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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 18:37

Dire le rôle de la religion dans la fabrication de notre histoire commune, son incidence sur ce que nous sommes collectivement et individuellement ne souffre pas la contestation ; nous ne sommes pas nés hors sol.

C’est l’objet même de l’enseignement de l’histoire que de rendre compte des faits et des idées qui ont animé les temps passés et qui expliquent un aujourd’hui social, politique et culturel qui pourrait être différent s’il y avait eu d’autres faits, d’autres idées.

Aussi, vouloir qu’on enseigne le fait religieux alors qu’il s’agit d’enseigner l’histoire n’est pas sans éveiller quelques inquiétudes, voire quelques suspicions, ceci d’autant que le fait religieux n’explique pas toute notre histoire car, grosso-modo, à partir du siècle des Lumières, la raison vient penser différemment de la proposition religieuse pour apporter autre chose, chasse la révélation du domaine public pour le réserver à l’intime.

S’il convient d’enseigner au fait religieux ce ne peut être qu’au même rang qu’enseigner au fait grec et romain auprès de qui nous ne sommes pas moins débiteurs.

Nul ne remet en cause l’influence et le rôle de la religion dans les arts, pas plus que ce goût qui perdure et qui nous vient d’elle de la philanthropie ou la raison propose désormais un Etat social de droits. Il est juste de rendre compte du régime monarchique de droit divin pour apprécier qu’avec sa disparition des sujets sont devenus citoyens pour former peuple souverain. Nul ne dira non plus que les croisades nordiques, sans que cela soit leur vœu, ne sont pas à l’origine du commerce baltique et de la ligue hanséatique. Personne ne peut passer sous silence que le pieux Louis IX, au nom de Dieu, a fait acte de génocide, ou que la bastide de Carcassonne surgit, après la défaite des cathares, selon un plan perpendiculaire pour permettre aux canons de ne pas être gênés dans leur tirs. Il n’est pas jusqu’aux enfants errants que la religion croise pour s’en débarrasser en les envoyant mourir sur les chemins des lieux saints. L’appellation même de guerres de religion qualifie bien l’importance du fait religieux. Quant à Luther, homme de religion s’il en est, il écrit Les juifs et leurs mensonges, participe à fonder l’antisémitisme et développe l’idée de populations qui doivent être déplacées. Il serait pareillement malhonnête de méconnaître le fait religieux qui permet de rendre compte de la difficulté qu’ont les femmes à avoir place égale avec les hommes dans notre société.

On le voit, le fait religieux, qui touche à tous les domaines, ne peut être passé sous silence, cependant l’enseignement de l’histoire suffit à le faire connaître.

On aura observé que ce qui est évoqué n’est pas l’avantage de la religion, et ce n’est certainement pas ce contenu, pourtant bien réel, qu’entendent proposer certains partisans de l’enseignement du fait religieux. Mais alors à quelle fin le souhaitent-ils ? C’est là une interrogation que nous devons avoir.

Maintenant, observons que cette prescription de procéder à l’enseignement du fait religieux est nouvelle, liée aux actes terroristes sur le sol français de la part de français qui se définissent comme musulmans. C’est dire que la réponse qui est proposée à ce qui est un problème de non intégration à la nation abonde dans leur sens : ils sont de religion musulmane, on va donc leur parler de religion (pardon du fait religieux). C’est assez étrange.

Et alors tout le mode de se demander, le sujet paraissant délicat, comment aborder un tel l’enseignement ? De s’interroger également sur la qualification des personnels de l’éducation nationale pour proposer éventuellement que cela soit fait par des religieux. Tiens donc !

Soyons sérieux. Le fait religieux dont on a vu qu’il appartient à l’histoire doit être enseigné par des professeurs d’histoire, qui sont formés à cet enseignement tant parce qu’ils ont des connaissances que parce qu’ils sont pédagogues. Et si tel n’est pas le cas, alors il faut pallier à ces lacunes. Quant aux élèves dont il semble qu’on craint quelque chose, il convient de les considérer comme des apprentis citoyens et non comme des musulmans ou des chrétiens ou des juifs, catégories qui ne sont pas de mise à l’école mais qui émergeraient si on s’interdisait de proposer la connaissance de la réalité historique en craignant qu’ils réagissent mal. Dans un autre domaine devrait-on, pour ne pas froisser, ne pas présenter l’évolution au prétexte qu’il peut se trouver des élèves partisans du créationnisme ?

Ce n’est donc pas l’enseignement du fait religieux qui fait défaut mais l’enseignement de l’histoire, plus largement celui des humanités. Pour y remédier il faut rétablir les heures nécessaires, juger que l’enseignement « général » n’est pas superfétatoire et que l’école n’est pas là pour satisfaire la vision économique à courte vue qui consiste à produire des travailleurs obéissants et jetables mais bien des citoyens instruits.

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commentaires

Il Rève 08/03/2015 07:16

Exergue écrit : "Ce n’est donc pas l’enseignement du fait religieux qui fait défaut mais l’enseignement de l’histoire, plus largement celui des humanités. Pour y remédier il faut rétablir les heures nécessaires, juger que l’enseignement « général » n’est pas superfétatoire et que l’école n’est pas là pour satisfaire la vision économique à courte vue qui consiste à produire des travailleurs obéissants et jetables mais bien des citoyens instruits.". Ce dernier paragraphe, en guise de conclusion est sublime. Il résume ce que de nombreux citoyens issus de l'école de la République pensent et souhaitent. Rien à ajouter à ce projet d'avenir qui consiste à enseigner l'histoire, ce qui signifie plus largement le maintien de l'enseignement des connaissances de type disciplinaires(les compétences, hors jeu), pour la constitution de citoyens instruits, disposant des capacités pour l'exercice de leur esprit critique.
Mais alors que dire des déclarations récentes du 1er homme de France : "La République reconnaît toutes les religions", et plus loin en public "il faut un enseignement des religions". Non seulement notre chère loi de 1905 ne s'y retrouve pas, mais même Régis Debray, le père de l'enseignement du fait religieux, il y a 10 ans environ, n'en revient pas lui qui souhaitait que le culte religieux ne soit pas enseigner au profit des productions culturelles liés aux différentes religions... Il nous faut convoquer d'urgence, Diderot, Condorcet, Ferdinand Buisson, Henri Pena Ruiz, Catherine Kintzler, Martine Cerf, Jean Jaurès, Victor Hugo et Marianne (pas le journal, non, la République, la vraie, démocratique, une, indivisible et laïque) pour mettre fin à autant de tromperies.

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