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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 07:57

"Qui aurait dit au départ que notre gauche aurait été à 19,5 % ? Ce soir nous pouvons enfin dire : "Nous sommes la gauche." Prenons cette bonne nouvelle. Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de le répéter : « Je fais ma part du travail, faites la vôtre ! » Alors, dès demain matin, sur le métier il faut remettre notre ouvrage. Au boulot !, entretenons l'élan !" - Réaction de François Ruffin au local de campagne de Picardie Debout après les résultats au 1er tour de l'élection présidentielle.

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 Source : https://marwen-belkaid.com/2017/04/24/demain-cest-loin/#more-1477

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Nous attendions la vague. Illusoire il y a quelques mois elle nous semblait monter inexorablement. Elle nous semblait capable d’envoyer en l’air leur volonté pour la France celle de la remettre en ordre ou en marche. Nous attendions la vague et nous voilà avec le vague à l’âme. Las, nous voilà désemparés face aux résultats qui sont sortis des urnes. Hier soir à 20h le couperet est tombé, la guillotine s’est abattue sur nos rêves lors de cette élection. Marine Le Pen face à Emmanuel Macron. Dans deux semaines, notre pays aura le choix entre le néolibéralisme le plus effréné et son excroissance monstrueuse qui est le nationalisme.

Dans deux semaines nous aurons le choix entre deux modèles de société, celui qui promeut la concurrence entre travailleurs devenus simple marchandise et celui qui défend la concurrence entre nations devenues prisons mentales. Finalement cette fois-ci les sondages ne se sont pas trompés. En effet ils disaient que le deuxième tour se déroulerait entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et le résultat a été celui-là. Il nous faut, je crois, voir plus loin que le simple résultat de ce premier tour.

 

Le coup de massue

 

Ne nous mentons pas, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, ce résultat fait mal. Il fait d’autant plus mal que nous y avons cru. Ce matin la tête est un peu douloureuse, les membres pâteux, le regard sans doute un peu vide. Comme ces lendemains de gueule de bois, ce lundi est morose pour nous. Après avoir touché du doigt une qualification historique au deuxième tour, après s’être senti presque invincible durant les dernières semaines de campagne tant la dynamique autour de L’Avenir en commun et de la France Insoumise était présente et grisante, nous voilà pareils au Christ dans le jardin des oliviers lorsqu’il est redevenu humain, profondément humain. Nous pensions pouvoir connaître une belle victoire ainsi que le suggérait la substitution du « Dégagez » au « Résistance » scandé dans les meetings.

La bouche pâteuse, le regard un peu vide mais la tête haute. L’échec est lourd, l’échec est douloureux, l’échec nous ramène sur Terre après avoir demeuré dans les cieux durant quelques jours au moins. Toutefois, je crois que, comme l’absurde que met en évidence Albert Camus dans Le Mythe de Sisyphe, cet échec n’est que le début du cheminement. Il est tentant de se complaire dans une forme de morosité après cet échec électoral mais il ne me semble pas que cette position soit la plus pertinente ni même la plus responsable. Il faut nous rappeler des vers de Rudyard Kipling dans Tu seras un homme, mon fils : « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, / Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties / Sans un geste et un soupir ;/ […] Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite / Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, / Si tu peux conserver ton courage et ta tête / Quand tous les autres les perdront, / Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire / Seront à tout jamais tes esclaves soumis, / Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire / Tu seras un homme, mon fils ». Mes amis méditons ces quelques vers.

 

La bataille culturelle de retour

 

Ayant une approche assez gramscienne de la politique, je suis intimement persuadé que la bataille des idées est la mère de toutes les batailles. Je crois également que c’est en gagnant cette bataille des idées – celle que le néolibéralisme triomphant a remporté depuis des décennies, celle que nous avons oublié à gauche – que l’on peut faire réellement changer des choses. Beaucoup de personnes et de commentateurs médiatiques et politiques n’ont eu de cesse de nous dire à quel point la campagne avait été superficielle. Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. La campagne de la France Insoumise a, selon moi, permis de réarmer la gauche intellectuellement et culturellement. La campagne présidentielle n’a pas été superficielle comme on nous le dit à longueur de temps.

Au contraire, il me semble que cette campagne a permis de mettre dans les débats des thèmes profondément de gauche, viscéralement de gauche. Alors que la campagne de 2012 avait beaucoup tourné autour des questions identitaires et de l’islam, la campagne de 2017 a mis dans les débats la question écologique, la question du modèle économique, la question sociale. Par-dessus tout, la campagne de la France Insoumise s’est articulée autour d’un thème central, celui de la rénovation de nos institutions. Qui aurait cru que la campagne présidentielle de notre pays se polariserait autour du changement de modèle politique ? Non, décidemment cette défaite électorale n’est pas qu’une défaite. Elle est également une formidable victoire intellectuelle de notre gauche, cette gauche de transformation radicale.

 

Un score magnifique

 

Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise ont donc obtenu plus de 19% des suffrages. Alors évidemment ce résultat ne nous a pas permis d’accéder au second tour et cet état de fait a de quoi susciter la désillusion et nous laisser désabusés. Néanmoins une fois la déception (légitime) passée, il convient de regagner sa lucidité et de regarder froidement ce qu’il s’est passé dans notre pays – quand bien même cela est très compliqué j’en conviens. Au cours de cette campagne, une formidable espérance s’est levée dans notre pays. Nous leur avons montré (durant la campagne et lors des résultats) qu’il n’y avait pas qu’une seule alternative au système de la globalisation financière et néolibérale qui nous régit depuis des décennies. Nous leur avons montré qu’il y avait une autre manière de faire de la politique, un autre rapport au monde qui existe. Non nous ne sommes pas condamnés à être broyés par cette mâchoire d’airain constituée d’une part par le néolibéralisme et d’autre part par le nationalisme.

Soyons honnêtes, qui parmi nous n’aurait pas signé il y a quelques mois si l’on nous avait dit que la gauche radicale serait autour de 19% au soir du premier tour. On nous promettait une marche triomphante du néolibéralisme vers le pouvoir. On nous disait que leur volonté pour la France, celle de la remettre en marche ne connaîtrait aucun obstacle. On nous disait que Juppé puis Fillon puis Macron connaîtraient une véritable promenade de santé. Le simple fait, qu’en haut lieu, ils aient eu terriblement peur ainsi que l’a montré le déchainement contre Jean-Luc Mélenchon au cours des dernières semaines est signifiant en lui-même. Ils ont eu peur parce qu’ils savaient et ils savent encore qu’une force s’est levée et que ce n’est pas le résultat d’hier soir qui la matera. En cinq années, en un quinquennat de reniement et de trahisons, nous avons gagné près de 8 points dans les suffrages exprimés. Je suis donc fondé à dire que malgré l’échec électoral, ce résultat est une formidable victoire, il ouvre une brèche qui nous entrainera, si nous savons être patients et déterminés, vers d’autres victoires plus belles encore.

 

Abolir le système présidentiel

 

Les résultats de dimanche soir confirment notre conviction, celle qui postule qu’il faut abolir cette monarchie présidentielle qui n’a plus aucun sens. Effectivement, les résultats sont très serrés et dans le système qui est le nôtre actuellement la guillotine tombe et tranche franchement et de manière relativement injuste les choses – j’aurai écrit exactement la même chose si Jean-Luc Mélenchon s’était qualifié de justesse. Pour résumer, à quelques pourcentages près, on se retrouve du bon ou du mauvais côté de telle sorte qu’un écart minime peut avoir des conséquences majeures. Les écarts lors de cette élection sont en effet assez faibles et ils ne font que confirmer la conviction qui est la mienne : paradoxalement, dans notre système politique le moment le moins démocratique est celui du vote.

Effectivement, le vote est le moment où vous pouvez du bon ou du mauvais côté de la barrière pour quelques pourcents. Le vote est le moment où la majorité s’impose à la minorité. Aujourd’hui les différences entre les quatre candidats arrivés en tête de ce premier tour ne sont pas si grandes dans les urnes et pourtant c’est entre simplement deux d’entre eux que les Français devront choisir. Le vainqueur possédera des prérogatives énormes tant le président a beaucoup de pouvoir dans notre système politique. A l’inverse, dans un système parlementaire les différences très modestes entre les candidats hier soir n’auraient pas donné un pouvoir très grand à l’un ou l’autre des candidats. Aussi est-il urgent de passer à mes yeux à un système parlementaire qui serait bien plus représentatifs des différentes forces en présence dans notre pays. La réalité de notre pays aujourd’hui c’est que quatre forces sont sensiblement aussi fortes mais que le système institutionnel nie cette composante.

 

Ce n’est que le début

 

Je suis de ceux qui pensent que les urnes ne sont jamais, absolument jamais, suffisantes. En 1936, en 1968 ou en 1981 ce sont des mobilisations populaires qui ont permis d’arracher des conquêtes sociales qui n’étaient, pour beaucoup, inscrites dans aucun programme. C’est pour ça que ces résultats ne sont ni la fin, ni le début de la fin, ni même la fin du début. Je crois plutôt que tout commence ce soir (j’aurai écrit la même chose peu importe les résultats). La campagne de la France Insoumise a montré qu’il existait une magnifique force citoyenne dans notre pays, rien ni personne ne pourra nous enlever cela. Depuis plus d’un an et la lutte contre la loi travail, les Français ont montré qu’ils étaient en train de se réapproprier la notion même de politique, cette notion qui avait été préemptée par la caste politicienne au pouvoir. La politique, au sens noble du terme, c’est la vie de la Cité. Nous en faisons tous au quotidien. Les Français sont engagés par millions dans des associations ou agissent à leur propre échelle.

Cette campagne présidentielle aura fait sortir le génie citoyen de sa lampe et il sera bien difficile de l’y faire entrer à nouveau dans cette lampe. Ainsi que l’exprimait très bien le 1er tour social de samedi à Paris notamment, notre agenda n’est pas celui des politiciens et de la caste politicienne. Evidemment la lutte va reprendre pour les législatives car, peu importe qui l’emporte au second tour, il n’est absolument pas évident que la ou le vainqueur aura une majorité à l’Assemblée. Mais la démocratie ne s’arrête pas au vote, loin de là. Quoiqu’il arrive le 7 mai, quoiqu’il arrive les 11 et 18 juin prochain il va falloir compter avec nous, citoyens, qui débordons de détermination et qui rêvons de réellement renouveler les pratiques politiques dans notre pays. Ils pensent sans doute nous avoir mis plus bas que terre mais nous ne leur laisserons pas cette joie.

 

Voilà les quelques réflexions qui me sont venues à l’esprit après 20h et les résultats de ce premier tour. Aujourd’hui – comme lorsque j’ai fait le choix de voter pour Jean-Luc Mélenchon – je pense à Camus. Dans Le Mythe de Sisyphe, le philosophe écrit que « l’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». Plus loin dans le même livre il ajoute : « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. « Commence », ceci est important ». Hier soir nos décors se sont écroulés momentanément. Dans sa philosophie, de l’absurde naît la révolte et, pastichant Descartes, il affirme dans L’Homme révolté, « je me révolte donc nous sommes ». Mes amis il est grand temps de faire fructifier la révolte qui est la nôtre. En attendant à tous ceux qui ont l’intention de ne pas aller voter dans deux semaines, je leur souhaite bon courage tant l’atmosphère sera pesante. « Tu ne votes pas Macron ? Donc tu fais le jeu du FN », préparez-vous à entendre cette antienne pendant deux semaines. Quant à moi, pareil au Candide de Voltaire, je cultiverai mon jardin pendant deux semaines et dimanche 7 mai.

 

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