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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 15:44

La volonté de renouveler le personnel politique est louable.

Nul ne conteste qu’il était temps de mettre un terme aux errements d’une classe politique dont certains de ses membres ont perdu le sens de l’Etat, méconnaissent l’éthique, se comportent comme des escrocs, font de leur position une baronnie, méprisent les citoyens, ….

Aussi, lorsqu’un parti politique porte le renouvellement de ce personnel  et inscrit concomitamment que, de ce renouvellement, la vie politique va s’en trouver assainie, les citoyens applaudissent.

Toutefois, sauf à être naïfs, ils ne sauraient manquer à cette vigilance qui consiste à observer comment s’effectue ce renouvellement qui prétend être l’entier corps social.

 *

La République en marche, parti du Président, a procédé, via Internet, à un appel à candidatures pour les législatives auquel ont répondu pas moins de 19 000 citoyens qui, soudainement, se sont trouvés habités par la vocation politique. A la suite, une commission ad-hoc a eu la charge d’étudier les profils des candidats afin de déterminer les plus convenables.

Rappelons brièvement la procédure d’habilitation.

Il était demandé aux candidats : CV, photos, lettre de motivation. Par la suite, ils ont dû répondre à un questionnaire : appartenance à un syndicat, un parti politique,… (Pourquoi faire ?), fournir des lettres de soutien (de qui ?), montrer qu’ils avaient du ‘charisme’(!), le tout suivi d’un entretien terminal.

On croit rêver.

Cette manière n’est pas sans évoquer celle d’une entreprise qui fait des offres d’emploi et dont les réponses sont examinées par un DRH qui prend la décision d’embaucher ou pas dans l’intérêt de l’entreprise.

On pourrait se dire : pourquoi pas ? si on ne percevait pas, dans cette manière, le désir de caporaliser ces futurs députés qui doivent être en conformité - d’où le profil - avec ce qui est attendu d’eux.

En quelque sorte ils sont les élus de l’Elu, de fait, préposés à servir comme des godillots, avec l’ardeur de néophytes, la politique de celui qui les a reconnus.

En Marche aurait pu imaginer que, dans chaque département, les citoyens soutenant le mouvement soient invités à se regrouper afin, qu’en leur sein, ils choisissent leur candidat. Cela aurait était démocratique. Mais non ! Il n’en a pas été ainsi, l’entretien d’embauche a été préféré.

La nomination procédant du haut alors qu’elle aurait pu procéder du bas, c’est bien mal engager le renouvellement, bien mal libérer les intelligences, bien mal armer à la citoyenneté.

Ainsi obtient-on des députés responsables devant E. Macron, non point devant le peuple.

 *

Procès d’intention, dira-t-on.

Pas sûr.

Pourquoi ?

Lorsqu’on apprend que le Président de la République, E. Macron, a le projet de procéder à un grand ‘nettoyage’ de la haute fonction publique, la première réaction est de se dire : « Ça craint ! ».

La question qui suit illico : pour y installer qui ? Et cette autre : du personnel à sa solde ?

Les fonctionnaires, jusqu’à présent, servent l’Etat, le gouvernement qui dirige ce dernier, aujourd’hui celui-ci demain celui-là, dans le cadre de la loi. L’aurait-on oublié ? Et s’il était procédé à des retouches, c’était à la marge. Telle est la tradition française qui va changer.

Alors, on s’interroge : n’assisterait-on pas à une nouvelle philosophie politique qui n’a rien à voir avec notre manière française ?  

On s’interroge d’autant que notre nouveau Président, autre exemple, dans le domaine de l’Education nationale, veut que le personnel enseignant soit recruté, là encore sur profil, à la discrétion du chef d’établissement. C’est dire, que l’enseignant, jusqu’ici protégé par son statut, devra filer doux s’il entend voir son contrat renouvelé.

Dans tous les cas : députés, hauts fonctionnaires, fonctionnaires de l’Education nationale,…, il s’agira de plaire aux Princes divers et non de satisfaire la République.

C’est une mise au pas politique, administrative,…. qui pend au nez des français. D’où le titre : Va-t-on assister à l’émergence d’un régime autoritaire ?  Pour bien comprendre ce dernier qualificatif, on fera la nécessaire différence entre un régime qui a de l’autorité - ce qui est nécessaire - et un qui est autoritaire.

*

Méditons encore sur ceci : le Président Macron envisage de gouverner par ordonnances (blitzkrieg) ainsi que Fillon proposait de le faire. Des députés triés sur le volet, comme cela vient d’être vu, autoriseront cette façon.

Laissons à la sagacité de chacun le soin de comprendre ce que ceci signifie d’un point de vue démocratique pour évoquer, un instant, son projet de créer un statut de 1ier dame. Cela parait futile, mais porte aussi indication d’un changement profond des institutions républicaines.

Pour résumer, nous dirigeons-nous vers un système à l’américaine sans qu’il y ait pour autant les contre-pouvoirs qui existent dans ce pays ? Avons-nous affaire à un Erdogan qui ne se sait pas ?  Ou bien à un individu qui se veut Prince-président ?

*

La France n’est pas une entreprise.

S’il convient de procéder au renouvellement du personnel politique cela existe non du fait du Prince mais de celui des citoyens. C’est le sens de la 6ème république que ne porte pas, loin de là, le Président Macron.

Il n’est pas vrai que du processus de sélection du parti du Président Macron sont sortis des candidats dont le ‘profil marque le retour définitif des citoyens au cœur de la vie politique’. Il faudrait pour cela expliciter le profil des candidats députés d’un point de vue sociologique. De cela, rien n’est dit :  ce n’est pas innocent.

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