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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 20:13

A l’heure où Sarkozy déclare : «Nous sommes ici devant un échec sans appel (…). Nous ne pouvons plus continuer ainsi à faire semblant de croire qu'il est encore possible d'accueillir tous ceux qui le souhaitent». ….C'est une évidence qu'il faut suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu'après avoir préalablement adopté une même politique d'immigration. Ainsi serait-il mis fin au détournement de procédure qui permet à un étranger de pénétrer dans l'espace Schengen, puis une fois cette formalité accomplie de choisir le pays où les prestations sociales sont les plus généreuses (…). Si nous ne réagissons pas rapidement dans les années qui viennent, c'est notre pacte social qui va exploser».http://www.leparisien.fr/politique/europeennes-nicolas-sarkozy-va-s-exprimer-via-une-tribune-21-05-2014-3859493.php. A cette heure démagogue, faite pour complaire aux bassesses humaines pour quelques gains électoraux, il nous faut opposer et proposer l’article (ci-dessous : Au secours les immigrés se cassent !) d’Hervé Le Bras, démographe et historien, oui ! à cette heure où il est des gloires anciennes qui fortifient la mêlée d’irréductibles Dupont Lajoie. http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CDMQFjAA&url=http%3A%2F%2Fdata.over-blog-kiwi.com%2F0%2F56%2F41%2F19%2F20140511%2Fob_598ac5_edifiant-a-lire-laurent-spanghero.pdf&ei=-Jh9U9vFIKjM0AXp5YHQBg&usg=AFQjCNFWL690wtwfpZcHIkMG5cDh9cNCfg&bvm=bv.67229260,d.d2k

Exergue

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Hervé Le Bras – AU SECOURS les immigrés se cassent !

Publié le 3 janvier 2014

Hervé Le Bras est démographe, directeur d’études à l’Ined et enseignant à l’EHESS.
Il travaille depuis longtemps sur l’immigration. Pour lui, les chiffres fantaisistes que donnent les hommes politiques ne servent qu’à manipuler une opinion inquiète.

En France, à combien estime-t-on le nombre d’immigrés ?

Le nombre d’immigrés est stable en France depuis 2001, il s’élève à 190 000 toutes nationalités confondues. Parmi eux, 65 000 étudiants (dont 85 % repartiront chez eux moins de cinq ans après leur diplôme), 30 000 régularisations (donc des personnes présentes en France, souvent depuis très longtemps) et 60 000 au titre du regroupement familial (dont 50 % concernent des mariages d’étrangères avec des Français ou de Françaises avec des étrangers), 17 000 demandes d’asile acceptées et 15 000 immigrants économiques. On ne peut pas parler d’invasion ! D’ailleurs, depuis plusieurs années, selon les statistiques de l’OCDE, la France est le pays qui – avec les Tchèques – a la plus faible immigration en proportion de sa population : 0,33 % par an.

Sur les 190 000 qui entrent chaque année, combien d’immigrés repartent ?

Il est difficile de le savoir exactement mais, en comparant les recensements, les chiffres des entrants (dont plus d’un tiers seront régularisés), on arrive à environ 100 000 sorties. On retrouve ce chiffre dans les deux tiers des pays de l’Union européenne qui ont des registres de population, ce qui permet des estimations assez fiables. Le solde français est donc d’environ 90 000 personnes par an, pour un pays de 66 millions d’habitants, ce n’est pas grand-chose. Il n’a pas augmenté de façon significative au cours de ces dernières années pour une raison simple : le moteur principal de l’immigration est l’économie et quand elle va mal, les immigrés sont moins enclins à venir !

Récemment, Hortefeux annonçait qu’on avait de plus en plus d’immigrés en France, relayant, chez les Français, le sentiment que l’immigration augmente.

J’entends ce slogan depuis que je suis en culottes courtes : « Il y a trop d’immigrés, ils vont nous envahir. » Les préjugés sur l’immigration n’ont pas changé depuis les années 1930. À cette époque, on allait chercher les Polonais par trains entiers. Des médecins vérifiaient qu’ils avaient toutes leurs dents et de gros muscles. En 1921, il y a même eu un conflit entre rabatteurs français et allemands car ces derniers étaient accusés de prendre les meilleurs Polonais ! Dans les années 60 et 70, des recruteurs allaient chercher de la main-d’œuvre dans le Sud algérien et marocain, de préférence des analphabètes, dans le but d’avoir des ouvriers dociles et manuels pour travailler à la chaîne ou dans les travaux publics. Ils restaient quelques années, le temps d’amasser un pécule, puis rentraient chez eux. Ils étaient alors remplacés par quelqu’un de leur famille ou de leur village. On qualifiait ce système de noria, en référence à la roue à godets qui aide à puiser l’eau en Afrique. À la fermeture des frontières en 1974, ils sont restés, ne pouvant plus être remplacés. En 1978, Giscard, sous la menace d’une condamnation de la Cour européenne, a autorisé le regroupement familial. Au lieu que les migrants repartent, les familles sont venues en France : les travailleurs migrants sont devenus des immigrés.

Et donc les enfants ?

Ces enfants de parents souvent analphabètes et de familles nombreuses ont éprouvé des difficultés scolaires comparables à celles des enfants français d’ouvriers agricoles, mais ils réussissent un peu mieux en raison d’une forte volonté de monter dans l’échelle sociale. Cependant, depuis une quinzaine d’années, l’immigration venue du Sud a beaucoup changé. Elle est maintenant majoritairement composée d’urbains diplômés et célibataires. Avant, on migrait pour entretenir sa famille ; aujourd’hui, pour se réaliser en tant qu’individu.

Quel est l’intérêt pour les hommes politiques d’agiter le chiffon rouge de l’immigration ?

Les partis politiques portent une lourde responsabilité avec des abrutis comme Hortefeux et des équilibristes comme Valls, sans doute pour se poser en « bons Français ». Aujourd’hui, la droite et une partie de la gauche raisonnent comme si les immigrés étaient restés les mêmes que ceux des années 70. Le seul changement de la propagande vient des Roms qui remplacent les Arabes comme épouvantails. Il devient en effet difficile de dire que les Arabes sont des pauvres affamés avec des tapées d’enfants quand on voit des Najat Belkacem, et même des Rachida Dati. L’émigration maghrébine vit dans les grandes agglomérations dynamiques et est animée par une volonté de réussite. C’était la situation des Juifs dans l’Europe des xviiie et xixe siècles. C’est en cela qu’elle est perçue comme une menace.

Il s’agit bien de racisme ?

Et de xénophobie. Il y a peut-être des tendances xénophobes et racistes latentes dans la population. Le problème est de ne pas les réveiller ni les attiser par de fausses menaces, comme celle de l’invasion.

Quelle différence faites-vous entre racisme et xénophobie ?

Classiquement, le racisme distingue et classe les individus en fonction de caractères apparents comme la couleur de la peau, tandis que la xénophobie s’exerce sur la nationalité d’origine, mais les deux s’épaulent en général l’un l’autre. On justifie la xénophobie par la différence soi-disant raciale et le racisme par la différence culturelle.

Et Manuel Valls ?

Valls est complexe. Il mêle des conduites de droite et de gauche. De droite quand il poursuit les expulsions et le démantèlement des camps de Roms au lieu de faire appliquer la loi Besson ou quand il remarque qu’il n’y a pas assez de Blancs sur un marché ; de gauche quand il fixe une règle pour les régularisations et procède cette année à 46 000 régularisations au lieu de 30 000 par an sous Chirac et Sarkozy et 15 000 sous Jospin. Il avait une politique attentive à l’immigration à Évry où il était sur le terrain. Sarkozy l’avait dragué pour cela en lui proposant de devenir ministre, ce qu’à la différence de Kouchner ou de Hirsch, il a décliné. Valls est un animal politique, non un idéologue. Son traitement de l’immigration est un élément central de la construction de son image pour arriver au pouvoir. On peut qualifier cela de cynisme, mais c’est plutôt cette volonté d’ascension sociale que j’ai soulignée chez les immigrés car il est lui-même naturalisé.

Les politiques disent qu’il ne faut pas lâcher sinon ça ouvre les vannes.

C’est ridicule. Prenons le cas des immigrés clandestins qui ont débarqué de Tunisie après la chute de Ben Ali. En un mois, 20 000 Tunisiens sont arrivés par bateau. Pour les médias, 20 000 en un mois deviennent 140 000 en un an et 1,4 million en dix ans. Mais au bout d’un mois, les Tunisiens ont cessé d’arriver. Ils n’ont pas trouvé de travail en France, ils ont misérablement campé dans le bois de Vincennes et aujourd’hui, plus des trois quarts seraient rentrés en Tunisie. Leur migration n’était pas préparée, ils n’avaient pas les réseaux économiques ni de points de chute. Je le répète, en termes globaux, les chiffres de l’immigration sont stables car ils reflètent des motifs économiques.

Au niveau de l’immigration en Europe, le droit d’asile est un droit fondamental.

Il y a eu l’an dernier 65 000 demandes d’asile en France et plus de 200 000 au niveau de l’Europe. En France, seulement 17 000 demandes ont été acceptées (5 000 du premier coup et le reste par régularisation). Je pense que les droits d’asile refusés sont la principale source de sans-papiers maintenant. À force d’attendre le résultat de leur demande, ils se sont installés en France et proviennent souvent de pays qui refusent de les reconnaître, ce qui empêche leur expulsion. La réforme du droit d’asile est demandée à droite comme à gauche mais, bien sûr, il ne s’agit pas de la même réforme.

Combien y a-t-il d’immigrés en Europe ?

Chaque année, dans l’Union européenne, 2,7 millions d’étrangers reçoivent un titre de séjour d’au moins un an. Si on tient compte de ceux qui repartent, le solde est de l’ordre de 900 000 chaque année, soit 2 ‰ habitants. À titre de comparaison, le solde des migrations aux États-Unis entre 1895 et 1905 a été de 1,5 % de la population, soit huit fois plus élevé.

Marine Le Pen continue d’utiliser l’immigration comme l’une des principales raisons des problèmes de la France.

Elle a eu des discours contradictoires. Notamment à Strasbourg, au début 2012, où elle a affirmé qu’il n’y avait pas de Français de souche, seulement des Français. C’était en rupture radicale avec son père. Puis, sous la pression des intégristes, genre Gollnisch ou les Païens de Lyon, qui poussent à garder le fonds de commerce du FN, elle est revenue en arrière. Dans mon livre, j’ai analysé la corrélation entre les votes FN et la proportion de Maghrébins. En 1984, elle était très forte. En 2012, elle est tombée à zéro. Il n’y a plus de relation entre vote FN et présence de Maghrébins.

Est-il avéré que les anciens communistes votent FN ?

Au moment où le FN apparaît, le PC diminue. C’est le principe des vases communicants, pense-t-on. En réalité, il n’y a aucune corrélation : en Alsace, 25 % de vote FN, 3 % de PC auparavant. En Limousin, 9 % de votes FN, 25 % de votes communistes en 1978, etc. Mais aujourd’hui, Marine Le Pen est en train de prendre pied dans l’ancien électorat communiste. C’est clair dans l’évolution entre 2002 et 2012. Elle progresse dans le sillon houiller du Pas-de-Calais ou dans les anciens bastions des « paysans rouges » du Centre, tandis qu’elle régresse nettement en Alsace, dans la région lyonnaise et sur le rivage Paca (où la droite dite « forte » se renforce, ce qui ne vaut pas mieux).

Dès les premiers mouvements en Bretagne, elle déboule dans un marché pour dire que le problème vient des immigrés.

Elle se trompe, et s’il y a bien un endroit peu sensible à cette question, c’est la Bretagne. Les Bretons ont été en position d’immigrés dans la région parisienne. Elle veut le pouvoir et fera le nécessaire pour l’obtenir, elle ajustera sa stratégie. Est-ce que la menace de l’immigration sera plus rentable que la défense des exclus ? Les deux sont incompatibles, et elle le sait.

Marine Le Pen a un boulevard devant elle !

Oui, mais plutôt d’exclus. Des gens qui sont loin des postes de décision. Ce sont les personnes résidant à la limite des grandes agglomérations et maintenant aussi dans le monde rural profond.

Selon Marine Le Pen, les immigrés coûteraient 70 milliards d’euros.

C’est un classique de la rhétorique xénophobe. Complètement faux. Un exemple : on n’a payé ni l’élevage ni l’éducation de l’immigré. Arrivé à 20 ans, un Français né en France a coûté déjà à la société environ 140 000 euros. Autant d’économisé avec un immigré, de plus en bonne santé.

Comment expliquez-vous que la droite ait de plus en plus suivi le mouvement ?

Par idéologie. La seule fois de ma vie où j’ai pris un petit déjeuner avec Hortefeux, ça s’est très mal passé. Il m’a dit : « Vous savez, j’ai des enquêtes, les Français ne veulent plus de Noirs. » Il n’a pas dit immigrés, il a dit « Noirs ». Et du coup, j’ai prêté attention à Sarkozy, je ne veux pas dire qu’il est raciste, mais il pense en termes biologiques et non en termes sociaux. Quand on regarde nombre de ses déclarations, elles ont un caractère biologique : détecter dès l’âge de 3 ans les enfants qui seront des criminels ; le discours de Dakar dans lequel les Noirs ne sont pas entrés dans l’histoire ; le discours de Grenoble, etc. Il pense sans doute que les gènes déterminent tout le cours de l’existence.

Il y a aussi le problème du droit du sol pour les enfants d’immigrés soulevé par Copé ?

Qu’il dise ça ou rien, ça revient au même. Car de toute façon ils n’y ont pas droit avant 18 ans. Ceux qui seront arrivés à rester dix-huit ans en tant que sans-papiers pourront le demander. Il y en aura zéro. Ou ils seront repartis ou leurs parents auront été régularisés. Cela dit, c’est une manière d’amorcer un « Pas de droit du sol tout court ».

Sur l’immigration, Taubira a dit que la cohérence sociale est mise à mal. Elle est noire, a porté la réforme du mariage pour tous, elle est maintenant la cible des racistes, et le moins qu’on puisse dire est que le PS a été long à réagir et ne l’a fait que contraint et forcé.

C’est scandaleux et, pour moi, inimaginable. Il y a des lois pour punir cela. Mais, si prompt à s’émouvoir du cas Leonarda, Hollande n’a pas réagi vite ni fortement au cas Taubira. Elle n’est pas socialiste qui plus est. Surtout, elle est la plus brillante et la plus courageuse des ministres, ce que les racistes ne pardonnent pas. Pour eux, les Noirs et autres doivent rester à leur place inférieure en raison de leur infériorité. Taubira fait mentir le discours raciste, le contredit par sa remarquable personnalité même, et cela, les racistes ne peuvent l’accepter car elle ruine leur idéologie miteuse.

Pourquoi la prudence des socialistes ?

Par intérêt de classe, non pas au sens habituel du terme mais au sens exact car la classe politique socialiste est homogène et fermée. Elle se recrute principalement dans la fonction territoriale, les conseils régionaux, les administrations municipales, syndicats mixtes, etc. On y fait lentement carrière, quittant la position administrative pour la politique, échelon par échelon, d’où la résistance à la suppression du cumul des mandats qui compromettrait l’avancement. Dès lors, le PS tend à fonctionner pour les intérêts de la classe qu’il constitue pour continuer à se reproduire.

On a l’impression que le gouvernement est sous la pression du FN et de l’opinion publique avant les municipales.

J’ai une hypothèse pire. Le seul souci de Hollande est sa réélection en 2017. Toute son attitude en découle. Il est impopulaire mais il cherche à éviter de braquer durablement contre lui n’importe quelle fraction de l’opinion, que ce soient les propriétaires de manèges hippiques, les footballeurs, les retraités des régimes spéciaux, le grand et le petit capital. Il prend donc des demi-mesures ou des zéro-mesures, enrobées dans un verbiage autocontradictoire. Politiquement, à chaque fois que Copé ou Fillon copient le FN, il s’en réjouit et il pousse à la roue : ça renforce l’extrême droite et ça éloigne le centre qu’il pense pouvoir récupérer. C’est un cynique. Il méprise ce qui est intellectuel. Il ne lit pas : quand on lui a demandé ce qu’il avait lu, il a répondu Balzac. Cela datait sans doute de la classe de seconde.

On a toujours besoin d’immigrés ?

Oui. Et n’oublions pas que si on remonte dans le temps, nous sommes tous des étrangers.

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commentaires

Il Rève 23/05/2014 07:26

Cet Hervé le Bras devrait être davantage connu, lu et commenté. Son travail relatif aux immigrés rend plus lisible les contradictions des Hortefeux et autres Valls. Il n'est pas vrai cependant de dire qu'actuellement ce sont les Roms qui sont montrés du doigt, car je connais des villes, oui DES villes, dans lesquelles le rejet de la population venue des pays d'Afrique du Nord est très fort. Il faut reconnaître que les méthodes de la droite pour régler ce problème d'immigration sont fondées sur la logique répressive tandis que celles proposées par le front de gauche (cf Mélenchon à "Des paroles et des actes") sont construites à partir d'une analyse économico politique qui a l'avantage de chercher les causes du problème (donc les solutions) à son origine. C'est à dire à l'introduction des méthodes ultralibérales et des produits manufacturés tout à fait néfastes aux pays peu développés car entrant en concurrence, déloyale, avec les méthodes de production et ses résultats des pays concernés..

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