sens à ce que vivent les gens. Elle n'a été forte que lorsqu'elle était intellectuellement hégémonique. Or elle ne l'est plus. Ce sont les idées de mérite, d'égalité des chances qui dominent sa réflexion : des idées dont la droite s'est emparée depuis longtemps, et à laquelle la gauche essaie désormais, timidement, de donner une définition extensive ! Pour être une alternative, elle doit d'abord reconstituer un patrimoine intellectuel.

 

Mais elle doit aussi proposer des actions concrètes pour réduire les inégalités économiques les plus flagrantes. Par quel bout s'y attaquer ?

Le problème de la reproduction sociale est central : au XIXe siècle, le premier socialiste venu savait que la question de l'héritage était au coeur du débat sur l'égalité. Je suis troublé que la gauche française n'en fasse pas une variable décisive de sa politique sociale aujourd'hui. D'autant plus troublé qu'on voit se reconstituer des inégalités de patrimoine dignes du début du siècle dernier. C'est le retour des rentiers ! comme le montrent les travaux de Thomas Piketty. Pendant les Trente Glorieuses, tout salarié ou presque pouvait devenir propriétaire d'un appartement par l'épargne ; aujourd'hui, acheter dans une grande ville est impossible si l'on ne peut compter que sur les revenus de son travail.

 

Le ras-le-bol s'amplifie face aux inégalités : les émeutes se multiplient en Grèce, en Angleterre. Est-ce pour l'historien le signe d'une situation révolutionnaire ?

Une situation révolutionnaire se définit par le fait que « ceux d'en bas ne veulent plus (de la situation en cours) » et « ceux d'en haut ne peuvent plus (diriger) ». Mais il faut, en outre, que ceux d'en bas soient armés d'un projet. Or, dans ces émeutes, on ne voit pas apparaître de force historique qui donne un sens, une direction à la révolte : c'est la décomposition qui l'emporte, pas la transformation de la société. D'où l'urgence de donner à ces mouvements une grande idée directrice.

 

Que se passera-t-il, sinon ?

En France, 2012 est selon moi l'élection de la dernière chance : si un tournant n'est pas pris, les émeutes se multiplieront ici aussi, et l'expression politique virera à droite - mais pas la droite parlementaire classique, cette fois : plutôt le modèle hongrois d'un gouvernement conservateur obligé de faire alliance avec des partis d'extrême droite, sur des bases ultra populistes alimentées par la xénophobie et la dénonciation fantasmatique d'un certain nombre d'« élites ». Si la gauche ne se relève pas, si elle persiste à mouliner des idées générales, sans prise sur la réalité, c'est ce danger qui nous menace.

Propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard

Télérama n° 3218

Le 18 septembre 2011 à 10h00

A lire

La Société des égaux, de Pierre Rosanvallon, éd. du Seuil.

 

 

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 06:16

Lu dans : acteurspublics.com : http://www.acteurspublics.com/article/14-09-11/quand-fillon-surjoue-la-rigueur

Acteurs publics.com : Informations et analyses sur les politiques publiques et la fonction publique.

 

Même pour ses amis, ainsi le sénateur UMP Dominique de Legge, François Fillon raconte des âneries. Même observation pour l’économiste Mathieu Plane membre de l’OFCE. Des âneries vite dit ! Disons qu’il nous enfume.

Exergue

 

14/09/2011

Budget

Quand François Fillon surjoue la rigueur

Le Premier ministre assure que les suppressions de postes de fonctionnaires depuis 2008 représentent une économie de 225 milliards d’euros “sur le long terme”, soit 15 % de la dette française. Un calcul pour le moins acrobatique.

Crise de la dette oblige, le Premier ministre multiplie les déclarations sur les restrictions budgétaires déjà effectuées par son gouvernement depuis 2007. En n’hésitant pas à largement surévaluer leurs effets. Le 24 août, à l’occasion de la présentation du plan de rigueur pour les années 2011 et 2012, François Fillon a affirmé que la Révision générale des politiques publiques, la fameuse RGPP, avait dégagé pas moins de 15 milliards d’euros d’économies. Sans préciser que ce chiffre correspond à l’addition des gains attendus entre 2009 et 2013, soit un engagement incluant 2012 et 2013, deux années dont la réalité budgétaire est plus qu’incertaine et qui sont censées supporter plus de la moitié de l’effort (8 milliards d’euros). Le gouvernement estime en effet à 7 milliards d’euros l’économie liée à la RGPP entre 2009 et 2011.

Manque de transparence

François Fillon a aussi omis de rappeler que ces 15 milliards d’euros constituent une économie “brute”. C’est-à-dire avant le reversement aux fonctionnaires de l’État de la moitié des économies dégagées grâce aux suppressions de postes, en conformité avec la promesse de Nicolas Sarkozy. Pour mémoire, ces “coups de pouce” salariaux ont représenté au bas mot 500 millions d’euros en 2009 et 2010, soit une dépense qui, si elle perdurait, atteindrait 2,5 milliards d’euros en cinq ans et qu’il faudrait retrancher des 15 milliards pour obtenir l’économie “nette”.

Plus largement, le détail des gains annoncés demeure extrêmement flou. Les parlementaires qui se sont penchés sur le bilan financier de la RGPP se plaignent d’une absence de transparence. Le sénateur UMP Dominique de Legge, auteur d’un volumineux rapport sur le sujet, critique le “caractère laconique et partiel du chiffrage” et déplore le peu d’éléments dont il dispose pour “apprécier objectivement les gains réalisés grâce à la RGPP”.

“Sommes astronomiques”

Le 12 septembre, lors de son intervention au Centre d’analyse stratégique, le Premier ministre a de nouveau pêché par optimisme. Il a déclaré que “le choix de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux sur la période 2008-2012, c’est une économie de 225 milliards d’euros sur le long terme, soit 15 % du montant actuel de notre dette publique”. Pour parvenir à ce chiffre, François Fillon a repris un vieil argumentaire du ministère du Budget qui valorise la suppression d’un poste de fonctionnaire en additionnant l’ensemble des salaires qui lui auraient été versés s’il avait été embauché. Les experts de Bercy calculent ainsi qu’un agent de l’État coûte en moyenne 1,5 million d’euros sur l’ensemble de sa carrière, retraite comprise. En multipliant ce chiffre par 30 000, soit l’objectif annuel de suppressions de postes, on aboutit à une économie de 45 milliards d’euros “sur le long terme”, soit 225 milliards en cumulant les cinq années.

Problème : ce raisonnement ne convainc pas les économistes. Primo, il suppose que les salaires versés aux fonctionnaires constituent une dépense “nette” pour l’État, alors qu’ils génèrent aussi des recettes via les impôts payés par les agents publics. Secundo, il ignore la contribution des services publics à la compétitivité et à la croissance du pays. Or cette contribution permet en retour d’augmenter les recettes fiscales.

Tertio, l’idée d'additionner les dépenses évitées sur plusieurs années pour mieux “valoriser” les gains liés aux suppressions de postes paraît bien peu académique. “Si l’on étend la méthode à toutes les recettes et dépenses de l’État sans prendre en compte les effets macroéconomiques, on atteint vite des sommes astronomiques, remarque Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Exemple : la récente réforme de l’ISF coûterait environ 80 milliards d’euros sur quarante ans.” Mais ce genre de dépense, personne ne songe, à Matignon ou ailleurs, à les comptabiliser “sur le long terme”.

Laurent Fargues

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 07:47


Lu sur le blog de R.Jennar : http://www.jennar.fr/?p=2192

20 sept 2011

Soyez de gauche !

‎ « Et permettez moi un mot à l’attention de mes amis socialistes et d’Europe Ecologie/Les Verts. Ma franchise sera excusée.


Il y a vingt ans vous nous disiez : soyez démocratique et nous sommes devenus démocratiques.

Il y a dix ans, vous nous disiez : soyez écologistes et nous sommes devenus écologistes.

 

Alors aujourd’hui, à vous amis socialistes et écologistes, nous vous disons : soyez de gauche ! »


Pierre Laurent, discours de clôture de la Fête de l’Humanité

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 06:00


Lu sur le blog de Melenchon, blog que je vous invite à visiter et à faire partager.

L’avantage !? Elargir l’horizon médiatique.

Donc ! La dette.

Exergue.

Je suis intervenu jeudi matin sur RMC puis le soir sur ITV sur ce qu'il est convenu d'appeler « la crise de la dette ». Dans les deux cas je me suis dit : « Ce débat marche sur la tête. » Le point de départ est faussé. On nous harcèle en effet sur une dette supposée insoutenable pour justifier une gigantesque purge d'austérité. En fait c’est elle qui est dangereuse et conduit tout droit dans le mur. Il faut renverser ce débat. J'ai expliqué: ce n'est pas la dette qui est insoutenable mais la nouvelle saignée que le pays s'apprête à subir. Je reprends ici le détail de mes arguments par écrit. Puis j’évoque le retournement des socialistes que représente leur ralliement à l’objectif de 3% de déficit dès 2013. Ils ne veulent pas voter la règle d’or, mais ils veulent l’appliquer ! Et je propose, comme une allégorie de conclusion, une petite carte postale de mes vacances. Un passage en Arles.

Je suis affligé par le consensus qui s'installe entre le PS et l'UMP sur les mauvaises solutions d'austérité. Les deux sont désormais d'accord sur l'objectif fixé par Nicolas Sarkozy de revenir à 3 % de déficit dés 2013. Une échéance prévue pour s'aligner sur la règle dogmatique des traités européens depuis Maastricht. Une règle dont personne n'a jamais pu démontrer la pertinence économique. Pourquoi 3 % ? Pourquoi pas 4 % ? Ou même 5 %, comme l'envisageait au départ l'Allemagne dans la négociation du traité de Maastricht ? Saviez vous que telle avait été la discussion à l’époque ? On en trouve la trace, je crois, dans le «Verbatim» de Jacques Attali. Le raisonnement était un peu mécanique. Il s’agissait d’indexer le niveau du déficit autorisé sur le taux de croissance prévisible. Car on croyait alors à un résultat bénéfique du traité en matière de croissance. Les Français étaient pessimistes, les Allemands optimistes. Voila d’où vient la règle que l’on cherche à ériger en loi de la nature ! Rien d’autre qu’un calcul, purement politique. Et un calcul qui, de surcroit, s’est avéré erroné. Il n’y a plus jamais eu ni 3 ni 5 % de croissance dans nos pays. Concrètement, l'application de cette règle datée est aujourd’hui absurde. Elle oblige à une purge sans précédent pour le pays.

Les socialistes ont-ils au moins mesuré l'ampleur des coupes que représente, en à peine deux ans, leur nouvelle doctrine budgétaire ? Passer des 5,7 % de déficit prévus en 2011 à 3 % en 2013 supposerait d'amputer le budget de plus de 50 milliards d'euros en deux ans. C'est quasiment l'équivalent du budget annuel de l'enseignement scolaire qu'il faudrait couper. Et encore, je pars ici de l'hypothèse qu’en 2011 le déficit ne sera pas plus élevé que prévu par l’équipe Sarkozy. Pourtant c’est de moins en moins probable puisque la croissance est à zéro et que donc les recettes fiscales vont stagner.

Mais il y a pire encore que cet objectif absurde de retour à 3 % de déficit en deux ans. Ce sont les semelles de plomb que Sarkozy veut faire chausser au pays avec sa "règle d'or" budgétaire. Cette règle contraindrait le pays à revenir à l'équilibre budgétaire. Les budgets annuels qui ne respecteraient pas cette trajectoire de retour à l'équilibre, c'est-à-dire zéro déficit,  seraient automatiquement amputés pour s'y conformer. Pour revenir à l'équilibre à partir de la situation actuelle la purge nécessaire serait de 110 milliards d'euros, soit 40 % des dépenses de l'Etat ! Un pur délire !

Cette contraction des dépenses publiques garantit le désastre du fait de la réduction de la demande. C’est la panne assurée : la croissance française s’est déjà arrêtée au deuxième trimestre en raison du blocage de la consommation et de la chute des exportations. L’austérité aggravera la récession et augmentera au final la dette. C'est le paradoxe du moment : l'austérité réclamée à tort et à cris par les marchés est la plus mauvaise solution contre la dette. Et d’ailleurs les « marchés » sanctionnent les pays qui appliquent les mesures d’austérité pourtant prévues pour les rassurer. C’est très exactement ce qui est arrivé au Portugal ! Voyez aussi ce qui s’est passé en Grèce où la dette est passée de 125 à 160% du PIB au fil des sept plans d'austérité successifs ! En effet, l'austérité entraîne le recul de l'activité et la hausse du chômage et de la pauvreté. Les finances publiques en sont rapidement affectées par des moindres recettes et une hausse des dépenses sociales. Résultat, dans la quasi totalité des cas, l'austérité creuse les déficits. L’austérité c’est donc la ruine assurée.

Pour justifier l'austérité, on nous répète que la dette française est insoutenable. C'est faux ! Tout part d’un chiffre lui aussi présenté comme une vérité révélée, une loi de la nature. Il s’agit d’un ratio entre le montant de la dette et celui de la richesse produite telle qu’elle est mesurée par le très discutable « PIB ». Il faut tordre le coup à cet indicateur qui sert à affoler les esprits et à aveugler le débat public. Ce ratio est nettement supérieur dans plusieurs pays à celui de la France et pas de peu. Ainsi le Japon a-t-il une dette publique égale à 200% de sa production annuelle. Personne ne lui cherche noise. Il est à un niveau plafond pour les Etats-Unis et pour l’Islande (plus de 100% du PIB). Les Etats unis n’en font qu’à leur tête et les Islandais ont décidé de ne pas payer ! En fait tout dépend en réalité de qui détient la dette et du rapport de force du pays endetté avec ceux qui lui prêtent.  Au Japon ce sont les Japonais qui prêtent à leur Etat. Ils ne lui font donc pas de chantage. Aux Etat unis, l’oncle Sam, ses six cent mille hommes de troupe et ses 50 % de dépenses militaires mondiales ont créé une garantie politique liée à leur  puissance ! En Islande c’est la révolution citoyenne ! La dette et ses taux sont un rapport de force, un fait social et politique. Et seulement, après cela, un problème comptable.

Enfin cet indicateur, celui qui établit le ratio entre la dette publique totale et le PIB annuel est radicalement discutable. Pas cohérent. Il compare un stock de dettes qui courent sur plusieurs années avec un flux annuel de richesses produites (le PIB). C’est comme si on mesurait votre solvabilité personnelle en rapportant le total de vos dettes (voiture, appartement etc.) à vos revenus d’une seule année. Absurde. Le banquier vous prête en fonction de la charge de vos traites, chaque mois, rapportée à votre revenu mensuel. Avec l’Etat c’est l’inverse. On lui demande de comparer sa dette totale au revenu du pays par an ! Ainsi hurle-t-on de peur : le stock de dette publique de la France représente 1640 milliards d'euros ! Soit environ 85% du PIB d'une année. Et alors ? Un peu de sang froid, je vous prie. Mettons les chiffres à leur place ! Pour être honnête et comparer ce qui est comparable, il faudrait plutôt rapporter le stock de dette au PIB, en tenant compte de la durée de vie de la dette. Selon la statistique du Trésor Public, les titres de la dette française sont en moyenne de 7 années et 31 jours.  Donc on doit rapporter les 1640 milliards de dette totale aux 14 000 milliards d'euros environ que produira le pays en sept ans ! Dans ces conditions, le stock de dette représente 12% du PIB cumulé pendant 7 ans ! C’est donc tout autre chose, non ? Ce stock de dette n'est donc pas un réel problème.

En fait ce qui compte, concrètement, chaque année c'est le service de la dette. C'est-à-dire ce que l’on paye aux banques pour rembourser le capital et les intérêts qu’on a été obligés de leur emprunter. C'est-à-dire aujourd’hui 50 milliards par an. La France n'est nullement exposée à ne plus pouvoir l'honorer puisque l'Etat engrange chaque année autour de 250 milliards de recettes fiscales, dont 50 milliards d'impôt sur le revenu et 130 milliards de TVA. De plus le problème est effacé si on augmente les recettes à proportion du besoin. Nous l’avons dit cent fois : en taxant les revenus de  capital comme ceux du travail, selon l’évaluation d’Artus de Natixis c’est 100 milliards de plus dans les caisses de l’Etat. Cela représente deux fois le montant actuel de la traite annuelle à payer pour le service de la dette dans le budget de l’Etat ! La dette est donc soutenable ! Notre thèse est que c’est la purge qui se prépare qui n’est pas soutenable !

Pour s'affranchir de cette dette, il existe des solutions simples et efficaces. Je les ai déjà exposées sur ce blog. Je veux les récapituler.  On doit revenir sur l'appauvrissement de l'Etat. Remplir les caisses à proportion des dépenses.  Notamment en taxant les banques et les riches à qui on rembourse la dette. Les baisses d'impôts cumulées depuis 2002 représentent aujourd'hui un manque à gagner annuel de 60 milliards ! Rien qu'avec cette somme le service de la dette n'est plus un problème. Je ne dis rien là de la fraude fiscale qui s’élève tout de même à 40 milliards. Evidemment il y a aussi cette taxation des revenus du capital  à égalité avec ceux du travail que je viens d’évoquer ! Tenez compte que le travail est taxé, en moyenne à 40%. Les revenus du capital le sont à seulement 18%. On peut aussi faire un emprunt forcé sur les banques à un taux raisonnable en les contraignant à souscrire de la dette publique à un taux fixé par le parlement. On peut enfin remettre en cause une partie de la dette comme l'ont fait l'Argentine et la Russie par le passé, pour leur plus grand bien. Enfin, je répète que pour faire cesser immédiatement la dépendance des Etats vis-à-vis des marchés financiers, il suffirait que la Banque Centrale Européenne achète directement des titres de dette publique aux Etats au taux auquel elle prête aux banques, c'est-à-dire à 1%. Certes, cette proposition est contraire au Traité de Lisbonne qui interdit à la BCE de prêter aux Etats (article 123 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Mais quelle importance ? Le Traité a été violé mille fois déjà pour faire face à la crise bancaire ! Et d’ailleurs la BCE elle-même viole le traité de la pire manière car elle rachète les titres de la dette aux banques trop contentes de s’en défaire et de réaliser ainsi leurs avoirs, pillage compris. 

Dans ce contexte le ralliement surprise du  PS au 3% de déficit est consternant. Il apporte de l’eau au moulin du catastrophisme dominant qui sert surtout à alimenter le consentement à la politique d’austérité dont Nicolas Sarkozy a besoin. Peu d’observateurs ont souligné l’ampleur du volte face socialiste. Et ce qu’il reste de la gauche du Parti Socialiste est restée muette. Ce brutal retournement de position est un dramatique signal de « papandréouisation » anticipée. Au premier choc, les socialistes français se muent en père et mère la rigueur, de peur de passer pour des dépensiers irresponsables aux yeux de la bonne société. Tout de même quelle brutale évolution ! Car voici ce que dit le projet du PS, adopté à l’unanimité a-t-on souligné maintes fois pour valoriser la cohésion intellectuelle de ce parti et l’autorité de ce texte. Il prévoit un retour à un déficit de 3% du PIB « durant le mandat 2012-2017 ».  Sans crier gare François Hollande, en avril, dans l’Express du 5 avril 2011, annonce un nouveau délai, raccourci : 2014. « Chacun sait, déclare-t-il, que nos déficits seront supérieurs à 3 % en 2013. Donc mieux vaut dire aux Allemands que nous n'y serons qu'un an plus tard ». Le 16 juillet, le journal « Le monde »  le questionne de nouveau sur le sujet en prenant d’ailleurs la nouvelle date donnée par Hollande comme vérité de tous les socialistes. Aussitôt Hollande en rajoute une couche. Lisez. « Question du Monde : Dans le projet socialiste, il est question de ramener les déficits à 3 % du PIB en 2014. N'est- ce pas trop tard ? Réponse : Il faut rééquilibrer nos comptes publics dès 2013. Le Monde : Dès 2013 ? Hollande : Oui. […]Le candidat qui annonce qu'il n'y aura pas d'effort supplémentaire après 2012 sera un président qui se parjurera. » Aussitôt Martine Aubry embraye pour ne pas se laisser distancer. Elle commence d’ailleurs par annoncer 2012, avant de se corriger et de fixer l’horizon 2013. Sur Europe 1, le 17 juillet, elle est catégorique:  « Nous nous sommes engagés, dans le projet socialiste, à respecter les engagements de la France, 3% en 2013 puisque que c'est la règle aujourd'hui. Et nous avons construit le quinquennat et la première année sur laquelle nous travaillons actuellement sur ce principe-là »

Ce calendrier c’est exactement celui fixé par Sarkozy. Mesure-t-on bien de quoi il s’agit ? Le plan de route de Sarkozy, auquel se rallient les socialistes, est le suivant: passer le déficit de l’Etat de 7,7% en 2010 à 5,7% en 2011. C'est-à-dire 110 milliards d'euros de coupes claires, environ. Puis le déficit devrait tomber encore à 4,6% en 2012. Soit 92 milliards de coupes encore. Et enfin à 3% en 2013. Soit encore 60 milliards ! Adhérer à ce plan de route, c’est procéder en un an à une cure d’amaigrissement que le projet initial des socialistes promettait de faire graduellement en cinq ans, à partir de 2012, en comptant sur la reprise et les hausses d’impôts pour amortir le choc et diminuer l’ampleur de ces coupes claires ! C’est tellement vrai qu’ Harlem Désir, Premier Secrétaire par intérim, affirmait encore en juillet au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI: « Personne ne croit que la France pourra être à 3% en 2013. Nous négocierons avec la Commission européenne un retour crédible à l'équilibre, en tous cas à moins de 3%, dans des délais crédibles, c'est-à-dire dans une année de plus ». Au passage, lui aussi ramenait le curseur à 2014 ! Ainsi donc, en un mois, celui de juillet, au premier signal de crise financière, les socialistes se sont tous alignés sur la révision du projet décrétée par François Hollande en accord avec le calendrier de Nicolas Sarkozy. Le plus incroyable est que Martine Aubry justifie ce virage par le fait que son gouvernement s’engagerait à respecter les engagements pris par «  La France » c’est à dire par Nicolas Sarkozy. Donc, cela veut dire  que tout ce qu’il a promis au sommet du 21 juillet en matière de restrictions budgétaires et d’austérité serait appliqué. Incroyable ! Avec une telle ligne les socialistes vont encourager l’abstention comme jamais ! Pour être rigoureux, mon tour d’horizon exige que je cite la seule parole de résistance socialiste qui se soit exprimée sur ce thème, celle d’Arnaud Montebourg, par un communiqué le 22 juillet : "Le respect d’un déficit de 3 % en 2013, en France, signifierait une levée d’impôts de 30 milliards d’euros dans la loi de finance à l’automne 2012. A la fois intenable socialement, elle serait de surcroît contre productive car il convient de soutenir et non d’étouffer la reprise de la croissance et des recettes fiscales associées".

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 04:55


L’évocation du 11 septembre doit être complète et non réservée à un 11 septembre particulier.

J’invite donc chacun à ce rappel de mémoire. A vous d’en faire autant auprès des vôtres si vous estimez cela nécessaire.

L’information est entière ou n’est pas. Il me semble!

    

El pueble unido, jamas sera vincido : http://www.youtube.com/watch?v=P0-rnnitNBc

 

Ken Loach- September 11: http://www.youtube.com/watch?v=4wPxZto9deI&feature=related 

 

The other 9/11: http://www.youtube.com/watch?v=Y_MZdjvo6WE&feature=related 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 14:55


Prends ta part de responsabilité ! Fais ce que tu as à faire ! Il est temps !

Tu es un. Mais un plus un, plus un, …. ça fait du monde. Rien n’est perdu si tu te décides, si tu consens à ne pas rester sur ton cul aux joues joufflues ou étriquées à regarder le monde se défaire.

Le moins que tu puisses faire c’est de passer l’information pour que tous, éveillés, nous pesions sur notre avenir commun et partagé. Et si tu t’en fous de toi, parce que tu es plus près de passer la main, plus près de voir la faucheuse, plus près de tout ce que tu voudras, tu as peut-être autour de toi des personnes que tu aimes bien. Et si tu n’as personne à chérir, paies la dette que tu dois à ceux qui t’ont précédé et qui ont payé, parfois ou souvent de leur vie, pour que tu vives ainsi que tu le fais.

Je te propose ci-dessous une revue d’articles proposés pae Michel Collon dans son blog, qui m’ont été signalés, et dont tu dois pouvoir faire ton profit.

Exergue

Investig'Action - michelcollon.info 

11/9 : le terrorisme, menace ou prétexte ?

Michel Collon sera sur le plateau de la chaîne RTL (Belgique), ce dimanche 11 septembre à 11h. Il sera en débat avec le Ministre de la Guerre, Pieter de Crem.

 
Nous serons également présent à ManiFiesta et à la fête de l'Huma
Informations et Agenda...

En attendant, à l'occasion des dix ans du 11 septembre, Investig'Action a sélectionné ses meilleurs articles parus sur le sujet.


Origines du terrorisme :

Le gouvernement des Etats-Unis impliqué dans les attentats du 11 septembre? - Grégoire Lalieu
« Justice a été faite » déclarait Obama à l'annonce de la mort de Ben Laden. Pourtant, certains responsables courent toujours...


Terrorisme: "grossistes" et "détaillants" - Ed Herman et David Peterson

Le terrorisme d'Etat est infiniment plus nocif que le terrorisme d'opposition à l'Etat, qu'il soit individuel ou de groupuscules.


Conséquences du 11 septembre

Le jeu du mensonge ou comment se prépare une guerre d'agression - John Pilger

Irak, Iran... lutte contre le terrorisme?

Etats-Unis: surveillance permanente des populations - Jean-Claude Paye

Le Patriot Act, voté immédiatement après les attentats du 11 septembre, permet un contrôle généralisé de la population.

Amérique latine: les USA voient Al-Qaeda partout - Maurizzio Mateuzzi

Sous prétexte de « guerre contre le terrorisme », Washington essaie de remilitariser l'Amérique du Sud.

L'autre 11 septembre :

11 septembre 1973, coup d'état au Chili - Alvaro Cuadra
Le coup d'Etat de 73 n'est pas enterré. Au contraire, le Chili actuel s'explique par lui.

En finir (vraiment) avec l'ère Pinochet - Victor de la Fuente
Des centaines de milliers dans les rues ; l'armée appelée pour contrer la commémoration du 11 septembre 1973

Théories du complot ?

Chomsky et Bricmont à propos du 11/9 et du "complot" - Jean Bricmont, Noam Chomsky

Pour les autorités, il est bon que les gens discutent sans fin sur l'effondrement des tours jumelles.

11 septembre: réaction à chaud sur une curieuse émission télé - Michel Collon

Ceux qui remettent en cause la version officielle sont-ils fous, antisémites ou manipulés par l'extrême droite?

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