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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 11:55

Jusqu’ici, je ne voyais pas d’intérêt à distinguer entre le milliardaire et la millionnaire, de préférer la peste au choléra, de choisir entre ces deux qui se sont affrontés comme porcs dans ce qu’il est convenu d’appeler la plus grande démocratie du monde. J’ai donc accueilli la victoire de Trump comme j’aurais accueilli celle d’Hillary (c’est ainsi qu’on l’appelle)  si elle était advenue, en me disant que c’était m… pour m... et qu’il valait mieux ne pas mettre le pied dedans parce que, pour l’une comme pour l’autre, ça pue et que j’ai le nez délicat.

Mais voilà ! A la réflexion, je préfère la victoire de Trump. Pourquoi ?

Imaginons Hillary élue. Que se serait-il passé ? Rien. Le monde aurait continué à tourner comme avant, satisfait, sans percevoir que c’était la victoire du vice contre le vice. Au lieu de quoi, avec le vote Trump, le peuple a surgi comme diable sur la scène politique faisant la différence entre le eux et le nous. J’aurais choisi que ce surgissement se fit sur le nom de Bernie Sanders mais, comme vous le savez, aux States comme ailleurs, plus qu’ailleurs, c’est le fric qui mène la danse, et le pauvre Bernie s’il a failli gagner les primaires les a perdues.

Les américains se réveillent avec la gueule de bois. Enfin ! les américains, vite dit. Ceux qui habitent la côte est et la côte ouest (voir la carte électorale). Les établis de l’Atlantique et les parvenus du Pacifique. Les nantis. Entre les deux, des Appalaches aux Rocheuses, les pauvres et la classe moyenne, fait savoir qu’elle en a ras le bol de crever. Moyennant quoi, d’un coup, faisant fi du résultat sorti démocratiquement des urnes, les démocrates sont colère, pleurent, soutenus par les démocrates ‘caviar’ appelés aussi people, ils voudraient bien qu’on rejoue la partie pour gagner contre les pauvres, la classe moyenne, qui décidément ne comprennent rien.

J’écris ces lignes à l’intention de quelques uns que je sais de gauche, qui m’interpellent : ‘Tu te rends compte !’, pour qui Trump ne passe pas, qui auraient préféré Hillary. Hillary au verbe policé, à la tenue vestimentaire impeccable, ripolinée de haut en bas, bourgeoise qui fait face au rustre, au menteur, à la bête immonde. J’écris ces lignes à l’intention des intoxiqués à l’air du temps, au discours médiatique, à l’intention de ceux qui ne veulent voir en Hillary qu’une sainte-nitouche, et qui, faisant ainsi chemin, sont prêts à passer par perte la volonté populaire, pensant certainement que les électeurs pauvres et de la classe moyenne se sont trompés, sont des cons (On connait la chanson), n’imaginant pas que nombre de ceux qui ont voté pour Bernie Sanders se sont abstenus de voter pour la pseudo-mijaurée.

Il s’agit peut-être de savoir qui est Hilary avant de pleurer toutes les larmes de son corps rassasié.

Hillary, c’est la femme de Bill, et dans la vie et en politique. Bill qui a réuni, alors qu’il était président des USA, les leaders socialistes européens pour foutre le socialisme en l’air au profit d’une internationale démocrate et libérale qui nous a donné Blair, Schroeder, Jospin, … finalement Valls, Hollande et sa bande de filochards. Hillary, c’est celle qui nage à Wall-Streets aussi bien que poisson dans un bocal, celle qui est pour le Tafta que nous ne voulons pas, l’Otan que nous avons intégré malgré nous à gauche, le libéralisme saignant tous azimuts dont nous crevons, celle qui a pris parti pour l’intervention en Irak et un peu partout dans le monde, qui est prête au conflit généralisé, celle qui ...

A l’inverse, Trump, pour ce qui m’intéresse, par delà le fait qu’il change d’idée comme de chemise, que c’est un sagouin, qu'il a des propositions abjectes, à l’intention de protéger son économie de la mondialisation ravageuse, de balancer le Tafta par-dessus bord. Le fera-t-il ? C’est une autre histoire. En attendant, c’est ce qu’il dit. Je ne me fais pas d’illusion, les pouvoirs d’un président américain sont limités aux faveurs du Congrès et puis, lorsqu’il est aux manettes, il se soumet à ce que j’appelle la permanence politique du pays qui se moque bien des étiquettes.

Mais pour revenir au sujet, parce que c’est à mon sens le plus important, la victoire de Trump a autorisé, répétons le, l’émergence du peuple, celle de la distinction entre le eux et le nous…. ceci, aux USA même. Désormais, c’est clair, le peuple fait irruption sur la scène politique. Il n’est pas seulement cantonné à l’Amérique du Sud, à l’Europe, il s’établit sur le semi continent nord-américain. Hillary aurait-elle gagné qu’il n’aurait pas fait surface, n’aurait pas été visible. Alors ! faute de l’élection de Bernie Sanders, contraint que je suis de marcher dans le caca, je ‘préfère’ la m... Trump à celle d’Hillary, sans misogynie aucune.

Certains s’étonnent de n’avoir rien vu venir.

Lorsqu’on ne veut pas voir la réalité des misérables, quand ce sont les autres qui font les frais de nos ‘affections délicates des dandys démocrates’, quand on s’intoxique à sa propre propagande, quand l'égoïsme tient lieu de cerveau, on en subit les effets. Rien d’anormal à cela. Dernièrement, Ignacio Ramonet avait alerté (1), un peu plus avant  Michael Moore avait fait de même (2), il y a quelques années Thomas Frank avait écrit un bouquin-analyse, plus que jamais d’actualité : ‘Pourquoi les pauvres votent à droite’, sous-titré : ‘Comment les conservateurs ont gagné le cœur des Etats-Unis (et celui des pays pauvres)’ signalé dans le blog (3). Rien ! Il ne se passe rien. On continue comme avant.

Les américains n’ont pas voulu se donner Bernie Sanders (qui n’est pas démocrate d’ailleurs), et qui a perdu de fort peu. C’est leur affaire. Ils ont choisi Hillary qui a perdu contre Trump. Chez nous, en France, le peuple en a aussi par-dessus la tête des gens du système. Reste à savoir si on va faire bloc autour de notre Ernie, si on va décider de dégager nos Hilary (LR-PS) qui ne valent pas grand-chose, et pour tout dire : rien, pour ficher en bout de course la Trump locale dehors.

Mais une chose est certaine, le coup de 2002 ne remarchera pas. Aux States des partisans de Bernie sont restés à la maison….. qu’on ne l’oublie pas.

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  1. http://exergue.over-blog.com/2016/09/les-7-propositions-de-donald-trump-que-les-grands-medias-nous-cachent-par-ignacio-ramonet.html
  2. http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/
  3. http://exergue.over-blog.com/2014/10/la-gauche-et-le-peuple-un-livre-de-jacques-julliard-et-jean-claude-michea.html

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commentaires

Jacques Heurtault 13/11/2016 13:12

Moi aussi, je partage la vision de l'auteur de cet article! Sauf que je vais plus loin ...
JE VEUX que le deuxième tour se déroule, si possible, entre Mélenchon et Le Pen. Faut-il le dire plus clairement encore?
Sachant que Le Pen sera présente au deuxième tour, je vote donc Mélenchon au premier tour afin qu'il soit présent, lui aussi, au second tour! C'est LOGIQUE, non?
Le plus élémentaire bon sens doit donc - enfin - s'emparer des "saucisses à listes" : ils ne doivent présenter AUCUN candidat à cette élection afin d'augmenter les chances de Mélenchon d'être présent au second tour! C'est quand même SIMPLE à comprendre, non?
De toutes les façons, aucun candidat "saucisse à listes" n'obtiendra ma voix! J'en fais une affaire de PRINCIPE! Je ne veux pas que ce candidat soit "battu" : je veux qu'il soit ECRASE! Est-ce assez clairement DIT?
Donc, si Mélenchon n'est pas face à Le Pen au second tour, je voterai pour la seule candidate qui me restera : Marine Le Pen!
A bon entendeur salut!

Jean Bernadac 11/11/2016 13:39

je partage à au moins 95 % cette analyse et je suis reconnaissant à l'auteur de me permettre de formuler dans des termes plus cohérents le sentiment un peu confus qui est le mien.

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