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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 16:45

‘Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement, un absent, cet absent est la figure du Roi’ E. Macron. D’ajouter : On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléoniens et gaullistes, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace’.

Rien de plus dangereux que de tenir concentrés les pouvoirs entre les mains d’un seul. Telle était la situation à l’époque monarchique. Raison pour laquelle Montesquieu proposait de diviser le pouvoir en 3 distincts - exécutif, législatif, judicaire - afin que de leur équilibre et de leur séparation l’un ne prenne le pas sur l’autre, que n’advienne de leur réunion un consul, un empereur, un président de la République qui se comporterait en césar.

La constitution de la 5ème République, système présidentiel  - plus fort qu’il ne l’est aux USA où le Président est contraint par le Congrès - née sur fond de crise, a rompu cet équilibre. Le pouvoir législatif cède la main à l’exécutif qui dispose pour faire la loi du pouvoir règlementaire, les projets d’origine gouvernementale sont prioritaires sur les propositions de loi, le Président ne peut être renversé par le Parlement où simplement révoqué par le peuple à l’initiative de ce dernier, le calendrier électoral renversé renforce l’exécutif, l’usage abusif du 49.3 est une violence répétée faite au Parlement, les ministres (parfois sans légitimité liée au suffrage) sont agréés par le seul Président , … , tout tend à concentrer dans les mains du président l’ensemble des pouvoirs. Cerise sur le gâteau, comme on vient de le voir lors du dernier moment électoral, les candidats à la députation sont choisis par le christique Macron afin de s’assurer de leur docilité.

En 2008, pour asseoir davantage l’exécutif, N. Sarkozy décide d’une réforme constitutionnelle qui autorise - du jamais vu depuis 1875 - le président de la République à réunir les représentants en Congrès pour leur tenir déclaration politique. C’est ainsi que va procéder  le président Macron, après N. Sarkozy en 2009 et F. Hollande en 2015. Une fois l’an, il viendra donner le cap à sa majorité parlementaire – on se doute bien que les autres députés s’en foutront - pour lui tenir la bride courte. Du même coup, il court-circuite son premier ministre et fait, sans qu’il y paraisse, passant par-dessus les parlementaires, à l’intention des citoyens ce qui s’apparente à un discours du trône ; ainsi tisse-t-il le lien qui unit plus directement et plus fortement le Roi au peuple. Je suis Roi d’essence populaire – bien joué !

La personnalisation et la concentration du pouvoir est désormais à marche forcée. Premier ministre et ministres sont flanqués de sbires du président pour les surveiller et tout faire remonter en dernier lieu à la présidence.

Pour couronner, si j’ose dire, le président Macron, a décidé de donner le statut de 1ère dame. Une bizarrerie en république. Le prince-président avait son Eugénie, le président de la République, pas encore prince mais ça viendra, aura sa Brigitte.

Il n’a pas fini de nous étonner.

Exergue

*

« Je n'ai jamais été partisan du gouvernement d'assemblée, c'est-à-dire d'un gouvernement exercé par cinq ou six cents personnes. L'exécutif, l'équipe qui agit, ne peut comporter qu'un nombre limité de personnes entre lesquelles règne une certaine homogénéité, une solidarité ; elles discutent entre elles mais elles doivent être assez proches les unes des autres pour pouvoir prendre des décisions rapidement et les respecter. C'est indispensable surtout dans un pays comme la France, où le gouvernement résulte forcément d'une coalition de volontés. C'est ainsi, seulement, qu'une équipe (c’est le vrai mot) chargée de la conduite quotidienne des affaires peut affirmer sa volonté, son autorité, disposer de la durée, de la stabilité. Ce qui manquait sous la IIIème et plus encore sous la IVème.

  Mais, à côté de cela, il faut une instance, l'Assemblée, fidèlement représentative des tendances qui règnent dans le pays, qui les confronte publiquement et qui se prononce sur les options principales. L'exécution reste le domaine du Gouvernement et ce dernier agit au nom des forces politiques majoritaires dans l'Assemblée. Ainsi donc, deux pouvoirs : l'exécutif (homogène) et le représentatif ou législatif (inévitablement composite), dont chacun a son indépendance et sa mission.

  Sous la IVème République, il n'y avait, en réalité, qu'un pouvoir : l'Assemblée ; le Gouvernement n'existait plus, il était dominé, écrasé, phagocyté * par le Parlement. Sous la Vème, il n'y a de nouveau qu'un pouvoir : l'exécutif, le Gouvernement ou plutôt le Président ; l'Assemblée ne joue aucun rôle, sinon de pure figuration. On est passé d'un extrême à l'autre.

  Je ne pense pas qu'il soit sain et démocratique d'investir, comme aujourd'hui, de moyens aussi larges et aussi incontrôlés un seul homme et pour sept ans [...] Un homme élu par trente millions d'électeurs est forcément très puissant ; or, volontairement, on n'a prévu aucun contrepoids, aucun partage, aucune institution de contrôle ».

* absorbé ou mangé.

Mendès-France, Choisir, pp. 85-86, Stock, 1974.

(Il s’agit d’un ouvrage dans lequel Mendès France répond
aux questions d’un journaliste de La Vie catholique, Jean Bothorel).

 

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