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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 09:17

 

(Re)développer l’esprit coopératif

 

Le monde rural n’échappe pas à l’humeur ambiante, résultat d’une longue imprégnation à l’individualisme libéral, consumériste, compétitif ; véhiculé par les médias (Tv, films, livres, journaux…),…. L’absence d’éducation au vivre ensemble, à la solidarité, nous expose. Ainsi nous périssons.

 

Résumons. « Pour arriver », il faut ignorer l’autre, s’il est à terre : surtout ne pas l’aider à se relever.

Désormais, dans le monde agricole, il ne s’agit plus de se développer (voire de survivre) avec mais sans les autres. On se veut seul. Se sent bien, seul. Quelle fierté d’être celui qui reste ; sans avoir cette conscience qu’il en est toujours un plus fort, dans le même esprit que celui que l’on a, par qui nous subirons la chute. Car, dans le monde que nous vivons, nous sommes, les uns après les autres, aujourd’hui ou demain, appelés à être terrassés.

Faisons-nous l’effort de comprendre que ce n’est pas l’autre l’adversaire, le proche ou le lointain, le semblable, l’égal, l’identique, mais le néolibéralisme et son cortège de dérégulations, de dérèglementations, de délocalisations, … tout entier au service des géants, de la banque, de la finance, ailleurs de  l’agroalimentaire, des metteurs en marché, des grandes enseignes commerciales, toutes choses auxquelles nous n’appartenons pas et n’appartiendrons jamais.

 

Revenons au terrain.

La perte de l’esprit coopératif est naturelle. Plus on s’éloigne de l’époque des pères fondateurs qui ont voulu et mis en place la coopération plus on perd l’idée de son impérieuse nécessité.

-          Cette perte est le résultat de la délégation faite à des administrateurs. On n’a plus l’intention de s’emmerder. On fait confiance aux élus. Sans jamais demander d’explications. Sans jamais exercer de contrôle. Ainsi quitte-t-on peu à peu la vie coopérative, de responsabilité partagée, à laquelle pour finir, pour ne pas avoir suivi de près et au quotidien le mouvement, on ne comprend plus rien.

-          Cette perte est le fait d’une plus grande technicité, complexité. Pour y faire face, on embauche fort justement des personnels compétents entre les mains desquels on (administrateurs compris) se remet. La dérive est grande alors de voir les coopérateurs pressurés, liquidés au nom de politiques gestionnaires auxquelles ils ne peuvent souscrire.

-           Cette perte est le fait de nouvelles et necessaires structures (fusion de coopératives). Mais plus on est éloigné physiquement du bâti coopératif, plus on devient étranger à la coopération.

-          Cette perte est le fait que le nombre de viticulteurs diminuant, les plus « importants » en imposent aux « petits », font la pluie et le beau temps. On ne mesure pas assez le poids des notables devant lesquels les coopérateurs restent baba. Et s’il advient un jour qu’on s’adresse à un Président pour lui demander pour quelles raisons il a fait ceci ou cela, par delà le crime de lèse-majesté qui l’agresse, il répond parce qu’il a été élu, comme si le fait d’être élu déchargeait jusqu’à la prochaine élection de devoir s’expliquer et informer, de solliciter les coopérateurs.

-          Cette perte est le fait de nouveaux adhérents, la plupart jeunes, qui n’ont pas été éduqués à l’esprit de coopération mais bien à celui du chacun pour soi, et qui sont dans le cadre coopératif parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une cave particulière.

Ainsi perd-on pied. Tous.

…..

On peut multiplier à l’infini les raisons de la perte de l’esprit coopératif. Dire, par exemple, que la gestion de l’aspect commercial qui n’était pas à l’origine de la coopération viticole cantonne le viticulteur à s’exprimer dans ce pour quoi il se sent le plus capable : la culture de la vigne. De fait le viticulteur cultive sa vigne, ramasse le raisin, l’apporte à la cave coopérative qu’il considère dès lors comme une banque qui lui verse acomptes à un rythme régulier. Ce qui se passe en termes de vinification, de vente, …. ce n’est pas son problème. Mais l’intéresse-t-on à cela ?

 

Interrogés sur la coopération, les administrateurs en déplorent l’inexistence. Leur dit-on qu’ils devraient, ayant fait le constat, se donner mission d’y porter remède, ils répondent que ce n’est pas leur rôle. Ils ne se sentent pas investis de cela, quelques uns étant là davantage pour surveiller leur intérêt que pour veiller véritablement à l’intérêt collectif. On se console en pensant que veillant au leur ils ne peuvent faire autrement que d’être attentif au bien commun auquel ils participent.

Les administrateurs disent encore : si les coopérateurs veulent s’informer, ils en ont la possibilité. Mais, comme partout, faisons le constat qu’on gouverne plus facilement des personnes non averties, en conséquence moins promptes à la critique, même si elle est constructive. Ainsi est-on est moins dérangé.

Pas de quoi s’étonner, après, que lorsque advient une crise, qu’on ne trouve plus personne sur les barricades, plus personne en état de faire des propositions pour s’en sortir, plus personne pour émettre des projets innovants,…. Tout cela témoigne de l’incurie, de l’absence d’audace, du manque de vision des administrateurs.

Il est vrai aussi que maintenir à distance les coopérateurs c’est s’assurer de se refiler les postes entre pairs car tel est aujourd’hui président ici et administrateur ailleurs dans une autre structure (syndicale, mutualiste,….), sera demain dans une autre configuration par un simple échange de rôles.

 

Il faudrait donc éduquer à la coopération, informer le coopérateurs, se donner les moyens d’aller puiser dans ces compétences enfouies. Mais personne ne le veut. Et surtout pas ceux qui sont aux commandes de la coopération. Quant aux autres, les coopérateurs, ils ne savent même plus à quoi ils peuvent prétendre.

 

Eduquer, informer. C’est le problème ici. C’est le problème ailleurs C’est le problème partout, dans tous les domaines de la vie citoyenne.

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