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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 11:18

tel est le titre de la biographie, dite encore aujourd’hui de référence, proposée par Paul Murray Kendal aux éditions Pluriel, parue après 13 ans de travaux en 1971.

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Mon premier souvenir de Louis XI est lié à l’image qu’en donnait le livre d’histoire de la primaire. Un personnage tout de noir vêtu, avare, œuvrant derrière d’épais murs contre Charles le Téméraire. Au plafond de la pièce d’où il ne semblait guère sortir pendaient des fillettes, dont il était dit qu’elles étaient de son invention - ce qui est faux -, contenant comme oiseaux en cage ses ennemis.

Louis XI était la proposition inversée, dans la proximité des pages du livre qui réduisait la distance temporelle, de cet autre roi, Louis IX, dit saint Louis, rendant en plein air la justice sous un chêne en se tenant dans la proximité des pauvres.

Il était donc un roi bon et juste et un autre cruel et fourbe.

Mais il était raconté que tandis que l’un allait à la croisade comme on va en cure, l’autre avait inventé la poste, ce qui n’est pas peu. Il n’en fallait pas davantage pour que l’intérêt se porte sur celui qui semblait tant méprisé puisque qu’existait toujours (pour combien de temps ?), le village en témoignait, un service postal.

Je n’eus pas de mal à me séparer de Saint Louis tant il rôde malencontreusement dans l’histoire du midi, et l’ai tenu rapidement pour un fieffé salopard pour avoir imposé le port de la rouelle au juif, brûlé les cathares au bûcher de Monségur, et d’autres choses encore, en fait s’être comporté comme un parfait intégriste, un fascho avant que l’heure sonne du fascisme.

De Louis XI je faisais rapidement, au gré de lectures fragmentées, le grand roi de France, celui qui avait posé les fondations d’un état moderne et structuré, et qui s’était coltiné avec les rivalités guerrières des seigneurs féodaux plus enclins à porter en bandoulière leur égocentrisme que l’intérêt général.

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La biographie de Kendal donne à connaître un Louis XI méconnu.

Casanier, il ne l’était point. S’il est un roi qui a parcouru les territoires, c’est bien lui.

Mauvais ? Mais alors comment expliquer qu’il avait la reconnaissance de son peuple tant il préférait négocier ou payer que faire la guerre, épargnant en cela nombre de vies humaines dont il considérait le passage à trépas comme un gâchis.

Rancunier ? Non point. Il prenait avec habileté à son service ceux qui l’avaient combattu. Mais également, sans distinguer l’origine sociale, ceux dont ils jugeaient les capacités utiles à la construction du royaume, ainsi devinrent ses conseillers de forts humbles individus au grand dam des seigneurs. Les uns et les autres lui restant fidèles, certes parce qu’ils étaient pourvus en espèces sonnantes mais encore parce qu’ils avaient le sentiment qu’ils participaient à la création d’un monde plus juste et plus prospère.

Mettant au pas les seigneurs, de l’espace féodal réuni en un seul pays il fit un Etat, celui-là même que le goût du jour sous les coups du libéralisme tend à disloquer et à offrir à de nouveaux barons.

Il s’attacha à la prospérité du pays comme il a été dit, développant l’industrie – la région lyonnaise lui doit l’élevage du ver à soie et la fabrication du tissu du même nom, le commerce qu’il ne manquait pas d’étudier partout où il passait l’incita à promouvoir de grandes foires concurrençant les plus grandes d’Europe, notamment celles de Flandres. L’imprimerie l’autorisa à faire en sorte que la loi se diffuse pareillement sur tout le territoire. La diplomatie qui lui était naturelle, il la peaufina au contact de Laurent le Magnifique duc de Milan dont il fut l’ami. Et s’il levait des impôts, auquel le peuple consentait plus qu’il n’est généralement le cas, il fit en sorte de ne point le dilapider. Bref ce fut un roi qui contribua à la sortie du Moyen âge en détruisant la féodalité et en créant un Etat moderne et en ayant le souci de l’intérêt du peuple. Et, ravissement, il mit les religieux au pas faisant en sorte que ce qui était de ce domaine n’interfère pas avec le pouvoir civil – en quelque sorte il avait découvert la laïcité.

Bref il avait des qualités d’intelligence et une attention pour le pays bien précieuses pour son temps et qui manquent bien au nôtre.

En somme, vous prenez cette biographie et ne la quittez qu’avec ce sentiment que l’on éprouve à se séparer d’un homme de talent et de bien, et, paradoxe puisqu’il est là question d’un roi, si cela est nécessaire en ayant le goût plus assuré pour la République.

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