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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 08:56

C’est à l’instant où est dénoncé le GMT, en travaillant sur « GMT et viticulture », que je prends conscience que la dernière crise viticole s’inscrit dans un plan cohérent, réfléchi et mis en œuvre de longue date. Tout ce qui fut alors analysé, dénoncé, évoqué avec pour cadre la mondialisation, contenu dans l’OMC, est retrouvé aujourd’hui dans les impératifs du GMT.

A l’évidence, le rôle de l’Europe, concernant la viticulture, fut de mettre en œuvre le contenu du GMT sans qu’il fût une seule fois question de lui. Ceci n’est pas sans rappeler que nous ne saurions rien du GMT s’il n’y avait pas eu des fuites.

Les viticulteurs, façonnés à l’individualisme, ayant perdu l’esprit coopératif, ont conduit une guerre d’escarmouches du fait qu’ils étaient dans l’incapacité de lire le déroulé du plan de bataille du libéralisme.

Le TCE doit se comprendre comme un moment de cette bataille du libéralisme : il prépare l’Europe à avaler le GMT. La fameuse « concurrence libre et non faussée » y est inscrite, c’est la formule qui contient toutes les formes de dérégulation du GMT. Aussi n’est-il guère curieux de voir, au Congrès de Versailles, députés UMP et PS réunis (unis ?) pour voter le TCE, pas plus qu’il n’est guère surprenant de les savoir aujourd’hui d’accord sur le GMT.

Il n’est pas anodin d’évoquer ce que Noami Klein a appelé « la stratégie du chaos » qui consiste pour le libéralisme à profiter d’une situation réelle ou à en créer une pour imposer sa politique.

Stratégie du choc, TCE, GMT, peut-être d’autres choses encore, apparaissent comme des étapes successives ou simultanées de la guerre que conduit le libéralisme.

J’ai tenu à ce préambule car la liaison entre Stratégie du choc, TCE, GMT ne m’était jamais apparue, et qu’il est certainement d’autres personnes dans mon cas.

S’adresser à des viticulteurs

- c’est leur permettre de mettre un nom et un sens à la « crise » qu’ils ont vécue ces années dernières,

 qui s’est traduite par la disparition d’une partie conséquente du vignoble (terre abandonnée à la friche), de petites propriétés, de caves coopératives et particulières.

 qui a engendré concentration et industrialisation (caves fusionnants, propriétés moins nombreuses et plus grandes,…) afin de rester compétitif.

- c’est leur dire qui est responsable (système et personnel politique) de la désespérance et du suicide de viticulteurs.

- c’est leur donner à comprendre que la politique libérale européenne, inscrite dans le TCE, a anticipé le contenu du GMT en imposant les règles proposées de manière indicative par l’OMC, connues sous l’expression globalisante de concurrence libre et non faussée, règles qui deviendront impérative avec la mise en place du GMT.

Plus que d’autres, les viticulteurs peuvent mesurer les conséquences du GMT qui, s’il devient réalité, s’appliquera dans tous les domaines. Mais y consentiront-ils ?

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L’alibi (la stratégie du chaos) : de la surproduction à l’arrachage.

Dans le cadre de la mondialisation libérale, l’Europe du même nom entend s’adapter au commerce mondial (qui lui-même l’exige) en simplifiant les règles, en standardisant vers le bas.

Pour faire passer la pilule est évoquée une crise de surproduction des vins européens liée à un trop grand vignoble qui aurait pour conséquence une chute des cours.

Un rappel historique conduit à remarquer que sur le modèle de l’ONB (Office national du blé) mis en place sous le gouvernement Blum a depuis longtemps été créé un ONV (Office national du vin) afin de contenir les « crises ». Cette politique sera complétée sous la présidence de de Gaulle par la création du « hors quantum » dont l’objectif est de geler une partie de récolte excédentaire pour la mettre en marché à l’occasion d’une récolte déficitaire. La profession s’organise et souscrit à diverses mesures telles que la distillation lorsque cela s’avère utile pour éponger les excédents et les vins de mauvaise qualité (d’où la politique de qualité qui s’ensuivra) ou la règlementation du droit à planter.

Dans ce cadre « régulé », la viticulture nationale se porte bien, assure à ses paysans un revenu correct et à la France une balance commerciale excédentaire équivalent à la vente de 100 airbus.

C’était certainement trop demander aux partisans du libéralisme que de poursuivre dans cette voie et de généraliser la politique viticole française à toute l’Europe. C’était surtout attendre d’eux qu’ils construisent cette chose insupportable à leur entendement à savoir : qu’ils continuent la construction d’un marché commun européen avec des frontières. C’était ignorer que ceux qui ont pour patrie le marché ne pouvaient accorder à l’Europe qu’elle en fut une entité.

On comprend mieux ce désir de mondialisation effréné lorsqu’on sait que la commissaire européenne à l’agriculture, Fischer-Boel, possède 3 fermes industrielles porcines au Danemark et une en Russie. Ce qui compte aux yeux de cette adepte de la production intensive, du modèle agro-industriel, ce n’est de préserver et protéger la politique agricole européenne qui fait vivre de nombreux petits paysans mais de dégager des bénéfices en faisant fi du lieu de production (délocalisation, dumping social,.. ), des moyens d’y parvenir et de la qualité.

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Quelques exemples qui n’épuisent pas le sujet.

L’abaissement des normes.

Les savoirs-faire régionaux, les pratiques œnologiques différentes, fruits d’une longue patience, permettent d’identifier un vin et d’en dire la typicité. L’Europe libérale, incarnée par Barroso et Fischer-Boel, va les dénoncer car ils sont jugés trop contraignants et ne pouvant satisfaire aux exigences d’un commerce mondialisé qui considère le vin comme une marchandise, ce dernier devant obéir à des normes simplifiées.

Sont considérées comme des entraves au négoce les appellations. En attendant de les supprimer est mise en place une identification connue ainsi : vins sans et avec IGP (Identification Géographique Protégée). Les vins sans IGP vont pouvoir faire l’objet de manipulations jusqu’ici fortement règlementées, souvent interdites. Ils pourront être coupés avec des vins venus d’ailleurs, dont ceux du nouveau monde. Ils ne vérifieront plus un cahier des charges telles que l’encépagement, la maîtrise des rendements, la vinification, le stockage et le vieillissement du vin. Par ailleurs, cela permettra aux vins venus du nouveau monde de bénéficier du label vin français, sans autre précision, dès lors que les moûts importés auront été transformés sur le territoire national.

Dans le droit fil de l’abaissement des normes facilitatrice de la marchandisation, les vins n’ont plus besoin de vieillir en fût de chêne pour obtenir un goût boisé, ce dernier pouvant être obtenu par l’adjonction de copeaux dont l’usage est moins onéreux et à la portée des grands metteurs en marché.

Le vin, reconnu en France depuis 1906 comme produit naturel, n’est plus qu’une marchandise. Il ne s’agit plus que le consommateur apprécie les différences entre les terroirs mais que la marchandise vin s’adapte au goût des consommateurs.

L’apparition, au lendemain du fort de la crise viticole, des vins avec ou sans IGP ouvre la porte à la propriété intellectuelle qu’on va présenter brièvement ainsi : le fait de déposer un brevet, c’est à dire devenir propriétaire d’une « marque ». Ainsi, si des précautions n’ont pas été prises (ou ne sont pas prises) celui qui aura déposé le brevet, c'est-à-dire la marque «Corbières » par exemple, sera seul autorisé à en produire, même s’il habite en Californie, et quiconque, habitant les Corbières, produisant du Corbières, devra lui payer des royalties.

La viticulture européenne foisonnante de diversité posait un énorme problème aux libéraux européens qui aspiraient à un grand marché mondialisé. Aussi décrétèrent-ils que les vins européens ne se vendaient pas du fait de la surproduction liée à un trop grand vignoble. Il fallait arracher (installer le chaos), de la sorte le marché mondial, soi-disant saturé, reviendrait à l’équilibre. C’était sans compter sur le nouveau monde qui, profitant de l’aubaine, plantait à tour de bras ce qui était détruit en Europe. Ainsi se retrouvèrent ruinés de nombreux petits viticulteurs européens dans l’impossibilité de s’adapter à des règles qui n’étaient pas faites pour eux. Quant aux règles de plantation, l’Europe libérale entend faire sauter ce verrou et laisser planter qui veut comme il veut, étant entendu que la régulation viendra naturellement du marché.

Pour couronner le tout, en France, des exigences phytosanitaires vinrent surenchérir les coûts de production difficilement compatibles avec la concurrence. Au lieu de tenter d’harmoniser vers le haut, c'est-à-dire en imposant des contraintes phytosanitaires communes à toute l’Europe, en installant des barrières douanières - comme savent le faire, quand c’est leur intérêt, les USA, le Canada, la Suisse-, l’Europe libérale et les gouvernements libéraux français laissèrent faire. A l’étal, se retrouvent ainsi des vins français, issus d’une viticulture de plus en plus contrainte, concurrencés par des vins étrangers qui, eux, contiennent des produits phytosanitaires interdits dans le cadre de mode de production français.

Ce qui précède est au programme dans les articles 23 et suivants du mandat de négociation du GMT entre les USA et les USA.

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commentaires

Pimpim 04/04/2014 21:35

Le PS est cela aujourd'hui. LAMY émet l idée de payer les jeunes en dessous du SMIC.
Le STRAUSSKHAN hier adulé, et encore aujourd’hui, qui aurait pu être président gère des fonds de pensions, Les fonds de pensions étant l arme suprême de l’économie libérale; rien à voir avec le socialisme. Hollande soit disant socialiste va passer le GMT; un outil ultra libéral. Faut être clair quand on parle désormais; le parti socialiste est désormais un parti de droite. Madelin n'aurait pas fait mieux. On ne peut pas parler de social quand on donne tout pouvoir au marché et à la finance, c'est une duperie, un non sens. Les gens qui votent PS; ses militants doivent désormais se poser les vrais questions. Le Front de Gauche n est pas l’extrême gauche; c'est la gauche tout court.

Pimpim 04/04/2014 21:20

Bien manœuvré sur le même thème à savoir le GMT..
A la question pourquoi le commerce extérieur passe à Fabius soit au ministère des affaires étrangères, et non à Montebourg à l'économie comme il est de coutume. La réponse est simple, le GMT sera discuté sous le giron du commerce extérieur; Fabius étant pour; et ce sera exclusivement sa mission. Montebourg ne pouvant pas moralement mener ce projet à bien. Qui plus est; Hollande s est engagé personnellement auprès d' OBAMA pour accélérer le processus. A titre d info, sachez que le commerce extérieur dépend traditionnellement du trésor donc du ministère de l"économie: Tous les outils pour son bon fonctionnement n y seront plus rattachés dés lors comme le soulignent les syndicats. Imaginez un ordinateur sans processeur. Le but de la manœuvre étant non pas d"accroitre le commerce extérieur mais de mettre en place la GMT.

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