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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 11:10

 

Dans son livre : Parlez-vous franglais, Etiemble rapporte ce propos tenu en 1951 par un colonel qui avait mission de faire travailler ensemble des militaires de différentes nationalités et qui, bien entendu, devaient se comprendre : « Ne dites pas : pensez d’abord de même, vous trouverez ensuite une expression commune. Non, trouvez une expression commune et bientôt vous penserez de même ». Ainsi fait-il remarquer que l’usage des mots participe à l’éducation  et à la formation, façonne l’esprit et la mentalité. Ce qu’avait parfaitement compris ce colonel.

Si l’agriculture s’est trouvée modifiée des politiques décidées par d’autres que ses acteurs, cela s’est effectué en l’accompagnant du vocabulaire adéquat, la propriété devenant exploitation pour être, à ce jour entreprise, le statut de l’individu passant de celui de propriétaire à  celui d’exploitant agricole pour être désormais celui de chef d’entreprise, cela étant vécu comme une revalorisation et une reconnaissance économique et sociale. Parallèlement l’ouvrier agricole a muté en unité humaine, il n’est plus celui qui fournit un travail mais, parce qu’il rentre dans le champ de la comptabilité, ce qu’il faut  de quantité d’individu chaque jour pour effectuer un travail, en fait l’être humain n’est plus un travailleur mais une unité de mesure du travail. Dans le même esprit, sous la plume d’Hayek - prix Nobel d’économie et père du néolibéralisme – les travailleurs ne sont plus la force de travail mais le capital humain, c'est-à-dire un paramètre comme un autre sur lequel il est possible d’agir, humain devenant un simple qualificatif qui distingue simplement des autres formes du capital. Concernant le monde agricole, dans le cadre coopératif, il n’est plus question de coopérateurs mais d’adhérents, le déplacement de vocabulaire signifiant une perte de pouvoir décisionnel au profit d’une affiliation dans laquelle l’agriculteur est assujetti. L’intrant, lui, est le pesticide déshabillé de la peste, réhabilité à des fins de tromperies publiques.   

Tout ceci s’inscrit dans une unique logique, celle de l’économie marchande, à laquelle tous les pans de la société sont contraints, d’autant que le politique en charge de donner le cap s’y soumet. Nul domaine n’est épargné et le vocabulaire dérive plus rapidement que les continents, toujours dans la même direction. Il convient de gérer les désordres affectifs comme les émotions que l’on éprouve. Ainsi naissent les cellules psychologiques afin d’aider à la  rationalisation des angoisses éprouvées lors d’un drame.

S’il le faut le vocabulaire devient transversal. Ainsi une panne informatique peut-elle être due à un conflit (terme employé en psychologie ou dans le monde du travail) entre l’ordinateur et un périphérique, ce qui n’est pas sans signifier l’homme est ravalé au rang de machine, la machine pouvant prétendre à l’humanité et donc à l’égalité avec lui sinon  en concurrence.

On n’est plus de personnel d’entretien mais des techniciens de surface, l’accent étant mis sur la fonction et la spécialisation, l’être humain passant aux oubliettes. Il est des directeurs de ressources humaines, le terme de ressource devant être entendu à l’égal du pétrole ou de n’importe qu’elle autre matière première ; ainsi le travailleur est-il une ressource comme une autre.

La société dans son besoin d’encadrer ne distingue plus les mendiants, les vagabonds, autres clochards ou chemineaux mais les sans-abri et fait de l’adjectif précaire un nom. Ce qui dit qu’ils entrent dans des catégories repérables et non qu’on s’attache à leur sort car le nouvel ordre du monde n’est pas d’apporter des solutions mais de ne rien laisser sans contrôle.

Ainsi va le monde, accompagné de mots qui aident à faire passer la pilule et tiennent l’humanité et les êtres humains pour quantités négligeables.

Chacun trouvera de quoi alimenter ce propos car ce qui en est donné d’exemples et loin de d’en épuiser l’illustration.

Tout naturellement on pensera à l’abondance des mots d’origine anglaise dans la langue française qui n’ont d’autre effet que de nous transformer en photocopies d’américains sans qu’il nous soit jamais donné d’en être, mais qui nous place en situation de vassalité.

 

Il nous faut donc nous réapproprier le vocabulaire, être vigilants quant aux mots que nous employons. C’est aussi de cette résistance que l’Homme retrouvera sa place et que la société que nous appelons sera.

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