Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 06:38

A lire, malgré sa longueur

Exergue

***

***

La laïcité est souvent perçue comme une exception française et une singularité hexagonale. Il ne fait pas de doute que le concept de laïcité constitue un témoignage de l’originalité féconde du « génie français ». Le concept peut en effet être considéré comme une exception française tant il correspond historiquement à une invention de notre pays. La laïcité fut par la suite tantôt ignorée par nombre d’Etats, tantôt acclimatée par d’autres avec plus ou moins de bonheur.

Le terme renvoie d’abord et surtout à la transformation souvent conflictuelle des rapports entre Eglises et Etat, abordant la question cruciale de la neutralité de l’Etat vis-à-vis des dogmes et des religions par la reconnaissance du pluralisme religieux. Elle met également en jeu l’indépendance de l’Etat par rapport aux Eglises par la construction d’un vaste service public étatique. Mais l’idée de laïcité se réfère également à une progressive perte d’emprise de la religion sur la société, que ce soit dans des domaines aussi variés que l’individualisation des croyances, la libération des mœurs ou l’autonomie des sciences.

Ces tendances lourdes se rapportent à une évolution transformant progressivement la société dans ses modes de vie ou de pensée : il s’agit du processus de laïcisation ou de sécularisation.

1 - La maturation d’un principe récent

La laïcité constitue une valeur somme toute récente. Dans la cité antique, qu’elle soit grecque ou romaine, l’imbrication du religieux et du politique était extrêmement forte : l’existence et le succès de cultes civiques en témoignent. Les nombreuses survivances théocratiques de l’Occident médiéval et les réalités des monarchies chrétiennes fonctionnant sur le principe de l’absolutisme de droit divin reléguaient au second plan toute velléité laïque. Partout l’intrication du temporel et du spirituel, encore plus forte dans les pays luthériens, était de mise.

C’est donc dans le refus du cléricalisme et le rejet de la société d’Ancien Régime que la laïcité a émergé. Elle est déjà contenue dans le texte fondamental que représente la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. La Révolution française posa les premiers jalons en créant l’état-civil et en autorisant le divorce par consentement mutuel. Le processus de sécularisation était enclenché de la sorte, le principe de l’égalité devant la loi des citoyens quelle que soit leur confession obtenait droit de cité. Des hommes pouvaient par nature se gouverner eux-mêmes, en dehors des dogmes et de l’Eglise. Tout cela était en soi une profonde révolution.

L’idée de laïcité reste présente tout au long du XIX° siècle. Elle constitua même un clivage fondamental en France sur l’échiquier politique. La question religieuse et la question institutionnelle agirent de concert pour déterminer des oppositions idéologiques nettes : d’un côté, les défenseurs de la laïcité militaient pour la forme républicaine du régime tandis qu’en face se liguaient les forces conservatrices, voire réactionnaires, pour qui la société d’Ancien Régime fondée sur l’alliance du Trône et de l’Autel servait de référence. La célèbre apostrophe de Gambetta en 1877, « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! », prouvait le lien fort et indissociable qui unissait alors République et laïcité.

Cependant, force est de reconnaître que la situation était plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord. Ainsi, la progression du gallicanisme constitua à certains égards un obstacle à l’émergence de la laïcité : plutôt que de chercher à séparer les pouvoirs temporel et spirituel, les gallicans essayèrent d’absorber l’Eglise dans l’Etat en faisant du clergé un corps de fonctionnaires. Il était dit que la France traverserait le XIX° siècle régie en la matière par le Concordat napoléonien de 1801. Il est a priori paradoxal de constater que certains des promoteurs de l’idée de laïcité au cours de la première moitié du siècle furent indirectement des catholiques du groupe de L’Avenir qui, à la suite de Lamennais, appelaient l’Eglise à se libérer de la tutelle de l’Etat et à s’en séparer par la résiliation du Concordat. En dépit de l’activité de Lamennais, cette initiative resta cependant largement marginale chez les catholiques, et par ailleurs condamnée par la papauté en 1832.

L’idéal laïque triompha en France à la fin du XIX° siècle, en même temps que s’enracinait la République, l’un confortant l’autre. Deux moments se révélèrent décisifs dans ce processus : la législation scolaire de Jules Ferry de 1881-1882 et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. L’enseignement constitua un espace de confrontation pour le moins virulente avec le cléricalisme catholique. L’union entre un régime, la République, une institution, l’Ecole, un principe, la laïcité, imprima sa marque féconde à l’évolution ultérieure de la France. Deux décennies plus tard, le Concordat de 1801 répudié, la France devenait pleinement une République laïque. Ce qui à la veille du premier conflit mondial en faisait une double exception, parfois perçue comme une incongruité dans le concert des nations européennes : à la fois républicaine et laïque.

2 – Les caractéristiques de la laïcité fondent la citoyenneté

Aujourd’hui, la laïcité est un des quatre principes fondamentaux de la République française. En effet, l’article 2 de la Constitution de 1958 stipule que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Avec les textes évoqués précédemment, il s’agit sans équivoque possible d’un véritable « bloc de constitutionnalité » sur lequel repose en partie notre « vouloir vivre ensemble ».

La laïcité garantit la liberté de conscience, c’est-à-dire la capacité que chacun possède de juger et de décider en dehors d’un dogme religieux, d’une philosophie officielle ou même d’un conformisme ambiant. Effectivement, la laïcité donne la possibilité de penser librement, de construire une pensée autonome en usant de sa liberté de jugement. De la sorte, l’homme se trouve à même de prendre pleinement conscience de son statut de citoyen : il accède à la dignité de citoyen, processus dans lequel l’idéal laïque joue un rôle non négligeable.

La laïcité institue également la souveraineté populaire en postulant que le peuple peut se gouverner lui-même d’une manière terrestre et rationnelle. Or cette souveraineté renforce l’exigence de liberté, pour que la liberté de conscience, aidée en cela par l’acquisition de savoirs et d’informations, se traduise in fine par une capacité de jugement et de décision. Dans ce schéma là, on aperçoit les liens existant entre laïcité, école publique, liberté et pluralisme de l’information car il n’est plus à démontrer que le citoyen ne peut exercer ses prérogatives que s’il est suffisamment instruit et informé.

La lutte contre l’ignorance ou l’obscurantisme, la défiance envers toute forme de désinformation ou de propagande si caractéristiques de l’ère des masses contemporaine s’inscrivent bien dans cette perspective : la laïcité vise sans conteste à l’élévation citoyenne et à la promotion de la souveraineté populaire. Le combat pour la laïcité est en fait celui de la reconquête de la souveraineté populaire et de la réhabilitation de la parole citoyenne.

La laïcité est aussi un fondement majeur de la construction et de la cohésion d’une nation libre et éclairée. La nation, comme communauté de citoyens, fidèle en cela à la définition française de Renan, est une construction politique qui nécessite une adhésion de chacun à ses principes, à un « contrat » qui fonde le vouloir vivre ensemble. Ce contrat est un acte positif de chaque citoyen, sans cesse renouvelé : un plébiscite de tous les jours pour reprendre la formule de Renan.

Cette conception contredit formellement l’appréhension reposant sur des critères d’ordre naturel : c’est ainsi que le patriotisme républicain laïque s’oppose en tout au nationalisme, car il se refuse à penser la nation en terme de sang, de race, d’enracinement terrien ou de croyances. Tout homme, quelles que soient ses origines, peut devenir Français, pourvu qu’il accepte les principes et les règles de la République : la laïcité le permet. Cette conception n’a rien à voir avec une quelconque gangue ethnique ou une originelle création religieuse. La laïcité contribue à la fusion d’individus citoyens dans une même nation, sur la base d’une démarche voulue et partagée.

Elle permet d’une manière à peu près identique la pleine intégration de tous à la République, en distinguant la sphère publique de la sphère privée. Dans la sphère privée, les choix religieux ou philosophiques peuvent s’exercer en toute quiétude : seuls des régimes totalitaires et inquisitoriaux en contesteraient l’évidence. Les croyances religieuses choisies par les familles et encadrées par des clercs bénéficient de l’existence de lieux de culte. Mais la séparation de la sphère publique contribue à borner d’éventuelles tentations des Eglises à intervenir directement dans le domaine de l’Etat, quand ce n’est pas de s’y substituer purement et simplement.

Or, il arrive que les empiètements soient fréquents : les prosélytismes de tout poil cherchent ainsi à imposer leurs principes, leurs dogmes et leurs modes de fonctionnement dans la sphère publique. L’école laïque peut accueillir tout élève en dépit de son appartenance religieuse : elle concourt à gommer les différences et ne considère que des êtres égaux. Toute personne peut postuler à un emploi dans la fonction publique quelles que soient ses croyances, pourvu qu’il n’en fasse pas une publicité ostentatoire. De ce fait, une politique volontariste de citoyenneté et d’intégration ne saurait faire l’impasse sur la préservation résolue de la laïcité.

Il apparaît nettement que la laïcité représente à la fois un idéal personnel et social, indissociable de la conception de la citoyenneté à la française. Elle en constitue un soubassement actif bien que parfois ignoré. Elle représente un progrès et une garantie pour toutes les parties concernées : les citoyens obtiennent leur liberté de conscience, les Eglises leur liberté religieuse en dehors du pouvoir civil, l’Etat sa capacité à gouverner dans le sens de l’intérêt général.

La laïcité encourage en outre la démocratie sociale par ses références constantes aux notions d’égalité et de fraternité. La solidarité nationale s’en trouve légitimée, à l’exclusion de toute dérive compassionnelle et condescendante. En cela, on peut affirmer que la laïcité se situe expressément au cœur de l’exigence et de l’ambition républicaines et qu’elle les revigore en proportion.

Les vertus de la laïcité sont donc particulièrement nombreuses. La liste que nous venons d’esquisser n’a bien évidemment pas vocation à être exhaustive : elle pourrait être aisément complétée. Pour éviter de tomber dans le risque de l’énumération quelque peu rébarbative, nous pourrions en regrouper les mérites au tour d’un double triptyque. Le premier reprendrait la devise républicaine : liberté (de conscience, religieuse etc…), égalité (juridique, de dignité etc…), fraternité (rejet des discriminations, intégration sociale etc…). Un second s’organiserait autour des trois autres principes contenus dans l’article 2 de la Constitution de 1958 : indivisible (mettant en jeu par exemple la structuration de la société), démocratique (s’incarnant par exemple dans l’exercice de la souveraineté populaire), sociale (distinguant par exemple la solidarité de toutes les formes de charité ou de compassion). L’opération possède en fin de compte l’intérêt de mettre en exergue l’essence même de la laïcité : sa dimension résolument républicaine fondant la notion de citoyenneté.

3 – La laïcité : une citadelle assiégée ?

Malgré cela, le modèle laïque français traverse aujourd’hui quelques turbulences. Il est véritablement menacé sous les effets convergents de multiples facteurs à l’œuvre.

Le plus visible d’entre eux est sans doute la montée de l’intégrisme religieux. Des intégrismes, devrions-nous préciser, car toutes les religions sont concernées : l’Islam n’en a pas le monopole. L’intégrisme est d’abord le fait de groupes minoritaires qui veulent enfermer le croyant dans un système religieux visant à englober tous les domaines de la vie sociale en s’appuyant sur une lecture particulière des textes religieux et sur les traditions les plus rétrogrades. Dans cette configuration, la distinction entre sphère publique et sphère privée est jugée superfétatoire, voire carrément impie.

Nous pouvons noter que l’intégrisme n’est pas une création contemporaine : il est aussi vieux que les religions. Représente-t-il une perversion outrancière des systèmes religieux ou, au contraire, entretient-il des liens consubstantiels avec le concept même de religion ? Les religions révélées s’appuyant sur des livres sacrés sont bien évidemment concernées au premier chef. La question mérite d’être posée, à défaut de réponse assurée.

La vogue du communautarisme, phénomène dans lequel l’influence outre-atlantique est patente, constitue une autre menace. Le communautarisme se caractérise par un mode d’enfermement dans des groupes ethniques, religieux ou sociaux, le catalogue n’étant pas exhaustif. L’idée laïque est dans ce cadre constamment bafouée : on n’accueille plus par-delà les différences de chacun, mais la différence commune à quelques uns devient le sésame pour intégrer le groupe restreint, la communauté.

Si les injustices sociales, les discriminations raciales, la perte ou le non apprentissage des valeurs républicaines et citoyennes peuvent servir à expliquer ce mécanisme, elles ne doivent en aucun cas le justifier. L’objectif de la laïcité doit rester clair : il s’agit du souci d’instaurer un monde commun aux hommes par-delà leurs différences afin que le vivre ensemble reste dans le domaine du possible.

La pente de la construction européenne comporte des risques de déstabilisation de la laïcité. En effet, la plupart des Etats membres ne sont pas laïques, même si des processus de sécularisation des modes de vie et de la société existent largement.

C’est ainsi que nos voisins possèdent des constitutions, des pratiques ou des cérémonies institutionnelles officielles intégrant la religion et les Eglises. C’est ainsi que l’on observe l’activité de certains courants politiques, positionnés indifféremment à droite ou à gauche, pour faire reconnaître l’influence religieuse dans les héritages et les réalités de l’Europe. Le traité constitutionnel européen massivement rejeté par les citoyens français le 29 mai 2005 constituait sans aucun doute une arme de destruction de la laïcité à la française. Ce fut une raison parmi d’autres de vote négatif émis par la France. Pour autant les attaques ne se sont pas atténuées, à tel point que le danger d’une délaïcisation sous prétexte d’harmonisation avec les conceptions de nos voisins ne doit être nullement sous-estimé ou hâtivement évacué.

L’idéologie triomphante de la mondialisation libérale obscurcit de plus en plus fortement l’idéal de la laïcité. Promouvant un individualisme exacerbé, un culte de l’exaltation du moi et du chacun pour soi, le néolibéralisme, que l’on appelait jadis capitalisme, conduit à de regrettables confusions et à de graves dérives.

Confusion regrettable entre laïcité et tolérance dont une conception erronée, acceptant des comportements individuels et éclatés, fait reculer la prise en considération de l’intérêt général supérieur à la somme des simples intérêts particuliers. Dérive grave quand la primauté de l’idéologie de l’argent et de la loi du marché font de la rentabilité financière le seul critère de jugement, faisant de la sorte reculer le dévouement désintéressé pour des causes collectives et la chose publique.

L’examen de l’actualité récente confirme la vigueur des assauts à l’encontre de la laïcité. Une accélération préoccupante s’est produite au cours des dernières années.

Elle s’incarne prioritairement dans les discours du président de la République Nicolas Sarkozy, notamment ceux prononcés à Latran, à Riyad ou au Puy-en-Velay. Dans ces derniers, le chanoine du Latran y théorisait la prétendue « supériorité du prêtre sur l’instituteur dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal » au motif qu’il manquera au second « la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance », l’affirmation du concept de « laïcité positive » ou appelait à assumer sans complexe l’héritage chrétien de la France. Ce faisant, il accordait aux croyants un privilège de vertu et d’humanité par rapport aux athées, favorisant de la sorte une discrimination effective entre citoyens assortie d’une critique profondément inexacte, injuste et insidieuse des violences supposées de la laïcisation, reprenant par là même occasion les antiennes des cléricaux du passé et des intégristes du présent.

D’autres faits accréditent cette thèse. Il en va de l’accord Vatican-Kouchner du 18 décembre 2008 qui attribue à des établissements d’enseignement religieux la faculté de délivrer des diplômes reconnus par l’Etat. Il s’agit d’une grave entorse au principe républicain de monopole public de collation des grades. Une succession de privilèges financiers en faveur de l’école privée sous contrat complète l’entreprise : loi Carle de septembre 2009 imposant aux communes de financer les dépenses de fonctionnement pour les élèves inscrits dans une école privée située hors du territoire de la commune, niches fiscales avec la création de fondations vouées au financement des écoles privées permettant des exonérations sur les dons, plan « Espoir banlieue » de Fadela Amara qui a permis de financer l’ouverture de classes catholiques en banlieue. Sans parler du projet de loi déposé par 81 députés UMP le 19 octobre 2010 qui prévoit l’exonération de taxe foncière pour les écoles privées sous contrat[1]. Dans ces conditions, on peut sans exagération parler de véritable usurpation des fonds publics par les écoles privées sous contrat. Il y aurait sans nul doute largement matière à écrire un livre noir à ce sujet.

4 – Droite/Gauche : des postures renouvelées mais ambiguës

La question de la laïcité déterminait un clivage très net sur l’échiquier politique. La gauche militait en faveur d’une conception laïque de la société en combattant vigoureusement toute forme de cléricalisme. La droite ne concevait pas d’organisation politique et sociale qui n’attribuait une importance particulière à la religion. La question religieuse fonctionnait à l’égal d’une ligne de démarcation séparant deux camps aux projets de société antagonistes. Depuis, les lignes de fractures se sont déplacées, rendant la situation plus complexe.

Ainsi, la gauche, ou plus exactement certaines composantes de celle-ci, sous couvert de modernité et de tolérance, n’hésite pas à battre en brèche l’exigence intrinsèque du concept de laïcité. Il s’agit là en fait de prétextes fallacieux. La laïcité ne se réduit pas à la tolérance[2]. Cette dernière n’est qu’une concession qu’un individu accorde à un autre individu alors que la laïcité affirme la primauté de l’intérêt général. La tolérance est dépourvue d’une exigence qui fonde la laïcité : celle de l’intégration républicaine pour tous les citoyens. La tolérance peut déboucher sur une simple différence des droits tandis que la laïcité s’appuie sur un devoir d’indifférence pour garantir au final un droit à la différence. La confusion ne saurait être de mise sans dérive préjudiciable au vivre ensemble qui nous relie.

La gauche convertie à « l’insu de son plein gré » au libéralisme, la gauche libérale-libertaire et les fractions gauchistes animées par un état d’esprit à la fois lyrique et compassionnel considèrent souvent la laïcité comme une survivance ringarde de temps révolus, voire une anomalie dont il faudrait se débarrasser à bon compte. Il est vrai que « laïcard » résonne chez eux trop souvent comme une invective[3]. Ils en sapent insidieusement les fondements au nom de la modernité (jamais définie !), de l’exaltation de la différence et d’un antiracisme dévoyé méconnaissant la nature profonde de principes universalistes. Ils acceptent aussi des formes de prosélytisme religieux dans la sphère publique et renoncent de fait à la laïcité de l’Ecole et de l’Etat. Dans cette dérive, la calamiteuse gestion de l’affaire du foulard de Creil en 1989 a joué un rôle extrêmement important. L’arrêté du Conseil d’Etat stipulant que « dans les établissements scolaires, le port par les élèves de signes par lesquels ils entendent manifester leur appartenance à une religion n’est pas en lui-même incompatible avec le principe de laïcité » a causé des dégâts considérables.

Au nom du droit à la différence se muant à l’occasion en véritable culte d’un « différentialisme » conquérant, on en vient à justifier toutes les régressions et tous les particularismes ethniques, religieux ou culturels. Un particularisme de ce type ne peut être conçu comme une identité de substitution à l’identité citoyenne en principe transcendante. En effet, l’enfermement dans la différence identitaire aliène l’individu à des dogmes rétrogrades, à des clercs intolérants ou à des petits caïds. La soumission à la communauté se fait contre l’esprit critique et la liberté.

Profitant des errements idéologiques de certains courants de la gauche, la droite aurait parfois tendance à se positionner en réaction en défenseur vigilant de la laïcité. C’est un retournement de situation qui peut paraître curieux.

Mais cette posture ne doit pas faire illusion. Si la droite se cramponne aux valeurs de la laïcité, cela ne signifie pas pour autant qu’elle s’y soit ralliée pleinement et qu’elle en ait intériorisé les fondements en toute connaissance de cause. Elle n’en a pas réellement rejeté les tentations cléricales qui persistent dans les mentalités. L’instrumentalisation de la laïcité se fait à des fins socialement intéressées. Arguer du respect intransigeant de la laïcité permet en certaines occasions de s’affranchir d’une contrainte jamais véritablement acceptée par la majorité des courants de droite : l’impératif de mixité sociale. Mettre en exergue de manière hâtive la supposée incompatibilité entre les différences de populations jugées en fait indésirables pour des motifs sociaux ou ethniques et une application stricte du principe de laïcité n’a pour unique dessein que de légitimer et justifier une dynamique accentuée de ségrégation sociale. En somme un expédient qui vise à exclure tout en se donnant bonne conscience. Car la laïcité possède pour horizon de rassembler en dépit des différences initiales, pas de conduire à l’exclusion par le refus obtus de l’altérité. La laïcité est un creuset, pas une machine à broyer et à stigmatiser celui dont les différences ne sont pas réductibles à soi. L’ignominie des débats sur l’identité nationale en 2010 et sur l’islam en 2011 prouve l’hypocrisie de telles postures qui ne doivent abuser personne.

Précisons encore une fois que la reconnaissance de l’altérité n’équivaut pas à un culte du différentialisme ou à la promotion du communautarisme. Ceci étant dit et entendu sans risque de confusions, et c’est un préalable indispensable, les cris d’orfraie de certains appelant à une application implacable de la laïcité ne trompent plus personne. Il s’agit d’une manœuvre socialement connotée, d’une perversion et d’une dénaturation de l’idéal de laïcité : celui-ci est d’essence fraternelle, sûrement pas ségrégative. Voilà une posture tellement ambiguë qu’elle confine à l’imposture.

Pour justifier ces infractions à la laïcité, un vocabulaire trompeur a été mis en place par les adversaires de la laïcité. Un adjectif qualificatif a été adjoint à laïcité : positive pour le Président de la République, ouverte ou raisonnée pour d’autres se situant parfois à gauche voire très à gauche. Comme si la laïcité pouvait être négative ou fermée, alors qu’elle a pour finalité de construire un espace commun à tous et à chacun. L’utilisation d’un adjectif a pour conséquence de déqualifier la laïcité. Celle-ci n’a pas besoin d’un quelconque épithète. La ruse est pourtant grossière : elle ne vise qu’à la restauration des emprises publiques perdues par les religions et à la réintroduction de leurs privilèges.

5 – Pour une extension du champ de la laïcité

Si c’est principalement contre l’emprise du fait religieux et dans le refus des cléricalismes que la laïcité a émergé, le rapport à la religion et aux Eglises est loin d’épuiser l’intégralité du champ ressortant à la question laïque. D’autres secteurs se trouvent en première ligne du combat et ne sauraient être minimisés. Nous sommes invités en réalité à militer, non pour une simple préservation de la laïcité, mais à une extension significative de son champ d’expression. Le premier de ces secteurs concerne le monde économique et la dictature de l’idéologie marchande.

Aujourd’hui, la pénétration dans les mentalités de l’idéologie marchande devient une réalité inquiétante. Une certaine vision du monde, économiste, financière, boursière s’impose inéluctablement comme une norme implicite. Le libéralisme, lorsqu’il se dogmatise, se transforme en une idéologie comme une autre, même s’il est souvent présenté comme « l’idéologie de la fin des idéologies ». Nous sommes confrontés au phénomène communément appelé marchandisation[4].

Ce qui rend encore plus dangereux le libéralisme est qu’il avance le plus souvent masqué, fondu dans l’air du temps. L’idéologie libérale se croit et se dit « objective », abusivement parée des attributs de la science, battant subrepticement en brèche la neutralité laïque. L’hégémonie de l’idéologie libérale, le conformisme ambiant alimentant la pensée unique, voilà de nouveaux territoires à défricher pour une laïcité militante et sûre d’elle-même. Sans pour autant renoncer au domaine de la religion comme on le requiert ici ou là.

Dans le domaine de l’école, la pénétration de l’idéologie marchande a été favorisée de manière pernicieuse par la circulaire du 28 mars 2001, également appelée « Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire ». Elle précise que « les établissements scolaires sont libres de s’associer à une action de partenariat » par laquelle l’entreprise concernée « pourra faire apparaître discrètement sa marque » sur des « documents qui seront remis aux élèves ». Voilà un texte qui devra être abrogé sans préavis.

Un second domaine a trait à l’indispensable neutralité que doivent observer les programmes. De nombreuses matières ont été frappées de partialité évidente dans les contenus enseignés. Les exemples foisonnent pour illustrer une telle situation contraire à l’objectif de formation de l’esprit critique et d’indépendance du jugement qui doit animer tout citoyen éclairé. Il n’est pas exagérer d’affirmer qu’il s’agit là de formes d’embrigadement plus ou moins soft.

Dans le programme d’Histoire de la classe de Première, il est recommandé d’étudier l’industrialisation des économies occidentales sur la longue durée de près de deux siècles, en insistant plus particulièrement sur la notion de croissance continue. Dans cette optique, la crise de 1929 doit être envisagée comme un accident de conjoncture ne remettant pas en cause structurellement la croissance d’ensemble. Le message est clair comme de l’eau de roche : le capitalisme est forcément orienté à la hausse et créateur de progrès ininterrompus. Peut-être est-ce la déclinaison du concept de fin de l’Histoire sanctionnant le triomphe universel du système capitaliste que les néo-libéraux rangés derrière Francis Fukuyama avaient voulu prophétiser dans l’enthousiasme de la chute du mur de Berlin. Le problème, c’est que depuis ces orientations programmatiques, une violente crise économique a éclaté en 2008 : est-il possible d’expliquer aux millions de personnes tombant dans la misère qu’ils ne sont victimes que d’un accident de conjoncture ? Il est vrai que l’étude de la même question en classe de Quatrième déconseille d’utiliser l’expression de révolution industrielle pour lui préférer celle plus neutre d’âge industriel. Etudier la lutte des classes qui a rythmé l’évolution des sociétés industrialisées au cours du XIX° siècles devient un véritable blasphème dans ces conditions…

Les programmes d’éducation civique au collège et au lycée comportent des paradoxes extraordinairement frappants. Ils suintent de bons sentiments, donnant l’impression de promouvoir à l’excès la notion de solidarité sous toutes ses formes, alors que le monde dans lequel nous vivons évolue vers davantage de compétition, d’individualisme et de régressions sociales. Il s’agit en réalité d’une forme particulière de solidarité ainsi ressassée qui s’apparente davantage à la charité : l’initiative individuelle visant à corriger à la marge les inégalités sociales ne doit pas concourir à remettre en cause le système économique qui en est pourtant responsable au premier chef. Autrement dit, la charité pour se donner bonne conscience, mais pas de systèmes solidaires et universels de protection sociale garantis par la puissance publique. Il est vrai qu’on ne cesse de nous rabâcher que tout acquis social est en réalité un insupportable privilège faisant le lit de l’assistanat. Pendant ce temps, les banques qui ont joué et perdu après avoir beaucoup gagné, et avant de gagner à nouveau beaucoup, ont été renflouées par de l’argent public. N’hésitons alors pas à parler d’assistanat, mais à fronts renversés…

Dans un même logique, les programmes de Sciences économiques et sociales ont été remodelés de manière extraordinairement partisane. La dimension sociale a été réduite à la portion congrue : les notions d’inégalités ou de chômage ont quasiment disparu renforçant de ce fait une vision purement économiste et financière de la discipline.

Nous pourrions également parler des programmes de philosophie dont les orientations idéologiques sont pour le moins sujettes à caution. Peut-être que dans un avenir proche les contenus des cours de Sciences de la vie et de la terre seront dénaturés sous la pression de lobbies religieux voulant accorder doit de cité aux thèses créationnistes comme c’est le cas aux Etats-Unis. Après tout, la main invisible peut être aussi bien d’origine divine qu’être le monopole du marché roi…

Mais l’exemple le plus significatif se situe certainement au niveau de l’enseignement professionnel qui est malheureusement trop souvent ignoré. Le développement des partenariats avec les milieux économiques montre clairement la volonté de travailler les consciences au moyen de partis pris idéologiques flagrants. Le MEDEF, par l’intermédiaire de l’association EPA (Entreprendre Pour Apprendre), a signé un partenariat avec le ministère de l’Education Nationale. La finalité est au moins exprimée sans faux-semblants : développer la culture entrepreneuriale dans les lycées professionnels. Les actions menées consistent à faire créer aux élèves des mini-entreprises, accompagnées de fiches pédagogiques dont sont gommées toutes les références aux droits des salariés. Les élèves peuvent de la sorte licencier sans contraintes rigides, recruter une secrétaire pour s’en séparer à tout moment, se partager les bénéfices sans se demander si ceux qui ont produit les richesses par leur travail ne pourraient pas en bénéficier, pester contre les satanées charges sociales. Apparaît ainsi un monde virtuel ressemblant aux rêves les plus fous des libéraux les plus endurcis. C’est une perception scandaleusement déformée de la société qui est fournie en référence à des adolescents prêts à s’insérer dans le monde du travail. On le voit, le combat idéologique est urgent : la laïcité y détient bien évidemment un rôle essentiel.

L’argent public, provenant d’une source universelle, à savoir l’argent des contribuables quelles que soient leurs orientations religieuses ou philosophiques, se doit d’avoir un but universel conforme à sa nature même : le financement des services publics, de la solidarité redistributrice et de la protection sociale. L’application de ce principe doit s’effectuer pleinement en faveur de l’École publique et laïque seule dépositaire de cet intérêt général. Par conséquent, la formule stipulant « argent public à école publique » doit être appliquée.

La loi Debré du 31 décembre 1959 a réintroduit le financement public de l’enseignement privé. Elle fait office de véritable concordat sans en porter le nom, tenant lieu pour l'Église catholique de revanche inespérée sur la loi de séparation de 1905. La réaction du camp laïque ne s’était en conséquence pas faite attendre : le 19 juin 1960, était prononcé à Vincennes un serment solennel engageant à lutter en vue de l’abrogation de la loi Debré pour « obtenir que l'effort scolaire de la République soit uniquement réservé à l'école de la Nation »[5].

Dans le dessein de justifier ces financements, l’argument de l’équité est souvent allégué. Au motif que l’enseignement privé sous contrat remplirait une même mission de service public que son homologue du public, il conviendrait que le financement se fasse à parité. Il s’agit d’un mensonge et d’une hypocrisie, et ce pour plusieurs raisons évidentes.

Seule l’école publique est gratuite, en dépit des progrès du processus rampant de marchandisation. L’école privée demande une contribution financière aux familles. Seule l’école publique est tenue d’accueillir indistinctement tout élève. Le privé peut choisir ses élèves en fonction de plusieurs critères plus ou moins avoués : les résultats scolaires, le niveau social afin de préserver un entre soi connivent. Seule l’école publique est laïque. La loi Debré garantit aux établissements privés le maintien de leur « caractère propre ». Seule l’école publique est assujettie aux obligations de service public, ce qui lui en confère tout son honneur. L’école privée n’est pas tenue à l’obligation de re-scolariser dans un autre établissement l’élève victime d’une mesure d’exclusion ; elle fait le choix parfois d’inscrire en candidats libres aux examens les élèves qui risqueraient de faire baisser le taux de réussite.

Même l’argument de l’équité abondamment avancé ne tient pas : mieux encore, il s’inverse. En cumulant l’ensemble des sources de financement comme les participations des familles (sans oublier que certains établissements du privé disposent à l’occasion de recettes de produits financiers), on s’aperçoit que les élèves du privé sont mieux lotis que ceux du public.

Pour nous, l’objectif est clairement explicité : redonner à l’école publique les moyens de ses missions, inverser la pente d’une politique néfaste qui s’est développée depuis des années. De cette manière, seront stoppées les conditions propices à une possible hémorragie des élèves vers le secteur privé. Si cette hémorragie n’a pour l’instant pas eu lieu en dépit des efforts pour organiser pénurie, appauvrissement et dysfonctionnements au sein de l’école publique, le tout doublé de véritables campagnes de dénigrement, c’est que le public reste de meilleure qualité que le privé, n’en déplaise aux oiseaux de mauvaise augure et autres déclinistes.

Le combat des idées aura une importance vitale : il faudra faire en sorte que le respect de la liberté cesse d’être confondu avec l’obligation de financer les écoles privées. L’École publique ne revendiquera donc pas le monopole de l’enseignement, mais seulement le monopole de l’argent public, en vertu du principe d’affectation au bien commun à tous des ressources qui proviennent de l’impôt acquitté par tous.

Une extension territoriale de la laïcité s’avère nécessaire avec la situation prévalant en Alsace et en Moselle. Il y a effectivement de quoi interpeller notre conscience laïque et républicaine. En 1924, après le retour de l’Alsace et de la Moselle à la France, une loi y a néanmoins maintenu le Concordat datant de 1801, tout particulièrement dans sa déclinaison scolaire. Les trois départements concordataires restent soumis à un statut particulier qui viole à la fois l’indivisibilité du territoire, l’égalité des droits et la liberté de conscience.

La religion y est une matière « comme les autres », sanctionnée par des notes, lesquelles sont prises en compte dans le calcul de la moyenne générale en fin de trimestre. L’appartenance à une religion figure en bonne place sur la première page des dossiers d’inscription au collège ou à l’école. L’enseignement d’une des quatre religions reconnues (l’Église catholique, l’Église protestante dans ses deux composantes, et le culte israélite) n’est pas seulement toléré, mais obligatoire.

Une salle est réservée à l’enseignement de la religion. Ce qui est loin d’être le cas pour d’autres matières, malheureusement. Aussi peut-il arriver qu’un professeur de français, d’histoire ou de langues, soit contraint d’enseigner occasionnellement dans cette salle, dûment décorée de symboles religieux, au mépris déclaré des convictions (ou de l’absence de convictions !) des élèves, alors que dans le même temps, le règlement intérieur interdit, ici comme ailleurs, le port ostensible ou ostentatoire de signes d’appartenance religieuse !

Hors de ces départements concordataires, des épreuves écrites ou orales du baccalauréat sont de plus en plus souvent organisées dans des lycées privés confessionnels. Des candidats ont dû composer sous les auspices de crucifix dont on n’avait même pas pris la peine de masquer la présence. Rappelons que seuls les établissements laïques accueillant tous les élèves sans exception doivent être habilités à être centres pour les examens et concours d’Etat.

Conclusion :

La laïcité n’est pas négociable. Pas plus à l’Ecole que dans les autres secteurs de la société. Elle reste un combat permanent. Un combat idéologique pour en expliquer le contenu sans en dénaturer les fondamentaux, un combat politique pour en contrecarrer les menaces qui l’affectent au quotidien.

La laïcité offre la possibilité d’un espace commun à tous, excluant tout marquage confessionnel, ethnique ou idéologique. En cela, elle se situe au cœur de la République et du plein exercice d’une citoyenneté éclairée. Elle constitue la condition de l’égalité, de la liberté et le creuset de l’unité nationale. L’expérience historique montre qu’elle est l’organisation sociale la plus à même de permettre à des individus très divers de vivre ensemble en harmonie, parce qu’ils sont citoyens dans un espace commun, l’espace démocratique.

La France est sûrement le pays à l’avoir appliquée avec le maximum de cohérence et de discernement. Pour cela, la conception française de la laïcité doit être défendue et valorisée. Valorisée en l’étendant à d’autres champs que la religion. Le champ de l’idéologie doit être également investi pour que se dessine une perception globale et exigeante de la laïcité impliquant une neutralité rigoureuse. La laïcité possède une portée universaliste : elle doit se défier des faux universalismes qui n’ont de cesse de la démanteler : les Eglises, le marché ou les conformismes.

Préservation et extension d’une laïcité intransigeante car sûre de ces valeurs, telle est en définitive la voie qui doit être tracée. Plus que jamais, il nous faut œuvrer pour une laïcité élargie, fidèle aux combats de 1905, afin d’en réaffirmer résolument les principes dans l’intérêt de tous face aux menées de tous les adversaires de la laïcité.

***

***

  • (1)Voir la tribune de François Cocq et Francis Daspe parue dans L’Humanité le 11 / 12/ 2010 et intitulée « L’argent public part en fumée pour favoriser l’enseignement privé ».
  • (2)Voir la tribune de Francis Daspe parue dans Marianne n° 342 le 10 / 11 / 2003 et intitulée « La tolérance pour la tolérance… Une machine antilaïcité ! »
  • (3)Voir la tribune de François Cocq et Francis Daspe parue dans Libération le 29 / 03 / 2011 et intitulée « La gauche doit refuser la « diversité » selon les Verts ».
  • (4) Voir la tribune de François Cocq et Francis Daspe parue le 27 / 08 / 2010 sur le site internet LeMonde.fr et intitulée « L’école face au fléau de la marchandisation ».
  • (5) Voir la tribune de François Cocq et Francis Daspe parue dans L’Humanité le 19 / 06 / 2010 et intitulée « L’enseignement public face à une concurrence déloyale et faussée »

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche