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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 08:09

L’article ci-dessous, de 2012, permet de comprendre la situation dans laquelle nous sommes rendus : absence de démocratie en Europe, perte de souveraineté nationale, vision strictement économique et libérale. On pourra compléter avec le lien : http://www.comite-valmy.org/spip.php?article351.

Rompre avec les traités, retrouver l’indépendance du pays, (re)faire du peuple le souverain, (re)nouer avec la démocratie pour autant qu’elle ne soit pas confisquée par quelques subterfuges solfériniens, tels sont les objectifs à atteindre.

Exergue

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Source : http://www.voltairenet.org/IMG/pdf/HD_13_2012_web.pdf

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Les relations entre de Gaulle et Monnet: «le duel du siècle»

En toute hâte, encore ce printemps, le Bundestag doit voter le mécanisme européen de stabilité (MES). En plus des milliards d’euros que l’on va extorquer aux contribuables des Etats membres et dont nous sommes informés de temps en temps par nos quotidiens, le MES représente un abandon presque total des droits de souveraineté. En particulier, il empiète largement sur le droit «régalien» de chaque parlement de voter le budget de l’Etat. Le MES reprend aux peuples la plus grande partie de ce qu’il leur reste de souveraineté et les soumet à un Conseil des gouverneurs et à un Directoire aux pouvoirs dictatoriaux. Peuvent être membres de ces organes des représentants du pouvoir exécutif des pays membres, mais aussi des non-Européens. Un contrôle ou un droit de regard par les parlements ne sont pas prévus. Le volume du Fonds peut être augmenté à volonté sans l’aval des parlements nationaux, c’est-à-dire que ces sommes vont être prises dans les budgets des Etats membres. Ceux-ci n’ont aucun droit de véto. Aussi une résiliation de l’«accord» n’est-elle pas possible. L’adhésion est «irrévocable». Le Fonds ne relève pas des droits nationaux. Son Conseil des gouverneurs, son Conseil d’administration et tout son personnel jouissent d’une immunité juridique et sont libérés de tout impôt.1

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Le général de Gaulle avait vu venir ce qu’Eric Roussel écrit avec enthousiasme sur Jean Monnet: «Ce qui compte encore une fois, c’est l’esprit des débuts. A cet égard, le terme de ‹génie› n’est pas déplacé à mon sens. En portant cette première atteinte à la souveraineté absolue des Etats, Monnet a ouvert une brèche capitale. Là est vraiment l’essentiel.»2

Pourquoi la plupart des médias ne nous informent-ils pas du projet de cette «loi de pleins pouvoirs» qu’est le «Mécanisme européen de stabilité»? Pourquoi la plupart de nos politiques n’en parlent-ils pas ouvertement? Pourquoi en minimisent-ils la portée? 3

Au début des années 60, le général de Gaulle, président de la République française, dont les relations avec Monnet ont été qualifiées de «duel du siècle»,4 s’est exprimé maintes fois sur ce que devait être la communauté européenne. Il s’est prononcé sur les conditions nécessaires pour que puissent vivre les peuples des Etats européens sans perdre de leur souveraineté dans une Europe libre et pacifique constituée d’Etats indépendants, démocratiques, liés par l’amitié et le respect mutuel. Cela fait du bien de se rappeler ces propos du général. Sa vision peut nous servir de boussole aujourd’hui, dans une période de politique sans principes, d’une politique européenne «des experts» qui, en l’absence de contrôle par les peuples souverains et sans légitimité démocratique, concoctent dans les coulisses du pouvoir des mesures au profit de leurs «anciens» patrons (Goldman Sachs, par exemple).

Depuis peu, l’actuel Premier ministre italien Mario Monti ne parle déjà plus de «peuples» mais de «populations» d’Europe, terme qui, jusqu’ici, n’était pas utilisé pour désigner le peuple souverain.5

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Une dictature «régionaliste»

Peut-être qu’il nous prépare déjà aux Etats nations morcelés en régions, tels qu’ils sont salués dans «Le Monde» du 17 février 2012 à propos de la Catalogne: «Notre idée de l’Europe du futur, c’est plus d’Europe, moins d’Etats centraux et plus de gouvernements territoriaux. Une Europe plus fédérale avec plus de pouvoir à Bruxelles, moins de pouvoir à Paris, à Madrid ou à Berlin, mais plus de pouvoir à Barcelone ou à Toulouse. Les Etats traditionnels ne seront plus exactement pareils. Ils vont perdre du pouvoir au bénéfice de l’Europe. Si un jour nous avons un Etat, nous n’aurons pas d’armée, ni de politique extérieure propre, ni le contrôle des frontières et des douanes, ni une monnaie, ni une banque centrale. Mais nous aurons les politiques de proximité, les services publics de base, les infrastructures, la sécurité intérieure et la fiscalité […].» C’est ce qu’a déclaré Artur Mas, président du gouvernement régional de Catalogne.6

Ainsi, tous les Etats nations européens seront placés sous tutelle. Le président de la Catalogne nous montre le modèle idéal d’un membre de l’UE. Il renonce d’avance à toutes les libertés, réduit la Catalogne à une entreprise de services pour l’Europe. Un des acquis des Lumières, la citoyenneté du citoyen, n’existe plus.

Souvenons-nous ici du programme américain comme l’a décrit Jean Monnet dans ses «Mémoires»: «La coopération sur un pied d’égalité des Etats-Unis avec l’Europe divisée et morcelée est impossible. Elle est possible seulement parce que la France et l’Allemagne unies ont commencé à créer une vaste entité européenne et la perspective d’une sorte de seconde Amérique.»7

Pour le général de Gaulle, l’alliance entre l’Allemagne et la France était une affaire personnelle. Rappelons-nous le Traité de l’Elysée de 1963 dont le point essentiel était la réconciliation et la libre coopération des deux nations, sans immixtion de tiers. Mais elle fut empêchée par le fameux préambule dont l’auteur était très vraisemblablement Monnet lui-même, comme nous l’apprenons par ses «Mémoires»: «Entre-temps, nous avions établi un texte interprétatif que les stratèges parlementaires traduisirent en forme de préambule qui fut voté à l’unanimité par le Bundestag le 25 avril. On y évoquait ‹le maintien et le renforcement de la cohésion des peuples libres, et en particulier une étroite coopération entre les Etats-Unis et l’Europe, la défense commune dans le cadre de l’OTAN, l’union de l’Europe, y compris la Grande-Bretagne›. Ce préambule et cette unanimité remettaient les choses en l’état, et le traité ainsi compris perdait son caractère d’alliance politique exclusive pour devenir une expression administrative de la réconciliation franco-allemande décidée douze ans plus tôt avec le plan Schuman.»8

L’idée que se faisait le général de Gaulle d’une Europe d’Etats souverains est apparue nettement au plus tard en 1954, depuis l’échec de la Communauté européenne de défense (CED): Le général de Gaulle évoque l’Europe des nations souveraines et se prononce contre l’Europe supranationale. Le fait qu’un peuple se soumette à un vote majoritaire de députés étrangers (d’un «aréopage») lui semble comparable au risque de se soumettre à un «fédérateur» étranger ou à un pouvoir hégémonique qui pourrait contraindre des nations récalcitrantes à accepter des décisions étrangères.9

«Pourtant, il est clair qu’aucun des peuples n’admettrait de confier son destin à un aréopage principalement composé d’étrangers […]. Il est clair enfin que fondre dans une politique multilatérale atlantique la position de l’Europe, ce serait faire en sorte qu’elle-même n’en ait aucune et, dès lors, on ne voit pas pourquoi elle en viendrait à se confédérer.»10

«On a vu donc nombre d’esprits préconiser pour l’Europe, non point une politique indépendante, rattachée dans ce domaine, comme dans celui de la défense et celui de l’économie, à un système atlantique, c’est-à-dire américain, et subordonnée par conséquent à ce que les Etats-Unis appellent leur «leadership». […] C’est pourquoi la France, [a refusé de] laisser l’Europe s’enliser et s’enliser elle-même dans une artificieuse entreprise qui eût dépouillé les Etats, égaré les peuples et empêché l’indépendance de notre continent […].»11

Une intégration européenne supranationale conduirait à une dissolution des nations («comme le sucre dans le café») et à une uniformisation des peuples européens: «La France savait aussi bien que quiconque, en tout cas beaucoup mieux que ceux qui ne sont pas européens, qu’il ne peut y avoir d’Europe qu’en vertu de ses nations, que, de par la nature et l’Histoire, notre continent est tel que la fusion n’y est que confusion, à moins qu’elle ne soit l’oppression, qu’on n’est pas un européen si l’on est un apatride, que, par exemple, Chateaubriand, Goethe, Byron, Tolstoï – pour ne parler que des romantiques – n’auraient rien valu du tout en volapük ou en espéranto, mais qu’ils sont toujours de grands écrivains de l’Europe parce que chacun d’eux s’inspira du génie de son pays.»12

«Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. […] Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement.»13

De Gaulle s’oppose donc explicitement au caractère supranational des institutions européennes et se prononce pour un organe politique de type intergouvernemental, constitué de membres des gouvernements nationaux et respectant la souveraineté des nations européennes.14

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Il faut organiser des référendums

Charles de Gaulle voulait construire «l’Europe des peuples et des Etats» conforme à la double exigence de réalisme et de démocratie.

Le postulat démocratique, tout d’abord, signifie pour Charles de Gaulle baser la construction européenne sur l’acceptation des peuples, au-delà de la seule volonté des dirigeants politiques. Il préconise donc l’organisation de référendums:14a

«Cette Europe prendra naissance si ses peuples, dans leur profondeur, décident d’y adhérer. Il ne suffira pas que des parlements votent une ratification. Il faudra des référendums populaires.»15

«Quels sont les piliers sur lesquels on peut bâtir l’Europe? En vérité, ce sont des Etats qui sont, certes, très différents les uns des autres, qui ont chacun son âme à soi, son histoire à soi, sa langue à soi, ses malheurs, ses gloires, ses ambitions à soi, mais des Etats qui sont les seules entités qui aient le droit d’ordonner et l’autorité pour agir. Se figurer qu’on peut bâtir quelque chose qui soit efficace pour l’action et qui soit approuvé par les peuples en dehors et au-dessus des Etats, c’est une chimère.»16

Le lecteur se sera rendu compte que chaque phrase de ces propos exprime le respect de la volonté du peuple et de l’Etat démocratique et que l’éventualité d’une soumission à un quelconque «leadership» est considérée comme un abandon de son identité.

Dans le «duel du siècle», il s’agissait bien de cela: pour de Gaulle, du respect de la volonté du peuple et donc du respect de la souveraineté et pour Monnet d’abandon de la souveraineté et du règne des «experts» au mépris de la volonté du peuple et de ses amis américains.

Le MES, avec son Directoire et son Conseil de gouverneurs échappant à tout contrôle et leur pleins pouvoirs de facto pour intervenir dans les budgets des Etats «partenaires» quand cela leur paraît nécessaire, ne correspond nullement à la souveraineté si chère à de Gaulle. Le MES nous mène directement dans «l’oppression» prévue par de Gaulle, à l’asservissement par une puissance étrangère. Pour de Gaulle, le rapport entre l’abandon de la souveraineté et la soumission à l’hégémonie d’une puissance étrangère était évident. Une nation qui perd sa souveraineté ne peut plus prendre de décisions indépendantes, ni en politique intérieure ni en politique extérieure. Et si on intégrait plusieurs de ces peuples «décapités» comme des «marrons dans une purée de marrons»? Cela ne mènerait pas à des décisions indépendantes mais ce serait un tiers qui en tirerait profit en s’imposant.

De Gaulle envisageait le rôle que pourrait jouer une Europe des nations indépendante au milieu des tensions de la guerre froide: celui d’une force médiatrice entre les blocs au service de la paix. Le monde d’aujourd’hui aurait bien besoin d’une telle force.

Ne faudrait-il pas imaginer une solution? Même si les tenants de l’idéologie de Monnet essaient de nous faire croire qu’une Europe supranationale est la seule alternative à la guerre?

L’AELE, cette organisation dont les USA ne voulaient pas, serait une telle alternative: «[…] une association, une petite zone de libre- échange dans laquelle collaborent des nations souveraines jouissant des mêmes droits.»17

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• 1 www.krivor.de/bilder/esm-vertragsentwurf.pdf

2 Gérard Bossuat et Andreas Wilkens, Jean Monnet, L’Europe et les chemins de la paix: actes du colloque de Paris du 29 au

31 mai 1997, p. 490 3 Schäuble lors de l’European Banking Congress, 2011

4 Eric Branca, de Gaulle – Monnet: le duel du siècle. www.observatoiredeleurope.com/De-Gaulle-Monnet-le-duel-du-siecle_a1434.html

5 Mario Monti, Fremde Federn, FAZ, 15/2/12

6 Le Monde, «La Catalogne pourrait parfaitement être un Etat dans l’Union européenne.» 17/2/12, p. 6

7 Jean Monnet, Mémoires, Paris, Fayard, 1976, p. 547

8 ibid., p. 551

9 Conférence de presse du 15 mai 1962. Toutes les citations suivantes sont tirées de Laurent de Boissieu, Une certaine idée de l’Europe, www.gaullisme.net/europe-gaulliste.html

10 Conférence de presse du 31 janvier 1964, cf. note 9

11 Conférence de presse du 23 juillet 1964, cf. note 9

12 Conférence de presse du 12 novembre 1953, cf. note 9

13 De Gaulle, Mémoires d’Espoir, p. 181, cité d’après Laurent de Boissieu, Une certaine idée de l’Europe, www.gaullisme.net/europe-gaulliste.html

14 Conférence de presse du 15 mai 1962, cf. note 9

14aLaurent de Boissieu, ibid. p. 2

15 Conférence de presse du 14 novembre 1949, cf. note 9

16 Conférence de presse du 5 septembre 1960, cf. note 9. (Toutes les conférences de presse du général de Gaulle sont accessibles sur Internet à la date indiquée)

17 Werner Wüthrich, «Il faut à nouveau faire jouer l’orchestre européen». Horizons et débats no 3 du 23/1/12, p. 2

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