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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 08:09

De quelles convictions politiques voulait se préserver le jeune homme ? Je le compris lorsqu’il évoqua le Président de la République Hollande dont il ne savait pas, se fiant à l’étiquette de l’emballage sous laquelle il se présentait, qu’il n’était pas socialiste, et qu’il trouvait malmené, devinez par qui ? ….. les extrémistes de gauche auxquels, sans qu’il en doute un instant, j’appartenais. Comment lui expliquer que du déplacement des uns à droite, pour ne pas vouloir les suivre dans ce mouvement, on ne se retrouve pas à l’extrême gauche pour autant, mais seulement à la place qu’on occupait et qu’on persévère, usant de la raison, à occuper (1). Cependant qu’il n’était pas fait état des convictions-propositions simplistes (en ce sens qu’elles n’ont d’autre objet que de flatter l’individu dans ce qu’il a de plus vil pour en obtenir la faveur) des extrémistes de droite tant elles conviennent, de par l’absence d’effort de réflexion qu’elles autorisent, à la désignation de boucs émissaires comme il en était des sorcières au moyen-âge, convictions-propositions qui font de ce fait audience et recette et à propos desquelles nul ne s’interroge et ne se choque.

Il en a toujours été ainsi : la gauche fait peur, la droite rassure, quant à l’extrême-droite elle fascine jusqu’à fasciser ; et il ne vient guère à l’esprit du citoyen dans l’exercice d’une honnêteté ordinaire de faire l’inventaire de ce qu’il doit pourtant à la gauche, arraché à la droite, et dont il profite ; de tous ces acquis/conquis laissés en héritage, gagnés de haute lutte et de grande souffrance dans l’intérêt de tous et qu’il ne s’attache pas à préserver.

Puis, il demanda ce qu’était le socialisme. C’était donc de l’absence de cette connaissance (savoir ce qu’est le socialisme) qu’il tenait son inquiétude face à la gauche et aux convictions politiques dont il pourrait être influencé. Pour lui répondre, mais l’heure avançait avec elle la fatigue, il aurait fallu lui proposer ce petit opuscule de lecture facile : « Pour être socialiste » écrit par Léon Blum et dédié à son fils, dans lequel on lit : « Le socialisme est une morale…. , autant qu’une doctrine »« De quoi est né le socialisme ? De la révolte de tous ces sentiments blessés par la vie, méconnus par la société. Le socialisme est né de la conscience de l’égalité humaine, alors que la société dans laquelle nous vivons est toute entière fondée sur le privilège. Il est né de la compassion et de la colère….il n’est pas, comme on l’a dit tant de fois, le produit de l’envie, qui est le plus bas des mobiles humains, mais de la justice et de la pitié, qui sont les plus nobles ».

C’est peut-être bien par là qu’il faut commencer : la morale ; ce qui fait de l’être humain cet animal particulier et singulier. Le socialisme est une morale, écrit donc Léon Blum ou, si on préfère, la mise en marche de la conscience.

J’ai longtemps cherché un bouquin traitant conjointement de la morale et de l’économie, pour en trouver un 1ier, assez vieux (1953), dans un carton destiné à la poubelle (tout un symbole), intitulé Morale et économie (PUF) de François Cellier, puis un 2ième, plus récent : Ethique et économie (PUF) d’Amartya Sen (Prix Nobel d’économie), car le socialisme ne fait pas l’impasse sur l’économie. Le socialisme propose seulement que celle-ci ne soit pas laissée à la main invisible du marché (le libéralisme), main invisible dont le plus naïf comprend qu’elle n’est que la main bien réelle et dissimulée de quelques uns. Le socialisme dit que l’économie n’est pas une fin en soi, mais un instrument au service des êtres humains, de tous les êtres humains. Il dit qu’une société est un corps nécessaire et organisé de telle sorte que chacun en profite et en général et en particulier, et non une dérégulation qui ne laisserait aux règles d’exister que dans l’intérêt d’un petit nombre. Il dit que nul n’est tenu à la misère et à l’exploitation. Il dit encore que chacun à droit au bonheur. Il dit que tout n’est pas marchand. Etc., etc.,…. Tout cela, et bien plus, se trouve dans les livres où peut s’y aiguiser la conscience, avant que devenue si prégnante elle commande de ne plus être un spectateur.

Le socialisme, faudrait-il ajouter, est une pensée vivante ; en cela il évolue, fait corps avec l’instant qu’il analyse tout autant qu’il propose une perspective, un horizon temporel pour reprendre la formule de Roger Muchiélli qui en remarquait l’absence chez les délinquants. Le socialisme du jour considère que nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène (pour la 1ier fois les activités humaines sont arrivées à un stade où elles modifient l’environnement au point de mettre en péril et celui-ci et le vivant auquel appartient l’être humain) et que cette examen ne peut être négligé.

Le socialisme, écrit Jacques Généreux, ne nie pas l’individu tandis qu’il refuse l’individu autonome (l’individualisme), il se fonde sur la réalité anthropologique de l’être social. (A cet égard les travaux de Jacques Généreux - Le socialisme néomoderne ou l’avenir de la liberté - et de Karl Polanyi - La grande transformation - font l’effort de l’établir anthropologiquement plutôt que de le laisser à ceux qui n’auraient à offrir que leur bon cœur).

S’il fallait le dire d’un mot : le socialisme s’attache aux êtres humains, sans distinction aucune, pour lesquels il a considération.

Ainsi le jeune homme ne voulait pas se laisser influencer ; en cela il avait bien raison. Mais qu’il juge un instant des influences auxquelles il est soumis sournoisement. Je disais précédemment qu’il était influencé par la religion ambiante, les opinions politiques de son cercle restreint, mais qu’il examine encore ceci : il est assez singulier et cocasse d’observer que ceux qui se déclarent individualistes, ceux qui sont tellement centrés sur eux-mêmes et qui se veulent en dehors de toute dépendance, participent à l’offre qu’est la mode, ce fut le cas des femmes il y a quelques années, de laisser paraître le haut de la culotte au dessus du pantalon, puis plus tard, celui des hommes et femmes confondus qui se sont adonnés, s’adonnent toujours au piercing, au tatouage, avant de passer dans un futur proche à une autre mode suscitée dans le processus de la consommation (voir les travaux de l’économiste américain Veblen dans son livre : La théorie du plaisir) ; c’est dire que le rejet affiché de l’influence s’accompagne dans le même temps de l’esprit grégaire ce qui, il faut en convenir, ne procède pas d’un esprit rigoureux.

La liste est longue des auteurs respectables et respectés (Jaurès, ……) par tous, après que l’histoire ait éteint les passions, qui ont dit le socialisme, l’ont mis ou ont tenté de le mettre en œuvre pour qu’on n’ait pas cette désinvolture nuisible à l’intelligence de l’évacuer d’un revers de main, parce qu’on ne saurait pas dépasser l’air du temps, ou parce qu’on en aurait peur (comme on a peur de l’étranger) pour ne pas le connaître. Qu’il aille les lire le jeune homme, contrepoids sera fait au gavage médiatique auquel il se soumet par négligence de lui-même. C’est au bout qu’est la liberté, sa liberté, dans une conscience qui ne s’en laisse pas imposer. Mais tout ceci demande effort et travail à l’heure du prémâché et des idées prêtes à porter.

  1. http://exergue.over-blog.com/article-le-pg-a-l-extreme-gauche-48517670.html

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commentaires

Il Rève 07/12/2014 10:41

Mais quelle(s) distance(s) entre le socialisme de Jaurès, et celui de Blum, celui de Mitterrand, de Hollande ou d'un Cambadélis. Que de chemin parcouru vers la renonciation aux principes fondateurs. Que de sinuosités mensongères pour masquer la véritable identité d'un réformisme impuissanté qui nourrit gracement ses défenseurs en affamant ceux qu'il devrait protéger et promouvoir. Qui abandonne et République et Démocratie, le bien de tous, pour le culte de l'individualisme et la communication, l'affaire de quelques uns, seulement. Minoritaire.

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