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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 06:24

Pour qu’existe un pays il faut un territoire (un sol avec ses limites), un peuple (des citoyens), un gouvernement. Dès lors que le rôle du gouvernement est réduit à ses fonctions et pouvoirs régaliens (sécurité : police, armée, justice), que les individus ne sont plus considérés comme des citoyens mais comme des consommateurs, le territoire tend à disparaître et le pays avec.

La prospérité d’un pays et de l’ensemble de ses habitants n’est pas liée aux fonctions et pouvoirs régaliens. Elle procède de la volonté des gouvernements dans bien d’autres domaines. La République a eu l’initiative du développement de l’école gratuite et obligatoire pour tous, de la sécurité sociale, du développement économique pensé en perspective (économie semi-planifiée),…  

Exergue

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Les usagers citoyens sont réduits au rang de clients consommateurs.
 

Abattre les services publics constitue un leitmotiv pour les partisans de l’idéologie néolibérale revancharde. Des expressions trompeuses et pourtant éculées sont abondamment utilisées : délégation de service public, services au public. Elles signifient en réalité démantèlement des services publics. Pour y parvenir, un autre stratagème est désormais convié, celui de la délimitation d’un périmètre pour les services publics. Celui-ci ne devrait pas excéder les fonctions régaliennes. Cette conception est un piège. Le périmètre des services publics ne peut pas correspondre aux seules fonctions régaliennes pour deux raisons majeures.

Ce serait en effet valider une vision conservatrice de la société. Limités aux fonctions régaliennes, les services publics se verraient réduits de facto à une fonction de préservation de l’ordre établi. Ils se trouveraient relégués aux antipodes de l’objectif de transformation sociale, eux qui ont été perçus comme un puissant levier de réduction des inégalités et de redistribution. Les enjeux fondamentaux ne seraient pas en capacité d’être satisfaits : la solidarité donc, mais aussi l’intérêt général dans des domaines où les investissements ne peuvent être que le fait de la puissance publique, la souveraineté populaire qui est bafouée dès lors que les usagers pleinement citoyens sont réduits au rang de clients consommateurs. Ce périmètre réduit dévoile un véritable marché de dupes. Car il n’y a aucune fonction régalienne qui soit intouchable et assurée de rester dans le champ des services publics. Nous ne pensons pas à la santé et à l’éducation, qui sont déjà exclues du champ des fonctions régaliennes pour mieux en promouvoir la marchandisation. L’une au motif de lutter contre l’assistanat, l’autre au nom de l’investissement éducatif. Les secteurs les plus indiscutablement régaliens subissent également l’offensive. C’est ainsi que les emplois privés sont majoritaires au sein des forces de sécurité. L’actualité nous montre que la justice peut ne pas être un monopole de l’État, avec le recours aux arbitrages privés, tandis que l’Histoire nous apprend que la justice du Moyen Âge était une justice privée seigneuriale. De la même manière, histoire et actualité nous renseignent sur la fragilité régalienne de la fonction militaire : le temps des condottieres et des mercenaires redevient d’actualité avec l’utilisation par les États-Unis de soldats étrangers à qui étaient promises des cartes vertes ou l’obtention de la nationalité.

La sauvegarde des services publics ne peut suffire : elle doit s’accompagner d’une stratégie d’extension et de démocratisation. La question des services publics pose au final l’interrogation de la civilisation dans laquelle nous voulons vivre. Celle de l’avenir en commun ou celle du chacun pour soi des solutions individuelles…

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