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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 08:13

Puisqu’il en est question dans le débat, arrêtons-nous rapidement sur la planification souvent évoquée pour disqualifier celui qui en fait état, référence faite pour cela à la planification soviétique tandis qu’est oublié qu’on doit à cet outil le redressement de la France dès l’après-guerre.

Mais d’abord. Planifier c’est pourtant ce que nous faisons quasiment tous. Certains ont un plan de carrière, ainsi prévoient-ils méthodiquement les étapes par lesquelles ils vont passer pour partant d’ici arriver là et se dotent-ils des moyens d’y parvenir. D’autres décident d’avoir des enfants à tel âge plutôt que de laisser le plaisir s’occuper de l’affaire. Quant au plan d’épargne logement il formule le projet d’accéder à la propriété et prépare la réalisation de ce dernier.

Une entreprise, petite ou grande, si elle n’est pas pressurée par des actionnaires, planifie son développement, ne le ferait-elle pas, se laisserait-elle aller au désordre de l’humeur de ceux qui la dirigent, qu’elle n’aurait guère de chance de réussir.

Pareillement, on imagine mal un chef de guerre partir à la bataille sans avoir recensé et formé ses troupes, s’être préalablement occupé de la manière dont il va les conduire, sans avoir cette prévenance de penser au ravitaillement en armes et nourriture, sans avoir pris soin de s’adjoindre un service médical,... Comme nul ne pense que le débarquement de Normandie ait pu se faire s’il n’avait pas été préparé de longue date puis, ayant abouti, si n’avait pas été planifiée la suite des évènements.

Il en va même jusqu’aux truands, qui entendent réussir leur coup d’agir avec méthode et préparation plutôt qu’à l’aveugle.

Il n’y a pas si longtemps, les gouvernements français travaillaient au développement du pays en mettant en œuvre ce qu’on appelait la planification à la française - ce qui montre qu’on la distinguait de la planification rigide des soviets comme de celle du ‘New-deal’ des Etats-Unis ; il y eut à cet effet un ‘Commissariat général au plan’, ceci jusqu’en 2005. On se retrouvait dans une économie semi-administrée.

Absurde la planification ? C’est vite dit.

Ce qu’on n’aime pas dans la planification, ce n’est pas la planification, c’est l’Etat. Il faut donc répondre à cette question : qui n’aime pas l’Etat ?

Les libéraux, néolibéraux, capitalistes, ou toute autre appellation qui plaira. Pourquoi ? Parce qu’ils détestent ce qui empêche de laisser tourner en rond l’intérêt privé partout où il peut s’exercer y compris lorsque cela se fait au détriment de l’intérêt général. Pour eux, l’Etat ne doit pas s’occuper de politique économique, sociale, fixer des caps, des objectifs à atteindre, …, il doit rester cantonné aux fonctions régaliennes : armée, police, justice,…enfin justice, pas tout à fait, car le GMT avec le type de tribunal qu’il propose, compte déroger à la justice commune comme les tribunaux d’exception militaires y dérogeaient jusqu’en 1981.

Est-il raisonnable de penser qu’un pays change de politique énergétique du fait des entreprises, celles-ci vertueuses jusqu’à se demander ce qui est bon pour leur pays et oublier leur profit ? Qu’on puisse passer sans transition planifiée à l’utilisation d’une énergie propre qui suppose le développement de technologies nouvelles tout autant que des échéances ?

M. Rocard avait observé, jadis, que si on laissait aux entreprises du bâtiment le soin de gérer la construction il n’y aurait pas de logements sociaux car ce ne sont pas eux qui génèrent le maximum de profits mais bien les maisons individuelles, en conséquence de quoi, dans le cadre du plan d’alors, l’Etat se fit interventionnisme et imposa des règles pour faire obligation de construire afin de répondre aux besoins des populations peu argentées.

Pareillement, les entreprises n’ont pas le souci de l’indépendance de la France et elles n’auraient pas alors entrepris le développement de centrales nucléaires (même si aujourd’hui celles-ci sont contestées), pas plus qu’elles n’auraient investi dans le projet Airbus ou dans Ariane-Espace. C’est que ces projets couteux s’inscrivent dans le temps long, qui n’est pas celui de la rentabilité immédiate, et qu’il a fallu pour cela mobiliser des savoirs, des énergies et de l’argent, toutes choses planifiées.

On pourrait multiplier ainsi les exemples montrant qu’un pays a besoin de penser sa politique et de s’organiser (c’est le rôle du plan dans sa conception et dans sa mise en œuvre) dans le long terme, sur des objectifs (des intérêts) qui lui sont propres et qui ressortent de ce qu’on désigne intérêt public et intérêt national, intérêts qui ne sont pas ceux des entreprises.

Un carcan, le plan (la planification) ? Non ! Une exigence. Il contraint à poursuivre une politique réfléchie, le projet qu’on s’est donné dans l’intérêt commun.

Quel est là, à l’instant, le projet (le plan, la planification) de la France ?Il n’y en a aucun.

Le Commissariat au plan a été abandonné en 2005. La planification battait de l’aile depuis que le libéralisme avait envahit les esprits et se faisait plus pressant au point de dicter sa loi. Depuis la politique des Etats, celle de l’Etat français, se fait au jour le jour. Pas de cap pensé et fixé, pas d’outil stratégique (le plan) pour aider au mouvement, le pays dès lors est comme un bateau démâté et sans gouvernail. Tout ceci au nom de la liberté, la liberté des loups dans la bergerie.

De Gaulle disait que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille, c’est désormais chose ancienne, cependant que rien n’oblige à ce qu’une telle situation perdure, le plan étant ce qui permet au politique de reprendre la main.

Exergue

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La vidéo du débat : https://www.youtube.com/watch?v=XA7raUdcr2w

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