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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 19:47

source: https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/141116/apres-trump-avant-le-pen-faites-votre-coming-out-et-soutenez-jlm?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

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Depuis la victoire de Donald Trump, tout le monde a compris: les gauches ont perdu le soutien des masses populaires parce qu'elles ont accepté la mondialisation. Mais il ne suffit pas de tirer la sonnette d'alarme, il faut faire son coming out et soutenir Mélenchon.

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Depuis la victoire de Donald Trump, on ne compte plus les dénonciations de la responsabilité du Parti Démocrate et les analogies avec la situation Européenne et particulièrement avec l'élection présidentielle Française. Tout le monde a compris, beaucoup l'avaient bien dit: les gauches ont, dans le monde entier, perdu le soutien des classes populaires parce qu'elles ont accepté la mondialisation qui n'est pas un phénomène naturel mais la conséquence de la dérégulation des flux de capitaux, de marchandises, et du marché du travail. Tout le monde met en garde: si la gauche ne retrouve pas ses fondamentaux, si elle ne porte pas un projet pour une transformation radicale du monde, elle sera balayée en Europe comme aux Etats-Unis par l'extrême-droite. Et c'est vrai. Pour avoir écrit de semblables mises en garde sur ce blog depuis deux ans, je me réjouis de ces prises de conscience. Mais je suis d’autant plus frustré qu’il y manque en général la conclusion, qui pourtant va de soi : en 2017, votez pour Jean-Luc Mélenchon.

            Non, décidemment, ça ne passe pas. Mes collègues universitaires et mes amis cadres n’y viennent pas. Et pourquoi pas ? C’est là ce qui me désole : je ne sais pas. Leurs arguments contre Mélenchon sont en général si flous, si vagues, que je ne comprends pas qu’ils puissent peser plus lourd que les arguments en sa faveur. Commençons par ceux-ci.

            Quels sont les problèmes auxquels nous faisons face ? Je n’en retiens que sept : inégalités, travailleurs pauvres, services publics, pouvoir de la finance, écologie, malbouffe, institutions. Sept problèmes, sept solutions et ma réponse aux objections que j’entends le plus couramment.  

            1. L’accroissement des inégalités : Mélenchon propose une échelle des salaires de un à vingt dans toutes les entreprises et la taxation à cent pour cent au-delà de 360 000 euros par ans.

            Oui, mais – c’est l’objection classique – les riches partiront. Non, puisque Mélenchon mettrait en place la taxation différentielle, qui existe déjà aux Etats-Unis : un Français résidant à l’étranger devrait payer à l’état français la différence entre ce qu’il paye sur son lieu de résidence et ce qu’il aurait payé en France.

           2. L’augmentation du nombre de travailleurs pauvres : Mélenchon propose le smic à 1700 euros.

           Oui, mais cela ruinera la compétitivité des entreprises françaises. Non, car en réalité 80% de l’économie française ne dépend que du marché intérieur et n’est pas soumise à la concurrence internationale. Vous n’irez pas vous faire couper les cheveux en Pologne ou dîner en Chine.

          Oui mais encore, cela asphyxiera les TPE/PME. Fausse objection car la première cause des difficultés des PME, c’est qu’elles n’ont plus de clients parce que les gens sont pauvres. Or toute augmentation des bas salaires est immédiatement réinjectée dans l’économie par la consommation (alors que l’augmentation des grandes fortunes va, elle, alimenter la bulle financière). L’augmentation du SMIC est la première condition d’une relance de l’économie qui profitera aux TPE/PME.

          3. La déshérence des services publics. Mélenchon propose d’embaucher massivement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la police (en privilégiant une police de proximité).

         Oui, mais ça coûtera trop cher. La France consomme déjà 57% de son PIB en dépense publique, c’est le plus haut pourcentage en Europe (après le Danemark) ! Cette objection-là, si courante, repose sur une incompréhension totale de ce qu’est le PIB. Le PIB mesure toutes les transactions économiques : si vous allez chez un médecin privé et que vous payez la consultation 30 euros, vous contribuez 30 euros au PIB. Mais si vous allez à l’hôpital et que votre consultation est payée par 30 euros que vous avez payés en impôts, vous contribuez également 30 euros au PIB. Que le service soit payé directement par le client ou indirectement par l’impôt, il n’en contribue donc pas moins au PIB. Il ne faut donc pas dire que la France consomme 57% du PIB en dépense publique, mais que le secteur publique génère 57% du PIB. Autrement dit, l’Etat n’est pas le secteur le plus dispendieux de l’économie Française, mais au contraire le plus dynamique : c’est lui qui construit le plus de logements et fournit le plus grand nombre de services. Investir dans l’Etat, c’est comme investir dans une entreprise – ça rapporte ! Et encore une fois, les salaires versés entrant aussitôt dans le circuit économique, ils bénéficient à tout le monde.

        4. La dictature des actionnaires qui prennent le contrôle d’entreprises pour les dépecer en deux ans avant de s’en aller voir ailleurs. Mélenchon propose que le droit de vote des actionnaires soit corrélé à un engagement de durée de l’investissement. Ainsi seuls les actionnaires à long terme auraient droit de cité. Honnêtement, j’aurais préféré une mesure plus dure. Mais voyons le bon côté des choses : quel esprit un peu conscient des dérives de la finance pourrait-il s’opposer à une mesure aussi modérée et néanmoins utile ?

        5. La crise écologique : Mélenchon propose une vaste transition énergétique en développant notamment l’économie de la mer. Le saviez-vous ? La mer est la ressource du XXIe siècle et la France a le deuxième territoire maritime du monde (grâce aux Dom-Tom). De la mer, on peut tirer de l’énergie mais aussi des matériaux biodégradables qui pourraient remplacer le plastique, ou encore des aliments permettant de réduire la consommation de viande, ce qui permettrait en retour de diminuer la dépense d’énergie exorbitante consacrée à l’élevage intensif, et même d’interdire ces formes d’élevage odieuses. L’économie de la mer, ce sont des milliers d’emplois et un horizon d’exploration sans fin pour la recherche scientifique et technologique.

       Oui, mais… je n’ai jamais entendu d’objection à ce volet du programme de Mélenchon, parce que personne ne semble le connaître malgré tous ses efforts pour le promouvoir.

      6. La malbouffe. Mélenchon veut promouvoir la relocalisation des productions agricoles, les circuits courts, et affirme que la France a besoin de 400 000 paysans supplémentaires, qu’elle n’aura que si elle revalorise cette profession aujourd’hui maudite (vous avez tous entendu quelque part qu’un paysan se suicide tous les deux jours).

      Oui, mais… comment fait-on ? Tout tient ensemble : pour permettre aux agriculteurs de vivre, il faut les soustraire à la concurrence des multinationales qui produisent à pas cher des aliments toxiques et donc renoncer au libre-échange. Il faut leur garantir des clients, par exemple en imposant 100% d’alimentation bio dans les cantines et en donnant aux gens les moyens de s’alimenter correctement (mais comme le smic aura augmenté, ce sera plus simple). Il faut que ces paysans puissent financer leur installation à bas coût auprès d’une banque publique et non payer les intérêts exorbitants exigés par le privé.

      7. La crise des institutions. Si les citoyens n’ont plus confiance en la politique, ce n’est pas pour rien. Pantouflage, affaires, corruption (non pas seulement durant mais surtout après leurs mandats), la classe politique est discréditée. Mélenchon propose une refonte des institutions par la convocation d’une Assemblée Constituante. Je résume, parce qu’apparemment ce point laisse bien des gens perplexes. En 2017, après les élections présidentielles et législatives, la France est dotée, comme d’habitude, d’un gouvernement qui gouverne avec un parlement, et met en œuvre le programme ci-dessus. Mais dans le même temps est convoquée une autre assemblée, selon des modalités spécifiques. Par exemple, aucune personne ayant exercé un mandat n’y sera éligible, et toute personne qui y siégera devra s’engager à n’en exercer aucun à l’avenir. Cette assemblée aura pour tâche de rédiger une nouvelle constitution qui sera soumise à l’approbation du peuple par référendum. De tels processus constituants ont déjà eu lieu en de nombreux pays ces dernières années, par exemple en Equateur, en Tunisie ou en Islande. En général, le processus constituant dure entre un et deux ans. Au terme de ce processus, Mélenchon s’est engagé à ce qu’aient lieu de nouvelles élections selon le mode établi par l’Assemblée Constituante.

      Oui, mais… Qui nous dit que la nouvelle constitution sera meilleure que l’ancienne ? Les gens, n’est-ce pas, sont si bêtes ! Ce n’est pas ce que les faits laissent penser : partout où de tels processus ont eu lieu, ils ont donné naissance à des constitutions plus progressistes que celles qui existaient auparavant. Les bêtes sont moins bêtes qu’on le pense, pour peu qu’ils réfléchissent dans une atmosphère de travail plutôt que dans l’ambiance hystérisée de campagnes politiques made in BFM.

      Voilà. Il y aurait encore beaucoup, beaucoup à dire, sur l’Europe, les transports, l’armée, la politique internationale. Mais sur ces seules bases, laissez-moi vous demander, avant d’aller voter : qui dit mieux ? Qui, d’ailleurs, dit quoi que ce soit ? J’écoute et je n’entends rien. Alors il faut tirer la conclusion qui s’impose et voter Mélenchon, et faire savoir qu’on va voter Mélenchon, et convaincre de voter Mélenchon.

      Oui, mais… car il y a bien d’autres "mais" que j’entends de toutes parts. Il est vulgaire ! C’est un dictateur en puissance ! Il insulte les journalistes ! Poutine ! Chavez ! Eh bien, allons-y.

      Chavez ? Il est mort. Et remarquez que bien des gens aujourd’hui atterrés par la situation au Venezuela ont d’abord été, à raison, enthousiasmés par la vague des révolutions populaires en Amérique latine. Il faut savoir ce que c’est que l’Amérique latine, un continent en proie depuis un siècle aux dictatures d’oligarchies de droite soutenues par les USA. Il faut savoir aussi que dans les années 80, Mélenchon aidait des résistants Chiliens à échapper aux geôles de Pinochet. Ne vous pressez donc pas d’avoir une opinion sur une histoire extrêmement complexe et douloureuse. Mais de toute façon, depuis quand votez-vous pour des raisons de politique internationale ? Préférez-vous voter pour des socialistes qui s’empresseront de suivre Donald Trump dans je ne sais quelle nouvelle aventure guerrière ? Pourquoi auriez-vous meilleure conscience à voter pour des amis du Qatar ou de l’Arabie Saoudite ? Les trois quarts d’entre nous ne connaissent rien à la politique internationale. N’en faisons donc pas une raison, sinon après mûre réflexion, et ne parions pas trop vite sur la conclusion à laquelle nous parviendrions.

    Poutine ? Idem. Mélenchon s’est déjà expliqué bien des fois sur la question. Si vous imaginez qu’il aurait des affinités avec Poutine parce qu’il est nostalgique de l’URSS, vous n’avez vraiment rien suivi au film : Mélenchon n’a jamais été Stalinien (à l’âge bête il était Trotskiste, c’est-à-dire anti-Stalinien) et la Russie n’est plus communiste : c’est un capitalisme oligarchique. Non, si Mélenchon ménage Poutine, c’est parce qu’il ne veut pas d’une guerre à nos frontières et qu’il considère que l’attitude des USA y mène. A tort ou à raison ? Je n’en sais rien. La politique internationale m’est, je l’avoue, à peu près incompréhensible. Elle ne décidera pas de mon vote.

     La vulgarité, les journalistes ? Personnellement je ne trouve pas Mélenchon vulgaire et je déteste également les journalistes, enfin ceux qui animent les émissions politiques à la télévision. Mais là n’est pas la question. Que nous importe ? C’est de la communication. Eduqués comme vous l’êtes, vous n’allez pas me dire que votre jugement est fait sur des questions de com ? Et puis rappelez-vous : Donald Trump. En guerre contre les médias pendant toute sa campagne, et vulgaire comme Mélenchon ne l’a jamais été – et il a gagné. Le ton posé de la respectabilité vous rassure peut-être, parce qu’il laisse entendre qu’au fond, il n’y a pas de raison de s’énerver. Tout va bien se passer. Mais il ne parle pas à ceux qui, justement, ont toutes les raisons de s’énerver. Alors mordons-nous les lèvres, tiquons un peu et laissons parler. Peut-être auriez-vous préféré que Mélenchon parle autrement, mais vous voterez sur son programme parce que vous êtes raisonnables et informés.

     Nous voterons sur son programme et nous le ferons savoir. Car le plus gros handicap de Mélenchon aujourd’hui, c’est la diabolisation dont il fait l’objet, au moment même où "Marine" est dédiabolisée. Il y a là un phénomène médiatique hallucinant d’irresponsabilité. Rien n’indique que les médias aient aucune intention de tirer vraiment les leçons de l’élection de Trump en constatant qu’en définitive, le candidat soi-disant extrémiste s’avère aujourd’hui la seule alternative crédible. Il n’y a donc qu’une façon de dédiaboliser Mélenchon : c’est d’assumer sa propre prise de position, au repas du dimanche, en famille et entre amis. C’est à nous d’élargir le périmètre de la radicalité. Il n’est que temps.

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