Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 16:44

Sans commentaire

Exergue

*

Source : http://www.ladepeche.fr/article/2016/08/28/2407822-magyd-cherfi-patriote-gaulois-et-defenseur-de-la-republique.html

*

Propos recueillis par Sébastien Dubos Publié le 28/08/2016

*

Magyd Cherfi: patriote, gaulois et défenseur de la République

*

«Ma part de Gaulois», son dernier livre, lève le voile sur l'année où il a passé le bac. Une année qui fut le temps des insultes pour celui qui préfère lire que d'aller jouer au foot, mais une année fondatrice pour celui qui allait devenir chanteur de Zebda. Rencontre avec Magyd Cherfi.

*

Magyd, c'est une voix, un style d'écriture. Des textes percutants pour Zebda, un long cri d'amour à la République dans une lettre ouverte, «Carnage», écrite avec son sang et ses tripes après les attentats du Bataclan. Magyd, c'est aussi un formidable attachement aux valeurs de ce pays par celui qui revendique tête haute, clame et déclame, «oui, je suis patriote, Français, Gaulois, défenseur de la République… il faut le dire, l'écrire».

*

Quel a été le déclic pour écrire le livre ?

En fait, depuis que j'écris, l'idée est de raconter une espèce de saga de l'immigration. A 20 ans, je pensais que j'étais Flaubert mais finalement j'étais Magyd et j'ai écrit des chansons, à défaut de roman. Dans la plupart des chansons de Zebda, c'est une histoire de l'immigration qui est racontée. Et puis quand j'ai penché dans le versant plus littéraire, c'est mon obsession que de dire «voilà ce qui n'est pas raconté dans le fameux récit français». Je vais, moi, leur dire ce qu'on était.

C'est un an de votre vie, ça a été difficile de raconter ?

Oui, depuis le début, parce que raconter une histoire de gens qui sont dans l'échec, c'est difficile. C'est une histoire de malheur. Et la dévoiler comme ça… Certains de mes proches disaient «tu ne vas pas raconter ça aux Français». Et on était nous-mêmes Français.

L'arrivée de la gauche en 81 marque un rendez-vous manqué avec la génération beur...

C'était une idée phare, de raconter l'arrivée de la gauche au pouvoir, en même temps que la conscience beur qui s'éveille. On avait intégré la gauche, on nous disait que c'était avec la gauche que les beurs auraient une place en France : la fraternité, la République, la liberté de ton et d'expression… Mais nos parents se disaient dans le même temps : avec Mitterrand, on va repartir. La marche des beurs se met en place deux ans plus tard, on va réclamer l'égalité des droits… Et on obtient une carte de résident. Quand t'es arabe, t'es pas l'égal d'un blanc ! Une carte de résident, c'est l'autorisation de rester un peu plus longtemps …

Et 30 ans après, que reste-t-il ?

Le rendez-vous manqué est né là, et depuis le précipice n'a fait que s'écarter. On arrive à l'affrontement qu'il y a aujourd'hui et qu'on peut résumer : «puisque vous ne voulez pas qu'on soit musulman, on va l'être, même si on ne l'est pas».

Le discours de la transmission passe ?

Non, ça ne passe pas. Je l'ai vécu dans Zebda. Longtemps, on a couru derrière la jeunesse immigrée en disant, on sera les porte-parole citoyens. Et on a eu un public strictement blanc. On n'a jamais eu un public beur parce qu'on était dans le discours de l'ennemi, «sois citoyen», «va voter». Nous, comme d'autres, militants, intellos ou universitaires, dans un discours de générosité, on a basculé dans l'incantatoire…

Qu'est ce qu'il faudrait faire ?

Inventer des symboles, des signaux dans lesquels ils peuvent se refléter. Tout le temps La Marseillaise, le drapeau bleu blanc rouge, la France de Vercingétorix à Louis XVIII…Où est-ce qu'on existe dans la nation Française ? Il n'y a pas de symbole où se refléter. Veut-on une société qui reste blanche ou est-ce qu'on assume l'aspect cosmopolite ? Ne pas avoir donné le droit de vote des immigrés a été une erreur fondamentale, pour l'idée de dire «vous appartenez à la nation». Même en étant Algérien, tu vas pouvoir voter parce qu'en réalité, et c'est objectivement vrai, tu es Français. Au bout de soixante ans, nos parents ont vécu moins de 18 ans en Algérie… Donner le droit de vote, c'est exiger qu'ils soient Français, et là, tu crées un ciment.

Quelle est votre part de Gaulois ?

C'est très simple, j'ai tellement été Français et devant si peu d'empathie envers les miens j'ai passé mon temps à être moins Français. Je suis devenu Français parce que j'ai passé la moitié de ma vie entre les mains d'une sœur, d'un curé, d'une épicière, d'un éducateur, d'un prof de maths. Ma mère m'a balancé de l'un à l'autre… j'ai eu deux récits. Un récit obscur, mes origines, l'Islam : «c'est quoi papa ? On vient d'où, on est quoi ?»…Et un récit français, qui me disait : «tu appartiens à ce récit, tu es français, tu es chez toi». À la fois par le versant catho-judéo-chrétien des curés qui me disaient «tu es chez toi», et avec tous les éléments gauchistes qui disaient, «on croit à l'être universel»…je le suis devenu par la force de leur amour et de leurs convictions.

Avez-vous douté dans votre engagement ?

Je ne sais même pas s'il faut dire oui ou non parce que je n'ai jamais trouvé d'autre issue que le récit français. La liberté, l'égalité, je les ai vécues à l'école républicaine laïque obligatoire. J'ai vécu le traitement d'égal à égal avec des blancs. Et en même temps, il y avait 15 de mes copains, au fond de la classe, perdus. La liberté, l'égalité, la fraternité, c'est quelque chose qui bout en moi, ce ne sont pas des concepts théoriques. La France est réellement capable de le mettre sur la table. Et pas les autres pays. L'espace musulman ne le propose pas. Je vais régulièrement au Maghreb et je vois littéralement le jour et la nuit, pas un décalage, non : le jour et la nuit ! Je ne doute pas, mais j'ai sous-estimé le temps. Il ne fallait pas 3 ans mais bien plus de trente. Il y a eu quelques avancées, mais mineures. Il faudra beaucoup de temps, mais il ne faudra pas attendre la vertu républicaine mais le combat politique pour obtenir des millimètres.

*

« Ma part de Gaulois », 272 pages, 19,80 € aux Editions Actes Sud. Magyd Cherfi est à suivre sur twitter, facebook, instagram et sur son site internet magydcherfi.com. Rencontre à Toulouse le jeudi 8 septembre à 18 heures à la médiathèque Cabanis.

**

**

Carnage lu par Magyd Cherfi : https://www.youtube.com/watch?v=dDAd7LECOxU

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche