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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 11:12

Il est 2 manières de regarder les difficultés, du point de vue de l’expert, de celui du pauvre (l’œil du pauvre).

La vie politique, la vie tout court, n’est pas un devoir sur table avec paragraphes bien ordonnés, logique qui satisfait le goût de la pensée esthétique et néglige le vécu des gens ordinaires.

A l’occasion du TCE, Habermas, du haut de sa gravité et de son aura, avait appelé à ratifier le traité, je m’étais dit : ‘Tout philosophe qu’il est : Quel con !’ ; celui-ci voté (on sait dans quelles conditions), il avait regretté cette prise de position, on va dire : pour le moins ingénue. Mais le mal était fait et notre philosophe de poursuivre son œuvre, éloquente à plus d’un, en toute impunité.

Les experts, en tous cas ceux qui entendent œuvrer pour le bien de tous, feraient bien, de temps à autre, de descendre de l’Olympe et d’aller voir ce qu’il y a dans les assiettes, voir comment on boucle les fins de mois, quand on les boucle. L’avantage ? Réfléchir les pieds dans la merde.

Juppé ? Monsieur droit dans ses bottes, qui entend gouverner par ordonnances, allons donc ! Comme si nous étions amnésiques. Mauvais sang ne saurait changer !

Exergue

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http://www.liberation.fr/debats/2016/10/24/a-piketty-et-a-tous-ceux-tentes-par-un-vote-juppe_1524011

L’économiste (Piketty) envisage de voter Juppé au second tour des primaires de la droite et du centre, mais a-t-il vraiment lu son programme ? Pour Liêm Hoang-Ngoc, une alternative à gauche est encore possible.

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A Piketty et à tous ceux tentés par un vote Juppé

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Cher Thomas,

Comme toi, je suis atterré par le quinquennat qui s’achève. Celui-ci fut tout d’abord marqué par le renoncement aux grandes réformes que nous attendions, après trois décennies de montée des inégalités décrite dans tes travaux. La réforme bancaire fut un simulacre de séparation entre les activités de détail et d’affaires. La réforme fiscale fut d’emblée enterrée. Ce quinquennat fut celui du virage vers la troisième voie, tant réclamé par les éditorialistes de la pensée unique. Le CICE et la loi travail en sont les emblèmes indélébiles.

Tu as prôné une primaire de la gauche afin de soumettre ce bilan au jugement des électeurs partageant nos valeurs. Tu espérais que le chef de l’exécutif soit sanctionné et qu’un candidat partageant nos options soit désigné. Le chef de l’Etat est désormais contesté dans son propre clan. Manuel Valls ou Arnaud Montebourg seront-ils désignés pour le remplacer ? Peu importe. Tu te rends compte que le candidat PS n’a aucune chance de monter sur le podium car les Français ne font plus vraiment la différence entre un frondeur et un social-libéral. Tu as donc annoncé que tu irais voter à la primaire de la droite pour éviter une nouvelle candidature Nicolas Sarkozy, autrement dit pour désigner Alain Juppé. Mais Thomas, as-tu vraiment lu le programme économique de Juppé ?

Ton cheval de bataille est de défendre, aux côtés d’un impôt progressif sur le revenu, le maintien d’un impôt sur le patrimoine sans lequel il est vain de lutter contre l’accumulation de la rente. Or Juppé propose de supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune ! Tu sais que la TVA est l’impôt le plus injuste. Or Juppé propose de l’augmenter. Tu dénonces la montée des inégalités, du chômage et de la pauvreté et tu défends les politiques de redistribution. Or Juppé propose de rendre dégressives les allocations chômage, pour mieux culpabiliser les chômeurs de préférer l’oisiveté. Tu as critiqué la loi travail dont l’un des objectifs est de permettre aux entreprises de réduire le surcoût des heures de travail supplémentaires entre 35 et 39 heures. Or Juppé propose de revenir à une durée légale de 39 heures. La durée effective du travail en France est supérieure à 40 heures. Le retour aux 39 heures aura pour effet de déplacer le seuil de déclenchement des heures supplémentaires et de transformer quatre heures supplémentaires en heures «normales». Ce qui revient à organiser la baisse des salaires !

Tu pourfends, avec nos amis de Podemos, l’austérité budgétaire imposée par les institutions européennes. Or Juppé propose de réduire de 100 milliards la dépense publique. Cette politique provoquera une dégradation des services publics, des coupes dans les dépenses sociales, de nouvelles baisses de dotations aux collectivités territoriales, un arrêt des investissements publics et une nouvelle hausse des impôts locaux. Enfin, les entreprises se séparent de leurs salariés à 59 ans en moyenne et le recul de l’âge de la retraite est l’alibi de la baisse des pensions (un nombre croissant de retraites étant liquidées à taux réduit). Même si le taux d’emploi des seniors s’est accru, il s’accompagne d’un fort chômage des jeunes. Or Juppé veut encore reculer l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Pour toi qui combats en faveur du progrès social, l’alternative ne peut être Juppé, dont l’élection creusera le lit du FN.

Si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon arriverait en troisième position, devant le candidat du PS. Son insoumission aux vieux appareils est susceptible de mobiliser, sous des formes originales et inédites, de nouvelles générations de citoyens, militants, intellectuels et lanceurs d’alertes. La droite sortira divisée de sa primaire. Des candidats situés plus au «centre» l’affaibliront. Elle ne réalisera pas le score qui lui est prédit, a fortiori lorsque les Français découvriront la violence sociale du programme de leur impétrant. Une alternative progressiste se dessine, il nous appartient de la faire vivre, ensemble, avec toi. Nous pouvons être au second tour de l’élection présidentielle.

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