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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 04:32

Ce document est donné à titre informatif. Il n’a d’autre objet que de s’adresser aux curieux qui ne connaissent rien à la religion musulmane et qui souhaiteraient être éclairés d’une parole de l’intérieur qui remet en cause l’utilisation de certains arguments, par exemple le blasphème qui n’existerait pas et qui pourtant a servi de motivation à la tuerie dernière. Cela étant dit, il n’est nul besoin d’avoir cette connaissance pour justifier de la nécessaire laïcité, mais qu’elle puisse être sue pour combattre sur leur propre terrain ceux qui invoquent faussement le Coran ne peut pas être tenu pour négligeable.

Exergue

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Le vrai du faux de l'islam, selon l'imam de Bordeaux Tareq Oubrou

Publié par Catherine Darfay et Christophe Lucet dans le journal Sud-Ouest

http://www.sudouest.fr/2015/01/18/islam-le-vrai-du-faux-selon-tareq-oubrou-1800790-2780.php

L’imam de Bordeaux livre sa vision sur certains principes de l’islam et sur la place de sa religion dans la société contemporaine française

Né au Maroc, Tareq Oubrou est arrivé en France à 19 ans pour poursuivre ses études de médecine. Rattrapé par la foi, il a exercé l'imanat à Nantes, Limoges et Pau. Le recteur de la grande mosquée de Bordeaux livre sa vision, celle d'une des voix de "l'Islam des Lumières".

Sur les interdits

« Les interdits et les injonctions pratiques de l'islam ne concernent que les croyants musulmans, et en aucun cas les non-croyants. Car c'est la foi qui conditionne la pratique. N'est mécréant que celui qui refuse de croire après avoir rencontré le Prophète avec des miracles, etc. Donc, dire “mécréant” comme une insulte pour quelqu'un qui n'a pas eu la foi n'a aucun sens. Dieu a donné la liberté de croire ou de ne pas croire, il s'agit d'un point absolument fondamental. »

Sur les images du prophète

« L'islam est une religion aniconique (sans images). L'interdiction de la représentation ne relève pas du texte mais d'un principe de précaution théologique pour prévenir toute idolâtrie.

Il y a un paradoxe à critiquer un non-croyant qui représente ou caricature le Prophète puisque l'interdit ne s'applique pas à lui. Paradoxe supplémentaire : les mêmes excités tolèrent la représentation de Dieu qui est commun à toutes les religions, au risque de faire croire que nous adorons le Prophète plus que Dieu. »

Sur les caricatures

« En revanche, l'éthique interdit à chacun d'insulter ce qui est le plus intime chez l'autre. C'est ainsi que la chose est ressentie par des musulmans, même si, après tout, dans les dessins de “Charlie Hebdo”, il n'est pas écrit qu'il s'agit de Mahomet. On n'est pas là dans le domaine du religieux mais dans l'affectif : il faut recourir à des explications socio-psychologiques pour comprendre cette indignation. En réalité, les musulmans qui pensent défendre le Prophète en réagissant à ses représentations défendent surtout leur identité.

Cela dit, on peut aussi répondre à la satire par la satire. Ou par l'indifférence. Le Prophète lui-même a accepté l'humour : quand Mahomet fait l'objet d'une poésie satirique, il répond par une poésie satirique. Certes, quand le Prophète a été attaqué par le glaive, il a répondu par le glaive. Mais là, personne ne nous attaque physiquement. »

Sur le blasphème

« La notion de blasphème n'a pas d'équivalent en islam. Seule existe l'apostasie, pour le croyant qui renie sa foi. Encore une fois, cela ne concerne que les musulmans. »

Sur le djihad

« Sur ce sujet comme sur d'autres, le Coran et la sunna [la tradition, NDLR] ne peuvent pas être lus sans le secours d'une doctrine. Car la parole de Mahomet change en fonction des situations. Il y a le pardon, et la guerre. Si la guerre s'impose à vous, il faut l'accepter. Mais il n'y a pas de prescription guerrière proprement dite. Et le vrai martyr n'est pas celui qui cherche la mort mais celui qui la subit. Il peut y avoir un combat militaire juste, comme quand les musulmans s'engagent dans l'armée française pour défendre la nation.

Sinon, l'islam est une religion de paix et le vrai djihad est intérieur. En théologie, cela signifie l'effort. Le terme de djihad, s'il est utilisé sans sa densité théologique pour imposer sa foi, est impropre : il s'agit alors de terrorisme. »

Sur la fatwa

« Comme le djihad, il s'agit d'un concept théologique noble au départ et qui a été perverti, utilisé à tort et à travers par des musulmans, puis déformé. À l'origine, une fatwa est un avis personnel d'une personne qui a un savoir ou une consultation d'une assemblée de savants : elle implique celui qui annonce l'avis et celui qui l'accepte. Je n'appelle pas fatwa la condamnation de Salman Rushdie par Khomeyni : c'est un appel au crime, c'est tout. »

Sur la place des femmes

« Ontologiquement, l'égalité homme-femme est totale. La femme ne sort pas de la côte d'Adam, et elle n'est pas la tentatrice. L'âme humaine est asexuée. Juridiquement, cependant, il n'y a pas d'égalité absolue entre hommes et femmes, comme il n'y en a pas entre les hommes. Le Coran négocie la règle en fonction des situations concrètes. Le problème vient de ce que des théologiens confondent parfois le principe actif (l'égalité) et les adjuvants de la culture : ils veulent transmettre l'enveloppe en oubliant la lettre qu'elle contient. »

Sur l'interprétation des textes

« On appelle ijtihâd la réforme de la religion : la clôture de la révélation, ce n'est pas la clôture de l'explication, de l'interprétation. Ce qui signifie qu'on n'est pas censé reproduire la réalité du moment coranique, au VIIe siècle, pour pratiquer le Coran. »

Sur le Livre

« Le Coran est le livre révélé. C'est la référence, mais ce n'est pas la seule. Il y a deux autres « livres » : le livre étalé, celui de la connaissance universelle, et le livre intérieur, celui de la raison. »

Qu'est-ce qu'être un bon musulman ?

« C'est entretenir un rapport intime avec Dieu pour mieux vivre avec les autres. C'est pratiquer pour produire une éthique juste, c'est être capable de sortir de soi-même pour accéder à Dieu. Car une religion qui renforcerait l'ego de la personne, ce serait contradictoire. C'est aussi connaître sa religion, ne pas se contenter des préjugés. »

Sur la séparation du politique et du religieux

« Le Prophète a refusé d'être roi et il n'a pas désigné de successeur. Et tous ses comportements n'étaient pas du domaine du religieux. La difficulté aujourd'hui à séparer les deux ordres vient du fait que les musulmans n'ont toujours pas fait leur deuil de l'effondrement - au XVe siècle - de la civilisation arabo-musulmane que l'islam avait créée. Il faut changer de paradigme. Et il me semble que la France est un vrai laboratoire pour la sécularisation de l'islam : il y a là un contact physique avec une réalité qui peut permettre à l'islam d'évoluer. C'est, théologiquement parlant, une occasion en or pour refonder une pensée spirituelle en phase avec son époque et qui contribue à la pensée universelle. »

Sur la situation en France

« Les musulmans ne se sentent pas aimés en Occident. Le fait de ne pas être aimé est presque devenu le septième pilier de la foi musulmane. La crispation est moins religieuse que culturelle et identitaire. Elle est signe de faiblesse avec une minorité qui réagit violemment. On est dans l'émotion mais il suffirait de pas grand-chose pour faire évoluer la situation : par exemple, mentionner clairement dans les programmes scolaires l'apport de la civilisation arabo-musulmane, avoir un œil moins sélectif sur l'identité française. Les musulmans ont besoin de retrouver de la fierté, cela ne tient qu'à peu de choses. Il faut aussi réaliser enfin l'enseignement du fait religieux à l'école. Car une laïcité qui exclut les religions prépare les explosions. »

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commentaires

carol 20/01/2015 07:16

De bien belles paroles intelligentes qui se veulent rassurantes mais c'est faire un peu court que d'attribuer cette crise identitaire au seul motif de la pratique religieuse: c'est oublier la bombe à retardement du colonialisme encore en cours et de la domination d'un capitalisme responsable et coupable sur des populations méprisées (nous y compris)

Il Rève 20/01/2015 06:04

Les affirmations de l'imam de Bordeaux Tareq Obrou sont à entendre avec beaucoup d'attention. Ses propos apparaissent comme une volonté politique profonde orientée vers une réconciliation des musulmans avec "l'esprit des français" pour qu'ils se sentent davantage aimés et qu'ils reprennent de la fierté. Bien. Mais en fait il ne s'agit pas de cela pour aller au fond des choses de la vie républicaine. Certes nous ne pouvons qu'être favorable à l'effort de certains imams et de certains musulmans de vouloir trouver une voie d'intégration aux valeurs de la République. Quel citoyen, quel homme politique n'accepterait pas d'y souscrire. Cependant force est de constater à l'instar de l'imam de Cenon que seuls 20 % des imams sont français [sic] tandis que les 80 % ne le sont pas, ne connaissent pas "la tradition française" et ne sont pas "des savants". Cela fait beaucoup d'obstacles à franchir pour accéder à la volonté politique d'intégration. Beaucoup ne veut cependant pas dire impossible,. Mais les défis sont de taille. Ensuite l'application stricto sensu des principes de la laïcité n'autorise pas les responsables politiques de quelques bords qu'ils soient à s'immiscer dans les affaires de l'islam, ou à vouloir proposer des modalités républicaines d'intégration ou d'organisation. La République ne connaît pas les religions elles ne connaît que des citoyens. Le contraire l'entrainerait dans une dérive communautariste et l'éloignerait de la sauvegarde de l'intérêt général. C'est donc pour favoriser l'émergence en toute liberté et en toute autonomie d'une autorité musulmane unificatrice de l'islam que la République doit s'abstenir de toute proposition et de toute intervention. Suivant en cela les saines paroles de Victor Hugo. L'état chez lui, l'église chez elle.

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