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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 08:32

Essayer de comprendre pourquoi

Ces dernières années 6 à 700 jeunes français seraient partis faire le djihad, lit-on dans les journaux ; plus nombreux chaque jour qui vient, plus nombreux en Syrie qu’en Afghanistan, le plus ou moins grand éloignement pouvant expliquer cela.

Chacun de s’étonner. Sans chercher des raisons qui peuvent conduire à ce comportement.

Dans la dernière affaire du genre, celle de gamins toulousains, l’un étant pénalement mineur, l’autre d’1 an plus âgé, leur jeunesse surprend. Ils sont à peine sortis de l’adolescence, de cet instant où l’individu appréhende la société pour devenir adulte, se forme au jugement moral, construit son libre-arbitre.

Eux ou les autres devenus jeunes adultes, cependant préalablement adolescents, quels exemples ont-ils reçu de l’alentour qui puissent participer heureusement à leur éducation ? Quelles valeurs leur a-t-on donné de côtoyer ?

Nous vivons une société, plus largement un monde globalisé, où le projet politique fraternel et laïque décroche pour satisfaire des enjeux économiques qui sont ceux d’une minorité tandis que la majorité des êtres humains est laissée à l’abandon. Le type d’attention porté aux pays de la planète qui nous contient tous est variable selon les profits espérés, et alors qu’on feint de méconnaître les turpitudes des uns on malmène les autres trop faibles pour s’insurger. La théorie de la guerre des civilisations est devenue une réalité meurtrière. Le racisme fleurit. Le drame palestinien qui dure et que nul ne s’attache véritablement à résoudre, après la frustration, alimente la haine. Aussi, pour si peu que des gamins, bien français, faute d’avoir le sentiment d’avoir été considéré comme ils auraient dû l’être, remontent leur généalogie, ils opèrent une identification qui les amène à franchir le cap. Ils partent faire le djihad pour soutenir leurs frères dès lors que la République avachie ne les reconnait pas dans cette fraternité hautement proclamée au fronton des édifices et qui enfle tant de discours creux.

Il y a, chez eux, qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou pas, à repérer, une soif d’être, un besoin de reconnaissance qui s’abreuve à l’injustice qui leur est faite. Par ricochet, leur « identique » qui vit sur un autre territoire, est plus proche d’eux. Tel est, vraisemblablement, ce qui fonde leur engagement.

Ils ne sont pas citoyens ; on ne leur a jamais donné de l’être. Le monde tel qu’il est proposé n’engendre pas des brigades internationales comme jadis en Espagne où on vient se battre pour défendre la démocratie, la république, l’égalité, la justice, l’Humanité cette fraternité sans couleur particulière. Le monde tel qu’il nous est proposé engendre la croisade, fille du communautarisme auquel certains de nos enfants se sentent contraints. Leur idéal au lieu d’embrasser le monde dans sa totalité est rétréci à la catégorie. Le Coran, alors, mal interprété, devient colonne vertébrale.

Certains d’entre-deux, aux conditions qui leurs sont faites, auraient pu devenir malfrats. Certainement nous serions nous accommodé de cela car, après tout, la pègre est une composante admise des sociétés. Mais, djihadistes !

Ce sont pourtant des individus qui, au nom d’un sens moral même mal fondé, nous questionnent à leur insu. Nous refusent également. Nous mettent le nez dans notre caca.

L’école, malmenée, a du mal à former, ainsi qu’elle le devrait, des citoyens. Elle n’éveille plus autant les consciences qu’avant, n’apprend plus ou apprend mal à distinguer entre le bien et le mal, le juste et l’injuste, tant injonction lui est faite d’inculquer la compétition à la place de la coopération, l’individualisme à la place de la solidarité, la différence au lieu de l’identité en Humanité…. L’exercice de la raison, celui de la tempérance, tant d’autres choses….ne sont plus de mode. L’esprit des Lumières n’est plus. Alors, ne nous étonnons pas qu’il puisse être des jeunes perdus….simplement parce que nous sommes mis dans la position de les perdre.

Les gouvernements vont chercher, certes fort à propos et fort justement, les recruteurs, les filières de ces djihadistes qu’il faut bien, pour certains, considérer comme des victimes premières. Mettront en cause les effets d’Internet. S’interrogeront-ils, et nous avec, sur le fait qu’il est des individus fragiles que parce que nous avons été défaillants auprès d’eux ? Prendront-ils en compte ce monde nauséabond sur lequel poussent des plantes qui n’ont jamais été sarclées ? Décideront-ils de se bonifier dans leurs propositions ?

***

Qui peut dire que ce n’est pas notre enfant qui partira un jour faire le djihad parce que nous aurons laissé pourrir le monde dans lequel nous vivons ? Ceci sans que soit distinguée la couleur de sa peau. Quand la morale de la raison n’est plus honorée individuellement et politiquement, il n’est guère surprenant que quelques uns cèdent à un endoctrinent qui leur parait porteur de ce qu’ils n’ont pas reçu et répond à leur faim d’idéal.

Il est fort possible que nous fassions aujourd’hui récolte de ce que pas négligence et irresponsabilité nous avons semé et laissé semer.

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