Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 05:26

C’est ainsi que s’exprimait, il y a peu, un jeune homme soucieux ; mais soucieux de quoi ? De ne pas être capable de discernement ? Aurait-il si peu confiance en lui qu’il préfère errer dans l’éther ?

Cependant, posant la question, il admettait implicitement que ce qui est d’apparence neutre, le roman, ne l’était pas ; question à laquelle il faut répondre plus largement : existe-t-il une activité humaine qui ne soit pas politique ? Et s’il aime la musique comme je crois le savoir, imagine-t-il un instant qu’elle est à ce point désincarnée, déconnectée de tout environnement ; et s’il le pense, qu’il se penche un instant sur l’histoire de celle-ci, ainsi s’apercevra-t-il qu’elle est parfois révolte ou accompagne ou précède un projet social ou politique. Et l’application qu’il aura à juger de la musique dans ce qu’elle a été et dans ses évolutions qu’il l’ait également à l’égard de son métier car il en va de même, comme il en est pareillement de l’activité agricole qui, selon le modèle de production, peut tout aussi bien détruire la planète où la respecter, donner du travail aux individus ou les en priver, nourrir les populations ou les conduire à la famine, faire larges bénéfices aux uns et dans le même temps ruiner les autres. Il n’est pas d’activité humaine, il faut le répéter, qui ne soit pas de près ou de loin politique, qui n’est pas une orientation choisie, qui ne se donne un objectif à atteindre, une perspective ; et c’est entre des orientations que l’être humain a à discriminer ; en cela devient citoyen.

Que son esprit résiste encore à l’évidence politique, qu’il s’interroge, dès lors que le voilà devenu père, sur ce qu’il offre à son enfant ; une éducation de toute évidence qu’il désire la plus parfaite, et pour cela il choisit de le conduire sur tel chemin préféré à tel autre, et c’est là encore un choix politique qu’il fait ou doit faire, on doit le supposer la conscience éclairée, si possible généreuse.

C’est un des rôles de l’école, celui des parents, … de préparer chacun à la responsabilité (politique), chacun étant alors désigné sous le terme de citoyen. Et il n’est jamais de construction individuelle achevée mais continue, chaque individu étant en perpétuelle transformation et de celle-ci participe à l’évolution du groupe, ce dernier à son tour agissant sur lui-même.

Le roman, auquel il faudrait semble-t-il échapper, apporte autant de projets politiques qu’il est d’œuvres et de romanciers pour les écrire, et c’est de la confrontation en soi de ces projets que s’élabore le sien propre dès lors qu’est mis en œuvre l’esprit critique. Il ne s’agit donc pas de se soustraire à la lecture mais de s’y adonner en se proposant de ne pas aller s’y (ré)conforter mais bien celui de s’y trouver déconforté.

Mais par où commencer la lecture ? Bien fat celui qui peut prétendre dire où est le début du chemin. Tout au plus peut-il donner des pistes, mettre en relation le lecteur avec la lecture. Mais il faut commencer plutôt que, par souci de virginité, rester à la rive à regarder passer le monde construit de propositions humaines passées et dont on tire profit, et sans y prendre sa part du jour qui n’est rien moins qu’honorer le travail de nos prédécesseurs et dans la poursuite de leur œuvre et à l’usage de ceux qui viendront après nous.

Quoi lire ? Volontiers il faut répondre : de tout. Certes des romans car ils racontent une histoire, sachant cependant qu’ils sont un genre récent que nos ancêtres n’ont pas eu à disposition, qu’ils ont du faire sans et qu’ils ne s’en sont pas portés plus mal. Ils ont cet avantage apparent de ne pas nous brusquer plus qu’il ne faut lorsqu’on n’est pas habitué à d’autres lectures. Mais par delà ceux-ci : des réflexions, des essais, de l’histoire, de l’économie, de la géographie, de la sociologie, des livres d’art, …, et même des livres politiques. Ce sont bouts de ficelles tirés, raccordés dans notre esprit, qui nous donneront une perception du monde et nous autoriseront à faire avec plus de finesse des choix. Ce faisant on évitera cet écueil qui consiste à penser le présent, comme c’est trop souvent le cas sans tenir compte du passé nourricier.

On pourrait certes se contenter - pour établir sa réflexion, former son jugement - des informations télévisées, lire des journaux, mais ce jour on doit craindre de s’y trouver formaté plus qu’éclairé. Et ce n’est pas cela que cherche celui qui se méfie d’être endoctriné malgré lui par la lecture des romans, alors même qu’il l’est passivement en l’acceptant des médias.

Il est vrai que le souci du jeune homme était de se soustraire à toute influence politique, politique entendue au sens étroit, étroitesse qui n’est que la partie émergée de l’iceberg car les actes de la vie, nous l’avons dit, sont toujours politiques ayant à choisir entre ceci et cela en regard de ce que nous pensons (ce que nous pensons étant projet ou appelons le autrement grille de lecture et d’analyse) consciemment ou non. Il est vrai que ce désir de se soustraire à la politique n’était rien d’autre que celui de renvoyer dos à dos droite et gauche, et il faut bien dire qu’une minorité de femmes et d’hommes qui incarnent la politique, de part le spectacle qu’ils donnent, ne sont pas les meilleurs ambassadeurs de la politique. Mais faudrait-il, au nom de cela, tirer conclusion que la politique n’est pas urgente et utile, aussi vitale aux humains que le sont l’air et l’eau ?

A l’écouter discourir, à la conduite des affaires il aurait fallu des experts, naturellement supposés dépourvus d’affects (autrement dit de parti-pris), c’est oublier qu’entre ces prétendus experts il est des divergences, souvent même des oppositions, et que placer les uns à la gouvernance c’est évincer les autres ; sur quel critère alors ? C’est prendre pour argent comptant les propos que tiennent ceux des experts qui sévissent sur les ondes, et tandis que les autres, tout aussi nombreux que ceux-ci, et non moins intelligents, sont écartés. C’est encore négliger que ces experts en science économique, science sociale, ne sont guère fondés scientifiquement comme peut l’être un chimiste ou un physicien, un médecin ; il n’est là qu’un détournement de langage (il y a grande importance à se rappeler que les premiers théoriciens de l’économie sont des philosophes, que les économistes du moment développent leur théorie dans la perception partisane qu’ils se font du monde). Mais c’est surtout négliger que notre liberté individuelle et collective, pour exister, ne peut s’accorder de nous voir agir ainsi que des moutons, accepter d’être conduits ici alors que nous préférerions aller là ; raison pour laquelle l’espèce humaine, dans sa lente progression, s’est dotée de la démocratie. Il y a là une grande contradiction à désirer ne pas se laisser influencer par des convictions contenues dans des romans et dans le même temps vouloir s’abandonner aux experts.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

bois9 01/12/2014 09:32

Lire, c'est prendre le chemin des autres pour rêver, pour penser, pour se construire en créant le sien...

Il Rève 01/12/2014 06:56

Pan sur le bec. Veuillez excuser les fautes d'orthographe. Merci.

Il Rève 01/12/2014 06:52

Par quoi commencer la lecture ? Interroge Exergue. Nous dirons tout simplement par la lecture d'Exergue, par exemple, ou par celle de notre propre Nous devons garder en mémoire que la lecture devient pour de plus en plus de citoyen un luxe. Ne parlons pas de l'écriture, peu de citoyens savent écrire, même en cette période de lettre au Père Noël, auquel bon nombre de citoyens ne croient plus, version symbolique du Père Noël s'entend. Celui qui pourrait répondre aux milliers de lettres de doléances relatives aux difficiles conditions de vie. De plus en plus difficiles pour de plus en plus de citoyens. Comment lire quand on habite sous une tente près du canal Saint Martin parce que l'on ne dispose pas de revenu fixe, ou dans une zone inondable construite par de grands promoteurs. Grands par leur fortune qui jettent dans l'infortune les centaines de citoyens propriétaires de leur maison devenue éponge. Et pourtant à en croire les informations des mois de la rentrée littéraire il y a toujours plus de lecteurs et il y a toujours plus d'écrivains. Mais que faire de la lecture? Pour quoi lire , interroge en creux Exergue. Pour se faire sa propre opinion sur le monde. Oui. Mais il n'existe pas une fin unique à la lecture. Et la lecture de "Cent ans de solitude", ne peut avoir les mêmes effets que celle de "Que faire?", celui de Lénine ou celui de Badiou Gauchet. Il existe donc bien un choix politique préalable à la lecture et à ses incidences politiques post lecture. Mais on ne sera pas clair sur cette question tant que l'on n'aura pas interroger le projet de l'écrivain, de l'auteur. Voulait il écrire un roman, un essai, une aventure politique, ou faire de l'argent ? Le devenir de l'écriture, ce qu'en fait le lecteur, ne peut s'écarter trop de ce qu'en a voulu l'auteur, au risque 'une rupture de sens. Et pourtant le lecteur doit rester libre de l'interprétation de ce qu'il lit. Comme le citoyen demeure libre d'interpréter une décision de justice. En conscience. Car son histoire est différente de celle du juge. Et parce que tout citoyen libre doit pouvoir lire pour s'élever. Y compris parfois au dessus des institutions, avec d'autant plus de raison que celles ci ne remplissent pas ou plus leur rôle. Savoir tout lire pour savoir tout comprendre. Oui. Mais c'est insuffisant. Car il ne suffit pas de comprendre le monde lorsque le temps est venu de le changer.

Présentation

  • : Exergue
  • Exergue
  • : réflexions sur l'actualité politique, sociale...et autres considérations
  • Contact

Recherche