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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 05:22

Quand la peur du FN, bien compréhensible, s’empare de la raison, on doit craindre l’avènement de l’irraison. Est-ce vraiment raisonnable ?

Il nous faut mesurer la possibilité réelle du FN d’accéder au pouvoir. Celle aussi, dans l’hypothèse où il y arrive, de gouverner, car une élection présidentielle dans le cadre de la 5ème république est à 3 tours, le 3ème étant celui des élections législatives où s’installe le pouvoir ou le contre-pouvoir. Si besoin est, et on aura l’occasion d’en disputer là aussi, il sera toujours temps, lors des législatives, de faire front républicain.

Ce front républicain, appelé à l’occasion du second tour des présidentielles, donnera, si on y souscrit, une assise très large à Macron et à sa politique dans laquelle se reconnait la caste des patrons, du LR et du PS ; politique connue, vécue, qui a enflé le FN au point où il en est sans qu’il ait eu trop à se démener. Continuons comme ça et, si ça ne pète pas avant, aux prochaines élections présidentielles le FN arrivera au pouvoir sans coup férir. Il ne s’agit pas de repousser la venue du FN, il s’agit de faire en sorte qu’elle n’arrive pas.

Il nous faut donc juger de la peur que nous inspire le FN. On ne peut cependant oublier celle que doit nous inspirer la politique prévue par Macron. La peste ? Le choléra ? Ni l’un, ni l’autre. Qu’ils se démerdent ! Laissons tomber ! Pensons au 3ème tour, celui des législatives.

2 articles ci-dessous :  

  • «Macron est l'intellectuel organique du nouveau capitalisme», par Gaël Brustier (politologue)
  • Deux cartes et une élection, par J. Sapir

Exergue

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 «Macron est l'intellectuel organique du nouveau capitalisme», par Gaël Brustier (politologue)

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 Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/24/31001-20170424ARTFIG00209-gael-brustier-macron-est-l-intellectuel-organique-du-nouveau-capitalisme.php

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Gaël Brustier est docteur en sciences politiques. Il est notamment l'auteur de Le Mai 68 conservateur - Que restera-t-il de la Manif pour tous? (éditions du Cerf, 2014). Son dernier livre #Nuit Debout. Que penser? est paru aux éditions du Cerf. Il a également préfacé Construire un peuple, de Chantal Mouffe et Iñigo Errejon (Editions du Cerf, 2017)

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FIGAROVOX: Sur quoi repose le succès d'Emmanuel Macron? peut-on parler à son égard de vote «antisystème»?

GAEL BRUSTIER: Compte tenu des moyens colossaux et de la campagne médiatique autour de sa candidature, il faut relativiser son succès: il fait moins de voix que François Hollande en 2012 et que Ségolène Royal en 2007. Néanmoins, le vote Macron a une signification politique: c'est une coalition électorale construite à partir des groupes sociaux les plus favorisés, ceux qui entendent demeurer dirigeants et dominants. On voit le poids des diplômés les plus riches et se dessine très clairement la carte d'une France optimiste face à la crise. Macron est aussi le candidat du régime dans la crise de régime. Le système partisan de la Ve république est épuisé. Le principe de la primaire, censée renforcer les grands partis de gouvernement, a joué un rôle d'accélérateur de cette crise. Emmanuel Macron est ainsi l'intellectuel organique du nouveau capitalisme, il propose le récit optimiste d'une France qui s'adapte à la mondialisation. Avec Macron, nous assistons à la substitution d'un personnel politique à un autre. La Ve République fait son lifting, mais les fondamentaux demeurent.

Pourquoi la droite, engagée dans la bataille culturelle depuis 2007, n'a pas réussi à imposer ses thèmes conservateurs et identitaires dans la campagne?

En effet, ce n'est pas une campagne «identitaire» du type «mouton dans la baignoire» qui s'est déroulée, mais une campagne axée principalement sur le malaise démocratique, la crise de la représentation, où les affaires ont joué le rôle de turbo. D'où le triomphe de l'antisystème comme thème de campagne et du «dégagisme».

Dans cette campagne, la droite et l'extrême-droite n'ont pas réussi à produire d'idées nouvelles, se contenant de se reposer sur des acquis idéologiques engrangés dans le passé, sans prendre la mesure de la nouvelle configuration née de la crise. Sous le quinquennat de François Hollande, la droite a atteint son paroxysme, notamment dans l'agitation éditoriale, mais elle n'a pas su prendre la mesure de l'attente d'un renouveau démocratique.

Le carburant idéologique est venu de Jean-Luc Mélenchon, qui a su renouer avec l'électorat populaire et a privé le Front national du monopole de la contestation. Il a saisi une fenêtre d'opportunité.

Il est le seul à avoir privé Marine Le Pen de dynamique et de carburant idéologique. Ceux qui lui font un procès aujourd'hui en ont fait beaucoup moins, quand ils n'ont pas contribué à son succès.

Que penser de l'attitude de Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour qui se refuse à appeler à voter Emmanuel Macron?

Il est inouï de reprocher à quelqu'un qui a fait toute sa campagne autour de l'horizontalité et du renouveau démocratique de consulter sa base et de lui faire confiance pour exprimer son choix, qui ne sera évidemment pas en faveur du FN, tout le monde le sait! Il est le seul à avoir traité de Le Pen de «fasciste». Il est le seul à avoir privé Marine Le Pen de dynamique et de carburant idéologique. Ceux qui lui font un procès aujourd'hui en ont fait beaucoup moins, quand ils n'ont pas contribué à son succès. Un débat éclaire par la raison est plus puissant que des injonctions.

Quelle reconfiguration politique se dessine?

Trois pôles se dessinent: un bloc central libéral-optimiste, encadré d'un pôle national-populiste et d'une gauche renouant avec une base populaire, dont les diplômés précarisés semblent être le noyau dynamique.

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Deux cartes et une élection, par J. Sapir

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Source : https://russeurope.hypotheses.org/5937

Les jappements de la meute médiatique qui somme tout un chacun de se prononcer pour Emmanuel Hollande, à moins que ce ne soit pour François Macron, sous peine de se faire traiter de « facho » et d’autres nom d’oiseaux sont aujourd’hui assourdissants. Cette meute pratique donc le « jappellisme », néologisme qui rappelle les jappements des chiens. Et, ce faisant, elle vérifie l’aphorisme selon lequel le chien ne mord jamais la main qui le nourrit…

Pourtant cette même meute se garde bien d’analyser ce qu’il y a derrière l’arrivée de Mme. Marine le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Croyant que bien souvent un bon graphique vaut de bons discours, je porte donc à la connaissance des lecteurs, mais aussi des membres de cette meute qui voudraient en prendre connaissance, les cartes suivantes.

 

Une comparaison instructive

La première que je le reproduis ici, derrière son aspect « vintage » (eh oui, il fut un temps où l’on n’utilisait pas les couleurs produites par un ordinateur), montre l’état de l’industrialisation de la France à la fin des années 1950.

Graphique 1

Emploi industriel par département (1958)

https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2017/04/C-Pcu7TXoAAS_gi-500x487.jpg

Cette carte indique bien quelles étaient les zones de développement de l’industrie durent les « trente glorieuses ». Il convient maintenant de la comparer à la carte des résultats du 1er tour de l’élection présidentielle de 2017. Et là, surprise, surprise, on constate le quasi-recoupement entre le vote en faveur de Mme Marine le Pen et la première carte.

Graphique 2

Résultats du 1er tour de l’élection présidentielle (23 avril 2017)

https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2017/04/A-01-Ajpg-375x500.jpg

Résultats publiés par le Ministère de l’Intérieur

Bien entendu, cette corrélation entre les deux cartes n’est pas parfaite. Les régions de la Drome qui se développeront dans les années 1960 ne figurent pas sur la première carte ni l’industrialisation de la vallée de la Garonne, hors l’industrie aéronautique autour de Toulouse. Inversement, on voit bien la forte présence du vote pour Marine le Pen dans des régions plus rurales. Si la crise de l’industrie n’est clairement pas le seul facteur explicatif, si d’autres facteurs doivent donc être pris en compte, comme l’histoire de la Résistance qui explique sans doute les très faibles résultats de Marine le Pen dans le Limousin, la configuration générale de ces deux cartes apparaît bien trop similaire pour qu’elle ne soit due qu’à une coïncidence.

 

Il n’y a pas de hasard en économie

Ce sont donc les zones d’ancienne industrialisation, les zones qui ont été le plus touchées par l’impact de la mondialisation puis par l’impact de l’euro, qui ont fourni à Marine le Pen ses meilleurs résultats.

Il convient ici de rappeler que les différentes phases d’instauration du libre-échange n’ont nullement pris en compte la différence des coûts salariaux (et des cotisations sociales) qui est largement le produit de l’histoire politique et sociale de chaque pays. On peut en dire de même des différences en matière de réglementation environnementale. Le libre-échange met ainsi en compétition des histoires sociales différentes, les tirant toutes vers le bas, et non pas des projets entrepreneuriaux. C’est la justification essentielle de formes de protectionnisme « intelligent », ou « solidaire » voire « altruiste », comme je les ai défendues dans mon ouvrage La Démondialisation[1], après Bernard Cassen, et avant Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et bien entendu Marine le Pen. Mais, qu’importe sur ce point qui a lancé l’idée. Elle est bonne et elle s’impose si one ne veut que les travailleurs soient contraints d’accepter les normes et les salaires les plus bas.

La mise en œuvre de l’Euro est venue considérablement aggraver la situation. L’Euro favorise l’Allemagne en permettant à ce pays de sous-estimer sa monnaie et défavorise des pays comme la France et l’Italie en les obligeant à avoir une monnaie surévaluée. Ceci a été démontré dans un document du Fond Monétaire International de l’été 2016[2]. De plus, l’Euro a été longtemps fortement surévalué par rapport au Dollar américain, qui est la monnaie de référence de nombreux pays, non seulement bien évidemment des Etats-Unis mais aussi de la Chine et globalement de la « zone Dollar ». Cette surévaluation a eu, en particulier pour l’industrie française, des conséquences désastreuses. Ces deux effets combinés ont conduit les entreprises non seulement à perdre des marchés à l’export mais aussi à souffrir plus que nécessaire face à la concurrence sur le marché intérieur. Ces deux effets expliquent largement la désindustrialisation de la France, et par conséquence la crise sociale que l’on connaît dans les régions d’industrialisation traditionnelle.

Avec l’ensemble des économistes qui combattent l’Euro, ce sont ces effets que l’on vise, même s’ils ne sont pas les seuls effets négatifs engendrés par l’Euro[3]. Les conséquences politiques de l’Euro sont tout aussi graves.

 

 

Il n’y a donc rien de fortuit dans le quasi-recoupement entre ces deux cartes. Et il n’y a rien de fortuit dans la montée du vote en faveur de Mme Marine le Pen, un vote qui traduit la révolte des milieux populaires qui ont été délibérément sacrifiés par les élites politiques de ce pays, que ce soit pour des raisons de profit financier (en ce qui concerne la droite) ou que ce soit pour des raison idéologiques (pour le P « S » et le PCF). Dès lors, japper contre ceux qui se refusent à un futile et inutile « Front Républicain » et hurler à une prétendue « menace fasciste », c’est ajouter l’insulte à la blessure ; c’est un comportement d’une absolue indécence. Cela n’empêchera pas les journalistes aux ordres de l’élite politique et des oligarques qui détiennent les « grands médias », de poursuivre. Comme on l’a dit, on vérifie ici l’aphorisme de la Rochefoucauld « le chien ne mort pas la main qui le nourrit ». Mais cela justifie totalement la position de la « France Insoumise » et de Jean-Luc Mélenchon qui se refuse, avec courage, à mêler sa voix à ce concert d’aboiements.

 

[1] Sapir J., La Démondialisation, Le Seuil, Paris, 2011.

[2] IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à : http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

[3] Sapir J., L’Euro contre la France, l’Euro contre l’Europe, le Cerf, 2016 ; Idem, Faut-il sortir de l’euro ?, Le Seuil, Paris, 2012.

 

 

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