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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 08:43

La crise agricole n’est pas terminée, par Laurence Pache

Quand on dit les paysans, on n’a rien dit.

Le paysan est un terme générique qui mêle le gros et le petit, qui confond celui qui fait travailler les autres avec celui qui se fait travailler, celui qui conduit une agriculture industrielle et celui qui cultive son lopin de terre.

Syndicalement le public distingue les entreprises du Medef de celles des PME, des artisans ; il est là question de taille et d’intérêts différents facilement perçus. Il n’en est pas également pour le secteur agricole, un agriculteur semblant valoir un autre agriculteur du bord de l’autoroute estivale. Il faut dire que nombreux sont les agriculteurs eux-mêmes à ne pas établir ces différences qui devraient les conduire à adhérer à un syndicat plus proche de leur intérêt particulier.

Les paysans, les petits, dans une grande proportion, adhèrent à la FNSEA et à sa pépinière les JA, c'est dire qu’ils imaginent être pouvoir être défendus par un PDG de l’agriculture industrielle à la SUA (surface utile agricole) 10, 20, 30 fois ou davantage plus grande que la leur, l’un à son bureau venant faire un tour au champ avec son 4x4 tandis que l’autre se fait péter les hémorroïdes sur le siège du tracteur ou entretient ses cals avec la bêche. Et tandis que l’un est invité à un sommet du G 6, 7, 8, fréquente la bourse de Chicago où il spécule sur les cours des céréales, l’autre parfois se suicide acculé par les dettes. Mais il n’empêche, le petit paysan fricote avec le gros, légèrement envieux d’ailleurs… peut-être qu’un jour, qui sait !

On trouvera toujours, comme cela a été le cas à DPDA, une madame Imart (pas Irma) pour bien parler, abuser le public, gommer qu’il n’y a pas de gros et de petits, une sorte de madame Gattaz qui fait croire qu’elle est représentative de toute l’agriculture française comme le président du Medef et du CAC 40 voudrait faire croire qu’il est le représentant de tout le tissu industriel du pays.

Madame Imart, après avoir été directrice financière chez Bolloré, succède à papa et maman à qui elle achète les 150 hectares (une paille! mais une grosse- voir note) comme Dassault succède à Dassault, Lagardère à Lagardère, Gattaz à Gattaz, prend la tête des JA du Tarn. Ses classes faites au JA, lorsqu’elle aura 35 ans, comme ses prédécesseurs Debatisse et Guillaume, elle passera à la présidence de la FNSEA avant de devenir ministre de l’agriculture industrielle dans un gouvernement de droite si on n’a pas foutu cette dernière en l’air avec les partageux du pain et du travail de la France insoumise.

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Note : http://www.leparticulier.fr/jcms/p1_1557267/midi-pyrenees-prix-des-terres-agricoles-bareme-indicatif

Coût moyen du foncier pour 150 hectares 5000 X 150 = 750000 euros

Il faut ajouter le coût du matos qui n’est pas donné et le coût de fonctionnement de l’exploitation qui n’est pas donné non plus.

A moins de 35 ans, c’est une belle réussite. Comme dirait Macron : « Si tu veux un costard, il te faut travailler ». Et si tu es petit, c'est que tu n'as rien foutu. Fainéanat, va!

Exergue

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Source : http://www.laurencepache.fr/index.php?post/2016/05/23/La-crise-agricole-n-est-pas-termi

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Lors de l'émission "Des paroles et des actes" Jean-Luc Mélenchon a été confronté à un panel étrange de "Français ordinaires". Un boulanger fournisseur de l'Elysée et une agricultrice vice-présidente des Jeunes Agriculteurs du Tarn qui fait mine de n'être pas liée à la FNSEA contre toute évidence. Defenseure du barrage de Sivens, elle se fait la porte parole d'un modèle productiviste d'agriculture dont chacun voit les impasses pour la santé, l'environnement, et même économiques.

Au delà de l'autosatisfaction de Mme Imart, chacun peut constater que le réel dont elle se revendique est bien plus contrasté que le tableau qu'elle en donne.

Ce modèle c'est celui d'une qualité des sols qui se dégrade, d'une augmentation de l'usage de pesticides dangereux pour la santé et les écosystèmes, d'une biodiversité en grand danger. Les données sont là, disponibles pour qui veut voir le réel en face. Le réel c'est qu'on ne peut continuer à considérer la biosphère comme un ensemble de ressources à notre disposition, comme quelque chose d'extérieur à nous dont on peut user à notre guise, mais bien plutôt comme Marx le pressentait, comme notre corps non organique, ou notre milieu, qui rend notre vie possible. Cela implique un changement de vision, et tout changement de vision est difficile parce qu'il implique aussi de modifier nos représentations, nos désirs, les symboles auxquels nous sommes attachés, tout autant que les structures économiques dans lesquelles nous évoluons. Pour autant, il faut ouvrir les yeux.

Si Mme Imart éprouve quelques difficultés à envisager les dégâts écologiques du modèle agricole qu'elle prône, elle doit pouvoir considérer ses dégâts sociaux. Car les crises agricoles qui se succèdent montrent si besoin en est que le modèle agricole dont elle se revendique est une impasse pour les paysans qui y sont. Les crises agricoles succèdent aux crises agricoles, chacun sort ses mouchoirs, les paysans déversent du fumier devant les préfectures, les ministres froncent les sourcils, moulinent des bras et le président de la FNSEA verse des larmes de crocodile. Une figure médiatique à laquelle nous sommes habitués, un véritable marronnier. Et pourtant ces crises se succédant n'amènent à aucune prise en considération réelle de la nécessité de basculer vers un autre système de production.

La récente crise de l'élevage est à ce titre éclairante. Les projecteurs se sont portés sur la colère paysanne, puis éloignés. Rien n'est pour autant réglé. Cette colère est simple : ce que veulent les paysans ce n'est pas plus d'aides, mais vivre de leur travail.

Les revenus ne permettant souvent pas de faire vivre la famille, l'endettement, mais aussi les cancers, les accidents du travail et les suicides tragiquement courants dans la profession, tel est le paysage dévasté laissé par 50 ans de productivisme en matière agricole, le modèle défendu par Mme Imart.

Cette situation est dramatiquement grave. On assiste en réalité à la transition à marche forcée du modèle agricole qui signifie la fin des petites exploitations, la perte de milliers d'emplois et la ruine de milliers de paysans.

C’est le résultat d'un aveuglement productiviste qui amène à pousser les agriculteurs à produire plus, toujours moins cher, et pour cela à s’endetter toujours davantage, une vraie rente de situation pour les banques ! La situation est particulièrement criante dans l'élevage, comme on l'a vu récemment : après la crise du porc, produit en grande quantité et à bas coût à grand renfort de protéines importées, on a vu la crise du lait miner nos campagnes.

On pouvait pourtant le prévoir : la fin des quotas laitiers, et donc de la maîtrise de la production ne pouvait mener qu'à une instabilité des prix. C'est ce qui s'est produit : la production européenne s'est envolée, sans trouver son débouché sur un marché asiatique en repli, crise aggravée par l'embargo russe sur les denrées alimentaires.

Ce sont les paysans qui payent actuellement le prix de ces choix hasardeux. C'est qu'encore une fois le culte rendu au fétiche de la concurrence libre et non faussée exige ses sacrifices humains. Cette fameuse loi du marché à laquelle les technocrates de Bruxelles ne veulent à aucun prix renoncer, c'est paraît-il l'outil de la régulation. Mais ce que ces fanatiques illuminés du marché appellent régulation nous l'appelons destruction. Mr Le Foll et Valls font semblant de se fâcher à Bruxelles mais ces rodomontades cachent peu le fait brut de la gestion européenne qu'ils acceptent : cette crise est une opportunité à saisir pour ceux qui veulent obliger le tissu agricole à se « réformer » à marche forcée pour être plus « compétitif », lire "supprimer des exploitations agricoles pour produire à coût toujours plus bas".

Car le fond de la question est là : il s'agit de continuer la baisse tendancielle des prix des matières premières agricoles. Derrière cette injonction à la modernité se cache le fait brut de l'exploitation. Car cette absence de contrôle des prix, de régulation de la production est une opportunité énorme pour l'industrie. C'est dans les poches des firmes, que ce soit la grande distribution ou l'industrie agroalimentaire, que la valeur ajoutée vient se cumuler. Comme par hasard, ce sont également eux qui ont l'entregent nécessaire pour pousser les réglementations dans le sens qui les intéresse à Bruxelles via des lobbies qui ont pignon sur rue à l'image de « EuroCommerce » qui représente les intérêts de Carrefour, Auchan, et MacDonalds auprès de la commission européenne, ou European Food Information Council (Coca Cola, Danone, Kraft Foods, Mars, Nestlé..). C'est donc une captation organisée du fruit du travail des paysans, la même que subissent les travailleurs de l'industrie.

Mais ils n'en ont jamais assez, alors dans le secret, sans que le débat démocratique puisse avoir lieu, ils préparent encore pire : l'ouverture totale des marchés aux productions des Etats-Unis via le traité de libre échange TAFTA.

Les conséquence sont terribles pour tous : destruction économique de milliers d'emplois à l'époque où le chômage justifierait pleinement qu'on donne un cadre permettant de créer des emplois agricoles rémunérateurs, destruction environnementale d'une agro industrie hors sol, destruction sociale finalement. Ceci nous concerne tous, car l'enjeu agricole est à la croisée de toutes les questions concrètes que nous avons à résoudre. Question de santé publique, de souveraineté alimentaire, de qualité de l'alimentation, de préservation du seul écosystème compatible avec la vie humaine, de préservation de territoires accueillants, et même de beauté dans un monde qui ne jure que par le profit.

Face à cela que fait le gouvernement ? Il agite les bras, il brasse, il propose force cautère à appliquer sur des jambes de bois. Ses plans d'aide exceptionnelle sont du vent.

Au mois de mars, on a failli y croire. Mr Le Foll avait obtenu une victoire totale à Bruxelles, il avait gagné le retour de la régulation par l'activation de l'article 222 du règlement sur l’organisation commune de marché permettant aux associations professionnelles de s’accorder pour limiter volontairement leur production (pour 6 mois renouvelable 1 fois). Tout cela pour faire face à la situation désastreuse générée par la suppression des quotas laitiers. La mesure pourrait être aussi activée pour le porc. Pour autant on peine à y croire. Est ce qu'une organisation professionnelle peut peser sur le marché à elle toute seule? On peut peut être espérer une légère remontée des cours à court terme (et encore.. la commission elle même juge que ce ne sera même pas possible pour le porc), mais dans un marché ouvert, où la concurrence est libre et globalement non faussée, les parts de marché seront pris par d'autres. Le dogme de la concurrence n'est pas du tout remis en question par cette mesure qui n'est qu'une dérogation à la marge.

Un gouvernement d’intérêt général s’attaquerait à la racine du problème, c'est à dire la dérégulation et la libéralisation généralisée des échanges en matière agricole. Il prendrait la mesure de ce qu'est devenue l'Europe : un espace de la guerre économique de tous contre tous à mille lieues des fadaises habituelles sur « l'Europe qui protège ». Au lieu d'aider à la mise en place de circuits courts, il s'entend avec le syndicat majoritaire FNSEA pour continuer à pousser les paysans à courir vers l'abîme au profit du petit nombre qui arrivera à survivre et en ne concevant les produits de qualité que comme des productions de niches pour ceux qui ont les moyens de se les offrir. Leur seule solution est de continuer à favoriser la « compétitivité » des exploitations afin de trouver sa place sur les marchés mondiaux, à rebours de tout bon sens économique écologique et social, incapables de voir que les plus touchés par la crise sont également ceux qui sont le plus engagés dans le système productiviste ( investissements lourds, dépendance fourragère, produits de bas de gamme).

A rebours de cet accompagnement servile des délires technocrates de Bruxelles, il est urgent de stopper cette spirale de la destruction : il faut mettre en place des prix minimum, l'encadrement des marges de la grande distribution et de l'industrie agroalimentaire, lutter contre le dumping par la mise en place de mesures de protection des marchés, les nôtres mais aussi ceux des pays du sud étranglés par l'export occidental de produits qui cassent les marchés intérieurs. En somme il faut de la protection et de la coopération avec pour objectif la souveraineté alimentaire, le bien vivre, la protection des écosystèmes. Bref un protectionnisme solidaire qui rompt donc avec la logique des traités européens et internationaux actuels

Merci à Martine Billard pour sa contribution à ce billet

Pour contribuer au programme agricole de la France Insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, c'est ici

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