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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 20:05

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre est à personne….. ». Ainsi commence la seconde partie du Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de J.J Rousseau, en établissant les malheurs (et notamment la guerre sous toutes ses formes) sur l’apparition de la propriété.

Karl Polanyi, ne fait pas autre chose dans son livre La grande transformation –(étude faite sur l’Angleterre du 19ième siècle). Il montre que le capitalisme et ses méfaits naissent des enclosures qui sont la privatisation des biens communaux (survivance en France : les forêts domaniales) aux bénéfices de quelques uns, tandis que ceux qui sont dépossédés (avec le concours du Parlement) de la possibilité de pacage sont contraints d’aller louer leur force de travail aux propriétaires qui les ont spoliés de l’usage des biens communaux.

La guerre, l’oppression, les inégalités, et leurs avatars : la jalousie, la cupidité,… seraient donc concomitantes du phénomène de l’appropriation privée, de la propriété.

Un livre récent, Préhistoire de la violence et de la guerre (1) de Marylène Patou-Mathis, fait état des dernières connaissances sur les hommes préhistoriques et nous apprend que, contrairement à ce qui était admis jusqu’ici, ceux-ci ne se faisaient pas la guerre, que cette dernière apparait dès lors qu’on passe de la cueillette et la chasse à la culture du sol (les fruits dans la nature appartenant à tous, les produits cultivés seulement à ceux qui en font la culture), c'est-à-dire lorsque le bien commun qu’est la terre est privatisé. Pour témoigner de l’absence de guerre à ces temps là, les études scientifiques font apparaitre que les cadavres fossilisés ne portent pas de traces de violences guerrières (contrairement à ce qu’on pensait) mais de réparations médicales (trépanations,…).

Un autre livre : Une société sans père ni mari, les Na de Chine, de l’ethnologue Cai Hua fait état de la non propriété dans le domaine des relations sexuelles. Les Na ne font pas de la femme la propriété de l’homme (la femme acceptant ou pas au gré de son libre-arbitre les hommes qui se proposent à elle), ce qui a pour conséquences : l’absence de l’institution du mariage (faite chez nous pour l’accumulation des biens et leur transmission) et de la filiation (on ne peut savoir qui est le père chez les Na), l’absence de jalousie (phénomène culturel de nos sociétés dites modernes ?), l’absence (apparemment) du sentiment d’amour (considérant ce dernier point, il n’est pas inintéressant de méditer l’analyse de Sartre pour qui l’idéal d’amour est un désir de possession (de propriété ?) impossible à réaliser (le sujet convoité comme sujet se transformant illico en objet) non d’un corps qui ne serait qu’une dépouille mais d’une liberté comme liberté (3)). Et on s’interrogera sur le ‘ma’ femme et le ‘mon’ mari qui tout autant signifient le lien que la propriété.

La brevetabilité du vivant est encore l’appropriation privée du bien collectif (des ressources naturelles) qu’on souhaiterait inaliénable et incessible. Il conduit à déposséder, en leur en interdisant l’accès, les êtres humains de ce dont ils bénéficiaient naturellement depuis la nuit des temps dans une économie solidaire et d’échange. Ainsi la brevetabilité du vivant se présente comme une agression des entreprises contre l’humanité.

On imagine alors, dans ce mouvement sans fin qui a commencé par l’appropriation d’un lopin de terre, qu’un jour nous aurons à payer pour l’air que nous respirons dès lors qu’il sera accepté que celui-ci est ‘marchandisable’. Galéjade ? Pas si sûr ! Il suffit de penser que l’air, cette res communis, bien qui par sa nature ne peut-être approprié et appartient à tous, soit suffisamment pollué (quand on ne peut posséder on détruit) pour que nous ne puissions plus le respirer et qu’il nous soit vendu en bouteille (la technique existe).

La propriété apparait comme un fléau. Elle introduit les inégalités sociales, l’exploitation et la soumission des uns par les autres,…. Peut-on la supprimer ? C’est peu probable. Mais il parait évident qu’elle doit être contenue. Et d’abord dans sa taille et dans ses conséquences ; ainsi doit-on concevoir des entreprises à taille humaine. C’est là le domaine de la loi ; on aimerait penser que celle-ci fasse la part à tous et non à quelques uns.

***

  1. http://www.hominides.com/html/references/prehistoire-de%20la-violence-et-de-la-guerre-0763.php
  2. http://next.liberation.fr/livres/1997/09/04/pas-de-papa-chez-les-na-dans-cette-ethnie-de-chine-occidentale-ou-la-liberte-sexuelle-est-la-regle-l_216386
  3. Voir : Introduction aux existentialismes d’Emmanuel Mounier

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