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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 08:40

Fascisme ? Totalitarisme ? A vous de vous faire une opinion et de juger de l’acceptable ou non.

Il y a quelque chose qui pue en Europe.

Lire l’article ci-dessous et le supplément.

Exergue

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https://ijsbergmagazine.com/politique/article/14466-ley-mordaza-espagne-baillon-manifestants/

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Le Parti populaire espagnol (PP) a fait voter le 11 décembre dernier au Congrès la loi organique « de protection de la sécurité citoyenne », sans l’appui d’autres formations politiques. Cette loi, source d’une vive polémique, a été rebaptisée par ses détracteurs la « ley mordaza » (loi bâillon ou muselière, en français).

« Protection de la sécurité citoyenne », on retrouve dans cet intitulé la volonté affirmée du Parti populaire de donner plus de pouvoir aux forces de l’ordre, en réduisant notamment le droit de manifester et en impactant également le droit des migrants. En Espagne, les forces d’opposition de tous les autres partis n’ont pu freiner la majorité absolue du Parti populaire dans son désir de « museler » les citoyens, dont beaucoup sont descendus dans la rue le 20 décembre dernier, peut-être pour la dernière fois.

Au total, une cinquantaine de fautes, jusqu’alors incluses dans le Code pénal (c’est-à-dire, sanctionnées par une action judiciaire), seront désormais punies par des amendes administratives. Ces amendes – pouvant aller jusqu’à 600 000 euros – ne seront contestables qu’après coup, c’est-à-dire que l’intervention judiciaire d’un avocat ou un juge ne pourra se faire qu’a posteriori.

Empêcher une expulsion : 30 000 euros

Concrètement, manifester face au Congrès, Sénat ou aux Parlements autonomiques ou escalader des édifices publics (comme Greenpeace le fait régulièrement lors de ses actions, par exemple) pourrait coûter 600 000 euros. Les Femen faisant irruption dans des bâtiments publics ou les activistes de l’association citoyenne Plateforme des victimes de crédits hypothécaires, la PAH, qui empêchent une expulsion immobilière, c’est désormais deux moyens de protester qui seront menacés de 600 à 30 000 euros d’amende.

Les « escraches » (ces manifestations publiques où les activistes se rendent pacifiquement sur le lieu de travail de ceux qu’ils veulent dénoncer afin de faire pression), fréquentes depuis quelques années en Espagne et tant détestées par les politiques au pouvoir, seront interdites : les contrevenants risqueront jusqu’à 600 euros pour entrer en chantant dans une banque.

Et même si la manifestation est autorisée et se trouve loin d’un espace public, il faudra faire attention aux slogans scandés et à l’attitude adoptée. Refuser de s’identifier, manquer de respect aux forces de l’ordre, leur résister ou désobéir, les filmer ou enlever des barrières disposées par la police sera passible de 100 à 30 000 euros d’amende administrative.

Pourtant, selon Conrado Escobar, porte-parole de la commission Intérieur du Parti populaire, la loi permettra « des manifestations plus libres, car protégées des violences ». Du côté de l’opposition, par contre, le porte-parole socialiste Antonio Trevín a conseillé au chef du gouvernement : « si ce que vous souhaitez, Monsieur Rajoy, c’est d’en finir avec les manifestations, vous devriez rectifier vos mesures de coupes sociales. »

Les manifestations ont doublé depuis l’arrivée de Rajoy

Voilà plus d’un an que la droite conservatrice au pouvoir en Espagne concoctait une loi de « protection de la sécurité citoyenne », motivée par les fortes mobilisations organisées partout dans le pays notamment contre leurs politiques d’austérité. Selon les chiffres du Ministère de l’Intérieur espagnol, le nombre de manifestations a doublé depuis l’arrivée de Mariano Rajoy au pouvoir, passant de 20 000 en 2011 à plus de 40 000 en 2012 et 2013.

Et les « indignés » ne sont pas les seuls à inquiéter le gouvernement du PP. Les diverses mareas (marées, en français) comme la blanche pour le secteur hospitalier ou la verte pour l’éducation, ajoutées à la plateforme anti-expulsion locative, aux républicains (le jour de l’abdication du roi Juan Carlos) ou encore aux féministes contre la réforme de l’IVG, sont autant de mouvements qui ont mis en difficulté le pouvoir en envahissant les rues des grandes métropoles espagnoles.

Fortement critiqué, l’avant-projet de la loi mordaza avait pourtant été édulcoré au cours de l’année 2014 en réduisant le montant des amendes et en supprimant certaines motions anticonstitutionnelles. Mais la colère des Espagnols ne dégonfle pas. Naturellement, le week-end du 20 décembre, ils sont descendus par milliers dans les rues de plus de 35 villes du pays pour manifester contre cette « loi muselière » qui n’attend que la ratification du Sénat pour entrer en vigueur. Selon un sondage réalisé le 10 décembre dernier par Metroscopia, 82 % des Espagnols sont opposés à cette loi.

« L’Espagne ne peut légaliser l’illégal »

Mais les Espagnols ne sont pas les seuls à pâtir de cette loi. Les migrants voulant passer illégalement la frontière des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla pourront être renvoyés automatiquement en territoire marocain. Des « retours à chaud » pourtant illégaux, comme l’a rappelé le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, dans une tribune publiée au Huffington Post le 10 décembre, veille du vote de la loi au Congrès, intitulée « L’Espagne ne peut légaliser l’illégal » :

La proposition de légaliser des expulsions automatiques et collectives des immigrants qui arrivent à Ceuta et Melilla est injuste et illégale selon le droit international. Une telle mesure compromettrait inévitablement les protections fondamentales des droits de l’homme pour lesquelles la communauté internationale a lutté depuis la Seconde Guerre mondiale.

Désormais donc, les policiers espagnols n’auront pas besoin d’une autorisation judiciaire pour expulser et raccompagner directement à la frontière les personnes étant entrées illégalement. Et ce, sans leur donner l’occasion de demander l’asile, ou de recevoir une assistance juridique ou prise en charge humanitaire en attendant de savoir s’ils seraient expulsés ou non.

« Qu’ils me donnent leur adresse, je les leur envoie »

Face aux vives critiques de l’opposition, d’une centaine d’ONG, de diverses institutions nationales et internationales ou encore de l’Église, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, agacé, avait rétorqué dans les couloirs du Congrès le jour du vote : « S’ils me donnent une adresse où ces gens pourraient être envoyés et auraient du travail, je vous assure qu’on les leur enverra », avant d’ajouter « qu’ils me disent combien de personnes ils peuvent accueillir et s’ils ne le font pas, qu’ils se taisent et donnent moins de leçons. » Critiquant à son tour l’ « hypocrisie » de ses détracteurs, le ministre espagnol refuse de recevoir « des leçons d’humanisme de quiconque » au sujet de sa loi polémique.

Il faut dire que la séance au Congrès du 10 décembre a été mouvementée. Outre les interventions virulentes des députés de l’opposition – certains sont allés même jusqu’à se bâillonner – une dizaine de personnes du public a perturbé le débat en chantant « Do you hear the people sing », de la comédie musicale des Misérables. Ces membres du choeur des indignés, La Solfónica, ont rapidement été expulsés, mais leur intervention a fait son effet :

Doux euphémisme donc que cette « loi de protection de la sécurité citoyenne » qui a, au moins, réussi à mobiliser la totalité des partis de l’opposition pour faire front commun. Tous ont assuré que cette loi serait abrogée si la majorité changeait aux prochaines élections générales de décembre 2015. Reste à savoir si les Espagnols accepteront d’être bâillonnés pendant un an et si cette loi portera préjudice au parti de Rajoy qui continue pourtant d’être en tête dans la majorité des sondages, bien que suivi de près par le parti des indignés, Podemos.

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Supplément :

« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

MARTIN NIEMÖLLER, DACHAU, arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen. Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau. Libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

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