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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 18:38

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Extraits  de l’article ci-dessous :

‘Malgré leur crise, beaucoup de secteurs de la gauche y compris radicale choisissent l’immobilisme. La France Insoumise, elle, a gagné de haute lutte la responsabilité de construire la nouvelle force de rupture dont les luttes populaires ont plus besoin que jamais. Un défi à relever, un « processus constituant » à lancer’.

‘Compte tenu des succès rencontrés, et aussi du refus acté d’autres forces de gauche décisives de s’engager dans la construction d’une nouvelle force de rupture, c’est de la FI que dépend désormais de doter le pays d’une force à la mesure des besoins des combats sociaux, démocratiques, européens, écologiques’.

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Source : https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/260617/perseverer-dans-son-etre-ou-oser-le-changement

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« Persévérer dans son être » ou oser le changement

J’ai suivi atterré les polémiques fusant de toutes les parties de la gauche contre Mélenchon et la France Insoumise (FI). Pertinentes parfois, mais le plus souvent insidieuses ou brutales. Pas que la question soit taboue. De nombreuses questions parfois de fond méritaient débat, et c’est toujours le cas. Mais la violence et la démesure des attaques généralisées au fur et à mesure que l’ampleur du succès s’annonçait étaient d’une autre nature. Que je n’avais jamais rencontré à ce point dans ma pourtant longue vie militante[i]

Pourquoi ceci ? J’ai fini par trouver une réponse chez Spinoza. La nouveauté de la situation et ce qu’elle impliquait étaient simplement trop grands. Or « L'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose. ». On s’est habitué en 45 ans, depuis le Congrès d’Epinay, à une géographie familière de la gauche. Le PS glissait à droite mais restait hégémonique. Sa gauche pestait, mais cautionnait. Le PCF multipliait les critiques, mais lui restait lié de l’extérieur, s’affaiblissant de ce fait sans pouvoir décrocher vraiment. L’extrême-gauche dénonçait trahison sur trahison, comptant sur les luttes pour venir à bout du mastodonte, mais sans jamais y parvenir. Et, ici et là, les consciences morales décrivaient avec justesse la chute sans fin de cette gauche perdue. Toute une chaîne qui s’alimentait d’elle-même et dont chaque maillon, solidaire de l’ensemble, « persévérait dans son être » tout en proclamant que bientôt c’en serait fini. Et voilà que Mélenchon approche les 20%, que le PS est à terre comme EELV, le PC à 2.7%, l’extrême gauche marginalisée, les consciences morales désarçonnées.

La chaîne est détruite, dont les maillons se tenaient les uns les autres ; le changement est là. Ne ressemblant en rien à ce qui fût mûrement pensé [ii]. Plus moyen de persévérer dans son être, d’où les déraisons de la raison qui s’en suivirent [iii].

Des questions décisives à discuter il n’en manque certes pas. Regardons la question dite « du respect de la diversité », que FI est accusée de piétiner. Certes celle-ci est constitutive de la gauche en effet, pas de doute sur ce point. Mais elle est entièrement respectée quand, dans des termes quasi identiques, Besancenot et ses amis appellent à la résistance unie [iv], Clémentine Autain à un « Front social et politique » et Mélenchon à un « Front Populaire » pour s’opposer à Macron. Toute autre chose est la discussion quant à la construction d’une nouvelle force politique commune. Le NPA exclut en pratique de faire en France le même chemin que Podemos. Guillaume Balas a proclamé la nécessité de rompre avec « une gauche radicale dure », donc avec ceux et celles qui ont soutenu la campagne de Mélenchon. Le PCF vient de renoncer à son dépassement une fois de plus. Si le PC et les hamonistes ne veulent décidément pas en être, qu’y peut-on ? Une fois de plus le PCF va tenter d’engager sa propre refondation pour « redevenir le parti des classes populaires ». Il y a quelques années alors que je m’étonnais de l’hostilité que manifestait le PCF aux efforts de dépassement engagés par Guy Hermier avec son « pôle de radicalité », ce dernier m’a expliqué une chose fondamentale, la « théorie de la parenthèse ». Pour l’appareil du Parti m’a-t-il dit, une parenthèse néfaste s’est ouverte (quand, ça restait en discussion), mais elle se refermera un jour, et le Parti redeviendra aussi puissant que le Parti de Thorez. On y est encore. Bien sûr qu’il faut respecter le choix de Hamon et Balas de reconstituer une social-démocratie classique si c’est possible. Comme celui que le PC vient de confirmer. Mais on a le droit de dire en même temps dans ce cas que c’est une impasse que personne n’est obligé d’emprunter. On discute là de positionnements politiques, pas des individus le plus souvent parfaitement dignes de respect de part leur engagements de tous les jours dans des combats difficiles. Mais oui, c’est une impasse, d’autant plus mortifère que la gauche est dans l’état que nous connaissons. Nous le savons d’expérience avec le bilan du Front de Gauche. Impossible de progresser sous la forme d’un cartel fermé, qui plus est quand des composantes principales n’imaginent pas une seconde d’aller plus loin dans le dépassement.

Enfin il y a la question de « la diversité », mais dans le cadre d’une force commune. Problème majeur s’il en est, touchant à celle d’un fonctionnement démocratique. Mal résolue pour l’heure dans des expériences semblables comme Podemos. Nécessaire pour le respect des histoires diverses qu’inévitablement cette force regroupera, qui ne sont pas que des survivances du passé, mais aussi des appuis pour des visions plurielles d’avenir en débat. Mais l’essentiel n’est pas là, il est de parvenir à donner réellement le pouvoir de décider en toutes choses aux personnes qui s’engageront dans l’aventure. Mélenchon, dans des remarques pour l’instant peu systématisées, craint un retour des vieilles procédures (celles du PS par exemple) qui n’ont brillé ni par leur efficacité, ni par leur démocratie. Il a raison de vouloir protéger d’abord la force d’initiative « en réseaux » qu’a démontrée la campagne. Mais il dit aussi que le problème en tant que tel est quasiment surmonté de par l’existence d’un programme, l’Avenir en Commun, référence commune. Mais non ! Tout d’abord un programme n’est pas chose figée, il s’approfondit et s’adapte. Comment y procéder est une vraie question d’organisation. De plus il est sujet à interprétation pour ses conséquences. Quand il a fallu définir une position pour le second tour de la Présidentielle, le programme n’a pas suffi. Il a fallu, comme c’est à son honneur, une consultation des adhérent-e-s de la FI, par la seule procédure possible, le vote. Et la vie se chargera de poser encore et encore des choix stratégiques imprévus : c’est l’ordre des choses. La démocratie, consiste à les remettre dans les mains du tout venant des adhérent-e-s. Ou alors, comme obligatoirement décisions il y a, c’est qu’elles leur échappent.

Le défi est là. Pas les solutions clé en mains puisque aucune de celles du passé ne sont récupérables telles quelles. La FI peut et doit relever ce défi. Il faut inventer en marchant. Compte tenu des succès rencontrés, et aussi du refus acté d’autres forces de gauche décisives de s’engager dans la construction d’une nouvelle force de rupture, c’est de la FI que dépend désormais de doter le pays d’une force à la mesure des besoins des combats sociaux, démocratiques, européens, écologiques. Avec un « processus constituant » pour fonder un nouveau mouvement, aux mains des membres qui ont fait les campagnes électorales et souhaitent poursuivre, et en même temps ouvert à ceux qui décideraient de s’y joindre. Et ils ne manqueront pas. Spinoza toujours nous dit « Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. ». Autant qu’il est en elle. Or il s’avère que nombre de groupes ou de militant-e-s ont « en eux » cette volonté ancienne de forger une force nouvelle. A toutes celles-là et ceux-là, en particulier les anticapitalistes, je dis : persévérez tout autant dans cet être là, misez sur le changement, c’est le moment. Sans aucune certitude de réussir, mais qui peut promettre ça ? Comme disait mon ami Daniel Bensaïd, après Gramsci, on ne peut prévoir que la lutte. Non son issue.

 

[i] Avec en miroir une violence tout autant disproportionnée de certains partisans de Mélenchon. Toute cette phase d’une grande brutalité devrait passionner les chercheurs à venir, sur une question brièvement abordée dans un texte Bulles cognitives et problèmes démocratiques – Produire de la diversité ne produit pas automatiquement du commun, https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39945

[ii] Et pourtant, si la forme précise était imprévisible, on pouvait savoir à quoi s’attendre. Je disais ici-même en 2013 « Si donc ceci, malheureusement, se confirme et s’accentue, alors oui, ce sera « la fois de trop ». Et toutes celles et ceux qui auront gardé un millimètre de liens et de complaisance avec ce système seront rejetés avec la même force, même si c’est parfois injuste. », https://blogs.mediapart.fr/samy-johsua/blog/030313/des-elections-italiennes-la-fois-de-trop-en-france

[iii] Voilà un prétendu « national populiste » qui triomphe dans les cités populaires sans que quiconque s’interroge sur la contradiction… Mystère de la dialectique.

[iv] https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/160617/construire-une-opposition-militante-macron-maintenant

 

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