Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 10:16

Au soir venu, j’étais au rassemblement portail des Jacobins à Carcassonne ; je passais au pied de la statue géante de Barbès au socle duquel était écrit : « La liberté ou la mort ». La mort à laquelle on consent pour défendre la liberté ou celle qui est donnée par les ennemis de la liberté ?

La foule était immense, plus large qu’à l’habitude lorsqu’on appelle au rassemblement pour une autre raison. Une foule digne et silencieuse ; il s’était passé quelque chose qui nous englobe tous, plus proche que ne le sont les atrocités commises à l’autre bout du monde et auxquelles on ne fait pas la moindre attention.

Il n’y eut pas de discours, juste une minute de silence. Celle-ci achevée, la foule est restée sur place, comme si le discours était tout entier contenu dans la présence muette et figée de chaque corps et dans ce corps unique qu’était la foule.

A mon arrivée, un jeune s’est approché de moi, me faisant part de son écœurement, déplorant que nous n’ayons plus la peine de mort, s’abaissant d’un coup à l’égal des assassins au lieu de se tenir au surplomb.

Une connaissance m’a rejoint, bientôt accostée par deux personnes qui sont venues la saluer, chacune projetant le regard alentour, demandant: « Où sont les musulmans ? », activant du même coup le délit de faciès, faciès qui valait bien à cet instant ce signe distinctif aux différentes couleurs qu’apposaient les nazis sur les poitrines humaines.

Implicitement elles faisaient reproche aux musulmans du crime commis, comme plus tard allaient le faire aux actualités, sur l’A2, deux éminents journalistes qui, se tournant vers le représentant musulman de service, s’exprimèrent à peu de chose près ainsi : « Alors ! Vous condamnez cet acte ? Allez-vous faire quelque chose ? » ; comme si ce qui arrivait était de la responsabilité du pauvre bougre, à travers lui de celle des musulmans ; pour le coup c’était bien à une guerre de civilisations à laquelle nous étions invités. Et pourtant, ils étaient là, présents, des musulmans, si ce n’est à Carcassonne dans d’autres villes, et bien que citoyens contraints d’expliquer qu’ils se devaient d’être là alors même qu’il n’était personne pour me demander, n’ayant pas la gueule de l’emploi, pourquoi j’étais là.

On appelle aujourd’hui à la conscience des arabes alors qu’au jour le jour on la leur refuse. Et pourtant ils sont citoyens, citoyens français et non pas musulmans, la citoyenneté ne s’accommodant pas de n’importe quel qualificatif.

Les deux arabes assassinés, dont nul ne savaient s’ils étaient musulmans ou pas, l’un policier, l’autre journaliste à Charlie-hebdo, ne pesaient pas de leur mort bien lourd dans la balance à l’heure de juger des musulmans ; morts pour rien en quelque sorte.

Leur forfait perpétré, les terroristes avaient crié avoir vengé le prophète. Quelques heures plus tard, des lieux de culte musulmans étaient visés dont l’un, tout proche, à Port la Nouvelle où des coups de feu avaient été tirés, plus loin au Mans où 3 grenades avaient été lancées, à Villefranche-sur-Saône où une explosion avait retenti devant un kebab situé non loin d’une mosquée.

Il ne va pas faire bon être arabe les jours à venir, même si on n’est pas musulman.

L’après midi, chroniqueurs et invités patentés avaient fait part de l’attaque contre la démocratie, pourfendu ceux qui s’en étaient pris à la liberté d’expression menacée, tout ceci dans un unanimisme de bon aloi qui n’était pas sans avoir partie liée avec l’onanisme et l’orgasme vécu en communion. Mais nul pour se demander pourquoi nous en étions arrivés là.

Il a fallu attendre la soirée spéciale de Médiapart, réunissant une flopée de journalistes venus de tous horizons pour que, ce qui avait commencé par une veillée funèbre, s’anime du dissensus utile et salutaire, et c’est, si j’ai bonne mémoire, un journaliste de La Vie d’obédience chrétienne qui, le premier, a observé que c’était peut-être là, avec cet attentat, la politique de Bush qui, telle un boomerang, nous revenait en pleine figure, libérant ainsi la parole d’autres journalistes, certains plaidant pour le sursaut déontologique d’une profession trop complaisante à l’égard des pouvoirs, dénonçant la carence et les errances de la politique et de son personnel, et faisant part d’autres motifs encore.

Oui, partout dans les médias, au long de l’après-midi saturé de compassion, il avait été de bon ton d’évoquer l’attaque conduite contre la démocratie, contre la liberté d’expression. Le Président de la République sortant comme le nouveau appelaient à l’unité nationale ; tartuffes s’il en est, frappés d’amnésie, et il faut bien le dire comme nous le sommes tous, ils semblaient avoir oubliés qu’ils avaient à Versailles, où avaient été réunis les représentants en Congrès, mis à bas la démocratie en déjugeant l’expression populaire qui s’était formulée contre le TCE ; et qu’ils n’étaient pas pour rien dans l’existence d’un régime qui n’était plus démocratique, quoiqu’ils en disent, mais oligarchique. Il y avait là quelque chose dans cette manière de faux-jetons qui aurait pu tenir de la farce si ça n’avait pas été sordide à cet instant de tant de morts.

Rarement il fut question de laïcité, la démocratie - et la République - comme la liberté d’expression n’allant pourtant pas sans cette dernière. Au contraire, appel fut fait aux représentants musulmans pour qu’ils condamnent cet attentat terroriste terrible, introduisant ainsi le communautarisme dans le champ politique où le bon sens devrait conduire à ne pas le vouloir. Que les musulmans, de leur propre chef, décident de cet appel c’est leur droit, mais que des citoyens, fussent-ils journalistes, enjoignent à des religieux de se positionner laisse pantois et ouvre la porte à bien des dérives car qui appelle aujourd’hui le religieux devra accepter demain son intrusion à propos d’autres raisons qu’il n’aura pas souhaitées. La prudence veut qu’on évite d’ouvrir la boite de Pandore, qu’au lieu de vouloir revisiter la laïcité on s’attache plutôt à la faire vivre sans rien concéder.

Autant que la liberté d’expression, c’est bien la laïcité qui a été visée dans cet attentat. Que les terroristes atteignent ce but qui est de mettre le droit de blasphème au rancart, ce n’est plus en démocratie que nous vivrons mais en théocratie.

Cabu, Maris, Charb, Wolinsky, et tous ceux qui ne sont pas nommés pour ne pas participer à la notoriété, sont morts. Ils nous grandissent de leur mort. Nous nous grandissons de leur mort. C’est pour ça que nous pleurons, de notre dignité retrouvée. Mais pour cela il aura fallu qu’ils meurent.

Ce qui s’est passé est un acte politique et non barbare dont le mot signifie étranger et qu’employé là, dans sa version moderne, renvoie pourtant de manière subliminale à son origine première.

Ce qui va se passer demain sera également politique. Lorsqu’il y eut en Suède la grande tuerie, le premier ministre de l’époque de ce pays, rapportait une journaliste présente à la soirée de Médiapart, avait indiqué que la meilleure des réponses était d’ouvrir à une plus grande démocratie ; il nous faudra faire attention à ce que nos représentants, à la manière de Bush ne nous proposent pas, s’appuyant sur nos peurs et rancœurs, un Patriot Act à la française, ce qui serait une véritable régression démocratique.

S’il faut lutter contre le terrorisme, l’éradiquer, il faudra aussi nous attaquer aux causes et racines. Comprendre qu’il n’est pas sans raisons. Se demander pourquoi nous en sommes arrivés là. Qui osera le faire ? Qui osera dire qu’il est des pauvres types devenus des tueurs, engagés au djihad comme s’il était là le salut à leur sort et que la religion, à défaut d’autre chose, a fédéré ? Qui osera dire que les états, dont la France, commercent sans vergogne avec les états qui alimentent financièrement le terrorisme ? Qui osera dire qu’au pétrole vendu par les terroristes en Irak il faut bien des acheteurs ? Qui osera dire qui est la racaille et qu’elle n’est pas nécessairement où elle est désignée ?

Aujourd’hui nous sommes tous Charlie…..mais demain ?

*****

*****

Conférence de Jean-Luc Mélenchon

"Laïcité et Paix Civile"

Lundi 12 janvier 2015

à 20h

Théâtre Dejazet

41 boulevard du Temple

75003 Paris

Inscription obligatoire avant samedi 10 janvier : cliquez ici

https://docs.google.com/forms/d/1lj0_ay8zaO5f92oRQzR6fYhsmKZUCJhi1TA0WJR297I/viewform?usp=send_form

Attention, le nombre de places est limité

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pimpim 09/01/2015 19:30

Ces attentats sont tristes et malheureux. Tristes car des innocents ont perdues la vie; triste car la liberté d'expression en France a perdu des hommes et femmes d'exceptions.
Après; malheureusement; c est une résultante logique. Il y en aura d autres. C est le prix à payer d'un système et modèle économique; de décisions politiques... d un échec de l état français, d une vision et d'une politique mondiale qui ne va que vers et que pour quelques uns aux détriments des autres: Nous sommes tous contents d'avoir du pétrole pas chers, des ordinateurs pas chers... peu importe au fond si dans ces pays lointains on favorise la guerre, l exploitation des enfants, l absence d éducation; de médecine.. Tant que le QATAR paye pour des vedettes au PSG au fond... on s en fout. Devant notre télévision on regarde les reportages, c est triste. Puis; nous allons acheté au moins chers sur internet, faire des affaires; gagner de l'argent... Bref; tant que c'est pas nous et qu on s en sort: Alors; a partir de là; la question était jusqu à quand. Ben; voila c'est fait.; on est attaqué physiquement en France et il est sur que c'est problématique. Mais la faute à qui; car pour résoudre un problème; il faut bien chercher la source; la raison. Et la raison est pourtant toute simple; c'est le manque de répartition de richesse; c est un riche pour dix pauvres; c est un état, une république qui n assure pas ou plus l’éducation qui devrait fournir à ses enfants, c est le manque de devenir, de plus en plus de personnes qui sont exclues économiquement et socialement... On paye donc notre politique, notre mode de vie et alors ce sera le prix à payer. Nous allons voir dans les prochains jours; les c'est la faute. En premier lieu l'Islam, les musulmans... Foutaises, tromperies, haine... C est juste le vecteur choisi par quelques uns qui s en réclament à tort et aux detriments de la majorité de ces croyants.
On se trompe de cible: Les premières victimes des islamistes sont des musulmans dans le monde... en Irak, en Syrie, en Libye, en Afrique, en Afghanistan... Si la richesse de ces pays étaient partagé avec le peuple, dans l’éducation ; la santé il n'y aurait pas de fanatisme... Les pauvres français qui se convertissent; sont des gens qu'on a tout simplement abandonnés... Et comme le système capitaliste excluent aux bénéfices de quelques uns les autres, y en aurant donc toujours plus... On cherchera donc une surenchère sécuritaire; ce qui sera nécessaire mais le problème ne sera pas régler::: Et pour ceux qui ont le pouvoir et l argent, cette poignée quoi de mieux de bâillonner les mécontents... on pourra exploiter encore plus de monde tout en disant il faut se protéger. L économie libéral tue déjà un paquet d'hommes d une manière indolore, entre nous elle avalera sans problème une dizaine d'attentats par an et cela avec un grand sourire.
Je "rigolais" en écoutant RMC et BFM TV; une information exclusive de RMC, de FRANCE Info... le témoignage d'un tel; quitte à donner des informations aux terroristes... dans l'aprés midi; c'etait à la radio, il y aurait une personne caché dans l'imprimerie qui renseignerait la police... bref; peut importe donner des indications aux terroristes faut du scoop, de l'audience... Avant hier; sur facebook c’était le telex de la police judiciaire; les cartes d'identité... Tout cela est hallucinant, aux mépris des vies humaines engagées; du bon sens; a l'image de notre système: Le pire pour moi; en fait est qu'ils ont attaqué les rares gens en France qui avaient compris cela...et qui luttaient contre ce système en perdition::: Je rends hommage aussi aux fonctionnaires; serviteurs de l’état, non responsable de ces dérives; et qui souvent décriés ont donné leur vie pour des valeurs républicaines qui s estompent de jour en jour... et aux petits gens; gardien d'immeuble; agent de la voirie et autres qui seront toujours les plus oubliés des victimes;

Pimpim 11/01/2015 21:21

Tiens; j "écoute cela ces derniers jours: Pour conclure, cette manifestation;

Pour le lien http://youtu.be/HRp-Opp2Peg

Bon Sardou chante pour cette version, des choses à redire sur l homme mais c est pas le sujet.


A la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton cœur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Nous voulons faire la lumière
Malgré le masque de la nuit
Pour illuminer notre terre
Et changer la vie.

Il faut gagner à la guerre
Notre sillon à labourer,
Déblayer la misère
Pour les blonds épis de la paix
Qui danseront de joie
Au grand vent de la liberté.

A la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton cœur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Nous voulons faire la lumière
Malgré le masque de la nuit
Pour illuminer notre terre
Et changer la vie.

A la volonté du peuple,
Je fais don de ma volonté.
S'il faut mourir pour elle,
Moi je veux être le premier,
Le premier nom gravé
Au marbre du monument d'espoir.

A la volonté du peuple
Et à la santé du progrès,
Remplis ton cœur d'un vin rebelle
Et à demain, ami fidèle.
Nous voulons faire la lumière
Malgré le masque de la nuit
Pour illuminer notre terre
Et changer la vie.

carol 09/01/2015 10:50

excellent billet
rien à rajouter si ce n'est la liste des victimes, connues ou pas:
http://www.franceinfo.fr/actu/faits-divers/article/les-douze-victimes-de-l-attentat-contre-charlie-hebdo-628387

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche