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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 17:26

Quelle surprise d’ouïr dernièrement, lors d’une émission C’dans l’air, un discours différent que celui qui vante le libéralisme cheveux au vent, au point de me faire cette réflexion : ‘Celui-là, va pas rester longtemps’ et de regarder du coin de l’œil la tête poliment consternée des journalistes qui ne mouftent pas.

Qui c’est qui parle ? Th. Porcher. Qui c’est, celui-là ? Un économiste atterré.  Diantre ! Ils s’émancipent de l’émission propagande à C’est dans l’air.  Pourvu que ça dure !

Th. Porcher, avec un autre économiste : F. Farah, c’est fendu d’un bouquin : Introduction inquiète à la Macron-économie. Tiens ! Tiens !

Du coup, je suis allé chercher ce qu’il dit sur le jeune premier de la politique, le show-man qui plait avec son allure de premier communiant, …

 Ecergue

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Source : https://comptoir.org/2016/10/14/thomas-porcher-et-frederic-farah-emmanuel-macron-defend-tous-les-prejuges-possibles/

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Thomas Porcher est membre des Économistes atterrés. Frédéric Farah est chargé de cours à l’Université Paris III. Ils viennent de sortir ensemble leur deuxième livre, “Introduction inquiète à la Macron-économie” (Les petits matins). Dans cet ouvrage, ils déconstruisent méthodiquement le discours du très médiatique ex-ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

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Le Comptoir : Vous avez consacré un livre à Emmanuel Macron, pourquoi vous attardez-vous sur ce personnage qui, s’il fait le buzz médiatique, a peu de chances d’accéder au pouvoir en 2017 ? L’ex-ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, n’est-il pas le symptôme d’un Parti socialiste qui s’est converti à l’économie de marché en 1983 et se rend coupable du zèle des nouveaux convertis ?

 

Thomas Porcher : Le phénomène Macron est très intéressant à étudier. Il est le symbole de cette dérive actuelle où la forme prime sur le fond. On nous propose le storytelling d’un homme politique différent, moderne, courageux et connaissant l’entreprise alors qu’en réalité Emmanuel Macron est un énarque, un haut fonctionnaire ayant travaillé pour une grande banque d’affaire avant de devenir conseiller du président de la République puis ministre de l’Économie. Honnêtement, Emmanuel Macron est le pur produit de ce système fabriquant les élites : Ena, haut fonctionnaire, cabinet présidentiel ou ministériel. Son parcours n’a en réalité rien d’original et ressemble très fortement à celui d’Alain Juppé par exemple.

Frédéric Farah : Plus encore, Emmanuel Macron défend tous les préjugés possibles qu’une partie des médias et des politiques relaie depuis des années : la flexibilité comme remède, l’allergie des français aux réformes, la préférence française pour le chômage, l’Union européenne comme voie de salut, les chômeurs qui préfèrent le loisir. La liste est longue.

Rendre gorge à la vacuité de Macron, c’est aussi faire d’une pierre plusieurs coups. Emmanuel Macron est également le symptôme de cette partie de la gauche qui célèbre ses noces avec le néolibéralisme et qui a renoncé à transformer le monde. Pire, une gauche qui somme les citoyens d’accepter le monde tel qu’il est, avec tous ses désordres, et de s’y adapter.

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Vous reprochez aux idées de Macron d’être « économiquement discutables » et vous contestez le caractère moderne de son discours, allant jusqu’à dénoncer sa « vision conservatrice de l’économie ». Pouvez-vous brièvement revenir sur ces deux critiques ?

T.P. : L’originalité d’Emmanuel Macron se résume uniquement au fait qu’il soit un nouveau visage du paysage politique français. Son discours, lui, n’a rien de nouveau. Ses propositions pour redresser la France s’inscrivent dans la continuité de ce qui a été fait depuis plus de trente 30 ans : casser les rigidités, flexibiliser le marché du travail, réduire le nombre de fonctionnaires, affaiblir le modèle social pour accorder l’économie française à la mondialisation. Or, ces remèdes ont déjà connu une large application et leur bilan demeure pour le moins décevant. En fait, derrière un discours se revendiquant comme moderne, portant aux nues Uber – une entreprise championne de l’évasion fiscale en modèle de réussite –, se trouve en réalité une vision très proche des économistes du XIXe siècle qui stigmatise les chômeurs, réduit les droits sociaux et porte uniquement les intérêts de quelques-uns.

 

F.F. : Ces idées sont économiquement discutables. Voilà plus de trente ans que nous privatisons nos entreprises, que nous flexibilisons notre marché du travail – pas moins de 17 réformes sur la protection de l’emploi ont été réalisées entre 2000 et 2013 en France – et que nous élargissons la sphère du marché. Quels en sont les résultats ? Plus de chômage et pas de croissance.

Quant à sa vision conservatrice, elle est présente sous des aspects d’une affable modernité. Les droits sociaux ne sont pas perçus comme des conditions de la réussite économique, mais comme des concessions que l’on peut remettre en cause en temps de crise. Or, les droits sociaux sont justement, en temps de crise, les derniers amortisseurs pour les populations les plus fragiles.

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Selon vous, Emmanuel Macron fait reposer le chômage d’un côté sur la structure économique française, jugée trop égalitariste et trop sociale, et de l’autre sur les individus eux-mêmes, qui seraient coupables de fainéantise. N’est-ce pas contradictoire ?

 

T.P. : Non, dans la pensée d’Emmanuel Macron, les deux vont de pair. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, notre système économique et social incite les chômeurs à la fainéantise. Si nous cassons les rigidités sur le marché du travail par exemple, le Smic jugé trop élevé par le Medef, le droit du travail jugé trop contraignant et si, de l’autre, nous diminuons la durée et le montant des allocations chômage alors, les travailleurs seront obligés d’aller travailler pour quasiment rien. En fait, c’est un tour de passe-passe pour transformer le chômeur en travailleur pauvre à l’image des contrats “zéro heure” au Royaume-Uni qui, a défaut de proposer une solution viable aux bénéficiaires, ont permis d’effacer un million de demandeurs d’emploi des chiffres du chômage.

F.F. : Je suis d’accord avec Thomas même s’il est vrai que l’argumentaire de monsieur Macron est un peu fourre-tout et la cohérence n’est pas forcément au rendez-vous. Les discours dans ces derniers meetings en sont un bon exemple et il tente tellement de ratisser large qu’on finit par se demander quel est le fond de son propos. La vision de monsieur Macron me rappelle celle de Denis Kessler, vice-président du Medef, en 2007. En résumé, le problème est celui contenu dans le consensus de 1945 : la seule politique à mener est celle qui consiste à défaire les acquis sociaux et il n’y a pas d’alternative, comme dirait Margaret Thatcher.

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Vous défendez dans votre ouvrage un capitalisme à visage humain et le modèle social-démocrate des Trente glorieuses. Le néolibéralisme n’est-il pas la conséquence de l’essoufflement de ce modèle à partir des années 1970 ? De plus que faites-vous des objections formulées par le Club de Rome en 1972 dans son rapport The Limits to Growth (Halte à la croissance ?) qui montraient que la croissance économique ne peut indéfiniment perdurer sans menacer l’environnement ? Pour dire les choses plus simplement : ne devons-nous pas inventer une nouveau modèle qui remettrait en question plus radicalement le capitalisme et le productivisme ?

T.P. : Nous défendons un capitalisme à visage humain qui prendrait en compte la contrainte climatique. Pour cela, il faut encadrer ce capitalisme libéral qui a créé l’explosion des inégalités, l’accélération du réchauffement climatique et l’extrême pauvreté pour une large partie de la planète. Un capitalisme a visage humain est un capitalisme sous la contrainte climatique qui imposerait un but et redonnerait un sens à la production. Pour cela, le politique a un rôle majeur : encadrer les salaires de sorte qu’il n’y ait pas trop d’inégalités, interdire les productions d’énergies polluantes, imposer une meilleur redistribution des profits, etc.

Quand au rapport The Limits to Growth, je suis entièrement d’accord sur le fond : la croissance est devenue l’alpha et l’omega de la politique actuelle et peu importe si cette croissance repose sur la spéculation financière ou le développement des énergies polluantes. Ce modèle n’est clairement plus tenable. Mais, si on dit “stoppons toute croissance”, cela signifie que l’on fige le monde tel qu’il est, avec ces inégalités de développement, avec sa structure de production trop polluante, etc. Or, des pays, parmi les plus pauvres, ont besoin d’augmenter leur croissance pour avoir accès à l’eau, à l’électricité et aux biens de nécessité. Chez nous, certains secteurs ont besoin de croissance, comme les énergies renouvelables. Je suis donc partisan de développer certains secteurs notamment les renouvelables et d’en arrêter d’autres notamment les activités polluantes. De manière générale, toute croissance doit désormais se faire en prenant en compte la contrainte climatique.

FF : Le néolibéralisme a été une revanche sur le libéralisme enchâssé c’est-à-dire cet ensemble institutionnel qui a encadré le marché et en a limité les effets les plus pervers. C’est d’ailleurs ce qui explique l’absence de crises financières entre 1950 et les années 1970. Avec toutes ses limites, le capitalisme de la reconstruction d’après-guerre a été “domestiqué” par un ensemble de droits économiques et sociaux que le préambule de la constitution de 1946 a remarquablement énoncé. Mais, je suis d’accord avec vous sur le fait que le modèle d’après-guerre a été trop productiviste et son empreinte écologique a été désastreuse. En attendant un grand soir certainement souhaitable, il faut déjà procéder à certaines étapes comme la dé-financiarisation de l’économie.

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Quelles types de mesures prônez-vous pour sortir de la crise et pour revenir vers le plein-emploi ?

T.P. : Deux mesures phares sont importantes : la réduction du temps de travail et l’investissement dans les secteurs d’avenir en lien avec la transition énergétique. Emmanuel Macron pointait que : « La gauche a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. » Mais, la durée du travail ne signifie rien sans prise en compte de la productivité. Travailler plus dans de secteurs où la productivité est déjà élevée, c’est tout simplement augmenter la pression sur les salariés pour un résultat contre-productif. À l’inverse, réaménager le temps de travail dans ces secteurs, c’est permettre une meilleure utilisation des machines et une amélioration de la qualité des travailleurs pour, au final, augmenter leur productivité. Reste ensuite la question des innovations et des secteurs d’avenir sous-exploités. La transition énergétique ouvre des espaces d’innovation à tous les étages allant de la production d’énergie aux bâtiments, en passant par les compteurs intelligents. Tant de secteurs qui répondent à un but concret – la lutte contre le réchauffement climatique – et qui auraient besoin de main d’œuvre.

F.F. : J’ajouterai qu’il faut partir du point clef : le fonctionnement de l’Union européenne. Tant que nous ne commencerons pas à desserrer l’étau des contraintes qu’elle génère, nous sommes réduits à bavarder. Une véritable politique d’investissement dans ces secteurs d’avenir qui rendrait possible la mise en place d’une transition énergétique ambitieuse ne peut se faire sans remettre en cause les critères libéraux de l’Europe. Ce point est vraiment central. Avec les contraintes budgétaires européennes, ces investissements sont impossibles.

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Compléments :

 

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