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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 10:43

Jaurès était capable de tenir discours plusieurs jours durant, au point d’être obligé de demander des suspensions de séance à l’Assemblée pour se reposer, son corps fatigué l’exigeait (1). D’une photo volée (2) par le député Jules Louis Breton, on le voit à la tribune de l’hémicycle, le buste largement penché vers ses collègues, les 2 mains ouvertes, paumes en avant, le regard en lien sur ses collègues. C’était le temps où le discours politique était rhétorique qui n’est point l’art, désormais l’artifice, qui consiste à attraper le nigaud de la phrase putassière (3). C’était le temps où la politique était encore fille de la philosophie, pas encore confiée à des « experts », cocufiée par eux ; s’il fallait faire des comptes tel le businessman ce ne pouvait être que réverbères allumés. Le temps où le détail éclairait le tout et non point le niait pour en prendre la place. Le temps où, s’abreuvant au passé, attrapant le présent, le politique construisait et proposait l’avenir. C’était le temps de l’Humain d’abord. Tenir la distance, comme le faisait Jaurès, emporter les foules, se faire haïr de quelques uns et souvent de beaucoup, suppose le talent qui ne va pas sans culture. Qui en a aujourd’hui ? Opéra ; le discours s’installe, enfle, s’apaise, se pose, avant de reprendre.

Aussi, n’est-il pas bon d’être long dans ce qu’on a à dire, comme il n’est pas bon de vouloir tout dire lorsqu’on ne sait pas dire, que le volume de la voix est étale, le corps inexpressif. Les gens alors s’ennuient. Peu dire, mais clairement, vaut mieux que tout dire confusément. Des mots, il faut les mesurer, les contrôler. Pour ne pas trahir ce qu’on entend faire passer, ils doivent être justes, signifier ce qu’ils ont à servir. Non point vagues mais précis. Dire ainsi, parlant de la commission d’arbitrage que c’est une justice privée, c’est valider l’idée qu’il puisse en être une ainsi, Al Capone alors l’a rendait ; il n’est de justice que celle qui s’instruit dans l’impartialité, qui fait la place au bien public et sans préjudice aux êtres humains, ce qui étant bon pour l’un devant l’être pour tous. Continuer à énoncer que le TCE, transformé en traité de Lisbonne par l’effet de la forfaiture, fige dans le marbre ce que le peuple n’a pas voulu, déclare au citoyen qu’il est condamné pour l’éternité alors même qu’on lui propose le changement, alors même qu’il faut compter sur cette propriété du marbre qui est de casser et donc de détruire ce qui y est inscrit. Enfin, d’une réunion publique, il convient, l’ayant lancée de donner la parole au public, et lorsqu’on entend faire des citoyens des êtres libres il convient de leur laisser l’expression, qu’ils s’opposent ou se complètent les uns les autres dans un échange qui fait l’éducation populaire plutôt que dans le jeu des questions-réponses où il est maître et élèves, qu’ils ne reçoivent la becquée à laquelle l’époque les a accoutumée comme des oisillons nourris d’un enseignement magistral ceci, quitte plus tard, à ce que l’animateur politique, usant de l’art de la synthèse, reprenne les propos échangés.

  1. Livre : « Rallumer tous les soleils »
  2. Hors série de l’Huma consacré à Jaurès – p37
  3. http://www.scienceshumaines.com/un-grand-discours-vaut-mieux-qu-une-petite-phrase_fr_24840.html

De Jaurès, également cette photo qui le montre haranguant 150 000 personnes au Pré-Saint-Gervais, dans la même pose de la Victoire guidant le peuple de Delacroix.

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commentaires

carol 18/05/2014 20:08

les 3 morts de jean jaurès: un complément très opportun du texte ci-dessus
http://www.legrandsoir.info/les-trois-morts-de-jean-jaures.html

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