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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 06:26

Il suffisait toutefois d’écouter le jeune homme parler de ceux qui « profitaient du système » (refusant le travail/préférant les allocs), interroger sur la peine de mort (Vous, vous êtes contre la peine de mort ?), et bien d’autres choses, pour comprendre qu’il avait des convictions, qu’il partageait les idées politiques de l’air du temps, ou plutôt les opinions, dont Octavio Paz, poète-écrivain mexicain, prix Nobel de littérature, disait (de mémoire): quand il n’y a plus que des opinions, il n’y a plus de vérités et de mensonges. Et c’est toute l’utilité de la lecture multiple, conduite avec courage et clairvoyance, qui permet, autant qu’il est possible, de ne pas se fourvoyer avec des opinions et d’aller, toujours autant qu’il est possible, vers une pensée plus ajustée, une ouverture d’esprit, qui ne se trouvent que si on y consent.

C’est de la connaissance du passé (la lecture étant un moyen d’y accéder) qu’on comprend, par exemple, qu’il n’est pas une génération spontanée de fainéants comme le sens commun se plait à le répéter, mais une situation qui fait, qu’en France entre 1973 à nos jours, on passe de 300000 à plusieurs 5 millions chômeurs, et qu’il y a là certainement quelque chose à voir avec une foule de raisons dont la dernière est une certaine conception de la mondialisation (délocalisations, …), et qu’il n’est pas si injuste, pour autant qu’on ait le sens de la fraternité (terme à l’évidence devenu désuet), que les laissés pour compte d’un système qu’ils subissent accèdent concrètement à la solidarité par l’intermédiaire d’un Etat providence ou, formule qui a ma préférence, à celle d’un Etat social de droits. Et, plutôt que s’attarder complaisamment (ou férocement), sans fournir l’effort nécessaire à toute compréhension, à observer par le bout rétrécissant de la lorgnette les 10% de personnes qui profitent petitement on néglige, comme le faisait remarquer Coluche, les 90% pour qui les aides sont vitales. Mais surtout, en ne retournant pas la lorgnette, en n’utilisant pas la focale convenable, ainsi que devrait nous y inviter le minimum d’esprit observateur et civique, on évite de considérer les « ayants pignon sur rue », bien implantés socialement et pécuniairement qui, de la connaissance qu’ils ont des rouages administratifs et financiers, volent, en toute légalité, et l’Etat et les autres citoyens et pour des sommes bien plus considérables. Ainsi, dans la facilité, l’opprobre est réservé…. naturellement aux pauvres, aux misérables comme dirait Victor Hugo, tandis qu’ « on » s’émerveille, l’œil pétillant sur la malice et la canaillerie des riches.

C’est toujours par la lecture et le champ d’étude et d’observation plus large qu’elle offre qu’on ne s’autorisera pas à prendre l’exemple particulier (parfois le sien propre) pour en faire une généralité, d’une part parce que nul ne peut dire ce qu’il aurait fait éduqué différemment qu’il l’a été, et surtout, surtout, parce que le singulier ne témoignera jamais du général.

C’est encore la lecture, moment de recul, de mise à distance, qui peut introduire à la réflexion (plus avantageuse que la myopie) sur ce que signifie réussir sa vie (qui n’est pas nécessairement entasser de l’argent) ; l’estime de soi ne se mesurant pas à l’aune de la représentation sociale mais aux valeurs que l’on développe et déploie et qui conduisent, tout autant que l’examen du regard aigu et sans complaisance que l’on se porte, au respect de soi-même ; Kant, je cite toujours de mémoire, proposait de : vivre comme si on devait laisser un art de vivre ; mais on pourrait évoquer pareillement Sénèque (La vie heureuse ; Sur le chemin de la sagesse-Lettres à Lucilius), autre lecture vivement conseillée, ce dernier s’attachant davantage à être vertueux qu’à vouloir considérer l’absence de vertu chez les autres.

Depuis que nous sommes nés nous subissons des influences. Le plus souvent on est de telle religion parce qu’on est né dans tel pays religieux, de tel parti parce nos parents en sont, de tel type de structure familiale parce qu’il est ordinairement ainsi dans la société dans laquelle nous vivons. La manière que nous devons avoir est d’aller à la lecture sans crainte, non pour nous y trouver confortés (lecture affective) mais déconfortés, comme cela a été indiqué précédemment, afin d’échapper par le haut au déterminisme environnemental (de notre agrandissement on agrandit les autres et de l’agrandissement des autres on s’agrandit soi-même ; il est là un égoïsme intelligent, non pas de compétition mais de coopération). On n’y aura pas nécessairement des certitudes sur lesquelles s’arrêter et s’y laisser mourir, mais des incertitudes vivifiantes. Certainement devrons nous nous faire violence, adopter certaine pétition de principe, et peut-être celle-là : ce qui est bon pour tous est bon pour moi, l’inverse n’étant guère probant. Et penser, aussi, qu’il faut considérer : l’humain d’abord car c’est ce que nous sommes primitivement.

Écrivant ces lignes, je me rends compte que s’il est question de lecture, il est tout autant d’une attitude à avoir. Toutes les lectures du monde ne seront rien si on ne s’y adonne pas avec le désir (le projet) de s’y agrandir, de s’y dépasser, de voir plus loin, plus large, … La lecture peut être une forme d’introspection (c’était la proposition d’écrivain de Julien Green), … c’est une aide à l’auto-construction pour l’esprit vigilant.

S’il lit ces lignes un jour, le jeune homme se rendra compte que je cite beaucoup, qu’il comprenne là ce que je dois aux autres sans lesquels je ne serais que peu de chose, et où aller se puiser.

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commentaires

Il Rève 05/12/2014 07:29

L'érudition d'Exergue est exemplaire. Non modélisante. Argumentative. On se régale. Pourtant le monde de la lecture est circonscrit au lieu des pages ou de l'écran. Il est un pâle reflet du monde utilisant la luxuriance des mots. Lire ne suffit pas, qui laisse tout en intériorité les sensation, les émotions. Lire sans écrire rend aveugle à la réelle réalité. Lire sans agir suscite la pathologie narcissique. L'homme n'est un vrai lecteur que s'il agit et écrit. Exergue est homme (ou femme).

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