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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 06:21

« On ne peut pas avoir raison contre tous », s’écrie-t-on à C’est dans l’air pour forcer l’opinion française à faire sienne la pensée du libéralisme européen ou mondialisé, réfuter le régime de retraite par répartition au profit de celui par capitalisation, dénoncer le système de santé solidaire au bénéfice de l’assurance privé, …..

Ainsi les experts -ou plutôt les agents du libéralisme- convoqués se moquent de « l’exception française », de ce pays si singulier -la France- atteint selon eux de nombrilisme et qui ne voudrait pas faire comme tout le monde.

Faire comme tout le monde n’est pas sans rappeler la conduite des moutons de panurges et le sort qu’ils se sont donnés.

***

« En démocratie, la vérité c’est ce que décide le peuple » - ou tout autre formule voisine-, entend-on parfois dans une discussion, comme si du nombre, ici aussi, advenait, par on ne sait quel miracle, la lumière.

S’il est vrai que l’on tient au peuple souverain et à son mode d’expression, la démocratie reste une procédure politique qui ne garantit pas, et pour bien des raisons, que c’est d’elle que procède la vérité (terme dont on ne comprend pas d’ailleurs ce qu’il vient faire là).

La démocratie pose seulement cet impératif : en politique, c’est du grand nombre que s’accomplit le choix, au risque consenti que ce dernier puisse être une erreur. Mais c’est un risque à courir car il établit l’égalité et la responsabilité de tous et reconnait des citoyens souverains là où, au mieux, on aurait un despote éclairé, au pire un tyran, l’un ne valant guère mieux que l’autre.

***

En fait, ce n’est pas tant la raison - dans le sens où elle a été évoquée plus haut - ou la vérité procédant du nombre qui comptent, mais les valeurs auxquelles on veut bien s’attacher et que nous décidons de mettre en œuvre.

Raison et vérité, invoquées sans discernement, n’ont que faire des principes moraux comme de l’intérêt général.

Des valeurs, des principes, il en est de tous ordres. La République s’attache à l’intérêt général, ce qu’elle appelle la res-publica (la chose publique) et qui fait son étymologie.

La République française, plus qu’une autre, dès lors qu’on ne la confond pas et qu’on ne la fait pas coïncider avec la démocratie comme c’est la tendance aujourd’hui, pose justement ces principes moraux et le sens de l’intérêt général. Il n’y est pas question de vérité, et si elle appelle à la raison c’est pour construire le vivre ensemble dans le respect des uns des autres, articulé par la laïcité ou développé (entre autres choses) dans le Programme National de la Résistance. Jean Jaurès la décrivait de la sorte en sa forme terminale : « La République sera achevée lorsqu’elle sera sociale », ce que confirmait plus abruptement Daniel Bensaïd: « Désormais, on le sait, la République sera sociale ou ne sera pas ».

On peut donc avoir raison contre tous dès lors que l’on a affirmé le but poursuivi, en conséquence la voie, n’en déplaise aux experts, dans laquelle on ne souhaite pas s’engager. Quant à la « vérité » démocratique, sans remettre en cause le principe démocratique, on doit lui supposer des citoyens éduqués ayant le sens de « L’humain d’abord » ; c’est l’histoire d’un long chemin.

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commentaires

Il Rève 02/03/2014 07:10

Bravo pour ce papier dont je partage et la structure et le contenu. On peut avoir raison contre tous. Oui. Bien sûr. Mais pas seulement. On DOIT avoir raison sur tous quand "on" défend l'intérêt général, et "tous" des intérêts particuliers. On doit aussi considérer le rôle des minorités si important dans l'histoire de la construction démocratique. Sans elles point de révolution française, point de programme national de la résistance, point d'organisations solidaires et revendicatrices . . . On doit aussi considérer les structures démocratiques comme évolutives, surtout lorsqu'elles sont favorables à la minorité et défavorables à la majorité (ex. le congrès et son vote). On doit comprendre aussi que la démocratie telle qu'elle est structurée n'est qu'une phase de la construction démocratique qui doit avancer vers la finalisation sociale de son projet. Référence donc à cette démocratie, que d'aucun nomme bourgeoise, mais pas révérence. On doit faire un pas vers la démocratie sociale si l'on veut que l'intérêt général l'emporte sur les intérêts du privé.

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