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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 13:38

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Aux Etats-Unis fleurissent les Sun, villes nouvelles réservées aux personnes retraitées. Certaines atteignent 60000 habitants. Les jeunes, les adultes en activité, n’y sont pas admis. L’administration municipale, la police,… est assurée par les habitants.

En France, fleurissent les Senioriales, résidences fondées sur le même concept. Les chiens n’y sont pas autorisés car ils aboient (1), pas plus que les enfants réputés turbulents n’y sont tolérés.

Dernièrement, un de mes enfants m’apprend que dans la résidence où il a grandi il est question d’interdire l’entrée aux importuns pour cause de nuisance (passage de vélos) et qu’il n’est nullement question d’installer des jeux pour les rares bambins qui restent car cela occasionne du bruit. Ont-ils les souvenir les désormais vieux, jadis jeunes parents, qu’ils ont eu des enfants, des enfants heureux et de se retrouver dehors entre copains ?  

Depuis des décennies, sur ce modèle d’exclusion, existent des villages de vacances avec bungalows dont les habitants sont propriétaires. Une barrière en interdit l’accès aux indésirables. A l’intérieur piscine, restaurant, magasin d’alimentation,…permet aux résidents d’éviter la promiscuité de la populace.

Dans un village des Corbières - mais pas seulement -, assurément par souci de développement économique fort compréhensible, un village a construit un lotissement réservé à des anglais. De la route en surplomb on le reconnaît aux piscines individuelles au devant des maisons. En Espagne, il est des villages entiers réservés aux allemands.

On sait qu’il est des villes riches tandis qu’il en est de pauvres, que des  quartiers s’établissent sur le même schéma. On sait aussi que les villes riches, malgré la loi, ne souhaitent pas de logements sociaux, aussi que l’argent est un moyen puissant pour se soustraire au devoir de fraternité car il suffit de payer la pénalité, et lorsque la commune est riche rien de plus facile.

Etc, etc,…

Tout ceci pour dire que notre société qui réclame à cors et à cris la solidarité, passée la  pétition de principe, se construit autour de l’idée de désunion, voire de ségrégation.

Habiter un Sun, une Seniorale, un lotissement anglais, …n’est pas possibilité pour tous. Il y faut quelques sous. Malheur à celui qui n’en a pas.

 

Dans certaines contrées du Canada, pour remédier à cette nuisance, les cordes vocales de la gens canine sont tranchées à la naissance.

 

2

Dans les années 60, au village, est née la citée « Jean Jaurès ». Le nom choisi ne supportait pas l’équivoque. L’intention était généreuse. Le projet consistait à loger, dans des bâtiments sociaux sous forme de pavillons, avec attenant une apparence de jardin, ceux qui  n’avaient pu prétendre jusqu’ici à ce type de propriété. Saluant la visée, il fallait en regretter la forme. C’était une verrue. Une route tracée à la hâte conduisait au lotissement excentré au village, un lotissement qui s’enroulait autour d’une rue circulaire revenant au point de départ. Je me demandais si on n’avait pas créé là, par delà le louable dessein, un esprit à part qui ne manquerait pas de se développer, une sorte de non appartenance à la communauté villageoise. Pour tout dire, j’aurais préféré la construction de maisons dans le prolongement des rues du village et non ce gros bloc d’une trentaine de maisons.

Le temps est passé. Le village a continué son urbanisation. Désormais à flanc de collines de belles maisons surgissent, toutes plus magnifiques les unes que les autres. Appelons cela encore un lotissement puisque des lots sont aménagés. Mais il est toujours pareil, pas de liaison avec le reste du village. Qui plus est, ce sont maintenant des maisons repliées sur elles mêmes, ceintes de hauts murs. De quoi veut-on se protéger ? Qu’a-t-on à cacher ? N’y aurait-il pas là quelque manifestation d’individualisme ? Et à vouloir se protéger du malandrin ne le sollicite-t-on pas ?

 

3

Au chef-lieu de canton va être créée, en un territoire éloigné, une zone artisanale. On y verra certes des artisans mais surtout, déplacés du centre vers cet extérieur inaccessible, la pharmacie, le complexe médical (médecin, dentiste,…), la boucherie, que sais-je encore. On y verra mourir le cœur du village qui n’a pu se délocaliser. Certains s’inquiéteront (surtout les vieux) du comment aller là-bas vers ce qui jusqu’ici était à la mesure de leurs pas. On y verra aussi mourir les autres villages car cette zone artisanale, ce centre d’activités, s’inscrit dans la réorganisation régionale dans laquelle la plupart des villages sont appelés à devenir des hameaux.

Il est pareillement pour la ville. Jadis, à pied, on allait du Conseil Général aux cinémas, de la Préfecture au Centre des Impôts, au Pôle emploi (à Carcassonne, il faut au chômeur temps et courage pour s’y rendre, et souvent de la bonne semelle, et quand on est chômeur on a tout ça)… d’ici à là-bas, juste en mettant un pied devant l’autre et, parcours faisant, en rencontrant l’autre. Maintenant, il faut utiliser la navette, filer d’est en ouest, du nord au sud, par routes et rocades qu’empruntent également les voitures énergétivores de ceux qui n’ont pas le temps d’attendre. Et c’est là problème écologique tout autant que convivial.

Là ville moderne s’éparpille ainsi au gré des décideurs, le fait-elle à celui des usagers ? Rien de moins sûr. La ville est faite pour les valides et les bien-portants socio-économiques. Pour le gaspillage. Pas pour ce qui désespèrent du fait de leurs conditions socio-économiques.

 

Mais tout ceci est certainement normal.

Alors ! Que la fête continue ! Enfermons nous, ici ! Expatrions les commerces, là-bas !  ……… Et si ce n’est pas assez……. aucune crainte : faisons confiance à l’inventivité humaine.  

 

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