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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 14:23

Je n’aime guère cette interpellation faite à l’école qui la place à l’origine de nos maux politiques et sociaux qui défrayent l’actualité ; l’école sur laquelle nous nous déchargerions de notre responsabilité individuelle et collective et comme si elle n’était pas de notre projet et de notre volonté.

S’il convient de restaurer autorité et respect à l’école, ce à quoi je consens volontiers pour en avoir constaté souvent le dépérissement, ce n’est pas pour lui faire porter le chapeau de dérives qui ne sont pas les siennes mais auxquelles elle a été contrainte par ‘le politique’ qui a perdu depuis longtemps le sens de ce que doit être l’école pour en faire une caisse de résonance de ‘problèmes’ sociaux, sociétaux, économiques, voire politiques, qui ne sont pas et ne peuvent pas être les siens. Qu’a à faire avec l’école: la sécurité routière, l’opération sac de riz, la pilule du lendemain, la viande hallal, …. ? Toutes choses d’ailleurs le plus souvent mal pensées et qui participent davantage du spectacle et de la promotion politique que de l’œuvre éducative.

Henri Pena-Ruiz écrivait dans le livre « Qu’est-ce que l’école ? » et bien avant la tuerie de Charlie-hebdo: « Gaston Bachelard rêvait d’ « une société faite pour l’école » - non d’une école faite pour la société. Étonnant renversement des faux semblants les plus communs, qui résonne aujourd’hui d’une façon intempestive ».

Mais, si ce n’était qu’à l’école qu’il soit nécessaire de restaurer l’autorité et de conduire au respect, l’œuvre serait, j’en suis certain, relativement aisée, même si le travail est immense, pour autant que les enseignants ne soient pas « lâchés par la hiérarchie, y compris au niveau le plus élevé » comme l’écrit Catherine Kintzler lorsqu’il y a une difficulté, et que les parents usent de la retenue qui sied aux personnes convenables, parents qui, pour être géniteurs, ne sont pas propriétaires de leurs enfants au point de méconnaître qu’il appartient aussi au pays de s’occuper également d’eux pour les émanciper et les conduire à participer au bien commun.

Qu’on permette d’observer que le dommage est plus large, qu’il ne concerne pas seulement l’école, ceux qui en ont la charge ou qui sont aux bancs de l’institution, pour preuve ces choses d’apparence anodine cependant révélatrice telle que celle d’arrêter son véhicule dans la rue et de faire conversation sans souci de la gêne occasionnée, et qui parfois dure, car chacun aujourd’hui se croit autorisé à poursuivre la palabre et alors qu’il a jeté un œil à celui qui attend le passage. De tels exemples sont nombreux. Il est désormais, et depuis longtemps, alors qu’on ne s’en étonne pas, un nouveau canon social, depuis longtemps dénoncé, l’incivilité, qui n’est pas seulement l’exercice des jeunes, et qui nous arrive de l’individualisme clé de voûte de la société libérale, car chacun le sait depuis la prophétie de sainte Thatcher : « Cela (la société) n'existe pas! Il n'y a que des individus, hommes et femmes, et des familles ».

Restaurer l’autorité à l’école vise les élèves, mais que dire du comportement de certains enseignants, pour le coup des adultes, qui au prétexte de réduire la distance pourtant nécessaire à l’enseignement tutoient et acceptent d’être tutoyés, mettant ainsi l’objet même de l’enseignement dans une proximité où tout un chacun se croit qualifié de l’argument égal, et qui fait penser que, puisqu’il en est ainsi, on laisse aux élèves de s’auto-instruire et s’auto-éduquer s’il n’est nul besoin d’un tuteur, d’un médiateur, d’un accoucheur, d’un émancipateur, …. ; observation qui ne signifie pas que l’élève doit être réduit au gavage mais que sa contribution doit être celle de l’écoute, celle du questionnement, celle de l’apprentissage du doute davantage que celle des certitudes d’opinions mal fondées, ceci dans l’usage de connaissances acquises, de la dialectique et de la formation à l’esprit critique. De cette promiscuité incongrue, ou les statuts de l’enseignant et de l’élève sont appelés à se confondre, le respect et l’autorité ne peuvent pas advenir ; pas plus qu’elles ne peuvent advenir lorsqu’on a « prolétarisé » le hussard noir de la République, lorsqu’on l’a rendu au rang de formateur de main-d’œuvre au service du capital là où il avait mission d’éduquer et d’instruire un citoyen et qui dans cette construction dernière était appelé à devenir un travailleur éclairé et non point un esclave au doux nom de la flexibilité.

A la restauration de l’autorité et du respect à l’école, puisque telles sont les injonctions dernières du personnel politique suite à la tuerie contre Charlie-hebdo, on dira que l’école est devenue au gré des vents, pour le malheur de tous, le reflet de la société dans laquelle nous vivons. Et que ce ne sont pas des assignations qui empliront le projet d’une éducation qui n’est plus nationale, déclinée depuis Jospin en projets d’école qui témoignent du vide de la pensée politique en matière éducative, orchestrée depuis Peillon en activités périscolaires où les élèves ne sont plus à égalité de traitement quand ils ne sont pas contraints, les parents ne pouvant subvenir, à l’école de la rue.

Les gesticulations auxquelles nous assistons, les exhortations qui nous convoquent, ne combleront pas le vide du projet éducatif car il n’y ait plus question de République mais seulement de démocratie et nous savons, en notre pays, que la démocratie ne vaut qu’au service de la République.

Non, rien ne pourra être restauré car l’autorité tout autant que le respect ne valent que si l’individualisme n’est pas le nombre d’or de la société et que ceux qui en ont la charge eux-mêmes en usent.

Comment apprendre le respect quand celui qui tient la plus haute fonction de l’État s’en exempte, appelle racaille une partie des membres du peuple dont il accepté la direction et propose le nettoyage au karcher, qu’il apostrophe celui qui ne tient pas à lui serrer la main d’un « Casse-toi, pauvre con ! » ? Comment nourrir le respect de l’autorité quand on tient discours politique au Bourget pour se faire élire et dont chacun juge qu’il n’était là que mensonge ? Comment peut-on tenir pour respectables ceux qui déjugent le peuple après qu’il se soit prononcé (TCE) ? Comment peut-on forcer au respect quand un ministre planque de l’argent en Suisse, un autre « oublie » de déclarer partie de ses revenus, quand d’autres usent de leur position pour faire obtenir un marché à une connaissance ? Comment peut-on appeler au respect lorsqu’on apprend les agissements de la banque HSBC qui ne reçoit que l’opprobre éphémère ? Comment peut-on engager au respect quand des pays font la guerre à d’autres pour contrôler leurs richesses (Irak, Libye,…), les empêcher d’exister (Palestine), leur conteste le droit à l’expression démocratique (Grèce) ? Comment peut-on inviter au respect quand après avoir acculé des populations à la misère on les conduit à périr noyées en Méditerranée ? Comment souscrire au respect quand les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres ?

Il y a là quelque chose de contradictoire dont Jules Ferry s’était expliqué dans sa lettre aux instituteurs, les appelant à l’exemplarité car il était là le 1ier des fondements aux apprentissages. Forcer le respect, telle devrait être la ligne cardinale de nos dirigeants quels qu’ils soient, telle devrait être l’attitude des enseignants.

Respect, autorité ne valent que lorsque chacun est logé à la même enseigne, quand chacun, sans distinction de fortune et de rang, se plie à l’exercice de la morale.

Certes ! Il faut restaurer respect et autorité à l’école. Mais de grâce, que ce faisant on ne laisse pas entendre, par omission des autres, que seuls les plus faibles, les plus démunis doivent être respectueux en prenant les nantis pour respectables par nature comme cela était dans l’ancien régime.

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